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| Title | Pub. Date | Duration | |
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| Gérald Remy, inspecteur des collections au Mobilier national [4/9] | 26 Jul 2025 | 00:12:30 | |
Le Mobilier national et les manufactures ont toujours été des lieux de création contemporaine, collaborant avec des artistes, artisans d’art et designers depuis l’époque de Louis XIV. La commande d’œuvres d’art textile et de mobilier contemporain intègre ainsi les résidences de l’État français. Des collections riches de 130 000 biens : tapisseries, meubles, textiles et céramiques reflètent l’évolution de l’ameublement officiel en France depuis le XVIIe siècle. Gérald Remy est inspecteur des collections au Mobilier national. Il veille à la conservation, la gestion et la valorisation d’œuvres du Mobilier national, en particulier celles datant de 1900 à 1964. J'avais déjà un intérêt pour le Mobilier national en tant que conservateur du patrimoine. Mais, il faut savoir que le Mobilier national n'est pas qu'un lieu de conservation, c'est aussi un lieu de création. Ce qui est vraiment étonnant, c'est de jouer sur ces deux tableaux, d'être là et de se dire que l’on crée et que l’on voit créer des œuvres qui vont arriver dans le patrimoine français. « Ces éléments qui ont été contemporains et qui sont contemporains, par exemple en 2025, peut-être que dans 50 ans, on va les vénérer comme des objets totalement patrimoniaux et qu'il faudra préserver au maximum. C'est ce qui s'est passé déjà au XVIIIe siècle. C'est un exemple que je cite énormément : nous avons des sièges de Saint-Cloud pour la reine Marie-Antoinette qui sont dans nos collections et à chaque fois, les visiteurs les voient comme des icônes. Je leur rappelle toujours que ce sont des sièges. Au départ, avant d'être des icônes, ce sont des meubles, des objets qui étaient pratiques. Beaux, mais pratiques. » Originaire de Franche-Comté, dans l’est de la France, Gérald Remy nourri sa passion pour l’art et l’architecture dès l’enfance dans un environnement familial attaché à l’histoire et à la beauté des objets. Après un parcours académique prestigieux à l’École du Louvre et la Sorbonne, il intègre le ministère de la Culture, en passant le concours de conservateur. Il travaille notamment à Beaubourg, au Fonds national d’art contemporain, et au sein de la direction des affaires générales du ministère de la Culture. Il rejoint le Mobilier national en 2009. « Je connaissais déjà parce que j'avais certains de mes condisciples de l'école du Louvre qui étaient ici, qui étaient inspecteurs, et je suis venu. Mais bien sûr, je connaissais déjà le Mobilier national puisque j'étais en rapport avec eux pour les dépôts au ministère de la Culture. C'est très drôle de se retrouver à la fois demandeur et puis après pourvoyeur, si l'on peut dire. Vous avez toujours un rapport d'étonnement lorsque vous arrivez, parce que cette institution, lorsque je suis arrivé, n'était pas aussi ouverte. C'était une institution qui travaillait beaucoup, mais qui communiquait peu. Où l'on était encore dans le secret, puisque qu'elle était au service des plus grands de ce monde français, du président de la République, des institutions. Mais qui avait la chance d'avoir des collections fabuleuses et qui mettait tout en œuvre pour les présenter, pour les mettre en avant, aussi bien auprès des institutions qu'auprès des musées et des institutions étrangères. Tout un panel d'interlocuteurs passionnant. » Gérald Remy est inspecteur des collections, un métier hérité du XIXe siècle, dont il apprécie la richesse historique et les responsabilités. « C'est une spécificité du Mobilier national. Inspecteur, c'est vraiment le terme employé depuis la fin du XVIIIe et XIXe siècle. Nous sommes inspecteurs des collections, inspecteur du Mobilier national. Nous avons un rôle d'inspection. C'est-à-dire de retrouver, de recoller tous les objets que nous avons en dépôt pour être sûrs qu'ils sont bien présents, en bon état et dans les lieux où on les a déposés. Parce qu'un meuble bouge. Un siège, cela peut passer d'un bureau à un autre. Notre mission, c'est non seulement de les retrouver, mais de savoir si, lors de ces transports, ils n'ont pas été abîmés, détériorés ou s'ils nécessitent de revenir au Mobilier national. C'est l’une de nos premières missions, bien sûr, cette mission de récolement. Mais nous avons également une mission d'étude de ces collections. Certains meubles, on croyait les connaître, mais grâce à l'étude de leur numéro d'inventaire, des marques qu'ils portent sur leur bois ou sur leurs textiles, nous pouvons retrouver leur histoire. La petite histoire, bien sûr, de leur création, mais aussi la grande, puisqu'ils furent souvent utilisés pour des grands événements. C’est vraiment formidable. » Une partie du travail de Gérald Remy consiste à effectuer le récolement. C’est-à-dire la vérification des collections, à documenter leur histoire à partir des inventaires, des archives et des photographies, et à veiller à leur bon état et à leur localisation précise en faisant un état des lieux régulièrement. « Au Mobilier national, jusqu'à maintenant, nous avions une obligation de dresser un inventaire tous les cinq ans. Tous les cinq ans, nous préparons cette inspection en reprenant toutes les listes pour savoir ce que l'on doit vraiment trouver. À partir de ces listes, nous allons prendre des rendez-vous sur place. C'est ce que nous avons fait, en 2022, pour les services du Premier ministre, puisque je suis en charge des services du Premier ministre également. Nous avons fait des inspections sur tous les lieux du Secrétariat général du gouvernement. Nous sommes un peu comme Saint-Thomas. Il nous faut voir nos petits, une fois tous les cinq ans, pour savoir s'ils sont bien tous là, en bon état et s'il n'y a pas des choses à faire revenir. Parfois même, nous sommes force de proposition en disant "Écoutez, vous avez un élément pour lequel nous pourrions vous proposer quelque chose en plus pour finir un décor, pour finir une atmosphère." » La gestion des collections couvre une large période, de Louis XIV à nos jours, Gérald Remy se consacre aux objets des années 1900 à 1960 et doit aussi répondre aux besoins d’usage moderne. « Par exemple, le mobilier du XIXe siècle, qui était au départ toujours un mobilier d'apparat, ne correspond plus aux us et coutumes administratives du XXIe siècle. Mais cela ne veut pas dire qu'il a perdu de sa qualité et de sa fonctionnalité. Malgré tout, nous allons le réutiliser autrement avec des réaménagements scientifiques, ces dépôts et parfois des collections qui réapparaissent. Je suis donc responsable des collections des années 1900 à 1960, pendant à peu près une quarantaine, cinquantaine d'années. Les collections de 1930 à 1950 n'étaient plus utilisées pour les ameublements. Suite au Covid et à un plan de soutien aux restaurateurs, et pour abonder ce plan de soutien, nous avons utilisé les collections. Mes collections de ces années 1940, 1950, elles ont été restaurées et elles resservent désormais pour les ameublements. Nous n’allons pas les utiliser en "total look", c'est-à-dire recréer un bureau qui aurait connu des ministres du Front populaire. Non, nous allons utiliser une pièce avec d'autres pièces contemporaines, et instituer un dialogue entre le tout pour que cela soit vraiment représentatif de la période et des arts décoratifs français. » Au-delà de la conservation, Gérald Remy joue un rôle essentiel dans la création, en participant à des projets contemporains, à la réintégration d’œuvres dans leur contexte historique. Ou encore à la réédition d’objets pour répondre aux besoins d’usage moderne. Pour Gérald Remy, préserver le patrimoine, ne suffit pas, il faut le faire vivre. « Les nouveaux hommes et femmes politiques sont de plus en plus jeunes. Ils veulent également coller non seulement à l'actualité, mais aussi à leur vie. Parce qu'un ordinateur sur un bureau Louis XV, Louis XVI, ce n'est pas très pratique. Nos jeunes gouvernants n'aiment plus cela. Ils aiment le design, ils aiment tout ce qui est création contemporaine. Nous achetons donc soit des œuvres de designers, mais créés et vendus par des magasins, soit au sein de l'atelier de recherche et de création, l’ARC, des projets que nous avons demandés à des designers et qui sont fabriqués au sein du Mobilier national. » L’inspecteur des collections exerce une fonction à la fois scientifique et artistique. Il vérifie la présence des objets déposés dans divers lieux, qu’il s’agisse de ministères, d’ambassades ou de réserves, et quelques fois cela permet de compléter l’histoire d’un meuble. Une grande fierté pour Gérald Remy. « Nous avons de très grandes réserves. Pendant des années, je suis passé devant un grand meuble de la période art déco, très beau. Il dormait là. Il était conservé, mais muet. Il avait un numéro d'inventaire, mais pas de créateur. Rien. Je l'ai vu une fois, deux, trois, quatre, cinq fois. Je m'en suis imprégné énormément. En refaisant d'autres recherches, j'ai feuilleté des ouvrages sur l'exposition de 1925 et sur quoi je suis tombé : sur une photo d'une pièce qui avait été créée par la Maison Dominique pour l'espace de la société des artistes décorateurs. Sur cette photo, le meuble était là, bien présent. À partir de cette photo, j’ai pu remonter toute son histoire, c'est-à-dire qu'il a été présenté en 1925, acheté directement par le Palais de l'Élysée pour l'ameublement du Palais de l'Élysée. En 1939, 1940, l'Élysée est fermé puisque la guerre est venue, et ce meuble est apporté dans les réserves du Mobilier national pour être protégé. Pris à l'inventaire, il vient dormir pendant presque trois quarts de siècle, jusqu'à ce que je le réveille. Depuis, sur sa fiche, nous avons son année de création, son historique et également le nom de ses créateurs, la Maison Dominique. C’est primordial, c'est le but de nos recherches, notre rôle, ici, au Mobilier national. »
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| Solène Corlet, les couleurs de l'atelier teinture du Mobilier national [3/9] | 19 Jul 2025 | 00:11:14 | |
100% création vous propose une série estivale dédiée aux métiers d'art du Mobilier national. Au sein de ce lieu emblématique du patrimoine français, l'atelier de teinture, créé en 1665 par Colbert, est un lieu historique qui n'a pas changé de place depuis sa création. Le nuancier du Mobilier national est un grand album regroupant plus de 16 000 couleurs de laine teintées, servant à la classification et mémorisation des couleurs. Il facilite le dialogue entre artistes et artisans pour la création ou la restauration, permettant ainsi de retrouver précisément les couleurs d'origine grâce à un système de référence enrichi chaque année. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Solène Corlet, teinturière et adjointe à la cheffe de l'atelier teinture du Mobilier national. Elle prépare et ajuste les teintures pour les tapisseries, tissus et œuvres d'art. « C'est un défi à chaque fois. Un nouveau projet, une nouvelle couleur et cela change tout le temps. C'est ce qui est bien », confie-t-elle. « La teinture a agi sur toutes les tapisseries et les tapis qui sortent du Mobilier national. Et nous, nous trouverions agréable que cela soit plus mis en avant, parce que c'est un savoir-faire. Certes, nous sommes dans notre coin, remisé, caché, mais c'est un savoir-faire qui se perd s'il n'y a pas de transmission, s'il n'y a pas de visibilité, si on ne dit pas que c'est un métier génial », assure la teinturière. Née à Saumur (Maine-et-Loire), Solène Corlet a toujours été passionnée par les couleurs et l'artisanat textile. Dyslexique, elle a rencontré des difficultés dans le système scolaire classique, ce qui l'a conduite à suivre un parcours atypique : une année de licence d'anglais, puis une mise à niveau en arts appliqués, et enfin un diplôme des métiers d'art textile, option broderie. Après ses études, elle a effectué des stages notamment au Mobilier national en restauration tapisserie, ce qui lui a permis de découvrir le métier de teinturière. Cette amoureuse des couleurs a intégré l'atelier de teinture où elle prépare et ajuste les teintures pour les tapisseries, tissus et œuvres d'art, en utilisant des techniques empiriques transmises oralement : « Il n'y a pas de livre de recettes. Chaque personne a un petit carnet où elle note ses formules, mais nous savons que lorsque nous devons refaire la même couleur, nous ne pouvons pas reprendre ces notes et refaire la couleur. Ce n'est pas possible. Si nous le faisions, nous serions 30% trop foncé, donc cela veut dire repartir plus clair et se rapprocher de la couleur. En plus, cela diffère du lot de laine. Nous avons une commande de laine qui est passée presque tous les deux ans, nous commandons une tonne. Cette laine n'est pas blanche, elle ne va pas avoir le même écru, elle peut être plus jaune que celle d'il y a deux ans et cela va jouer sur la couleur. » La maîtrise des couleurs et la connaissance des matériaux sont essentielles, car la longévité de l'œuvre tissée dépend en partie des coloris. La difficulté de reproduire exactement une couleur, en raison de la variabilité des matières, souligne, selon Solène Corlet, la dimension artisanale et unique de chaque teinture : « La matière première a déjà une couleur. Le colorant n'est pas un pigment. Le pigment s'applique sur une matière et c'est tout. Le colorant se lie chimiquement à la matière. Par transparence, on voit la couleur qu'il y avait en dessous. Notre laine un peu jaune, si nous faisons un violet, cela grise. C'est compliqué, nous ne pouvons pas reproduire exactement la même couleur. C'est pour cela que notre métier est très empirique. Il faut ajuster à chaque fois. Cela prend beaucoup de temps. » L'atelier teinture a pour mission de teindre la quantité – aussi appelé kilotage – de fibres textiles nécessaires à l'exécution ou à la restauration de tous les tapis et tapisseries. L'atelier teint annuellement une moyenne de 600 kilos de laine, 10 kilos de soie et 10 kilos de lin. À la demande des liciers – ceux qui tissent – et selon différents cas de figure, l'atelier de teinturerie doit trouver les nuances de couleurs très précisément : « Soit ils arrivent avec un échantillon sur une cartonnette, un échantillon en laine teinte que nous avons déjà fait, soit ils arrivent avec des échantillons, et nous allons en discuter. Il va nous dire ''il faut que ce soit plus bleu, plus rouge'' etc. Un autre cas de figure : une gamme. On nous donne le plus clair, le plus foncé, et nous allons créer ce qu'il y a entre. Les liciers arrivent avec les couleurs qu'il faut et le bon poids pour toute la pièce. Comme ça, normalement, nous n'avons pas à refaire. Il faut un kilotage avec la bonne quantité avec une petite marge de sécurité pour qu'il n'y ait pas à refaire. Ensuite, une fois qu'on a récupéré les échantillons et qu'on a discuté de cela, pour nous, la première étape, c'est la laine. On la reçoit en écheveau, donc c'est une boucle de laine et elle n'est pas traitée. Il faut la passer au dégraissage, parce qu'il y a encore le suint du mouton sur la laine, et ensuite le mitin. Le mitin, c'est un produit chimique qui va rentrer au cœur de la fibre. Comme cela, il n'y aura pas de petits trous de mites quand les licières sont en train de tisser. Puis, il y a deux cas de figure : soit on fait directement les couleurs qu'on nous a demandées, soit il y a eu des essais tissés avant. C'est le cas en général, pour voir si les couleurs se mélangent bien ensemble. Elles nous font teindre et après, on refera avec le bon kilotage. » Solène Corlet, après avoir reproduit les échantillons sélectionnés au nuancier ou créé des couleurs inédites nécessaires à la transposition du modèle mis en production, élabore, en collaboration avec le licier et l'artiste, de véritables combinaisons chromatiques. « Il y a un monsieur qui est important historiquement à l'atelier de peinture, c'est Michel-Eugène Chevreul. Il a été directeur de l'atelier Teinture et du Muséum d'histoire naturelle. Il a mis en forme le cercle chromatique et il a aussi fait plein d'autres recherches. Celle qui nous intéresse, c'est par exemple pour le blanc, le contraste simultané des couleurs. En simplifié : une couleur à côté d'une autre, optiquement, ça donne un résultat. Toutes seule, ça donne un autre résultat. Nous ne pouvons pas faire de blanc, donc, nous allons chercher optiquement que cela fasse blanc par rapport à ce qu'il y a autour. On n'a pas de blanc, mais on va faire un gris très clair ou un petit violet. À côté de jaune, de rouge, de vert, il va paraître blanc », développe-t-elle. Dans son atelier, Solène Corlet doit faire face à des contraintes d'abord physiques, comme les risques de brûlures, ainsi que chimiques, avec la manipulation d'acides ou de colorants, mais aussi environnementales. Pour l'équipe de l'atelier de teinture, l'évolution vers des produits moins toxiques et la sécurité sont des enjeux majeurs : « Il y a eu des colorants naturels jusqu'en 1940. Maintenant, nous sommes passés en synthétique, cela change tout. Ici, au Mobilier national, on teignait avec les colorants dits grand teint : garance et rouge orangé, cochenille et rouge violacé, pastel indigo et les bleus. La gaude, c'est du jaune et le brou de noix, cela donne tout ce qui est marron et les couleurs des carnations. Cela marche avec un mordant, qui va fixer le colorant sur la fibre. Il y a plusieurs mordants. Le plus récurrent, parce que c'est celui qui correspond vraiment aux couleurs des plantes, c'est l'alun. On peut nuancer la couleur avec d'autres mordants comme le fer, le plomb, le cuivre, le titane. Mais du coup, c'est toxique. Question sécurité, c'est mieux maintenant. Aujourd'hui, on a nos colorants qui sont bien identifiés. Cela étant, il y a des recherches sur les colorants. Il faut vérifier s'ils sont encore bons. Il faut qu'on soit alerte à cela. Et puis, il y a des choses qu'on ne trouve pas. Par exemple, l'antimite, ce n'est pas bon pour les insectes, ce n'est pas très bon pour l'environnement. On sait que ce n'est pas l'idéal, mais il n'y a rien de mieux qui a été fait pour l'instant. Au sujet de la sécurité, nous utilisons des acides, donc on fait attention quand on les manipule. Nous sommes presque toutes SST (secouriste du travail), nous connaissons les gestes à tenir si jamais il y a une brûlure. » L'atelier de teinture, c'est une équipe restreinte de quatre personnes, où la transmission doit être assurée en permanence, car l'absence de cursus officiel menace la continuité de ce savoir-faire précieux : « Nous travaillons globalement tous sur les mêmes projets, en se les répartissant parfois parce qu'il y a beaucoup de travail. Il y a l'expérience. Les couleurs très claires ne sont pas très faciles à avoir, et les soies, c'est très délicat. Si on vient d'arriver, on ne va pas être mis directement sur une soie ou sur une couleur très claire. Après, c'est l'appétence de chacun. Je préfère les couleurs flashy, donc si tout le monde est d'accord, je prends les clairs. J'ai une collègue, Doriane, qui aime les verts. Moi, je préfère les jaunes. On va se les répartir comme cela parce que j'ai remarqué que quand on apprécie la couleur, c'est plus facile de la faire. Nous devons être polyvalents. Comme nous sommes quatre, il suffit qu'il y ait quelqu'un de malade ou en congés. Il faut pouvoir tout faire. La transmission, ici, occupe une grande place puisqu'il n'y a pas de formation. Nous sommes formés par le chef. Nous sommes là pour transmettre le savoir-faire parce que nous devons apprendre aux nouveaux recrutés comment faire, apprendre à exercer l'œil. Et ce n'est que de la transmission. Il n'y a pas de formation, pas d'école. Quand on prend quelqu'un, la personne est directement mise sur la production et doit apprendre. Et si cela ne marche pas, et bien cela ne marche pas. » Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. 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| Palais Garnier, 150 ans de secrets à l’Atelier Flou avec Anne-Marie Legrand (rediffusion) | 18 May 2025 | 00:03:24 | |
Inauguré en 1875, le Palais Garnier est un chef-d'œuvre de l'architecture Second Empire, conçu par Charles Garnier. Ce lieu emblématique accueille chaque année plus d'un million de visiteurs. Pour célébrer son 150e anniversaire, une série d'événements met en lumière son héritage artistique et culturel, tout au long de l’année. (Rediffusion de la chronique du 15 août 2021) À cette occasion, 100% création vous propose une rediffusion, en trois épisodes, qui met en avant, les métiers des coulisses de l’Opéra National de Paris. Découvrez des métiers qui créent la magie dans laquelle l’œuvre va se dérouler. Ce dimanche, Anne-Marie Legrand, nous ouvre les portes de l’Atelier Flou, l’atelier destiné à la conception des costumes féminins de l’Opéra de Paris. Rediffusion de la chronique du 15 août 2021
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| Les 150 ans du Palais Garnier: Bernard Connan et la magie des costumes | 10 May 2025 | 00:02:57 | |
Le Palais Garnier célèbre, cette année, son 150ᵉ anniversaire. Une série d'événements, incluant des galas, des expositions et des visites guidées, vont mettre en lumière son héritage artistique et culturel, tout au long de 2025. À cette occasion, 100% Création vous propose une rediffusion, en trois épisodes, des coulisses de l’Opéra National de Paris. Nous avons rendez-vous avec celles et ceux qui sont souvent invisibles au-devant de la scène, et pourtant indispensables à la réalisation de chaque représentation. Rediffusion de la chronique du 8 août 2021. Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% CréationFacebook 100% Création-RFI | |||
| Les 150 ans du Palais Garnier et les métiers de l’Opéra national de Paris | 03 May 2025 | 00:03:25 | |
Le Palais Garnier est un chef-d'œuvre de l'architecture Second Empire, conçu par Charles Garnier. Pour célébrer son 150e anniversaire cette année : galas, expositions ou visites guidées mettront en lumière son héritage artistique et culturel. À cette occasion, 100% Création vous propose une rediffusion, en trois épisodes, des coulisses de l’Opéra National de Paris. Nous avons rendez-vous avec celles et ceux qui sont souvent invisibles au-devant de la scène, et pourtant indispensables à la réalisation de chaque représentation. Ils accompagnent la conception et la confection des costumes, manient la mousseline, teignent les étoffes, patinent les accessoires ou conçoivent bijoux et masques. Aujourd'hui, Suzanne Dangel, responsable de production des costumes de l'Opéra de Paris. Rediffusion de la chronique du 1er aout 2021 Abonnez-vous à "100% création" 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté J Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI | |||
| Maille & feutre, création et innovation textile selon Ghislaine Garcin | 26 Apr 2025 | 00:09:43 | |
Ghislaine Garcin est une artisane d'art textile. Elle vit et travaille à Marseille, dans le sud de la France. Son parcours l'a amenée à explorer diverses techniques textiles, mais c'est la combinaison du tricot et du feutre qui définit sa signature : maille & feutre. Passionnée par la laine et les matières naturelles, elle utilise des fibres locales et met en avant des pratiques durables. Sa passion pour le feutre lui a ouvert de nouveaux horizons créatifs, lui permettant de développer une signature unique. Nous avons rencontré Ghislaine Garcin lors de l’évènement Oh my laine !, qui valorise la création française et l’ensemble des techniques textiles autour de la laine et des métiers d’art. « J'aime bien avoir les mains dans la laine, réfléchir aussi, trouver des idées, innover. Ce n’est pas de l'innovation technologique, mais c'est de l'innovation quand même. C'est faire des pas de côté, essayer de détourner les techniques et les matériaux pour essayer de faire quelque chose qui n'a pas été fait, puis donner à voir comme si c'était une nouvelle matière », explique Ghislaine Garcin, artisane d’art textile et sa marque éponyme maille & feutre. « C'est vrai que maille & feutre, c'est du feutre, mais souvent, les gens me demandent ce que c'est. Ils me demandent si c'est du tissage, de la broderie, de la tapisserie ? Non, c'est du feutre avec de la maille incluse dedans. » Ghislaine Garcin est originaire de Toulon. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Marseille, dans le sud de la France. Elle a d’abord exercé dans le domaine de la presse et l’édition avant de se consacrer à sa passion pour le textile à temps complet. Dans son enfance, ses vacances avec ses grand-mères couturières et tricoteuses, ont nourri cette passion. Elle a d’abord fabriqué du textile pour elle-même et ses poches. Autodidacte, Ghislaine Garcin a cherché à se perfectionner en explorant d’autres techniques comme le tricot et le feutre. « Il y a la curiosité d'essayer plein de choses, mais le tricot reste une des techniques que je préfère et que je pratique depuis très longtemps. Plus tardivement, j'ai découvert le feutre et cela m'a ouvert tout d'un coup des nouveaux horizons. Pour faire du feutre, je ne travaille pas avec les fils, contrairement aux autres techniques, mais avec la fibre. Tout d'un coup, c'était quelque chose de complètement nouveau, avec un champ des possibles extraordinaire, donc, je me suis emparée du feutre. Quand j'ai maîtrisé un peu le feutre, je me suis dit "Mais je ne veux pas lâcher le tricot" ! Je n'ai eu de cesse d'essayer de combiner les deux d’où maille & feutre, ma signature qui est cette mixité de techniques et de matériaux puisqu'il y a la maille d'un côté que je fais au préalable et qu’ensuite, je viens inclure dans les fibres. La maille est feutrée dans la masse des fibres. J’obtiens ce tissu non tissé appelé feutre, mais avec une texture très particulière : le relief que donne la maille. » Ghislaine Garcin commence par une phase de réflexion où elle imagine les pièces qu'elle souhaite créer. Avec des dessins, des choix de couleurs et de motifs, souvent inspirés par la nature et l'art contemporain. « Je suis dans l'air du temps et les sources d'inspiration, je n'en ai pas toujours conscience, mais elles sont diverses. Je pense qu'elles peuvent venir d’une d'alchimie entre peut-être une image dans un film, un tableau dans une expo, une balade en forêt. J'ai envie de dire la nature, comme tout le monde évidemment, parce que dans la nature, de toute façon, il y a déjà tout, nous n'inventons rien. Mais après, il y a aussi la création, qu'elle soit très ancienne ou très contemporaine. Nous sommes forcément influencés par l'ère du temps. » L’artisane d’art textile choisit principalement de la laine locale, et collabore avec des teinturières pour obtenir des couleurs végétales. Cette étape est cruciale pour garantir la qualité et la durabilité de ses créations. « En feutre et en fil, je travaille avec du mérinos d'Arles produit et filer dans la Creuse. Le plus loin où je me fournis, cela reste un endroit où je suis attachée. C'est le Tyrol italien où je travaille depuis mes débuts. La première laine que j'ai feutrée, c'était une laine qui venait de cette petite ferme familiale. Cela reste comme un prolongement de moi-même. Je n’ai pas besoin de réfléchir, je me sens moi-même en travaillant cette laine. Comme la plupart des gens, sans être devenue radicale, je fais de plus en plus attention à un tas de choses que je fais et qui peuvent avoir un impact sur l'environnement. Quand c'est son travail, je pense que nous sommes encore plus vigilants. La rencontre avec LAINAMAC (une association de filière, valorisant la création et le fait-main à base de laines françaises) et Oh my laine ! ont été déterminante parce qu’il y a une exigence aussi de leur part. Nous nous l'approprions cette exigence, et donc de la même manière que mes laines sont devenues de plus en plus locales, je travaille aussi de plus en plus au niveau de la couleur, en teinture végétale. Maintenant, je travaille en étroite collaboration avec Lola Verstrepen qui est une teinturière dont l'atelier est basé dans le Lubéron, et nous mettons ensemble au point des gammes de couleurs en teinture végétale. » Pour réaliser ses pièces, Ghislaine Garcin utilise des techniques de tricot et de feutre. Un processus physique qui impose des délais. Elle manipule des fibres mouillées avec des opérations de feutrage qui demandent de la patience, du temps et de l'énergie. « L'action de feutrer est une opération assez physique. C'est un processus qui est long, qui est très physique parce qu'on manipule des kilos de laine qui sont mouillés et qu'il faut frotter et fouler. Fouler, cela veut dire que je les enroule dans des nattes et que je les roule pendant des heures. C'est un processus qui est lent et long, et c'est physique à la fois cette manipulation de rouleaux de laines qui sont très lourds et qu'il faut travailler longtemps. Quand je suis dans le processus répétitif et un peu ennuyeux, j’ai l'esprit libre pour partir sur la collection suivante, sachant qu'en cours de processus, si je ne suis pas toujours concentrée, je peux faire des erreurs ou des petites sorties de route parfois utiles. J'utilise ces défauts que je vais exploiter par la suite. » Une fois les pièces créées, l’artisane d'art textile procède à des finitions, qui peuvent inclure la couture et l'assemblage. Ghislaine Garcin veille à ce que chaque pièce soit unique. « Dans le principe, chaque année, je crée une nouvelle collection qui au départ est un tapis. Cela se fait à partir d'une idée, d'une envie, de couleurs, de motifs, de formats et de formes aussi. Ce tapis est décliné en plusieurs petits objets : assises, coussins, petits paniers que je présente sur des salons. Ce que je montre sur les salons, c'est une proposition à partir de laquelle j'explique bien que je peux faire du sur-mesure. Les clients me commandent souvent des tapis d'une taille plus importante. J'explique bien qu'il s'agit de tapis assemblés, parce qu'à cause de ce taux de réduction, je ne peux pas travailler de trop grand format, car je n'ai pas la capacité physique de les faire. D'autres le font, mais pas moi ! Ce tapis assemblé cousu par un point de broderie devient aussi une signature. La couture est intégrée au design du tapis et est partie intégrante du dessin. Par exemple, sur un tapis, quand il y a plusieurs couleurs, cela veut dire qu'il y a plusieurs tricots. Cela me sert à calculer techniquement combien il faut que je tricote de noir, de blanc ou de gris pour rentrer dans ce tapis. Parfois le dessin s'ajuste à la technique, je n'ai alors pas trop de chutes ou de gâchis. Cela compte aussi ! » Ghislaine Garcin a présenté à Oh ! my laine, une collection différente réalisée avec un artisan vannier. « Cette nouvelle dimension tressage que j'ai ajoutée à mon travail, pour l'instant, c'est un pas de côté, une parenthèse, une envie aussi de faire une pause et de donner du temps à la conception, à la recherche, à la création. Parce que souvent, quand nous créons notre marque et que nous commençons à travailler, nous sommes un peu le nez sur le guidon, à toujours fabriquer et à répondre à la demande. Nous mettons de côté l'aspect conception et recherche. J'avais envie, au bout de six ans, de m'accorder ce temps-là. J'ai donc pris quelques mois pour travailler sur ce thème. » Abonnez-vous à "100% création" 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté ! Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% CréationFacebook 100% Création-RFI | |||
| Nina Bornier fait rayonner la mode afro-occidentale avec N’Gantin By Nini | 18 Apr 2025 | 00:10:03 | |
Nina Bornier originaire de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire a un parcours atypique mêlant droit, immobilier, gestion patrimoniale et mode. Elle a su conjuguer ses passions, valeurs et histoires pour créer la marque N’Gantin By Nini Nina Bornier a su transformer ses rêves en une marque de mode engagée. Elle mêle créativité, culture et engagement social pour faire rayonner la mode afro-occidentale. Nous l’avons rencontrée lors du rendez-vous annuel de la mode afro à Paris Ze Défilé, placée sous le thème « Défilé solidaire contre l’endométriose ». Une évidence pour cette créatrice qui prône des valeurs comme l’élégance, la simplicité, l’unicité, le luxe accessible et l’engagement. Etre dans la mode, cela nous permet d'avoir confiance en soi, l'acceptation de soi, de ses origines, de son histoire. Ne pas avoir honte des valeurs de nos origines, de pouvoir transmettre, aussi, ce savoir, donc la mode est un vecteur de transmission de notre identité. Nina Bornier, créatrice de G’Nantin by Nini " G’nantin, c'est mon premier prénom africain, je n’ai pas vécu avec mon père et quand, à sept ans, je l'ai rencontré pour la première fois, je lui ai dit que je détestais ce prénom puisque je ne savais pas ce qu'il signifiait et il m'a dit : "Tu ferais bien de l'aimer parce qu'il signifie : 'l'avenir est radieux' et je sais que ce prénom va t'apporter ce que moi je n'ai pas pu t'apporter" parce qu'il n'était pas présent dans ma vie. Et depuis lors, j'ai chéri ce prénom. C'était important pour moi d'appeler cette marque G’Nantin, l'avenir est radieux et Nini, mon prénom, c'est Nina, tous mes proches m'appellent Nini. G’Nantin By Nini cela fait GBN, ce sont mes initiales. G’Nantin, Bienvenue, je m'appelle Bienvenue, aussi, et Nina." Née à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, Nina Bornier a vécu au Sénégal, puis en France, elle a su conjuguer ses passions pour la mode et ses valeurs sociales. Cette femme engagée a suivi un parcours académique brillant en droit en Côte d’Ivoire et au Sénégal avant de se tourner vers le secteur immobilier et la gestion de patrimoine en France. Mais au fond d’elle, il y a toujours eu un rêve de petite fille. " Je suis arrivée en France en 2012, j'ai voulu continuer mon parcours juridique, mais je n'y ai pas trouvé ma place. J'ai dû reprendre des études dans la banque assurance et j'ai pu intégrer un grand groupe français. Je suis gestionnaire de patrimoine dans ce groupe en gestion privée. La passion d'enfant, le rêve de petite fille m'a rattrapée. Petite, j'étais celle qui mettait les fils dans la machine à coudre de mon arrière-grand-mère qui était quasiment aveugle à 98 ans, qui avait sa petite machine, qui essayait de coudre. C'était vraiment passionnant. J'ai gardé cela. Etant à la faculté, j'ai toujours dessiné mes propres modèles. En France, j'ai continué à dessiner mes modèles et à les faire concevoir par un couturier. Cela plaisait à mes collègues, à ma clientèle. j'étais surnommée 'le rayon de soleil' parce que c'était très coloré. " En 2021, lors d’un voyage au Togo, Nina Bornier décide de lancer sa marque G’Nantin by Nini, alliant ses racines africaines et son expérience occidentale. " L'histoire avec le Togo est une histoire particulière. Lors d'un voyage au Togo, j'ai eu un gros coup de cœur pour ce pays. Je suis originaire de Yamoussoukro. Je suis très stressée quand je suis dans les grandes métropoles. Quand je suis arrivée au Togo, j'ai été marquée par ce côté humain. Il n'y a pas d'embouteillage ou presque pas. On peut aller voir les amis comme on veut, quand on veut. Il y a ce rapprochement qui n'a rien à envier aux grandes métropoles. Cela m'a marquée. J'ai trouvé mon identité dans cette culture togolaise, dans l'accueil que j'ai reçu aussi des Togolais. J'ai décidé d'y poser mes valises et j'ai créé mon entreprise au Togo. J'ai mon propre atelier de production. J'ai une équipe qui travaille avec moi, le siège social de G’Nantin by Nini est à Lomé, au Togo. Aujourd'hui, j'ai vingt collaborateurs, quinze en CDI et cinq prestataires permanents qui sont au Togo et en France et qui travaillent autour de la marque. Je ne suis pas seule. Je suis la directrice de création. À mes côtés, j'ai mon frère également. On tient de notre maman ce côté artistique, le dessin, parce que maman aussi était très bonne dessinatrice." Il y a une dimension sociale et un engagement solidaire derrière G’Nantin by Nini. " J'ai voulu allier le côté création et le côté social. J'ai toujours été lors de mes voyages en Afrique, fait des journées dans des orphelinats et moi-même étant orpheline de père et puis ma mère qui a été très jeune veuve et j'ai voulu en fait leur donner un métier. Au fur et à mesure, j'ai embauchée ces orphelinats pour pouvoir les insérer dans la société, dans notre entreprise, pour leur apprendre un métier. Cela peut aller du métier de manager, au métier de chauffeur, couturier, modéliste ou stylisme. C'est un engagement fort et j'y tiens. J'y tiens parce que je me dis au lieu de donner à manger à une personne, autant lui apprendre à pêcher. C'est mon maître mot. Aider les jeunes veuves à pouvoir se réintégrer dans la société parce que malheureusement, quand on perd son époux et qu'on n'arrive pas à retrouver un travail parce qu'on n'a pas de qualification ou même parce qu'on est rejeté par la société, c'est difficile. Permettre à ces jeunes veuves de pouvoir avoir confiance en elles, pouvoir se reconstruire, mettre de l'argent de côté. C'est l'éducation financière pour se reconstruire, créer de l'épargne pour pouvoir faire des projets, payer les études des enfants. Pour moi, c'est important de pouvoir redonner confiance à cette population. " Nina Bornier a plusieurs vies : assurance, gestion de patrimoine et créatrice de mode. C’est principalement le soir, dans un cadre familial, qu’elle dessine en s’appuyant sur ses observations, ses rencontres, ses expériences quotidiennes et ses souvenirs. L’histoire personnelle joue aussi un rôle central dans la conception de ses collections et son processus créatif. " Le processus créatif prend le dessus à tout moment. Je fais beaucoup de route de par mon métier d'assureur et pendant que je conduis dans la voiture, je peux avoir des inspirations. La nature est le maître mot de cette marque. Le soir, dès que je couche mes garçons, je me mets dans un coin au salon et je dessine. Je prends le crayon, le papier et je mets ce que j'ai vu dans la journée mes inspirations, les couleurs, les odeurs, les gens que j'ai rencontrés. Les histoires aussi. En tant qu'assureur et gestionnaire de patrimoine, en une journée, je traverse tous les univers. Tout cela m'inspire. Et je vois également la mode, comment les femmes s'habillent, comment les hommes s'habillent, comment, de par la culture, de par leur origine, leur histoire. Cela m'inspire. Le week-end, à la maison de campagne, au coin de la cheminée, j'ai un fauteuil où je crée mes croquis. » Les vêtements de G’Nantin by Nini reflètent la volonté d’allier l’Afrique et l’Occident, notamment à travers le choix des matières comme la soie, le pagne baoulé, pagne traditionnel de Côte d'Ivoire, coton et la production locale au Togo. Nina Bornier aime les matières faciles à vivre. " J'aime travailler la soie. Je suis très soie, viscose pour tout ce qui est tissus européens et je prends également des tissus qu'on appelle des pagnes baoulé, des pagnes tissés, de la région de Yamoussoukro, d'où je suis originaire . Donc je crée moi-même mes motifs et je soumets aux artisans. Nous choisissons les fils ensemble. Le tissage est fait en Côte d'Ivoire, dans ma région. Le pagne baoulé, c'est très beau. Ce mélange avec le tissu dit occidental, cela fait un rendu qui est magnifique et qui vient aussi apporter ce côté afro occidental que je prône. Je choisis ces tissus dans la région de Yamoussoukro. Au niveau de l'Europe, je vais à la rencontre de mes partenaires. Nous créons les motifs ensemble, je crée mes motifs, nous faisons des prototypages jusqu'à ce que je sois satisfaite du résultat et du rendu. J'aime les matières fluides et faciles à porter parce que je suis une femme active. Porter des matières qui sont respirables, qui permettent d'être à l'aise dans sa journée, être dans son plus beau jour du matin jusqu'au soir, avoir confiance en soi. Je vais, donc, partir sur ces matières principalement pour que les vêtements que je vais produire puissent être fluides et apporter cette élégance. Mais l'élégance, cela passe aussi par être bien dans le vêtement, mais dans le tissu également. "
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| Olivia Mangue, l’élégance africaine et européenne qui fait bouger les lignes | 12 Apr 2025 | 00:08:09 | |
Olivia Mangue, designer de mode et entrepreneuse gabonaise, a un parcours atypique qui l'a menée de la couture familiale à la création de sa marque, MOA Création. Nous l'avons rencontrée lors de la dernière édition du Yas Fimo 228, où elle a présenté une collection intitulée Élégance Résiliente. Cette collection aux teintes de blanc, noir, rose et orange symbolise l'espoir, la force et la détermination dans la lutte contre le cancer. Les vestes, pantalons et jupes ornées de raphia et de perles ajoutent une touche artisanale. Olivia Mangue rend ainsi hommage à la résilience des femmes et en participant à la 12ème édition du Yas Fimo 228 de Lomé, un monde sans cancer, la fondatrice de MOA Création sensibilise également le public à la lutte contre le cancer. La création est à la première place. Je suis vraiment à fond dans tout ce qui est mode et je peux dire que cela prend une place importante parce qu'aujourd'hui, personnellement, la création cela passe avant tout. Olivia Mangue, designer de mode et fondatrice de la marque MOA Création : « L'histoire qui est derrière le nom de la marque, c'est mon histoire parce que MOA c'est mon nom et mes deux prénoms, donc Mangue, Olivia, Apolline. Cela veut aussi dire Model of Africa. » Olivia Mangue est née à Libreville, au Gabon. Elle a exercé en entreprise dans le domaine des ressources humaines, mais passionnée par la mode dès son enfance et le mannequinat à son adolescence, quand elle décide de se lancer dans l'entrepreneuriat, elle choisit de vivre de sa passion : la mode. La créatrice gabonaise installée à Brest, en Bretagne, dans le nord-ouest de la France, a été influencée par sa mère couturière. « Ma mère est couturière, j'ai appris la couture avec elle quand j'étais toute petite. J'ai aussi appris un peu toute seule, en autodidacte. Et depuis l'année dernière, je fais une école de mode à Paris. Je suis à la Couture Brigade où j'ai appris le modélisme et la couture, cette année, je suis en année de stylisme. Un vêtement de luxe avec des finitions de luxe, c'est complètement différent. Ce n’est pas le même univers. Quand je me suis lancée, je faisais des vêtements sans pour autant prêter attention aux finitions. Chose qui est très importante. En faisant cette école, justement, j'ai pu acquérir ces compétences, notamment sur des finitions à la main, avec des coupes. C'est vraiment important. C'est bénéfique pour moi parce que je vais emmener la marque dans un autre niveau. J'ai décidé de lancer MOA Création comme je confectionnais des vêtements pour moi et mon entourage appréciait ce que je faisais. À chaque fois, ils me demandaient "tu as acheté ce vêtement où ?" Je répondais : "c'est moi qui l'ai dessiné et confectionné." C'est comme cela que je me suis dit "pourquoi ne pas sauter le pas et m’y mettre à fond ?" C'est ainsi que j'ai créé MOA Création », raconte-t-elle. En autodidacte, Olivia Mangue explore la couture et développe ses compétences. Elle s'inspire des années 80 etpropose l'union de l'élégance africaine et européenne. Gabon, Côte d'Ivoire, France, Sénégal ou Ghana. La créatrice gabonaise veut faire connaître son travail au plus grand nombre. Mais c'est à Abidjan qu'elle a ouvert son atelier. « Je travaille beaucoup avec des artisans locaux, notamment en Côte d'Ivoire, parce que j'ai une demande de clientèle qui ont des robes assez spécifiques, donc, il faut faire des tissus sur mesure dans les ateliers, en Côte d'Ivoire. C'est beaucoup de bouche à oreille, puisque les autres stylistes veulent tout garder pour eux. C'est compliqué de tomber sur de bons artisans. Aujourd'hui, j'ai un bon réseau au niveau de la Côte d'Ivoire, ce n’est pas mon pays, c'est vrai, mais j'ai beaucoup plus d'opportunités dans ce pays que chez moi. Après, au niveau de la demande, plus la demande est grande, plus nous avons du mal à suivre pour la production parce que les quatre couturiers travaillent individuellement. Je suis en train d'essayer de m'orienter un peu à l'étranger. Notamment en Turquie pour la confection des tissus directement avec les designers, afin de l’expédier dans l’atelier en Côte d'Ivoire pour que cela soit fait sur place », explique-t-elle. Le succès entraîne également des défis de production, notamment lors de collaborations. La demande croissante pour ses vêtements a mis en lumière la nécessité de renforcer la chaîne de production de MOA Création pour répondre aux attentes. « J'avais collaboré avec une coach très influente sur les réseaux C'était ma première collaboration, le plus gros défi, c'était de répondre à la demande. Je pensais avoir quelques commandes, mais c'était énorme ! Il y avait tellement de demandes que je n'ai pu répondre qu’à une partie. Elle avait porté l'une de mes créations et j'avais eu tant de demandes que je me suis retrouvé vraiment à court de pouvoir produire. Les quatre couturiers, à l'atelier, ne sont pas assez efficaces pour pouvoir répondre à une telle demande, surtout s'il faut expédier assez rapidement. Il faut remédier à ce problème en travaillant sur ce point-là pour l’améliorer à l'avenir », affirme-t-elle. Olivia Mangue lance MOA Création en 2020, une marque avec laquelle elle cherche à redonner confiance aux femmes. « MOA Création, c'est une marque qui veut valoriser le continent africain. C'est pour cela que c’est aussi Model of Africa. Aujourd'hui, nous ne sommes pas reconnus dans le milieu de la mode en Europe. Pour avoir participé au défilé à Paris, par exemple, il n'y a pas beaucoup de designers, beaucoup de créateurs africains. Pour moi, les valeurs de MOA Création c'est de mettre en avant la mode africaine et aussi d'accompagner des femmes. Des femmes, par exemple, qui n'ont pas confiance en elles, qui aimeraient avoir confiance en elles. Parce que dans ma formation, je suis aussi des cours de stylisme pour pouvoir relooker des femmes qui ont perdu confiance en elles et qui aimeraient rebondir », précise-t-elle. Olivia Mangue aspire à former de nouveaux talents en Afrique en maintenant des standards de qualité élevés et à faire évoluer l'industrie de la mode sur le continent. « Moi, mon but, c'est de former d'autres personnes, parce que je me dis que si j’acquière quelque chose de bon, c'est mieux aussi de l'enseigner à d'autres. J’ai MOA Création, mais à la longue, avec les formations que je ferai, puisque je vais en faire d'autres, ce serait pour former des jeunes en Afrique. Afin d’arriver à un niveau avec lequel nous pourrions avoir des usines de fabrication comme en Turquie ou en Chine. En Afrique, il n'y en a pas ou presque pas. Tu as des petits ateliers où tu as quelques personnes, mais des usines de fabrication, il n'y en a pas. En Afrique, il y a des formations avec lesquelles tu vas chez un couturier, tu vas apprendre à couper un tissu. Tout le monde peut le faire, mais faire un vêtement prêt à porter haut de gamme, je ne pense pas. Parce que cela demande une rigueur et des finitions différentes qu'un vêtement prêt à porter que tu vas retrouver dans la moindre boutique du quartier. C'est cette culture que nous n’avons pas encore vraiment en Afrique. Mon objectif, ce sera à la longue justement de former ces personnes pour que nos créations puissent se retrouver un jour sur des plateaux, sur des tapis rouges, à Paris ou ailleurs dans le monde », détaille-t-elle. Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. | |||
| Catherine Romand, rotinière et vannière d'art, tresse la matière | 05 Apr 2025 | 00:10:05 | |
L'événement international des Journées européennes des métiers d'art (JEMA) est dédiée à la valorisation de ces métiers. La 19ᵉ édition s'achève ce dimanche 6 avril 2025. L'ouverture des ateliers d'artisans et des établissements de formation permettent au grand public de découvrir les coulisses de ces métiers souvent méconnus, comme celui de Catherine Romand, rotinière et vannière d'art. Elle a été récompensée par le prix Liliane-Bettencourt dans la catégorie « Dialogues » pour son œuvre Tresser l'ombre, une ombrière préparée en osier, conçue en collaboration avec la designer Clémence Althabegoïty. Une association audacieuse, tournée vers l'avenir. « La vannerie, c'est aussi un art de vivre. Parfois, je n'ai pas de week-end, je travaille jusqu'à 8, 10 heures et même des fois 11 heures, le soir. Mais il n'y a pas de contraintes. Nous avons une liaison avec la personne, le designer ou l'architecte d'intérieur, nous savons qu'elle attend et nous voulons surtout lui faire plaisir. Je suis capable de passer des heures comme cela. Par contre, quand je fais ce que j'ai envie d'avoir, que je travaille pour moi, je verrai, si cela plaît », explique Catherine Romand, rotinière et vannière d'art. « La différence entre l'osier et le rotin ? Je vais déjà l'expliquer, parce que beaucoup de gens ne le savent pas. L'osier, c'est le rejet de l'année du saule. C'est quelque chose que nous cultivons et c'est cultivé en France. Par contre, le rotin, c'est un palmier rampant qui vient forcément un petit peu d'Afrique, mais principalement d'Indonésie. Il y avait 40 000 vanniers au début du siècle dernier, puis 20 000 rotiniers. Et aujourd'hui, nous sommes peut-être trois rotiniers en France. Rotinière et vannière, je suis unique », poursuit-elle. Catherine Romand est née dans le territoire de Belfort, dans l'est de la France. Première femme diplômée de l'école de vannerie en ameublement rotin, elle a commencé sa carrière à 16 ans. Sa rencontre avec la matière a révélé sa dextérité manuelle et sa créativité : « J'ai tellement fait de vannerie. Quelque part, il manquait quelque chose dans mon âme. Donner de l'âme sur des formes extrêmement pures. Je suis plutôt partie un peu sur les lignes pures. La vannerie, c'est quelque chose que vous voyez, qui fait partie de votre vie, qui peut se mettre un peu n'importe où, qui a sa présence. Mais ce n'est pas la pièce principale. Les sculptures, il faut que ce soit la pièce principale, parce qu'il y a tellement de couleurs, de mouvements. C'est un peu comme une peinture. Des lignes pures, c'est quelque chose qui donne la matière noble de l'osier pour moi, mais qui s'intégrera partout et qui fera de toute façon du bien à tout le monde. Pour moi, c'est cela, reprendre des points de travail très anciens par exemple, et qui arrivent à faire quelque chose de très contemporain. J'adore cela. » Avec plus de 40 ans d'expérience, Catherine Romand est reconnue pour ses pièces uniques, allant de créations utilitaires à des sculptures monumentales avec des techniques ancestrales. « Si vous êtes vannier, vous lisez. Un panier, c'est comme un livre. Une sculpture, c'est comme un livre. Vous regardez la pièce et vous savez comment c'est construit et vous pouvez reproduire. Mais tout ce qui est travail cousu, c'est déjà une utilité qu'il y a en ameublement-rotin. Nous avons des points de travail qui sont en correspondance avec la vannerie japonaise. J'essaye de ne pas m'inspirer des autres. Je peux lire ce que je sais faire. Alors, je vais faire à l'identique ce qui existait ; ce qui a été fait pour les autres, mais je n'y mets pas mon nom. Nous avons retrouvé les mêmes techniques dans des vestiges archéologiques. Ils utilisaient déjà les mêmes points de travail. Je n'ai pas inventé du tout de point de travail. Je modifie les formes et les volumes en utilisant le savoir-faire. Je ne suis pas quelqu'un qui invente des points de travail. J'en ai faits, j'en ai développés. Mais à l'origine, je le dis, les hommes en peaux de bêtes, ils les avaient déjà. » En tant que femme dans un métier historiquement exercé par les hommes,Catherine Romand insuffle unedimension de mouvement, légèreté et féminité à ses créations : « Par exemple, j'ai fait de la danse classique. Mes sculptures, ce sont des danseuses, mais ce n'est pas du tout figuratif. Ce sont des mouvements de danse, comment le corps se met... Et j'arrive à le faire en sculpture. Lors d'expositions, des gens venaient caresser les hanches et le bas du dos alors que ce n'était ni hanches, ni bas du dos. Je ne sais même pas s'ils ont vu que c'était une femme, parce que ce n'est pas du figuratif ! Dans tout ce que j'ai appris en vannerie pendant mes 25 premières années, j'ai voulu mettre de la féminité, de la rondeur, trouver quelque chose qui ramène beaucoup de féminité. » La rotinière-vannière d'art travaille l'osier et le rotin, des matériaux vertueux, durables et capables de répondre aux défis environnementaux. Catherine Romand cultive son propre osier, afin de garantir la qualité de sa matière première : « Nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-même. Quand je travaillais dans l'usine à paniers, il fallait passer ''coopérateurs''. Les coopérateurs cultivent de l'osier. Il est bien plus facile d'avoir sa matière première que d'en chercher quand il n'y en a pas. Quand vous avez quelqu'un qui vous commande quelque chose et que vous n'avez pas l'osier, vous êtes obligés d'aller le trouver, et ce n'est vraiment pas si facile. C'est notre dernière année de culture, mais il y a un jeune de 34 ans qui prend la relève. Et j'ai même acheté du terrain en plus pour qu'il s'agrandisse, parce que lui n'est pas vannier. Il va faire la culture, mais cela fait déjà des années qu'il travaille avec nous. Nous cédons des terrains en pleine production. C'est génial, nous savons que nous en aurons toujours. » Former les nouvelles générations est l'un des défis que représente la passation de ce savoir-faire traditionnel. Impliquée dans la transmission, Catherine Romand forme de jeunes artisans et songe à aller plus loin : « Je peux vous parler de cela. Mon petit rêve à moi, c'est de monter une formation complémentaire de ceux qui ont eu les fondamentaux, pour aller plus loin : "Tu as cela à faire, comment fais-tu ? Comment tu fais ton gabarit ? Où est-ce que tu vas mettre ? Pourquoi tu enlèves cela ? Pourquoi tu vas serrer les montants à ce moment-là ? Ou pourquoi tu les prends plus larges parce que tu refermes ?'' J'ai vraiment envie d'apprendre aux autres. Quand nous commençons quelque chose de précis, il faut toujours penser comment nous allons finir. Pour une sculpture, je ne le fais pas parce que je ne sais pas où je vais. L'osier, c'est géant. » Avec son ombrière tressée en osier, la vannière Catherine Romand et la designer Clémence Althabegoïty ont uni leur savoir-faire pour imaginer un objet aussi futuriste que poétique et qui a obtenu le prix Liliane-Bettencourt pour l'Intelligence de la Main « Dialogues » 2024. Une belle récompense pour Catherine Romand : « Magnifique ! Ce prix, c'est waouh, parce qu'il y a plein de prix qui sont égarés, et celui-là, il ne l'est pas. Pour moi, de l'avoir, ce n'était pas possible ! À force de dire ''non pas la vannerie, pas la vannerie'', mais c'est fait ! Mais merci, merci pour la vannerie. Franchement, je ne saurais pas trop que dire de plus. Enfin, vous retrouver devant des gens qui respectent votre métier, votre savoir-faire, cela fait plaisir. » Dans un monde où l'artisanat se heurte à la production de masse, Catherine Romand redéfinit la vannerie en mêlant techniques traditionnelles et esthétique contemporaine. De la simple corbeille aux sculptures monumentales, ses créations témoignent d'une maîtrise exceptionnelle de l'osier : « Vous arrivez le matin dans votre atelier. Vous commencez quelque chose, vous n'avez rien. Vous avez juste des brins d'osier. Et là, vous commencez. Le fond. Les montants. Et c'est fini. Je peux démarrer quelque chose sans savoir comment je vais finir. Et c'est génial. Je fais des sculptures qui font jusqu'à 2,80 mètres de haut. Je commence. Puis, au bout d'un moment, des fois, je peux partir pendant une demi-heure parce que je vais me faire un thé, il faut que je me pose. Je regarde et là, j'ai compris. La forme est faite dans le tressage, elle n'est pas faite avec un coup de genou mis dedans pour le tordre, parce que l'osier n'est pas extensible. Si vous voulez creuser quelque chose, il faut l'emmener dans le tressage. Mais il faut savoir comment votre osier va vous y emmener. » « C'est toute une harmonie, mais c'est un truc. Cintrer l'osier avec les mains pour qu'il prenne le mouvement. Il revient, il faut le maintenir. C'est le tressage, c'est l'entrelacs qui va réussir à le maintenir là où vous voulez qu'il soit. Vous l'assouplissez pour qu'il aille là où vous voulez qu'il aille, et puis, vous le poussez tout en travaillant. C'est comme cela que nous arrivons à faire des formes, à monter sur des hauteurs que nous voulons. Enfin, que nous pouvons, car l'osier a ses limites de hauteur. » Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. | |||
| Sofiane M'Sadek, artiste et souffleur de verre, explore la mémoire | 29 Mar 2025 | 00:07:57 | |
Les Journées européennes des Métiers d'Art (JEMA) représentent la plus grande manifestation internationale dédiée à la valorisation des métiers d’art. Cette année, l'édition se déroule du 30 mars au 6 avril 2025. Cet événement européen est une occasion unique de rencontrer des artisans passionnés, de comprendre leurs techniques et de se plonger dans leur univers créatif. Nous avons rencontré Sofiane M'Sadek au MusVerre, un musée dédié au verre, situé dans le nord de la France. À travers des installations colorées et poétiques, Sofiane M'Sadek cherche à établir un lien avec le public. Le verre, loin d'être un simple matériau, devient, pour lui, une porte ouverte sur des mondes intérieurs, une invitation à explorer la mémoire collective. Un voyage sensoriel : « J'ai toujours été touche-à-tout, et quand j'ai vu le premier cueillage, notre première prise de matière, dans le four pour le verre, je devais être là, à ce moment-là. La gestuelle, la chaleur... J'ai beaucoup de mal à poser des mots là-dessus, mais c'est mon ressenti sur le moment. » Sofiane M'Sadek est artisan verrier et souffleur de verre : « En tant qu'artiste, j'aime beaucoup faire par moi-même. Pour le verre, c'est très particulier. Il faut de la technique. Ma spécialité, c'est le soufflage à la canne. » Sofiane M'Sadek est né à Paris et a grandi en banlieue parisienne. Après avoir obtenu son baccalauréat, il s'oriente vers des études de cinéma et découvre l'art vidéo. Ce coup de cœur pour l'art l'amène aux arts-déco de Strasbourg, où il s'initie au travail du verre. Passionné par la gestuelle et la chaleur du verre, Sofiane développe son propre style artistique, mêlant technique et créativité. Actuellement installé à Nantes, il travaille dans un atelier tout en menant des projets personnels et des résidences artistiques comme celle au MusVerre, le musée dans le nord de la France dédié à l'histoire du verre. « Des fois, je rentre chez moi et je travaille à partir de chez moi, avec des outils comme une dremel (un outil) pour scier le verre, découper. Je l'utilise beaucoup sur certaines pièces, je fais beaucoup de découpes à la dremel, et je peux le faire de chez moi. Je sors de l'atelier, j'ai "mangé" du verre, je rentre chez moi, je "mange" du verre ! La location d'un atelier, c'est une grosse charge financière. Les résidences comme celle-ci, c'est très bien pour de jeunes artistes. On peut s'exprimer, louper, refaire... Quand je loue un atelier comme je l'ai déjà fait, la commande est déjà engagée. Le client me commande une pièce ou me laisse libre de mon choix à la création. Il me faut quand même un petit croquis parce que j'aime bien que ce soit très organisé. À partir de là, je sais que j'ai la commande et je peux me permettre de louer l'atelier. Il y a toujours un risque, mais il est réduit. » Le parcours atypique de cet artiste et artisan verrier le place à la croisée des chemins entre art, design et artisanat. Ses œuvres explorent des thèmes de mémoire : « Je m'exprime à travers le verre. Je n'ai pas forcément de message, mais si la personne arrive à plonger dans mon univers et qu'elle raccroche des souvenirs, son vécu à mes pièces, c'est que j'ai ''gagné''. Je n'ai pas vraiment de message, je fais plus de l'art pour m'exprimer qu'autre chose. Il y a beaucoup de mémoires dans le corps, de manière générale, autant pour la réalisation que dans l'aspect final, le cerveau et tout. Je travaille beaucoup sur la mémoire, mais sur moi-même en fait. Tout ce que nous gardons en mémoire depuis toujours, ce que nous avons vécu, c'est ce qui détermine la personne que nous sommes à l'instant T. C'est peut-être cela que je recherche, à pouvoir exprimer un peu de moi-même. J'essaye de me cacher derrière mes pièces et juste dire qu'elles existent par elles-mêmes. L'important, ce n'est pas moi. Le plus important, c'est que les gens regardent et, si possible, qu'ils plongent dedans et qu'ils me disent ''cela m'a fait penser à quelque chose''. C'est très bien que cela évoque un souvenir ! » La technique de soufflage à la canne est au cœur de son travail. La chaleur du four, la fragilité du verre, envoûtent et fascinent Sofiane M'Sadek. « Il faut être concentré. Quand tu prends la canne, tu sais que si la pièce dure cinq heures, ton esprit n'est que là pendant cinq heures. Les petites pensées parasites, cela peut vite déraper. Enfin, quand je dis ''déraper'', c'est que je peux rater la pièce. C'est intense niveau concentration. Il y a la matière au bout de la canne, mais aussi les gens avec qui ont travaille. On peut avoir un assistant ou une assistante, en avoir plusieurs, mais celui qui est sur le banc reste le chef d'orchestre. Il va donner les indications quand il faut souffler, comment il faut chauffer. On gère un peu tout en même temps. Après, à force de travailler avec la même personne, il y a aussi une complicité qui se met en place. Et sans parler, nous savons ce que nous devons faire. Avec l'expérience de la matière, nous savons à quel moment comment faire. » Son processus créatif, Sofiane M'Sadek le puise dans ses souvenirs et son dialogue avec la matière : « L'image mentale, je fonctionne beaucoup comme cela. Après, forcément, elles vont se modifier un peu dans le monde réel. Mais je fonctionne beaucoup comme une photographie mentale. J'ai plutôt la tête qui vagabonde toute seule (rires). Cela peut être une discussion avant d'aller dormir aussi, au moment où on est entre le sommeil et le réel. Je parle beaucoup de réel et d'imaginaire, c'est tout mon travail, mais je reste ouvert. Je peux avoir une discussion et mon cerveau va un peu décrocher. Je vais penser à autre chose pendant quelques secondes et me dire ''hé, c'est pas mal''. Je stocke cette idée que je peux réaliser plus tard. Par contre, je la modifie, pour des aspects aussi physiques, avec la matière, parce que le verre, en tant que matière, a ses limites, on ne peut pas la contraindre non plus. Je joue avec elle aussi. C'est un dialogue avec la matière. Il y a aussi l'aspect financier. » Le verre est pour ce verrier une matière aussi fantastique que fascinante qui l'invite à l'échange : « C'est une discussion. Le verre discute comme il veut (rires). Tout le monde le voit de manière fragile, mais il peut être aussi très dur. Il y a aussi de la légèreté, il peut être fragile et avoir une pérennité dans le temps aussi, mais en un instant, il peut disparaître. Enfin, la pièce peut disparaître. Je crois que c'est un mélange de tout qui m'intrigue un peu. Je suis curieux et cette matière est magique. Tout le monde connaît la matière, mais personne ne la connaît vraiment. Lorsque l'on s'achète un verre dans le commerce, c'est juste un objet. Techniquement, j'ai autant envie de réussir à faire un gobelet que faire une pièce d'art ou une installation, ou partir dans de l'abstrait ou du très concret millimétré au compas. C'est cela qui est intéressant avec cette matière, elle offre un panel très large de possibilités. » Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.
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| Anaïs Lefèvre, entre art et récupération, sa vision du travail du cuir | 22 Mar 2025 | 00:08:39 | |
Anaïs Lefèvre est une maroquinière tournée vers l’éco-responsabilité. En utilisant des chutes de cuir, elle donne vie à des sacs uniques et des bijoux en cuir et argent. Elle fabrique ces objets à la main en petites séries ou en pièces uniques. Avec son passé dans la restauration d'œuvres d'art, cette maroquinière, en utilisant des matériaux récupérés et revalorisés, concilie savoir-faire artisanal et respect de l'environnement.
Être un exécutant, ce serait très réducteur. J'ai besoin de ne pas faire les mêmes tâches répétitives, quoique je le fasse quand je fais des séries, ce qui est parfois très reposant. Mais je ne pourrais pas du tout faire tout le temps la même chose ou faire ce qu'on me demande de faire, sans avoir ma part de créativité. Anaïs Lefèvre, maroquinière « Cela a commencé avec les surnoms de mes enfants, Maloute et Zazouille, et j'ai eu envie de garder l'histoire de ces deux surnoms. Et donc MZ création reprend les initiales des surnoms, qui ne sont pas les noms de mes enfants. » Née dans les Yvelines, en Île-de-France, Anaïs Lefèvre a grandi dans un environnement artistique, avec un père architecte et un grand-père artiste peintre. Elle s’oriente vers un baccalauréat littéraire option arts, puis des études de graphisme avant d'intégrer les Beaux-Arts. Après son diplôme, elle travaille dans la restauration d'œuvres d'art, pour des musées, galeries ainsi qu’une grande maison de luxe. Touche-à-tout, elle développe un savoir-faire pointu en restauration cuir, textile, bois. En 2011, sa passion pour le cuir l'amène à fonder sa propre marque, MZ création, une marque d’accessoires à la démarche éthique. « J’ai travaillé dans le luxe avant, et cela m'a donné envie de réutiliser ses chutes, avant même que cela soit dans l’air du temps. Mais aujourd'hui, les gens y sont de plus en plus sensibles, mais pour moi, cela a toujours été très important. Le cuir, c'est un matériau polluant dans sa transformation, je n'avais pas envie d'être un maillon de la chaîne de la fabrication. Je préférais être dans la récupération et non pas dans la commande. Cela crée des contraintes parce que des fois, je ne vais pas trouver de cuir, des contraintes de couleur, mais qui me plaisent finalement parce que c'est avec la contrainte que je suis obligée d'être plus réactive et plus créative. » La créatrice a su transformer ses études artistiques et son expérience professionnelle en une reconversion heureuse dans la maroquinerie. « Pour moi, cela avait du sens de retourner à la création. Dans la restauration, il y a un côté très limitant, très répétitif aussi. L’envie de créer est revenue. Ayant déjà travaillé dans le luxe, je me rendais bien compte de cette surconsommation et surproduction. Donc très vite, je me suis démarquée en travaillant avec des chutes de maisons de maroquinerie de luxe. Je trouvais intéressant de devoir se réinventer tout le temps. J'ai l'impression d'être tout le temps dans la création, même si j'ai créé des modèles et que je travaille sur différents formats. Je fais des collections en fonction d'un modèle. Mais comme je suis obligée à chaque fois de coordonner mes cuirs et mes doublures intérieures, j'ai l'impression d'être dans la création tout le temps ! Le parcours que j'ai suivi, mes études, aujourd'hui, dans les assemblages de couleurs que je vais faire, je retrouve les cours de couleurs que je faisais, ce que j'ai pu apprendre en graphisme, en design, sur les assemblages et après ce que j'ai pu apprendre aux Beaux-Arts, m'a aussi servi. J’ai l'impression d'avoir une culture générale plus assise que si je m'étais contentée d'être juste ouvrière maroquinière. J'ai l'impression que cela fait sens. » Anaïs Lefèvre utilise des matériaux provenant d’une association qui récupère et valorise les rebuts ou chutes des maisons de maroquinerie de luxe afin de soutenir une approche durable. « Je travaille avec un groupe qui s'appelle la Réserve des Arts, c’est une association qui collecte les chutes de plein d'entreprises différentes et notamment dans le cuir. Je travaille avec eux depuis très longtemps puisque j'ai même travaillé chez eux en tant que "valoriste", j'allais collecter. Je travaillais aussi avec des mégisseries, ce sont des endroits qui récupèrent eux-mêmes des fins de séries de tannerie qui n'ont pas été vendus et qui ont donc une grande diversité de peaux. C'est compliqué de se faire un carnet d’adresses de fournisseurs, donc cela m'a demandé un peu de temps, car j'attache beaucoup d'importance à avoir du cuir de France ou d'Italie. » Inspirée par la nature, les formes géométriques et les couleurs, Anaïs Lefèvre rejette les tendances éphémères dans ses créations. « J'essaye de ne pas du tout m'inspirer des tendances parce que ça ne m'intéresse pas. Il y a plein de gens qui font du sac à main, je n’ai pas envie de faire la même chose que les autres, donc j'essaye d'être très intemporelle et d'être juste guidée par mes envies et ce que j'aime. Cela va être les couleurs qui me plaisent du moment, beaucoup la nature et les formes géométriques, qui étaient déjà très présentes dans mes créations en tant qu’artiste aux Beaux-Arts, j'avais un côté végétal et géométrie. » Dans un souci de respect des matières et au-delà de ses créations, la maroquinière propose des restaurations/réparations. « Je me sers de ce que j'ai fait avant, donc je répare aussi beaucoup. Cela me plaît beaucoup parce que cela a du sens pour moi. Le fait de restaurer, de réparer, je trouve cela intéressant parce que les gens ont des pièces auxquelles ils tiennent beaucoup et moi, je vais leur redonner une seconde vie. Dans la société dans laquelle nous vivons, cela me plaît d'être là-dedans. Je répare beaucoup, je restaure, cela me demande une gymnastique intellectuelle complètement différente par rapport à la création, cela me stimule ! Quand je fais de la fabrication, j’optimise au maximum ma matière première. Je vais utiliser la moindre chute pour faire un bijou, une ceinture, un accessoire. Je fais de la formation, les gens viennent fabriquer leur propre sac, mais aussi de la formation professionnelle où les gens viennent se former chez moi. Ces trois grandes lignes me plaisent et font que je suis accomplie. Peut-être qu'un jour, il y en a une des trois qui prendra le pas sur le reste. » Aujourd'hui, Anaïs Lefèvre aspire à transmettre sa passion et son approche éco-responsable dans la maroquinerie à travers des ateliers afin de sensibiliser et inspirer la prochaine génération d’artisans. « J'aimerais beaucoup pouvoir faire des interventions dans des écoles avec des étudiants. Je fais déjà des interventions auprès de jeunes publics pour sensibiliser aux métiers d'art avec des centres de loisirs ou des écoles primaires. Je trouve que c'est très important de montrer aux enfants que ces métiers-là existent encore ! Mais j'aimerais beaucoup travailler avec des étudiants. J’ai reçu une étudiante des Beaux-Arts qui est venue pendant deux mois à l'atelier, je trouve que c'est intéressant pour eux de voir qu'il n'y a pas de limites et de leur montrer que ces métiers-là existent. J'aimerais faire des ateliers de groupe dans des écoles, sur une semaine, travailler sur des projets avec les étudiants. J'aimerais réussir à développer ce concept. Je prends des stagiaires chaque année, je fais beaucoup de salons de métiers d'art en tant qu’artisan d'art. Parfois, j'ai des stagiaires aussi parce que je réponds sur les réseaux sociaux sur des groupes de maroquiniers et je réponds en disant que je prends des stagiaires. Cela m'a toujours apporté. » Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. | |||
| Ibrahim Fernandez, le designer qui s’ouvre au monde depuis Abidjan | 15 Mar 2025 | 00:07:37 | |
Ibrahim Fernandez est un créateur de mode ivoirien qui a su se faire un nom sur la scène internationale. Cet autodidacte, spécialisé à la fois dans le vêtement sur-mesure et le prêt-à-porter, a su fusionner les influences africaines et internationales. Ses créations sont uniques et se distinguent par des imprimés originaux pour des tenues dans l’air du temps. Un style audacieux et engagé qui bouscule les codes de la mode, depuis Abidjan. « Moi, je vis vraiment de mon travail, c'est-à-dire ma mode, c'est vraiment moi. Je pars, je me lève tôt le matin, je vais au travail, je rentre le soir. Quand je suis chez moi, je fais encore des croquis, je continue à parler avec des clients. C'est vraiment une partie de moi. » Ibrahim Fernandez, fondateur de la marque éponyme. « Au départ, la marque s'appelait Zango. Zango, en Côte d'Ivoire, cela veut dire bien habillé. Et quand j'ai décidé d'être Ibrahim Fernandez, tout de suite, mon équipe m'a dit : "Tu sais qu'en étant Ibrahim Fernandez, tu seras obligé d'être au-devant de la scène, parce que les gens vont forcément vouloir savoir qui est Ibrahim Fernandez". Je ne fais pas ce métier-là pour être célèbre. Je pense que cela crée, par rapport à ma personnalité, une sorte d'attachement avec ma communauté, cela a permis à ma carrière d'entrer dans une autre dimension. » Ibrahim Fernandez est né à Abidjan. Après son cursus en gestion commerciale, il poursuit son parcours d’autodidacte dans la mode. Bien qu'il n'ait pas eu les moyens de suivre une école de mode, il a développé sa passion pour la création de vêtements. D’abord en créant ses propres tenues, ce qui a ensuite évolué vers la création pour une clientèle plus large. Mais l’essentiel pour ce créateur, c’est de rester authentique. « Mon secret, c'est d'essayer de faire ce que tout le monde ne fait pas déjà, c'est d'être moi. Mon secret, c'est ce qui me revient beaucoup, c'est le fait qu'émotionnellement, les gens, ce n'est pas qu'un vêtement qu'ils achètent. Ils sont proches de la marque. Ils sentent que je travaille vraiment avec les émotions, avec le cœur. C'est pour cela que, pour être honnête, j'ai du mal à industrialiser la marque. C'est vraiment voulu parce qu'à la minute où je veux aujourd'hui l'industrialiser, j'ai les moyens de le faire. J'ai du mal parce que j'ai peur que la marque perde un peu ce côté humain où, aujourd'hui même, nous, dans notre boutique de prêt-à-porter, il y a un service de retouche. C'est-à-dire que tu viens acheter le prêt-à-porter, mais tu peux l'ajuster. Ce n'est pas vraiment un prêt-à-porter "Tu viens, tu achètes, tu pars". Il y a le service client qui vous suit, même si, encore une fois, dans un futur proche, je passe à l'industrialisation de la marque. Mais il va toujours y avoir un volet où on va faire savoir au client qu'on est là pour eux. » Le processus créatif d’Ibrahim Fernandez est profondément lié aux émotions et à la musique. « Je commence toujours par une émotion. Vraiment. Je pense que cela se ressent dans ce que je propose. C'est toujours par une émotion, donc en général, ça vient toujours par de la musique. Je suis très, très, très lié à la musique. Toutes mes collections ont une histoire avec la musique, donc c'est toujours une émotion et après, je tombe amoureux d'une matière aussi. Voilà, je peux aimer une matière, le toucher, le rendu, le tombé. Et c'est vraiment juste après ces deux-là que je pose un croquis. Ce n'est jamais l'inverse. C'est-à-dire que c'est vraiment après les émotions de ce que je vois, le vécu. Je peux être là, j'écoute une musique, cela me donne certaines émotions, je pense à la matière et je pose le croquis. C'est ce que je ressens, donc c'est ce que je veux transmettre. Ma plus grande satisfaction, c'est quand on arrive à percevoir ce que j'ai voulu transmettre par le vêtement. En général, c'est une émotion que je reçois, que je veux transmettre. » Ibrahim Fernandez valorise le savoir-faire artisanal en collaborant avec des teinturières et des artistes locaux pour créer des collections qui racontent des histoires de la vie courante. « Depuis maintenant dix ans, je travaille avec des teinturières. Ce sont des dames qui font cela depuis plus de 30 ans, c'est de famille. Depuis cette année, ici, nous avons une école des Beaux-Arts. J'ai, donc, commencé à travailler avec des peintres. Je veux ramener d'autres corps de métiers de l'art dans la mode. Nous travaillons sur une collection où on va essayer d'imager des moments de vie : une dame qui a un enfant sur le dos, une dame qui est en train de piler son foufou. Des moments ruraux sur des vêtements. Rendre les vêtements un peu plus vivants. Des moments qui sont très représentatifs de ce que nous vivons dans notre quotidien. » Créateur de mode engagé, Ibrahim Fernandez met en avant des thèmes forts dans ses collections, tels que le féminisme. Il cherche à transmettre des émotions à travers ses créations, ce qui est perceptible lors de ses défilés et notamment sa collection transition/tradition. « C'est vraiment l'une de mes collections, pour moi, les plus fortes. Je pense que je ne l'ai même pas encore bien exploité aux yeux du public parce qu'il y a une grande histoire derrière. C'est une collection très engagée. Une collection féministe. J'ai organisé un défilé pour les dix ans de la marque et vraiment, quand on est arrivé à ce tableau, j'ai vu au moins cinq personnes qui pleuraient. Avant, il y avait ce qu'on appelait les interludes. Donc, les gens ont pu comprendre de quoi il s'agissait. Il y avait des gens qui étaient émus, pleuraient. Après le défilé, beaucoup sont venus vers moi pour me dire : "La collection est très forte". Ils ont compris le sens et que ce soit la couleur, le noir, que ce soient les matériaux, que ce soient les messages, le visuel qui concernait la collection, tout est pensé, toute la musique, tout était pensé pour partager et faire comprendre l'émotion. » Après 10 ans de mode, il est essentiel pour Ibrahim Fernandez d’organiser des événements annuels pour célébrer sa marque. Il souhaite également développer sa présence à l'international depuis Abidjan. « Les dix ans, c'était pour placer l'événement, mais c'est quelque chose qui va être maintenant annuel, Ibrahim Fernandez Xpérience. Chaque année, on m'a proposé un défilé qui est assez différent de ce qu'on a l'habitude de voir. Je suis très impatient. Donc, moi, ce sont mes projets les plus proches, car le nouveau showroom plus le défilé quand on travaille là-dessus, je m'ouvre au monde depuis Abidjan, grâce à Internet, l'année passée, on a eu beaucoup, beaucoup de clientes qui sont venues de France, du Canada, des États-Unis, de la Guinée, du Congo, juste pour venir faire des essayages chez nous. Ce sont des clientes qui partaient beaucoup en Turquie, en République tchèque qui restaient à Paris aussi. Maintenant, vraiment, ça fait plaisir de voir que ce sont des expatriés ou bien des gens de la diaspora qui viennent pour voir que nos designers, les designers africains, arrivent à faire un travail qui est à la hauteur des grandes maisons de couture. Et moi, ça me fait énormément plaisir. Même la semaine passée, on a fait une mariée qui venait des États-Unis. Je pense que sa sœur, l'année passée, avait fait sa tenue aux États-Unis, mais elle, elle a décidé de la faire à Abidjan et c'était fabuleux. » Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. | |||
| Raphaël Celce, Lustrerie-Bronze au Mobilier national, la relève [2/9] | 12 Jul 2025 | 00:10:51 | |
Nous explorerons les coulisses des ateliers du Mobilier national où plus de 300 artisans, techniciens d’art, restaurateurs et créateurs façonnent, restaurent et font rayonner l’art de vivre à la française. Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec Raphaël Celce à l’atelier Lustrerie-Bronze. Un atelier spécialisé dans trois domaines : la monture, la ciselure et le tournage. Raphaël Celce travaille principalement sur des objets en bronze doré tels que lustres, appliques, pendules, bougeoirs et bronzes de meubles du XVIIe siècle à nos jours. Au sein du Mobilier national, Raphaël Celce maîtrise, donc, plusieurs métiers liés à la restauration : le tournage, la ciselure, la serrurerie, l’horlogerie, la cristallerie. Je ne crée pas forcément, mais j'y réfléchis énormément. Je l'envisage forcément d'un point de vue personnel. La création se fait naturellement, dans un tel bouillonnement, une telle effervescence d'objets et de métiers différents, la création arrive naturellement. Raphaël Celce, technicien d’art spécialiste du bronze de l’atelier Lustrerie-Bronze du Mobilier national : « La plupart des gens connaissent le Mobilier national et quand ce n’est pas le cas, ce qui arrive souvent aux Journées du patrimoine, nous présentons nos ateliers, nos savoir-faire et notre métier. Nous sommes très attachés à conserver un patrimoine historique et culturel que sont les objets et les collections qui appartiennent à l'État. Quand je dis à l'État, évidemment, ce sont des collections qui appartiennent au Mobilier national. » Né à Clichy-la-Garenne, Raphaël Celce a grandi à Saint-Ouen près de Paris. Après ses études à l’école Boulle, un établissement parisien spécialisé dans les métiers d’art et du design, il se consacre au tournage sur bronze. Un métal qu’il aime travailler. « J'ai plus de mal à m'envisager dans un travail du bois. Par contre, le travail des métaux, je trouve que c'est un travail qui demande beaucoup de rigueur. Le bronze est très tolérant. Il nous permet une marge d'erreur assez large. Ce qui explique que les objets sont aussi nombreux : ils ont pu être endommagés et restaurés. Nous conservons des objets d'époque grâce à cela. Je dirais qu'il y a des métaux qui demandent plus de rigueur, notamment les métaux ferreux, tout ce qui va être acier, inox, demandent beaucoup de rigueur dans la conception de l'objet pour que l'objet final soit le plus propre possible. En règle générale, c'est le cas. C'est juste que le bronze est légèrement plus permissif. » Après avoir exercé pendant plusieurs années dans des ateliers privés, il rejoint le Mobilier national via le concours. Dans l’atelier de Lustrerie-Bronze : il analyse, démonte, nettoie, répare et remonte des pièces précieuses tout en respectant leur histoire et leur usage. « La restauration que nous exerçons sur les objets qui continuent d'être utilisés. Ils sont fonctionnels. Cette fonctionnalité fait que nous devons les restaurer pour l'usage, c'est-à-dire que les clés doivent fonctionner, les mouvements des pendules doivent être en état de marche et sûrs, le tiroir des bureaux doit être fonctionnel, l'éclairage des lustres doit être fonctionnel. Nous ne pouvons pas envisager une restauration partielle sur un objet. Il faut que l'objet soit restauré entièrement. » Raphaël Celce fait partie d’une équipe de sept personnes qui partagent leurs connaissances avant et pendant la restauration des objets, afin de garantir la pérennité des techniques ancestrales. Le travail collectif permet d’aborder des projets complexes avec efficacité et d’élargir le champ des savoirs faire de chacun. « Avant d'intervenir sur un objet, notamment quand c'est un objet important, nous réfléchissons tous autour pour essayer d'être le plus respectueux possible de l'objet. C'est dans la réflexion, mais également dans l'intervention, puisque quand nous démontons ou déposons un lustre, nous sommes forcément trois ou quatre à manipuler la corde qui va nous permettre de descendre le lustre. Il y en a un qui est en hauteur, qui donne des commandements. C'est un travail d'équipe permanent. Nous sommes une équipe très soudée, nous travaillons ensemble tout le temps, même quand nous sommes seuls sur un objet. Si nous avons une interrogation, les autres sont souvent prêts à partager leur expérience, leurs connaissances. Je dirais plus que ce sont des méthodes que certains ont plus utilisées que d'autres. On sait qu'untel est intervenu sur tel objet avec telle méthode ou telle technique. Nous allons lui en parler et lui demander comment il a envisagé la chose. Qu'est-ce qui lui a posé un problème ou non ? Nous pouvons nous approprier la méthode et être capable d'intervenir sur l'objet et de la réutiliser. » Entre patience et minutie, Raphaël Celce restaure des lustres centenaires, des pendules mythiques et des objets d’une richesse historique exceptionnelle. Mais des objets qui doivent rester fonctionnels. « En plus du bronze, nous apprenons l'horlogerie. Nous sommes amenés à mettre en route et arrêter les pendules dans les ministères et chez les autres dépositaires. Il faut qu'on soit capable de comprendre pourquoi une pendule fonctionne, pourquoi elle ne fonctionne pas et tous les aléas qui vont avec. Nous sommes formés aux métiers de la serrurerie puisqu'on restaure et on refabrique les clés pour les bureaux. C'est encore une autre technique et, en plus, on sauvegarde un savoir-faire traditionnel de serrurerie ancienne avec des pièces forgées qu'on ne voit vraiment plus de nos jours parce que ce sont des objets très anciens et que désormais toute serrure est faite à la machine. Nous nous perfectionnons pour être capables de restaurer ces serrures, toutes les serrures et toutes les clés qui vont avec. » C’est à la fois une difficulté et une richesse de travailler sur des pièces allant du XVIIe au XIXe siècle, chacune ayant ses particularités stylistiques et techniques. Et parfois de belles découvertes à la clé. « Une de mes périodes préférées est celle de Louis XVI où il y a eu de très beaux objets, très fins et très bien faits, dans des quantités beaucoup moins importantes. Quand on tombe sur un objet de Louis XVI ou un objet Louis XV, un objet Louis XIV, c'est encore plus rare. On est tout de suite très marqué par l'histoire de l'objet. Je trouve que les objets ont une aura et quand ils sont d'époque, cette aura prend vraiment une place importante. L'autre jour, on a eu un lustre Louis XVI. Il y avait le numéro, la photo d'inventaire qui avait été prise, elle datait de 1897, autant vous dire que c'était une photo très ancienne en noir et blanc dans un ministère où on lisait quand même l'objet, mais on ne savait pas trop comment il était monté. La mission qui m'a été donnée, qui est rare, qui n'était pas de restaurer l'objet, mais de le remonter en l'état pour faire une photo et voir éventuellement si un jour, il serait restauré, ce qu’il y avait à faire. Nous nous sommes rendu compte que c'était un lustre d'époque, que toute sa cristallerie était en cristal de roche, un minéral pur, avec des inclusions dans le cristal qui étaient vraiment marquées et qui montraient une grande qualité de cristal et une monture de l'objet qui était hors norme. Le moindre écrou était fait en bronze et sculpté. C'était une prouesse technique et artistique pour l'époque, en tout cas. Cela a été un objet très intéressant à restaurer d'après une photo de basse qualité. Mais la nouvelle photo a été prise à l'atelier, puisque les objets ne rentrent pas forcément dans le studio photo. Cela permet de documenter pour les générations à venir. » La manipulation d’objets lourds, fragiles ou complexes comme les lustres demande calme et dextérité. La restauration de ces pièces mythiques ou d’objets de grande taille représente des défis importants. « Quand on est sur site, si on peut, on démonte un maximum d'éléments pour que, pendant le transport, ils ne s’endommagent pas. Si ce n'est pas possible pour des raisons de manutention, on va le placer dans une cage, un portant, dans lequel, l’objet est attaché pour qu'il bouge le moins possible durant le transport. La cristallerie, elle, est mise à côté pour éviter les dégâts sur les cristaux. Une fois que cela est fait, le camion va nous le ramener à l'atelier. On va commencer son analyse, faire beaucoup de photos, de documentation sur quel est son état avant restauration, s'il y a des chocs, s'il y a des fissures, etc. On va d'abord démonter tous les éléments, vérifier leur intégrité, que les éléments vont tous bien à leur place. On va faire un nettoyage complet de la structure en bronze. Chaque élément va retrouver sa place, chaque vis va retrouver sa place exacte sur le lustre. Le nettoyage se fait ici. On a différentes méthodes plus ou moins approfondies en fonction du degré de nettoyage à atteindre. Une fois nettoyé, on va pouvoir commencer un premier remontage de l'objet sur sa structure, voir si tout va bien, si au nettoyage, on voit qu'il y a des fissures qui sont apparues ou non. Si c'est le cas, on va les consolider. On ressoude les éléments endommagés, on ne laisse pas du tout de fragilité dans l'objet. » « Et une fois que l'objet est remonté, on va faire l'électrification. Je parle d'un lustre, l'électrification est non invasive sur l'objet. Cette électrification non invasive pour que les fils puissent passer dans la structure, si on peut, mais sinon ils doivent courir le long de la structure de l'objet pour remonter au plafond, là où va être l'alimentation dans le bâtiment. Une fois que cela est fait, on va nettoyer la cristallerie et remettre chaque cristal à sa place. On a fait un plan au préalable sur site au démontage et on refait notamment sur les cristaux, ce qu'on appelle les attaches qui nous permettent de fixer les cristaux sur la structure en bronze. On attache les cristaux un à un. En plus du bronze, on est amené à faire de l'électrification, de l'horlogerie, de la serrurerie, de la cristallerie. On ne taille pas les cristaux, mais on les nettoie, on les entretient, on veille à leur bon état. Cela fait énormément de cordes à nos arcs. »
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| Annie Cicatelli, quand passion artistique et engagement écologique se rejoignent | 08 Mar 2025 | 00:10:15 | |
Annie Cicatelli est une artiste textile française, née en région parisienne, elle a grandi au Brésil. Son parcours multiculturel et ses expériences de vie variées nourrissent son travail artistique. Elle utilise des matériaux déjà existants, les réutilisant avec imagination. Son engagement pour l'environnement et son héritage culturel brésilien se reflètent dans ses œuvres. Annie Cicatelli mêle les couleurs et les formes pour créer des pièces uniques et originales, alliant esthétique et message éthique. Sa marque, Créations Annie Cicatelli, a reçu le label « Fabriqué à Paris », qui distingue les fabrications parisiennes. Une vie sans création, ce n'est pas une vie. On se lève pour faire une exposition, pour participer à un salon, pour rencontrer d'autres personnes, pour plein de choses ! Cela me fait voyager, cela me permet de rencontrer des gens. Par exemple, sur le stand à côté de moi, il y a une dame qui fait la même chose que moi, mais en papier. Tout cela est enrichissant, car chaque personne a une expérience très différente. Annie Cicatelli, designer textile « Je voulais quelque chose de simple, que les gens me reconnaissent, sachent qui je suis. Cela fait des années que j'ai cette marque, au moins depuis 1999, lorsque j'ai créé mon premier site internet, qui s'appelait déjà "Créations Annie Cicatelli" C'est plus simple. » Annie Cicatelli est née en région parisienne et a vécu plus de 25 ans au Brésil. Son engagement pour la protection des fonds marins dans ses sculptures et objets textiles est un thème cher à son cœur hérité de son enfance au Brésil. « Mon père était menuisier, passionné de bois. Nous sommes partis en bateau pour le Brésil au début des années 60 et nous avons vécu dans un petit État entre Rio et Bahia, sur la côte atlantique, sur une île. J'ai toujours eu une source d'inspiration dans les fonds marins. » Annie Cicatelli a exercé comme journaliste au Brésil et, à son retour en France, elle a travaillé dans des environnements internationaux, notamment à Radio France internationale (RFI). Sa carrière lui a permis de développer un sens aigu de l'observation et une curiosité pour le monde, des éléments qu'elle intègre dans son art, avec deux aspects différents, mais complémentaires. « La première chose, c'est d'imaginer quelque chose et de voir le résultat. J'imagine, je mets des fils d'un côté et de l'autre. Les couleurs, lorsqu'elles sont ensemble, ne se marient pas de la même manière. Voir la pièce terminée, c'est une chose, mais l'autre aspect, c'est de faire des expositions pour rencontrer les gens. Parfois, on me demande si j'ai vendu quelque chose lors d'une expo. Je réponds que je n'ai rien vendu, mais que j'ai rencontré des gens. C'est un bonheur que les gens ne comprennent pas toujours. Mais nous sommes là pour cela, pour rencontrer du monde, pas seulement pour vendre. Bien sûr, il est nécessaire de vendre pour vivre, mais la dimension des rencontres est aussi très importante. C'est surtout pour écouter d'autres histoires, car chaque personne a une histoire différente. » Annie Cicatelli crée des sculptures et objets textiles à partir de matériaux recyclés et son savoir-faire qui repose sur le crochet est un moyen d'expression artistique et non pas loisir. « Il faut savoir qu'au Brésil, le crochet est quelque chose de quotidien. On en trouve partout dans la maison. C'est culturel ! J'ai appris le crochet au Brésil, lorsque je vivais en pension. J'avais quatorze ans, donc cela fait plus de 50 ans que je pratique le crochet. J'ai commencé à réaliser des tapis et des coussins, car j'étais bloquée pendant le confinement. Puis, un jour, je me suis dit que j'avais envie de faire quelque chose de fou, quelque chose que personne n'avait jamais fait, mais en travaillant dans le recyclage. Il y a plein de gens qui font du crochet. C'est un métier d'art, car c'est très artistique. Ce sont également des pièces uniques, ce n'est pas quelque chose qui se répète. C'est en 3D. Plus il y a de volume, plus cela m'intéresse. Parfois, j'ajoute même du coton pour donner du relief aux pièces. Il faut vraiment que ce soit en volume, pas simplement quelque chose de plat. Du volume, beaucoup de volume. » Annie Cicatelli déniche ses matériaux, comme la laine, le coton, les perles ou des dentelles, dans les vide-greniers ou les associations qui agissent pour la diminution des déchets. Annie Cicatelli utilise comme supports plateaux, égouttoirs, bref, tout ce qu'elle trouve. Chaque pièce est un reflet de son engagement envers l'écologie. « L'objet que je trouve sert de fond. Si c'est un fond mou, les pièces que je vais ajouter ne seront pas les mêmes que sur un fond dur. Par exemple, chez Emmaüs, je récupère parfois des décorations de toiles imprimées. J'aime beaucoup cela, car je peux percer des trous dans la toile et y insérer mes pièces. Cela me permet de charger avec des formes plus compactes, plus grosses. Sinon, je peux aussi faire des miniatures, des bracelets, ou n'importe quoi, selon le fil que je trouve. C'est le support et les couleurs qui dictent le type de fil. Il y a des fils qui sont très difficiles à utiliser en tant que tels, mais que je peux utiliser pour des détails, comme pour créer les pistils d’une fleur. S'il y a un fil un peu chevelu, comme je l'appelle, cela me donne un effet incroyable. Après, il y a des fils qui sont difficiles à travailler, que je peux utiliser en décor. Tout dépend du matériel que je trouve ! » Ces matériaux et supports ont une importance dans le processus de création d'Annie Cicatelli. En utilisant des objets récupérés et des dons, son inspiration naît de l'objet trouvé plutôt que d'une idée préconçue. « Les formats et les couleurs dépendent de ce que je trouve. L'autre jour, par exemple, j'ai récupéré un sommier de berceau. Il y avait quatre morceaux de bois et une toile. Je joue avec les formats, mais il ne faut pas que cela soit trop grand non plus, car je n'ai pas d'atelier, je travaille chez moi et je n'ai pas de voiture. Tout cela a un impact énorme. Les formats dépendent donc de ce que je trouve. Je peux avoir des formats très grands, un mètre vingt par quatre-vingts, mais aussi des petits formats si je trouve une corbeille à pain. Je voulais réaliser des tapis, toute seule, sans papiers, sans rien, sans recettes, sans graphiques, sans descriptif. Quelque chose de très, très libre. » Annie Cicatelli aime rencontrer le public lors de ses expositions, car cela fait aussi partie de son processus créatif et ces rencontres peuvent parfois déboucher sur une commande. « J'avais fait une exposition où je n'avais rien vendu, mais quelqu'un de la Chambre des métiers à laquelle je suis rattachée est passé sur le stand. Je n'étais pas présente, mais il a pris ma carte. C'était un monsieur, et il m'a dit : « Nous aimerions faire une exposition lors des JO. J'ai beaucoup aimé ce que vous faites. Avez-vous des choses concernant le sport et le mouvement ? » J'ai répondu que, comme je travaille beaucoup avec des formes rondes, je pouvais réaliser les anneaux olympiques. Il y a cinq anneaux, cinq couleurs : trois en haut, deux en bas. Voilà. Bleu, noir, rouge en haut, et jaune et vert en bas. Je peux faire cela, mais dans ce que je fais moi. Alors, je me suis mise au travail, et je lui ai envoyé une photo. Il a dit : "Parfait." » La créativité d'Annie est sans limites, il lui est impossible de répéter l'une de ses œuvres ; chaque pièce est unique. Cette créatrice textile, à travers son art, défend des valeurs de consommation consciente, incitant les gens à réfléchir sur leurs habitudes d'achat et de gaspillage.« Il ne faut pas jeter, il faut arrêter d'acheter quand on n'en a pas besoin, car nous vivons dans une société où nous sommes constamment sollicités. Moi-même, il m'arrive parfois d'acheter des choses et de me demander pourquoi j'en ai besoin. Cela reste dans le placard pendant des années. Il faut arrêter d'acheter. Nous avons trop d'habits. Je dis aux gens de prendre leur placard : tout ce que vous n'avez pas utilisé dans l'année, donnez-le à Emmaüs. Et c'est vrai, nous avons énormément d’habits, de paires de chaussures, à quoi bon ? Quand nous mourrons, nous n'emportons rien avec nous. Alors cela ne sert à rien d'amasser. Pour quoi faire ? Pour polluer la planète ? Qu'allons-nous laisser à nos enfants, à nos petits-enfants ? Une planète où il n'y a plus d'eau, parce que nous avons cultivé trop de coton pour faire des habits que nous n'utilisons pas, parce que nous voulions aller chercher notre pain en voiture, etc… » Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast | Castbox | Deezer | Google Podcast | Podcast Addict | Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. | |||
| La vision cosmopolite de la mode de Vanessa Djia avec Rovodoa | 01 Mar 2025 | 00:09:23 | |
Vanessa Djia, artiste, photographe et designer, propose une mode spontanée grâce à son parcours riche et atypique. Un univers coloré qui fusionne cultures africaines et mode contemporaine. Dans son travail, beaucoup d'intuition et de collaboration avec des artisans du continent africain. Avec sa marque Rovodoa, elle propose des vêtements en série limitée ou pièces uniques. Pour Vanessa Djia, la mode est un vecteur de culture. « En tant qu'artiste, on crée en permanence. C'est un métier où nous sommes souvent seuls, même si nous sommes souvent entourés. Créer, c'est reconnecter aussi avec soi. C'est tout un univers qui m'équilibre », explique Vanessa Djia, créatrice et fondatrice de Rovodoa. Elle explique le nom de sa marque : « Rovodoa est le nom d'un ancien bateau négrier qui transportait des esclaves pour travailler, pour la plupart, dans des champs de coton dans les Amériques. J'aime dire que je suis connectée aux vieilles âmes ou que je suis une vieille âme moi-même. J'ai eu comme une vision, une visitation. Cela m'a été insufflé et je suis allée taper sur internet et j'ai vu Rovodoa, j'ai lu l'histoire. Cela m'avait beaucoup interpellé. » Vanessa Djia est née à Dakar. Elle grandit entre la Côte d'Ivoire et le Cameroun, avant de s'installer en France. Sa passion pour la mode est profondément enracinée dans son héritage culturel et son engagement envers l'artisanat africain. Elle a grandi dans un environnement où l'art et la culture étaient omniprésents. Son père, philanthrope engagé, accueillait de nombreux artistes à la maison. C'est cette ambiance qui a poussée Vanessa Djia à valoriser la culture africaine à travers le textile. Après des études en photographie et en école de commerce, cette créatrice cosmopolite crée sa marque Rovodoa, en 2015, en hommage à ses ancêtres. Passionnée par le textile africain, Vanessa Djia crée des pièces uniques aux associations inattendues qui allient tradition et modernité, en restant dans les codes de la mode : « Cette année, par exemple, nous allons être sur des pantalons cigarettes, donc très près du corps. Forcément, nous sommes dans la tendance. Après, il faut ramener cette touche africaine à cette tendance mondiale parce que je ne vais pas nager à contre-courant non plus. Sur place, je vois les textiles, cela m'inspire. » « Au début, je ne faisais que des tenues estivales, c'était beaucoup plus facile. Mais depuis deux ans, j'ai décidé de faire des manteaux. Cela a été très intéressant parce qu'il fallait trouver des textiles africains qui me permettent de les réaliser. Quand tu pars dans les pays africains, que tu parles de tes projets, il y a des gens qui sont férus justement de l'artisanat original de certains pays que tu ne connais pas toi et qui te prennent la main et qui te disent ''Si tu es disponible, dans mon village, il y a tel textile utilisé pour certaines cérémonies. Mais il est tellement rigide que je ne suis pas sûre qu'on puisse en faire un vêtement moderne. Mais toi, avec ta créativité, je pense que si je t'amène là-bas, je pense que tu peux créer la magie". » Le processus de création de Vanessa Djia est instinctif, spirituel, guidé et inspiré par les énergies qu'elle capte lors de ses voyages. Sa démarche créative est intuitive et ludique : « Comme je travaille avec des tissus aux imprimés, c'est très saisonnier, donc, c'est important pour moi d'aller sur place pour créer. Après, ma clientèle est occidentale. J'essaie donc de ne pas aller dans tous les sens. C'est une petite conquête. Pour conquérir un territoire, il faut déjà épouser ses codes. Je reste sur des vêtements très classiques, des chemises, des pantalons. Mais j'aime les bonnes choses aussi et que je m'enquiers un peu de tout ce qui se passe sur la scène parisienne et cosmopolite internationale. Le petit plus, c'est la texture des textiles que je vais choisir. Cela va être aussi de choisir les bons artisans, parce qu'il faut des produits finis à mettre dans des boutiques avec de belles adresses. Mes créations sont en série limitée pour que chaque femme ou homme Rovodoa se sentent uniques. C'est une démarche artisanale, je produis un vêtement en dix exemplaires maximum. » L'engagement pour l'artisanat et son souhait de valoriser les textiles africains sont au cœur du travail de Vanessa Djia. La designer collabore avec des artisans locaux, principalement au Cameroun et en Côte d'Ivoire. Elle explique : « Le seul atelier avec lequel j'ai commencé, c'est l'Atelier des femmes au Cameroun. Quand j'ai ouvert mon atelier personnel pour ce projet textile, j'ai eu l'idée de réunir six femmes. Au début, elles se connaissaient plus ou moins, et j'ai travaillé avec elles des petites robes d'été. L'intérêt pour elles, c'était qu'après, si elles avaient des projets personnels, elles puissent utiliser mes machines. C'est mon projet de cœur. Par contre, quand il a fallu commencer à travailler des pantalons à pinces, il fallait des maîtres tailleurs. Et ces maîtres tailleurs, il a fallu les chercher et les trouver. En Côte d'Ivoire, justement, j'ai commencé avec des polos, des shorts. Ça ne paraît rien, mais pour faire avec du tissu ''africain'', il faut savoir où passer. J'en ai parlé autour de moi et on m'a ramené chez un monsieur qui est un maître tailleur et qui forme aussi. Quand je viens avec des projets plus gros, lui forcément, il se charge de dispatcher mes commandes chez ses petits, comme on dit. Dès que j'ai besoin de lancer une collection, je peux compter sur eux. Et en général, c'est avec les mêmes hommes que je travaille sur Abidjan et les mêmes femmes au Cameroun. » Également active dans l'évènementiel, Vanessa Djia organise des festivals pour soutenir les artistes africains et valoriser leur travail : « À force de prendre part à des festivals, je me rends compte qu'aujourd'hui, je suis obligée d'avoir plusieurs casquettes, comme auto-entrepreneur. Il faut savoir que toutes les activités que je monte, je les fais en fonds propres, donc je suis très économe. Le fait d'avoir fait une école de commerce aussi, cela me donne des outils chaque fois pour essayer d'aller plus loin. Les artistes africains, en général, sont dans l'informel, et donc moi, en ayant cette aptitude, aujourd'hui, je vois leurs limites, je connais leur potentiel et je me dis c'est peut-être mon sacerdoce ! J'y vais, mais je me rends compte que nous sommes nombreux à le faire. C'est comme cela, surtout nous les Camerounais, parce qu'on n'a pas forcément un État qui nous pousse, nous finance, qui comprend même là où on veut aller. Parce que nous, on veut juste vivre, exister dans cette mouvance. Et c'est vrai qu'on est des opportunistes, et quand l'opportunité se présente, on est obligé de la saisir, et c'est du freestyle. Et il y a une partie pieuse aussi. Je crois énormément en Dieu. Je me dis "c'est ma mission, il va m'aider". La preuve, cela se passe bien. » Pour Vanessa Djia, la mode transmet les héritages culturels : « J'aime bien marier différents textiles. Comme je suis pour une culture métissée, par exemple, quand je vais utiliser un tissu traditionnel africain qui va être ultra rigide, je ne m'oblige pas à faire tout le vêtement qu'avec ce textile. C'est là que cela devient intéressant ! Voyager, voir la mode sur d'autres continents, cela donne des idées, des pistes. Je vais chercher des chutes de tissus ou des fins de rouleaux très onéreux de grandes maisons à incorporer à la création. C'est pour cela que je fais des pièces uniques qui sont très intéressantes. Parce que l'idée, c'est que la femme occidentale mette plus de couleurs, et si possible plus d'imprimés. C'est un challenge, et comme moi-même, je suis aussi mon ambassadrice, je prends le pouls. Dès que je commence à rentrer en production, je mets un vêtement pour aller à un événement. Et puis, quand tout de suite, tout le monde me demande "C'est de qui ? Tu l'as acheté où ?", là, je sais que c'est bon. » Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. | |||
| L’atelier Horizon Verre: la création en duo de Mélanie et Justin | 22 Feb 2025 | 00:04:44 | |
L'atelier Horizon Verre, fondé par Mélanie Gracia et Justin Hemery, créateurs verriers, est un espace de création commune et individuelle. Le duo créatif fusionne passion et savoir-faire dans la conception et réalisation d'objets en verre. De la pièce unique au luminaire en passant par le mobilier ou la petite série, Mélanie Gracia et Justin Hemery proposent une large gamme d’objets. À l’atelier Horizon Verre, ils combinent plusieurs techniques, comme le travail du verre au chalumeau, la pâte de verre, le soufflage, la gravure et la peinture sur verre, pour créer des pièces uniques. Nous les avons rencontrés lors du Salon professionnel Maison & Objet. Un salon international qui donne le ton aux professionnels de la décoration et un incontournable pour les marques, créateurs, artisans d’art et tous les acteurs de l'art de vivre. Cela peut venir d'une idée, d'un mot qui m'inspire, d'une image, de quelque chose que je peux voir dans la rue, dans la nature Mélanie Gracia, co-gérante de l'atelier Horizon Verre et créatrice verrière. « Comme cela peut être un sentiment ressenti que j'ai envie de retranscrire dans mes œuvres. Comme cela peut être l'envie de faire un objet design et de partir de tous les éléments qui construisent cet objet, tous les archétypes qui construisent cet objet et de venir détourner tout cela pour en créer quelque chose de différent. » Mélanie Gracia a suivi une formation en arts appliqués avant de se spécialiser dans le verre en France et au Québec. Elle s'inspire des textures et des formes naturelles pour créer des œuvres qui invitent à la réflexion sur la relation entre l'homme et son environnement. Elle utilise diverses techniques pour réaliser des œuvres poétiques et symboliques. Moi, j'ai un axe proche de la nature, donc il y a beaucoup de choses de la nature qui vont m'inspirer Justin Hemery, créateur verrier et co-gérant de l'atelier Horizon Verre. « Et une envie, par le biais des œuvres et des créations, d'essayer de faire ressentir au public, qui voit l'œuvre, un peu l'humilité dont nous devrions faire preuve face à la nature et à des phénomènes de la nature. Cela va être aussi en se baladant dans la nature que je vais pouvoir être inspiré. Cela peut être avec du dessin ou sans dessin. Il y a aussi une part assez importante de sérendipité, le fait de commettre une erreur sur une pièce et puis d'en développer quelque chose derrière. » Après un parcours académique en France et trois années d'études au Québec, Justin Hemery a co-fondé l'atelier Horizon Verre avec Mélanie Gracia. « Nous avons étudié de nombreuses techniques du verre et nous voulions, dans notre atelier, avoir beaucoup de techniques et les mélanger pour créer des pièces qui rassemblent toutes ces techniques pour tous les horizons du verre. » « Nous rentrions du Québec, il y avait aussi les horizons de vie. Nous venions de passer trois ans à l'étranger, il y avait aussi cet aspect par rapport à notre vie, un gros côté professionnel, et puis aussi un côté personnel. » Mélanie Gracia et Justin Hemery partagent la passion du verre, leur processus créatif est à la fois individuel et collectif. Travaillant ensemble, ils échangent sur leurs idées et techniques, cherchant à développer des projets communs. Ils apportent chacun leur touche personnelle tout en soutenant la vision de l'autre, ce qui enrichit leur art, précise Mélanie Gracia. « Pour l'instant, nous avons chacun un peu nos gammes. Après, c'est sûr que nous nous inspirons et questionnons mutuellement. "Est-ce que ça va ? Qu'est-ce que tu en penses ?" À l'atelier, nous travaillons sur les mêmes pièces, bien évidemment. Après, l'idée fixe de base, elle part un peu de l'un et l'autre. Mais nous voudrions faire des projets ensemble et réfléchir de A à Z, ensemble, à une pièce en commun. » L'atelier Horizon Verre est un lieu où Mélanie et Justin utilisent d'autres matériaux, comme le métal et le bois pour élargir leur champ d'expression artistique, explique Justin Hemery « C'est exaltant de travailler d'autres matériaux et puis peut-être un peu moins ennuyant que d'être tout le temps bloqué sur un seul et même matériau. Inclure d'autres matériaux, cela permet d'avoir d'autres textures, de travailler le métal. C'est-à-dire que je vais faire du verre pendant un mois, puis je vais avoir une semaine de métal, deux semaines de bois. C'est aussi quelque chose qui me plaît beaucoup. Et puis d'un point de vue visuel, ce sont les matériaux qui se mélangent, ce sont les textures, les contrastes, toutes ces choses-là. » Retrouvez tous les épisodes de 100% Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. | |||
| Toufik Boumehdi, céramiste d’art, et sa liberté créative | 15 Feb 2025 | 00:07:00 | |
Toufik Boumehdi, céramiste algérien dont les œuvres fusionnent son héritage familial avec son exploration personnelle, a grandi au contact de la céramique. Il a su créer un style unique, alliant influences européennes et maghrébines. Ses pièces, aux lignes simples et arrondies, expriment une recherche d'harmonie et de beauté, tout en rendant hommage à ses racines. Nous l’avons rencontré lors de son passage à Paris, où une exposition présente une partie de ses œuvres, des pièces de décoration d’intérieur colorées et chaleureuses. Les plus belles réalisations, je les ai faites quand j’étais libre de faire, quand il y a de la confiance. C’est une responsabilité. Mais j’y vais, je n’ai pas peur. Il faut que ce soit équilibré, beau, que cela corresponde à ma vision. Et si cela correspond à la vision du propriétaire, c’est le grand bonheur. Toufik Boumehdi, artisan d’art, céramiste et faïencier Je ne crois pas avoir été souvent satisfait de mon travail. Je me dis toujours qu’il y a un petit truc à faire en plus. Né dans le village de Berrouaghia, à 100 km d’Alger en Algérie, Toufik Boumehdi a grandi au contact de la céramique grâce à son père, Mohamed Boumehdi, surnommé « le carreleur du ciel ». Celui-ci a joué un rôle fondamental dans sa passion et son parcours professionnel. « Mon père était facteur, c’est lui qui m’a enseigné. Il a appris le métier de céramiste à Berrouaghia dans une petite usine et c’était devenu sa passion. Pendant des années, dès l’âge de 20 ans, il était facteur et céramiste en même temps. J’ai donc baigné dans la céramique depuis que je suis né. Au départ, je suis venu à la céramique par intérêt. L’intérêt, c’était de financer mes vacances, pour cela, il fallait venir à l’atelier et travailler. Après, c’est devenu une passion. Mon père a commencé en 1965 et moi, j'ai pris le relais et je continue. Nous avons la chance d’avoir un atelier assez connu en Algérie et ailleurs. Depuis qu’il a commencé à travailler, il y a des pièces au Japon, aux États-Unis, au Canada et beaucoup en Europe. » Ses études aux Arts décoratifs à Limoges et ses voyages à travers le monde ont profondément influencé le travail de Toufik Boumehdi, lui permettant de mélanger différentes cultures et styles dans ses créations. « Mes études à Limoges, ce n’était pas pour apprendre beaucoup plus de choses, mais c’était surtout pour me dissocier un peu de [l]a façon de [mon père de] voir la céramique et donc de faire ma céramique. C’est-à-dire mon parcours personnel. C’est ce qui m’a construit. Entre ce qu’il m’a appris et ce que j’ai appris, cela a fait une céramique qui est plus ou moins personnelle. J’ai appris beaucoup avec les rencontres, avec ce que j’ai vu des autres, de ce qu’ils ont fait, d’autres réalisations. Du IXᵉ siècle jusqu’à la céramique turque en passant par la céramique espagnole, italienne, française. Après Limoges, j’ai remarqué que ma céramique avait un côté européen, un côté maghrébin. C’était ce mélange de tout ce qui m’a plu, qui m’a touché. Mon inspiration, c’est cela, c’est un peu universel. » Toufik Boumehdi considère chaque commande comme un défi et une opportunité d’exprimer son art. « Des fois, nous avons une commande, quelqu’un qui vient me voir et me dit : "J’ai une façade, j’ai un meuble". Je regarde et je me dis : "Il n’y a pas assez de lumière, il faut quelque chose de lumineux". Si je vois qu’il y a beaucoup de couleurs, j’essaye d’en mettre moins. J’agis. C’est une recherche. Je cherche quelque chose d’adapté qui va venir agrémenter un endroit. Des fois, c’est floral parce que c’est un style qui est demandé. Quand je vois une maison mauresque, là, je me régale, c’est aussi ma spécialité. J’ai ma particularité, je ne mets pas énormément de couleurs. Je travaille beaucoup avec les bleus, les turquoises, très peu de jaune. Ce sont les couleurs de mes aïeux, de mes ancêtres dans la céramique, des oxydes métalliques. Donc, on va travailler avec du cobalt, avec du cuivre, du chrome. Mais quand les demandes ne semblent pas me correspondre, je botte en touche. Des fois, cela m’arrive. » Dans son atelier, Toufik Boumehdi collabore avec une équipe de 10 personnes, mais c’est sa vision personnelle qui guide chaque pièce. « C’est une petite équipe, chacun a sa spécialité. Moi, je coordonne, je fais, j’oriente. J’ai ma petite partie aussi. Je suis l’homme à tout faire dans l’atelier, donc je mets tout le monde à contribution, je demande comment ils voient les choses. Je ne peux pas tout savoir, donc je demande. Je demande à ma femme aussi, qui est ma collaboratrice. » Son style se caractérise par des formes épurées, s’éloignant de la complexité géométrique au profit de lignes douces et arrondies. « Choisir une forme et puis me dire à quel endroit cela va aller et avec quel type de décor. Un crayon, un dessin, après, je mets sur un pochoir, un calque, que nous allons retranscrire sur la forme, après le tracé avec un pinceau très fin noir et après, nous mettons les couleurs. Selon que c’est un biscuit rouge ou blanc, soit avec des argiles rouges ou blanches. L’argile blanche permet de travailler sur le biscuit directement. Nous allons travailler dessus et mettre nos couleurs, tout notre décor ensuite, suivi par un émail transparent et nous le mettons dans le four. À l’opposé, le biscuit rouge, le support, le vase en terre rouge, comme une brique, nous mettons une couche de blanc émaillé. Nous allons le travailler et puis le mettre dans le four. L’argile blanche me permet d’être plus fin. L’émail blanc sur biscuit rouge, c’est l’émail rouge. C’est comme si je travaillais sur de la farine. Deux coups de pinceau, et l’émail peut partir. L’expérience me permet d’avoir un coup de pinceau sûr. Je sais où je le pose, je finis et je ne reviens plus dessus. Sur une argile blanche, je peux bricoler, gratter, refaire. » Toufik Boumehdi ne se limite pas à la céramique, il explore également le verre pour enrichir son œuvre et ses techniques. « Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert le verre. En fait, je fais du fusing. Avec la technique du fusing, là aussi, il y a fusion, il y a cuisson, il y a émaillage, il y a les pièces en verre. Et là aussi, j’essaie d’allonger en fait ma palette avec une autre expérience. Et le verre, il a besoin de lumière. Cette transparence m’intéresse beaucoup. Donc, j’y vais aussi. On peut faire des décors, on peut faire plein de choses. C’est ouvert aussi. On peut travailler avec des poudres comme un émail, qu’on peut travailler soit au pinceau, soit à la spatule. Il y a toutes les possibilités, il faut tout faire. Le verre, c’est du sable, ce n'est pas très loin de la terre. » Retrouvez tous les épisodes de 100 % Création sur : Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. À lire aussiAvec Caussün, Philippe Aguad passe du karaté à la pantoufle bio | |||
| Julia Blain, la tapisserie de haute lice et le Mobilier national [1/9] | 05 Jul 2025 | 00:12:11 | |
100 % Créations vous propose cet été une série consacrée aux métiers d'art du Mobilier national, en neuf épisodes. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, cet établissement prestigieux, sous tutelle du ministère de la Culture, rassemble le Mobilier national et la Cité de la Céramique de Sèvres & Limoges, formant ainsi un véritable pôle d'excellence dédié à la conservation, restauration, création et transmission des savoir-faire d'exception. Au fil de cette série, nous explorerons les coulisses de ces ateliers où plus de 300 artisans, techniciens d'art, restaurateurs et créateurs œuvrent chaque jour pour préserver et faire vivre le patrimoine mobilier et décoratif français. Des tapissiers aux lustriers, des teinturières aux inspecteurs des collections, chaque métier raconte une histoire, une tradition, mais aussi une vision d'avenir. Au sein du Mobilier national deux techniques de tapisserie coexistent la haute lice sur un métier vertical et la basse lice sur métier horizontal. Le principe est cependant le même : les fils horizontaux colorés dit fils de trame viennent couvrir un rideau vertical de fils de chaîne en laine ou coton écru. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous à l'atelier Tapisserie avec Julia Blain, cette licière réalise des tapisseries souvent monumentales, en utilisant des techniques traditionnelles de la haute lice. Elle participe aussi à la création contemporaine en collaborant avec des artistes et designers pour donner vie à des œuvres uniques tout en respectant un savoir-faire ancestral. La création m'anime, cela a toujours été, mais la création pour moi, ce n'est pas que faire des œuvres d'art monumentales comme les tapisseries ici. Julia Blain, technicienne d'art, artiste licier. La création, c'est un tout, dans ma vie. Je ne pourrais pas vivre sans créer. J'ai besoin de cela au quotidien. Je le fais ici. Je crée aussi des choses pour moi à l'extérieur. Cela fait partie de moi et je pense que cela fait partie de beaucoup de personnes qui travaillent au Mobilier national. Née à Strasbourg, Julia Blain, fille de militaire, a beaucoup bougé pendant son enfance. Le textile fait partie de sa famille, avec notamment des grands mères dentellières et un frère styliste. Après son baccalauréat littéraire, elle intègre les Beaux-Arts où elle confirme son attrait pour le textile. Elle consacre son sujet de mémoire d'étude à la manufacture des Gobelins. Curieuse et déterminée, elle décide d'en faire son métier en se spécialisant dans la tapisserie. " J'avais six ans d'études derrière moi. Cela correspondait à quatre ans supplémentaires. Mais, c'était une continuité dans mon parcours et dans ma vie. J’ai foncé parce que c'était l'opportunité aussi d’approfondir mes connaissances et d'avoir une stabilité au niveau du travail par la suite. " Avant d'intégrer la manufacture des Gobelins en 2017. Julia Blain y commence une formation en apprentissage. « Il y a des visites qui sont organisées par la formation et je pense que c'est bien de faire ces visites parce que nous visitons un peu tous les ateliers qui vont recruter et cela permet vraiment de voir, pour de vrai, ce qui se passe dans les ateliers et voir si cela peut correspondre à nos attentes et nos envies, si on peut se projeter dans ces milieux-là. Cela permet aussi de voir les techniques pour de vrai, parce qu'on imagine beaucoup de choses, fantasme beaucoup de choses et comme ce sont des techniques, je dirais peut-être un peu gardées secrètes, c'est bien de faire ces visites avant de passer les recrutements. Après, pour ce qui est du recrutement, il faut envoyer une lettre de motivation. Il y a un dossier à faire avec ce qu'on aime produire. Ce n'est pas porté uniquement sur la création textile, bien au contraire, ça peut être simplement du dessin ou même son passe-temps comme faire de la restauration de livre. Ce que veut voir le jury, c'est la créativité du candidat, ses envies, ses ambitions. Il y a même des gens qui rentrent et qui n'ont jamais dessiné. Ils apprennent lors de la formation. Il n'y a pas de barrières. Mais, le jury veut voir la curiosité du candidat. » Julia Blain choisi la haute lice. Une technique qui lui permet de voir toute l'ampleur de son travail et d'exprimer sa créativité. Elle travaille aujourd'hui dans l'atelier tapisserie avec une quinzaine d'autres liciers impliqués dans la création et la restauration de grandes œuvres textiles en équipe et sur des projets ambitieux. « La tapisserie de manière générale, c'est un travail d'équipe. Nous sommes au minimum deux jusqu'à quatre, cinq, six. Ça va dépendre de la pièce, mais il y a aussi des pièces où on est seul. Ce qu'il faut, c'est pouvoir réaliser le dessin et pour ça, il y a des conditions à remplir. C'est à dire que la façon dont est faite la composition sur le dessin ne va pas permettre plusieurs personnes, parce qu'en tapisserie on ne monte pas rang par rang. Ce n’est pas linéaire, c'est un remplissage de formes qui s'imbriquent les unes sur les autres. C'est une espèce de Tetris. Et pour que ça fonctionne, il faut qu'il y ait des creux et des pleins dans la tapisserie pour être à plusieurs. Si cela n’est pas possible, il va y avoir qu'une seule personne sur la tapisserie. » « La tapisserie précédente sur laquelle je travaillais il y a encore peu, mesurait deux mètres 20 par deux mètres 20. C'est considéré comme une tapisserie relativement petite ou moyenne. Nous étions deux dessus. Nous l’avons terminée et je suis passée sur une tapisserie du Danemark qui fait six mètres de long. Donc, on varie vraiment au niveau des tailles. Tout va dépendre du projet. Tout va dépendre aussi du modèle parce qu’il y a des modèles qui ne vont pas se prêter forcément à du grand format monumental parce que ça ne va rien apporter de supplémentaire, autant rester sur un format un peu plus réduit, avoir quelque chose d'un peu plus précieux, mais qui va prendre toute son ampleur et toute son importance dans un lieu. » La complexité des formats, leurs tailles nécessite une dynamique collective dans l'atelier où l'entraide et la cohésion sont indispensables. Julia Blain apprécie ce travail en équipe. « Je pense que s'il n'y avait pas une bonne dynamique au sein de l'atelier, le travail ne serait pas aussi agréable. Nous avons besoin d'entraide aussi au sein de cet atelier. C'est-à-dire que on a quand même des métiers à tisser qui sont monumentaux. On fait toutes les manipulations toutes seules, on monte un métier de A à Z toutes seules. Nous avons, donc, besoin de nous entraider énormément. Et donc si on n'avait pas un esprit de cohésion important, on ne pourrait pas avancer comme on avance. Pour cela, je peux remercier aussi mes collègues parce que même si on ne travaille pas ensemble sur les mêmes tapisseries, le fait d'avoir le regard d'une autre collègue sur ce qu'on vient de faire, sur les questions qu'on se posent, c'est très important, parce que ça permet d'avancer et même de magnifier le rendu final. » Avant de commencer une tapisserie, Julia Blain a recours au carton de tapisserie. Celui-ci indique la composition, les motifs et les couleurs. Il est agrandi aux dimensions de la tapisserie et ce grand patron sert de modèle au licier. « Il y a des commissions de cartons qui se réunissent pour l'achat des cartons, ce que j'appelle les cartons, c'est les modèles. Les modèles appartiennent à l'État, donc forcément, il y a une commission avec des professionnels, des membres de l'administration, des chefs d'atelier qui vont se réunir pour choisir ces modèles parce qu'il faut bien évidemment que le modèle se prête au textile. C'est la première étape et après c'est distribué dans les différents ateliers. Nous, quand cela arrive dans l'atelier, la dimension est déjà à peu près établie et c'est le chef d'atelier qui propose à un chef de pièce. Le chef d’atelier va choisir une de mes collègues, admettons, qui va devenir cheffe de pièce, il va lui proposer un modèle. Alors, après la discussion est ouverte. On ne force jamais quelqu'un. Non, ce n’est pas possible parce que nous sommes dans un domaine de création. Ça peut devenir une souffrance si la personne se sent mal parce que nous sommes sur des temporalités qui sont complètement différentes des temporalités actuelles. Nous sommes dans une société où on a envie que tout aille vite et toujours plus vite. On est dans des temporalités ici complètement aux antipodes. C'est-à-dire qu’une tapisserie, cela prend entre trois et cinq ans. Si quelqu'un est en souffrance pendant trois ans, entre trois et cinq ans, ce n’est pas possible. La discussion sur le modèle reste ouverte : on propose aux gens et après les équipes se forment comme cela. » Julia Blain apprécie la diversité des projets. Pour donner vie à des œuvres sur mesure. La collaboration avec les artistes et designers, souvent en amont, est toujours enrichissante. « Pendant très longtemps, on a acheté des cartons et après on passait à la réalisation. L'artiste ou le designer venait et il y avait un échange qui était fait sur le carton. Mais les cartons ne correspondaient pas forcément tout le temps à un passage en textile. Donc, il y avait aussi une difficulté pour nous de passer de certains cartons au textile. Maintenant, ce qui se passe de plus en plus, c'est qu'on va chercher des artistes en particulier. L’Administration fait appel à eux et leur dit qu'ils veulent, si ça les intéresse, un tissage d'eux. Et donc du coup après l'artiste raisonne, il vient visiter les ateliers et fait son modèle en fonction de la technique et tout ça. Après au long terme, sur une tapisserie. Les relations avec les artistes peuvent être très variées et très différentes. Il y a des artistes qui vont être très impliqués, qui vont venir, qui vont peut-être même un peu trop s'imposer. Et du coup, pour nous, c'est aussi difficile à gérer parce qu'ils ne se rendent pas forcément compte de toutes les ficelles qu'il y a derrière et tout ce qu'on doit gérer. Il y a des artistes qui vont être très présents mais très bienveillants et qui vont dire d’accord, c'est pas ma partie là, je sais pas faire, donc faites, je vous fais confiance et alors là, c'est le meilleur des cas. Et il y a des artistes qu'on ne voit jamais, ça existe aussi. Mais dans tous les cas, il y a quand même une fin heureuse. Nous faisons des tapisseries. » La recherche de couleurs, de textures et l'interprétation personnelle font partie intégrante du travail de Julia Blain. La réalisation de pièces en relief ou combinant plusieurs techniques est pour elle un défi stimulant. « C'était une tapisserie en relief. C'est quelque chose qui ne se fait pas beaucoup ici. C'est la première fois, je pense qu'on le faisait et c'était un peu le défi à relever. On a fait l'ensemble du tissage, on a déroulé la tapisserie et on est venu réincorporer des chaînes sur le devant de la tapisserie et on a tissé des volumes par-dessus. C'était un peu le défi de savoir :’Est-ce que ça va bien rendre. Est-ce que ça ne va pas déformer le tissu. Est-ce que ça va apporter quelque chose aussi ? Parce que ça aurait pu totalement devenir anecdotique. C'était un défi que j'ai réalisé avec ma cheffe de pièce et c'était vraiment très exaltant. »
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| Corinne Bally, le voyage des masques chamanique jusqu’au design | 28 Jun 2025 | 00:11:59 | |
Corinne Bally se consacre à la valorisation du patrimoine artisanal de l'Amérique centrale et plus particulièrement à celui des masques chamaniques de la région du Darien. Entre le Panama et la Colombie, la jungle du Darien est l'un des endroits les plus sauvages au monde. Corinne Bally travaille depuis plus d’une décennie avec les femmes des tribus Embera, créant des pièces uniques inspirées des rites chamaniques, entre objet rituel, décoration et art contemporain.
A Paris, cet été, Maisons du Monde expose une collection exceptionnelle de ces masques. Une mise en lumière de la richesse culturelle, humaine et artistique de cette aventure. J'ai toujours été fascinée par l'art et la beauté, mais je ne me sens pas moi-même créatrice Corinne Bally, fondatrice de Corinne Bally Ethic & Tropic « Par contre, j'ai peut-être la vocation de savoir apprécier les belles choses, de les faire connaître, de les mettre sur le devant de la scène et peut être de permettre leur évolution. Ce n'est pas moi-même qui crée, mais j'ai besoin des autres pour créer avec les autres. » Née en France Corinne Bally vit en Espagne. Cette binationale possède une double maîtrise en lettres et communication internationale. Après un parcours professionnel au sein de Chambres de commerce et des programmes de la communauté européenne dans la gestion de projets, elle se réoriente vers l’art et la culture. Après son mariage, Corinne Bally s’installe à Valence en Espagne et crée une galerie d’art. Passionnée par l’Amérique centrale, elle développe une relation profonde avec des tribus indigènes, notamment en découvrant et en valorisant leurs masques chamaniques. Toutefois il a fallu que Corinne Bally soit acceptée par les femmes des tribus Embera. « Ce sont elles qui m'ont choisie puisque, je suis arrivée dans les villages sans les connaître. J'ai démarré avec de toutes jeunes femmes qui ne savaient pas travailler. Elles savent intuitivement parce que c'est une tradition, mais personne ne travaillait beaucoup puisque on faisait un masque pour le chaman. » « J'ai démarré avec des toutes jeunes femmes qui travaillaient mal. J'ai tout acheté. J'ai encore des stocks de masques que j'appelle les primitifs et petit à petit, j'ai vu l'évolution en six ans, en huit ans, en dix ans de toutes ces jeunes femmes. Quand je dis de toutes jeunes femmes, c'est qu'elles sont mamans à quatorze ans, elles ont entre six et huit enfants. Elles commencent à travailler avec moi à quatorze ou seize ans parce que ce sont des mamans, donc elles ont le droit de travailler et souvent elles sont malhabiles. De même que les femmes qui sont très âgées et qui ne voient pas très bien. On a des masques qui sont touchants et petit à petit, ensemble, on a évolué. Et aujourd'hui j'ai quelques artisanes auxquelles je pense, qui ont démarré avec moi depuis le début et qui font des merveilles parce qu'on a réussi à incorporer leur technique, leur caractère. Je reconnais le travail de chacune. Elles peuvent tout me mélanger. Je sais qui a fait quoi. On reconnait le caractère de chaque femme. Et j'ai vu une évolution extraordinaire. Et ça, c'est ce qui est vraiment beau et touchant. Et la relation que j'ai avec elles aussi parce que se retrouve vraiment. Il y a des retrouvailles et on communique par messagerie aussi. Quand elles ont un téléphone, elles m'envoient des messages audio pour être toujours en contact. Il y a une vraie relation entre nous. » Depuis que Corinne Bally a créé Corinne Bally Ethic & Tropic en 2012, elle part régulièrement au contact des femmes Embera qui réalisent les masques chamaniques. Sur place, les retrouvailles sont toujours intenses. « Elles sont très heureuses de me montrer leur travail, de me montrer comment ça a évolué. Elles me disent : "Tu vas voir, je vais t'impressionner, je vais faire le plus grand masque que tu n'as jamais vu ou je vais te surprendre la prochaine fois." Mais ça s'arrête là. Si j'arrive avec des images, ça ne les intéresse pas. Ça s'arrête au moment où on se retrouve toutes ensemble dans un village. C'est un petit peu la fête. J'arrive. Je suis là pour un jour, deux jours selon la taille du village. On se retrouve, on va tout déballer parce qu'elles arrivent avec ces masques qui sont soigneusement conservés dans des pochons en tissu. On arrive en pirogue, il fait très chaud, un climat tropical et on ne voit rien. Et puis là, elles arrivent une à une et elles ont ces masques, elles les sortent et là, c'est un feu d'artifice de couleurs et de créativité. Elles s'observent les unes, les autres. Elles essaient de faire des photos quand elles ont des téléphones, elles comparent le travail des unes et des autres parce qu'elles travaillent chez elles, elles ne travaillent pas ensemble. C'est un jour de fête, il y a aussi de l'argent qui arrive, Tous les enfants sont là, il y en a partout et pour elle, ça s'arrête là. J'emporte les masques et on va redémarrer. Elles me demandent immédiatement : "Qu'est-ce que tu veux pour la prochaine fois ?" Et on est reparti sur autre chose et je suis revenu avec des vidéos que j'avais fait avec une amie artiste, une musicienne péruvienne qui m'avait dit elles vont adorer cette vidéo, mais non, le travail s'arrête là. À partir du moment où j'emmène les masques, ils partent dans un autre monde et c'est comme s'ils avaient été brûlés, après le rituel. » Récolte, teinture, création du masque avec tissage ou broderie, la technique exceptionnelle des masques traditionnels utilisés par des tribus d’Amérique centrale passionne Corinne Bally. « Ce qui m'a fasciné dans ces masques, ce n'était pas la qualité à l'époque mais la technique. A l'origine, ils sont faits pour les rituels chamaniques. Le chaman va demander à la famille du consultant de réaliser ces masques en fonction de la pathologie du consultant. Le chaman est guidé par un esprit, c'est l'esprit qui va demander au chaman de réaliser tel ou tel masque. Ces masques sont utilisés uniquement par le chaman. Ils sont brûlés après le rituel parce qu'on ne peut pas toucher un masque qui est chargé. Donc ils sont utilisés par le chaman pour communiquer avec le monde invisible. Pour cette tribu, comme pour beaucoup de tribus animistes, il y a deux mondes le monde visible, celui dans lequel nous vivons et le monde invisible qui est celui des esprits. Et l'avantage du monde invisible, c'est qu’il nous voit alors que nous, nous ne pouvons pas communiquer avec ce monde invisible. La seule personne qui peut communiquer avec le monde invisible, c'est le chaman et il va donc utiliser pour les rituels différents outils. Et ces masques sont un de ces outils. Donc voilà ce que j'ai découvert il y a plus de douze ans. » La technique ancestrale, la beauté et leur rôle dans la communication avec les esprits font de ces masques des témoins précieux d’un patrimoine en voie de disparition. Pour Corinne Bally c’est une aventure humaine et artistique qui fait réfléchir à la magie qui se cache derrière chaque création. « J'ai découvert très vite les différentes techniques et la créativité de chacune des femmes. Quelquefois je les laisse libres parce que c'est intéressant pour moi, mais elles n'aiment pas. En général, elles aiment bien être orientées. Quand je les laisse libres, j'ai des choses comme des masques très bizarres. Et là, je demande par exemple une fois : "Mais qu'est ce que c'est ?" Parce que j'ai une énorme tête avec deux ou trois cornes. Et elle me dit : "C'est un esprit qui venait me visiter toutes les nuits, donc je l'ai fait pour toi, comme ça tu l'emmènes et moi il me laisse tranquille." C'est le charme qu'on peut avoir à les laisser travailler seules quand elles le souhaitent. Et dans d'autres cas, effectivement, je vais orienter la production parce qu'il y a des artisanes qui ont une technique très particulière et qui développent une broderie très particulière. » « Certaines font des têtes d'oiseaux magnifiques parce qu'elles travaillent la couleur et les motifs. Je vais leur demander des têtes d'oiseaux et à d'autres je vais demander des félins parce qu'elles excellent dans les teintures dans ces tons fauves chocolat. On a des couleurs magnifiques et c'est moi qui vais orienter, en fonction de l'habileté et de la qualité du travail de chacune. » Corinne Bally a tissé un lien unique avec des tribus isolées d’Amérique centrale. Par une démarche respectueuse et passionnée, elle permet à un peu plus de 150 femmes sur sept villages de valoriser leur savoir-faire, gagner leur vie, et préserver leur identité face à l’oubli. « Nous n’avons pas de pièces anciennes, contrairement au masque africain qui est fait pour durer, parce qu'il est en bois, il est en métal. Ce masque-là, il est fait en feuille de palme. Il est très léger, très résistant, mais il brûle facilement. Il est fait pour être utilisé et pour être brûlé. Après, il a une fonction pratique, mais nous en avons fait un objet d'art. C'est une tribu qui va disparaître très vite. Il y a un phénomène d'acculturation. La nouvelle génération ne parle plus le dialecte et ne peut plus communiquer avec les la génération des grands parents. J'assiste à un phénomène d'acculturation très rapide et qui est terrible à voir. Mais là on ne peut pas lutter contre. C'est le cours des choses et on est dans un phénomène de dissolution. Il y a une chose qui s'est développée dans cette tribu, c'est le travail des masques. C'est à dire que quand moi je suis arrivé, c'était moribond, on faisait des masques pour les rituels, on n'en faisait presque plus, on les brûlait. Il n'y avait absolument aucune fierté de réaliser ce travail. Et puis là, en douze ans, on a des femmes qui sont très fières de leur travail, qui gagnent de l'argent plus que leurs maris, elles sont fières de ce qu'elles font et on a une production qui s'est développée avec des objets d'art. Au-delà, je dirais, de la sauvegarde culturelle. Il y a même une évolution. C'est à dire que pour moi c'est un langage parce que je ne vends pas de grande quantité, mais je vends partout dans le monde et ça permet à ces femmes finalement de parler de leur culture et de montrer qui elles sont. Aujourd'hui, on a transcendé l'objet rituel qui mélange le dessin rituel de protection en oeuvres créatives très contemporaines. On a du design, on a des choses qui sont absolument incroyables. » Les masques ont quitté leur usage rituel pour devenir des pièces de design et d’art contemporain. Corinne Bally fait le pont entre deux mondes. Entre sacré et esthétique, ces masques transcendent leur fonction initiale pour exprimer une créativité universelle. « Le fait que je les ai découverts, et c'est vraiment une rencontre, c'est le hasard parce que je n'étais pas du tout partie les chercher. Le fait que je les ai découverts et que j'ai commencé cette collaboration, ça a permis de les maintenir et de dynamiser cette production. Donc d'arriver à ce niveau de création et de créativité. S'il n'y avait pas eu cette rencontre aujourd'hui, ces masques n'existeraient pas, on n'aurait pas le plaisir de pouvoir les contempler. Et ça, c'est vraiment important. Ça fait partie des mystères. Quand je parle de mon histoire, je dis que les coïncidences n'existent pas et que ce n'est pas un hasard. Si j'ai trouvé ces masques, c'est que certainement ils avaient besoin de quelqu'un pour les faire connaître et peut-être développer cette création artistique. » Abonnez-vous à « 100% création » « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. 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| La créativité africaine, la vision d’avenir d'Africa Fashion Up avec Valérie Ka | 21 Jun 2025 | 00:08:33 | |
Ce jeudi 26 juin, en marge de la Fashion Week de Paris, se tient l’Africa Fashion Up, un événement qui célèbre l’excellence des talents du continent africain. Valérie Ka, promotrice engagée de cette initiative, dont France Médias Monde est l’un des partenaires, met en lumière la diversité des créateurs africains, souvent sous-représentés sur la scène mondiale. Cet événement parisien dédié à la mode contemporaine africaine combine défilés, formations et accompagnements, créant ainsi une plateforme unique pour révéler les talents du continent. Moi j'adore créer, et ce n'est pas que dans le domaine de la mode. J'adore aussi l'architecture ! La création j'en fais, pour moi : les vêtements, parce que j'avais ma collection. Je réfléchis, peut être, à relancer ma marque. Valérie Ka, mannequin et promotrice d’Africa Fashion Up. « Je cherchais un nom. Je voulais qu'on comprenne tout de suite qu'on parle d'Afrique et Up, parce que je voulais montrer ce qu'il y a de meilleur. » Valérie Ka, entrepreneuse, est née en Côte d'Ivoire, passionnée par l’architecture, la décoration d’intérieur, la mode. Elle débute, très tôt, une carrière dans le mannequinat, collaborant notamment avec Alphadi, créateur de mode, surnommé le magicien du désert. Elle parcourt le monde à travers des défilés pour les maisons de haute couture, accumulant une riche expérience dans le secteur. « Être mannequin, c'est quand même super ! C'est un travail qui donne tellement d'opportunités. Moi, j'adore voyager, donc, avec ce métier, c'est clair que j’ai fait le tour du monde, donc, j'ai beaucoup voyagé. J'ai commencé très jeune à 14 ans avec Alphadi. Je faisais déjà toutes les tournées de la caravane en Afrique. J'étais sa fille comme on dit, un peu son égérie et il faisait partie de la famille Alphadi, Katoucha, ils venaient à la maison. C'est comme ça qu'ils m'ont découvert. Mais j'étais déjà passionnée par la mode donc ça a été plus rapide. J'ai eu beaucoup de chance, j'ai eu beaucoup de gens qui me protégeaient. Le fait d'avoir commencé tôt, j'étais tout le temps la chouchou, le bébé que tout le monde essayait de protéger. J’oublie souvent, mais j'ai fait un concours mondial de top model aussi à Istanbul, et j'étais troisième. " Animée par le désir de promouvoir la diversité et l’excellence de la création africaine et constatant le manque de plateformes pour les créateurs africains, Valérie Ka lance en 2021 Africa Fashion Up, lors de la Fashion Week de Paris. « Je suis partie d'une frustration. Paris, capitale de la mode. Il n'y a pas un événement dédié à la diversité de ce niveau. Ce n'est pas normal ! C'est un peu dommage ! C'est juste une frustration. Mais s'il y avait quelqu'un d'autre qui le faisait, moi je ne l'aurais pas fait. Quand j'ai lancé ma marque, j'aurais aimé qu'on me dise : "c'est bien de créer, mais il faut vendre". Il faut tenir des comptes, plein de choses que j'ai découvertes. Il y a des façons de vendre, du marketing, des choses qu'il faut savoir. Mais ça, je ne connaissais pas du tout et je me suis dit qu'il fallait la même chose pour les créateurs africains. » La 5e édition d’Africa Fashion Up a reçu plus de 300 candidatures. « On va chercher les meilleurs designers et puis ils s'inscrivent. Et après, comme je l'ai dit souvent, ‘ tu es au fin fond de l'Afrique et puis ça te tombe sur la tête’, ils viennent représenter leur pays, montrer ce qu’ils savent faire et tout de suite ils sont pris dans le tourbillon parisien de la Fashion Week. On leur demande un lookbook, leur parcours. Nous avons deux catégories. Donc il y a la catégorie jeune designer et Best designer. Concernant les jeunes designers, on leur demande de présenter ce qu'ils ont déjà fait, s'ils ont une collection, un lookbook, leur histoire, leur parcours. Les Best designer, on va leur demander en plus leurs chiffres d'affaires, s'ils ont déjà vendu en boutique et sont déjà représentés. On leur donne aussi l'occasion de pouvoir vendre aux Galeries Lafayette et ils montrent tout : leur atelier, la construction de leur collection, ce qu'ils ont déjà fait avant, ce qu'ils prévoient de faire. Il nous montre tout et ensuite, nous, nous avons des ambassadeurs sur place dans les différents pays et on leur demande de valider ou d'aller voir les collections pour être sûr que ça correspond à ce qu'on nous envoie. » Le lancement, lors de la 4e édition de l’Africa Fashion Up, du Studio K, un espace dédié à la vente et à la visibilité des créateurs africains à Paris, est une étape stratégique pour assurer aux lauréats d’Africa Fashion Up une présence à l'internationale, selon Valerie Ka : « Cela fait partie de l'aventure. Nous avons eu beaucoup de retours de créateurs pour la vente parce qu'ils venaient en disant : "Oui, c'est bien de faire du show, de présenter, d'être formé, mais on veut vendre." C'est très compliqué parce qu'il y a tellement d'exigences et puis aussi le prix. Et donc c'est pour ça qu'on ne trouve pas les créateurs africains, il faut dire aussi les collections, la présentation, le suivi, c'est aussi compliqué. Il y a tellement de choses qui sont demandées, ce qui est tout à fait classique, basique ici. Mais pour les Africains qui viennent avec leurs collections, c'est pour eux complètement un autre univers. » « Et donc on a eu l'idée d'aller dans la meilleure place de Paris. Nous sommes allés voir les galeries qui sont partenaires. C'est vrai que ça fait quatre ans qu'on en parle, qu'on discute et finalement, ils ont fini par nous accepter. La première édition, nous avions une salle au quatrième étage de 260 mètres carrés, magnifique salle avec la vue sur Paris et là, on a pu exposer environ une dizaine de créateurs pour la vente. Les créateurs voulaient être au même niveau que Chanel, Gaultier, Dior et nous sommes au même niveau que les grands, au troisième étage. C'est une opportunité énorme parce que Galeries Lafayette, c'est 100 000 personnes par jour. L'année dernière, c'était la première vente réalisée aux Galeries par des créateurs africains. C'était une belle réussite. Il faudrait le mettre dans le Guinness des records. » Malgré les défis financiers et logistiques, Valérie Ka fait évoluer la perception de la mode africaine en structurant un écosystème compétitif au niveau international. Elle mobilise des partenaires prestigieux autour d’Africa Fashion Up. Et la mise en place des programmes de mentorat et de formation en partenariat avec Balenciaga et l’école HEC avec un accompagnement en business, marketing et création d’entreprise, offre aux créateurs africains bien plus qu’un défilé à Paris. « Il y a trois formations : la partie Fashion Mode où les créateurs sont accompagnés par Balenciaga. Ils ont des mentors qui sont présentés juste après la sélection, avant même qu'ils arrivent à Paris. Ils échangent avec leurs mentors pour savoir exactement de quoi ils ont besoin. Et ensuite, quand ils sont à Paris, ils sont accompagnés par Balenciaga. Ensuite, on a une formation avec HEC, pour la partie business marketing, création d'entreprise via des mentors pour les aider à développer leur entreprise. Enfin, ils ont des masterclass avec les responsables et directeur des Galeries Lafayette. » Fierté, succès, reconnaissance, Valérie Ka apporte aux jeunes créateurs africains les moyens de réussir à l’international. Aujourd’hui, elle souhaite devenir un acteur majeur du luxe africain. « Mon rêve, c'est d'être le "LVMH africain". Quand je dis ça, souvent, les gens me disent : "Mais oui, pourquoi pas !" Nous, ce qu'on veut, c'est avoir des marques Louis Vuitton, Chanel, africain et avoir une plateforme où on retrouve à la fois le luxe, mais pas que dans les vêtements, des accessoires, des bijoux de créateurs africains qui sont incroyables. Donc nous réfléchissons à voir comment développer ça aussi. » Abonnez-vous à « 100% création » « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI | |||
| Helmer Joseph: au-delà d’un style, d’une signature, la quête de la perfection | 14 Jun 2025 | 00:11:10 | |
Helmer Joseph incarne la passion, la persévérance et le partage dans l’univers de la mode. Son parcours, jalonné de formations, puis de postes au sein des maisons prestigieuses comme Mugler, Dior ou Yves Saint Laurent, témoigne d’un talent exceptionnel. Mais ce qui distingue ce grand couturier haïtien, ce n’est pas seulement sa technique, c’est aussi sa volonté de transmettre, de partager ses connaissances avec la jeunesse haïtienne et africaine. À travers ses créations, ses enseignements et ses actions, il nous rappelle que la mode n’est pas qu’une simple question de style, mais aussi une histoire de cœur, de savoir-faire et d’héritage. Nous avons rencontré cette figure incontournable de la mode à Lomé, pendant la dernière édition du FIMO 228. La mode me coûte de l'argent plus qu’elle ne me rapporte de l'argent, parce que dès que j'ai une facture qui rentre, je l'investis tout de suite. Les gens me disent " Mais tu dors quand ? " je dis " je dors, quand je ne travaille pas" parce que je travaille plutôt le soir, entre 8 h à 2 h du matin. Je travaille tous les jours, sept jours par semaine. Je travaille tout le temps. Je travaille tout le temps dans l'atelier, les broderies et la machine, mais sans compter dans ma tête, c'est tout le temps ! Helmer Joseph, couturier et fondateur de la marque Helmer. « Je n’ai que moi : j'ai Helmer et Joseph, c'est tout. Il y en a un qui dépense et l'autre qui travaille. Ils s’entendent. Quand la banque appelle, on demande Monsieur Joseph. Quand les fournisseurs appellent pour de la marchandise pour venir voir, on demande à Helmer. Quand le comptable appelle, c'est Monsieur Joseph. Mais les deux s'entendent très bien ». Né dans la petite ville des Gonaïves en Haïti, Helmer Joseph grandit dans une famille nombreuse, entouré de traditions et de valeurs fortes. Très tôt, il se passionne pour la couture : il aide sa mère et fabrique ses tenues dès l’âge de cinq ans. Avec sa famille, il habite près de l’église, un poste d’observation qui lui permet d’examiner les tenues et allures vestimentaires. « Je suis né il y a longtemps, à une époque où les gens allaient encore à l'église et que quand il y avait un décès, la famille allait à l'église pendant un mois, tous les matins, toute la famille. C'était l'époque des mantilles, les gens étaient gantés, avec le grand chapeau. Les mariages étaient devant les l'églises. Je voyais tout ! ». « Ma mère a eu deux filles après moi et j'avais sept ans quand je l'aidais à coudre parce qu'elle faisait tout elle-même. À l'époque, on faisait tout à la maison et je l'aidais. J'ai commencé à travailler sur la machine à coudre dès l'âge de cinq ans. Une machine à bras, juste pour jouer. J’ai appris à faire des lignes droites sur un cahier d'écolier, j'avais cinq ans. À dix ans, je faisais mes vêtements et du coup je faisais pour moi et mes frères et sœurs. À treize ans, j'ai commencé à avoir une petite clientèle, des demandes du quartier. Je me faisais payer. Ce qui veut dire que pendant les rentrées scolaires, je n'allais pas à l'école, le premier mois, parce que j'avais beaucoup de commandes, je n’étais pas rapide. Mais comme je travaillais très bien à l'école, mes parents n'étaient pas trop affolés ». Haïti, Jamaïque, Montréal, il arrive à Paris en 1984 pour suivre des études dans une école de mode et de stylisme. Helmer Joseph rêve de Paris, le berceau de la haute couture. Il apprend, créée et s’inspire des plus grands Dior, Rochas, Yves Saint Laurent et tant d’autres. Helmer Joseph est diplômé d’une quinzaine d’écoles de mode, et encore aujourd’hui, cet éternel apprenant continue à se former. « J'ai fait pas mal de formations de tricot-machine parce que je suis curieux. Arrivé à Paris, j'ai fait Esmod. Après, j'ai fait Christian Chauveau pour le maquillage, pour le cinéma et puis là j'ai pu rester à Paris. Je n'avais pas de portfolio. Chez Esmod, j’ai sympathisé avec une fille, son conjoint, était photographe. Nous avons fait un shooting de photos sous le Pont Neuf, avec une amie mannequin de Montréal. Quelqu'un passait par là, a demandé "qui a fait la robe?’". Elle a dit que c’était moi, il m’a donné une carte. J'ai appelé. Je suis entré dans un atelier de haute couture. C'était aussi facile que cela. Du coup, j'ai touché un peu à tout. Mais après j'ai fait Lesage en broderie, j’étais la troisième personne à m'inscrire à l'école, dès que j'ai entendu parler qu'il y avait cette formation, parce que j'avais fait de la broderie aussi en Jamaïque. Après, j'ai fait le design textile, le chapeau, la Chambre syndicale de la couture parisienne en moulage, une formation complète de moulage pour pouvoir enseigner plus qu'autre chose. Le mois dernier, j'ai fait de la soudure, une formation de soudure parce que maintenant il y a beaucoup de carapace. Tout est rigide dans la mode. Dès qu'il y a des séminaires, je les prends, même si c'est loin parce que j'ai une école en Haïti, une école de mode et de métiers d'art. Je dois, donc, répondre à pas mal de questions. Je suis aussi chargé de cours à l'Université du Québec, à Montréal, à l'UQAM. Il faut répondre à toutes les questions parce que chacun a des inspirations, il faut les encadrer », explique-t-il. La maîtrise des techniques traditionnelles, couture, broderie, confection, finition, est essentielle pour Helmer Joseph, afin de créer des pièces de haute qualité. Toutefois, son processus créatif démarre toujours par le textile. « Le tissu, je le vois déjà au toucher. Je vais voir si je peux l'écraser, le mouler, voir ce que je peux faire avec. Je peux le mettre sur mon bras pour voir comment il bouge, pour la manche. C'est d'abord le tissu. Du tissu, je vais créer quelque chose. Ma formation de tailleur me pousse à préférer la laine. Parce que la laine, par exemple, dans les maisons de haute couture, on dit qu'un tailleur, c'est juste repasser, c'est-à-dire, quand on peut repasser de la laine, on peut sauver n'importe quel modèle. Tandis que la mousseline, je n'aime pas trop. Mais tout ce qui est soie pour les robes, les drapés, j'aime bien. Mais moi, c'est la laine. Je préfère le lin au coton, le coton ça n'a pas de vie. Il y a de très beaux tissus pour les chemisiers d'hommes qui sont solides, qui ont vraiment de la force. Mais tout ce qui glisse, je n'aime pas ! Encore une fois, c'est ma formation tailleur. J'aime bien quand c'est construit ». « Par exemple : sur les défilés, quand c'est une femme qui a travaillé sur un veston, je le vois. Quand c'est un homme qui a travaillé sur une robe, je peux le voir aussi, la main n'est pas pareil. Ça, on peut le voir. On fait le jeu assez souvent. Il y a du plaisir quand on est responsable d'une robe. Et puis on voit morceau par morceau. Il y a des moments pendant le défilé, les manches ne sont pas encore arrivées, le défilé commence. Il faut être prêt avec ses épingles pour épingler. Il y a beaucoup de plaisir à travailler en arrière ». Le couturier haïtien accorde une importance capitale à la sélection rigoureuse des matériaux, mais aussi à celle des couleurs. « J'aime beaucoup le bleu, le bleu indigo, pas le marine. J'aime beaucoup le gris parce que ça se mélange très bien et j'ai toujours du noir et blanc dans les mélanges parce que ça réveille. Et puis j'aime beaucoup le mauve. Tout ce qui est mauve et le fuchsia, une petite touche. Parfois, c'est juste la doublure d'un veston qui est en orange ou en fuchsia, mais j'ai besoin de couleur. C'est très rare que j'aie du noir, mais je mélange tout de même les matières sur mes robes noires et la couleur. A un moment, je faisais beaucoup de couleur et j'aime beaucoup. Je mélange, je me donne cette liberté de mélanger les couleurs comme je veux. Il y a aussi un piège dans la couleur. Quand c'est à la mode, c'est à la mode. Mais c'est comme l'orange. Si l'orange n'est pas à la mode, ça gâche quasiment une collection. Le rose, j'en ai toujours parce que ça peut plaire, mais ce n’est pas une couleur que j’aime parce que j'ai eu mes sœurs à la maison, ma mère à la maison. Tout était rose. J'avais horreur de cela. Quand j'invitais les gens chez moi à Paris, mes conditions pour être invité : pas de chemise de nuit rose, pas de vêtement rose. Je ne veux rien de rose chez moi ». Cet artisan passionné, installé à Montréal, s’exprime à travers ses vêtements, il aime relever des défis et ne s’arrête que lorsqu’il est pleinement satisfait du résultat. « Quand je commence sur certaines pièces, je me sens comme un chirurgien. Je ne peux pas fermer le malade pour dire je reviens demain. Il y a des modèles, je fais mes 27 h sur le modèle non-stop. Tant que ce n'est pas fini, je n'arrête pas. J'ai besoin de le voir. C'est toutes mes journées qui passent là-dedans. Pour ne pas dire toute ma vie. Je sors aussi. J'ai une vie, mais quand j'ai une idée, je dois le voir. Je peux me réveiller à 2 h et puis aller dans l'atelier, parce que j'ai un atelier chez moi aussi, je vais faire des tests. Et même quand j'avais 18 ou 20 ans, j'allais dans les discothèques le samedi soir, je rentrais à 2 ou 3 h du matin, je commençais ma chemise pour la semaine prochaine, avant d'aller me coucher. Quand j'ai une idée, c'est mortel. C'est sûr que ça vous oblige aussi à avoir une vie de célibataire. Dès que j'arrive à voir que c'est faisable, je le mets de côté, puis je prends un autre. Je n’ai jamais rien de fini, j'ai plein de choses de commencer. Et puis à la dernière minute, je vais choisir, tout dépend de l'événement, de l’occasion. Mais j'ai plein de choses et des idées. C'est comme ça. Et là, j'ai le malheur d'avoir mon atelier au-dessus du magasin de tissus. Je suis dedans ». Helmer Joseph partage son temps entre la mode et l’enseignement. Il est le directeur fondateur d’une école de mode et de métiers d’art en Haïti. Il offre ainsi à de jeunes talents une chance de s’insérer dans un secteur difficile. Son engagement va bien au-delà de la création : il souhaite préserver la qualité, la rigueur et la beauté du travail artisanal, tout en s’adaptant aux contraintes du pays. Helmer Joseph a développé sa méthode. « C'est très gratifiant parce que les élèves apprennent vite, ils ont ce besoin de réaliser des choses. Moi j'ai commencé le cours à l'envers : la première semaine, tout le monde doit faire de la broderie parce que dans les douze points de base de broderie, c'est tout ce que l'on va utiliser pour les finitions, même ceux qui ont déjà une formation de tailleur, ils sont toujours étonnés après la première semaine de voir ce que cette formation de broderie leur a apporté. Tout le monde est déjà plus autonome ». « Les premiers trimestres, on fait des accessoires de mode : chapeaux, sacs. On essaie de tout faire...une robe par exemple. Et je fais toutes les jupe d'un coup. En une semaine, je fais les jupes portefeuille, jupes droites, parce que les écoles c'est quasiment un trimestre pour faire les six jupes. Si tu ne comprends pas, ce n'est pas grave parce que c'est la même base qu'on agrandit, mais à la fin on peut tout faire. On n'a pas le droit actuellement en Haïti de prendre trois ans de quelqu'un pour le former en mode parce qu'il faut qu'ils trouvent quelqu'un qui paye. Là, ils ne peuvent pas payer. Il y a le transport, l'insécurité. Il n'y a rien qui dit que cette personne va travailler vraiment dans le métier, mais avec des modules de trois mois, j'ai la satisfaction de voir qu'ils s'accrochent vraiment ! Les meilleurs, je leur donne un salaire. Le salaire, c'est quoi 50 ou 100 € par mois... pour eux, c'est beaucoup. Je me suis dit que si je peux aider dix jeunes, je le fais, j'investis là-dessus. Il y en a qui sont intelligents, honnêtes, respectueux. Ils ont tout, mais ils peuvent rien faire. Je ne sais pas ce que cela va donner, mais je continue à le faire ». Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI | |||
| Jérémy Lucas, la préservation des océans avec imagination et innovation | 07 Jun 2025 | 00:11:44 | |
En lien avec la 3ᵉ Conférence des Nations unies sur l’Océan qui se tient dès demain et jusqu’au 13 juin, à Nice, l’innovation et l’engagement de Jérémy Lucas. Ce créateur hors normes repense le rapport à l’océan et à ses déchets. Sa marque Paradoxal Surfboards, basée en Bretagne, est spécialisée dans la réalisation de planches de surf écoresponsables fabriquées à partir de matériaux biosourcés issus de déchets marins, tels que les algues vertes d’échouage et les cordages recyclés. Avec sa planche de surf nouvelle génération, Jérémy Lucas veut réduire l’impact environnemental de l’industrie du surf tout en proposant des produits performants et esthétiques. Ces créations combinent savoir-faire et imagination avec la nécessité de préserver concrètement les océans. « Tout est beau dans le surf. On passe une bonne session, sur une belle plage, aux beaux couchers de soleil ! Le rapport au sport change, les questions d'ordre environnemental, pour notamment la nouvelle génération, c'est quelque chose qui est déjà ancré chez eux et dès le plus jeune âge. Nous commençons à voir des champions et des championnes, qui surfent depuis un petit moment, qui veulent tourner la page de cette vieille industrie du surf et passer à l'étape d'après. Nous sommes quelques " makers " en France et dans le monde, nous ne sommes pas nombreux, nous nous connaissons tous, via les réseaux sociaux, à être force de proposition, à travailler dans ce sens : d'essayer de participer à quelque chose de plus vertueux, de plus respectueux sur cette industrie », détaille Jérémy Lucas, fondateur de Paradoxal Surfboards « Paradoxal, au final, cela fait sens à tous les étages. Du paradoxe du surfeur, cette personne qui a cette conscience environnementale du fait de sa pratique, mais pas d'autre choix que d'utiliser du matériel fait à base de pétrole. Ce qui est paradoxal aussi, c'est le fait que nous utilisons un déchet trouvé dans l'océan, l'algue, qui est une non-désirable. Les algues, cela pue, colle et c'est moche. Venir sublimer ce déchet, lui apporter des lettres de noblesse à travers un design soigné d’un objet qui va retourner dans l'océan. Et l'autre paradoxe, c'est que, en fin de compte, moi, je ne suis ni designer, ni chimiste, je n'ai jamais stratifié une planche de surf de ma vie, il n'y avait encore pas très longtemps. Et pourtant, je propose un projet qui fait déjà parler dans l'industrie du surf. C'est assez paradoxal aussi. » Jérémy Lucas est originaire de Bretagne. Après un parcours académique en techniques de commercialisation, management de projet et entrepreneuriat, il travaille dans différents établissement publics, privé ou associatifs. Il se définit comme pluridisciplinaire, polycompétent et passionné de surf. Lors d’un voyage en Australie, Jérémy Lucas a l’idée d’utiliser les algues qui polluent les plages, comme matière première pour fabriquer des matériaux innovants et lancer son projet de planches de surf en matériaux recyclés et biosourcés. « Je me renseigne pour faire un bioplastique comme l'amidon de maïs, mais à partir de l'algue. Techniquement c’est possible, mais qu’économiquement et écologiquement parlant, c'est un non-sens. C'est comme recycler du papier, c'est-à-dire qu'aujourd'hui il vaut mieux faire pousser des arbres, les abattre et faire du papier avec, plutôt que de recycler du papier au coût énergétique énorme pour le faire. Il fallait, donc, que je trouve un autre acteur capable aussi de me renseigner sur comment travailler sur ces matières premières. » « Très rapidement, je me tourne vers des acteurs économiques, des industriels du coin qui eux, travaillent sur le sujet des algues vertes. Il y a une entreprise Olmix, à Bréhan, je suis parti à leur rencontre après plusieurs échanges et puis je leur ai demandé de me donner une vingtaine de kilos de leur matière première. à partir de cette matière première, je suis retourné voir le laboratoire et je leur ai demandé si je pouvais en faire du fil à impression 3D, comme techniquement c'est un petit peu compliqué parce qu’il fallait y rajouter un liant. Et c'est là qu'on me souffle une idée : ‘"Mais pourquoi pas se servir d'un autre déchet issu de l'océan ou des acteurs qui travaillent aussi dans le milieu maritime ?" Quand les bateaux reviennent après une course au large type Vendée Globe par exemple, tout ce qui est cordage est déclassé, cela ne sert qu'une fois. Nous pouvons tout à fait récupérer ce cordage fabriqué pour résister aux UV, à l'eau de mer, à la traction, qui a des bonnes propriétés mécaniques. Cette matière première est abondante en kilomètres, mélangé à la poudre d'algues vertes, nous avons réussi à en faire un matériau thermoformable en impression 3D. » Jérémy Lucas a remporté plusieurs concours internationaux, notamment, le premier en 2023, l’Ocean Pitch Challenge (un prix qui récompense les solutions à impact positif pour l’océan), l’année même où il lance sa marque Paradoxal Surfboards. Il a à cœur d’intégrer des matériaux durables pour remplacer ceux issus de la pétrochimie. Sa démarche écologique, responsable et innovante est adaptable à d’autres champ d’application. « Je suis davantage un militant plutôt que quelqu'un d'ultra compétent et de très ancré déjà dans le circuit de l'industrie du surf. C'est en partageant cette volonté de rendre cette industrie plus propre, que des gens qui se reconnaissent dans ces valeurs me font rencontrer des gens qui sont très intéressés sur ces sujets là. Il y en a divers. Il y a les méthodes de fabrication sur l'impression 3D, mais cela peut être aussi dans le cadre vraiment de l'industrie du surf, le cas de la revalorisation des matériaux et de l'économie circulaire. C’est pluridisciplinaire et c'est en même temps aussi, il faut faire preuve d'ouverture d'esprit. Il ne faut pas se fermer non plus à certaines propositions. Je ne m'interdis rien, je ne me mets pas de barrières sur certains sujets. Bien au contraire, je suis toujours ouvert à la discussion. Moi aussi, j'ai des croyances et peut-être certains blocages sur des sujets. Mais je suis toujours très ouvert et très curieux de nature. Le projet avance doucement d'une part, mais sûrement aussi. Il est validé avec de bons partenaires très techniques et c'est ce qui donne aussi du sérieux, de crédibilité au projet. Aujourd'hui, quand vous voyez l'ensemble des partenaires qui gravitent de près ou de loin autour du projet, cela donne du corps un peu au projet. » Au cœur du projet de Jérémy Lucas : la valorisation des déchets issus de la mer, qui deviennent une ressource précieuse pour la fabrication durable de matériel sportif. Un objet plus respectueux des océans mais pas seulement. « J'ai la chance d'avoir un oncle qui est le premier à avoir fabriqué des planches de surf à partir de fibres de lin, en remplacement de la fibre de verre. J'avais une planche qui n'était pas faite comme les autres et je peux vous assurer qu'à partir du moment où vous avez une planche qui n'est pas faite comme les autres, qui est assez exclusive, vous avez un rapport au sport qui est différent lui aussi. À partir du moment où vous avez quelque chose de différent sous les pieds ou sous le bras, vous allez avoir un rapport différent au sport. En plus de cela, quand c'est biosourcé, vous avez un autre rapport aussi à la nature. Cette expérience ne fait que renforcer le lien que vous pouvez avoir avec la nature et le sport. Le surfeur, l'amoureux de la nature, de l'océan et qui n'a pas d'autre choix que d'utiliser du matériel fait à base de pétrole. Là, l'expérience change, à partir du moment où on commence à surfer avec quelque chose de beaucoup plus éco-responsable et un objet chargé d'histoire. C'est cette émotion que j'aimerais retranscrire. Au-delà d'une œuvre d'art fonctionnelle 4.0, c'est l'expérience utilisateur ou l'utilisatrice qui m'intéresse beaucoup. J'ai hâte d'avoir les premiers retours clients utilisateurs sur l'expérience qu'ils vont avoir à l'eau avec ce genre de matériel. » En créant en 2023 Paradoxal Surfboards, Jérémy Lucas s’est lancé dans une aventure passionnante. Il collabore avec des laboratoires, des entreprises bretonnes, pour développer une impression 3D à partir d’algues, mais aussi de cordages de bateaux ou de filets de pêche recyclés. Ensemble, ils développent des matériaux composites, testent des mélanges, et fabriquent des prototypes. « C'est la partie recherche et développement, c’est-à-dire creuser le sujet, nous ne savons pas que c'est impossible de le faire. Alors nous y allons ! Nous tentons. C’est une expérience très enrichissante parce que partir de rien, c'est à dire moi à la base, je ne suis ni chimiste, ni ingénieur, ni designer industriel et je n’ai jamais fabriqué de planche de surf de ma vie. Quand vous partez d'une page blanche vierge, il y a tout à construire. Ce qui est intéressant c'est aussi c'est de déconstruire les a priori ou les croyances que nous pouvons avoir sur une manière de fabriquer des planches et de tout revoir. Revoir les matériaux, la manière de fabriquer les planches, les partenaires aussi. Travailler avec des industriels qui font de la farine animale à partir d'algues d'échouage, pour de la fabrication d'équipements sportifs nautiques. » «Tout cela fait avancer l’industrie du sport, fait naître de nouvelles idées. Plus je partage ce projet, plus cela crée de connexions. Ce projet ce n'est que du partage de connaissances et du faire ensemble. C'est très énergisant, énergivore quelque part aussi, mais très énergisant de se lever le matin en se disant que nous allons participer à rendre l'industrie du surf un peu plus responsable encore qu'elle ne l'est déjà, parce qu'elle l'est déjà, mais un peu plus responsable de nos océans et de leurs usagers par la même occasion. » Jérémy Lucas s’inspire des formes nanométriques d’algues, pour concevoir le design de sa planche de surf nouvelle génération à la fois performante et esthétique.« J'accorde une importance capitale au design. Cette planche a été designée avec une notion de bio-mimétisme, je me suis inspiré d'une algue diatomée, qui est une algue qu'on retrouve un peu partout dans le monde, mais à l'échelle nanométrique, avec ses formes concentriques. J'étais fasciné par ces formes. Et puis à l'échelle, cette fois-ci microscopique, j'ai vu que cela ressemblait à une planche de surf, je suis donc parti de ce constat pour devenir designer la structure en forme circulaire de la planche de surf. Nous avons ensuite, réfléchi à un système de sphères qui s'auto maintiennent les unes par rapport aux autres, nous avons donc une résistance mécanique très accrue du design visuel basé biomimétisme par la nature. Nous avons réussi à en faire une efficience structurelle, c'est à dire à utiliser peu de matière et avoir quelque chose de très solide et, donc, des planches très durables. » Avec Paradoxal Surfborads, Jérémy Lucas, souhaite fédérer une communauté engagée, promouvoir une pratique sportive respectueuse de l’océan, et inspirer d’autres industries à suivre cette voie écoresponsable. « Sans incriminer l'utilisateur final parce que souvent on a tendance à incriminer l'utilisateur final, mais ce sont les industriels qu'il faut pointer du doigt. Je veux dire quelque part aujourd'hui, les grandes marques, les très grandes marques, ont beaucoup plus de moyens que moi ! Peut-être pas la même volonté, mais plus de moyens techniques, humains et financiers afin de rendre l'industrie plus verte. Et ils ne le font pas ! Ils ne le font pas depuis des années parce qu'il y a un intérêt très fort économiquement derrière tout cela. C'est parfois là qu'il est le combat du militant. C'est de pouvoir faire un peu ce bras de fer : de montrer que même seul, je suis capable de faire mieux que les plus grands. Et quand je dis mieux, ce n’est pas vendre plus, faire plus de chiffre d'affaires, etc. C'est d'apporter beaucoup plus de valeur ajoutée à ce qui proposé à nos clients. » Abonnez-vous à 100% création "100% création" est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% CréationFacebook 100% Création-RFI | |||
| L'océan en bijoux: Jolan Trécherel et Karbon s'engagent pour un futur durable | 31 May 2025 | 00:07:34 | |
La France et le Costa Rica co-organisent la 3eme Conférence des Nations unies sur l’Océan. Elle se tiendra à Nice, du 9 au 13 juin prochain. 100% création vous propose de découvrir le parcours engagé de Jolan Trécherel, un entrepreneur breton passionné. Fondateur de Karbon, une marque de bijoux avec du carbone recyclé issu des voiliers de course au large, il sublime et valorise des déchets de carbone en bijoux et œuvres d’art. À la base, je suis un bureau d'études/techniques, je fais le dessin en 3D, des plans. J'ai toujours voulu lier l'entrepreneuriat au sport. C'est des rencontres, des fois, c'est le hasard. Je veux lier ces évènements sportifs, la technique, raconter des histoires, aller sur des événements et c’est des aspects que je n'avais pas envisagés auparavant Jolan Trécherel, fondateur de Karbon, une marque de bijoux avec du carbone recyclé J'ai appris récemment par ma mère qui fait des cours de breton, que Karbon veut dire carbone en breton. Né à Quimper, Jolan Trécherel a beaucoup voyagé en Europe, en tant que sportif de haut niveau en voile. Il a suivi des études d’architecte naval spécialisé en matériaux composites, notamment en carbone. Il a exercé son métier en Nouvelle-Zélande, puis à son retour en France, il travaille 10 ans en bureau d’études avant de lancer en parallèle son projet Karbon. Une démarche innovante de récupération et de valorisation des chutes de carbone provenant des voiliers de course, notamment ceux ayant participé au Vendée Globe. « C'est une fierté de pouvoir, sur une demande d'un skipper ou d'une écurie, et de me dire "Ils me font confiance" pour valoriser une pièce qui a fait le Vendée Globe, le tour du monde, gagné une course et de trouver des solutions pour éviter que ces pièces n’aillent à la poubelle. Valoriser encore plus ses pièces et les transformer en œuvre d'art. C'est la demande "peux-tu me créer huit objets pour mes partenaires provenant de mon bateau qui a fait le Vendée Globe ?" Prolonger l'histoire de ces pièces, offrir à ces partenaires qui ont cru en lui et investi dans son projet et ces éléments permettent de proposer une pièce qui va aller sur le bureau des partenaires. Cette pièce qui a fini quatrième ou cinquième du Vendée Globe. Un bel objet. Pas juste un déchet. Nous avons quelque chose de valorisé en pièces magnifiques. » Karbon voit le jour en 2014. Jolan Trécherel, toujours architecte naval, fait évoluer progressivement ce projet jusqu’à la création de la marque en 2022. Une marque développée en Bretagne, près de l’océan. « Nous avons conns avec moins d'écuries, mais des écuries plus prestigieuses sur des projets beaucoup plus haut de gamme. »struit notre écosystème localement, principalement en Bretagne. Nous avons aussi des partenaires d'écuries de course au large françaises et internationales. La première chute, que j'ai reçue il y a très longtemps et que j’ai travaillée, c'est une toute petite chute du bateau de Vincent Riou. Petit à petit, nous avons développé des projets avec Sébastien Simon, avec Boris Herrmann, le skippeur allemand qui a été notre premier partenaire sur le long terme et nous travaillons toujours ensemble. Pour Boris, nous avons utilisé des chutes de carbone de fabrication du bateau, des chutes qui n'ont pas navigué, mais aussi des pièces qui ont pu casser en mer, comme des foils, des mâts. C'est à partir de ce moment que la marque s'est fait connaître dans le milieu de la course au large. Nous avons travaillé avec des trimarans qui font le tour du monde et d’autres partenaires français en course au large. Dernièrement, nous travaillo En récupérant le carbone destiné à la poubelle, Jolan Trécherel lui redonne une nouvelle vie en créant des bijoux, des œuvres d’art ou des pièces haut de gamme. Mais ces pièces racontant une histoire forte quelle que soit leur taille. « Nous avons eu au début commencé par des bijoux les plus petits possibles, parce que nous avions peu de matière. Aujourd'hui, nous en avons presque trop parce que nous sommes sollicités par des équipes, des chantiers, des circuits de voile à l'international. Nous avons des demandes de pièces qui vont jusqu'à quatre mètres. Cela dépend des projets et de la matière récupérée. Par exemple, pour Boris Herrmann, nous avions des chutes de fabrication, donc, du tissu qui n'était pas encore cuit parce que le carbone, il faut le cuire pour le rendre solide. En collaboration avec l'équipe, nous avons créé une collection destinée au marché allemand pour Boris, c'était des petits objets qui devaient rester en entrée de gamme selon le cahier des charges de l'équipe. Pour d'autres projets un peu plus prestigieux, nous pouvons récupérer un morceau de mât, un foil et ce sont des pièces qui sont quand même très belles esthétiquement, qui ont des formes impressionnantes, nous ne les découpons pas, nous allons créer des œuvres d'art. C'est un développement de la marque en objet d'exception, joaillerie et œuvre d'art. » Le travail du carbone recyclé nécessite de trier et de sélectionner la matière, ainsi que de développer des outillages spécifiques. « C'est une matière assez complexe à travailler et encore plus à partir de chutes. Nous sélectionnons le carbone. Nous n’avons pas forcément les propriétés mécaniques du carbone, de la résine, donc, nous sommes obligés de trier, sélectionner, réchauffer. Cela peut être du carbone périmé, abîmé. Nous avons créé un tout un système en interne pour tout le cycle de valorisation de la matière. L’outillage a été créé petit à petit, parce que personne ne le faisait. À part construire des bateaux, construire des voitures de course, personne ne valorisait le carbone en si petite taille, dimension. Nous avons créé notre propre outillage avec les financements d'une banque en Alsace pour nous permettre d'investir dans des machines spécifiques à ce développement. » En collaborant avec des partenaires de l’univers de la course au large et en s’inspirant de la nature océanique (baleines, corail, formes marines), l’approche de Jolan Trécherel de va au-delà du simple recyclage : elle témoigne de l’importance de prolonger la vie des matériaux, de respecter la mer et de valoriser l’histoire humaine et sportive autour d’une performance. Mais ce n’était pas une évidence. « Je me suis posé la question au début de dire, d’assumer, de faire savoir que nous travaillions les chutes de carbone ? On m'avait dit "non ! du carbone usagé, ce n’est pas bien, pas valorisant, il faut du carbone neuf !" Moi, je n'étais pas d'accord. Peut-être que c'était un peu trop tôt parce qu’après la période Covid-19, il y a eu une remise en question pour tout le monde. Ce qui était important, c'était prolonger l'histoire de la pièce. Sublimer la matière, nous savions le faire, mais prolonger l'histoire sportive de la pièce, c'est cela qui était intéressant. En comparaison de deux bijoux identiques, la personne va choisir la pièce qui a une histoire, qui a couru à travers les océans. C’est cette histoire qui plait, qui attire les sponsors, les marques, les écuries. Nous savons sublimer et prolonger l'histoire. Nous savons combiner les deux. »
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| L’artisanat d'art, une identité à préserver et à partager par Stéphane Galerneau | 24 May 2025 | 00:10:28 | |
Stéphane Galerneau est un créatif dans l'âme. Cet architecte d'intérieur, designer et depuis 2022, président d'Ateliers d'art de France, syndicat professionnel des métiers d'art, est un passionné. Son parcours mêle création, gestion d'entreprise et engagement. Il œuvre pour valoriser la qualité, la transmission et la reconnaissance des artisans d'art tout en développant des événements internationaux comme le salon Révélations. La septième édition de cette biennale a lieu jusqu'à ce soir au Grand Palais à Paris. Après le Québec, le continent africain et le Luxembourg, c'est l'Italie qui est mise à l'honneur cette année. Cet événement international rassemble 550 artisans d'art de 35 pays. « Je crois qu'il faut être honnête avec le moment où nous nous faisons plaisir, où nous créons, nous laissons agir le cerveau, la main. Si nous sommes honnêtes avec nous-même et si nous gardons notre fil conducteur de pensée, cela suit son cours. C'est les gens qui s'adaptent à vos créations ! Ce n’est pas à vous de vous adapter aux demandes du marché », explique Stéphane Galerneau, fondeur d’art et président du syndicat professionnel Atelier d’Art de France. « Il n'y a pas d'équivalent d'Ateliers d'Art de France, nulle part dans le monde, un syndicat indépendant grâce au salon Maison & Objet, cela nous permet d'avoir une indépendance financière et politique avec l'ensemble des corps de métiers. Nous nous occupons vraiment de nos adhérents et non-adhérents aussi. L'équivalent n'existe pas, par contre, il y a d'autres pays qui ont des organismes spécifiques qui s'occupent aussi de l'artisanat, soit au niveau du ministère de l'artisanat, soit au niveau du ministère de la Culture orientés sur les métiers d'art. » Stéphane Galerneau est né en Allemagne, il a grandi entre la Vendée - à l'ouest de la France - et Aurillac - dans le Sud-Ouest. Formé aux arts décoratifs, il débute sa carrière dans la création de mobilier pour de grandes maisons, avant de lancer sa propre société de fonderie d’art : Création Galant. Passionné par la matière, il a toujours cherché à allier design, technique et nature dans ses œuvres. Depuis 2022, il occupe le poste de président de l’Atelier d’Art de France, un syndicat des métiers d’art. Il défend la reconnaissance et la valorisation des métiers d’art, tout en développant des projets internationaux et en accompagnant de jeunes créateurs. La création, pour Stéphane Galarneau est une quête d’excellence, un processus de recherche, d’expérimentation et de transmission, où chaque pièce raconte une histoire, un savoir-faire, une identité. Dédié à la création et à la défense des métiers d’art, son engagement est fort dans la structuration du secteur. « J'avais envie de réveiller la vieille dame, mais j'avais plein d'idées en tête que je défendais depuis un certain temps qui ne passaient pas vraiment, très clairement, il y avait quand même une position politique qui était réelle dans le management du syndicat afin de pouvoir avancer sur des partenariats. Toutes les conventions que je suis en train de mettre en place avec les régions, avec les chambres des métiers, pour avancer tous dans la même direction. Notre force, c'est le nombre, le nombre et le réseau. Découvrir des talents au niveau communal ou municipal, les faire monter sur une plus grande ville d'un département pour arriver sur une manifestation régionale et terminer la consécration serait de devenir sur un Ob'Art à Paris, sur le salon Maison & Objet. Et le summum c'est d'arriver sur Révélations ou encore plus loin quand nous faisons des manifestations en Chine ou ailleurs. » « C'est tout un cursus de découverte de talents parce que des gens qui ont des savoirs faire, il y en a partout. Si nous voulons qu'un métier d'art vive bien de son métier, il faut monter en gamme. Il n'y a pas de mystère, il n'y a pas d'intermédiaire. Je ne veux pas prononcer le terme de luxe, mais de valorisation, une vraie valeur ajoutée dans son produit. Il faut avoir une certaine notoriété, que l'identité de la personne soit reconnue au travers de ses créations, ses techniques, que son savoir-faire soient valorisés par des pièces d'exception. » Pour Stéphane Galerneau, les métiers d'art représentent un patrimoine vivant, l'art de vivre à la française, une technicité et une forte identité culturelle exportable. Stéphane Galerneau a donc conclu des partenariats avec la Chine, puis le Québec, afin d'organiser des éditions du salon Révélations hors de France. Mais ces opportunités sont aussi des défis à relever. Cela nécessite des partenaires locaux et une adaptation culturelle. « Il faut quelqu'un pour organiser. Il nous faut un partenaire. C'est un partenaire qui, lui, connaît son marché, parle la langue. Une approche de l'institutionnel un peu particulière. La Chine, c'est très compliqué. C’était dans le cadre des 60 ans du rapprochement culturel entre la France et la Chine. Nous avons fait un premier essai institutionnel sur un espace de 1 600 mètres carrés au centre de Pékin. L'espace était petit. Nous étions loin, donc il valait mieux faire quelque chose de très bien et de pas trop grand. Après, l'activité de Shanghai est beaucoup plus importante que celle de Pékin, Shanghai Design est aussi un évènement très puissant. Au Québec, il y a cette approche aussi parce que Montréal est très dynamique commercialement parlant. Nous restons francophone. Moi, je tiens beaucoup à cet attachement culturel. C'est entre la licence et la convention. Moyennant une certaine somme, ils ont le droit d'exploiter le nom Révélations, nous offrons tous les codes de Révélations. » « Le cahier des charges de Révélations est long et complexe. Nous sommes pour la sauvegarde de l'artisanat d'art, donc nous tenons au terme artisan, entreprise unipersonnelle ou petites sociétés. Des artisans qui font leurs propres créations et ce cahier des charges est encadré pour éviter les dérives. Nous avons des demandes pour Révélations d'artistes mondialement connus. Non ! nous ne sommes pas dans le monde artistique, nous ne concurrençons pas certains types de salons. Nous créons notre propre typologie de salon qui doit rester dans un cadre très, très précis. C'est cela que nous mettons en place comme partenariat. » Italie, Québec, Corée du Sud, Grèce, Irlande, Philippines, Malaisie ou encore Brésil. L'édition Révélations de 2025 a reçu des candidatures venues de 35 pays. « Cette année, cela a été exceptionnel. Nous avons reçu presque 900 candidatures pour 550 places. Donc nous avons retenu 550 exposants avec 35 pays représentés. Il y a une forte demande de l'international aussi. Nous nous sommes construit de façon institutionnelle, commerciale et culturelle aussi. Nous avons eu ce bel exemple avec le Québec où le ministre du Québec a découvert ses créateurs en venant sur le salon qu'il avait financé sur Paris avec Révélations. Nous avons d'autres exemples avec le Chili, le Brésil, ils découvrent l'événement, leurs créateurs, l'organisation syndicale qui permet ce genre d'événement et après ils mettent en place des choses pour les porter de la même façon chez eux, cela crée des ponts et des liens. Pour les métiers traditionnels, je cite souvent la Plumasserie. Il y a cinq ans, nous nous serions arrêté au Moulin Rouge et à quelques décors pour des cabarets alors que la plume s’est retrouvée au niveau de la décoration, du bijou, du luminaire un produit qui semblait complètement désuet a été redéveloppé. En ce moment, c'est textile qui est en train de revenir. C'est devenu un support avec une diversité de matériaux, de techniques. Il y a du volume, de la sculpture en textile. Nous oublions la terminologie ou le cœur de métier face à la création autour du produit. » Verre, bois, textile, céramique, paille, crin de cheval ou plumes, la diversité des matières présentées à Révélations plonge le grand public au cœur des savoir-faire des talents venus des quatre coins du monde. « Sur Révélations, il y a une spécificité, c'est le banquet. Il y a un commissaire d'exposition qui sélectionne les 12 pays qui vont être dessus. Pour arriver à 35 pays, tous les autres exposants, présentent un dossier s’ils veulent exposer, soit en individuel, soit à plusieurs sur un stand. Mais même quand ils exposent à plusieurs, même le pays à l'honneur cette année qui était l'Italie, ils ont 22 créateurs. Le dossier de chaque créateur est examiné. Ce n’est pas parce que c'est à l'autre bout du monde qu’il ne présente pas le même type de dossier avec les différentes pièces réalisées par la personne, son enregistrement dans une chambre professionnelle locale. Il y a différentes variétés, mais il y a un dossier pour chaque créateur. » « Après, c'est évident qu'il y a une réalité économique par rapport à ce genre de salon. C'est un salon qui est relativement cher, qui est loin. Il y a des frais de douane, des frais d'exportation, donc des fois des petites structures, l’artisan d'art étant à 80 % une société unipersonnelle, que ce soit pour des Français, pour aller en Chine ou des Africains pour venir en France, il y a quand même un investissement de fond qui n'est peut-être pas toujours accessible à un créateur individuel. C'est pour cela que c'est souvent les organismes d'État qui gèrent l'échange et la participation, cela permet de regrouper les informations, les transports aussi, les frais de douane, toute la communication, la logistique qui va autour. Porté par un gouvernement, je pense que c'est plus facile. » Entre son métier et la présidence d’Atelier d’Art de France, Stéphane Galerneau est au cœur des métiers d’art. Avec sa stratégie de développement régional, national et international, il souhaite construire des connexions et assurer la pérennité et l'évolution de ces savoir-faire précieux.« L'idée, c'est de créer du lien pour que les adhérents se connaissent. En faisant beaucoup de salons, que ce soit le salon Ob’Art, ou Maison & Objet, cela crée des petites familles. Nous sommes cinq ou six voisins sur les îlots, nous nous retrouvons pendant 10 ou 15 ans, nous finissons par connaître tout le monde. Il y en a qui sont à la septième édition de Révélations, cela crée des liens, il y a le côté syndical, il y a le côté curation qui donne une certaine valeur de label et après il y a les salons que nous arrivons à faire. Quand nous regardons les CV des adhérents d’Ateliers d'Art de France, quand ils ont fait Révélations, c'est en tête. Après, nous, nous n’avons pas de critère de jugement par rapport à certains types de formations. C'est très compliqué de juger les gens. Nous jugeons sur la base, la réalisation, la pièce avec les critères de créativité, de savoir-faire. »
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