Écoutez, c'est la voix des concerné•es ! Le Lobby LGBTI+ est enfin sur écoute, un mardi par mois à 20h sur Radio Campus Paris, et en podcast tous les vendredi.
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Chris da Cunha est en studio avec nous ce mois-ci pour un débrief queer de la dernière saison de la Star Academy !!!!!
Loa Mercury : une icône pop en motocross
mardi 9 décembre 2025 • Duration
Loa Mercury est notre invitée ce mois-ci à l'occasion de son concert à guichet fermé à la Maroquinerie, le 15 décembre.
Loa Mercury c’est une voix envoûtante, qui prend le temps, qui impose son propre rythme, c’est un souffle puissant
C’est aussi des images, des limousines, des flammes, des talons aiguilles, une tenue iconique de motarde et du cristal.
C’est des yeux clairs qui hypnotisent et qui ne sont pas sans rappeler ceux de Marie Laforêt
Dans son sourire, ça étincelle, c’est doux comme du velours, ça coule.
En deuxième partie d'émission, nous recevons Côme et Matt du Caelif, le collectif des associations étudiantes d'Île-de-France, qui lance une enquête sur les LGBTIphobies dans l'enseignement supérieur. L'enquête est ouverte jusqu'en mars. Pour participer, c'est par ici : https://framaforms.org/enquete-discriminations-lgbtphobes-dans-lenseignement-superieur-1758993932
"Vilaine garçon", le tube de l'été de CHÉRI
mardi 1 juillet 2025 • Duration
C'est l'été ! Il fait très chaud mais ce n'est certainement pas notre invitée qui va faire baisser le mercure...
CHÉRI est de retour ! Deux ans après l'explosif EP Chéripop, et quelques mois après son coming-out trans, elle vient de sortir une première chanson, le tubesque Vilaine garçon, qui annonce un nouveau projet musical, toujours plus queer, toujours plus cunt.
Elle est notre invitée.
Présentation : Colin
Aux micros : Aglaé, Zoé et Alexis
Réalisation : Suzanne Saint-Cast
L'HEBDO — Censurer le porno ? Les associations LGBTI+ disent "non" à la loi SREN
jeudi 2 novembre 2023 • Duration
Le mois dernier, l'Assemblée nationale a adopté la loi visant à « sécuriser et réguler l'espace numérique ». Ce texte, qui vise notamment à contrôler davantage les sites pornographiques, fait grincer des dents du côté des associations queers et de travailleureuses du sexe.
Début octobre, une tribune publiée dans Têtu• et signée par plusieurs associations telles que Act-Up Paris, Acceptess-T ou encore le Strass dénonçait un « climat anti-porno » nuisible pour la santé sexuelle des personnes queers et des travaileureuses du sexe.
Dans leur ligne de mire, la loi visant à « sécuriser et réguler l'espace numérique », qui a été adoptée définitivement au mois d'octobre. Le texte prévoit de vérifier l'âge des personnes se rendant sur des sites pornographiques pour éloigner les mineur·es. Pour de nombreux spécialistes des enjeux numériques, il y a fort à parier que la France devra faire demi-tour comme d'autres pays qui, avant elle, ont voulu mettre en place ce type de contrôle.
Mais pour les associations LGBTI+ et de TDS, qui regrettent de ne pas avoir été entendues sur le sujet en commission, cette disposition est risquée. « Les procédés proposés de collecte de données personnelles en ligne des internautes peuvent s’avérer dangereux pour leur sécurité et la protection de leur vie privée », écrivent les signataires. Surtout, ils redoutent que ce texte ne viennent encore compliquer leurs campagnes de prévention, dans un contexte où Instagram et consorts continuent à censurer les contenus dans lesquels le mot « sexe » apparaît.
Le chemin législatif de ce texte sulfureux n'est pas encore terminé. La chambre mixte paritaire doit encore se prononcer.
Pour en parler, nous recevons :
• Eva Vocz, chargée de plaidoyer travail sexuel d'Act-Up Paris
• Marc-Antoine Bartoli, coordinateur prévention d'Act-Up Paris
Qu'est ce qui vous a poussé à réaliser cette tribune qui a été publiée dans Têtu le 4 octobre et que vous avez coécrite avec la Quadrature du Net ?
Eva Vocz : En fait, ce qui nous a poussé à écrire cette tribune, c'est le fait que la santé n'était pas du tout un angle dans les débats publics qui concernait le projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique. Que malgré nos demandes, on a été ni auditionné par le Sénat, ni auditionné par l'Assemblée sur sur le sujet. Et il faut savoir que quand on régule la grosse casse de la pornographie en ligne, on vient s'attaquer en fait à tout type de contenus qu'on peut mettre dans cette case. Et parce que la pornographie n'est pas quelque chose qui est vraiment défini juridiquement, ça peut être.
D'après la Cour de cassation, assez relatif selon les mœurs de l'époque, donner une société, et cetera Si bien qu'à chaque fois qu'on a pu observer au niveau international des régulations en ligne, c'est s'attaquer en fait à tout type de représentation des sexualités et dans le champ qui nous intéresse, s'attaquer aussi à l'information en santé sexuelle. Par exemple, si sur le réseau social X, vous vous mettez à parler de sexualité, de sexe, votre contenu sera invisible, visé par l'algorithme dans le meilleur des cas, Dans le pire des cas, votre compte parfait peut être signalé et est supprimé. Et du coup, les associations de santé ou quelque chose à dire en fait sur pourquoi pas une régulation du numérique, mais pas n'importe comment.
Dans la tribune, vous critiquez notamment le premier article du projet de loi visant à réguler, sécuriser et sécuriser l'espace numérique qui vient d'être voté par l'Assemblée nationale. Comme je l'ai dit en introduction, cet article impose la responsabilité à l'heure com d'élaborer un système de vérification de l'âge qui vise à protéger les personnes mineures des contenus pornographiques. Jusqu'ici, on a seulement sur un site pornographique une fenêtre qui s'affiche pour vous demander si vous êtes majeur ou pas. Et en cas de non respect de cette nouvelle règle, comme pour sanctionner les sites pornographiques avec un contrôle a posteriori seulement par un juge administratif, alors qu'auparavant c'était un juge qui intervenait. Et du coup, en quoi ces nouvelles missions confiées à L'art com vous semblent problématiques, notamment quand on considère que le président de l'ARS, comme il est nommé par le président de la République. En quoi ces missions qui sont confiées alors, comme désormais du coup, vous peuvent vous sembler problématiques?
Eva Vocz : En fait, c'est vrai que déjà, à la base, en fait, il y avait une régulation : la loi portait sur les contenus pornographiques et aussi les contenus violents qui ne peuvent pas être accessibles aux mineurs. En 2020, il y a eu un changement législatif au sein de la loi sur les violences conjugales, qui isolait en fait les contenus pornographiques, pour dire que dans ce cas précis, le disclaimer (donc le bouton qui dit “oui, je suis majeur”), était insuffisant. Mais sans proposer pour autant de solutions techniques, parce qu'il n'existe pas de solutions techniques qui soient parfaites. On ne sait pas exactement ce que l’Arcom va mettre en place comme système. L’authentification par carte bancaire, ce n’est pas envisageable. Et de manière générale, la collecte de données sur les utilisateurs est très touchy puisqu’elle touche aux préférences sexuelles…
Ce qu'ils veulent faire, une fois que la loi sera passée en comission mixte paritaire, l’ultime étape, c'est d'imposer que l’Arcom puisse bloquer les sites si on constate que des mineur.e.s peuvent y avoir accès.
Enfin, effectivement, le président de l’Arcom est nommé par le président de la République. La pornographie n'est pas définie en droit. Si mettons dans un futur dystopique venait au pouvoir quelqu'un qui considère que par exemple deux hommes qui s'embrassent, c'est du contenu pornographique, alors on pourrait bloquer les sites qui présentent deux hommes qui s'embrassent. Moi, ça me pose un problème. Je pense que ça tend vers un modèle sociétal, enfin vers lequel les libertés sont menacées.
En quoi ces mesures anti-porno vous impactent à Act-Up ?
Marc-Antoine Bartoli : Sur les sur les campagnes et sur les mêmes les contenus qu'on essaye de relayer et de créer autour de la santé sexuelle, on est toujours obligés de surveiller ce qu'on publie, de ce qu'on va montrer. Donc souvent, ça passe par l'image. Un acteur par en plus, a beaucoup travaillé sur l'image. Il y a déjà cette partie là qui est assez complexe. Et après, dans les mots et dans et dans le texte et dans l'information qu'on va relayer aussi, peut se glisser des choses censurées.
Et on l'a vu l'année dernière, quand on a lancé notre campagne de prévention “Savoir c’est pouvoir”, le parti pris était de travailler avec un artiste, en l'occurrence Smith, qui est photographe et qui a travaillé avec une caméra thermique pour prendre en photo les corps et les identités multiples. Et on a bien vu que le message passe mieux quand on fait appel à un artiste qui du coup va avoir un décalage avec ce qu'on va montrer que de faire appel à un photographe ou quelqu'un de lambda qui va montrer le sujet frontalement, et donc ça va être considéré comme de la pornographie.
Et on a bien vu aussi quand on a comparé les posts qu'on pouvait faire régulièrement sur nos réseaux sociaux sur des sujets diverses, de voir la visibilité de ces sujets là, puis la visibilité de cette campagne, on a vu qu'il y a eu, il y a eu un gros vide, une grosse différence entre la visibilité de cette campagne et la visibilité de ces autres postes.
Donc c'est intéressant de voir que les réseaux sociaux aujourd'hui sont quand même des courroies importantes pour faire de la prévention, relayer les messages que les jeunes utilisent maintenant pratiquement tout le temps. Et c'est intéressant de voir comment nous on doit filtrer cette information là pour qu'elle puisse parvenir aux jeunes. Alors que nous, on connaît justement les codes qui marchent et qui interpellent les jeunes. Et ces codes là vont aujourd'hui certainement être censurés ou attaqués par différents bords politiques.
Plus de deux tiers des jeunes disent ne pas avoir accès à leurs trois séances annuelles d’éducation à la sexualité. Les effets de cette loi sur vos campagnes sont donc de plus en plus alarmants…
Marc-Antoine Bartoli : Sidaction fait un sondage tous les ans avec l'institut Ifop. Ils font une enquête auprès des 15/24 ans pour avoir un peu leur avis sur les cours d'éducation à la sexualité, leur rapport à l'information autour de la santé sexuelle pour prendre le pouls chaque année. Et on s'est rendus compte que pour de pour de l'année 2023, il y avait 67 % des 15/24 ans qui disent avoir ne pas avoir bénéficié des cours d'éducation à la sexualité.
On voit que leur connaissance est quand même assez vacillante, incomplète, repose sur des idées reçues, des tabous ou des peurs. On voit que c'est quand même très fragile. Et puis un autre chiffre se trouve dans le bulletin de santé public. En 2021, parmi les personnes qui ont découvert leur séropositivité sur l'ensemble de la population, les moins de 25 ans représentent 15 %, ce qui est un chiffre assez stable depuis 2017, mais qui en dit long quand même sur le taux de séropositivité chez les moins de 25 ans.
On voit que du coup, l'information ne passe pas, elle passe mal. Il y a beaucoup de manque d'information, donc pour nous, ça nous alerte beaucoup et à chaque fois, on réfléchit justement à comment communiquer. Parce que la communication, c'est le premier socle de la prévention. C'est par la communication qu'on informe les gens. Et une fois que les gens ont l'information ou vont aller se faire dépister, accompagner, etc.
Donc on voit bien que les jeunes aujourd'hui vont chercher l'information. Quand on fait des interventions en milieu scolaire, on voit que les jeunes ont quand même cette curiosité d'aller chercher l'information.
Eva Vocz : Bien souvent, on voit que les gens qui agitent la protection des mineurs pour demander plus de régulation du numérique, ce sont les mêmes qui agitent la protection des mineurs pour éviter qu'il y ait l'éducation à la vie sexuelle et affective qui soit menée à bien à l'école ! C'est un discours très puritain, en fait.
Cette focalisation sur les jeunes de la part d'adultes n'en dit-elle pas plus long sur leur propre rapport à la sexualité que sur le rapport des jeunes à la sexualité ?
Eva Vocz : Une notion que j'aime bien et qu'on entend pas assez celle de l'adultisme. Ce que j'aimerais, c'est qu'on entende en fait les jeunes, ce qu'ils ont à dire sur le porno. Là, on entend des débats qui sont faits entre entre adultes, pour des adultes, à partir des paniques morales des adultes. Mais il y a beaucoup de jeunes qui ne sont pas forcément traumatisés par ces images-là. Ils peuvent être traumatisés par d'autres images. On fait une focalisation sur le porno en disant que c'est à cause du porno qu'il y a un peu tous les maux de la société, le sexisme, etc. Alors que dans l'ensemble des représentations culturelles, on peut trouver des messages à caractère sexiste.
Il y a cette idée selon laquelle regarder du porno favoriserait des comportements violents. Que vous inspire cette vision ?
Eva Vocz : En tant qu'actrice de films pornographiques, ça fait de moi une criminelle. C'est quand même assez grave. La manière dont on parle de la sodomie, ça me fait penser aux lois sur la sodomie qu'il y avait aux États-Unis ou ou à toutes les catégorisations de pratiques dites déviantes. J'aimerais bien qu'on se focalise déjà sur les choses qui sont légales et les choses qui sont illégales avant de parler des préférences sexuelles des membres du HCE !
Il y a des violences sexuelles dans le porno, ça c'est un état de fait. Il n'y a pas de violence sexuelle systématiquement dans le porno. Le syndicat du travail du sexe a commencé à dénoncer des violences dans le porno en 2015. Act-Up a commencé à dénoncer des violences dans le porno en 2003. On a pas attendu ces dernières années pour dénoncer ces violences. Mais la justice n’a pas fait son travail. Et ça, il en va de la responsabilité d'une société qui met de côté les actrices porno en se disant qu’on ne peut pas violer des acteurs ou des actrices porno, qu’elles l'ont bien cherché… Et soudainement, on nous dit que le porno est violent par essence.
Non, l’Etat a sa part de responsabilité.
Que pensez-vous du dernier rapport du HCE sur la pornographie ?
Eva Vocz : Je suis très inquiète. Parce que le Haut conseil à l'égalité femmes hommes a fait un rapport sans auditionner des personnes concernées…
Et dans les mesures qui sont proposées, il y a notamment le fait de reproduire le modèle d'action qui a pour le terrorisme, pour le porno. C'est à dire que sur Internet, quand on tombe sur du contenu terroriste et on est tombé sur ce type de contenu récemment, il faut faire un signalement sur la plateforme Pharos ou c'est un peu la police du web. Et quand on tombe sur du contenu pédopornographique, sur du contenu terroriste, c'est important de faire ces signalements pour que les des plateformes soient modérées en urgence ici, quand elles veulent ajouter au Pharos ce qu'elles appellent en fait les violences pornographiques. Donc la torture. En fait c'est pas les images et représentations de tortures, de viol, de barbarie, d'inceste. Donc on est plus sur l'inceste, le viol, il n'y a rien à faire, la torture, la barbarie, mais ses représentations.
Ce qui m'a effrayée aussi, c'est qu'il y avait une volonté aussi de rendre illégale dans les médias tout discours qui serait positif sur le porno. Les discours négatifs sur le porno, il y en a beaucoup dans les médias. Des fois, ils sont vraiment légitimes. Je pense à ceux sur les procès. L'affaire French, c'est important. Qui est qui est ces articles qui sortent? Par contre, de dire que c'est le cas de l'ensemble de l'industrie pornographique, ça a des répercussions sur la manière dont nous, on est perçus dans la société, sur le regard que porte notre entourage, sur nous. Et sur la stigmatisation. C'est important de et c'est le rôle des médias d'apporter de l'information et qu'il n'y ait pas des choses qui soient biaisées. Il faut nuancer les choses.
Comment protéger les mineurs des contenus pornographiques violents ET les travailleuses du sexe qui travaillent dans cette industrie ?
Eva Vocz : Je pense que d'appliquer la loi de 2001 qui vise à ce qu'il y ait trois séances d'éducation à la vie sexuelle et affective par an, ça serait déjà un progrès énorme. Ensuite, je pense que les parents aussi ont un rôle à jouer parce que les parents ne sont pas forcément hyper bien renseignés sur les usages numériques, ont tendance à infantiliser leur enfant. Et en fait, il faut que les parents aussi remplissent leur rôle de parler aux jeunes de la sexualité, des règles de deux enfants qui jouent un rôle d'éducation. Et ce sera jamais le cas dans toutes les familles. Mais ici, ils veulent que qu'ils ne regardent pas de pornographie, c'est installer un contrôle parental. Je pense qu'il faudrait que tous les parents apprennent à faire ça ! Et si le jeune tombe sur ces images, c'est bien essayer d'en parler, de déconstruire ça. Parce que, de toute façon, quelles que soient les les lois qui passent, il y a des jeunes qui pourront tomber à un moment sur ce type de contenus, sur Internet ou non. Donc il faut pouvoir en parler.
Ensuite, pour les travailleuses du sexe, l y a un truc formidable aussi dans la loi qui s'appelle le droit du travail. Les acteurs et actrices pornos bénéficient, comme l'ensemble des artistes interprètes du droit du travail. Donc donc, ce qu'il faudrait, c'est que l'inspection du travail remplisse son rôle, qu'elle passe sur les lieux de tournage pour veiller à ce que le droit du travail soit bien appliqué en matière de santé et de sécurité des salariés. Parce que beaucoup trop qui jouent les cow-boys, et refusent de faire des contrats de travail. Beaucoup d’acteurices travaillent en auto-entreprise, et ont moins de protection.
Il y a beaucoup à faire sur la protection des droits voisins parce qu'en fait, quand on a un contrat de travail dans le spectacle vivant où on est censé avoir des droits voisins, c'est à dire que ce sont des droits voisins aux droits d'auteur. C'est à dire que si mon corps et dans un film qui soit pornographique ou non, je suis censé percevoir en fait une partie des recettes, etc.
Il y a plein de choses qui sont existantes dans le droit. Il y a une méconnaissance du droit pour les acteurs et actrices pornographiques qui profite souvent aux employeurs et qui favorisent les violences.
Marc-Antoine Bartoli : Pour vraiment garder ses droits et les promouvoir, il faut savoir aussi nommer les choses. Parce que dans le rapport du HCE, il est recommandé de ne plus employer le terme de travailleurs et travailleuses du sexe dans les documents institutionnels. Et ça a un impact sur les droits et en termes de protection de ces droits.
Quid d’un porno plus inclusif, plus safe pour les acteurices, et sans doute moins gratuit ? Peut-être que vous avez des recommandations ?
Eva Vocz : En fait, je pense qu'il y a des choses qu'il faut distinguer. C'est il y a les types de représentations et le droit du travail. On peut faire du porno très. mainstream tout en respectant le droit du travail. Et on peut faire du porno qui va avoir un marketing féministe sans respecter le droit du travail. Donc en tant que performeuse, je fais attention à ces nuances-là.
Le problème, ce n'est pas tant le gratuit. Moi, je suis personnellement pas opposé à ça. Le problème, c'est qu'il y a des plateformes qui ont tiré leur leur modèle économique de vol de vidéo. Ce n'est pas normal et il faut protéger le droit à l'image des acteurs et des actrices. Il faut qu'il y ait une rétribution à un moment donné. Mais tout comme quand on tourne pour quelqu'un qu'il diffuse sur des plateformes, qu'elles soient en accès payant ou gratuit, il faut que les acteurices, à un moment donné, touchent de l'argent.
En ce qui concerne mes recommandations… En fait, là, je reviens du Porn film Festival de Berlin… Ce sont des festivals qui ont lieu dans beaucoup de villes dans le monde, et je recommande complètement ! Je pense que d'aller dans ces festivals, ça aide à se faire une idée de la place et de la pluralité des représentations du sexuel qu'il peut y avoir. Donc je recommande ces espaces là et c'est toujours intéressant d'être dans une salle de cinéma, de regarder du porno à plusieurs, d'en discuter comme s'il s'agissait de films porno. Et ça permet d'avoir un autre regard aussi sur le porno. Souvent, il y a des éditions de ces festivals qui sont en ligne, souvent via la plateforme Pink Label Point TV. Sans vouloir leur faire de la pub, c'est une plateforme que je trouve vraiment éthique d'un point de vue de son contenu, de comment l'argent est redistribué aux performeurs, etc.
Le 1er décembre, ce sera la Journée internationale de lutte contre le sida. Une journée qui est très importante pour Act Up. Qu'est ce que vous vous prévoyez de faire pour cette journée ?
Marc-Antoine Bartoli : Comme chaque année, on a la marche, la manifestation. Cette année, ce qu'on peut en dire, c'est que la thématique tournera autour des droits sociaux puisque cette année, on fête les 25 ans de la permanence “droits sociaux” d'Act Paris, qui accompagne et oriente les personnes séropositives dans leurs droits et pour toutes les questions qu'elles se posent sur sur leurs droits et sur sur sur leur vie. Donc ça, c'est déjà un premier moment fort.
Et ensuite, on organise une soirée au cabaret Zèbre de Belleville, toujours autour de la permanence des droits sociaux, puisque les bénéfices de la soirée seront directement reversés à la permanence des droits sociaux. Et la soirée s'appelle Par le son, par la danse, par la lutte.
Parmi nos invité.e.s, on a Corinne Masiero qui a gentiment accepté de venir pour la soirée. Le performeur de cabaret Martin Dust, l'humoriste Tahnee… Donc on a une petite programmation d'artistes vraiment bien.
Eva Vocz : Et si on a axé sur droits sociaux cette année, c'est aussi parce qu'on assiste ces dernières années à une casse de tout le système social qui est la vie active de personnes séropositives à Act-Up a explosé qui elle, est à la base, il y avait déjà des situations qui étaient un peu complexes. On est passé à des situations très complexes. Donc ça va être des personnes très âgées qui sont sans domicile. Ça va être des familles entières qui sont sans domicile. Ça va être beaucoup plus de travailleureuses du sexe... On voit qu'il y a plus de monde et qu'en plus les situations sont beaucoup plus complexes. Ce qui n’est vraiment pas rassurant.
Marc-Antoine Bartoli : On veut aussi nuancer un discours selon lequel on vit très bien avec le VIH. Oui, on peut très bien vivre avec le VIH, c’est important de le dire, mais encore une fois, le regard social est encore très mauvais et l'accompagnement social est complètement délaissé. Donc c'est à la fois cette marche et cette soirée auront pour objectif de rappeler tout ça.
Pour aller plus loin...
• Le contenu du projet de loi « visant à sécuriser et réguler l'espace numérique »
• « Le climat anti-porno nuit à la santé sexuelle, alertent Act Up-Paris et la Quadrature du net », une tribune à lire sur le site internet de Têtu·
• Le communiqué de presse du Haut-Conseil à l'Égalité femmes/hommes (HCE) concernant son rapport du 27 septembre 2023 intitulé “Pornocriminalité : mettons fin à l’impunité de l’industrie pornographique !”
• « Pornographie : la dérive autoritaire du HCE », une tribune de de Béatrice Damian-Gaillard et Florian Vörös à lire sur Mediapart
• Un article publié dans NEON sur les réactions d'universitaires et de militants au rapport du HCE et signé par notre journaliste Nathan Binet !
• Toutes les informations concernant la soirée organisée par Act-Up Paris le 1er décembre, à l'occasion de la journée internationale de lutte contre le VIH/Sida
L'équipe de l'émission
Présentation : Nathan Binet
Préparation : Zoé Monrozier et Diego de Cao
Réalisation : Colin Gruel
Les Disques du Lobby : Pierre et la rose en live !
jeudi 26 octobre 2023 • Duration
Chaque mois, dans les Disques du Lobby, on sort des sentiers battus. Et pour cette rentrée, notre chroniqueur musical Ixpé avait envie d’un peu de fraîcheur et de délicatesse... Il nous emmène donc en voyage dans l'univers ouaté de Pierre et la Rose
Avec Pierre et la rose, on s'autorise un voyage tout en douceur dans la jeunesse, dans l’incertitude, dans la découverte d’une identité queer et des épineuses questions qui l’entourent.
À chaque chanson, c’est tout un champ de fleurs magnifiques que nous propose Pierre et la Rose, dans lequel il nous invite à venir cueillir nos émotions les plus vulnérables.
Pierre et la rose sera en concert le 26 octobre aux côtés de Noam Sinseau.
Et on peut toujours écouter son premier album, SIRENE(S), sur toutes les applications de streaming musical.
Chronique : Ixpé / Les Disques du Lobby
Prise de son : Ugolin Crépin-Leblond
L'HEBDO — FièrEs : 10 ans de lesbiannisme politique
jeudi 19 octobre 2023 • Duration
L'association FièrEs fête ses 10 ans ! L'occasion de revenir sur 10 ans de militantisme lesbien avec deux de ses militantes...
L’année 2013, c’était il y a 10 ans déjà, et pour les “homos” les “contre nature han” et autres personnes LGBTQI+, ça a été une année pour le moins éprouvante ! Si le mariage entre personnes du même genre a été légalisé, l’homophobie semble avoir été elle aussi autorisée. Dans les médias, dans les énormes manifestations de La Manif Pour Tous, les discours haineux, blessants et surtout illégaux allaient bon train.
C’est dans ce contexte assez plaisant que l’association FièrEs a vu le jour. Elle souffle sa dixième bougie cette semaine ! Alors aujourd'hui, dans Le Lobby, on revient sur l'histoire de FièrEs avec deux de ses militantes, Esther et Inès.
Quel souvenir est ce que vous vous gardez de l'année 2013, année de création de FièrEs mais aussi année des manifs pour le mariage pour toustes ?
Esther : Moi, en 2013, je faisais mes études et je me souviens surtout de mes cours de philogophie. J'avais un prof très réac qui voulait nous prouver par A plus B que l'homosexualité, c'était contre-nature. Et justement, mon envie de militer aujourd'hui, elle est née de ces discours haineux en 2013 autour de la PMA pour toutes, du mariage pour tous, et cetera.
Inès : Moi, en 2013, j'étais déjà une baby gouine, et j'avais eu ma première relation, et du coup, on avait manifesté. Je n'étais pas militante, mais on avait quand même participé aux manifestations. Et ce qui m'a marqué, c'est que quand la loi est passée, ma grand-mère m'a appelé et m'a dit « Inès, c'est super, tu vas pouvoir enfin épouser ta chérie ! » Donc même si c'était un instant de lutte, c'était aussi un instant de joie et ça nous a apporté beaucoup, je pense.
Est ce que vous pouvez m'en dire un peu plus sur la création de cette association ? Est ce que les événements de 2013 ont été les facteurs essentiels à cette création ?
À l'origine, les personnes qui ont créé FièrEs étaient dans une autre association féministe, et je pense qu'elles ont ressenti le besoin de créer une association féministe lesbienne spécifique pour pouvoir se concentrer spécifiquement sur notes luttes. C'était très important pour l'époue. Et clairement, je pense aussi que les évènements de 2013 ont joué aussi dans cette émulsion de militantisme.
En 2013, Fières s'est créée et s'est positionnée comme une association féministe, radicale, révolutionnaire et depuis, c'est une association qui mène vraiment toutes ces luttes dans une perspective féministe, anti-essentialiste, anticapitaliste, antiraciste, décoloniale, antigrossophobe, antivalidiste et éco-féministe.
Qu'est ce qui fait la spécificité de Fières par rapport à d'autres associations lesbiennes ou queer par exemple, comme les Inverti·e·s ou Divines ?
Je crois que ce qui nous différencie, c'est toute notre réflexion et notre engagement pour la la santé sexuelle des lesbiennes et des personnes trans. A ce titre, depuis 2015, on a des kits de santé sexuelle qu'on distribue sur des stands de prévention lors de soirées queers où il y a une population lesbienne. Donc ça va de la Wet For Me, par exemple, ou au festival Drama Queens cette année.
Comment ça se présente, un stand de prévention ? Comme on le disait tout à l'heure, ça fait depuis 2015 qu'on a créé ce kit de prévention pour les femmes et les personnes trans ayant des relations sexuelles avec des femmes, une personne trans. Et dans ce petit kit qui se met dans la poche, et ça, c'est hyper important, il y a du lubrifiant, des préservatifs externes, un gant, et une carte avec des contacts safe pour se faire dépister. Et depuis cette année, on a aussi rajouté une petite lime à ongles orange. Et ce kit, il a été pensé dans un contexte qui est toujours d'actualité, celui de l'absence totale de recherche et de financement en santé sexuelle pour les gouines.
C'est hyper politique en fait de pouvoir proposer un espace de dialogue et d'échanges et assez libre en fait autour de la sexualité et de la prévention en santé sexuelle. Et quand on dit que c'est politique, ça l'est vraiment. Parce qu'en faisant ça, en fait, on on ouvre aussi le débat, les questions et et on essaye à notre toute petite échelle en fait, de contrer un peu cette méfiance aussi qu'on a chez les gouines du corps médical dont la mission, c'est quand même de nous soigner, de prévenir, de nous accompagner dans le soin. Et et c'est vrai qu'encore une fois, il y a tellement rien qui est fait pour les lesbiennes que, en fait, à notre échelle au moins, on ouvre un dialogue possible avec des personnes qui se posent des questions, ou peut être qui se posaient pas de questions. Mais qui s'en pose en rencontrant? C'est souvent le cas, notamment avec la digue dentaire qui est et qui est très méconnue. Parce que d'une part parce que, comme je le disais, il n'y a pas de prévention autour de ça, donc forcément elle est inaccessible, elle est très chère et même dans nos pratiques, ce n'est pas du tout courant d'utiliser une digue dentaire.
Récemment, la librairie Violette and Co a rouvert. On les avait d'ailleurs reçus dans Le Lobby il y a deux semaines et on a vu que cette ouverture a été accompagnée d'énormément de joie et en premier lieu d'avoir un lieu queer et surtout lesbien. Est ce que vous avez des lieux où vous pouvez vous retrouver en tant qu'association?
Pas vraiment. Nous avons a des réunions hebdomadaires, qu'on organise à la Maison des associations de certains arrondissements. Mais on n'a pas de local fixe, on n'a pas de lieu fixe où se retrouver. On se retrouve beaucoup dans des lieux queer, dans des lieux de sociabilité queer... Et aussi chez nous, pour faire par exemple des arpentages, pour se former sur des questions, pour échanger sur des livres...
Vous avez aussi organisé la marche lesbienne 2023, et vous étiez présentes dans le Pink Bloc contre la réforme des retraites... Est ce que pour vous, c'est c'est important d'être aussi dans des manifs sociales, pas seulement LGBT, mais aussi, par exemple de vous insurger contre la réforme des retraites ?
Alors oui, l'intérêt associatif c'est hyper important. Le ping block, ça on y a participé pour justement créer en fait une synergie effectivement entre tous les collectifs LGBT qui existent pour s'investir aussi dans les luttes sociales qui nous concernent aussi. Donc ça a été le cas pour la réforme des retraites. Mais pour revenir aussi sur la marche lesbienne, effectivement on a on a organisé la troisième marche lesbienne de Paris. Il me semble que c'est la troisième. À l'occasion de la Journée de la visibilité lesbienne du 26 avril 2023, Ça a été une marche qui a rassemblé plus de 4 000 personnes contre la lesbophobie d'État et ordinaire qui engendre une précarisation de nos existences. Et je crois que même à travers ce mot d'ordre, on rassemble un peu tout le projet politique aussi de l'association.
Parce qu'en fait, la lesbophobie, ce n'est pas qu'une affaire d'actes individuels, c'est surtout une forme d'oppression systémique qui se coupe à la misogynie, au racisme, à la transphobie, au mépris de classe. Donc, quand on est appelé à marcher contre la lesbophobie en avril dernier, on a appelé à manifester contre tout ça, contre un État et sa dérive fasciste qui fait barrage à une société plus égalitaire en votant des lois ouvertement oppressives, en voulant faire passer par exemple cette réforme des retraites ou en passant sous silence aussi des sujets urgents.
Et puis, rien que 2023, ça a été vraiment un exemple de toute cette violence étatique. Donc on a parlé de la réforme des retraites, mais c'était aussi le rapport du GIEC qui est complètement ignoré et qui a des répercussions très concrètes sur nos identités queer. Quelques semaines avant la marche lesbienne, le Bonjour madame a dû fermer ses portes administrativement. Tout ça dans un contexte où cette année, il y a eu plein d'attaques hyper récurrentes qui visent des centres LGBT, comme à Saint-Denis, à La Réunion, à Nantes, Tours, Perpignan... Donc tout ça, c'est la lesbophobie d'État. C'est aussi l'absence totale de financement et de recherche en santé sexuelle pour les lesbiennes et les conséquences que ça a en termes de santé publique, c'est à dire des dépistages tardifs, voire inexistants, une mauvaise prise en charge et aussi le risque constant de faire face à des violences médicales en parlant de difficultés d'accès à la santé.
Est-ce que vous pensez que la séquence politique de la PMA pour toutes, dans laquelle vous avez évidemment été très mobilisées, c'est quelque chose de structurant pour le lesbianisme politique, tout comme celle du mariage pour tous est un marqueur dans le militantisme queer?
Je ne sais pas si c'est structurant, mais en tout cas, pour moi, ça a toujours fait partie des luttes essentielles pour les lesbiennes et du lesbianisme politique, notre droit à pouvoir enfanter sans avoir, sans être dépendante d'un homme. Et je pense qu'il y a quand même une portée, en tout cas sur le choix des femmes de le faire ou de ne pas le faire. Parce que quand on va voir, en réalité, il y a énormément de femmes hétéros qui font des PMA et de femmes seules qui choisissent de faire des enfants. Donc finalement, quelque chose qui profite aux lesbiennes, c'est quelque chose qui profite à tout le monde en réalité et c'est pour ça que c'est une lutte parmi d'autres luttes qui font partie du lesbianisme politique et qui sont, à notre sens essentielles. Les mêmes pièces, c'est les pièces d'un puzzle.
Références citées dans l'émission
• Les Humilié.e.s : 10 ans après le mariage pour tous, l’heure du bilan, de Rozenn Le Carboulec (éditions Les Équateurs, 2023)
• Le HelloAsso de FièrEs pour adhérer ou soutenir financièrement l'association
• Tout le programme des 10 ans des FièrEs est à retrouver sur leur compte Instagram
• Le site internet de l'association
L'équipe de l'émission
Présentation : Zoé Monrozier
Préparation : Diego de Cao et Nathan Binet
Réalisation : Colin Gruel
L'HEBDO — "La Chasse" : Maureen Desmailles queere la littérature ado
jeudi 12 octobre 2023 • Duration
Pour cette toute première édition hebdomadaire, nous recevons l’autrice Maureen Desmailles. Son roman La Chasse est paru le 3 octobre 2023 aux éditions Thierry Magnier, dans la collection l’Ardeur.
Dans La Chasse, Max, 17 ans, fait la rencontre d'Ellie et de Cosme, deux personnages qui marqueront sa vie amicale, sexuelle et romantique.
C’est un récit queer estival qui raconte les temps d'adolescence où le désir, l'amitié et l'amour se mêlent, au creux d'un personnage qui explore le besoin de trouver sa place. L'ouvrage permet d'ouvrir tout un imaginaire autour de l'écriture des sexualités queer à destination du public jeune adulte.
Avec Maureen Desmailles, l'autrice de ce livre qui se trouve être aussi une ancienne chroniqueuse de Radio Campus Paris, on revient sur le rôle de la littérature young adult, la découverte de la queerness, la difficulté à écrire la sexualité et la censure que parfois cette écriture subit.
Pourquoi avoir choisi d'écrire pour les adolescents ?
Ça vient d'abord de ma propre pratique de lectrice. J'ai été très marquée, quand j'étais plus jeune, par les lectures que j'ai pu faire à l'adolescence, qui ont vraiment façonné la lectrice adulte que je suis aujourd'hui. Alors j'avais envie d'explorer cette littérature. C'était un peu une façon de lui rendre la pareille. Et puis il y a quelques années, j'ai découvert Queen Kong, d'Hélène Vignal (ed. Thierry Magnier, coll. L'Ardeur). C'est un livre que j'ai adoré et que j'ai vraiment trouvé spectaculaire, aussi bien stylistiquement que dans le discours qu'il pouvait tenir. Et quand j'ai lu ce truc, je me suis dit : moi aussi je veux écrire pour ces gens.
En avant propos de ton roman à toi, tu décides de t'adresser au lectorat et de lui proposer de se positionner ou non sur la question du genre du personnage de Max. Qu'est ce que tu voulais créer ?
Pour moi, la lecture d'un roman, c'est une collaboration entre la personne qui a écrit le bouquin et la personne qui va le lire. Et du coup, il y a toujours une part d'appropriation par la personne qui lit. C'est un truc qui est assez théorisé dans les études de réception. À part dans les "livres dont vous êtes le héros" (et jamais l'héroïne d'ailleurs), les lecteurs et lectrices ont assez rarement l'occasion de prendre vraiment un peu le "pouvoir", sur leur lecture du livre. Donc ça m'intéressait en fait, en enlevant cette donnée du personnage de Max, de leur dire : c'est à vous de faire du personnage ce que vous voulez. En fait, vous en faites un garçon ou une fille, vous en faites ni l'un ni l'autre, vous faites ce que vous voulez, mais ça vous appartient. En fait, moi, ce n'est pas une décision que j'ai prise en tant que en tant que telle. C'était une façon pour moi d'inclure vraiment les lecteurs et lectrices du bouquin dans le processus de lecture.
Tu choisis une écriture épicène pour vraiment accompagner la description de Max. Est ce que tu t'es questionnée sur le besoin d'inclure des points médians ou de marquer plus de manière plus visuelle cette question de la non présence du genre?
La question du point médian, elle a été évacuée assez vite par l'écriture. En fait, comme le bouquin est écrit à la première personne, ça résolvait d'une certaine façon cette question là. Sinon, effectivement, la question s'est posée de façon indirecte quand il a fallu qu'on rédige la quatrième de couverture. Quand l'équipe de com a travaillé sur le texte qui accompagne le bouquin pour les services presse, ils étaient un peu plus en galère parce qu'il y avait plein de moments où ils se rendaient compte que, à la troisième personne, la question est beaucoup plus difficile à évacuer (rires).
C'est un peu le propre de la langue française. Donc ils ont été obligés de recourir à cette grammaire-là. En fait, moi, à l'écriture du roman en lui même, la question ne s'est pas tellement posée. Je n'ai pas conçu le personnage comme étant un garçon ou une fille, ou tout ce qui est possible entre ces deux dans ce spectre.
Tu entretiens un lien fort aux images à travers l'analyse filmique. Le texte apporte-t-il davantage de liberté dans les représentations ?
J'ai un lien plutôt fort, comme tu dis, à l'analyse filmique, parce que c'est ma formation universitaire. J'ai fait des études de ciné, j'ai fait une thèse... Donc j'ai pratiqué. C'est un exercice que j'ai pratiqué pendant assez longtemps. Je suis devenue adulte avec les films et avec la pratique de l'analyse filmique.
Je ne sais pas si mon écriture a une dimension très visuelle. Ça, c'est pas à moi de décider, mais en tout cas ça, ça a déterminé la façon dont je vais séquencer. Par exemple, je fais beaucoup de "raccords cut". On passe d'un espace à un autre, sans forcément qu'il y ait une phrase du genre Le lendemain, chez ma grand mère, ce genre de truc, ce sont des trucs que je supprime. J'enlève ça dans le texte parce que voilà, je trouve que ça encombre. Et après, au niveau des représentations, c'est à dire que le texte en lui même autorise une indétermination physique des personnages avec lesquels on travaille, qui à priori amène plus de liberté.
Même si ça me dérange de dire "plus de liberté". C'est comme si on faisait une sorte de gradation entre ce qui relève de la représentation littéraire et ce qui relève de la représentation filmique. e pense que les deux agissent sur des terrains qui sont qui sont différents.
J'ai l'impression que ça se retrouve aussi beaucoup dans la description des rapports sexuels, du désir qui est effectivement très fort. On ne met pas de genre et en fait, on n'en a pas besoin. Et je rapproche ça d'un texte que tu as écrit sur ton blog Furax, consacré un article à l'écriture de la sexualité. Et tu parles notamment du chapitre Sexe de Dorothy Allison où elle parle aussi de déconstruire les imaginaires sexuels lesbiens à travers le texte, là où le visuel la déçoit tout le temps. Et c'est quelque chose que tu que tu partages aussi.
Allison, je l'ai vraiment découverte il n'y a pas très longtemps. Justement, quand je travaillais sur La chasse et où je cherchais en fait un peu qui avait écrit sur la sexualité et comment un discours avait été produit là dessus. Donc c'est là, à ce moment là, que je suis tombée sur sur ce texte-là, que je trouvais absolument merveilleux. Ce qu'elle explique là-dedans, c'est que l'imaginaire sexuel a été façonné par l'hétérosexualité, y compris l'imaginaire visuel, et que c'est une façon de se réapproprier cet imaginaire là. Ça passe par le texte, en partie.
Toujours dans ce même article, mentionne le livre Romance d'Arnaud Cathrine et tu dis, je cite Quand j'avais quatorze quinze ans, je dormais dans les bras et les cheveux de ma meilleure amie. Elle me racontait des histoires de cul avec mes chanteurs préféré et il a fallu que je lise Romance l'hiver dernier pour comprendre ce que ça voulait dire. Qu'est ce que tu a trouvé dans ce texte ?
Eh bien que j'étais lesbienne ! (rires)
Si Arnaud Cathrine avait écrit ça il y a 20 ans, ma vie aurait été beaucoup plus simple. Il se trouve que je l'ai lu là à plus de 30 ans. Il n'est jamais trop tard. Mais en fait, ce que j'ai trouvé dans ce texte, c'est une description des relations à l'adolescence. La relation entre ces deux gars qui ressemblait vraiment très fortement à ce qu'avaient été mes amitiés quand j'étais ado. Mais je n'avais alors pas les armes pour comprendre ces relations comme étant des relations amoureuses. Pour ça, ce roman est incroyable.
Est ce que tu sens a posteriori que tu as été vraiment en manque de représentation?
C'est une question que je me pose beaucoup en ce moment... Et en fait, je ne suis pas certaine que ce soit une question de représentation. Parce que quand je fais le bilan a posteriori, mon panthéon culturel, littéraire, filmique, théâtral, tout est rempli de gays, de lesbiennes. Partout ! (rires)
C'est pas des modèles dont j'ai vraiment manqué. Je pense que ce dont j'ai manqué, c'est une impulsion intérieure. En fait, c'est une capacité de reconnaissance de moi même. Mais je pense que ça ne pouvait pas venir de l'extérieur parce que toutes les représentations qui venaient, je n'étais pas capable de les envisager comme me parlant à ce niveau-là.
Alors bien sûr, on a besoins de représentations ! Tous les jeunes queers ont besoin de ça. Mais est-ce que ces représentations suffisent ? Je ne crois pas. Et là, ça change la perpsective. C'est faire peser la responsabilité non plus seulement sur les créateurs créatrice, les auteurs, les actrices, etc, mais aussi sur les institutions avec lesquelles on grandit, les discours avec lesquels on grandit, les cercles familiaux dans lesquels on grandit. En fait, l'ouverture doit être possible à un moment et s'il n'y a pas d'espace, on peut mettre toutes les représentations qu'on veut. La capacité de reconnaissance ne peut pas éclore à mon sens.
Ça me fait penser à ce que tu dis dans le prologue. « Tout le monde peut avoir peur, tout le monde peut pénétrer et tout le monde a besoin de capote. » Est ce que tu as l'impression que ces questions de sexualité, elles sont éludées dans la littérature jeunesse ?
Malheureusement, je ne suis pas sûre que ce soit complètement éludé. Parce que c'est surtout en fait que c'est une chasse gardée d'éditeurs qui sont spécialisés ou dans la romance type dark romance, par exemple. Et en fait, le souci qu'on a, c'est précisément que c'est une question. C'est difficile de s'emparer de cette question pour les ados pour avoir un peu parlé de sexualité avec des classes, avec des collégiens. Quand je fais des ateliers d'analyse filmique ou des trucs comme ça, c'est un sujet sensible Et en même temps, ils y vont avec l'arrogance de leur âge. Et c'est beaucoup de stratégie de défense parce que la plupart du temps, ils sont très inexpérimentés, évidemment.
C'est un sujet dont il faut s'emparer et en même temps, précisément parce qu'il est difficile et parce que ce n'est pas non plus un sujet qui est très porteur au niveau du marché de l'édition jeunesse. On a peut être un peu tendance à laisser ça de côté. C'est pour ça qu'une collection comme L'ardeur et d'utilité publique. En tout cas, il y a une conviction politique derrière la collection qui est de reprendre la parole là-dessus, de redonner aux auteurs, aux actrices, aux écrivains, l'occasion de produire des discours à destination de la jeunesse, mais qui soient des discours conscientisés, parfois explicitement militants, et d'aller un peu concurrencer le tout le marché de la romance hétéronormée ou en tout cas peu critique.
Cet été, le ministre de l'intérieur a interdit le roman Bien trop petit de Manu Causse, publié également dans la collection L'ardeur. Et ça en dit long sur ce tabou toujours présent de la sexualité chez les adolescents. Comment as-tu réagi ?
D'abord, j'ai été fière d'être publiée dans une collection censurée par Darmanin ! (rires)
Mais ensuite oui, je pense que c'est très, très inquiétant. Au fond, ça en dit long sur la l'impensé qu'est la sexualité adolescente. Comme si on arrivait à la sexualité quand on avait 25 ans et comme s'il ne se passait rien dans ces années un peu charnières qui nous conduisent vers les adultes actifs sexuellement qu'on va devenir, qu'on va devenir plus tard. Donc il y a une forme de pruderie.
En même temps, c'est aussi une forme d'opportunisme politique. Au moment où Darmanin crée la polémique autour de ça, il sait très bien que pendant qu'on parle de ça, on ne parlera pas d'autre chose. Et c'est triste aussi de constater que c'est un sujet qui peut leur servir de couverture pour d'autres choses. Alors que c'est un sujet très, très sérieux.
Tu vas continuer à écrire sur ce sujet ?
Je vais essayer de continuer à écrire le plus longtemps possible. Moi, j'ai très envie d'écrire depuis très, très longtemps. Donc là, c'est très très émouvant de voir que le livre soit sorti sur un sujet pareil, que ça a accompagné aussi un mouvement radical dans ma propre vie. C'est assez émouvant que le livre existe. Après, je travaille sur un nouveau projet qui j'espère, pourra voir le jour... Donc on va essayer de durer dans ce milieu et puis de continuer dans dans ce milieu de la littérature jeunesse qui permet beaucoup de choses. La littérature jeunesse a pour mérite de se poser explicitement la question du public auquel elle s'adresse. Ce qui n'est pas forcément le cas de la littérature dite pour adultes, respectable.
Et ça me politiquement, ça m'intéresse. C'est cette littérature qui est explicitement située en fait, qui s'adresse à un public particulier. Donc j'espère continuer encore longtemps, oui !
Ressources
• Furax, le blog de Maureen Desmailles. Elle y parle de ses envies d'écriture et raconte ses questionnements d'autrice.
• Entretien avec Manu Causse dans les colonnes du Figaro suite à la censure de son livre, Bien trop petit, paru dans la même collection.
• Le site internet des éditions Thierry Magnier.
Générique de début : Jacob, Lucie Antunes
Générique de fin : Ca, c'est mon corps, Léonie Pernet
L'équipe de l'émission
Présentation : Diego de Cao
Préparation : Zoé Monrozier et Nathan Binet
Réalisation : Colin Gruel
Violette & co rouvre ses portes ! + Pierre et la rose en live
lundi 9 octobre 2023 • Duration
Toute la joyeuse équipe du Lobby revient pour une cinquième saison ! Et en cette rentrée, on est pas les seuls à faire un retour très attendu, puisque l'iconique librairie queer Violette & co va enfin rouvrir ses portes... Ses deux nouvelles libraires sont nos invitées.
Elle avait fermé ses portes en février 2022, nous laissant un peu orphelin.es, après que ses deux libraires ont fait valoir leur droit à la retraite, après 18 ans de bons et loyaux services.
Le 13 octobre, Violette & co fera son grand retour, dans un nouveau local, situé dans le 11e arrondissement de Paris. C'est l'aboutissement de mois de travail mené bénévolement, avec un objectif clair : faire de cette librairie incontournable un lieu de vie. Au milieu des étagères remplies de livres, on pourra donc s'installer pour prendre un café, et un espace sera aussi proposé aux associations.
Pour en parler, nous recevons Olivia et Lucile, la première est libraire, la seconde est bénévole, et cela fait un an et demie qu'elles œuvrent à rouvrir ce monument de la culture lesbienne.
Dans le reste de l'actualité...
Le monde du foot frappé par de nouvelles affaires d’homophobie. Des chants homophobes entendus dans les tribunes du Roazhon Park à Rennes au début du mois, chants homophobes aussi de supporters ET de joueurs du PSG fin septembre… La Ligue du Football Professionnel (LFP) monte au créneau, la ministre des Sports aussi, et des joueurs présentent des excuses… Alors l’homophobie commence-t-elle enfin à devenir indésirable dans les stades ? Pas si sûr... Pour en parler on sera en ligne avec Yohann Lemaire, footballeur ouvertement gay et président fondateur de l’association Foot Ensemble.
Les Disques du Lobby
Chaque mois, Ixpé nous fait découvrir des artistes queers qui viennent se produire en live dans notre studio. Aujourd'hui, place à Pierre et la rose.
Il sera en concert le 26 octobre, et vous pouvez déjà écouter son album SIRENE(S) sur toutes les plateformes de streaming.
Ixpé est aussi le créateur du label Les Disques du Lobby, à retrouver par ici !
L'équipe de l'émission
Présentation : Colin Gruel et Victor Samoth-Panetti
Réalisation : Margot Page et Ugolin Crépin-Leblond
Chroniques : Xavier Paufichet et Olga•Auguste Volfson
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Le Lobby x Festival Bizarre : "La Fin des monstres" de Tal Madesta / "Guet-apens, des crimes invisibles" sur Médiapart
vendredi 5 mai 2023 • Duration
Ce mois-ci, Le Lobby est en direct et en public au festival Bizarre pour une émission spéciale...
Du 4 au 14 mai, à La Folie accueille la quatrième édition du festival Bizarre, le festival des communautés curieuses. Au programme : des soirées queers, des bingo drag, des lectures de contes pour enfants, des cours de danse... Une programmation éclectique qui laisse aussi sa place à la radio.
Le Lobby a donc ouvert le festival avec un programme haut en couleurs et en queerness...
La fin des monstres : Tal Madesta à la première personne
Journaliste, militant transféministe et auteur, Tal Madesta est une figure incontournable des luttes LGBTQIA+. Avec son deuxième livre, La fin des monstres, publié aux éditions La Déferlante, il se livre dans un récit intime sur son parcours de transition, les obstacles qu'il a rencontrés sur la route, la peur d'être agressé et les errances administratives, mais aussi (et peut-être surtout) les belles rencontres qui l'ont accompagné et l'accompagnent toujours sur ce chemin.
« Guet-apens, des crimes invisibles » : l'enquête choc de Médiapart
Des hommes gays violemment agressés, torturés ou violés uniquement parce qu'ils sont gays, piégés sur des applications de rencontre ou dans des lieux de drague. Des faits peu documentés, car les dépôts de plainte sont rares, et pourtant les victimes sont nombreuses. Au moins 300 ces 5 dernières années. C'est ce que révèlent David Perrotin, Sarah Brethes et Mathieu Magnaudeix, journalistes à Médiapart, dans un documentaire de 65 minutes.
Guet-apens, des crimes invisibles est à voir dès maintenant sur le site de Médiapart.
Les Disques du Lobby
Une fois n'est pas coutume, nous recevons deux artistes ce soir, pour trois sessions live.
Thx4Crying a sorti un EP en début d'année, Montagnes d'émeraude. Une voix fragile et des accents pop un peu émo, qui nous ramènent à l'époque des Skyblogs, le tout dans une esthétique un peu kitsch et carrément queer, c'est la formule gagnante de ce jeune artiste prometteur.
À ses côtés, sa comparse Louise Bsx, qui a fait paraître un EP survitaminé l'année dernière, C o o o o o l, débordant d'énergie positive. Ca donne quatre titres conçus comme autant d'expérimentations sonores déjantées. Elle nous offre une exclusivité, l'hymne transfem Trop bonne, trop conne.
Louise Bsx et Thx4Crying, qui collaborent régulièrement sur leurs projets respectifs, sont aussi à l'initiative des Afterlife Party, des soirées organisées en soutien à des associations LGBTI+, et où se sont produits de nombreux artistes queers émergents.
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L'ÉQUIPE. Présentation : Colin Gruel et Victor Samoth-Panetti — Chroniques : Xavier Paufichet (Les Disques du Lobby), Margot Michel et Olga Volfson — Réalisation : Margot Page
Tal Madesta : « On ne peut pas demander aux personnes trans d'abolir la division sexuelle »
mercredi 3 mai 2023 • Duration
Dans son deuxième livre, La Fin des monstres, Tal Madesta raconte son parcours trans, et délivre tout à la fois un manuel d'auto-défense contre les discours transphobes et une lettre d'amour à ses adelphes
Militant transféministe, journaliste, auteur, Tal Madesta a commencé à se faire connaître grâce à son engagement au sein du collectif des Colleureuses. Une transition de genre plus tard, il vient de publier un livre La Fin des monstres (Éditions La Déferlante), comme un écho à l'ouvrage de Paul B. Preciado, Je suis un monstre qui vous parle. Avec le philosophe, il partage le souhait de libérer les personnes trans des discours dans lesquels elles sont souvent enfermées. Mais il refuse d'être un monstre.
« Je ne suis pas un monstre qui leur parle, je ne suis qu'une meilleure version d'eux-mêmes, qui aspire à la paix, à la dignité, à la tranquillité, au sommeil, à l'amour, la justice pour moi-même et pour mes semblables. »
— Tal Madesta, La Fin des monstres
Dans cet ouvrage très personnel, il se livre avec pudeur sur son parcours, sur les obstacles, les mains tendues, sur son rapport aux hommes, aux femmes, à son corps et à l'amour. Un livre politique avant tout, où il dézingue brillamment les discours transphobes, d'où qu'ils viennent.
L'équipe du Lobby l'a reçu au cours d'une émission spéciale, à La Folie, dans le cadre du festival Bizarre.
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