Aujourd'hui l'économie – Détails, épisodes et analyse

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Aujourd'hui l'économie

Aujourd'hui l'économie

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Business & Entrepreneuriat

Fréquence : 1 épisode/2j. Total Éps: 26

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Pour mieux comprendre notre environnement, Aujourd'hui l'économie vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique. Un focus quotidien complété par une sélection d'informations économiques. Le vendredi, diffusion d’«Aujourd’hui l’économie, le Portrait», celui d’un acteur ou actrice de cette actualité, d’une entreprise grande ou petite...

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COP29: les banques et le financement climatique, une vaste hypocrisie?

lundi 11 novembre 2024Durée 03:10

Alors que s'ouvre, ce 11 novembre, la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, qui sera principalement axée sur le financement climatique, le rôle des banques dans la transition verte qu'elles disent accompagner est pointé du doigt par certaines ONG. Les participants doivent adopter un nouvel objectif mondial pour remplacer celui fixé en 2009, qui prévoyait que les pays riches mobilisent 100 milliards de dollars (92 milliards d’euros) d’aide annuelle à destination des pays en développement.

Dans un rapport publié à la veille de l'ouverture de cette COP29, l'ONG Reclaim Finance a passé au crible les transactions de 20 grandes banques européennes depuis 2021, et note près de 1000 transactions auprès de majors telles que TotalEnergies, Shell ou BP. 

Si les banques affirment soutenir ces grandes entreprises pétro-gazières pour les accompagner dans leur transition, leurs financements vont majoritairement aux activités fossiles et notamment aux nouveaux projets de terminaux GNL. La parade est simple et s'appelle le financement « corporate », qui revient à financer l’entreprise qui développe le projet et non l'infrastructure. C'est par ce subterfuge que les banques affirment ne participer à aucun projet lié aux hydrocarbures de manière directe alors qu'elles sont impliquées dans nombre de « bombes carbones », ces mégas projets d'extraction de combustibles fossiles.

Les institutions financières se défendent en affirmant que les énergies fossiles continuent de jouer un rôle important dans le mix énergétique mondial, avec une demande croissante, un argument qui est aussi régulièrement avancé par les producteurs d'énergie.

Risque accru pour la finance mondiale

Ces financements comportent pourtant aussi un risque pour le secteur financier lui-même. La banque de France a elle-même publié un rapport dénonçant des conséquences sur les marchés ou encore le crédit. Car le réchauffement climatique qui génère des phénomènes météorologiques de grande ampleur et plus fréquents, on l'a vu récemment en Espagne, déstabilise aussi les tissus économiques locaux et peut fragiliser le système financier via les actifs dont la valeur peut très vite se dégrader. Le secteur financier a donc tout intérêt à s'engager pleinement dans cette transition sous peine d'un contrecoup très dur . 

Des subventions très généreuses 

Il n'y a pas que les banques qui sont mises en cause, les subventions des pays développés aux combustibles fossiles explosent elles aussi.

Ces pays riches ont dépensé six fois plus sur douze ans en subventions pour les combustibles fossiles qu’ils ne se sont engagés dans le financement international contre le changement climatique pour soutenir les pays les plus vulnérables. C'est ce qu'affirme l’ONG ONE dans une étude : l'argent dépensé chaque année par les économies avancées en subventions vers le fossile couvrirait près de la moitié du déficit de financement public international pour répondre aux besoins de financement du climat des économies en développement. À l'exclusion notable de la Chine ... 

L’Azerbaïdjan, hôte de la COP29 cette année, est le pays le pire en la matière, toujours selon cette étude, le pays s’est illustré ces douze dernières années avec des subventions 1 800 fois plus élevées aux combustibles fossiles qu’au financement climatique.

Volkswagen, Michelin, Auchan, les plans sociaux se multiplient en Europe

vendredi 8 novembre 2024Durée 03:06

Chez Michelin, la colère des salariés au siège de l'entreprise à Clermont-Ferrand. Une grève en soutien aux usines de Vannes et de Cholet. Après Volkswagen, c'est au tour du numéro un mondial des pneus d'annoncer un plan social. Serait-ce une lame de fond qui touche l'industrie européenne ?

Chez Michelin, les salariés expriment leur colère au siège de l'entreprise à Clermont-Ferrand. Un débrayage initié par la CGT en soutien à leurs collègues de Vannes et de Cholet concernés par des suppressions d'emplois. Après le constructeur de voitures allemand Volkswagen, c'est au tour du numéro un mondial des pneus d'annoncer un plan social. Des annonces qui ont fait l'effet d'une bombe. Serait-ce une lame de fond qui touche l'industrie européenne ?

L’automobile et l’industrie de la chimie en crise

Depuis plusieurs années des crises couvent un peu partout en Europe. À commencer par celle qui touche l'automobile. Volkswagen cherche à réduire ses coûts et à économiser quatre milliards d'euros. Avec à la clé des emplois détruits et des fermetures d'usines. Le premier groupe automobile européen vend moins, notamment en Chine, son principal marché. C'est aussi l'effondrement de l'activité qui est à l'origine de la fermeture avant 2026 de deux sites de Michelin dans l'ouest de la France. 1200 personnes vont perdre leur travail.

Les équipementiers automobiles souffrent aussi. 32 000 emplois détruits en Europe chez les sous-traitants des grands groupes. La faute à la stagnation des ventes, aux prix élevés de l'énergie et à la concurrence chinoise qui provoque par ailleurs l'effondrement de l'industrie de la chimie européenne.

Les difficultés d’Auchan

La crise n'épargne pas la grande distribution. Si Leclerc, Système U ou Intermarché tirent leur épingle du jeu, Auchan est en difficulté. 2 400 postes doivent être supprimés. Durant des années, le groupe pouvait compter sur ses activités à l'international pour essuyer les pertes françaises. Mais après avoir quitté l'Italie en 2019 et la Chine l'année suivante, Auchan s'apprêterait à abandonner sa principale bouée de sauvetage : la Russie. Si la flambée des prix a contribué à augmenter le chiffre d'affaires de la grande distribution, elle a aussi grignoté le pouvoir d'achat des consommateurs. Les clients dépensent moins dans les grandes surfaces.

À lire aussiFrance: le distributeur Auchan s'apprête à annoncer un plan de licenciements d'ampleur

La filière sidérurgique en panne

Outre l'automobile, la chimie et la grande distribution, la sidérurgie européenne tire aussi la sonnette d'alarme. La production pâtit de la faiblesse de la demande et de la concurrence asiatique. La crise s'est aggravée cet été avec une faillite des aciéries de Liberty Steel en Pologne et en République tchèque. Elle risque ainsi de se propager à d'autres secteurs : les énergies éolienne et solaire, la construction, l’électroménager, la production de machines, la défense et les équipements techniques.

Les exportations européennes tributaires du marché américain

À cette situation critique pour l'industrie européenne, s'ajoute la menace des droits de douanes que Donald Trump, fraichement élu président, veut imposer aux importations du monde entier. Or, l'UE est de plus en plus dépendante du marché américain pour ses exportations. Ce qui la rend vulnérable aux chocs potentiels de la future politique commerciale des États-Unis.

Élections américaines: le soutien très intéressé d’Elon Musk à Donald Trump

lundi 28 octobre 2024Durée 03:23

L’homme le plus riche du monde ne peut pas légalement être candidat à la Maison Blanche puisqu’il est né à Prétoria en Afrique du Sud. Mais depuis qu’il a ouvertement apporté son soutien à Donald Trump, le patron de Tesla Elon Musk s’investit de plus en plus dans la campagne. Au point d’apparaître comme un vice-président « bis ». Un soutien qui n’est pas sans arrière-pensée.

« Il s’appelle Elon Musk, il a sauvé la liberté d’expression. Où est-il ? Où est-il ? Viens ici, Elon ! » Le 5 octobre dernier, en meeting en Pennsylvanie, Donald Trump invite le patron de Tesla sur scène. Elon Musk bondit comme un enfant derrière lui avant de s’installer au pupitre.

En matière de liberté d’expression, son seul fait d’armes est d’avoir racheté Twitter pour 44 milliards de dollars et d’avoir réduit la modération à sa portion congrue. En transformant peu le réseau social (rebaptisé « X ») en ménagerie pour la frange la plus conservatrice et réactionnaire d’Internet. Mais le milliardaire endosse le costume : « Cette élection est la plus importante de notre vie. L'autre camp veut vous priver de votre liberté d'expression. Et la liberté d'expression est le pilier de la démocratie », lance-t-il devant une foule prête à tout entendre, y compris qu’une victoire Démocrate ferait de cette élection « la dernière ».

Elon Musk ne se contente pas d’endosser la rhétorique de la campagne Trump, il joue ouvertement avec les accusations de fascisme lancées par Kamala Harris et ses soutiens. Invité à nouveau à parler au dernier grand rassemblement de Trump au prestigieux Madison Square Garden de New York dimanche 27 octobre à une semaine du scrutin, il arbore une casquette « Make America Great Again » (MAGA, soit « rendre sa grandeur à l’Amérique »), le slogan qui a porté Donald Trump au pouvoir une première fois en 2016. Mais la couleur et la police d’écriture sont différentes. « Je ne suis pas seulement MAGA, je suis dark et gothique MAGA », s’amuse l’homme le plus riche du monde en reprenant à son compte des symboles associés à l’Allemagne nazie.

Un million de dollars par jour pour tenter de faire basculer le scrutin 

Elon Musk joint le geste à la parole : il a investi plus 75 millions de dollars dans la campagne Trump et il a lancé mi-octobre une loterie dans les sept États susceptibles de faire basculer le scrutin le 5 novembre. Il offre un million de dollars par jour aux électeurs potentiels.

« C'est très simple, vous n'êtes même pas obligé de voter. Tout ce que vous avez à faire c'est de signer une pétition disant que vous défendez la constitution », expliquait-il à un « town hall » à Harrisburg en Pennsylvanie. « Au final, vous signez une pétition pour quelque chose en lequel vous croyez déjà et vous pouvez gagner un million de dollars, c'est génial ! »

Les participants ne sont pas obligés de voter, mais ils doivent prouver qu’ils sont inscrits sur les listes électorales.

De là à parler « d’achat de voix » ? La question n’est plus seulement sémantique : le ministère de la Justice ayant prévenu l’intéressé que cette loterie pourrait bien être illégale. Avertissement ignoré par Elon Musk, bien décidé à faire élire Trump par tous les moyens.

À lire aussiElon Musk, un milliardaire au service de Donald Trump

La conversion du milliardaire aux idées les plus conservatrices n’est pas nouvelle, mais le soutien financier qu’il apporte à Donald Trump n’est pas désintéressé pour autant. Il lui permet de souffler à l’oreille du candidat. « Comme me l'a suggéré Elon Musk, je vais créer une commission chargée de mesurer l'efficacité des dépenses de tout le gouvernement fédéral, lance le candidat Républicain début septembre devant un cercle d’économistes newyorkais. Cette commission sera chargée de faire des recommandations pour mener une réforme drastique. Et Elon a accepté de diriger cette commission. »

Elon Musk jubile. Et pour cause : le sort de ses entreprises est intimement lié à celui de l’État fédéral.

L'État fédéral représente 15 milliards de dollars de contrats pour SpaceX

Le patron des voitures électriques Tesla a tout à gagner à mettre son nez dans les affaires des ministères de l’Énergie, du Transport, de l’Environnement ou du Commerce qui régissent son activité.

Autre joyau de l’Empire Musk, SpaceX avec ses fusées et ses lanceurs de satellites a réussi à devenir indispensable tant pour la Nasa que pour le Pentagone. Les contrats signés avec les administrations fédérales représentent plus de 15 milliards de dollars. C’est presque deux fois les revenus générés par l’entreprise spatiale en 2023. À ce stade, on ne parle même plus de conflit d’intérêt, il y a intérêt au conflit.

La perspective de voir Elon Musk devenir le régulateur des régulateurs inquiète aussi les services secrets américains. D’après le Wall Street Journal, Musk serait en contact régulier avec Vladimir Poutine.

Le journal fait état de plusieurs conversations téléphoniques depuis 2021. Les positions de Musk sont ambigües, d’un côté peu de temps après le début de l’invasion russe en 2022, il a permis aux Ukrainiens d’accéder à Internet grâce à son réseau satellitaire Starlink, tout en limitant l’usage que pouvait en faire l’armée ukrainienne. Mais depuis, il a repris à son compte plusieurs éléments de langage du Kremlin sur ce à quoi pourrait ressembler une solution diplomatique.

Depuis son rachat, le réseau social X est aussi plus que jamais le terrain de jeu des propagandistes russes qui tentent d’influer sur l’élection présidentielle américaine et de miner le soutien à l’Ukraine. Elon Musk a tout misé sur Trump : « S'il perd, je suis foutu », reconnaissait-il en riant début octobre.

La Chine au chevet d'une économie plombée par la crise immobilière

jeudi 24 octobre 2024Durée 02:59

La Chine a du mal à se sortir du marasme causé par la crise de son secteur immobilier. Le Fonds monétaire international a abaissé les prévisions de croissance du pays à 4,5 % au lieu des 5 % envisagés en juillet dernier. Si ce taux ferait rêver beaucoup de pays occidentaux, il reste, pour le pays asiatique, bien loin de l'expansion fulgurante qui l'a propulsé ces dernières décennies vers les sommets de l'économie mondiale.

L’heure n’est plus à l’euphorie pour la Chine et la situation sur le marché immobilier pourrait s'aggraver, souligne le FMI dans son rapport annuel. Le secteur du logement et de la construction a longtemps représenté plus d'un quart du PIB de la deuxième économie mondiale et il s’est développé à vitesse grand V, ce qui a créé une bulle immobilière. Après le durcissement de l’accès au crédit, les poids lourds du secteur ont été conduits au bord de la faillite. Beaucoup de chantiers sont désormais à l’arrêt et la débâcle des grands promoteurs marque la fin d’une époque. En parallèle, le prix des logements a beaucoup chuté : 16 % l’an passé.

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L'économie chinoise est confrontée à d'autres difficultés, comme le risque d'une déflation ou encore un taux de chômage particulièrement élevé chez les 16-24 ans (+17 %).

La question démographique est problématique, la population active est en chute libre et la Chine devrait perdre 200 millions de personnes d'ici à 2050. 

Nul doute que cela pèsera fortement sur la croissance potentielle.

Paquet de mesures

Autre source de tensions : la guerre commerciale avec l’Europe et les États-Unis qui ont annoncé des surtaxes supplémentaires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. Ces pressions géopolitiques menacent le commerce extérieur qui est actuellement la locomotive de la croissance chinoise.

À lire aussiChine-UE: les discussions sur les tarifs des véhicules électriques achoppent sur des «divergences majeures»

Pour contrer cette tendance, la Chine a annoncé un paquet de mesures « coup de poing » ces dernières semaines. Pékin a tardé à faire ces annonces, préférant l’attentisme. Lors de la réunion du PC chinois en juillet dernier, rien de concret n’est ressorti des discussions. Mais depuis un mois, les annonces se succèdent notamment concernant des baisses de taux sur les prêts immobiliers ou encore des assouplissements de restrictions sur l'achat de logements et la rénovation d'1 million d'habitations.

Sur le plan financier, il est aussi question de stimuler le marché des capitaux, de réformer les fonds publics ou encore de protéger les petits investisseurs. 

L’idée est de se concentrer sur la demande intérieure, véritable talon d’Achille de l’économie chinoise, la confiance morose des ménages et des entreprises pénalisent la consommation. Les provinces seront également aidées dans le paiement de leurs dettes.

Des mesures qui pourraient n’avoir qu’un effet à court terme : les économistes estiment qu'il faudra en faire davantage pour relancer l'activité et restaurer la confiance des entreprises.

L'État central serait en train de préparer le lancement d'un emprunt supplémentaire de 2.000 milliards de yuans (soit 256 milliards d'euros) mais les autorités sont conscientes qu’il faudra 5 fois plus pour que l’économie chinoise ne s'effondre pas. 

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Et les observateurs attendent un potentiel grand plan de relance, dont les détails et le calendrier ne sont pas encore connus.

Tensions en Mer Rouge, baisse du trafic dans le canal de Suez: quel impact sur les prix?

mercredi 23 octobre 2024Durée 02:54

La baisse du trafic maritime dans le canal de Suez - et dans une moindre mesure dans le canal de Panama - devrait faire grimper les prix de 0,6% en moyenne à l'échelle mondiale d'ici à la fin de l'année 2025, a calculé la Cnuced. Les hausses concernent les produits importés et vont toucher particulièrement les petits États insulaires en développement et les pays les plus pauvres.

Plus de 80% des produits importés dans le monde, notamment les céréales et des produits alimentaires de base, transitent par la mer. Toute perturbation du transport maritime mondial se répercute donc directement sur le coût de nombreux produits du quotidien. Depuis la pandémie de Covid-19, qui avait déjà fait grimper les prix, les problèmes s'accumulent pour les navires commerciaux. Les tensions en Mer Rouge près du canal de Suez, ou encore la sécheresse dans le canal de Panama ont fait baisser de moitié le nombre de bateaux qui passent par les deux canaux les plus importants au monde, en comparaison avec leurs pics d'activité post-pandémie. C'est ce que souligne le dernier rapport de la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), publié ce mardi.

L’économie égyptienne touchée de plein fouet

Si la situation s'améliore depuis février dans le canal de Panama, elle est en revanche particulièrement compliquée dans le canal de Suez. En Égypte, les revenus générés par le canal de Suez ont également chuté de près de 50 % depuis le début de l'année. Un coup dur pour l'économie égyptienne, déjà en difficulté. Le Caire a conclu un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) en mars dernier, obtenant 8 milliards de dollars d'aide en échange de réformes économiques impopulaires, comme la baisse des subventions sur le pain et l'essence.

Cependant, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a averti dimanche dernier qu’il pourrait devoir renégocier cet accord en raison de la guerre chez ses voisins, notamment au Soudan et à Gaza.

Tensions en Mer Rouge et détours par le Cap de Bonne-Espérance

Avant que les rebelles houthis commencent à attaquer des bateaux en mer Rouge pour manifester leur soutien aux Palestiniens, 10% du trafic maritime mondial passait par le canal de Suez. Depuis la fin de l’année dernière, la majorité des porte-conteneurs font le détour par le Cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Le trafic des bateaux transportant du pétrole et du gaz a aussi considérablement diminué dans le canal.

Conséquences directes : hausse des prix du carburant et des assurances

Qui dit trajets plus longs ou plus dangereux, dit également prix plus élevés, en raison des frais supplémentaires de carburant, mais aussi de la hausse du coût des assurances. La Cnuced estime que les perturbations liées aux attaques des rebelles houthis et à la sécheresse au Panama feront grimper les prix de 0,6% d'ici la fin 2025. Cela semble peu, mais il s'agit d'une moyenne : les hausses seront donc plus prononcées pour certains produits, et ne toucheront pas de la même manière tous les pays.

Les petits États insulaires et pays les moins développés en première ligne

« Plus les trajets sont longs, plus les prix augmentent. Et ce sont les consommateurs qui paient à la fin, en particulier dans les petits États insulaires en développement et les pays les moins développés, qui dépendent des bateaux pour leur approvisionnement en nourriture, médicaments et produits de première nécessité », a souligné Shamika Sirimanne, directrice de la division technologie et logistique à la Cnuced, lors d'une conférence de presse ce mardi.

Enfin, les risques climatiques, comme la multiplication des tempêtes et des ouragans, contribuent également à l’augmentation des prix du transport maritime et des assurances, en raison des dégâts et retards causés par les catastrophes naturelles.

Quel est l'intérêt économique de rejoindre l'alliance des Brics?

mardi 22 octobre 2024Durée 03:12

Un nouveau sommet des Brics+ se tient du 22 au 24 octobre à Kazan, en Russie. Une vingtaine de chefs d'État et de gouvernement du sud global sont attendus, y compris des dirigeants de pays candidats à l'adhésion à l'alliance, comme la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Côté politique, les Brics+ se positionnent comme alternative au bloc occidental. En revanche, côté économique, quel est l'intérêt concret de rejoindre ce club ?

Il y a la théorie, et la pratique. En théorie, les Brics+ veulent contester l'ordre financier international et les institutions héritées des lendemains de la Seconde guerre mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), ou encore la Banque mondiale. L'alliance, qui a accueilli au début de l'année 2024 l'Éthiopie, l'Égypte ou encore l'Iran, pèse désormais près de 30% de la richesse mondiale et 45% de la population. Mais n'a que 20% des droits de vote au sein du FMI par exemple.

Les Brics (au départ composés du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine puis de l'Afrique du Sud) ont donc créé leurs propres institutions alternatives, censées mieux représenter et mieux servir les pays du sud global.

Pas encore d'alternative satisfaisante au FMI et à la Banque mondiale

En pratique, pour faire concurrence aux institutions financières internationales héritées des accords de Bretton Woods, les Brics ont notamment créé le CRA (Contingent Reserve Arrangement), comme alternative au FMI. Sauf que cette institution « est totalement conditionnée pour ses prêts de liquidités à un accord avec le FMI » explique Bruno Cabrillac, directeur général de la Ferdi (Fondation pour les études et recherches sur le développement international). Ce qui rend « extrêmement marginal » l'avantage pour des pays de participer à cette institution, poursuit-il. De son côté, la New Development Bank (en français, « Nouvelle banque de développement ») créée par les Brics dispose de beaucoup moins d'argent que la Banque mondiale. Son capital initial était de 50 milliards de dollars seulement. De plus, « elle n'offre pas des conditions plus favorables pour les pays emprunteurs, car elle emprunte sur les marchés internationaux (en dollars, d'ailleurs) à des taux d'intérêt plus élevés que ceux de la Banque mondiale et que ceux de la Banque asiatique de développement. Par contre, elle ne va pas appliquer la même conditionnalité : elle ne va pas demander aux pays emprunteurs de faire telle ou telle réforme » politique, économique ou de gouvernance, à la différence des institutions financières internationales traditionnelles, précise Bruno Cabrillac. 

À lire aussiBrics+: une identité et un fonctionnement au défi de l'élargissement

Une diversification utile face aux sanctions

Il y a tout de même un intérêt commercial à adhérer à l'alliance. « Pour certains pays - et pour ceux qui souhaiteraient rejoindre les Brics- le bloc est une assurance pour la diversification économique, contre les risques géopolitiques liés aux sanctions par exemple. Mais c'est plus un intérêt économique défensif, pour se protéger en cas de problème », analyse encore Bruno Cabrillac.

Enfin, cela peut permettre à des pays du sud global de mettre en concurrence le bloc occidental et les Brics, pour essayer d'obtenir les accords les plus favorables à leurs intérêts politiques et commerciaux.

Crise de l’immobilier aux États-Unis, que proposent Donald Trump et Kamala Harris?

lundi 21 octobre 2024Durée 03:10

C’est l’un des grands dossiers de cette campagne : les Américains peinent à se loger. La faute à un déficit de 4 à 7 millions de logements sur le marché qui pousse les prix à la hausse. Une situation qui remonte à la crise des subprimes.

Avant 2008, plus de deux millions de logements sortaient de terre chaque année aux États-Unis. Le marché immobilier était florissant, porté par les banques qui prêtaient à tout le monde, y compris à des ménages non solvables, des prêts risqués réunis en « paquets » : les fameux subprimes. Quand la réalité a fini par rattraper les apprentis sorciers du prêt hypothécaire, tout le système financier était contaminé. La crise culmine le 15 septembre 2008 quand la banque Lehman Brothers fait faillite. Après avoir fait un exemple, très vite l’État fédéral se porte au secours des autres institutions financières en difficulté pour éviter la contamination. De nombreux promoteurs immobiliers, eux, mettent la clé sous la porte. Les plus gros survivent en réduisant sérieusement la voilure. Au pire de la crise, la production annuelle de logement tombe à moins de 600 000.

Les États-Unis passent d’une surproduction à une sous-production chronique qui va durer quinze ans. Quinze années pendant lesquelles la société évolue : les études se rallongent, les couples s’installent et font des enfants plus tard dans leur vie, divorcent plus vite. Les Américains en 2024 vivent donc plus souvent seuls que ceux de 2008. Entre 2012 et 2022, le nombre d'Américains vivant seuls a augmenté de 5 millions. Ajoutez à cela la croissance démographique, l’immigration, et vous obtenez un déficit de logements que les experts estiment à près de 4 millions, et jusqu’à 7 millions pour les plus pessimistes. Résultat : les prix s’envolent - même en dehors des grandes villes - et les Américains peinent à se loger.

Donald Trump mise sur la lutte contre l'immigration et la dérégulation

Face à ce constat, Donald Trump propose les mêmes solutions que pour à peu près tous les autres problèmes. « Ces trois dernières années, moins de 5 millions de logements ont été construits aux États-Unis », a souligné le candidat Républicain en meeting en Arizona. « Dans le même temps, Kamala Harris a fait entrer 21 millions de migrants illégaux sur le territoire, des migrants qui occupent de manière disproportionnée les logements à faible loyer ». Donald Trump qui veut mener « la plus grande expulsion de l’Histoire » estime donc que cela règlerait en partie le problème. Les experts soulignent que les migrants constituent aussi « de manière disproportionnée » la main-d’œuvre sur les chantiers du bâtiment, ce qui risquerait d’aggraver le problème. L’ex-président veut aussi déréguler le secteur de l’immobilier pour encourager l’investissement privé. Kamala Harris de son côté préfère miser sur les incitations fiscales, en facilitant l’accès aux prêts des primo-acheteurs et en créant un crédit d’impôt à destination des promoteurs avec pour objectif de construire « trois millions de nouveaux logements » « d’ici la fin de [son] premier mandat ».

La crise du logement à mettre en perspective avec la crise des immeubles de bureaux. « Aux États-Unis, 20 % des immeubles de bureaux sont vides, personne ne les loue. Et il faut y ajouter 20 % supplémentaires de bureaux qui sont loués… mais où personne ne se rend », soulignait récemment Stephen Schwarzman, le patron du fonds d'investissement Blackstone. Un phénomène accentué par le recours croissant au télétravail. « Ça fait 40 % de bureaux inutilisés. Que se passera-t-il à la fin du bail ? Les entreprises vont réduire l’espace qu’elles occupent. Donc sur le plan économique, ces immeubles ne sont pas viables ». Des bâtiments vides, d’un côté, des dizaines de milliers de personnes en recherche de logements de l’autre, une équation qui mériterait peut-être d’être résolue.

À lire aussiPourquoi le télétravail a démoli le marché de l'immobilier de bureau

Fin du pétrole: les multinationales vent debout contre les prédictions de l'AIE

jeudi 17 octobre 2024Durée 03:03

« Plus de la moitié de l'électricité sera d'origine bas carbone avant la fin de la décennie. » Dans son dernier rapport paru mercredi 16 octobre, l'Agence internationale de l'énergie persiste et signe. En désaccord complet avec ces prédictions, les multinationales du pétrole continuent, elles, d'investir lourdement dans les hydrocarbures.

Entre Fatih Birol, le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et l’internationale du pétrole, le courant ne passe plus. Il y a certes consensus sur l'explosion des besoins en énergie, liés au développement des pays du Sud, mais aussi à l'appétit insatiable de l'intelligence artificielle et de ses milliers de datacenters ou encore à la climatisation croissante des espaces publics et privés qui répond au réchauffement climatique autant qu’elle y contribue.

Mais l'agence basée à Paris fait le pari que les énergies renouvelables, d'un côté l'éolien et le solaire en tête, et l'énergie nucléaire de l'autre, fourniront malgré tout la moitié de l'électricité de la planète d'ici à 2030. Sur ce point, les pétroliers sont en complet désaccord. « Il faut abandonner de toute urgence le fantasme d'une disparition progressive du pétrole et du gaz », s’est agacé Amin Nasser, le puissant patron de la compagnie nationale saoudienne de pétrole Aramco à la tribune d’un forum de l’industrie à Houston. « À la place, il faut investir dans ces ressources en prenant en compte l'évolution réaliste de la demande. » L'Arabie saoudite et les pays producteurs de pétrole en général considèrent que la consommation de pétrole va continuer d'augmenter tous les ans, « au moins jusqu'en 2045 ».

Une analyse partagée par les principales compagnies privées : ces dernières années, BP et Shell sont revenues tour à tour sur leurs objectifs de réduction de la production de pétrole et de gaz. Le géant français Total prévoit lui carrément d'augmenter sa production de pétrole de 3 % tous les ans jusqu'en 2030. Devant une commission d'enquête du Sénat français, en avril dernier, son PDG ne s'est pas privé de dire tout le mal qu'il pensait des prédictions de l'AIE : « Le scénario ‘net zéro’ de l’AIE [qui prévoit la neutralité carbone en 2050, NDLR] est un scénario théorique », a insisté Patrick Pouyané devant les sénateurs. « L’AIE dit que [compte tenu du déclin naturel des champs] il suffit qu’on arrête d’investir dans le pétrole. Le problème, c'est que la même AIE nous explique chaque semaine que la demande de pétrole de l’année suivante augmente. » Visiblement agacé, le patron de Total tape du poing sur la table et s’en prend directement au patron de l’Agence : « Ce n’est pas à moi qu’il faut poser la question, c'est à monsieur Fatih Birol. Parce que je veux bien qu’on ait un nouveau pape et une nouvelle bible, mais ce n’est pas la réalité de ce que nous vivons aujourd’hui. »

« La transition vers les énergies propres est irréversible »

Le « nouveau pape » en question n’a pourtant rien d’un zadiste en sarouel. L’économiste turc est un ancien du sérail, ce qui explique peut-être le sentiment de trahison ressenti par les industriels. Avant de prendre la tête de l’AIE en 2015, il a fait carrière au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opec). S’il est vrai qu’il a pris conscience de l’urgence climatique, l'AIE, créée après le premier choc pétrolier de 1973 pour faciliter la sécurité des approvisionnements énergétiques, reste avant tout un instrument prédictif dont les rapports font toujours foi. Avant la COP28, Fatih Birol avait lancé un appel aux pétroliers parlant de « moment de vérité » : « Nous verrons si vous êtes les partenaires de la lutte contre le changement climatique, oui ou non. »

Mais il assure que ses prévisions sur le pic de pétrole n'ont rien de politique, citant notamment le ralentissement de la demande chinoise, l'électrification à marche forcée du parc automobile et la domination du renouvelable dans les investissements énergétiques de la planète au point de représenter désormais les deux tiers de sommes engagées. « Les chiffres ont toujours raison », a dit Fatih Birol en septembre devant un groupe de réflexion new-yorkais. « La transition vers les énergies propres est irréversible. Je vois certains célébrer chaque obstacle qui se dresse sur la route, mais le chemin à prendre ne fait aucun doute. »

Télétravail: un acquis de plus en plus remis en cause dans les entreprises

mercredi 16 octobre 2024Durée 03:04

Plus de sept-cents salariés d'Ubisoft se sont mis en grève mardi 15 octobre, un mouvement social de trois jours, inédit chez le numéro un français du jeu vidéo provoqué par la décision du groupe de rappeler les salariés au bureau au moins trois jours par semaines. Comme Ubisoft, de nombreuses entreprises font marche arrière sur le télétravail pourtant plébiscité par leurs collaborateurs.

Masques de « lapin crétin » sur le visage, drapeau de la CGT, Solidaires Informatique ou du STJV (le syndicat des travailleurs du jeu vidéo) dans la main, ils étaient plusieurs dizaines de salariés réunis ce mardi 15 octobre après-midi devant les locaux parisiens d’Ubisoft. Comme Manou, depuis quinze ans chez « Ubi », beaucoup font grève pour la première fois. « Nous avons reçu un mail mi-septembre nous disant qu’il faudrait désormais revenir travailler dans les locaux au moins trois jours par semaines », explique-t-il. « Avant le Covid, on pensait que nos métiers étaient trop complexes pour le télétravail. Mais nous avons prouvé que ça marchait et que ça marchait même très bien. C’est même la chose qu’Ubisoft a le mieux réussi ces dernières années. Et on veut nous le retirer, c’est incompréhensible. »

Valentin est venu exprès de Troyes dans l’Aube pour dire sa colère et son incompréhension. « Comme à peu près 10 % des effectifs en France j’ai été embauché en 100 % télétravail. Notre vie est loin d’ici, parfois à l’autre bout du pays. Porte-à-porte, j’ai 2h15 de transport », raconte-t-il. Il comprend d’autant moins l’injonction à revenir en présentiel qu’aucun des membres de son équipe ne travaille en France, tous ses collaborateurs sont à l’étranger. Les syndicats dénoncent l’absence de véritable dialogue social sur le sujet.

La crainte de licenciements déguisés

Ils ont aussi en tête la formule d’Yves Guillemot, le PDG. En 2022, face aux difficultés de l’entreprise, il avait évoqué la nécessité de réduire la masse salariale de l’entreprise grâce à « l’attrition naturelle ». « Le télétravail a permis à certains salariés d’accéder à la propriété en s’installant à l’autre bout de la France, ou à la parentalité en réorganisant leur vie familiale », note Vincent Cambedouzou, élu STJV chez Ubisoft. « On va leur demander de choisir entre leurs conditions essentielles et leur emploi, évidemment ils ne choisiront pas leur emploi, ce qui revient peu ou prou à les mettre à la porte », déplore le syndicaliste.

Il est loin le temps où tous les patrons du monde se sont mis à vanter les vertus du télétravail, sauveur du capitalisme. « Cela a complètement révolutionné la manière dont nous envisageons nos recrutements », se réjouissait en 2020 Andy Jassy, sur le point de prendre la tête d’Amazon. « On s’est rendu compte que si quelqu’un, n’importe où dans le monde, voulait s’investir dans l’entreprise, on pouvait collaborer très efficacement. » Quatre ans plus tard, devenu PDG, Andy Jassy a annoncé mi-septembre à tous ses collaborateurs qu’ils devraient revenir au bureau cinq jours par semaines à compter du mois de janvier.

Télétravailleurs ou « téléfeignants » ?

Amazon et Ubisoft ne sont pas des exceptions : Meta, Goldman Sachs, Google et beaucoup d'autres ont fait marche arrière sur le télétravail. Dans leurs mémos, les entreprises parlent de « cohésion », de besoin de former les nouveaux collaborateurs, de « stimuler la créativité »... Mais personne n'a été aussi clair et transparent que Stephen Schwarzman, le patron du fonds d'investissement Blackstone : « Les gens se sont habitués à rester à la maison parce qu’ils travaillent moins qu’au bureau, quoi qu’ils en disent. » Autrement dit, les télétravailleurs seraient des « téléfeignants ».

Elon Musk, le patron de Tesla, et homme le plus riche du monde, prend carrément des accents marxistes pour dénoncer une « classe des télétravailleurs » qui voudraient pouvoir rester chez eux aux dépens de tous les autres. « Ceux qui fabriquent votre voiture doivent se rendre à l’usine, ils ne peuvent pas télétravailler. Ceux qui livrent votre déjeuner ne peuvent pas télétravailler, mais vous, vous pourriez rester à la maison ? Ce n’est pas seulement une question de productivité, c’est moralement condamnable. »

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Le télétravail un caprice d’enfants gâtés ? S’il est vrai que de nombreux métiers en sont exclus, le plus souvent occupés par des employés à bas salaire – les fameux « premiers de corvée » -, les études sur le sujet montrent que ses bénéfices pour l’entreprise et la société sont bien réels. Il favorise le bien-être au travail, l'équilibre familial, le maintien des femmes dans l'emploi, la diversité dans les entreprises... Reste la question de la productivité, centrale dans la décision des patrons. Si vous demandez aux premiers concernés, les salariés vous répondent majoritairement qu'ils sont plus productifs en télétravail quand leurs managers jurent le contraire. Alors qui croire ?

Un impact sur la productivité à nuancer

Les études sont contrastées. Les résultats dépendent évidemment du secteur, des procédures et des outils mis en place par les entreprises pour faciliter la communication entre employés. Certaines notent une baisse de la productivité de 10 à 20 % due au manque de discipline des employés et aux difficultés de communication, particulièrement chez ceux en 100 % télétravail. D’autres études soulignent au contraire que les travailleurs sont moins souvent dérangés et plus concentrés sur leurs tâches.

L'étude la plus complète sur le sujet a été réalisée par l'université de Stanford et l'Institut de Finance de Shenzhen. Pendant six mois, les chercheurs ont observé les habitudes de travail des employés d’une entreprise informatique. Elle montre sans ambigüité les bénéfices d’une organisation « hybride ». Non seulement alterner entre travail au bureau et à la maison n'a aucune incidence sur la productivité, mais cela diminue le « turnover », le taux de rotation des salariés, moins enclins à aller voir ailleurs.

Le Nobel d'économie récompense des spécialistes des inégalités

mardi 15 octobre 2024Durée 03:09

Le prix Nobel d’économie a été décerné le 14 octobre à trois économistes : l’Américano-Turc Daron Acemoglu, et les Britanno-Américains Simon Johnson et James Robinson. Un trio internationalement reconnu pour son travail sur les inégalités.  

Trois noms inconnus pour le commun des mortels… Mais sur la planète économie, Acemoglu, Johnson et Robinson sont des stars. Pour en parler, certains professeurs ne donnent d’ailleurs que leurs initiales : «A-J-R». Daron Acemoglu et Simon Johnson sont professeurs au Massachusetts Institute of Technology, près de Boston. James Robinson enseigne lui à l’Université de Chicago.  

Deux articles écrits en collaboration au début des années 2000 ont fait leur renommée. Des papiers qui sont parmi les plus cités en économie. « Je pense même qu’ils ont la médaille d’or », raconte en souriant l’économiste français du développement Denis Cogneau. 

À lire aussiLe prix Nobel d'économie décerné à Daron Acemoglu, Simon Johnson et James Robinson

Une histoire coloniale déterminante 

Si le comité Nobel les a récompensés, c’est parce qu’ils ont répondu – au moins en partie – à une question fondamentale : pourquoi y a-t-il des pays riches, et des pays pauvres ? Selon eux, la réponse se trouve dans les institutions. Quand les régimes démocratiques et inclusifs favorisent la prospérité, ceux des pays autoritaires et moins ouverts aux échanges la freinent. 

Leurs travaux se basent sur l’étude de l’histoire coloniale. D’après leur analyse, les pays qui étaient des colonies de peuplement ont davantage prospéré que ceux qui étaient des colonies « d’extraction », exploitées par les Européens avant tout pour leurs richesses naturelles. Un pays qui se démocratise aurait une avance de 8 à 9 ans sur un État qui n’a pas engagé cette évolution. 

Avec ce prix, le comité Nobel rappelle qu’apporter une réponse à la question des inégalités est urgent. « C’est un choix qui arrive au bon moment, estimeErik Angner, économiste et professeur de philosophie à l’Université de Stockholm. Au moment où les institutions sont menacées de toutes parts, par le populisme, par les guerres… Ces lauréats ont un message pour nous, qui est que nos institutions démocratiques et politiques sont essentielles à la paix et la prospérité. »  

Un contre-exemple : la Chine 

Certains experts restent cependant critiques de cette théorie. Denis Cogneau reconnaît l’importance d’expliquer une partie des inégalités internationales par le passé colonial. « D’un autre côté, poursuit-il, l’idée que tout est déterminé depuis le départ, c’est éventuellement un peu trop simpliste, un peu trop caricatural. » 

Autre critique : si les institutions sont le premier facteur qui influence le développement d’un pays, c’est donc qu’il existe une bonne structure sociale, et que les autres sont mauvaises. « À travers la notion de "bonne institution", il est difficile de s’enlever de l’esprit que derrière ça, il n’y a pas une sorte de modèle américain », résume Denis Cogneau. 

Principal contre-exemple évoqué : la Chine. Le pays a connu une croissance fulgurante ces trente dernières années, tout en restant un régime autoritaire. Dans un entretien avec la presse lors de la remise du prix, Daron Acemoglu l’a reconnu lui-même : « la démocratie n’est pas une panacée ». Mais selon lui, elle reste un « gain substantiel » pour le développement d’un pays.


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