100 % création – Details, episodes & analysis

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100 % création

100 % création

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Arts

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Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles. 

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Gérald Remy, inspecteur des collections au Mobilier national [4/9]

samedi 26 juillet 2025Duration 12:30

Le Mobilier national et les manufactures ont toujours été des lieux de création contemporaine, collaborant avec des artistes, artisans d’art et designers depuis l’époque de Louis XIV. La commande d’œuvres d’art textile et de mobilier contemporain intègre ainsi les résidences de l’État français. Des collections riches de 130 000 biens : tapisseries, meubles, textiles et céramiques reflètent l’évolution de l’ameublement officiel en France depuis le XVIIe siècle.

Gérald Remy est inspecteur des collections au Mobilier national. Il veille à la conservation, la gestion et la valorisation d’œuvres du Mobilier national, en particulier celles datant de 1900 à 1964.

J'avais déjà un intérêt pour le Mobilier national en tant que conservateur du patrimoine. Mais, il faut savoir que le Mobilier national n'est pas qu'un lieu de conservation, c'est aussi un lieu de création. Ce qui est vraiment étonnant, c'est de jouer sur ces deux tableaux, d'être là et de se dire que l’on crée et que l’on voit créer des œuvres qui vont arriver dans le patrimoine français.

« Ces éléments qui ont été contemporains et qui sont contemporains, par exemple en 2025, peut-être que dans 50 ans, on va les vénérer comme des objets totalement patrimoniaux et qu'il faudra préserver au maximum. C'est ce qui s'est passé déjà au XVIIIe siècle. C'est un exemple que je cite énormément : nous avons des sièges de Saint-Cloud pour la reine Marie-Antoinette qui sont dans nos collections et à chaque fois, les visiteurs les voient comme des icônes. Je leur rappelle toujours que ce sont des sièges. Au départ, avant d'être des icônes, ce sont des meubles, des objets qui étaient pratiques. Beaux, mais pratiques. »

Originaire de Franche-Comté, dans l’est de la France, Gérald Remy nourri sa passion pour l’art et l’architecture dès l’enfance dans un environnement familial attaché à l’histoire et à la beauté des objets. Après un parcours académique prestigieux à l’École du Louvre et la Sorbonne, il intègre le ministère de la Culture, en passant le concours de conservateur. Il travaille notamment à Beaubourg, au Fonds national d’art contemporain, et au sein de la direction des affaires générales du ministère de la Culture. Il rejoint le Mobilier national en 2009. « Je connaissais déjà parce que j'avais certains de mes condisciples de l'école du Louvre qui étaient ici, qui étaient inspecteurs, et je suis venu. Mais bien sûr, je connaissais déjà le Mobilier national puisque j'étais en rapport avec eux pour les dépôts au ministère de la Culture. C'est très drôle de se retrouver à la fois demandeur et puis après pourvoyeur, si l'on peut dire. Vous avez toujours un rapport d'étonnement lorsque vous arrivez, parce que cette institution, lorsque je suis arrivé, n'était pas aussi ouverte. C'était une institution qui travaillait beaucoup, mais qui communiquait peu. Où l'on était encore dans le secret, puisque qu'elle était au service des plus grands de ce monde français, du président de la République, des institutions. Mais qui avait la chance d'avoir des collections fabuleuses et qui mettait tout en œuvre pour les présenter, pour les mettre en avant, aussi bien auprès des institutions qu'auprès des musées et des institutions étrangères. Tout un panel d'interlocuteurs passionnant. »

Gérald Remy est inspecteur des collections, un métier hérité du XIXe siècle, dont il apprécie la richesse historique et les responsabilités. « C'est une spécificité du Mobilier national. Inspecteur, c'est vraiment le terme employé depuis la fin du XVIIIe et XIXe siècle. Nous sommes inspecteurs des collections, inspecteur du Mobilier national. Nous avons un rôle d'inspection. C'est-à-dire de retrouver, de recoller tous les objets que nous avons en dépôt pour être sûrs qu'ils sont bien présents, en bon état et dans les lieux où on les a déposés. Parce qu'un meuble bouge. Un siège, cela peut passer d'un bureau à un autre. Notre mission, c'est non seulement de les retrouver, mais de savoir si, lors de ces transports, ils n'ont pas été abîmés, détériorés ou s'ils nécessitent de revenir au Mobilier national. C'est l’une de nos premières missions, bien sûr, cette mission de récolement. Mais nous avons également une mission d'étude de ces collections. Certains meubles, on croyait les connaître, mais grâce à l'étude de leur numéro d'inventaire, des marques qu'ils portent sur leur bois ou sur leurs textiles, nous pouvons retrouver leur histoire. La petite histoire, bien sûr, de leur création, mais aussi la grande, puisqu'ils furent souvent utilisés pour des grands événements. C’est vraiment formidable. »

Une partie du travail de Gérald Remy consiste à effectuer le récolement. C’est-à-dire la vérification des collections, à documenter leur histoire à partir des inventaires, des archives et des photographies, et à veiller à leur bon état et à leur localisation précise en faisant un état des lieux régulièrement. « Au Mobilier national, jusqu'à maintenant, nous avions une obligation de dresser un inventaire tous les cinq ans. Tous les cinq ans, nous préparons cette inspection en reprenant toutes les listes pour savoir ce que l'on doit vraiment trouver. À partir de ces listes, nous allons prendre des rendez-vous sur place. C'est ce que nous avons fait, en 2022, pour les services du Premier ministre, puisque je suis en charge des services du Premier ministre également. Nous avons fait des inspections sur tous les lieux du Secrétariat général du gouvernement. Nous sommes un peu comme Saint-Thomas. Il nous faut voir nos petits, une fois tous les cinq ans, pour savoir s'ils sont bien tous là, en bon état et s'il n'y a pas des choses à faire revenir. Parfois même, nous sommes force de proposition en disant "Écoutez, vous avez un élément pour lequel nous pourrions vous proposer quelque chose en plus pour finir un décor, pour finir une atmosphère." »

La gestion des collections couvre une large période, de Louis XIV à nos jours, Gérald Remy se consacre aux objets des années 1900 à 1960 et doit aussi répondre aux besoins d’usage moderne. 

« Par exemple, le mobilier du XIXe siècle, qui était au départ toujours un mobilier d'apparat, ne correspond plus aux us et coutumes administratives du XXIe siècle. Mais cela ne veut pas dire qu'il a perdu de sa qualité et de sa fonctionnalité. Malgré tout, nous allons le réutiliser autrement avec des réaménagements scientifiques, ces dépôts et parfois des collections qui réapparaissent. Je suis donc responsable des collections des années 1900 à 1960, pendant à peu près une quarantaine, cinquantaine d'années. Les collections de 1930 à 1950 n'étaient plus utilisées pour les ameublements. Suite au Covid et à un plan de soutien aux restaurateurs, et pour abonder ce plan de soutien, nous avons utilisé les collections. Mes collections de ces années 1940, 1950, elles ont été restaurées et elles resservent désormais pour les ameublements. Nous n’allons pas les utiliser en "total look", c'est-à-dire recréer un bureau qui aurait connu des ministres du Front populaire. Non, nous allons utiliser une pièce avec d'autres pièces contemporaines, et instituer un dialogue entre le tout pour que cela soit vraiment représentatif de la période et des arts décoratifs français. »

Au-delà de la conservation, Gérald Remy joue un rôle essentiel dans la création, en participant à des projets contemporains, à la réintégration d’œuvres dans leur contexte historique. Ou encore à la réédition d’objets pour répondre aux besoins d’usage moderne. Pour Gérald Remy, préserver le patrimoine, ne suffit pas, il faut le faire vivre. « Les nouveaux hommes et femmes politiques sont de plus en plus jeunes. Ils veulent également coller non seulement à l'actualité, mais aussi à leur vie. Parce qu'un ordinateur sur un bureau Louis XV, Louis XVI, ce n'est pas très pratique. Nos jeunes gouvernants n'aiment plus cela. Ils aiment le design, ils aiment tout ce qui est création contemporaine. Nous achetons donc soit des œuvres de designers, mais créés et vendus par des magasins, soit au sein de l'atelier de recherche et de création, l’ARC, des projets que nous avons demandés à des designers et qui sont fabriqués au sein du Mobilier national. »

L’inspecteur des collections exerce une fonction à la fois scientifique et artistique. Il vérifie la présence des objets déposés dans divers lieux, qu’il s’agisse de ministères, d’ambassades ou de réserves, et quelques fois cela permet de compléter l’histoire d’un meuble. Une grande fierté pour Gérald Remy.

« Nous avons de très grandes réserves. Pendant des années, je suis passé devant un grand meuble de la période art déco, très beau. Il dormait là. Il était conservé, mais muet. Il avait un numéro d'inventaire, mais pas de créateur. Rien. Je l'ai vu une fois, deux, trois, quatre, cinq fois. Je m'en suis imprégné énormément. En refaisant d'autres recherches, j'ai feuilleté des ouvrages sur l'exposition de 1925 et sur quoi je suis tombé : sur une photo d'une pièce qui avait été créée par la Maison Dominique pour l'espace de la société des artistes décorateurs. Sur cette photo, le meuble était là, bien présent. À partir de cette photo, j’ai pu remonter toute son histoire, c'est-à-dire qu'il a été présenté en 1925, acheté directement par le Palais de l'Élysée pour l'ameublement du Palais de l'Élysée. En 1939, 1940, l'Élysée est fermé puisque la guerre est venue, et ce meuble est apporté dans les réserves du Mobilier national pour être protégé. Pris à l'inventaire, il vient dormir pendant presque trois quarts de siècle, jusqu'à ce que je le réveille. Depuis, sur sa fiche, nous avons son année de création, son historique et également le nom de ses créateurs, la Maison Dominique. C’est primordial, c'est le but de nos recherches, notre rôle, ici, au Mobilier national. »

          

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Solène Corlet, les couleurs de l'atelier teinture du Mobilier national [3/9]

samedi 19 juillet 2025Duration 11:14

100% création vous propose une série estivale dédiée aux métiers d'art du Mobilier national. Au sein de ce lieu emblématique du patrimoine français, l'atelier de teinture, créé en 1665 par Colbert, est un lieu historique qui n'a pas changé de place depuis sa création. Le nuancier du Mobilier national est un grand album regroupant plus de 16 000 couleurs de laine teintées, servant à la classification et mémorisation des couleurs.

Il facilite le dialogue entre artistes et artisans pour la création ou la restauration, permettant ainsi de retrouver précisément les couleurs d'origine grâce à un système de référence enrichi chaque année. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Solène Corlet, teinturière et adjointe à la cheffe de l'atelier teinture du Mobilier national. Elle prépare et ajuste les teintures pour les tapisseries, tissus et œuvres d'art. « C'est un défi à chaque fois. Un nouveau projet, une nouvelle couleur et cela change tout le temps. C'est ce qui est bien », confie-t-elle.

« La teinture a agi sur toutes les tapisseries et les tapis qui sortent du Mobilier national. Et nous, nous trouverions agréable que cela soit plus mis en avant, parce que c'est un savoir-faire. Certes, nous sommes dans notre coin, remisé, caché, mais c'est un savoir-faire qui se perd s'il n'y a pas de transmission, s'il n'y a pas de visibilité, si on ne dit pas que c'est un métier génial », assure la teinturière.

Née à Saumur (Maine-et-Loire), Solène Corlet a toujours été passionnée par les couleurs et l'artisanat textile. Dyslexique, elle a rencontré des difficultés dans le système scolaire classique, ce qui l'a conduite à suivre un parcours atypique : une année de licence d'anglais, puis une mise à niveau en arts appliqués, et enfin un diplôme des métiers d'art textile, option broderie. Après ses études, elle a effectué des stages notamment au Mobilier national en restauration tapisserie, ce qui lui a permis de découvrir le métier de teinturière. Cette amoureuse des couleurs a intégré l'atelier de teinture où elle prépare et ajuste les teintures pour les tapisseries, tissus et œuvres d'art, en utilisant des techniques empiriques transmises oralement :

« Il n'y a pas de livre de recettes. Chaque personne a un petit carnet où elle note ses formules, mais nous savons que lorsque nous devons refaire la même couleur, nous ne pouvons pas reprendre ces notes et refaire la couleur. Ce n'est pas possible. Si nous le faisions, nous serions 30% trop foncé, donc cela veut dire repartir plus clair et se rapprocher de la couleur. En plus, cela diffère du lot de laine. Nous avons une commande de laine qui est passée presque tous les deux ans, nous commandons une tonne. Cette laine n'est pas blanche, elle ne va pas avoir le même écru, elle peut être plus jaune que celle d'il y a deux ans et cela va jouer sur la couleur. »

La maîtrise des couleurs et la connaissance des matériaux sont essentielles, car la longévité de l'œuvre tissée dépend en partie des coloris. La difficulté de reproduire exactement une couleur, en raison de la variabilité des matières, souligne, selon Solène Corlet, la dimension artisanale et unique de chaque teinture :

« La matière première a déjà une couleur. Le colorant n'est pas un pigment. Le pigment s'applique sur une matière et c'est tout. Le colorant se lie chimiquement à la matière. Par transparence, on voit la couleur qu'il y avait en dessous. Notre laine un peu jaune, si nous faisons un violet, cela grise. C'est compliqué, nous ne pouvons pas reproduire exactement la même couleur. C'est pour cela que notre métier est très empirique. Il faut ajuster à chaque fois. Cela prend beaucoup de temps. »

L'atelier teinture a pour mission de teindre la quantité – aussi appelé kilotage – de fibres textiles nécessaires à l'exécution ou à la restauration de tous les tapis et tapisseries. L'atelier teint annuellement une moyenne de 600 kilos de laine, 10 kilos de soie et 10 kilos de lin. À la demande des liciers – ceux qui tissent – et selon différents cas de figure, l'atelier de teinturerie doit trouver les nuances de couleurs très précisément :

« Soit ils arrivent avec un échantillon sur une cartonnette, un échantillon en laine teinte que nous avons déjà fait, soit ils arrivent avec des échantillons, et nous allons en discuter. Il va nous dire ''il faut que ce soit plus bleu, plus rouge'' etc. Un autre cas de figure : une gamme. On nous donne le plus clair, le plus foncé, et nous allons créer ce qu'il y a entre. Les liciers arrivent avec les couleurs qu'il faut et le bon poids pour toute la pièce. Comme ça, normalement, nous n'avons pas à refaire. Il faut un kilotage avec la bonne quantité avec une petite marge de sécurité pour qu'il n'y ait pas à refaire. Ensuite, une fois qu'on a récupéré les échantillons et qu'on a discuté de cela, pour nous, la première étape, c'est la laine. On la reçoit en écheveau, donc c'est une boucle de laine et elle n'est pas traitée. Il faut la passer au dégraissage, parce qu'il y a encore le suint du mouton sur la laine, et ensuite le mitin. Le mitin, c'est un produit chimique qui va rentrer au cœur de la fibre. Comme cela, il n'y aura pas de petits trous de mites quand les licières sont en train de tisser. Puis, il y a deux cas de figure : soit on fait directement les couleurs qu'on nous a demandées, soit il y a eu des essais tissés avant. C'est le cas en général, pour voir si les couleurs se mélangent bien ensemble. Elles nous font teindre et après, on refera avec le bon kilotage. »

Solène Corlet, après avoir reproduit les échantillons sélectionnés au nuancier ou créé des couleurs inédites nécessaires à la transposition du modèle mis en production, élabore, en collaboration avec le licier et l'artiste, de véritables combinaisons chromatiques.

« Il y a un monsieur qui est important historiquement à l'atelier de peinture, c'est Michel-Eugène Chevreul. Il a été directeur de l'atelier Teinture et du Muséum d'histoire naturelle. Il a mis en forme le cercle chromatique et il a aussi fait plein d'autres recherches. Celle qui nous intéresse, c'est par exemple pour le blanc, le contraste simultané des couleurs. En simplifié : une couleur à côté d'une autre, optiquement, ça donne un résultat. Toutes seule, ça donne un autre résultat. Nous ne pouvons pas faire de blanc, donc, nous allons chercher optiquement que cela fasse blanc par rapport à ce qu'il y a autour. On n'a pas de blanc, mais on va faire un gris très clair ou un petit violet. À côté de jaune, de rouge, de vert, il va paraître blanc », développe-t-elle.

Dans son atelier, Solène Corlet doit faire face à des contraintes d'abord physiques, comme les risques de brûlures, ainsi que chimiques, avec la manipulation d'acides ou de colorants, mais aussi environnementales. Pour l'équipe de l'atelier de teinture, l'évolution vers des produits moins toxiques et la sécurité sont des enjeux majeurs :

« Il y a eu des colorants naturels jusqu'en 1940. Maintenant, nous sommes passés en synthétique, cela change tout. Ici, au Mobilier national, on teignait avec les colorants dits grand teint : garance et rouge orangé, cochenille et rouge violacé, pastel indigo et les bleus. La gaude, c'est du jaune et le brou de noix, cela donne tout ce qui est marron et les couleurs des carnations. Cela marche avec un mordant, qui va fixer le colorant sur la fibre. Il y a plusieurs mordants. Le plus récurrent, parce que c'est celui qui correspond vraiment aux couleurs des plantes, c'est l'alun. On peut nuancer la couleur avec d'autres mordants comme le fer, le plomb, le cuivre, le titane. Mais du coup, c'est toxique. Question sécurité, c'est mieux maintenant. Aujourd'hui, on a nos colorants qui sont bien identifiés. Cela étant, il y a des recherches sur les colorants. Il faut vérifier s'ils sont encore bons. Il faut qu'on soit alerte à cela. Et puis, il y a des choses qu'on ne trouve pas. Par exemple, l'antimite, ce n'est pas bon pour les insectes, ce n'est pas très bon pour l'environnement. On sait que ce n'est pas l'idéal, mais il n'y a rien de mieux qui a été fait pour l'instant. Au sujet de la sécurité, nous utilisons des acides, donc on fait attention quand on les manipule. Nous sommes presque toutes SST (secouriste du travail), nous connaissons les gestes à tenir si jamais il y a une brûlure. »

L'atelier de teinture, c'est une équipe restreinte de quatre personnes, où la transmission doit être assurée en permanence, car l'absence de cursus officiel menace la continuité de ce savoir-faire précieux :

« Nous travaillons globalement tous sur les mêmes projets, en se les répartissant parfois parce qu'il y a beaucoup de travail. Il y a l'expérience. Les couleurs très claires ne sont pas très faciles à avoir, et les soies, c'est très délicat. Si on vient d'arriver, on ne va pas être mis directement sur une soie ou sur une couleur très claire. Après, c'est l'appétence de chacun. Je préfère les couleurs flashy, donc si tout le monde est d'accord, je prends les clairs. J'ai une collègue, Doriane, qui aime les verts. Moi, je préfère les jaunes. On va se les répartir comme cela parce que j'ai remarqué que quand on apprécie la couleur, c'est plus facile de la faire. Nous devons être polyvalents. Comme nous sommes quatre, il suffit qu'il y ait quelqu'un de malade ou en congés. Il faut pouvoir tout faire. La transmission, ici, occupe une grande place puisqu'il n'y a pas de formation. Nous sommes formés par le chef. Nous sommes là pour transmettre le savoir-faire parce que nous devons apprendre aux nouveaux recrutés comment faire, apprendre à exercer l'œil. Et ce n'est que de la transmission. Il n'y a pas de formation, pas d'école. Quand on prend quelqu'un, la personne est directement mise sur la production et doit apprendre. Et si cela ne marche pas, et bien cela ne marche pas. »

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Palais Garnier, 150 ans de secrets à l’Atelier Flou avec Anne-Marie Legrand (rediffusion)

dimanche 18 mai 2025Duration 03:24

Inauguré en 1875, le Palais Garnier est un chef-d'œuvre de l'architecture Second Empire, conçu par Charles Garnier. Ce lieu emblématique accueille chaque année plus d'un million de visiteurs. Pour célébrer son 150e anniversaire, une série d'événements met en lumière son héritage artistique et culturel, tout au long de l’année. (Rediffusion de la chronique du 15 août 2021)

À cette occasion, 100% création vous propose une rediffusion, en trois épisodes, qui met en avant, les métiers des coulisses de l’Opéra National de Paris. Découvrez des métiers qui créent la magie dans laquelle l’œuvre va se dérouler.

Ce dimanche, Anne-Marie Legrand, nous ouvre les portes de l’Atelier Flou, l’atelier destiné à la conception des costumes féminins de l’Opéra de Paris. 

Rediffusion de la chronique du 15 août 2021

 

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Les 150 ans du Palais Garnier: Bernard Connan et la magie des costumes

samedi 10 mai 2025Duration 02:57

Le Palais Garnier célèbre, cette année, son 150ᵉ anniversaire. Une série d'événements, incluant des galas, des expositions et des visites guidées, vont mettre en lumière son héritage artistique et culturel, tout au long de 2025.

À cette occasion, 100% Création vous propose une rediffusion, en trois épisodes, des coulisses de l’Opéra National de Paris. Nous avons rendez-vous avec celles et ceux qui sont souvent invisibles au-devant de la scène, et pourtant indispensables à la réalisation de chaque représentation.

Rediffusion de la chronique du 8 août 2021

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Les 150 ans du Palais Garnier et les métiers de l’Opéra national de Paris

samedi 3 mai 2025Duration 03:25

Le Palais Garnier est un chef-d'œuvre de l'architecture Second Empire, conçu par Charles Garnier. Pour célébrer son 150e anniversaire cette année : galas, expositions ou visites guidées mettront en lumière son héritage artistique et culturel.

À cette occasion, 100% Création vous propose une rediffusion, en trois épisodes, des coulisses de l’Opéra National de Paris. Nous avons rendez-vous avec celles et ceux qui sont souvent invisibles au-devant de la scène, et pourtant indispensables à la réalisation de chaque représentation.

Ils accompagnent la conception et la confection des costumes, manient la mousseline, teignent les étoffes, patinent les accessoires ou conçoivent bijoux et masques. Aujourd'hui, Suzanne Dangel, responsable de production des costumes de l'Opéra de Paris.

Rediffusion de la chronique du 1er aout 2021

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Maille & feutre, création et innovation textile selon Ghislaine Garcin

samedi 26 avril 2025Duration 09:43

Ghislaine Garcin est une artisane d'art textile. Elle vit et travaille à Marseille, dans le sud de la France. Son parcours l'a amenée à explorer diverses techniques textiles, mais c'est la combinaison du tricot et du feutre qui définit sa signature : maille & feutre. Passionnée par la laine et les matières naturelles, elle utilise des fibres locales et met en avant des pratiques durables.

Sa passion pour le feutre lui a ouvert de nouveaux horizons créatifs, lui permettant de développer une signature unique. Nous avons rencontré Ghislaine Garcin lors de l’évènement Oh my laine !, qui valorise la création française et l’ensemble des techniques textiles autour de la laine et des métiers d’art.

« J'aime bien avoir les mains dans la laine, réfléchir aussi, trouver des idées, innover. Ce n’est pas de l'innovation technologique, mais c'est de l'innovation quand même. C'est faire des pas de côté, essayer de détourner les techniques et les matériaux pour essayer de faire quelque chose qui n'a pas été fait, puis donner à voir comme si c'était une nouvelle matière », explique Ghislaine Garcin, artisane d’art textile et sa marque éponyme maille & feutre. « C'est vrai que maille & feutre, c'est du feutre, mais souvent, les gens me demandent ce que c'est. Ils me demandent si c'est du tissage, de la broderie, de la tapisserie ? Non, c'est du feutre avec de la maille incluse dedans. »

Ghislaine Garcin est originaire de Toulon. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Marseille, dans le sud de la France. Elle a d’abord exercé dans le domaine de la presse et l’édition avant de se consacrer à sa passion pour le textile à temps complet. Dans son enfance, ses vacances avec ses grand-mères couturières et tricoteuses, ont nourri cette passion. Elle a d’abord fabriqué du textile pour elle-même et ses poches.

Autodidacte, Ghislaine Garcin a cherché à se perfectionner en explorant d’autres techniques comme le tricot et le feutre.  « Il y a la curiosité d'essayer plein de choses, mais le tricot reste une des techniques que je préfère et que je pratique depuis très longtemps. Plus tardivement, j'ai découvert le feutre et cela m'a ouvert tout d'un coup des nouveaux horizons. Pour faire du feutre, je ne travaille pas avec les fils, contrairement aux autres techniques, mais avec la fibre. Tout d'un coup, c'était quelque chose de complètement nouveau, avec un champ des possibles extraordinaire, donc, je me suis emparée du feutre. Quand j'ai maîtrisé un peu le feutre, je me suis dit "Mais je ne veux pas lâcher le tricot" ! Je n'ai eu de cesse d'essayer de combiner les deux d’où maille & feutre, ma signature qui est cette mixité de techniques et de matériaux puisqu'il y a la maille d'un côté que je fais au préalable et qu’ensuite, je viens inclure dans les fibres. La maille est feutrée dans la masse des fibres. J’obtiens ce tissu non tissé appelé feutre, mais avec une texture très particulière : le relief que donne la maille. » 

Ghislaine Garcin commence par une phase de réflexion où elle imagine les pièces qu'elle souhaite créer. Avec des dessins, des choix de couleurs et de motifs, souvent inspirés par la nature et l'art contemporain. « Je suis dans l'air du temps et les sources d'inspiration, je n'en ai pas toujours conscience, mais elles sont diverses. Je pense qu'elles peuvent venir d’une d'alchimie entre peut-être une image dans un film, un tableau dans une expo, une balade en forêt. J'ai envie de dire la nature, comme tout le monde évidemment, parce que dans la nature, de toute façon, il y a déjà tout, nous n'inventons rien. Mais après, il y a aussi la création, qu'elle soit très ancienne ou très contemporaine. Nous sommes forcément influencés par l'ère du temps. »

L’artisane d’art textile choisit principalement de la laine locale, et collabore avec des teinturières pour obtenir des couleurs végétales. Cette étape est cruciale pour garantir la qualité et la durabilité de ses créations. « En feutre et en fil, je travaille avec du mérinos d'Arles produit et filer dans la Creuse. Le plus loin où je me fournis, cela reste un endroit où je suis attachée. C'est le Tyrol italien où je travaille depuis mes débuts. La première laine que j'ai feutrée, c'était une laine qui venait de cette petite ferme familiale. Cela reste comme un prolongement de moi-même. Je n’ai pas besoin de réfléchir, je me sens moi-même en travaillant cette laine. Comme la plupart des gens, sans être devenue radicale, je fais de plus en plus attention à un tas de choses que je fais et qui peuvent avoir un impact sur l'environnement. Quand c'est son travail, je pense que nous sommes encore plus vigilants. La rencontre avec LAINAMAC (une association de filière, valorisant la création et le fait-main à base de laines françaises) et Oh my laine ! ont été déterminante parce qu’il y a une exigence aussi de leur part. Nous nous l'approprions cette exigence, et donc de la même manière que mes laines sont devenues de plus en plus locales, je travaille aussi de plus en plus au niveau de la couleur, en teinture végétale. Maintenant, je travaille en étroite collaboration avec Lola Verstrepen qui est une teinturière dont l'atelier est basé dans le Lubéron, et nous mettons ensemble au point des gammes de couleurs en teinture végétale. »

Pour réaliser ses pièces, Ghislaine Garcin utilise des techniques de tricot et de feutre. Un processus physique qui impose des délais. Elle manipule des fibres mouillées avec des opérations de feutrage qui demandent de la patience, du temps et de l'énergie. « L'action de feutrer est une opération assez physique. C'est un processus qui est long, qui est très physique parce qu'on manipule des kilos de laine qui sont mouillés et qu'il faut frotter et fouler. Fouler, cela veut dire que je les enroule dans des nattes et que je les roule pendant des heures. C'est un processus qui est lent et long, et c'est physique à la fois cette manipulation de rouleaux de laines qui sont très lourds et qu'il faut travailler longtemps. Quand je suis dans le processus répétitif et un peu ennuyeux, j’ai l'esprit libre pour partir sur la collection suivante, sachant qu'en cours de processus, si je ne suis pas toujours concentrée, je peux faire des erreurs ou des petites sorties de route parfois utiles. J'utilise ces défauts que je vais exploiter par la suite. »

Une fois les pièces créées, l’artisane d'art textile procède à des finitions, qui peuvent inclure la couture et l'assemblage. Ghislaine Garcin veille à ce que chaque pièce soit unique. « Dans le principe, chaque année, je crée une nouvelle collection qui au départ est un tapis. Cela se fait à partir d'une idée, d'une envie, de couleurs, de motifs, de formats et de formes aussi. Ce tapis est décliné en plusieurs petits objets : assises, coussins, petits paniers que je présente sur des salons. Ce que je montre sur les salons, c'est une proposition à partir de laquelle j'explique bien que je peux faire du sur-mesure. Les clients me commandent souvent des tapis d'une taille plus importante. J'explique bien qu'il s'agit de tapis assemblés, parce qu'à cause de ce taux de réduction, je ne peux pas travailler de trop grand format, car je n'ai pas la capacité physique de les faire. D'autres le font, mais pas moi ! Ce tapis assemblé cousu par un point de broderie devient aussi une signature. La couture est intégrée au design du tapis et est partie intégrante du dessin. Par exemple, sur un tapis, quand il y a plusieurs couleurs, cela veut dire qu'il y a plusieurs tricots. Cela me sert à calculer techniquement combien il faut que je tricote de noir, de blanc ou de gris pour rentrer dans ce tapis. Parfois le dessin s'ajuste à la technique, je n'ai alors pas trop de chutes ou de gâchis. Cela compte aussi ! »

Ghislaine Garcin a présenté à Oh ! my laine, une collection différente réalisée avec un artisan vannier. « Cette nouvelle dimension tressage que j'ai ajoutée à mon travail, pour l'instant, c'est un pas de côté, une parenthèse, une envie aussi de faire une pause et de donner du temps à la conception, à la recherche, à la création. Parce que souvent, quand nous créons notre marque et que nous commençons à travailler, nous sommes un peu le nez sur le guidon, à toujours fabriquer et à répondre à la demande. Nous mettons de côté l'aspect conception et recherche. J'avais envie, au bout de six ans, de m'accorder ce temps-là. J'ai donc pris quelques mois pour travailler sur ce thème. »

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Nina Bornier fait rayonner la mode afro-occidentale avec N’Gantin By Nini

vendredi 18 avril 2025Duration 10:03

Nina Bornier originaire de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire a un parcours atypique mêlant droit, immobilier, gestion patrimoniale et mode. Elle a su conjuguer ses passions, valeurs et histoires pour créer la marque N’Gantin By Nini Nina Bornier a su transformer ses rêves en une marque de mode engagée. Elle mêle créativité, culture et engagement social pour faire rayonner la mode afro-occidentale.

Nous l’avons rencontrée lors du rendez-vous annuel de la mode afro à Paris Ze Défilé, placée sous le thème « Défilé solidaire contre l’endométriose ». Une évidence pour cette créatrice qui prône des valeurs comme l’élégance, la simplicité, l’unicité, le luxe accessible et l’engagement.

Etre dans la mode, cela nous permet d'avoir confiance en soi, l'acceptation de soi, de ses origines, de son histoire. Ne pas avoir honte des valeurs de nos origines, de pouvoir transmettre, aussi, ce savoir, donc la mode est un vecteur de transmission de notre identité.

Nina Bornier, créatrice de G’Nantin by Nini

" G’nantin, c'est mon premier prénom africain, je n’ai pas vécu avec mon père et quand, à sept ans, je l'ai rencontré pour la première fois, je lui ai dit que je détestais ce prénom puisque je ne savais pas ce qu'il signifiait et il m'a dit : "Tu ferais bien de l'aimer parce qu'il signifie : 'l'avenir est radieux' et je sais que ce prénom va t'apporter ce que moi je n'ai pas pu t'apporter" parce qu'il n'était pas présent dans ma vie. Et depuis lors, j'ai chéri ce prénom. C'était important pour moi d'appeler cette marque G’Nantin, l'avenir est radieux et Nini, mon prénom, c'est Nina, tous mes proches m'appellent Nini. G’Nantin By Nini cela fait GBN, ce sont mes initiales. G’Nantin, Bienvenue, je m'appelle Bienvenue, aussi, et Nina."

Née à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, Nina Bornier a vécu au Sénégal, puis en France, elle a su conjuguer ses passions pour la mode et ses valeurs sociales. Cette femme engagée a suivi un parcours académique brillant en droit en Côte d’Ivoire et au Sénégal avant de se tourner vers le secteur immobilier et la gestion de patrimoine en France. Mais au fond d’elle, il y a toujours eu un rêve de petite fille. 

Je suis arrivée en France en 2012, j'ai voulu continuer mon parcours juridique, mais je n'y ai pas trouvé ma place. J'ai dû reprendre des études dans la banque assurance et j'ai pu intégrer un grand groupe français. Je suis gestionnaire de patrimoine dans ce groupe en gestion privée. La passion d'enfant, le rêve de petite fille m'a rattrapée. Petite, j'étais celle qui mettait les fils dans la machine à coudre de mon arrière-grand-mère qui était quasiment aveugle à 98 ans, qui avait sa petite machine, qui essayait de coudre. C'était vraiment passionnant. J'ai gardé cela. Etant à la faculté, j'ai toujours dessiné mes propres modèles. En France, j'ai continué à dessiner mes modèles et à les faire concevoir par un couturier. Cela plaisait à mes collègues, à ma clientèle. j'étais surnommée 'le rayon de soleil' parce que c'était très coloré. "

En 2021, lors d’un voyage au Togo, Nina Bornier décide de lancer sa marque G’Nantin by Nini, alliant ses racines africaines et son expérience occidentale. " L'histoire avec le Togo est une histoire particulière. Lors d'un voyage au Togo, j'ai eu un gros coup de cœur pour ce pays. Je suis originaire de Yamoussoukro. Je suis très stressée quand je suis dans les grandes métropoles. Quand je suis arrivée au Togo, j'ai été marquée par ce côté humain. Il n'y a pas d'embouteillage ou presque pas. On peut aller voir les amis comme on veut, quand on veut. Il y a ce rapprochement qui n'a rien à envier aux grandes métropoles. Cela m'a marquée. J'ai trouvé mon identité dans cette culture togolaise, dans l'accueil que j'ai reçu aussi des Togolais. J'ai décidé d'y poser mes valises et j'ai créé mon entreprise au Togo. J'ai mon propre atelier de production. J'ai une équipe qui travaille avec moi,  le siège social de G’Nantin by Nini est à Lomé, au Togo. Aujourd'hui, j'ai vingt collaborateurs, quinze en CDI et cinq prestataires permanents qui sont au Togo et en France et qui travaillent autour de la marque. Je ne suis pas seule. Je suis la directrice de création. À mes côtés, j'ai mon frère également. On tient de notre maman ce côté artistique, le dessin, parce que maman aussi était très bonne dessinatrice."

Il y a une dimension sociale et un engagement solidaire derrière G’Nantin by Nini. " J'ai voulu allier le côté création et le côté social. J'ai toujours été lors de mes voyages en Afrique, fait des journées dans des orphelinats et moi-même étant orpheline de père et puis ma mère qui a été très jeune veuve et j'ai voulu en fait leur donner un métier. Au fur et à mesure, j'ai embauchée ces orphelinats pour pouvoir les insérer dans la société, dans notre entreprise, pour leur apprendre un métier. Cela peut aller du métier de manager, au métier de chauffeur, couturier, modéliste ou stylisme. C'est un engagement fort et j'y tiens. J'y tiens parce que je me dis au lieu de donner à manger à une personne, autant lui apprendre à pêcher. C'est mon maître mot. Aider les jeunes veuves à pouvoir se réintégrer dans la société parce que malheureusement, quand on perd son époux et qu'on n'arrive pas à retrouver un travail parce qu'on n'a pas de qualification ou même parce qu'on est rejeté par la société, c'est difficile. Permettre à ces jeunes veuves de pouvoir avoir confiance en elles, pouvoir se reconstruire, mettre de l'argent de côté. C'est l'éducation financière pour se reconstruire, créer de l'épargne pour pouvoir faire des projets, payer les études des enfants. Pour moi, c'est important de pouvoir redonner confiance à cette population. "

Nina Bornier a plusieurs vies : assurance, gestion de patrimoine et créatrice de mode. C’est principalement le soir, dans un cadre familial, qu’elle dessine en s’appuyant sur ses observations, ses rencontres, ses expériences quotidiennes et ses souvenirs. L’histoire personnelle joue aussi un rôle central dans la conception de ses collections et son processus créatif.

Le processus créatif prend le dessus à tout moment. Je fais beaucoup de route de par mon métier d'assureur et pendant que je conduis dans la voiture, je peux avoir des inspirations. La nature est le maître mot de cette marque. Le soir, dès que je couche mes garçons, je me mets dans un coin au salon et je dessine. Je prends le crayon, le papier et je mets ce que j'ai vu dans la journée mes inspirations, les couleurs, les odeurs, les gens que j'ai rencontrés. Les histoires aussi. En tant qu'assureur et gestionnaire de patrimoine, en une journée, je traverse tous les univers. Tout cela m'inspire. Et je vois également la mode, comment les femmes s'habillent, comment les hommes s'habillent, comment, de par la culture, de par leur origine, leur histoire. Cela m'inspire. Le week-end, à la maison de campagne, au coin de la cheminée, j'ai un fauteuil où je crée mes croquis. »

Les vêtements de G’Nantin by Nini reflètent la volonté d’allier l’Afrique et l’Occident, notamment à travers le choix des matières comme la soie, le pagne baoulé, pagne traditionnel de Côte d'Ivoire, coton et la production locale au Togo. Nina Bornier aime les matières faciles à vivre. 

J'aime travailler la soie. Je suis très soie, viscose pour tout ce qui est tissus européens et je prends également des tissus qu'on appelle des pagnes baoulé, des pagnes tissés, de la région de Yamoussoukro, d'où je suis originaire . Donc je crée moi-même mes motifs et je soumets aux artisans. Nous choisissons les fils ensemble. Le tissage est fait en Côte d'Ivoire, dans ma région. Le pagne baoulé, c'est très beau. Ce mélange avec le tissu dit occidental, cela fait un rendu qui est magnifique et qui vient aussi apporter ce côté afro occidental que je prône. Je choisis ces tissus dans la région de Yamoussoukro. Au niveau de l'Europe, je vais à la rencontre de mes partenaires. Nous créons les motifs ensemble, je crée mes motifs, nous faisons des prototypages jusqu'à ce que je sois satisfaite du résultat et du rendu. J'aime les matières fluides et faciles à porter parce que je suis une femme active. Porter des matières qui sont respirables, qui permettent d'être à l'aise dans sa journée, être dans son plus beau jour du matin jusqu'au soir, avoir confiance en soi.  Je vais, donc, partir sur ces matières principalement pour que les vêtements que je vais produire puissent être fluides et  apporter cette élégance. Mais l'élégance, cela passe aussi par être bien dans le vêtement, mais dans le tissu également. "

 

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Olivia Mangue, l’élégance africaine et européenne qui fait bouger les lignes

samedi 12 avril 2025Duration 08:09

Olivia Mangue, designer de mode et entrepreneuse gabonaise, a un parcours atypique qui l'a menée de la couture familiale à la création de sa marque, MOA Création. Nous l'avons rencontrée lors de la dernière édition du Yas Fimo 228, où elle a présenté une collection intitulée Élégance Résiliente. Cette collection aux teintes de blanc, noir, rose et orange symbolise l'espoir, la force et la détermination dans la lutte contre le cancer.

Les vestes, pantalons et jupes ornées de raphia et de perles ajoutent une touche artisanale. Olivia Mangue rend ainsi hommage à la résilience des femmes et en participant à la 12ème édition du Yas Fimo 228 de Lomé, un monde sans cancer, la fondatrice de MOA Création sensibilise également le public à la lutte contre le cancer.

La création est à la première place. Je suis vraiment à fond dans tout ce qui est mode et je peux dire que cela prend une place importante parce qu'aujourd'hui, personnellement, la création cela passe avant tout.

Olivia Mangue, designer de mode et fondatrice de la marque MOA Création : « L'histoire qui est derrière le nom de la marque, c'est mon histoire parce que MOA c'est mon nom et mes deux prénoms, donc Mangue, Olivia, Apolline. Cela veut aussi dire Model of Africa. »

Olivia Mangue est née à Libreville, au Gabon. Elle a exercé en entreprise dans le domaine des ressources humaines, mais passionnée par la mode dès son enfance et le mannequinat à son adolescence, quand elle décide de se lancer dans l'entrepreneuriat, elle choisit de vivre de sa passion : la mode. La créatrice gabonaise installée à Brest, en Bretagne, dans le nord-ouest de la France, a été influencée par sa mère couturière. 

« Ma mère est couturière, j'ai appris la couture avec elle quand j'étais toute petite. J'ai aussi appris un peu toute seule, en autodidacte. Et depuis l'année dernière, je fais une école de mode à Paris. Je suis à la Couture Brigade où j'ai appris le modélisme et la couture, cette année, je suis en année de stylisme. Un vêtement de luxe avec des finitions de luxe, c'est complètement différent. Ce n’est pas le même univers. Quand je me suis lancée, je faisais des vêtements sans pour autant prêter attention aux finitions. Chose qui est très importante. En faisant cette école, justement, j'ai pu acquérir ces compétences, notamment sur des finitions à la main, avec des coupes. C'est vraiment important. C'est bénéfique pour moi parce que je vais emmener la marque dans un autre niveau. J'ai décidé de lancer MOA Création comme je confectionnais des vêtements pour moi et mon entourage appréciait ce que je faisais. À chaque fois, ils me demandaient "tu as acheté ce vêtement où ?" Je répondais : "c'est moi qui l'ai dessiné et confectionné." C'est comme cela que je me suis dit "pourquoi ne pas sauter le pas et m’y mettre à fond ?" C'est ainsi que j'ai créé MOA Création », raconte-t-elle.

En autodidacte, Olivia Mangue explore la couture et développe ses compétences. Elle s'inspire des années 80 etpropose l'union de l'élégance africaine et européenne. Gabon, Côte d'Ivoire, France, Sénégal ou Ghana. La créatrice gabonaise veut faire connaître son travail au plus grand nombre. Mais c'est à Abidjan qu'elle a ouvert son atelier.

« Je travaille beaucoup avec des artisans locaux, notamment en Côte d'Ivoire, parce que j'ai une demande de clientèle qui ont des robes assez spécifiques, donc, il faut faire des tissus sur mesure dans les ateliers, en Côte d'Ivoire. C'est beaucoup de bouche à oreille, puisque les autres stylistes veulent tout garder pour eux. C'est compliqué de tomber sur de bons artisans. Aujourd'hui, j'ai un bon réseau au niveau de la Côte d'Ivoire, ce n’est pas mon pays, c'est vrai, mais j'ai beaucoup plus d'opportunités dans ce pays que chez moi. Après, au niveau de la demande, plus la demande est grande, plus nous avons du mal à suivre pour la production parce que les quatre couturiers travaillent individuellement. Je suis en train d'essayer de m'orienter un peu à l'étranger. Notamment en Turquie pour la confection des tissus directement avec les designers, afin de l’expédier dans l’atelier en Côte d'Ivoire pour que cela soit fait sur place », explique-t-elle.

Le succès entraîne également des défis de production, notamment lors de collaborations. La demande croissante pour ses vêtements a mis en lumière la nécessité de renforcer la chaîne de production de MOA Création pour répondre aux attentes. 

« J'avais collaboré avec une coach très influente sur les réseaux C'était ma première collaboration, le plus gros défi, c'était de répondre à la demande. Je pensais avoir quelques commandes, mais c'était énorme ! Il y avait tellement de demandes que je n'ai pu répondre qu’à une partie. Elle avait porté l'une de mes créations et j'avais eu tant de demandes que je me suis retrouvé vraiment à court de pouvoir produire. Les quatre couturiers, à l'atelier, ne sont pas assez efficaces pour pouvoir répondre à une telle demande, surtout s'il faut expédier assez rapidement. Il faut remédier à ce problème en travaillant sur ce point-là pour l’améliorer à l'avenir », affirme-t-elle.

Olivia Mangue lance MOA Création en 2020, une marque avec laquelle elle cherche à redonner confiance aux femmes. « MOA Création, c'est une marque qui veut valoriser le continent africain. C'est pour cela que c’est aussi Model of Africa. Aujourd'hui, nous ne sommes pas reconnus dans le milieu de la mode en Europe. Pour avoir participé au défilé à Paris, par exemple, il n'y a pas beaucoup de designers, beaucoup de créateurs africains. Pour moi, les valeurs de MOA Création c'est de mettre en avant la mode africaine et aussi d'accompagner des femmes. Des femmes, par exemple, qui n'ont pas confiance en elles, qui aimeraient avoir confiance en elles. Parce que dans ma formation, je suis aussi des cours de stylisme pour pouvoir relooker des femmes qui ont perdu confiance en elles et qui aimeraient rebondir », précise-t-elle.

Olivia Mangue aspire à former de nouveaux talents en Afrique en maintenant des standards de qualité élevés et à faire évoluer l'industrie de la mode sur le continent. « Moi, mon but, c'est de former d'autres personnes, parce que je me dis que si j’acquière quelque chose de bon, c'est mieux aussi de l'enseigner à d'autres. J’ai MOA Création, mais à la longue, avec les formations que je ferai, puisque je vais en faire d'autres, ce serait pour former des jeunes en Afrique. Afin d’arriver à un niveau avec lequel nous pourrions avoir des usines de fabrication comme en Turquie ou en Chine. En Afrique, il n'y en a pas ou presque pas. Tu as des petits ateliers où tu as quelques personnes, mais des usines de fabrication, il n'y en a pas. En Afrique, il y a des formations avec lesquelles tu vas chez un couturier, tu vas apprendre à couper un tissu. Tout le monde peut le faire, mais faire un vêtement prêt à porter haut de gamme, je ne pense pas. Parce que cela demande une rigueur et des finitions différentes qu'un vêtement prêt à porter que tu vas retrouver dans la moindre boutique du quartier. C'est cette culture que nous n’avons pas encore vraiment en Afrique. Mon objectif, ce sera à la longue justement de former ces personnes pour que nos créations puissent se retrouver un jour sur des plateaux, sur des tapis rouges, à Paris ou ailleurs dans le monde », détaille-t-elle.

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Catherine Romand, rotinière et vannière d'art, tresse la matière

samedi 5 avril 2025Duration 10:05

L'événement international des Journées européennes des métiers d'art (JEMA) est dédiée à la valorisation de ces métiers. La 19ᵉ édition s'achève ce dimanche 6 avril 2025. L'ouverture des ateliers d'artisans et des établissements de formation permettent au grand public de découvrir les coulisses de ces métiers souvent méconnus, comme celui de Catherine Romand, rotinière et vannière d'art.

Elle a été récompensée par le prix Liliane-Bettencourt dans la catégorie « Dialogues » pour son œuvre Tresser l'ombre, une ombrière préparée en osier, conçue en collaboration avec la designer Clémence Althabegoïty. Une association audacieuse, tournée vers l'avenir. « La vannerie, c'est aussi un art de vivre. Parfois, je n'ai pas de week-end, je travaille jusqu'à 8, 10 heures et même des fois 11 heures, le soir. Mais il n'y a pas de contraintes. Nous avons une liaison avec la personne, le designer ou l'architecte d'intérieur, nous savons qu'elle attend et nous voulons surtout lui faire plaisir. Je suis capable de passer des heures comme cela. Par contre, quand je fais ce que j'ai envie d'avoir, que je travaille pour moi, je verrai, si cela plaît », explique Catherine Romand, rotinière et vannière d'art.  

« La différence entre l'osier et le rotin ? Je vais déjà l'expliquer, parce que beaucoup de gens ne le savent pas. L'osier, c'est le rejet de l'année du saule. C'est quelque chose que nous cultivons et c'est cultivé en France. Par contre, le rotin, c'est un palmier rampant qui vient forcément un petit peu d'Afrique, mais principalement d'Indonésie. Il y avait 40 000 vanniers au début du siècle dernier, puis 20 000 rotiniers. Et aujourd'hui, nous sommes peut-être trois rotiniers en France. Rotinière et vannière, je suis unique », poursuit-elle.

Catherine Romand est née dans le territoire de Belfort, dans l'est de la France. Première femme diplômée de l'école de vannerie en ameublement rotin, elle a commencé sa carrière à 16 ans. Sa rencontre avec la matière a révélé sa dextérité manuelle et sa créativité : « J'ai tellement fait de vannerie. Quelque part, il manquait quelque chose dans mon âme. Donner de l'âme sur des formes extrêmement pures. Je suis plutôt partie un peu sur les lignes pures. La vannerie, c'est quelque chose que vous voyez, qui fait partie de votre vie, qui peut se mettre un peu n'importe où, qui a sa présence. Mais ce n'est pas la pièce principale. Les sculptures, il faut que ce soit la pièce principale, parce qu'il y a tellement de couleurs, de mouvements. C'est un peu comme une peinture. Des lignes pures, c'est quelque chose qui donne la matière noble de l'osier pour moi, mais qui s'intégrera partout et qui fera de toute façon du bien à tout le monde. Pour moi, c'est cela, reprendre des points de travail très anciens par exemple, et qui arrivent à faire quelque chose de très contemporain. J'adore cela. »

Avec plus de 40 ans d'expérience, Catherine Romand est reconnue pour ses pièces uniques, allant de créations utilitaires à des sculptures monumentales avec des techniques ancestrales. « Si vous êtes vannier, vous lisez. Un panier, c'est comme un livre. Une sculpture, c'est comme un livre. Vous regardez la pièce et vous savez comment c'est construit et vous pouvez reproduire. Mais tout ce qui est travail cousu, c'est déjà une utilité qu'il y a en ameublement-rotin. Nous avons des points de travail qui sont en correspondance avec la vannerie japonaise. J'essaye de ne pas m'inspirer des autres. Je peux lire ce que je sais faire. Alors, je vais faire à l'identique ce qui existait ; ce qui a été fait pour les autres, mais je n'y mets pas mon nom. Nous avons retrouvé les mêmes techniques dans des vestiges archéologiques. Ils utilisaient déjà les mêmes points de travail. Je n'ai pas inventé du tout de point de travail. Je modifie les formes et les volumes en utilisant le savoir-faire. Je ne suis pas quelqu'un qui invente des points de travail. J'en ai faits, j'en ai développés. Mais à l'origine, je le dis, les hommes en peaux de bêtes, ils les avaient déjà. »

En tant que femme dans un métier historiquement exercé par les hommes,Catherine Romand insuffle unedimension de mouvement, légèreté et féminité à ses créations  : « Par exemple, j'ai fait de la danse classique. Mes sculptures, ce sont des danseuses, mais ce n'est pas du tout figuratif. Ce sont des mouvements de danse, comment le corps se met... Et j'arrive à le faire en sculpture. Lors d'expositions, des gens venaient caresser les hanches et le bas du dos alors que ce n'était ni hanches, ni bas du dos. Je ne sais même pas s'ils ont vu que c'était une femme, parce que ce n'est pas du figuratif ! Dans tout ce que j'ai appris en vannerie pendant mes 25 premières années, j'ai voulu mettre de la féminité, de la rondeur, trouver quelque chose qui ramène beaucoup de féminité. »

La rotinière-vannière d'art travaille l'osier et le rotin, des matériaux vertueux, durables et capables de répondre aux défis environnementaux. Catherine Romand cultive son propre osier, afin de garantir la qualité de sa matière première : « Nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-même. Quand je travaillais dans l'usine à paniers, il fallait passer ''coopérateurs''. Les coopérateurs cultivent de l'osier. Il est bien plus facile d'avoir sa matière première que d'en chercher quand il n'y en a pas. Quand vous avez quelqu'un qui vous commande quelque chose et que vous n'avez pas l'osier, vous êtes obligés d'aller le trouver, et ce n'est vraiment pas si facile. C'est notre dernière année de culture, mais il y a un jeune de 34 ans qui prend la relève. Et j'ai même acheté du terrain en plus pour qu'il s'agrandisse, parce que lui n'est pas vannier. Il va faire la culture, mais cela fait déjà des années qu'il travaille avec nous. Nous cédons des terrains en pleine production. C'est génial, nous savons que nous en aurons toujours. »

Former les nouvelles générations est l'un des défis que représente la passation de ce savoir-faire traditionnel. Impliquée dans la transmission, Catherine Romand forme de jeunes artisans et songe à aller plus loin : « Je peux vous parler de cela. Mon petit rêve à moi, c'est de monter une formation complémentaire de ceux qui ont eu les fondamentaux, pour aller plus loin : "Tu as cela à faire, comment fais-tu ? Comment tu fais ton gabarit ? Où est-ce que tu vas mettre ? Pourquoi tu enlèves cela ? Pourquoi tu vas serrer les montants à ce moment-là ? Ou pourquoi tu les prends plus larges parce que tu refermes ?'' J'ai vraiment envie d'apprendre aux autres. Quand nous commençons quelque chose de précis, il faut toujours penser comment nous allons finir. Pour une sculpture, je ne le fais pas parce que je ne sais pas où je vais. L'osier, c'est géant. »

Avec son ombrière tressée en osier, la vannière Catherine Romand et la designer Clémence Althabegoïty ont uni leur savoir-faire pour imaginer un objet aussi futuriste que poétique et qui a obtenu le prix Liliane-Bettencourt pour l'Intelligence de la Main « Dialogues » 2024. Une belle récompense pour Catherine Romand : « Magnifique ! Ce prix, c'est waouh, parce qu'il y a plein de prix qui sont égarés, et celui-là, il ne l'est pas. Pour moi, de l'avoir, ce n'était pas possible ! À force de dire ''non pas la vannerie, pas la vannerie'', mais c'est fait ! Mais merci, merci pour la vannerie. Franchement, je ne saurais pas trop que dire de plus. Enfin, vous retrouver devant des gens qui respectent votre métier, votre savoir-faire, cela fait plaisir. »

Dans un monde où l'artisanat se heurte à la production de masse, Catherine Romand redéfinit la vannerie en mêlant techniques traditionnelles et esthétique contemporaine. De la simple corbeille aux sculptures monumentales, ses créations témoignent d'une maîtrise exceptionnelle de l'osier : « Vous arrivez le matin dans votre atelier. Vous commencez quelque chose, vous n'avez rien. Vous avez juste des brins d'osier. Et là, vous commencez. Le fond. Les montants. Et c'est fini. Je peux démarrer quelque chose sans savoir comment je vais finir. Et c'est génial. Je fais des sculptures qui font jusqu'à 2,80 mètres de haut. Je commence. Puis, au bout d'un moment, des fois, je peux partir pendant une demi-heure parce que je vais me faire un thé, il faut que je me pose. Je regarde et là, j'ai compris. La forme est faite dans le tressage, elle n'est pas faite avec un coup de genou mis dedans pour le tordre, parce que l'osier n'est pas extensible. Si vous voulez creuser quelque chose, il faut l'emmener dans le tressage. Mais il faut savoir comment votre osier va vous y emmener. »

« C'est toute une harmonie, mais c'est un truc. Cintrer l'osier avec les mains pour qu'il prenne le mouvement. Il revient, il faut le maintenir. C'est le tressage, c'est l'entrelacs qui va réussir à le maintenir là où vous voulez qu'il soit. Vous l'assouplissez pour qu'il aille là où vous voulez qu'il aille, et puis, vous le poussez tout en travaillant. C'est comme cela que nous arrivons à faire des formes, à monter sur des hauteurs que nous voulons. Enfin, que nous pouvons, car l'osier a ses limites de hauteur. »

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Sofiane M'Sadek, artiste et souffleur de verre, explore la mémoire

samedi 29 mars 2025Duration 07:57

Les Journées européennes des Métiers d'Art (JEMA) représentent la plus grande manifestation internationale dédiée à la valorisation des métiers d’art. Cette année, l'édition se déroule du 30 mars au 6 avril 2025. Cet événement européen est une occasion unique de rencontrer des artisans passionnés, de comprendre leurs techniques et de se plonger dans leur univers créatif. Nous avons rencontré Sofiane M'Sadek au MusVerre, un musée dédié au verre, situé dans le nord de la France.

À travers des installations colorées et poétiques, Sofiane M'Sadek cherche à établir un lien avec le public. Le verre, loin d'être un simple matériau, devient, pour lui, une porte ouverte sur des mondes intérieurs, une invitation à explorer la mémoire collective. Un voyage sensoriel : « J'ai toujours été touche-à-tout, et quand j'ai vu le premier cueillage, notre première prise de matière, dans le four pour le verre, je devais être là, à ce moment-là. La gestuelle, la chaleur... J'ai beaucoup de mal à poser des mots là-dessus, mais c'est mon ressenti sur le moment. »

Sofiane M'Sadek est artisan verrier et souffleur de verre : « En tant qu'artiste, j'aime beaucoup faire par moi-même. Pour le verre, c'est très particulier. Il faut de la technique. Ma spécialité, c'est le soufflage à la canne. »

Sofiane M'Sadek est né à Paris et a grandi en banlieue parisienne. Après avoir obtenu son baccalauréat, il s'oriente vers des études de cinéma et découvre l'art vidéo. Ce coup de cœur pour l'art l'amène aux arts-déco de Strasbourg, où il s'initie au travail du verre. Passionné par la gestuelle et la chaleur du verre, Sofiane développe son propre style artistique, mêlant technique et créativité. Actuellement installé à Nantes, il travaille dans un atelier tout en menant des projets personnels et des résidences artistiques comme celle au MusVerre, le musée dans le nord de la France dédié à l'histoire du verre.

« Des fois, je rentre chez moi et je travaille à partir de chez moi, avec des outils comme une dremel (un outil) pour scier le verre, découper. Je l'utilise beaucoup sur certaines pièces, je fais beaucoup de découpes à la dremel, et je peux le faire de chez moi. Je sors de l'atelier, j'ai "mangé" du verre, je rentre chez moi, je "mange" du verre ! La location d'un atelier, c'est une grosse charge financière. Les résidences comme celle-ci, c'est très bien pour de jeunes artistes. On peut s'exprimer, louper, refaire... Quand je loue un atelier comme je l'ai déjà fait, la commande est déjà engagée. Le client me commande une pièce ou me laisse libre de mon choix à la création. Il me faut quand même un petit croquis parce que j'aime bien que ce soit très organisé. À partir de là, je sais que j'ai la commande et je peux me permettre de louer l'atelier. Il y a toujours un risque, mais il est réduit. »

Le parcours atypique de cet artiste et artisan verrier le place à la croisée des chemins entre art, design et artisanat. Ses œuvres explorent des thèmes de mémoire : « Je m'exprime à travers le verre. Je n'ai pas forcément de message, mais si la personne arrive à plonger dans mon univers et qu'elle raccroche des souvenirs, son vécu à mes pièces, c'est que j'ai ''gagné''. Je n'ai pas vraiment de message, je fais plus de l'art pour m'exprimer qu'autre chose. Il y a beaucoup de mémoires dans le corps, de manière générale, autant pour la réalisation que dans l'aspect final, le cerveau et tout. Je travaille beaucoup sur la mémoire, mais sur moi-même en fait. Tout ce que nous gardons en mémoire depuis toujours, ce que nous avons vécu, c'est ce qui détermine la personne que nous sommes à l'instant T. C'est peut-être cela que je recherche, à pouvoir exprimer un peu de moi-même. J'essaye de me cacher derrière mes pièces et juste dire qu'elles existent par elles-mêmes. L'important, ce n'est pas moi. Le plus important, c'est que les gens regardent et, si possible, qu'ils plongent dedans et qu'ils me disent ''cela m'a fait penser à quelque chose''. C'est très bien que cela évoque un souvenir ! »

La technique de soufflage à la canne est au cœur de son travail. La chaleur du four, la fragilité du verre, envoûtent et fascinent Sofiane M'Sadek. « Il faut être concentré. Quand tu prends la canne, tu sais que si la pièce dure cinq heures, ton esprit n'est que là pendant cinq heures. Les petites pensées parasites, cela peut vite déraper. Enfin, quand je dis ''déraper'', c'est que je peux rater la pièce. C'est intense niveau concentration. Il y a la matière au bout de la canne, mais aussi les gens avec qui ont travaille. On peut avoir un assistant ou une assistante, en avoir plusieurs, mais celui qui est sur le banc reste le chef d'orchestre. Il va donner les indications quand il faut souffler, comment il faut chauffer. On gère un peu tout en même temps. Après, à force de travailler avec la même personne, il y a aussi une complicité qui se met en place. Et sans parler, nous savons ce que nous devons faire.  Avec l'expérience de la matière, nous savons à quel moment comment faire. »

Son processus créatif, Sofiane M'Sadek le puise dans ses souvenirs et son dialogue avec la matière : « L'image mentale, je fonctionne beaucoup comme cela. Après, forcément, elles vont se modifier un peu dans le monde réel. Mais je fonctionne beaucoup comme une photographie mentale. J'ai plutôt la tête qui vagabonde toute seule (rires). Cela peut être une discussion avant d'aller dormir aussi, au moment où on est entre le sommeil et le réel. Je parle beaucoup de réel et d'imaginaire, c'est tout mon travail, mais je reste ouvert. Je peux avoir une discussion et mon cerveau va un peu décrocher. Je vais penser à autre chose pendant quelques secondes et me dire ''hé, c'est pas mal''. Je stocke cette idée que je peux réaliser plus tard. Par contre, je la modifie, pour des aspects aussi physiques, avec la matière, parce que le verre, en tant que matière, a ses limites, on ne peut pas la contraindre non plus. Je joue avec elle aussi. C'est un dialogue avec la matière. Il y a aussi l'aspect financier. »

Le verre est pour ce verrier une matière aussi fantastique que fascinante qui l'invite à l'échange : « C'est une discussion. Le verre discute comme il veut (rires). Tout le monde le voit de manière fragile, mais il peut être aussi très dur. Il y a aussi de la légèreté, il peut être fragile et avoir une pérennité dans le temps aussi, mais en un instant, il peut disparaître. Enfin, la pièce peut disparaître. Je crois que c'est un mélange de tout qui m'intrigue un peu. Je suis curieux et cette matière est magique. Tout le monde connaît la matière, mais personne ne la connaît vraiment. Lorsque l'on s'achète un verre dans le commerce, c'est juste un objet. Techniquement, j'ai autant envie de réussir à faire un gobelet que faire une pièce d'art ou une installation, ou partir dans de l'abstrait ou du très concret millimétré au compas. C'est cela qui est intéressant avec cette matière, elle offre un panel très large de possibilités. »

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