L'Épopée des musiques noires – Détails, épisodes et analyse

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L'Épopée des musiques noires

L'Épopée des musiques noires

RFI

Musique

Fréquence : 1 épisode/7j. Total Éps: 24

Unknown

Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 20h30 TU sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 16h30 TU vers l'Afrique lusophone, à 17h30 TU vers Prague, à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU +1 en grille d'hiver)

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Six cordes et des milliers d’histoires

jeudi 9 janvier 2025Durée 29:00

Dans le récit épique des musiques populaires afro-planétaires, les guitaristes tiennent une place de choix. Souvent au-devant de la scène, ils sont les virtuoses que l’on acclame et que l’on vénère. Ils développent tous un style propre qui les distingue de leurs homologues. Outre le talent, le choix de l’instrument est primordial. Une guitare « Dobro » n’a certainement pas le même son qu’une « Gibson Flying V ». Elle ne raconte pas non plus la même histoire. Elle identifie une époque, un genre musical, une personnalité. Dans son dernier ouvrage, Guitares d’exception (Gründ Editions), Julien Bitoun s’est penché sur ces différences notables qui narrent une épopée centenaire.

Le guitariste universel dont on ne cesse d’analyser le jeu flamboyant depuis des décennies n’est autre que Jimi Hendrix. La hardiesse avec laquelle il bouscula la sonorité de sa « Fender Stratocaster » restera longtemps dans les mémoires. Cette tonalité révolutionnaire fut, certes, popularisée par un virtuose absolu, mais n’oublions pas l’outil, le vecteur de transmission de cette folie créative. Il faut alors se poser la question essentielle : est-ce la guitare qui identifie un artiste ou est-ce l’instrumentiste qui fait scintiller une guitare ? Il faut croire que la réponse à cette légitime interrogation conservera longtemps sa part d’ambiguïté car, dès le début du XXe siècle, les premiers bluesmen adoptaient une posture qui les distinguait de leurs contemporains. Se servaient-ils de leur guitare pour se faire entendre ? Pour se faire respecter ? Pour avoir un statut social dans une Amérique ségrégationniste ? La guitare n’était peut-être pas qu’un passe-temps ludique. Elle offrait à ces valeureux compositeurs afro-américains un moyen d’exprimer leur frustration, leur quotidien miséreux, leur aspiration à la liberté et à l’égalité.

Progressivement, les techniques, les formes, les musicalités des guitares, donneront du crédit et une visibilité à leurs utilisateurs. Chet Atkins ou Sister Rosetta Tharpe, par exemple, deux artistes très distincts, ont marqué leur époque, leur style et leur patrimoine grâce à l’emploi inventif qu’ils faisaient respectivement de leur guitare, « Gretsch » et « Les Paul ». L’intention artistique était radicalement différente. Le choix de l’électrique ou de l’acoustique, les évolutions drastiques des goûts du public, l’apparition de nouveaux courants musicaux, l’exigence de la perfection, tous ces éléments accéléreront la mise sur le marché de nouveaux modèles toujours plus sophistiqués.

Et pourtant, la passion pour l’authenticité artisanale l’emportera parfois sur l’innovation et la performance. Nombre de « guitar heroes » préfèreront s’emparer d’une vieille « Martin D-28 » de 1938 pour retrouver l’humeur originelle de la country music. Bob Dylan fut, par exemple, très friand de ces antiquités devenues, aujourd’hui, très onéreuses. Il y a donc mille raisons de posséder une guitare : le désir de jouer avec l’histoire, de s’affirmer en tant qu’artiste, de parader, de faire sensation ou de séduire son entourage… En parcourant le livre de Julien Bitoun, Guitares d’exception (Gründ Editions), les guitaristes en herbe, comme les plus aguerris, pourront user jusqu’à la corde leurs connaissances encyclopédiques.

À la source du Rock'n'roll

jeudi 2 janvier 2025Durée 29:00

Le rock est-il l’émanation de la culture africaine-américaine ? Cette sempiternelle interrogation a été tranchée maintes fois depuis des décennies. Pourtant, un ajustement du récit historique n’est jamais vain. Bruno Blum, auteur, dessinateur, guitariste, producteur, conférencier, est le concepteur d’un Dictionnaire chronologique du rock, un coffret de 4CDs qui bouscule les idées reçues et scrute avec acuité les évolutions stylistiques d’une forme d’expression dite révolutionnaire.

Longtemps, le rock’n’roll fut incarné par la flamboyance du « King », Elvis Presley. Cette facile représentation historique est aujourd’hui amendée par une meilleure connaissance des réalités américaines. Nul ne peut contester qu’un choc culturel eut lieu à l’aube des années 1950 quand le blues et la country-music dessinèrent les contours d’un vocabulaire sonore fédérateur et populaire. Le contexte social d’alors fut pourtant l’un des obstacles majeurs au vœu d’universalité du rock’n’roll. Comment pouvait-on accepter, dans une Amérique ségrégationniste, qu’un jeune chanteur blanc puisse interpréter des airs inspirés du répertoire noir ? C’est pourtant cette audace qui bouscula le conservatisme bien-pensant d’antan.

Certes, il fallut batailler ferme pour que les Chuck Berry, Little Richard, Bo Diddley, Fats Domino, soient reconnus, considérés, respectés, par l’ensemble des citoyens américains. Si la jeunesse semblait accepter et encourager cette poussée de fièvre inéluctable, le monde des adultes regardait d’un très mauvais œil cette irruption de trublions dont les danses dites « tribales » les indisposaient sérieusement. Nul ne pouvait cependant contrer cette aspiration à un épanouissement artistique total. Deux visions de la société américaine s’opposaient, deux reflets contradictoires qui interdisaient l’unité d’une nation autour de valeurs humaines indiscutables. Le racisme résistait depuis des siècles aux élans progressistes d’orateurs courageux, il était donc impensable, pour les plus radicaux, que la stabilité sociale et le mode de pensée réactionnaire percutent l’outrecuidante ferveur de quelques hurluberlus.

Le rock’n’roll ne fut pas qu’un des nombreux soubresauts du XXe siècle aux États-Unis. Il modifia profondément la physionomie de la nation américaine et, par ricochet, fit avancer à l’échelle planétaire l’esprit de concorde et de communion. Plus qu’un genre musical, c’est une attitude, un esprit, des convictions qui animaient tous ces musiciens devenus des icônes. Dans son Dictionnaire chronologique du rock (Frémeaux & Associés), Bruno Blum ose même citer Ray Charles, Aretha Franklin et Bob Marley, parmi les promoteurs essentiels du rock. Il est vrai que tous ces piliers de L’épopée des Musiques Noires avaient en eux cette volonté farouche de rassembler plutôt que de diviser. Leur musicalité s’inscrivait dans la lente évolution des matrices idiomatiques africaines et européennes. Ce rappel utile prend une signification toute particulière quand le repli sur soi semble défier notre quotidien.

► Le Dictionnaire chronologique du rock, paru chez Frémeaux & Associés.

Chants frondeurs au cœur de l’Amérique noire

jeudi 31 octobre 2024Durée 29:00

Christophe Ylla-Somers s’est plongé dans l’histoire tortueuse de la communauté africaine-américaine de 1619 à nos jours. Il constate dans son livre, « Le Son de la Révolte », que le nouveau monde ne fut jamais la terre d’égalité, de justice et de démocratie, prônée par les premiers colons européens. Les États-Unis se sont construits sur un déséquilibre social patent que les arts ont souvent dénoncé. Alors que l’élection du 5 novembre 2024 attise les tensions outre-Atlantique, nous explorons en musique quatre siècles de rébellion et de contestation.

Dès l’instauration du commerce triangulaire, la vie des Africains expatriés contre leur gré vers des territoires inconnus devint un calvaire innommable. Les traditions et coutumes ancestrales résistèrent cependant à l’oppression, aux brimades et humiliations de toutes sortes. Cette empreinte identitaire s’exprima dans des chants de complainte émouvants dont la teneur de plus en plus protestataire traversa les siècles. Le poète et dramaturge Amiri Baraka répétait sans cesse ce simple constat : « À partir du moment où nous avons embarqué sur ces bateaux, nous avons commencé à chanter ! Quelle que soit la forme d’expression, le message a toujours été le même : « Laissez-moi sortir ! Laissez-moi tranquille ! Cessez de vouloir transformer ma vie ! ». Avant même que nous ne soyons en contact avec les Américains, nous chantions déjà le désespoir, dans le dialecte local, puis dans un langage afro-américain. Depuis toujours, nous chantons la contestation. Comment voulez-vous que nous ayons des paroles positives ? Quand on vous pourrit la vie depuis des lustres, comment être optimiste et voir les choses du bon côté ? On ne sait pas ce qu’est le bonheur ! Quand votre existence, c’est l’esclavage, vous ne décidez pas de protester, vous protestez instinctivement ». (Amiri Baraka au micro de Joe Farmer – RFI - Février 2004)

Dans les spirituals ou dans le blues, dans le répertoire sacré ou dans les mélodies profanes, le besoin de trouver le réconfort est omniprésent. Cette aspiration à une liberté pleine et entière se fracasse pourtant souvent sur une réalité plus âpre et violente qui conduit irrémédiablement les victimes d’injustices à se rebeller. Si l’appel à une résistance passive du pasteur Martin Luther King reste dans les mémoires, ce sont davantage les œuvres militantes qui résonnent aujourd’hui avec force dans « L’épopée des Musiques Noires ». Le manifeste du batteur Max Roach, « We Insist ! Freedom Now Suite », est devenu un marqueur de la fronde artistique des jazzmen en 1960. Le pamphlet du bluesman J.B Lenoir, « Alabama Blues », en 1963 est lui aussi redoutablement efficace. Le brûlot de Nina Simone, « Mississippi Goddam », en 1964 s’inscrit également dans le tumulte des années de lutte. Décennies après décennies, l’activisme musical s’est transformé et les prises de positions tranchées ont accompagné les évolutions stylistiques des instrumentistes africains-américains.

« Le Son de la Révolte » constate avec acuité l’impossibilité de faire valoir son statut de citoyen américain quand la couleur de peau interdit l’égalité des chances. Il subsiste alors la revendication permanente que les arts peuvent porter. Les prêches harmonieux des cantiques religieux, comme la poésie cadencée de rappeurs déterminés, traduisent la même frustration et le même désir d’être respecté. Lorsque Sam Cooke chantait « A change is gonna come », quel avenir envisageait-il ? Les tourments de son époque ont-ils changé la donne ? La politique américaine a-t-elle tiré les leçons du mouvement des droits civiques, de la poussée de fièvre « Black Lives Matter » ? L’examen de conscience est-il possible outre-Atlantique ? Les musiciens ont-ils la clé de cette énigme ? Ces interrogations légitimes rythment notre lecture avide de cet ouvrage riche et fort documenté paru aux éditions « Le Mot et Le Reste ».

«Le Son de la Révolte», éditions Le Mot et le Reste.

Le Trio Soba revitalise la source africaine du blues

jeudi 24 octobre 2024Durée 29:00

De longue date, les échanges transatlantiques entre musiciens africains et américains ont nourri l’histoire du blues. Dans le passé, Ry Cooder et Ali Farka Touré, Eric Bibb et Habib Koité, Taj Mahal et Bassekou Kouyaté, Mighty Mo Rodgers et Baba Sissoko, ont appris à dialoguer et ont suscité un esprit de partage et de tolérance. Le Trio Soba épouse, à son tour, cet élan de générosité collégiale à travers un album vibrant intitulé Fiman.

Moussa Koita (guitare), Vincent Bucher (harmonica) et Émile Biayenda (percussions) ont, tous trois, une identité culturelle spécifique mais ils partagent une vision commune du blues. Ils savent que cette forme d’expression née aux États-Unis prend sa source sur le continent africain. La traite négrière a projeté, au fil des siècles, des coutumes, des rythmes, des traditions, des danses jusqu’aux Amériques. Ce pont transatlantique invisible a permis, souvent dans la douleur, de maintenir un lien intercontinental que le blues préserve et perpétue. L’histoire de Soba s’inscrit dans cette longue évolution stylistique mais se distingue par ses protagonistes. Si ces trois brillants instrumentistes jouent le blues avec ferveur, ce n’est pas seulement la légende américaine qui les anime mais leurs échanges complices sur scène et hors de scène.

Que l’on soit Burkinabè, Français ou Congolais, le partage et l’enthousiasme permettent toutes les audaces. C’est ce qu’ont rapidement compris nos trois virtuoses qui ne relisent pas l’épopée américaine du blues mais inventent un autre récit proche de leur quotidien, de leur réalité, de leur présent. Chaque titre de l’album Fiman évoque les enjeux de notre XXIè siècle. Il peut arriver que certains sujets évoqués rejoignent les préoccupations des anciens bluesmen africains-américains mais, au-delà de l’humeur musicale, l’intention narrative est tout autre. Le trio Soba parle des défis d’aujourd’hui : la solidarité, la voix du peuple, les inégalités sociales, l’exil, l’espoir d’une maison commune.

Le parcours artistique et très éclectique de ces trois compagnons de route n’interdit pas une écoute sincère et un respect mutuel. Leurs chemins ont fini par se croiser et leur entente cordiale a suscité un projet lumineux nourri par une camaraderie indiscutable. La tradition orale des griots africains résiste ainsi à l’érosion du temps. Qu’ils se racontent à Paris, Memphis, Ouagadougou ou Brazzaville, nos trois compères portent une parole utile en ces temps de confrontation stérile, de défiance systémique et d’invectives absurdes. Ne soyons pas sourds à ce message unitaire si mélodieusement servi par les mots et les notes du blues africain ancestral.

Rendez-vous le 13 novembre au Studio de l’Ermitage à Paris et le 17 novembre 2024 au festival « Blues Maron » sur l’île de La Réunion pour acclamer le pertinent répertoire du trio Soba.

► SOBA - Tounga (official video).

Lizz Wright dans l’ombre de ses aînés

jeudi 17 octobre 2024Durée 28:59

La chanteuse américaine Lizz Wright a un talent unique… Elle sait jouer avec les différentes consonances des musiques afro-planétaires. Sa tonalité vocale s’adapte à de nombreux univers sonores. La Soul-Music, le Gospel, la Folk-Music, le Jazz, le Blues, nourrissent son expressivité depuis son tout premier album paru en 2003. 20 ans plus tard, cette voix pénétrante continue d’ensorceler. Lizz Wright présente aujourd’hui Shadow, sa dernière lumineuse production inspirée par les enseignements de ses aînés.

Femme de convictions, Lizz Wright n’est cependant pas une activiste forcenée. Elle se voit d’abord comme une âme sensible qui a appris à choyer les vraies valeurs humaines et les défend autant qu’elle le peut. Son statut d’artiste lui permet de transmettre des émotions positives à tous ceux qui l’écoutent et d’apaiser aussi ses propres tourments. Toujours en quête de sérénité, elle partage avec certaines de ses consœurs cette aspiration à une citoyenneté équilibrée. Originaire de Géorgie, elle a connu l’âpreté du sud des États-Unis, mais elle préfère en donner une vision romantique que ses yeux d’enfant avaient magnifié.

« Ma grand-mère, Martha, avait l'habitude d’aller prier au pied d’un arbre près de sa maison. C’est une image dont je me souviendrai longtemps. Mon père me racontait beaucoup d’histoires à ce sujet. Il y a dans le sud des États-Unis des contes et légendes qui entretiennent le mythe des ancêtres, qui décrivent le vent qui souffle, la pluie qui tombe, la nature qui s’épanouit. Voilà ce que j'ai essayé de restituer. Je veux tirer les leçons de ce que m’a enseigné ma grand-mère. Je me souviens de ses déclarations et de cette phrase qu’elle répétait souvent : "J’aime tout le monde ! Je ne fais pas de différences !". Et, chaque fois, elle versait une larme en prononçant cette phrase. Quand j’étais gamine, je trouvais cela normal qu’une femme pieuse comme elle prononce de tels mots. Aujourd’hui, à 44 ans, je réalise que plus personne ne dit de telles choses, même mes parents ! Je comprends aujourd’hui que ma grand-mère me montrait la voie à suivre et me faisait prendre conscience de la dureté de ce monde troublé. Elle m’a donné le courage de revendiquer ma place sur cette planète sans attendre que quelqu’un ne me l’octroie. Je veux être responsable de l’amour que je donne et ne pas être un étranger pour autrui. Voilà les belles valeurs que ma grand-mère m’a transmises. » (Lizz Wright au micro de Joe Farmer)

Révélée grâce à l’album Salt, Lizz Wright a gagné en confiance en participant en 2009 à la tournée Sing the truth en hommage à la regrettée Nina Simone. C’est à ce moment précis, aux côtés de Dianne Reeves, Angélique Kidjo et Lisa Simone, qu’elle a pris conscience que son avenir se jouerait sur scène. « Nous voulions honorer la mémoire de Nina Simone en mettant nos voix au service de son répertoire. Nous voulions démontrer combien son patrimoine musical était riche et imposant. Nous voulions également mettre en relief les différents thèmes qu’elle évoquait dans ses chansons. Et surtout, nous voulions revitaliser l’émotion de sa voix. Je serai toujours reconnaissante à Danny Kapilian, le producteur de ce spectacle, de m’avoir conviée à participer à ce projet. Cette sollicitation tombait à pic, car j’hésitais vraiment entre deux carrières, la musique ou la cuisine. Il se trouve que mes colistières sur scène étaient aussi des cordons bleus. Finalement, je faisais une pierre deux coups. Je n’avais plus de choix à faire ! » (Lizz Wright sur RFI)

Sur son dernier album, Shadow, Lizz Wright s’est entourée de partenaires de choix dont la bassiste Meshell Ndegeocello. Leur complicité artistique rayonne sur le titre Your Love scellant une camaraderie sincère qui dépasse la collaboration artistique. Lizz Wright ne se prive d’ailleurs pas de faire la promotion de sa nouvelle partenaire dont elle ne tarit pas d’éloges. « Meshell est certainement l’une des plus grandes artistes de notre temps qui conjugue plusieurs disciplines. Elle est une bassiste super funky ! Elle est une fabuleuse compositrice, elle a beaucoup de sensibilité, elle transmet beaucoup d’émotions, et je suis très heureuse d’être son amie. Je vous recommande d’ailleurs d’écouter son dernier projet consacré à James Baldwin. Si vous avez l’opportunité de voir ce spectacle sur scène, ne vous en privez pas. J'ai eu la chance d'assister à une représentation à Chicago et j’en suis ressortie tout émue. Il se trouve, de surcroît, que je suis une fan de James Baldwin. Je partage les valeurs humaines de Meshell. Je les exprime peut-être différemment, mais nous considérons toutes les deux que l’amour et l’honnêteté sont les piliers de la paix universelle quand tant de souffrances troublent ce monde. Parfois, il est bon de se regarder dans le miroir et de se demander où l’on va et qui l’on est. Nina Simone a dit un jour : "Le devoir de l’artiste est de montrer la voie et de refléter le temps présent." Nous devons unir toutes nos voix pour atteindre ce but. » (Lizz Wright – Octobre 2024)

Lizz Wright est une femme fort respectable dont les mots choisis appellent à notre examen de conscience. Écoutons-la se raconter et prenons exemple. Sa poésie musicale prend sa source dans une épopée lointaine façonnée par ses ancêtres.

►Site internet de Lizz Wright.

Les Headhunters fêtent leur cinquantenaire

jeudi 10 octobre 2024Durée 29:00

Au tournant des années 70, le jazz afro-américain épouse les rythmes scintillants du funk, l’énergie du rock et la richesse des cultures mondiales. Cette fusion des styles et des sources sonores inspire alors le pianiste Herbie Hancock en quête perpétuelle de nouvelles expériences. Il crée en 1973 les Headhunters, formation à géométrie variable qui épousera l’esprit d’ouverture de cette époque psychédélique échevelée. Un demi-siècle plus tard, deux membres historiques de ce groupe légendaire, Bill Summers et Mike Clark, se souviennent de cette aventure épique.

« Je fais partie de ce groupe depuis 1974. J’aime être en compagnie de mes amis musiciens car c’est toujours un défi de créer de la musique avec eux. Nous prenons beaucoup de plaisir à être ensemble, nous rigolons bien. Nous avons voyagé à travers la planète avec Bill et nous avons rencontré des milliers de personnes. Nous avons vécu des moments absolument incroyables. Certains membres du groupe nous ont quittés, d’autres sont arrivés, ce fut une expérience humaine très enrichissante tant au niveau spirituel que musical ». (Mike Clark, batteur des Headhunters).

Bill Summers et Mike Clark sont deux musiciens issus de cultures différentes. Ils ont appris à se connaître, à s’apprivoiser et à se respecter à travers ce compagnonnage musical sincère. S’il y a une constante dans l’intention artistique des Headhunters, c’est la défense des patrimoines ancestraux et l’ouverture d’esprit. Les deux piliers du groupe ont fini par harmoniser leur propos alors que tout pouvait les opposer. Chacun a fait un pas vers l’autre et il est plaisant de les entendre narrer l’évolution progressive de leur prise de conscience jusqu’à la source africaine de l’expression artistique.

 

« Notre contribution individuelle représente les pièces d’un puzzle planétaire. Nous avons tous un rôle à jouer mais le jazz ne repose pas uniquement sur l'apport africain. Si l'on prend le corps humain comme symbole, le cœur est africain mais les bras, les jambes, les mains, les doigts, les orteils proviennent de différentes régions du monde. Ensemble, tous ces éléments composent un organisme vivant et multiculturel. Qu'importe de savoir si la tête est celle d'un Noir ou d'un Blanc. Du moment que le cerveau fonctionne, nous savons qu'il apportera la touche finale à ce puzzle. Évidemment d'apparence, nous sommes différents. Un Européen ne ressemble pas à un Africain ni à un Asiatique mais nous venons tous de la même source. Nous avons juste fait évoluer notre manière de réfléchir et d'appréhender le monde. Mike et moi sommes deux êtres humains semblables mais nous représentons différentes branches de cet arbre dont le tronc est africain. Le sang qui coule dans nos veines est de la même couleur mais nous ne percevons pas les choses forcément de la même manière. Il faut juste apprendre à s'écouter, à recevoir des leçons et à s'enthousiasmer... ». (Bill Summers, percussionniste des Headhunters).

 

L’élan multiculturel des Headhunters est indéniable. Les idées fusent continuellement dans ce groupe de virtuoses complices mais, derrière cette propension à marier les styles, il y a beaucoup de travail et une expérience éprouvée. Depuis 50 ans, même s’il y eut des absences prolongées, les Headhunters distillent un esprit de concorde entre les peuples à travers une musique que tout le monde peut apprécier. D’abord étiquetés « jazz-rock » ou « jazz-funk », ils ont progressivement ouvert leur identité sonore à d’autres tonalités et peuvent être perçus comme de fervents partisans de la « sono mondiale ». Ils veulent juste conserver la liberté que leur confère leur statut de jazzmen.

 

Le nouvel album des Headhunters, The Stunt Man, propulse encore plus loin ces incroyables instrumentistes au cœur du XXIè siècle. Leur musique, née dans les années 70, n’est pas si datée qu’on a pu le dire. Elle s’est adaptée aux époques, aux courants, aux modes, aux évolutions sociales, aux goûts du public. Les Headhunters se produiront le 18 octobre 2024 au New Morning à Paris, mais aussi à Stockholm, Berlin, Milan, Varsovie, à l’occasion du 50è anniversaire du groupe.

Site du groupe des Headhunters.

La voix frissonnante de Linda Lee Hopkins

jeudi 3 octobre 2024Durée 29:00

Les Parisiens qui ont assisté aux grandes célébrations œcuméniques de la chorale « Gospel pour 100 voix » connaissent indirectement la chanteuse américaine Linda Lee Hopkins. Née en Caroline du Nord aux États-Unis, elle s’est finalement installée en France au début des années 90 mais n’a jamais oublié la source de son inspiration. Elle nous présente aujourd’hui Spirit & Soul, un album qui la révèle enfin après des décennies aux côtés des grandes figures de « L’épopée des Musiques Noires ».

Al Jarreau, Percy Sledge, Ray Charles, entre autres, ont été séduits par la mélodieuse tessiture de Linda Lee Hopkins mais le prestige de ces collaborations artistiques d’antan ne doit pas éluder l’intention première de porter une parole positive. Cette brillante artiste a aujourd’hui le désir ardent de susciter un élan de bonté et de générosité à travers ses scintillantes interprétations. Il fait dire que Linda Lee Hopkins sait, plus que quiconque, ce que le soutien moral signifie. Embourbée autrefois dans un dédale de difficultés existentielles, elle a su remonter la pente et croire en son avenir.

Sa foi l’a sauvée du précipice et l’encourage chaque jour à aller de l’avant. Son large sourire, son énergie et sa joie de vivre, défient sans cesse ses anciens démons. La chanson « Old Trouble », qui conclut son premier album sous son nom, est très explicite. Il faut trouver la force de résister aux aspects les plus négatifs d’une vie. Les souvenirs sont là mais ils ne doivent pas entamer l’enthousiasme du présent. Croire en une bonne étoile n’est pas un vain mot pour Linda Lee Hopkins. Sa spiritualité la protège. Pour autant, le prosélytisme ne guide pas son discours. Résidente française depuis plus de 30 ans, l’esprit laïque de sa terre d’adoption lui sied parfaitement. C’est au hasard de représentations en public qu’elle a pu noter les différences culturelles transatlantiques. L’attitude rétive des spectateurs français à danser, chanter et battre la mesure, lors de messes gospel exaltantes, l’a d’abord surprise. Elle a alors redoublé d’efforts pour que les codes sociaux s’effacent au profit d’une jubilation collégiale.

Comme elle aime à le rappeler, vibrer sur un répertoire sacré n’est pas dicté par une croyance mais par un sentiment naturel d’abandon à l’instant présent. Profiter du moment sans s’inquiéter du regard des autres est le préalable au plaisir. Linda Lee Hopkins en est convaincue et le prouve chaque soir sur scène. Aux côtés du guitariste Chris Lardeau, compositeur des principaux titres de son album, elle défend avec beaucoup de persuasion cette vision bienveillante qui la hisse au rang des femmes de cœur.

Site officiel de Linda Lee Hopkins.

Le centenaire de Bud Powell

jeudi 26 septembre 2024Durée 29:00

Bud Powell fut un pianiste prodigieux dont le talent subjugua ses contemporains, dont l’illustre Thelonious Monk. Affaibli physiquement et psychologiquement par les revers d’une destinée chaotique, il passera beaucoup de temps dans les hôpitaux et maisons de repos, notamment en France, où il résidera à la fin de sa vie. Le cinéaste français Bertrand Tavernier s’inspira d’ailleurs indirectement de ce personnage insaisissable pour son film « Autour de minuit ». Bud Powell aurait eu 100 ans, le 27 septembre 2024.

Earl Rudolph Powell naît à New York dans une famille de musiciens. Naturellement, son goût pour le jazz et la musique classique se développe rapidement. Il évolue très jeune dans de grandes formatons dont celle du trompettiste Cootie Williams. À cette époque, deux formes d’expression se côtoient aux États-Unis, le swing des Big Bands et le Be Bop de la génération montante. Bud Powell n’est alors qu’un observateur de cette confrontation stylistique qui oppose deux approches d’une même culture jazz. De jeunes frondeurs, Miles Davis, Dizzy Gillespie, Charlie Parker ou Thelonious Monk, entre autres, s’autorisent une nouvelle lecture musicale qui bouscule le répertoire de leurs aînés, Duke Ellington, Cab Calloway ou Jimmie Lunceford. Bud Powell finira par épouser l’irrévérence de ses contemporains en devenant lui-même un acteur de cette révolution artistique notable dans les années 1940.

 

Son langage sonore s’affine et s’affirme au fil du temps. Son jeu délicieusement fougueux attire l’attention de ses homologues. La virtuosité de Charlie Parker au saxophone le fascine. Il parvient progressivement à transposer cette vivacité mélodique au piano. Bud Powell devient un instrumentiste de talent que l’on remarque et que l’on acclame. La société américaine reste cependant très inégalitaire et l’aura d’un artiste noir ne le préserve pas des réflexes racistes et des exactions policières. Tandis que le public salue les prouesses du nouveau prodige sur scène, sa vie bascule après avoir été violemment frappé à la tête par un représentant zélé de la force publique. Lentement, son esprit va se perdre dans un dédale de troubles mentaux qui le conduiront trop souvent dans des établissements spécialisés.

 

Bien que les années 1950 soient une période discographique faste pour Bud Powell, ses ennuis de santé perturbent son quotidien. La ségrégation raciale ne contribue pas non plus à son bien-être et sa vigueur décline. C’est à Paris que l’espoir renaît. Francis Paudras, jeune publicitaire français et pianiste à ses heures perdues, écoute depuis des lustres les disques de Bud Powell. Lorsqu’il croise la route de son héros, l’admiration se transforme en une complicité mutuelle. Prenant conscience des déboires de son camarade américain, Francis Paudras l’hébergera chez lui pendant de longs mois. La confiance reviendra, l’envie de jouer ressuscitera. Bud Powell retrouvera une forme de sérénité artistique et un fragile équilibre psychique. Il décidera alors de retourner vivre à New York en 1965. Il décédera un an plus tard, le 31 juillet 1966 à 41 ans.

Francis Paudras lui consacrera un ouvrage intitulé « La danse des infidèles » paru en 1986.

Le site web consacré à Bud Powell

Ali & Toumani à jamais réunis…

jeudi 19 septembre 2024Durée 29:00

En juin 2010, le virtuose de la kora, Toumani Diabaté, évoquait sur nos ondes ses collaborations avec le maître de Niafunke, le regretté Ali Farka Touré. À l’époque, l’album Ali & Toumani venait de paraître et immortalisait la dernière rencontre discographique de deux icônes de « L’épopée des Musiques Noires ». Toumani Diabaté nous a quittés le 19 juillet 2024 à 58 ans. Réécoutons-le se raconter avec sensibilité et modestie.

Très jeune, Toumani Diabaté avait épousé les délicates sonorités de la kora, instrument intimement lié aux cultures ouest-africaines. Comme ses aînés, il fut un conteur dont la mission était de transmettre un savoir légué par l’oralité ancestrale des griots mandingues. La musique était, pour lui, un langage universel qui lui permettait de porter une parole de paix et de tolérance. Cette forme d’expression spécifique accompagnait son discours d’homme sage. Toumani Diabaté a, tout au long de sa vie, multiplié les rencontres comme pour inciter ses contemporains à partager leurs connaissances pour le bien commun.

 

On le vit aux côtés du bluesman Taj Mahal. On le vit en compagnie du tromboniste de jazz Roswell Rudd. On le vit échanger avec le banjoïste Béla Fleck. On le vit se mesurer au London Symphony Orchestra. On le vit répondre aux sollicitations de la chanteuse islandaise Björk. On le vit s’amuser avec les rythmes latins du groupe Afrocubism. On le vit converser sur disque avec son fils Sidiki. Toumani Diabaté dessinait un univers multicolore sans frontières. Son ouverture d’esprit lui a ouvert les portes de la renommée même si les lauriers ne l’impressionnaient guère. Il préférait se livrer sur scène ou en studio et susciter l’écoute. Il y parvint sans effort.

 

Lorsqu’il nous rendait visite à RFI, sa voix sereine et posée narrait toujours avec grâce les histoires du quotidien. L’album Ali & Toumani, commercialisé après la disparition du grand Ali Farka Touré, devint l’écho d’une camaraderie sincère dont Toumani Diabaté se plaisait à révéler les secrets à notre micro. Entendre aujourd’hui les mots respectueux de Toumani pour Ali est, certes, émouvant mais, au-delà de notre frisson, ce document radiophonique fait entrer dans notre mémoire collective ces deux gardiens de la tradition.

Toumani Diabaté sur le site de World Circuit.

Prince, au firmament de la créativité

vendredi 13 septembre 2024Durée 29:00

Il y a 40 ans, le guitariste, chanteur, chef d’orchestre et producteur américain, Prince Rogers Nelson, faisait paraître l’album qui allait le hisser au firmament de la gloire internationale. Purple Rain deviendra, en effet, le marqueur temporel d’une épopée vertigineuse que le journaliste Ersin Leibowitch narre avec allant dans son dernier ouvrage Prince Xperience – Dans la tête du génie (Hors Collection Editions).

Si le succès de Prince à cette période charnière de son existence ne souffre aucune contestation, l’envers du décor est plus sombre. C’est en substance ce que tente de révéler Ersin Leibowitch dans cet ouvrage vif qui s’intéresse aux circonvolutions artistiques et psychologiques d’un véritable génie dont les obsessions, les frasques, les tourments, l’insatisfaction permanente, la boulimie créative et l’arrogante incompréhension, le mèneront trop loin. Difficile de cerner un personnage aussi complexe et imprévisible. C’est l’exercice auquel se livre l’auteur de ce récit palpitant.

Quelle lecture doit-on avoir de son désir perpétuel d’indépendance face aux inévitables injonctions du marché discographique ? Avait-il raison de défier les lois du marketing ? S’égarait-il en voulant conserver le contrôle absolu de ses productions ? A-t-il finalement précipité son inéluctable isolement ? Le secret savamment entretenu de ses travaux lui a-t-il porté préjudice ou magnifié son image ? Prince était un homme pétri de contradictions. En quête perpétuelle de nouveautés, il lui arrivait de faire volte-face, quitte à déboussoler ses rares interlocuteurs, comptant sur la fidélité réelle de ses aficionados.

La frénésie de son quotidien lui a peut-être brûlé les ailes, mais comment ne pas saluer la qualité de ses réalisations et de ses prestations. Ses concerts, qu’ils fussent intimistes ou grandiloquents, ne suscitaient qu’admiration et acclamations. Ses apparitions surprises sur des scènes nocturnes ont fait sa légende. Le New Morning à Paris eut le privilège de l’accueillir trois fois lors de ces fameux marathons funk insensés. Prince était un indiscutable maestro dont l’indicible talent fascinait. Le choc de sa disparition, le 21 avril 2016 à 57 ans, fut d’autant plus sévère. Et pourtant, comme le raconte Ersin Leibowitch, les différentes pièces du macabre puzzle scellaient cette fin tragique aux barbituriques.

Son lègue patrimonial est gigantesque car, comme le regretté guitariste Frank Zappa, Prince conservait l’intégralité de tout ce qu’il enregistrait. Ses archives ne manqueront pas de surgir au fil des années et nourriront l’appétit glouton de l’industrie du disque pour le plus grand bonheur des fans éplorés.

Site internet de Prince.

À écouter aussi Un tube, une histoire: «Purple Rain» de Prince


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