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Matteo Salvini, le populisme incarné01 Jul 202300:44:59

Avec Anna Bonalume, essayiste et journaliste.

L’Italie n’est pas seulement le laboratoire de la France, elle en est le laboratoire inquiétant. Ces 5 dernières années, le pays a connu une coalition extrême droite/extrême gauche, qui n’aura pas tenu bien longtemps, puis tout récemment l’accession à la présidence du conseil de la néo-fasciste Giorgia Meloni. La question migratoire, mais aussi les problèmes économiques récurrents, pèsent sur le débat public ; et même le gouvernement Draghi, pourtant largement soutenu, n’aura pas réussi à redresser le cap. La tentation populiste, la tentation de l’homme ou de la femme providentielle, font donc régulièrement retour ; depuis Berlusconi. Et il faut croire que la démocratie italienne s’accommode bien du style outrancier, de la démagogie et de la xénophobie de plusieurs de ses figures politiques.

Actuel vice-président du Conseil et ministre des infrastructures, Matteo Salvini a connu un parcours fulgurant ces dernières années. Il a ainsi été député européen, sénateur, puis ministre de l’Intérieur du gouvernement de coalition de Giuseppe Conte. Son coup de génie politique a été de transformer la ligue du Nord – régionaliste – en un parti national-souverainiste et identitaire, capable de s’adresser à toute l’Italie, de la fameuse Lombardie, jusqu’à la Calabre et les Pouilles. Adoptant un positionnement similaire à celui de Marine Le Pen en France, Matteo Salvini s’attelle à la défense des plus pauvres, à la lutte contre l’immigration, contre l’islam, et contre l’Union européenne ; défendant un programme sécuritaire et défendant le catholicisme, ou encore, plus original, proposant de lutter contre la mafia.

L’homme plait, il est charismatique, et soulève l’enthousiasme partout où il passe, chacun voulant poser avec lui pour un selfie. Comment comprendre les ressorts de ce succès ? Et surtout, à quoi ressemble le populisme vu de l’intérieur ? Emmanuel Taïeb pose ces questions à son invitée, Anna Bonalume, qui a suivi et interviewé Matteo Salvini pendant plusieurs semaines.

Contre l’élection présidentielle03 Jun 202300:44:12

Contre l’élection présidentielle. Gaspard Kœnig, essayiste. La France souffre de son régime présidentiel ; elle souffre de son présidentialisme ; et elle souffre de son hyper-présidence qui domine toutes les institutions, et donne le « la » de la vie électorale et médiatique. L’hyperprésidence produit la croyance en un homme ou une femme providentielle et la déception inévitable qui l’accompagne. Elle fabrique un fonctionnement politique très immature et très personnalisé, dans lequel chaque chef de parti ou chaque personnalité populaire se verrait bien dans les habits du président et alimente en permanence la course à l’Élysée. Cette domination de l’élection présidentielle depuis 1962 écrase les autres élections, notamment les élections législatives qui sont centrales dans la plupart des pays, et elle écrase surtout le débat d’idées.

Pour en finir avec la monarchie présidentielle, maintes et maintes fois dénoncée, il suffirait de supprimer l’élection du président au suffrage universel. C’est par exemple ce que proposait la Convention pour la 6e République d’Arnaud Montebourg au début des années 2000. Et la proposition revient périodiquement. Il faut dire que cette élection directe du président est une anomalie en Europe, à l’exception du Portugal, et qu’on la trouve plutôt dans des régimes africains ou latino-américains dont justement les dérives présidentialistes inquiètent. Aux États-Unis, le président est élu via un scrutin indirect et ne peut pas dissoudre la Chambre. Ailleurs, le chef de l’État a un rôle purement honorifique, et le leader de l’exécutif est un Premier ministre issu des rangs parlementaires ; dont la responsabilité peut facilement être engagée.

Mais le président français, lui, cumule beaucoup de pouvoirs, domine en pratique l’exécutif et le législatif, fait disparaître les corps intermédiaires et concentre toutes les doléances. Dans un étrange face-à-face, tous les secteurs de la vie sociale s’adressent désormais au président pour tout et n’importe quoi. Comme s’il était omniscient et omnipotent, et comme s’il n’y avait pas mille autres niveaux de décision, des maires aux parlementaires. Tout cela alimente des formes de bonapartisme, mais aussi des formes de populisme. Car quand il n’y a rien entre le chef et les citoyens, la tyrannie n’est jamais loin. En 1548, dans Le Discours de la servitude volontaire, Etienne de la Boétie faisait tenir le pouvoir du despote dans l’action même du peuple : « Ce qu’il a de plus que vous, écrivait-il, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. »

Donald Trump, maître des images03 Sep 202200:44:21

Dork Zabunyan, Maître de conférences en études cinématographiques. Vu  d’Europe, Donald Trump a incarné ce qui peut se faire de pire en  politique : un ploutocrate venu du monde des affaires, un incompétent  notoire, un populiste, un ennemi de la démocratie et des minorités, qui a  fait entrer l’Amérique dans l’ère des fake news et du conspirationnisme  au plus haut niveau de l’État. Trump a aussi été perçu comme un maître  des réseaux sociaux, dont les mots et les réactions incontrôlées ont  alimenté des scandales permanents. Mais ce portrait est très incomplet,  car il oublie que Donald Trump est d’abord un homme d’images. Et c’est  par les images qu’il est connu aux États-Unis, avant même d’être élu  président. Trump a une présence médiatique ininterrompue depuis près de  20 ans, et a eu sa propre émission de télé-réalité – The Apprentice –  pendant des années, dans laquelle il jouait son propre rôle, faisait  triompher sa violence managériale, ponctuant les éliminations de  candidats d’un légendaire « Vous êtes viré ! ». La victoire électorale  de Trump ne peut donc se comprendre que dans la circulation des images  qui l’ont permise. Il n’est pas tout à fait le premier à avoir subverti  la télévision, et on pourra penser à un Berlusconi en Italie. A Ronald  Reagan aussi, dans une moindre mesure. Des hommes dont l’entrée en  politique semble se faire par un glissement de la familiarité médiatique  vers le pouvoir. Des hommes surtout qui, véritablement, inventent de  nouvelles formes audiovisuelles, auxquelles il faut être attentif. Car  ce sont de nouvelles images du pouvoir. Celles qui mêlent politique et  divertissement, celles qui le transforment en une marque, et celles qui  lui confèrent une ubiquité interventionniste permanente. Celles au fond  qui transforment le réel en fiction. Si l’on veut comprendre comment la  démocratie peut céder sous le poids politiques de certaines images, en  apparence anodines, il faut étudier les images de Trump qui ont circulé  avant, pendant et après sa présidence. C’est ce que nous allons voir  avec mon invité, Dork Zabunyan.

Autour de la série The Wire22 Mar 202100:30:31
Histoire du carnaval de Venise22 Mar 202100:30:34

Invité : Gilles Bertrand, auteur d’une Histoire du carnaval de Venise (Pygmalion, 2013). 

Johnny, sociologie d’un rocker22 Mar 202100:30:03

Invité : Yves Santamaria, auteur de Johnny, sociologie d’un rocker (La Découverte, 2010). 

Autour de Machiavel22 Mar 202100:31:06

Invité: Thierry Ménissier, auteur de Machiavel ou la politique du Centaure (Herman, 2010).  

Quand HBO réinvente la nudité04 Jun 202200:44:04

Quand HBO réinvente la nudité. Benjamin Campion, spécialiste du cinéma  et des séries. La chaine américaine HBO s’est emparé de la nudité pour  déjouer les limites habituelles de sa monstration. Cette chaine câblée a  pour spécificité d’échapper à la censure qui pèse ce qu’on appelle les  networks. Ce statut à part lui permet de proposer des séries innovantes,  tant du point de vue de leurs personnages, de leurs thématiques que de  celui de la sexualité qui y est visible. On doit ainsi à HBO des séries  aussi connues et marquantes que Sex and the City, Girls, Euphoria ou  Game of Thrones. En tout cas pour le sujet qui nous intéresse… Ces  séries, et d’autres, ont frappé les spectateurs par l’apparition de  corps dénudés et d’actes sexuels disons « explicites », pour reprendre  le mot américain. Certains ont d’ailleurs tôt fait de dénoncer des  formes de voyeurisme, de triomphe du « male gaze », d’obscénité, voire  de pornographie. Or ce que montre mon invité, Benjamin Campion, c’est  que c’est exactement le contraire qui se joue dans les productions HBO.  Les séries HBO qui se confrontent à la question de la sexualité le font  précisément en inventant de nouvelles images qui s’éloignent des  standards de la pornographie. Surtout, ces nouvelles manières de filmer  les corps dénudés est entièrement au service de la narration. La nudité  n’y est donc jamais « gratuite », mais se veut toujours porteuse d’un  propos, d’une description, d’un moment du récit qui ne peut passer que  par cette forme. La nudité la plus crue n’est d’ailleurs souvent pas  frontale, mais diffusée sous la forme d’images que les protagonistes  regardent, et donc mise à distance et pensée. En pratique, donc, les  séries HBO montrent la nudité avec mesure, jamais en gros plans par  exemple, mais sans l’éluder non plus par des fondus pudiques ; avec  plausibilité et réflexivité aussi, pour justement ne pas tomber dans la  pornographie et plutôt en subvertir les codes. En filmant la sexualité  autrement que ne le fait le cinéma porno, les séries HBO normalisent les  images de la nudité et rappellent à quel point elles relèvent des  sensations et de l’intime. 

Vers un monde solidaire 07 May 202200:43:55

L’invasion de l’Ukraine par la Russie, et la litanie des points chauds du globe, de la Syrie au Yémen en passant par le conflit israélo-arabe ou les tensions entre l’Inde et le Pakistan – laissent penser que les relations internationales sont toujours teintées de violence. La phrase attribuée à De Gaulle : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » vient parachever cette vision pessimiste des relations internationales. Pour autant, l’état du monde n’est pas qu’une guerre généralisée. Surtout, en tendant un peu l’oreille, on peut entendre une autre ligne de basse : les diplomates se parlent, les États se parlent, siègent dans des organisations internationales, se montrent solidaires les uns des autres en cas de coup dur. Entre la force et le droit, il y a une étiquette dans les rapports étatiques, qui prévient la nuisance gratuite et qui valorise la réciprocité et la reconnaissance de l’autre. Il y a donc une autre musique internationale, qui est celle de la bienveillance. Une disposition à se tourner vers l’autre, une règle de conduite visant à apaiser les rapports, et finalement une attention à autrui. Les acteurs de cette bienveillance sont les États, qui de plus en plus ont compris l’importance d’un climat de confiance entre eux, l’importance d’un désarmement et d’une entraide mondialisée. Ses acteurs en sont aussi des ONG dont c’est l’objet-même, par exemple celles qui s’occupent d’humanitaire, de protection du patrimoine ou de la nature. Mais on trouve également des individus, agissant sur des questions internationales, comme l’aide aux migrants par exemple. Ces mêmes individus peuvent être au cœur de la protection d’un droit international qui se préoccupe de plus en plus d’eux, notamment s’ils vivent dans des régimes autoritaires. La bienveillance est enfin une philosophie, celle du solidarisme théorisé par Léon Bourgeois, ou celle d’une civilisation des mœurs internationales au sens de Norbert Elias, qui pourrait s’incarner dans un multilatéralisme à vocation sociale. 

Puissance politique de la fiction02 Apr 202200:44:41

Pour sa 75e émission, Emmanuel Taïeb reçoit Anne Besson, auteure des Pouvoirs de l’enchantement. Usages politiques de la fantasy et de la science-fiction (Vendémiaire, 2021).

Rituels de campagne électorale02 Apr 202200:45:27

Emmanuel Taïeb reçoit le politiste Laurent Godmer, pour un échange autour de son livre Le travail électoral. Ethnographie d’une campagne à Paris (L’Harmattan, 2021).

L’expression « campagne électorale » est souvent employée de manière vague pour désigner le moment qui précède l’élection. Si chacun sait qu’il s’agit d’un temps de haute intensité, on ignore souvent ce qui s’y passe concrètement. En pratique, il s’agit d’un rituel très codifié, que les professionnels de la politique ont appris à suivre. Car on le sait, il se joue mille coups politiques pendant la campagne : la désignation des têtes de listes, lors d’une élection municipale, le placement en position éligible ou non, l’élimination des uns et des autres, et bien sûr toute l’activité de contacts avec les électeurs. Le « travail électoral » concerne donc aussi bien l’appareil partisan en interne que l’obtention des votes en externe. Les candidats doivent s’ancrer localement, légitimer leur statut, éliminer les alliés encombrants ou ceux qui briguaient la tête de liste, gérer les médias, et quand même préparer un programme et le présenter publiquement aux électeurs.
Mais faire campagne requiert aussi des savoir-faire, ceux qui caractérisent les professionnels. Il faut maîtriser les pratiques, la gestion du porte-à-porte comme celle équipes concurrentes, la routine qu’on n’interroge plus comme les incidents qui surgissent à l’improviste. Il faut savoir rassembler son camp puis rassembler ses électeurs. Jouer avec la direction du parti mais aussi, individuellement, avec ses caciques, et soutenir le bon cheval lors des échéances nationales. Il faut occuper le terrain, physiquement et médiatiquement, notamment dans l’incontournable activité de tractage sur les marchés !
Selon l’élection l’ampleur de la campagne varie, mais les élections municipales offrent un point de vue incomparable sur des fonctionnements peu connus. A taille humaine, personnifiée et personnalisée, elle permet de voir le rituel dans toutes ses étapes et d’en déplier la temporalité propre.
En route pour une promenade politique à travers le 5e arrondissement de Paris !

Les professionnels de l’écologie 02 Apr 202200:44:56

Emmanuel Taïeb reçoit la politiste Vanessa Jérome, qui vient de publier Militer chez les Verts (Presses de Sciences Po, 2021).

Les formations partisanes écologistes se sont considérablement professionnalisées ces vingt dernières années. Au point de devenir une force politique crédible, qui a réussi à obtenir plusieurs ministères et qui a conquit plusieurs villes d’importance, comme Lyon et Bordeaux, sans oublier la ville pionnière, Grenoble. Europe-Ecologie-les-Verts s’est considérablement structuré, proposant à ses membres des formations, et leur garantissant désormais une carrière interne dans le parti et une possible carrière élective. Ce parti a réussi à intégrer des militants venant d’horizons très divers, et a théorisé les meilleurs échelons pour s’aguerrir.
Mais la professionnalisation politique ne se fait pas sans frictions, car elle reste perçue comme synonyme de compromissions et de trahisons pour certains militants écologistes. Des exemples récents illustrent bien cette ambivalence : Cécile Duflot démissionne du Ministère de l’Égalité du gouvernement Ayrault après 22 mois d’exercice, et Nicolas Hulot quitte le Ministère de la Transition écologique au bout de 15 mois. En revanche, quand Emmanuelle Cosse rejoint le Ministère du Logement du gouvernement Valls, c’est elle qui est immédiatement exclue du parti. L’exercice du pouvoir reste la marche que les Verts ont le plus de mal à monter.
Les cadres écologistes conservent en effet un habitus minoritaire, qui les voit parfois se replier sur eux-mêmes, diaboliser la politique, mais aussi être attaqués sur la cohérence entre ce qu’ils défendent et leur mode de vie personnel. Cet habitus fait cependant tenir le parti et renforce l’engagement collectif. Alors, qu’est-ce qu’être une femme ou un homme politique professionnel de l’écologie ?

Le désir de nature02 Apr 202200:44:42

Invités :  Sébastien Dalgalarrondo & Tristan Fournier, auteurs de L’Utopie sauvage. Enquête sur notre irrépressible besoin de nature (Les Arènes, 2021).

Notre époque a ouvert plusieurs fronts pour placer la nature au cœur du  débat public. Un front central qui fait de la ville saturée et polluée  le lieu même du combat pour la diminution des voitures thermiques, pour  des circulations douces, pour sa réappropriation par les piétons, et  surtout pour sa reconnexion avec la nature. Le désir aussi de renouer  avec la nature se niche tout autant dans le développement des AMAP que  dans la volonté de végétaliser la ville, dans la défense des animaux  comme dans la lutte contre un capitalisme aveugle. L’épidémie de  Covid-19 est venue parachever la critique d’un certain mode de vie  occidental avec lequel il faudrait rompre d’urgence. Et les confinements  ont été marqués par la disparition des agressions sonores, des foules  de travailleurs dans les transports, et l’apparition d’un temps pour  soi.
Un autre front en faveur de la nature se tient dans la redécouverte  éclairée de la faune et de la flore qui nous entourent, la redécouverte  de cent plantes comestibles ignorées, et la réappropriation de savoirs  oubliés qui n’ont plus été transmis. Comme si les hommes et les femmes  des villes se sentaient désormais coupés de terroirs et de savoir-faire  qui leur paraissent maintenant importants.
Le dernier front est partisan. Aux dernières élections européennes, on  comptait deux listes écologistes, un parti animaliste et un parti de la  décroissance. L’écologie politique se veut de moins en moins une  perspective marginale, mais bien une solution crédible pour un avenir  que les collapsologues et les rapports inquiétants du GIEC prédisent  apocalyptique.
Comment lire ce désir de nature ?

Les faux-semblants de David Fincher 02 Apr 202200:46:24

Emmanuel Taïeb reçoit la critique ciné Juliette Goffart, pour un échange autour de son livre David Fincher, l’obsession du mal (Marest éditeur, 2021).

Seven, Fight Club, The Social Network, Benjamin Button, House of Cards…  Toutes ces fictions ont en commun un même cinéaste, David Fincher.  Après être passé par les effets spéciaux et par le clip, David Fincher  rejoint à Hollywood la petite famille des réalisateurs à succès. Non  sans quelques difficultés avec Alien3, son premier film, sur lequel il n’a pas le final cut.  Mais dès ce moment, il va réussir à développer une oeuvre singulière,  tournant autour de quelques obsessions et quelques figures, comme celles  des serial killers. Dans le cinéma de David Fincher, les  personnages marquent autant que les ambiances. C’est le propre des films  dérangeants que de se déposer longtemps après leur visionnage, et  d’être associés à des images fortes, comme cette scène dans le désert à  la fin de Seven, ou le visage de Marc Zuckerberg rechargeant  indéfiniment sa page Facebook pour voir si la femme qu’il a perdue le  demande comme ami. Le réel dysfonctionne chez ce cinéaste. Il semble  palpable, mais il se dérobe ; il est un immense faux-semblant, une  immense supercherie sortie d’un cerveau malade Fincher met en scène des  mises en scène, jamais très loin de Hitchcock, de Brian de Palma, voire  de Christopher Nolan. Pour Fincher, doubler la fiction dans la fiction  permet d’accéder à un autre pan du réel, celui qui s’agite dans les  esprits et celui qui ouvre vers le Mal. C’est cette schizophrénie  originelle qui autorise à s’attarder sur les rituels meurtriers et les  huis-clos étouffants. C’est ce trouble entre le réel et la fiction,  l’exploration de psychés malades qui voient et diffusent des signes  partout, qui ont rendu cultes plusieurs de ses films. David Fincher est  un obsessionnel du Mal, qu’il filme frontalement, mais dont il montre  aussi la dissémination dans une Amérique qui rend fous ceux qui la  peuplent.

Djihadisme et contre-terrorisme : la guerre globale 02 Apr 202200:43:57

Emmanuel Taïeb reçoit le chercheur Marc Hecker, co-auteur avec Elie Tenenbaum de La Guerre de vingt ans. Djihadisme et contre-terrorisme au XXIe siècle (Robert Laffont, 2021).

Le 21 janvier 2021 à Bagdad, un double attentat à la ceinture  d’explosifs fait 32 morts sur une place de marché. C’est un attentat qui  n’a pas de nom et qui ne restera peut-être pas dans l’histoire. C’est  pourtant l’attentat le plus meurtrier de ces trois dernières années. Il a  été attribué à Daech. Et il s’inscrit dans la longue litanie de la  violence djihadiste, dont l’attaque contre les tours du World Trade  Center le 11-Septembre 2001 marque le commencement. La fin de la Guerre  froide a en effet été le début d’une autre guerre globale, beaucoup plus  « chaude » ; celle que les mouvements djihadistes déclarent aux pays  qui les ont vu naître et à l’Occident tout entier. Tandis qu’en réponse  les États-Unis et l’Europe lancent une « guerre contre le terrorisme »,  qui parfois dit son nom et parfois le cache, mais avec des modalités  différentes, et qui en tout cas remettent la question de la sécurité au  cœur des débats politiques.
Si l’intégrisme religieux et la radicalisation politique sont anciens,  le djihadisme comme doctrine irréductiblement religieuse et politique, a  ceci de nouveau qu’il a essaimé sur toute la planète. Les Talibans en  Afghanistan, Al-Qaïda au Moyen Orient, Al-Quaïda au Maghreb islamique,  puis Daech, l’Etat islamique, ou Boko Haram en Afrique subsaharienne.  Tous ces groupes ont théorisé l’action violente, et comptent bien  déstabiliser les pays ennemis par les armes. Même si désormais l’espoir  d’instaurer un califat s’évapore, le recours au terrorisme persiste.  Souvent le fait de ceux qu’on appelle des « homegrown terrorists », nés  dans le pays qu’ils prennent pour cible, après un entraînement dans la  zone syro-irakienne. En France, les attentats contre Charlie Hebdo,  l’Hypercacher, contre les passants de la promenade des Anglais à Nice,  et bien sûr les attaques du 13 novembre 2015, s’inscrivent dans cette  offensive djihadiste mondiale.
Pour rompre avec les analyses très générales du djihadisme, et les  querelles idéologiques indécidables, il faut revenir aux faits et c’est  ce qu’entreprend mon invité Marc Hecker, dans une livre qu’il vient de  co-signer sur le sujet.

Le désir de complotisme02 Apr 202200:43:32

Invité : Sylvain Delouvée, qui a co-écrit avec Sebastian Dieguez, Le complotisme - Cognition, culture, société (éd.Mardaga) 

Le complotisme est un  phénomène protéiforme, plus ancien qu’il n’y paraît. Parce que la figure  du citoyen-détective qui découvre une vérité cachée, est une figure  qu’on trouve dans la littérature dès le début du 20e siècle. Le complotisme touche en tout cas à la crédulité, à la désinformation, à la psychologie du raisonnement, et voyage :  de la terre plate au trafic d’enfants. Le complotisme est composite. Il  mute selon les époques et les enjeux. Si son fond antisémite est  toujours bien présent, on voit à l’inverse que la passion pour les  ovnis, par exemple, est maintenant passée de mode. Aujourd’hui, le  complot dénoncé est celui d’élites malfaisantes qui voudraient  confisquer le pouvoir, vacciner et contrôler les populations.

Pour autant, le complotisme n’est pas une simple critique des banques ou du capitalisme, car il s’agit avant tout d’un imaginaire particulier. Le complotisme ne sert pas à identifier des complots de manière sérieuse : il sert à décréter qu’il y a  un complot, sans avoir besoin d’enquêter plus avant. Les puissances  dénoncées sont tellement secrètes qu’on ne les verra jamais. Ce qui  compte c’est la théorie du complot elle-même, l’accusation,  l’entrée dans un sociabilité parallèle d’initiés. L’accusation de  comploter ne disparaît d’ailleurs pas, même des années après avoir été  lancée, et même en l’absence de preuves.

Le complotisme a fini par devenir un phénomène propre à la culture de  masse. Mais une telle diffusion n’est pas sans effet. Entre ceux qui  sont complaisants à l’égard du conspirationnisme et les complotistes  bien décidés à passer à l’action, parfois violente, on mesure tout le  danger démocratique que peut représenter l’imaginaire du complot.

L'imaginaire médiéval dans les séries06 May 202300:45:01

L'imaginaire médiéval dans les séries, avec Justine Breton, Maîtresse de conférence en littérature. 

Les séries médiévales sont en pleine expansion, et plusieurs d’entre elles ont connu des succès critiques ou publics très importants. Je pense évidemment à Game of Thrones, à The Witcher mais aussi à Kaamelott. Avec pour ce genre, des budgets qui explosent. Aux 100 millions de dollars par saison de Game of Thrones, répondent les 465 millions de dollars pour quelques épisodes des Anneaux de pouvoir. Certaines séries se veulent au plus près d’une réalité historique, là d’autres préfèrent explorer les contrées plus libres de la Fantasy. Mon invitée, Justine Breton, en a compté plus de 80 depuis 1949, en France et aux États-Unis notamment. Mais toutes ces séries ont en commun de construire et de relever du « médiévalisme ». Le médiévalisme est au Moyen Âge ce que l’orientalisme est à l’Orient : une vision fantasmatique qui en dit plus sur celui qui regarde que sur la réalité de ce qui est dépeint. Le Moyen Âge fictionnel a tendance à voir les hommes et les sociétés du passé comme plutôt arriérées et figées, pauvres, obscurantistes, violentes. Les personnages secondaires sont couverts de boue, les dents gâtées, les vêtements marrons ou gris, et les cathédrales étrangement blanches comme celles que nous connaissons, alors qu’elles auraient dû être pleine de cours. Tout ce Moyen Âge renvoie en fait davantage à l’image que nous en avons et même que nous attendons, qu’à une plausibilité historique. C’est ainsi surtout notre imaginaire qui est figé et pas la période filmée. Pour autant, l’intérêt de ces fictions réside précisément dans ce contraste entre une époque reculée et des enjeux très contemporains. Ainsi, le héros ou l’héroïne de la série n’est jamais tout à fait un pur représentant du Moyen Âge : il est en avance sur son temps, ingénieux, sécularisé, magnanime. Il est aussi souvent issu de la noblesse, car le peuple n’est pas jugé très cinégénique. Bref, ce héros fait avancer à lui tout seul la période qu’il habite ! Il est notre alter-égo de fiction qui raconte ce que nous ferions si nous étions projetés au Moyen Âge, dans un anachronisme revendiqué.

Au risque du rire02 Apr 202200:45:53

Emmanuel Taïeb reçoit les politistes Cédric Passard, co-directeur avec Denis Ramond de De quoi se moque-t-on ? Satire et liberté d’expression (éd. du CNRS, 2021)
et Paul Zawadzki, co-directeur avec Frédéric Gugelot de
Rire sans foi ni loi ? Rire des dieux, rire avec les dieux (Hermann, 2021)

Le pluriel devrait être de mise lorsqu’on parle du rire. Car tout  sépare le rire d’émancipation du rire de mépris; et l’humour inclusif de  celui qui charrie un message de haine. Les sources même du rire sont  innombrables : gravure, dessin de presse, libelle, pamphlet,  marionnettes, vidéos parodiques, chansons détournées ou fausses pubs.  Ses formes aussi : la dérision, le sarcasme, la moquerie. De Daumier à  Cabu, la caricature se confond même historiquement avec la naissance de  la presse et avec la critique des élus.

Parmi les variétés du rire, il y a désormais le rire brisé, celui qui  a été fracassé par les kalachnikovs un matin de janvier 2015, quand la  rédaction de Charlie Hebdo a été assassinée. Il semble depuis qu’un  pacte tacite ait été rompu, et qu’on intime aux dessinateurs et aux  humoristes de ne plus aborder certains thèmes, ou même de se taire. La  dénonciation politique de l’humour, et le tribunal populaire des réseaux  sociaux entendent fabriquer des censures, qui rendent couteux l’usage  de la liberté d’expression. Rire et faire rire est devenu risqué. Un  risque existentiel même. Mais les offensés ne voient le rire qu’au  singulier. Ils ne raisonnent plus qu’en termes de blasphème, de trauma  et d’atteinte à la liberté de croyance. Les offensés sont offensifs, et  les humoristes sont désarmés. A force de dire qu’on ne peut plus rire de  tout, on en arrive à le plus rire du tout.

Ce serait oublier pourtant que le rire et la satire sont éminemment  démocratiques. Ils participent de l’autonomie de la société civile, et  de sa bonne santé critique. Celle qui s’en prend aux gouvernants, aux  religions instituées, aux dogmes et bien sûr aux intégrismes. La  caricature fait peur aux puritains et aux régimes autoritaires, car elle  rappelle que le roi est nu.

C’est précisément cette fonction critique qui nous invite à rire encore et toujours !

Le grand arbre des mythes02 Apr 202200:44:57

Emmanuel Taïeb reçoit l’anthropologue et historien Julien d’Huy, pour un échange autour de son livre Cosmogonies. La préhistoire des mythes (La Découverte, 2020).

On les a dits « fondateurs » ou « nationaux », mais les mythes ne se laissent pas enfermer dans des frontières. Ils ne servent pas qu’à légitimer des entreprises politiques. Car comment expliquer sinon que du fin fond de la Sibérie à la pointe de l’Europe, en passant par les Amériques, plusieurs grands mythes humains ont comme un « air de famille » ? Pour le comprendre, il faut rompre avec l’idée que les mythes ne seraient que des récits légendaires qu’il faudrait à tout prix déconstruire. Au contraire, les prendre au sérieux reste la meilleure manière de les saisir comme phénomènes sociaux.

De Claude Lévi-Strauss à Youri Berezkin, l’anthropologie est là pour rappeler que l’étude des mythes doit dépasser le nationalisme méthodologique. Car c’est bien le monde qui est leur échelle véritable ; si l’on comprend les mythes comme des manières de lui donner sens. Ils sont tout à la fois des narrations, des explications, des théories, des croyances, mais aussi des bornes historiques et pré-historiques. Suivre les évolutions de certains mythes, c’est suivre en fait des déplacements de population très anciens à la surface du globe. Chaque fois que les récits épiques se recomposent, s’épuisent ou renaissent, ils délivrent les traces de l’histoire du peuplement.

A partir de la convergence de grandes thématiques, il devient ainsi possible de dessiner une arborescence des mythes, qui dit quelque chose de leur parcours, des peuples qui les ont transportés avec eux, et du sens qu’ils charrient. On peut donc relire les mythes à l’aune de la statistique, plus que de la sémiologie, ou à l’aune de l’évolution comme le font les biologistes, pour en retrouver les branches les plus cachées. Analyser le grand arbre des mythes c’est remonter à ses racines profondes qui sont celles de l’humanité.

Aaron Sorkin, le dernier idéaliste07 Mar 202201:01:06

Aaron Sorkin est un créateur touche-à-tout : scénariste, producteur, dramaturge et réalisateur. Peu connu en France, il est considéré aux États-Unis comme un des grands créateurs de sa génération.


S’il fallait le resituer en deux œuvres célèbres, on pourrait rappeler qu’il a été le showrunner de la série A la Maison-Blanche, pour ses quatre premières saisons, et le scénariste du film de David Fincher sur Mark Zuckerberg : The Social Network.


L’œuvre d’Aaron Sorkin est marquée par une forme d’idéalisme ou de romantisme, écrivant pour ses personnages des dialogues où ils ont une haute idée de leur métier, des valeurs qu’il faut défendre, par exemple les valeurs démocratiques, et une haute idée du collectif et de ses ressources.


Le principe cardinal chez Sorkin est qu’il faut toujours élever le niveau de ce qu’on fait, aller vers le plus exigeant et le plus difficile Et Sorkin se l’applique à lui-même en visant l’intelligence et la culture du spectateur dans tout ce qu’il produit. Toutes les séries qu’il a écrites se déroulent dans un univers professionnel toujours sous pression, par exemple des journalistes dans leur salle de rédaction ou le staff du président dans à la Maison-Blanche.


Très souvent il s’agit d’univers clos, où l’urgence est permanente et où le rythme trépidant de l’activité est rendu dans des dialogues qui fusent. Sorkin ne sait pas écrire des scènes d’action ; il le dit lui-même. Mais il est une dialoguiste hors-pair, car c’est par les dialogues qu’il fait passer les enjeux narratifs, les arguments et nombre de références culturelles ou politiques qui ancrent ses personnages dans des filiations précises.


Parmi ces filiations se trouvent celle qui fait de l’Amérique le lieu où l’inventivité et la conviction doivent pouvoir triompher du conformisme et des pesanteurs. Il n’est dès lors pas étonnant de voir Aaron Sorkin filmer des procès, des salles de presse et bien sûr le cœur même du pouvoir et de la démocratie.

Steven Soderbergh, artisan du cinéma15 Feb 202200:45:00

 Emmanuel Taïeb reçoit la journaliste ciné Pauline Guedj pour évoquer son livre Steven Soderbergh, anatomie des fluides, sorti chez Playlist Society en 2021.

Steven Soderbergh est cinéaste insaisissable et prolifique, qui alterne des films calibrés pour le grand public, par exemple Erin Brockovich ou Ocean’s Eleven et des films plus artisanaux et moins connus. Comme si à tous les stades de sa carrière, Soderbergh devait vérifier qu’il était capable d’apprendre et de rester connecté à l’essence même de la création artistique. Soderbergh est, à sa manière, un cinéaste expérimental. Le méconnu Kafka, avec Jérémy Irons, flirte avec l’expressionnisme, et dans d’autres long-métrages il s’agira de revisiter le film noir, le film d’action, de jouer avec le montage et les filtres. Par exemple dans Traffic, dont la lumière couleur sable est la marque de fabrique reconnaissable.
A chaque projet, la préoccupation de Soderbergh est de « faire cinéma » à partir d’une histoire, de penser une esthétique au service d’un scénario, et de faire de chaque film une expérience unique. Il embrasse toutes les technologies à partir du moment où elles servent la cinématographie. Il se fait homme-orchestre, contrôlant à la fois la lumière et le montage. Il se fait aussi producteur pour accompagner les projets de ses amis, de Todd Haynes à Christopher Nolan, à leurs débuts. Il filme des scénarios originaux, mais n’hésite pas aussi à faire des remakes ou à tourner des documentaires. Tout cela fait de Steven Soderbergh un « auteur », un des derniers auteurs à Hollywood, tant l’industrie du cinéma semble s’être perdue dans la production de blockbusters interchangeables.
Steven Soderbergh est un cinéaste de la fluidité, écrit Pauline Guedj : plutôt que de rester cramponné à une technologie ou à une forme, à un propos ou à un thème, il évolue avec chaque film, et se réinvente. Fluidité donc de sa trajectoire de réalisateur, de son approche, de ses modèles esthétiques, et même de sa capacité à se projeter lui-même. Il annonce ainsi régulièrement qu’il ne tournera plus, mais se lance ensuite dans des entreprises colossales. On pensera ici à la magnifique série The Knick, sur un hôpital new-yorkais du début du XXe siècle.

Le cinéma de David Cronenberg29 Mar 202100:45:13

Invité : Fabien Demangeot, auteur La transgression selon David Cronenberg (Playlist, 2021) 

Le numérique comme arme de guerre29 Mar 202100:44:45
Le populisme en action29 Mar 202100:45:19

Invités : Alain Dieckhoff, auteur de Populismes au pouvoir (avec Christophe Jaffrelot et Elise Massicard), Presses de Sciences Po, 2019 ; et Federico Tarragoni, pour L’esprit démocratique du populisme (La Découverte, 2019) 

Clint Eastwood, une ambiguïté héroïque29 Mar 202100:45:01

Invité : Jean-Louis Fabiani, auteur de Clint Eastwood (La Découverte, 2020) 

L’œuvre de Clint Eastwood a longtemps échappé aux assignations esthétiques et politiques généralisantes. Jugé réalisateur et acteur mineur à ses débuts, ou policier « fasciste » dans la série des Dirty Harry, il va, au fil de sa carrière exceptionnelle, être consacré comme « auteur » par la critique, et incarner l’Amérique post-raciale et la déconstruction du masculinisme traditionnel d’Hollywood. Tout cela sans que l’homme Clint Eastwood ne semble changer d’un iota, toujours libertarien et supporter du Parti républicain.

Par quel tour de force le cinéma de Clint Eastwood peut-il provoquer tant de lectures contraires ? La réponse tient dans l’analyse sociologique de ses ambiguïtés que propose Jean-Louis Fabiani. Il faut ainsi rappeler sa volonté d’indépendance, qui l’a conduit à faire le pari d’aller tourner en Italie des western spaghetti, parce que sa carrière d’acteur ne décollait pas, à monter sa propre société de production, Malpaso, qui lui assure un contrôle quasi total de ses films, et bien sûr à se lancer tardivement dans la réalisation.

Cinéaste du récit, qui n’entend pas révolutionner les formes de la mise en scène, Clint Eastwood propose à l’Amérique un miroir inédit, où les questions du genre et de la race sont en même temps convoquées et congédiées. Le monde social de ses films est bien celui d’aujourd’hui, mais les personnages incarnés par Eastwood le regardent avec une ironie critique, et dans le refus de toute idéologie. Le propos d’Eastwood n’est ni masculiniste ni féministe, ni racialiste ni post-racial. Tout se joue ailleurs, dans le triomphe de la morale, de l’amitié, de la transmission, souvent dans la dénonciation de la violence, laissant ouvertes toutes les interprétations sur son cinéma.

Penser avec la fiction29 Mar 202100:44:48
Un film-monde : la Maman et la Putain29 Mar 202100:44:52

Invités : Arnaud Duprat et Vincent Lowy, coordinateur de l’ouvrage La Maman et la Putain. Politique de l’intime (Le Bord de l’Eau, 2020) 

Les virus qui soignent23 Mar 202300:44:48

L’épidémie de Covid-19 a révélé à quel point nous étions dépendants des mutations des virus, de la présence des microbes, des bactéries et des germes, mais aussi à quel point nous étions tous interdépendants, pris dans des relations complexes entre entités microscopiques, épidémiologistes travaillant sur elles, organisations mondiales, gouvernements et industrie pharmaceutique. Si cette épidémie a reconduit la perception négative du mot « virus », il existe des virus qui soignent, notamment des infections tenaces. On les appelle des « phages ». Ils sont connues depuis plus d’un siècle, mais leur mise sur le marché tarde, car ils sont multiples, difficiles à produire de manière générique, et surtout sont concurrencées par les antibiotiques. Or l’efficacité des antibiotiques est en train de s’épuiser et la perspective du retour d’infections mortelles devient alarmante. Ce qu’on appelle « l’antibiorésistance » fait désormais planer une menace sur l’efficacité des opérations de chirurgie de routine ou des transplantations d’organes. En France, l’assurance maladie avance le chiffre de 12.500 décès par an imputable à l’inefficacité des antibiotiques.

Une alternative est la thérapie phagique, où les « phages » vont littéralement manger les bactéries infectieuses. Mais leur seule existence ne suffit pas à leur reconnaissance, car l’enjeu, médical et politique, est de leur conférer le statut d’entités thérapeutiques. L’autre enjeu, corollaire, étant de reconnaître l’antibiorésistance comme un problème majeur de santé publique. A nouveau, tout est lié, entre la médecine, les corps individuels, les microbes, la réglementation et la politique. Pour que la thérapie phagique existe, il faut défaire certaines relations, par exemple celles aux antibiotiques, en inventer de nouvelles, avec les microbes, et s’appuyer sur de nouveaux savoirs, y compris ceux produits par les patients eux-mêmes.  

Ces nouvelles relations commencent à de déployer dans certains laboratoires, dans le dialogue intime entre le malade et son infection, et dans le dialogue avec la médecine et ses conservatismes. Elles se déploient internationalement, quand les malades vont chercher des phages en Géorgie et en Russie et trouver là des produits plus performants que les promesses européennes ou nord-américaines. Comment faire émerger la phagothérapie au crépuscule de la cure antiobiotique ?

La peine de mort au XXe siècle29 Mar 202100:46:05

Invité : Nicolas Picard, auteur de Le châtiment suprême. L’application de la peine de mort en France (1906-1981),  Institut Universitaire Varenne, 2018. 

Au-delà des séries29 Mar 202100:44:16
A la recherche de Denise Holstein29 Mar 202100:44:58

Invités : Myriam Weil, productrice, et Baptiste Antignani, auteur et réalisateur, pour leur documentaire Une vie nous sépare (Federation Entertainment et France Télévision), et le livre Une vie nous sépare (Fayard, 2020). Autour de la figure de Denise Holstein, née à Rouen et rescapée d’Auschwitz. 

Game of Thrones : une chanson de places et de fans29 Mar 202100:44:46

Invité : Nicolas Allard, pour un échange autour de son livre L’univers impitoyable de Game of Thrones (Armand Colin, 2018). 

L'info sur les réseaux sociaux29 Mar 202100:44:38

Invité : Arnaud Mercier, pour un échange autour de son livre qu’il a coordonné avec Nathalie Pignard-Cheynel, #info. Commenter et partager l’actualité sur Twitter et Facebook (éd. FMSH, 2017). 

Y a-t-il une vie après The Leftovers ?29 Mar 202100:44:43

Invité : Pacôme Thiellement, pour un échange autour de son livre co-écrit avec Sarah Hatchuel, The Leftovers, le troisième côté du miroir (Playlist Society, 2019). 

La masculinité conquérante29 Mar 202100:44:00

Invitée : Mélanie Gourarier, pour un échange autour de son livre Alpha Mâle. Séduire les femmes pour s’apprécier entre hommes (Seuil, 2017). 

Ne pas désespérer du monde29 Mar 202100:29:27

Invités :Sonia Le Gouriellec, politiste, coordinatrice de l’ouvrage Notre monde est-il plus dangereux ? 25 questions pour vous faire votre opinion (Armand Colin, 2017), et Benjamin Oudet, politiste, contributeur de l’ouvrage 

L’Europe et les Juifs29 Mar 202100:29:54

Invité : Danny Trom, auteur de La France sans les juifs (PUF, 2019)

Les mondes de Christopher Nolan29 Mar 202100:30:21

Invité : Timothée Gérardin, auteur de Christopher Nolan, la possibilité d’un monde (Playlist Society, 2018)
Son blog de cinéma : Fenêtres sur cour 

Des villes sans enfants 04 Mar 202300:44:30

Nous avons bien en mémoire les photos de Robert Doisneau montrant des enfants dans les rues de Paris, faisant d’une place ou d’une entrée d’immeuble leur terrain de jeu ; allant faire les courses pour leurs parents et revenant avec une baguette sous le bras. Nous avons en tête l’image du titi parisien et les petits Poulbots aux grands yeux. Dans Les 400 coups, Truffaut filme des collégiens qui font le mur et semblent très à l’aise dans le métro ou dans la grande ville. Plus près de nous, ceux qui ont grandi dans les années 80 descendaient le soir faire un foot avec les copains ou tourner en roller dans le quartier. L’absence de code ou de barrière pour entrer dans les immeubles autorisait des déambulations un peu à l’écart et transformait chaque cour en un petit lieu propice à tous les secrets… 

Mais progressivement, la ville a changé et la place des enfants dans l’espace urbain s’est considérablement modifiée. Pour les parents, la ville est devenue menaçante. Trop de voitures, trop de chauffards, trop de jeunes qui tiennent les murs, de trafic de drogues, de SDF, de pédophiles et de kidnappeurs potentiels. Les entrées des immeubles ont été claquemurées, dotées de multiples sas, et la crainte que les enfants ne fassent une « mauvaise rencontre » les a littéralement changés en « enfants d’intérieur » qu’on ne laisse plus trop sortir.

Si la ville est désormais perçue comme hostile par nombre de parents, ils ont pour mission d’y préparer leurs enfants. Car il faut bien qu’ils sortent, qu’ils traversent la rue, qu’ils prennent le métro, et qu’ils anticipent des interactions. La condition de leur autonomie passe par une véritable éducation à la ville, qui à la fois les met en garde et leur donne les clefs d’une vraie liberté urbaine. Mais cette éducation à la ville est socialement située, sociologiquement différenciée, selon la classe sociale des parents, selon leur propre trajectoire, et bien sûr selon la ville. Si à Berlin on peut voir de très jeunes enfants aller seuls à l’école, ce n’est le cas ni à Paris, ni à Milan, sur lesquelles a travaillé Clément Rivière.

Le système de santé aux Etats-Unis29 Mar 202100:29:15

Invitée : Elisa Chelle, auteure de Comprendre la politique de santé aux Etats-Unis (Presses de l’EHESP, 2019) 

Pour une nouvelle politique de la culture29 Mar 202100:30:10

Invitée : Laurence Engel, auteure de Que peut la culture ? (éd. Bartillat, 2017) 

25 ans après : le génocide des Tutsis29 Mar 202100:28:49

Invité : Florent Piton, auteur de Le génocide des Tutsi du Rwanda (La Découverte, 2018) 

La séduction de la haine26 Mar 202100:29:37

Invitée : Hélène L’Heuillet, auteure de Tu haïras ton prochain comme toi-même (Albin Michel, 2017)

Berlin, jeune ville ancienne26 Mar 202100:29:01

Invitée : Pascale Laborier, co-auteure avec Denis Bocquet de Sociologie de Berlin (La Découverte, 2016) 

L’échelle mondiale des entreprises26 Mar 202100:30:26

Invités : Christian Chavagneux, et Marieke Louis, auteurs de Le pouvoir des multinationales (Puf – la Vie des Idées, 2018) 

Quand l’islamisme gouverne26 Mar 202100:29:51
En même temps, droite et gauche26 Mar 202100:29:48
La famille comme lieu de mémoire26 Mar 202100:29:34

Invitée : Audrey Célestineauteure d’Une famille française. Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie (Textuel, 2018). 

Mad Men, les nouvelles routes de l’Amérique26 Mar 202100:30:58

Invité : Damien Leblanc, auteur de Les Révolutions de Mad Men (Playlist Society, 2017) 

La langue du Mal04 Feb 202300:43:24

La langue du Mal.

Olivier Mannoni, germaniste et traducteur. En 2016, le livre d’Hitler, Mein Kampf, Mon Combat, est tombé dans le domaine public. De ce livre, nous avions d’anciennes traductions en français, très lissées, qui avaient considérablement amélioré le style propre d’Hitler. Ces vieilles traductions ont circulé sous le manteau puis sur Internet. Or, Mein Kampf n’est évidemment pas un livre comme les autres. C’est un livre radioactif, maléfique, le programme du nazisme, un long bréviaire de la haine, et un pamphlet politique-symptôme absolu du populisme antisémite qui sévissait en Allemagne dans les années 20. S’il n’annonce pas explicitement la Shoah, car en 1924 elle n’a pas encore été planifiée, il en est le prodrome le plus hargneux et le plus obsessionnel. Ce livre-là, plus que tout autre, appelait donc une nouvelle traduction, qui cette fois resterait au plus près de la langue chargée et illisible d’Adolf Hitler. Car le succès politique de ce livre ne doit rien à ses qualités littéraires, inexistantes, mais bien à sa capacité à faire passer des idées terribles par la simplification du langage. Pas question donc d’illusionner le lecteur en nettoyant le texte de ses erreurs et de ses lourdeurs. Il fallait le donner comme il avait été lu et comme il avait été écrit au moment de sa parution. Il fallait restituer la grandiloquence pathétique d’un Hitler qui n’est encore qu’un peintre et un putschiste raté. Ce livre-là, plus que tout autre, appelait aussi un appareil critique, un accompagnement, fait par des historiens professionnels, pour l’encadrer, l’expliquer et l’analyser. Pas question donc de laisser ce livre-seul. Cette entreprise de traduction a été menée par Olivier Mannoni, mon invité, et supervisée par plus de vingt historiens, dont Florent Brayard ; et elle a été publiée sous le titre Historiciser le Mal, aux éditions Fayard. Mais on ne sort pas complètement indemne de la traduction d’un tel ouvrage ; on ne sort pas indemne de la fréquentation des racines du mal. En traduisant Mein Kampf pendant plusieurs années, Olivier Mannoni a fait œuvre d’historien, de linguiste et bien sûr de passeur de la réflexion indispensable sur le nazisme et le totalitarisme.

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