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La réputation // Margot Déage, Maud Ventura, Gloria Origgi, Robert Maggiori02 déc. 202401:33:47

CONVERSATION

Présentée par Robert Maggiori

Avec : 

Margot Déage, Sociologue

Maud Ventura, Écrivaine 

Gloria Origgi, philosophe


De même que l’on parle et devient sujet en recevant la langue des autres, de même ce que l’on est et ce que l’on pense dépend, en grande partie – du moins originairement – de ce que les autres pensent et pensent que je suis. Aussi le matamore ou l’olibrius qui affirmerait ne tenir aucun compte de ce qu’autrui pense de lui serait-il peu crédible. Chacun sait qu’un seul mot venant d’un proche, voire d’un inconnu, peut aussi bien redonner courage et vie que blesser mortellement l’âme. De ce que l’on dit (fari) ou pense (putare) de nous, naissent soit la fama (laquelle, avant d’être «gloire» ou «célébrité» est d’abord une nouvelle, souvent incontrôlée, qui se diffuse rapidement et largement), soit la réputation, faite des opinions, des jugements, des façons, positives ou négatives, dont on est «estimé» ou «considéré» par autrui. Il serait hasardeux d’estimer que la réputation relève moins de ce que l’on est que de ce qu’on a fait, publiquement. Répondant assez mal à la volonté, aléatoire et peu susceptible d’être contrôlée, elle ne se réduit cependant pas à une simple «extension» du moi, pas plus que l’habit ne fait le moine. Elle est une forme de présence d’autrui et de la société en moi, dont je ne puis (ni ne veux souvent) me départir et qui, un peu comme un accent dans la façon de parler, m’annonce, me précède («elle arriva pour un concert à Paris précédée d’une réputation sulfureuse…»), me préfigure, me porte… C’est pourquoi, comme à l’honneur autrefois, l’atteinte à la réputation écorche non l’apparence mais la personne elle-même. Certes, on peut rester coi, vivre heureux en vivant caché, mais si l’on a recherché une «visibilité», la renommée ou la célébrité, et qu’on les a gagnées par son travail, ses talents, ses exploits, son art, alors leur amenuisement ou leur volatilisation seront vécues comme une sorte de mutilation, qu’accompagne la souffrance du «retour à l’anonymat». C’était le cas, jadis, de certaines figures du sport ou du spectacle, dont plus personne ne retrouve les noms ni ne sait qu’elles eurent à une époque une immense popularité.

La révolution numérique, les réseaux sociaux, la communication instantanée et généralisée ont modifié les choses. La réputation n’est plus attachée à une notoriété acquise par ses œuvres (peu importe leur nature: cinématographiques, architecturales, culinaires, sportives, artistiques, littéraires, graphiques….) mais peut naître en quelques secondes d’un tweet, d’une story, une image ou une vidéo qui «font le tour du monde». Plus encore: elle est liée à la simple «activité», souvent ludique, à laquelle chacun(e) se livre sur les réseaux sociaux et qui, volens nolens, suscitent une e-reputation, tantôt durable, le plus souvent éphémère, mais, du fait qu’à sa formation contribuent de parfaits inconnus, totalement incontrôlable et à la merci de tous. (...) Il suffit d’un message, repris et relayé avec une incompréhensible et ignoble gourmandise – un ragot, un persiflage, une calomnie, une allégation gratuite… – pour ruiner une réputation, ou plutôt l’inverser en «mauvaise réputation», sceau infâme imprimé non sur les «habits» de la victime mais sa peau même. Que s’est-il passé dans la société pour que naisse à si grande échelle le désir de dénigrement, de diffamation. Si « l’ homme est un loup pour l’homme », la guerre, on le sait est de tous contre tous. Mais qu’advient-il s’il se mue en corbeau, postant, la nuit, dans des réseaux asociaux, messages et lettres de délation?


Robert Maggiori



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C’était mieux avant ? // Cynthia Fleury, Robert Maggiori, David Djaïz13 nov. 202401:36:18

N’a-t-on pas dit, longtemps, que du passé il fallait faire table rase, afin que les lendemains chantent et que l’avenir soit radieux ? Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et aujourd’hui il semble bien qu’on ait changé de cap et fait un demi-tour complet : on ne veut plus regarder vers le futur, inconnu, trop chargé de menaces encore indéchiffrables, et on se retourne avec délectation vers le passé, connu, irréversible, mais interprétable à loisir, tel un mythe. Déjà rognée par de multiples et plus ou moins vraisemblables dystopies, l’utopie cède la place à ce que le sociologue Zygmunt Bauman a nommé, dans un ouvrage écrit quelques mois avant sa disparition en 2017, une « rétrotopie », faite de la volonté rétrograde de revenir à un passé tantôt réinventé, tantôt idéalisé ou sacralisé, qui fait dire à ceux et celles qui la portent : « C’était mieux avant ! »

Comment expliquer cette navigation à rebours, dans les mentalités, les postures sociales ou les discours politiques ? Cela n’existe pas, une société ou une civilisation qui affirme : voilà, la perfection est atteinte, en tous les domaines, il s’agit désormais d’aller vers le moins bien, le pire. Comme l’écrit Thomas d’Aquin (Somme théologique, I-II, Q97, a1), il semble naturel, pour la raison humaine, d’« aller par degrés de l’imparfait au parfait », ou du moins de s’en approcher « progressivement ». Ce qui est pensé et fait, partout et à toute époque, l’est toujours en vue d’une amélioration, d’un pas en avant, d’un progrès – même si les résultats, ensuite, non calculés, non prévus, se révèlent catastrophiques. Nul n’aurait l’idée de construire exprès des ponts moins solides, des télescopes moins précis ou des avions moins sûrs que ceux qui existent. C’est pourquoi l’avenir demeure un habitat naturel d’espoirs et de légitimes expectatives – sinon une sphère de liberté, où tout peut encore advenir. On peut comprendre évidemment que l’élan vers le futur, telle la perche du sauteur en hauteur, s’appuie sur le sol de la tradition, de ce que le passé a charrié comme expériences, leçons, mises en garde. Mais comment comprendre que la foi dans le progrès – au nom de laquelle on a parfois justifié le pire – se dissipe et puisse laisser se répandre une « épidémie globale de nostalgie » (Bauman), voire un passéisme qui se rend lui-même aveugle aux réalités présentes ? C’était vraiment mieux avant ? Mais avant… Quand ? Avant 1989 ? Avant les Trente glorieuses ? La Première guerre ? L’âge des Lumières ? La Renaissance ? Le Moyen Âge ? l’Empire romain ? Quand il y avait l’esclavage, quand les enfants mouraient en nombre à la naissance, quand les femmes n’avaient aucun droit, quand on ne savait pas soigner les épidémies, quand on s’éclairait à la bougie ? Nul ne nie que de sombres nuages obscurcissent l’avenir, que le changement climatique menace la vie même sur Terre, que la révolution numérique et les réseaux sociaux ont provoqué des modifications radicales dans les façons de connaître, de faire, d’être et d’être-ensemble, provoqué de profondes déchirures du tissu social et renforcé la croyance que dans les États-nations la politique est impuissante. Est-ce parce que la route devant nous est de brouillard que l’on préfère, non sans risques, regarder dans le rétroviseur ? C’était mieux avant ? Peut-être. Du moins si on enferme la question dans une simple psychologie personnelle : bien sûr, c’était mieux avant, car « avant » est le temps de la jeunesse, le temps, pour chacun, de ses vingt ans.

Robert Maggiori


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Comment tu me parles ?! // Camille Riquier, Claire Marin et Étienne Bimbenet 01 août 202401:15:21
Certains chercheurs ont pu établir, avec des méthodes certainement sérieuses, que, lors d’une conversation entre deux personnes, ce qui est explicitement dit compte relativement peu dans ce qui est signifié (10, 20 %), et beaucoup moins, en tous cas, que le langage corporel (50 %), qu’on ne maîtrise guère, ou le ton de la voix (30 %), lequel peut transmettre des informations psychologiques qui dépassent, déforment, annihilent ou renforcent le message verbal. C’est la raison pour laquelle, ne comprenant strictement rien de la langue qu’utilise une personne qui s’adresse à nous, on comprend quand même quelque chose de sa manière d’être, de son état émotionnel, son désarroi, sa gaîté, etc. Le ton, qui module la voix en hauteur, en intensité et en timbre, est en lui-même un signifié, et modifie ou module, comme le font aussi l’accent, le rythme, le débit, toute la communication orale. Le ton ne se réfère pas seulement au son de la voix, mais à la manière de parler et à la façon dont s’expriment les sentiments ou les états d’âme : un ton doctoral ou moqueur n’a rien à voir avec la musicalité vocale, et si on prie un interlocuteur de « changer de ton » ou de « baisser d’un ton » on ne lui demande pas de passer d’un do à un si bémol, mais d’être moins agressif ou arrogant, de rabattre ses airs de supériorité. « C’est le ton qui fait la chanson », dit le proverbe, qui s’entend aussi sans musique : c’est la manière dont on exprime les choses, le ton que l’on prend pour les dire qui dénote les véritables intentions de ceux et celles qui se parlent. Dans la conversation sociale, depuis quelques années – en partie à cause des messageries instantanées et des réseaux sociaux, qui, dans la recherche continue du buzz, exigent de vociférer pour se faire entendre – le ton a changé, comme si le durcissement des échanges politiques, le fréquent passage de la revendication à l’action violente, l’éco-anxiété, les conflits armés, la précarité économique, l’incivilité diffuse, etc. avaient déteint sur le langage lui-même, de plus en plus envahi d’invectives, de moins en moins armé d’argumentations, et, bien évidemment, sur le ton – lequel se « hausse » à mesure qu’il devient plus difficile de « se parler ».

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Déjeuner-philo // Charlotte Casiraghi & Élodie Pinel, Moi aussi je pense donc je suis01 août 202400:56:51

Un déjeuner-philo avec Charlotte Casiraghi et Élodie Pinel, autour du récent ouvrage « Moi aussi je pense donc je suis » (Stock, 2024), préfacé par Charlotte Casiraghi.

En association avec la Médiathèque de Monaco, la rencontre est présentée par Béatrice Novaretti, conservateur de la Médiathèque de Monaco.


Simone de Beauvoir, Hannah Arendt, Simone Weil… difficile pour la plupart d’entre nous de citer d’autres noms de femmes philosophes que ceux-là. Sans doute parce que la plupart d’entre elles n’ont pas eu la chance de se voir attribuer le noble statut de « philosophe », tantôt qualifiées de « femme de lettres », ou au mieux de « penseuses » et « intellectuelles ». Et pour les quelques chanceuses qui sont au panthéon des philosophes, on ne connaît bien souvent qu’une infime partie de leur pensée, ou on les réduit à leur pensée féministe.

 

Ce livre vous invite à changer de point de vue et à reparcourir l’histoire de la pensée à travers celle de femmes qui ont fait œuvre de philosophe, alors qu’elles étaient soit exclues de l’institution soit empêchées par les hommes. Vous découvriez une pensée riche, originale, des sujets forts, des formes inattendues, novatrices, car il a bien fallu faire preuve de créativité pour faire entendre sa voix.

 

Pour Elodie Pinel, elle-même professeure de philosophie, il est plus que temps de prendre au sérieux ces femmes philosophes, d’entrer pleinement dans leur œuvre et de militer pour qu’elles intègrent les programmes scolaires et que leurs idées infusent enfin dans notre société.


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Déjeuner-philo // Servane Mouton, Humanité et numérique01 août 202401:23:36

Un déjeuner-philo avec Servane Mouton, docteure en médecine, neurologue et neurophysiologiste, autour de son récent ouvrage Humanité et numérique (Apogée, 2023).

En association avec la Médiathèque de Monaco, la rencontre est présentée par Robert Maggiori, philosophe, critique littéraire et membre fondateur des Rencontres Philosophiques de Monaco.


On ne sait où vont les humanités numériques – qui visent à éclairer les objets traditionnels des sciences humaines et sociales, sinon de l’art, des études littéraires ou de la philosophie, par les savoirs et les savoir-faire issus des infosciences ou technologies de l’information. Mais il est avisé de se demander ce que le numérique fait à l’humanité – au sens de ce que l’exercice physique ou la maladie font au corps. Est-ce déjà trop tard, ou vain ? Les sciences et les techniques, en effet, ne vont jamais à rebours, n’ont pas de « frein » interne, et ne connaissent de limites que celles que peuvent éventuellement leur imposer, d’une faible voix, le droit, l’éthique, la religion ou la philosophie. Il en va de même pour les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Elles ont apporté tant de facilités, d’opportunités, de connaissances, de nouveaux modes d’interaction, de plaisirs, que tous préfèrent prolonger la période de « jouissance » plutôt que d’envisager quelque effet catastrophique à venir. Pourtant les dégâts, dus à leur usage extensif – relatifs à la cognition, à l’attention, aux fonctions du langage, au neuro-développement, aux maladies neuro-dégénératives, à la sexualité, mais aussi à l’économie et à la pollution industrielle – sont déjà là : il s’agit, à présent, de les recenser, de les analyser, de les caractériser, d’en empêcher les excroissances, de les « guérir », et de prévenir ceux qui vont se produire si rien n’est fait.


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Déjeuner-philo // Olivier Rey, Réparer l'eau 01 août 202401:11:48

Un déjeuner-philo avec Olivier Rey, polytechnicien, mathématicien, romancier, essayiste et philosophe, autour de Réparer l’eau (Stock, 2021).

En association avec la Médiathèque de Monaco, la rencontre est présentée par Céline Sabine.


Qui ignore ce qu’est l’eau ? Chacun a une connaissance intime et immédiate de cet élément frais, liquide, miroitant et irrésistiblement attiré vers le bas. Comment en sommes-nous arrivés, dès lors, à laisser cet élément premier, si présent dans notre expérience de tous les jours, si prégnant dans notre imaginaire, si riche de symbolique, être défini par la laconique formule chimique H2O ? Que perdons-nous dans cette opération ?

La science moderne s’est édifiée en répudiant les sensations, les impressions immédiates, au profit de la raison et des mesures : notre rapport au monde en a été bouleversé. Précisé à bien des égards, appauvri à d’autres. À présent qu’une chose aussi simple que l’eau devient une affaire d’analyse chimique et une ressource à gérer, on peut se demander : la science a tenu sa promesse de dévoiler le monde dans sa vérité ? Nous en a-t-elle rapproché, ou éloigné ?

Dans cet essai brillant et sensible, Olivier Rey s’attache à retrouver ce que, chemin faisant, nous avons perdu de l’eau. De Léonard de Vinci à Bachelard et Ponge, en passant par Courbet, il remonte son cours, afin de rendre à l’eau sa dignité, et nous faire éprouver, grâce à elle, ce qui ne se laisse pas mettre en formule : la poignante volupté d’être au monde.


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Les Femmes // Les Matinales Philo01 août 202401:10:36

Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco sont organisées par Les Rencontres Philosophiques de Monaco, en association avec Monaco Info et la Mairie de Monaco.

Animées chaque matin par Sandrine Nègre, les Matinales donnent lieu à des rencontres, des conversations et des échanges autour des questions du public et avec les personnalités invitées pour chaque Journée de la Semaine PhiloMonaco.


Les intervenants de la Journée dédiée aux Femmes :

Fanny Arama, docteure en littérature française

Anne Berest, romancière et scénariste

Sarah Chiche, philosophe

Martin Legros, philosophe et journaliste

Olivia Gazalé, philosophe et essayiste

Laurent de Sutter, professeur et auteur

Augustin Trapenard, journaliste


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Le Soin // Les Matinales Philo 01 août 202401:14:11

Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco sont organisées par Les Rencontres Philosophiques de Monaco, en association avec Monaco Info et la Mairie de Monaco.

Animées chaque matin par Sandrine Nègre, les Matinales donnent lieu à des rencontres, des conversations et des échanges autour des questions du public et avec les personnalités invitées pour chaque Journée de la Semaine PhiloMonaco.


Les intervenants de la Journée dédiée au Soin :

Paul Audi, philosophe

Christine Bergé, anthropologue et philosophe

Raphaël Gaillard, psychiatre et professeur de psychiatrie

Sandrine Louchart de la Chapelle, Chef du Service de Gérontologie Clinique et Centre Mémoire au CHPG, Secrétaire générale AMPA

Nathalie Prieto, psychiatre


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L'Éducation // Les Matinales Philo 01 août 202401:31:48

Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco sont organisées par Les Rencontres Philosophiques de Monaco, en association avec Monaco Info et la Mairie de Monaco.

Animées chaque matin par Sandrine Nègre, les Matinales donnent lieu à des rencontres, des conversations et des échanges autour des questions du public et avec les personnalités invitées pour chaque Journée de la Semaine PhiloMonaco.


Les intervenants de la Journée dédiée à l’Éducation :

Isabelle Alfandary, auteure et professeure

Frédérique Bonnet-Brilhaut, médecin, pédopsychiatre et professeure

Laurence Joseph, psychologue et psychanalyste

Claire Marin, philosophe

Philippe Meirieu, professeur

Servane Mouton, neurologue et neurophysiologiste

Sébastien Talon, psychologue clinicien et psychothérapeute

Bertrand Quentin, philosophe



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L'Écologie // Les Matinales Philo01 août 202401:36:39

Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco sont organisées par Les Rencontres Philosophiques de Monaco, en association avec Monaco Info et la Mairie de Monaco.

Animées chaque matin par Sandrine Nègre, les Matinales donnent lieu à des rencontres, des conversations et des échanges autour des questions du public et avec les personnalités invitées pour chaque Journée de la Semaine PhiloMonaco.


Les intervenants de la Journée dédiée à l'Écologie :

Serge Audier, philosophe

Alexandre Kouchner, analyste politique et journaliste

Ainoha Pascual, avocate

Thierry Paquot, philosophe

Corine Pelluchon, philosophe

Olivier Rey, polytechnicien, mathématicien, romancier, essayiste et philosophe


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Qu'est-ce que l'amour maternel ? 21 mai 202401:13:31

L’amour maternel est un amour à l’origine de la vie de tout humain : c’est la relation la plus ancienne qui soit, une relation nourricière, littéralement vitale à l’enfant qui vient au monde. Sans les soins et le nourrissage prodigués par la mère ou la personne en charge du nouveau-né, celui-ci ne pourra connaître un développement harmonieux. Quelle est la nature de cet amour premier ? Relève-t-il de l’instinct ? Comment un individu – une femme – devient-elle capable d’un tel amour ? Quels sont les effets et les traces de l’amour maternel dans la vie de l’individu devenu grand ?


#philomonaco


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La charge mentale : le fardeau invisible des mères28 mars 202401:12:50

Le terme de « charge mentale » a été introduit dans les années 1980 en sociologie du travail pour désigner la part psychique et cognitive qui accompagne le plus souvent l’effectuation d’une tâche physique. Rapidement, cette notion a été reprise dans une perspective féministe pour éclairer des aspects méconnus du travail de soin effectué principalement par les femmes dans le cadre du foyer. La charge mentale vient alors désigner les aspects psychiques, cognitifs et émotionnels impliqués dans le fait de prendre soin des autres, notamment des jeunes enfants, et les tensions induites pour les femmes par le partage inégal du travail de soin. Nous reviendrons sur la genèse de ce concept et montrerons son importance pour décrire et rendre visible des aspects méconnus du travail de soin prodigué le plus souvent par les mères, et pour permettre de mettre en discussion et de mieux partager ce travail essentiel sur lequel repose la continuation de la vie et du monde.


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S'informer // Dov Alfon, Raphaël Glucksmann, Laurie Laufer, Asma Mhalla 08 févr. 202401:39:16

Une conversation présentée par Robert Maggiori, critique littéraire, et membre fondateur des Rencontres Philosophiques de Monaco

Avec

Dov Alfon, Directeur de la rédaction et la publication au quotidien Libération

Raphaël Glucksmann, Député européen et essayiste

Laurie Laufer, Psychanalyste

Asma Mhalla, Spécialiste des enjeux politiques et géopolitiques de la Tech


Informer est un droit, s’informer un devoir. Il n’est techniquement pas impossible de savoir quelles circonstances, quelles situations politiques économiques ou militaire, quels régimes de gouvernement, quels types de pouvoirs autoritaire, dictatorial, totalitaire, etc., entravent le devoir d’informer.  Mais il est plus malaisé de déterminer les causes qui rendraient labile, «occasionnel», intermittent, le devoir de s’informer. Renonce-t-on de force à ce dernier lorsqu’aucune résistance, aucune «opposition» ne semblent assez fortes pour rétablir le droit bafoué ? A-t-on, comme on dit, «perdu confiance» vis-à-vis d’organes d’information dont on pense qu’ils ont des objectifs - les mal nommés - politiques, idéologiques, n’ayant plus rien à voir avec la «formation» des citoyens à laquelle devrait participer une information objective, variée, ancrée à des sources sûres, argumentée, vérifiée? Ou le mal est-il plus profond, et tient d’abord à la confusion entre information et communication, puis à l’hégémonie de celle-ci sur l’autre? Si l’on considère en effet qu’il est plus important de communiquer que d’informer, alors il sera admis de tous, d’une part, que le fait de dire compte plus que ce qui est dit, compte plus que la véracité (la rigueur, le bien-fondé, la justesse…) de ce qui est dit, et, d’autre part, que l’opinion vaut en tous points le savoir. Les méga-entreprises de communication plus fortes que les Etats, grâce à leurs réseaux sociaux, dans lesquels chacun «s’exprime», ont transformé ce mal en pandémie universelle, et transformé la vérité en «option», en «avis». Quelles conséquences pour l’information, la formation, l’éducation des citoyens?


#philomonaco


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Avoir une voix // Pr. Florence Askenazy, Peter Szendy, Clara Ysé, Gaël Rakotondrabe29 janv. 202402:04:39

Une conversation présentée par Robert Maggiori, philosophe, critique littéraire et membre fondateur PhiloMonaco

Avec

Pr. Florence Askenazy, psychiatre et professeure de psychiatrie

Peter Szendy, philosophe

Et la participation de

Clara Ysé, chanteuse

Gael Rakotondrabe, pianiste


On peut ne pas avoir de voix: l’aphonie peut être occasionnelle, passagère, ou chronique, si elle est provoquée par quelque maladie du larynx empêchant les vibrations des cordes vocales, une paralysie due à l’atteinte du nerf récurrent, un gonflement des ganglions lymphatiques bronchiques, un carcinome de l’œsophage, des tumeurs du médiastin en général – ou des causes neurologiques, psychiatriques, psychologiques. Mais lorsqu’on «on a une voix», on ne sait pas d’emblée si on a juste une voix – et pas deux, pour voter démocratiquement – si on a voix au chapitre, si l’on est une voix, un représentant éminent pouvant parler au nom de tous, et de la morale, ou bien si on a la voix de Tina Turner, la Callas ou Pavarotti. Ce qui semble plus évident, c’est que «nul n’a ma voix» – mais là encore l’ambiguïté demeure: nul n’a la voix que j’ai, avec son timbre unique (marque absolue de mon «identité»), ou bien nul ne peut parler à ma place? Pourquoi, par ailleurs, donne-t-on sa parole pour promettre, et sa voix pour élire – pour choisir un(e) candidat(e) qui fait des promesses? Et lorsqu’on parle – fort, bas, sottovoce – ce qui, muet, est dans ma tête, est-ce encore une «voix»? Quelle «langue» parle ma «voix intérieure»? Un vrai casse-tête, la voix (qui peut en outre être une «voix de tête»). La langue viendrait après la parole, mais la parole suit-elle ou précède-t-elle la voix? A la parole va toute noblesse: mais la voix ne dit-elle pas plus que la parole? Parfois, on dirait que vis-à-vis de la parole, la voix joue à en être une sorte d’inconscient: l’une exprime, explique, informe, exhorte, ordonne, supplie, fait taire, accuse, excuse, tandis que l’autre, malicieuse, peut la faire tourner en bourrique, la rend plus sincère ou plus menteuse, la sacralise ou la ridiculise – par un simple bégaiement, une débit trop rapide ou trop lent, un trémolo, une fausse intonation, un bafouillage, une articulation ratée, une enrouement bien ou mal venu, un petit chat dans la gorge.


Titres interprétées par Clara Ysé :

- Douce

- L'Étoile

- Pyromanes

- Magicienne

- Soleil à minuit ou Lettre à M

- Le monde se dédouble


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La grossesse et la maternité à l'ère des biotechnologies // Laura Lange24 janv. 202401:06:06

Avec Laura Lange, philosophe, conférencière et chroniqueuse


Nous partageons tous un point commun : celui d'être né du corps d'une femme, qui nous a porté et qu'on appelle traditionnellement la mère. Mais en raison d'évolutions multiples au cours de l'histoire, la maternité s'est progressivement détachée du corps, jusqu'à la perspective d'une maternité sans corps promise par l'utérus artificiel. Imaginez que le corps ne fasse plus la mère, qu'il ne fasse plus d'enfant ! Imaginez ne naître d'aucune femme, n'être d'aucun autre !

Nous reviendrons sur l'histoire de la maternité et les mythes qu'elle a engendrés, ainsi que sur les révolutions (sociales, politiques, techniques, scientifiques, médicales) ayant différencié l'identité féminine du corps de la mère, pour livrer un éclairage nouveau sur les enjeux de la procréation médicalement assistée (PMA) et de son extension polémique, la gestation pour autrui (GPA). La discussion s’ouvrira sur une réflexion salutaire sur la perspective d'une procréation indépendante du corps. Et si on ne naissait plus des femmes ? Au-delà du corps de la mère, cette question concerne l'humanité tout entière.


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Le regard du père // Pierre Péju12 janv. 202401:06:33

Comment un homme regarde-t-il son enfant ? Que fantasme-t-il, avant sa naissance, dans son extériorité forcée à la grossesse vécue par la femme ? Et ensuite, comment «reconnaît-il» le petit être qui vient au monde ? Dans mon livre intitulé « Naissances » j’évoquais ce regard d’un père très contemporain, ce «nouveau père» produit par le délitement partiel des clichés patriarcaux, par un relatif rééquilibrage des relations hommes/femmes, à l’heure du « congé paternel » qui permet aux hommes d’accepter sans pudeur les puissants affects que déclenche désormais en eux la venue au monde, puis les premiers mois, les premières années de cette vie fragile. Pourtant, durant de très nombreux siècles, les pères n’ont pas du tout « regardé » l’enfance de cette façon. Dès la plus haute antiquité, le « regard du patriarche », – depuis le pater familias romain avec son droit de vie et de mort sur sa progéniture, son exigence de descendance masculine pour la prépondérance du « Nom du père » – , et le sempiternel regard masculin infériorisant les femmes ont été complémentaires. C’est pourquoi le nouveau « regard du père », (qui fait suite à une revalorisation et véritable « invention de l’enfance » initiées au XVIIIème siècle dans une perspective éducative), n’a pu s’amplifier au XXIème siècle et bouleverser la sensibilité et les conduites des hommes, que parallèlement à une émancipation effective du féminin.


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Le corps enceint // Laurence Aubrun 08 déc. 202300:49:18

Ateliers philo au Centre Hospitalier Princesse Grace

Ce cycle de rencontres organisé en collaboration avec la Maternité du Centre Hospitalier Princesse Grace, a pour but de proposer un espace de réflexion et de dialogue autour de ce que le concept de maternité implique tant au niveau de sa réalité que de ses représentations. Le cycle s’adresse aussi bien aux parents qu’au personnel soignant et aux médecins qui souhaitent affiner leur connaissance et leur questionnement autour de cette expérience. Les rencontres portent sur le désir d’enfant, le corps enceint, le regard du père, la grossesse et l’accouchement à l’ère des biotechnologies, la charge mentale, l’amour maternel.


Qu’est-ce que ça signifie, pour une femme, de voir son corps se transformer pour accueillir la vie ? Comment traverse-t-elle cette aventure qui la mènera de l’altération de soi à la rencontre d’un autre en soi ? Saisie aux entrailles, elle découvre les prouesses dont son corps est capable, mais cette métamorphose peut aussi la déstabiliser… Qui peut se dire suffisamment armé pour prendre en charge la vie d’un nouvel être humain ? L’expérience si commune de la maternité est à la fois secrète et spectaculaire. Pour la mère, sentir l’enfant bouger, grandir et prendre progressivement toute la place est un bouleversement inédit. Qu’en est-il pour l’enfant à naître ? Qu’est-ce que ça signifie de venir à la vie dans le ventre d’une mère, dans ce monde utérin qui n’est pas seulement un corps vivant, mais une personne humaine, sensible et expressive, qui transmet chaleur, émotions, et avec laquelle il partage son vécu ?


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Peut-on croire aux lumières ? // Corine Pelluchon 07 déc. 202300:50:28
Rencontre avec les lycéens

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L'espoir fait-il vraiment vivre ? // Vincent Delecroix, Corine Pelluchon, Camille Riquier05 déc. 202301:38:08

CONVERSATION

Présentée par Raphael Zagury-Orly

Avec

Vincent Delecroix, philosophe

Camille Riquier, philosophe

Corine Pelluchon, philosophe


Ce n’est jamais l’espoir qui fait vivre: ce sont les aléas de la vie qui donnent à l’espoir ses ailes ou, au contraire, les lui coupent. On le sait bien d’ailleurs: l’espoir, on le «nourrit», on le «caresse», on le «fait naître», on le «soulève», on le «suscite» - comme si, en lui-même, il n’était qu’immobile attente, tantôt confiante, tantôt naïve, de l’avènement d’un Bien, d’un événement favorable, gratifiant, bénéfique. D’ailleurs, une langue telle que l’espagnol, n’a qu’un seul verbe pour dire attendre et espérer. Aussi une vie qui ne se s’alimenterait que d’espoirs serait-elle aussi anémique qu’un amour qui ne vivrait que d’eau fraîche - car bien tenue est la limite qui les sépare des illusions, des douces tromperies (ameni inganni) dont parlait Leopardi. Certes, dans l’Ancien Testament, Dieu lui-même est nommé Espoir ou Confiance, les Pères de l’Eglise en ont fait une vertu théologale, et du «principe espérance» de Ernst Bloch la philosophie contemporaine s’est nourrie. Mais lorsqu’on dit que l’espoir fait vivre - ou que l’espoir est toujours le dernier à mourir - il faudrait entendre que pour faire vivre l’espoir, il faut d’abord commencer soi-même, autrement dit «faire le premier pas» de l’action, le mettre en mouvement en faisant «un pas en avant», en s’engageant, en allant si l’on veut vers Dieu, par la foi, en allant vers l’autre, par l’amour et l’amitié, en allant vers autrui, par la bienveillance, l’hospitalité, la solidarité.


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La dispute // Monique Canto-Sperber, Philippe Corcuff, Maxime Rovere28 nov. 202301:26:09

CONVERSATION

Présentée par Robert Maggiori

Avec

Monique Canto-Sperber, philosophe

Philippe Corcuff, sociologue et philosophe politique

Maxime Rovere, philosophe et historien de la philosophie


On ne sait trop où situer la dispute, sur un arc de cercle où d’un côté apparaîtraient les modalités extrêmes du conflit, de l’affrontement, de la bagarre, de l’empoignade, et, de l’autre, les formes plus légères et déliées de la bisbille, de la chamaillerie, de la prise de bec ou de la bouderie. De la métaphysique de la guerre à la phénoménologie de la scène de ménage! Le mot lui-même est pourtant transparent: il y a dispute lorsque des façons de «calculer», de juger ou de penser  (putare) se séparent, divergent (dis), s’opposent - et que les tenant des unes non seulement tiennent pour fausses, incorrectes, illégitimes celles des autres, mais de plus veulent les imposer et s’irritent de ne point y réussir - et vice-versa. Son premier sens philosophique ne contient cependant rien de belliqueux. Dans la scolastique médiévale, la disputatio, au même titre que la lectio (lecture), faisait partie intégrante du système d’enseignement, et représentait une modalité formelle de débat, utilisée pour éclairer une question épineuse ou élaborer des théories, philosophiques, scientifiques et surtout théologiques. Sans doute est-ce le verbe disputer qui a fait entrer dans son giron quelque vent violent: disputer c’est punir, réprimander, gronder, parfois férocement, et si l’on se dispute quelque chose, une balle, un titre, un honneur, une victoire, une place, un héritage, c’est qu’on se bat pour l’obtenir, par tous les moyens, coups de poings et procédures judiciaires, coups de fusils, coups fourrés et subtiles stratégies. Mais de toutes les formes de litige, la dispute est celle qui a su rester la plus light, et s’est gardée de… disputer à l’émeute, à la révolte, à l’affrontement, à l’insurrection, la tâche de se lever quand justice et liberté sont en danger. Aussi s’est-elle fait une place bien en vue, parfois bruyante, au sein même des relations quotidiennes entre individus, enfants, camarades de classe, voisins, voyageurs, automobilistes, amis, amoureux, conjoints. Les enfants jouent, se chamaillent et jouent de nouveau. Les amants s’aiment, se disputent et s’aiment de nouveau. C’est que la dispute - quelques cris, une porte qui claque, de lourds silences, une valise qu’on fait semblant de préparer - est à la relation amoureuse ce que la diastole et la systole sont au cœur. Celles-ci se contractent et se relâchent, assurant la circulation du sang, l’autre serre, bloque, énerve, exaspère la relation amoureuse pour la desserrer, la dynamiser, la rendre encore plus vive. Par la dispute les gens qui s’aiment, d’amour ou d’amitié, se rapprochent pour s’éloigner et s’éloignent pour se rapprocher - donnant au sentiment son rythme et sa voie, jamais monocorde, jamais rectiligne.


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Pensée critique et conspirationnisme // Philippe Corcuff28 nov. 2023
Rencontre avec les lycéens

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Le goût de l'effort // Boubakar Gueye, Maxime Nocher, Oren Nataf et Christian Target23 juil. 202300:51:12

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Week-end ART DE VIVRE


Présenté par Géraldine Muhlmann, philosophe et journaliste

Avec

Boubakar Gueye, coach sportif du Yacht Club de Monaco

Christian Target, coach en performance mentale

Maxime Nocher, Kitesurfer professionnel

Oren Nataf, réalisateur


De l’effort, on dira qu’il est la mise en acte de forces physiques ou psychiques excédant par leur puissance ou leur durée celles que requiert une activité normale. Ainsi le cycliste exerce-t-il une légère pression sur les pédales lorsque la route est plate ou en descente, mais doit accroître cette poussée musculaire dès qu’apparaît le moindre raidillon. En un sens, l’effort est exigé lorsque une force n’est pas suffisante: il est en plein ce que la «résistance» – celle qui fait «serrer les dents» – est en creux. Or une force n’est jamais, en soi, suffisante, car elle peut toujours rencontrer un obstacle qui la «force» à se décupler. Manière de dire qu’on ne peut vivre sans efforts, car le poids des choses arrive inopinément, et ne se mesure qu’aux possibilités et capacités dont on dispose, qu’il s’agisse de courir un marathon, d’escalader une pente, de déménager un meuble, d’apprendre une leçon ou de se concentrer sur une tâche ardue. Plus largement encore, il ne suffit pas d’être pour exister, car l’existence a aussi ses aspérités et ses versants abrupts, ses accidents et ses épreuves, qui demandent à l’être de s’efforcer, de «persévérer dans son être», de faire des efforts afin de ne pas fléchir ou succomber.


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Le Shopping // Laurence Delamare et Étienne Bimbenet23 juil. 202300:37:22

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Week-end ART DE VIVRE


Présenté par Thierry Consigny, Société des Bains de Mer

Avec

Laurence Delamare, directrice de la Librairie 7L (Chanel)

Étienne Bimbenet, philosophe


Existe-il une philosophie du shopping? Il ne semble guère… Pourtant le shopping n’est ni la vente ni l’achat, qui renverraient au commerce et à l’industrie. Quand on doit acheter, on va «faire ses courses», et il arrive qu’en «faisant du shopping» on n’achète rien, parce qu’il s’est mué en  promenade, en plaisir de la déambulation, en flânerie, en plaisir de regarder, en curiosité, en joie d’être ensemble… Un peu comme les cafés décrits par tant d’écrivains -  qui de lieu de consommation se muent en lieu de conversation, de vie sociale.


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La Chance // Camille Riquier, Thierry Consigny et Joanna Petit22 juil. 202300:29:36

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Week-end ART DE VIVRE


Présenté par Thierry Consigny, Société des Bains de Mer

Avec

Camille Riquier, philosophe

Joanna Petit, croupier Pitboss


La chance, c’est Fortuna – la divinité romaine aux yeux bandés qui guide les vicissitudes et les destins des êtres humains, auxquels elle distribue, aveuglement, bonheur, bien-être, ou malheur et infortune. En français, le mot chance – dérivé de «cheoir», lui même issu de cadere, tomber – traduit la même idée de quelque chose qui arrive «à l’aveugle», de façon fortuite, comme le dé qui «tombe» sur la face 6 ou la bille en ivoire de la roulette qui s’arrête à la case 14. Mais en soi la chance n’est pas «quelque chose», ni la caractéristique de quelque chose ou quelqu’un(e). Nul n’a la chance, comme nul n’estchanceux. La chance est «ce qui arrive», et qui peut aller, ou non, dans le sens des expectatives de telle ou telle personne, laquelle, dans ce qui est arrivé, n’a aucune responsabilité. Ce serait accepter, sinon, que les vies sont des destins, des «lignes» prédéterminées qui croisent à l’instant T l’irruption – prévue elle-aussi – de l’événement. Là où est chance, il n’est ni liberté ni volonté ni responsabilité. C’est pourquoi, paradoxalement, elle penche davantage du côté du malheur, si le malheur est aussi «ce qui tombe mal», sans qu’on l’ait voulu – ainsi des catastrophes, des calamités, des accidents… – que du côté du bonheur, lequel se construit, patiemment, cahin caha, dans mille difficultés, mais de nos propres mains et par nos propres choix.


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La Courtoisie // Louis Starck, Patrick Savidan, Donatien Grau22 juil. 202300:33:52

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Week-end ART DE VIVRE


Présenté par Robert Maggiori, philosophe, membre fondateur

Avec

Donatien Grau, philologue

Patrick Savidan, philosophe et professeur

Louis Starck, directeur général de l'Hôtel Hermitage Monte-Carlo


Comprenant les vertus de gentillesse et de générosité, la courtoisie, anciennement, était l’ensemble des réquisits exigés pour participer à la vie de cour – et l’un des éléments fondamentaux de l’éducation chevaleresque. Elle demeure une forme de gentillesse, moins normée, de douceur dans les modes d’être et de se comporter vis-à-vis des autres, de bienveillance, de respect, de libéralité… Est-elle encore d’usage, dans un monde brutal où règnent micro et macro-hostilités?


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Goûts et gourmandises // Donatien Grau et Marcel Ravin 22 juil. 202300:34:01

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ART DE VIVRE


Présenté par Robert Maggiori, philosophe, membre fondateur

Avec Donatien Grau, philologue

Marcel Ravin, chef étoilé


Si la gourmandise était un péché mortel, il n’y aurait, dans le monde, aucun problème de surpopulation. Elle est fille du goût, et le goût est la première fenêtre par laquelle nous parvient le monde. Dès lors on commence à le penser: ce n’est pas pour rien que saveur (sapor) et savoir (sapere) ont la même mère.


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Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco // Que faire avec les cons ? 22 juil. 202301:02:36

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Week-end ART DE VIVRE


Présenté par Géraldine Muhlmann

Avec

Maxime Rovere, philosophe

Camille Riquier, philosophe


Ce qu’il y a de plus difficile, quand on a affaire à des cons – ce sont toujours les autres – c’est qu’on ne peut rien dire de leur connerie, les arguments n’ayant aucune prise sur eux, ni rien leur objecter – sous peine de paraître soi-même assez con.


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L'Emprise - de la violence conjugale // Sarah Chiche, Marc Crépon et Pascale Jamoulle21 juil. 202301:16:44

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée LES FEMMES


Présenté par Robert Maggiori

Avec Sarah Chiche, psychanalyste et psychologue clinicienne

Marc Crépon, philosophe

Pascale Jamoulle, docteure en anthropologie et assistante sociale


Il est difficile de traduire le français «emprise»: le plus souvent, en d’autres langues, on ne mentionne que l’un de ses composants: prise (sur), influence, domination, joug, ascendant, sujétion, domination. L’anglais stronghold est le plus évocateur, car il contient l’idée d’avoir la mainmise, et celle de serrer comme le fait un étau, d’étrangler. Ce qui «a prise» sur nous, peut être une chose, l’alcool ou la drogue, une idée (fixe généralement), une idéologie, une religion, un dogme sectaire. Mais la véritable emprise psychologique advient lorsqu’un individu soumet une personne ou un groupe à sa propre volonté, en exerçant un empire intellectuel et moral tel qu’il réduit ses «proies» à un état total d’asservissement, annihile leur volonté et leur personnalité. S’il arrive qu’un enfant soit «sous emprise», de ses parents, d’un éducateur, d’un ami qui le harcèle, qu’un homme le soit d’une femme, l’emprise, le plus souvent, est une des facettes de la domination masculine. Façonné par des valeurs et des stéréotypes virilistes, l’homme, par sa force, sa brutalité, ou des formes d’influence plus subtiles, y compris, parfois, tendres et protectives, modèle l’esprit de la femme (épouse, compagne, sœur, fille…) selon ses désirs et réduit son corps à outil de ses plaisirs. Comment, sans solidarité, sortir de l’emprise, qui foule au pieds respect, dignité et liberté au nom de la puissance et de la jouissance?


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Désir et plaisir féminins // Anne Akrich, Fanny Arama, Emma Becker et Émilie Notéris 21 juil. 202301:06:30

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée LES FEMMES


Présenté par Fanny Arama, avec Emma Becker, Anne Akrich et Emilie Notéris


La lutte pour l’égalité propulsée par les mouvements féministes n’est pas séparable d’une lutte pour la liberté, de l’acquisition de toutes les libertés – y compris, bien sûr, non une abstraite «liberté sexuelle», mais la possibilité incontestée d’exprimer ses désirs, de rechercher les plaisirs et d’assouvir les jouissances, une fois détruite ou affaiblie la prégnance des paradigmes, des représentations et des stéréotypes par lesquels le système patriarcal a cru «définir», à son profit, la sexualité féminine. Cela produit, on le voit aujourd’hui, une vaste «documentation» sur les spécificités féminines, les données hormonales, l’anatomie du vagin, les zones érogènes et le point G, les représentations en 3D du clitoris – justifiées par le fait qu’il a été ignoré et irreprésentable, sinon imprésentable, pendant des siècles – et tous exhausteurs de plaisir ou les procédes par lesquels on atteint plus aisément l’orgasme. Mais aux yeux de certaines philosophes féministes, cela fait question. Cette sur-exposition du désir féminin, tous ces «modes d’emploi» du plaisir, ne risqueraient-ils pas de transformer la jouissance en injonction – en érigeant ainsi de nouvelles normes – et de constituer une énième tentative de «discipliner», au sens de Foucault, le corps des femmes? Le désir, pour être libre, le plaisir, pour être véritable – celui qu’on se donne soi-même, qu’on donne à l’autre et qu’on reçoit – ne pourraient-ils pas être pensés au delà de toute détermination de genre?


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Déjeuner-philo avec un auteur // Fabienne Brugère20 juil. 202300:43:53

Un déjeuner-philo avec Fabienne Brugère, philosophe, autour de son récent ouvrage « Le peuple des femmes. Un tour du monde féministe (co-écrit avec Guillaume Le Blanc) » (Flammarion, 2022).

En association avec la Médiathèque de Monaco, la rencontre est présentée par Cécile Daumas.


Ce livre est une enquête sur les pratiques et les voix des femmes dans le monde. Nourri d’entretiens avec des activistes, des artistes, des femmes engagées et des hommes concernés, de synthèses originales sur les grands problèmes qui se posent aux femmes aujourd’hui, il constitue un vade-mecum des pratiques féministes contemporaines.

Le peuple des femmes manifeste une nouvelle exigence de justice qui est désormais la norme, la justice de genre : femmes, hommes, hétéros, homos, trans, tous sont concernés. Non seulement le peuple n’est plus le monopole des hommes, mais la justice sociale qui le sous-tendait et qui s’organisait selon la redistribution des richesses ne peut plus occulter de nouvelles redistributions. Le peuple des femmes n’est donc pas le symétrique du peuple des hommes. Il affirme qu’à la racine de tout monde commun se tient l’enjeu central d’égalité. Mais, par-delà la justice et l’égalité, c’est à une lutte pour le pouvoir que nous assistons. Ce pouvoir préempté par les hommes leur est désormais disputé par les femmes. Renouvelées par les pays du Sud, portées par la puissance des femmes, les formes d’organisation sociale évoluent. Écoféminisme, féminisme du care, féminisme queer : le peuple des femmes, transnational et inclusif, s’affirme comme antidote aux nationalismes virilistes.


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Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco // Les Femmes20 juil. 202300:53:48

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée LES FEMMES


Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco sont organisées par Les Rencontres Philosophiques de Monaco, en association avec Monaco Info et la Mairie de Monaco.

Animées chaque matin par la journaliste Sandrine Negre, les Matinales donnent lieu à des rencontres, des conversations et des échanges autour des questions du public et avec les personnalités invitées pour chaque Journée de la Semaine PhiloMonaco.

Avec Anne Akrich, écrivaine

Fanny Arama, docteure en littérature française

Emma Becker, écrivaine

Céline Cottalorda, Ministère d'État et Déléguée interministerielle pour les droits des femmes

Marc Crépon, philosophe

Manon Garcia, philosophe

Pascale Jamoulle, docteure en anthropologie, licenciée en lettres et assistante sociale

Marie Robert, auteure, professeure de philosophie, créatrice du podcast « Philosophy is sexy »


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L'expérience de la douleur // Isabelle Alfandary, Catherine Chalier, Pr Raphaël Gaillard et Laurence Verneuil19 juil. 202301:15:53

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée LE SOIN


Présenté par Isabelle Alfandary, auteure et professeure

Avec

Catherine Chalier, philosophe

Pr Raphaël Gaillard, professeur

Laurence Verneuil, enseignante-chercheuse


D’abord, la douleur est vertu: sans elle, je n’aurais pas ôté ma main de la plaque chauffante qui commençait à la brûler, sans cette terrible douleur à la poitrine, je n’aurais pas appelé SOS-Médecins. Ensuite, qu’elle s’exprime par des hurlements ou des plaintes, des rictus ou des spasmes, qu’elle soit sourde ou lancinante, petit bobo ou géhenne, elle a des raisons ou des motifs repérables, que la raison perçoit et le corps ressent: la carie met le nerf à nu, les calculs obstruent l’uretère, l’infection crée la dysménorrhée et l’écharde le panaris. Lorsqu’elle n’est pas physique, il est plus malaisé de lui attribuer une cause. Elle peut relever de la morale ou du moral. Dans le premier cas, elle est affaire de conscience: c’est la douleur de la culpabilité, du remords. Dans le second, elle est affaire d’existence: c’est la douleur d’être, tantôt trouble de l’humeur, asthénie, aboulie, sentiment d’incapacité, mésestime de soi, tantôt, ou en même temps, douleur de l’être qui ne sait plus se (sup)porter, qui endure le deuil, le désamour, l’abandon, la solitude. Mais ces formes s’entremêlent: les maladies de l’âme peuvent donner mal à la tête, et les maux de tête, à force, excorier l’âme ou la rendre exsangue. En d’autres termes, la douleur n’est pas toujours celle que «traitent» médecines du corps et médecines de l’esprit. Elle se confond avec le fait d’exister, avec les mille façons dont chacun «se cogne» au monde, aux autres, à soi-même, aux accidents de la vie. De quoi «sauve»-t-elle? Comment «tenir» face à elle? Comment, entre tragédie et rédemption, les cultures, les religions, les sagesses l’envisagent-elles?


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Déjeuner-philo // Rencontre avec les finalistes du Prix 202318 juil. 202300:55:14

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023


Présenté par Robert Maggiori, Président du Jury

Un déjeuner-philo et rencontre avec les cinq auteurs des ouvrages finalistes du Prix 2023 des Rencontres Philosophiques de Monaco.  

En association avec la Médiathèque et présenté par Robert Maggiori, président du Jury, philosophe, critique littéraire et membre fondateur des Rencontres Philosophiques de Monaco.

Le lauréat sera annoncé le soir-même lors de la Soirée de Remise des Prix à 20h au Théâtre Princesse Grace.

La Soirée de Remise des Prix est ouverte à tous.

Les auteurs seront disponibles pour une séance de signatures à l’issue de la présentation de leurs ouvrages.

Avec

Olivier ABEL

De l’humiliation. Le nouveau poison de notre société, (Les liens qui libèrent, 2022)

 

Annabelle BONNET

La barbe ne fait pas le philosophe. Les femmes et la philosophie en France (1880-1949), (CNRS Éditions, 2022)

 

Jean-Baptiste BRENET

Que veut dire penser ? Arabes et latins, (Bibliothèque Rivages, 2022)

 

Guillaume LE BLANC

La solidarité des éprouvés. Une histoire politique de la pauvreté, (Payot, 2022)

 

Susan NEIMAN

« Penser le mal. Une autre histoire de la philosophie », (Premier parallèle, 2022)

 

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Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco // Le Soin18 juil. 202300:57:49

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée LE SOIN


Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco sont organisées par Les Rencontres Philosophiques de Monaco, en association avec Monaco Info et la Mairie de Monaco.

Animées chaque matin par la journaliste Sandrine Negre, les Matinales donnent lieu à des rencontres, des conversations et des échanges autour des questions du public et avec les personnalités invitées pour chaque Journée de la Semaine PhiloMonaco.

Avec Isabelle Alfandary, auteure et professeure

Dr. Jean-François Ciais, Chef du Service de Soins de Support et de Soins Palliatifs du CHPG de Monaco

Catherine Chalier, philosophe

Pr. Raphaël Gaillard, professeur de psychiatrie et responsable du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’hôpital Sainte Anne

Claire Marin, philosophe

Laurence Verneuil, médecin, chercheuse


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L'enfant-roi // Isabelle Alfandary, Laurence Joseph et Nathalie Franc18 juil. 202301:25:55

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉDUCATION


Présenté par Robert Maggiori

Avec

Isabelle Alfandary, philosophe

Nathalie Franc, pédopsychiatre

Laurence Joseph, psychologue et psychanalyste


La figure de l’enfant-roi est apparue dans les années 1970, et visait à contrer les théories et les pratiques qui réduisaient l’enfant à un «objet» sans désir ni parole. Appliquée dans les familles, les crèches, les écoles, les centres éducatifs, l’idée qu’on doive surtout écouter l’enfant et ne le contraindre en rien, a donné des résultats… discutables, et est aujourd’hui de nouveau questionnée.

S’il existe un enfant roi – comme existent des enfants-tyrans, qui prennent le contrôle de leur foyer, insultent leurs parents, frappent leurs frères et sœurs, menacent du pire pour obtenir ce qu’ils veulent et font vivre leur famille dans la peur – c’est qu’il y a des adultes qui le mettent à une place de roi, et acceptent d’être ses serviteurs. Mais à strictement parler, tout enfant naît roi, c’est-à-dire mu exclusivement par un principe de plaisir qui ne peut envisager de limite à sa toute-puissance et ne tolère aucune frustration. Le principe de réalité, l’introjection de la menace parentale, les interdits, viendront ensuite restreindre cette «royauté», et l’enfant devra «négocier», avec le désir des autres, avec ce que le réel permet, ce que la morale et les lois autorisent. Mais une telle négociation exige du doigté de la part des parents et des éducateurs: mal conduite, elle peut inhiber l’enfant et en faire un être «soumis», muet, ou, en contraire, en faire un être tyrannique qui «fait ce qu’il veut». Comment, dans ce cadre, faut-il penser l’autorité, parentale et sociale?


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Donner envie d'apprendre // Cécile Ladjali, Mara Goyet et Judith Revel17 juil. 202301:03:10

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉDUCATION


Présenté par Raphael Zagury-Orly

Avec

Mara Goyet, écrivaine

Cécile Ladjali, enseignante

Judith Revel, philosophe


«Apprendre est une expérience: tout le reste n’est qu’information», disait Albert Einstein. Expérience complexe, en vérité, au sens où elle met en jeu les facultés de chacun(e), les savoirs et la volonté, les besoins et les désirs, les émotions, tantôt propulsives (curiosité, satisfaction, joie de la découverte) tantôt répulsives (fatigue, ennui, désintérêt, sentiment d’échec), sinon la personnalité entière de ceux et celles qui sont là pour apprendre, et qui d’une manière ou d’une autre transmettront à d’autres les connaissances dont ils acquièrent la maîtrise, et ceux et celles qui sont là pour enseigner, et qui d’une manière certaine continuent, en le faisant, à apprendre. Ce qui est certain, c’est qu’apprendre ne s’accomplit jamais sous la contrainte, la peine ou la punition, et ne peut être que «philosophie», amour du savoir – car on n’apprend rien s’il n’est aucune appétence, aucun goût pour savoir, si l’on n’éprouve aucune joie à élargir le champ de ce qu’on sait. Arriverait-on à inculquer de force quelques connaissances chez l’enfant ou l’élève, qu’elles disparaitraient progressivement si elles n’étaient alimentées, ensuite, et toute la vie durant, par le goût, l’envie, le désir, le plaisir, la volonté de continuer à apprendre. Mais comment créer cette faste «prédisposition» si elle n’existe pas, si elle est enterrée sous l’ennui, la distraction, la démotivation, des sollicitations autres, sources d’inattention? De quels atouts disposent parents et éducateurs pour faire naître l’envie d’apprendre?


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Déjeuner-philo avec un auteur // Pr Florence Askenazy 16 juil. 202300:39:10

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉDUCATION


Un déjeuner-philo avec Pr. Florence ASKENAZY, psychiatre et professeure de psychiatrie, autour de son récent ouvrage « Le psychotrauma de l’enfant. Comprendre et soigner » (First, 2023).

En association avec la Médiathèque de Monaco, la rencontre est présentée par Laurence Joseph, psychologue clinicienne et psychanalyste.


Trop d’enfants et d’adolescents subissent des événements traumatiques de plus en plus violents. Quand l’effroi paralyse, que la peur de la mort saisit, le psychotrauma et ses symptômes entravent le développement de l’adulte en devenir.

« Un texte majeur, inédit, proposé à chacun de nous

et à nos enfants comme un soutien éclairant et préventif. »

Marcel RufoLe trouble de stress post-traumatique et les maladies associées sont, aujourd’hui plus que jamais, une affaire de santé publique.

Le Pr Florence Askenazy et son équipe ont vécu à Nice l’urgence de la nuit de l’attentat du 14 juillet 2016. À la suite, la création du Centre d’évaluation pédiatrique du psychotrauma, unique en France, a permis d’accueillir de plus en plus de victimes en soins thérapeutiques.

• Cet ouvrage fait le point sur les études du psychotrauma dans le monde entier ;

• Décrit les symptômes et le développement des troubles observés ;

• Apporte des réponses thérapeutiques ;

• Alerte sur les enjeux de la prévention.

À travers les témoignages, c’est aussi un ouvrage qui rend hommage à la force des victimes et aux équipes pluridisciplinaires de pédopsychiatrie.


« Donnons la parole aux enfants, aidons-les à mettre des mots sur l’impensable, accompagnons-les dans la réappropriation de leur histoire. »

Florence Askenazy


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Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco // L'Éducation16 juil. 202300:57:49

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉDUCATION


Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco sont organisées par Les Rencontres Philosophiques de Monaco, en association avec Monaco Info et la Mairie de Monaco.

Animées chaque matin par la journaliste Sandrine Negre, les Matinales donnent lieu à des rencontres, des conversations et des échanges autour des questions du public et avec les personnalités invitées pour chaque Journée de la Semaine PhiloMonaco.

Avec Isabelle Alfandary, philosophe

Pr. Florence Askenazy, psychiatre et professeure de psychiatrie

Nathalie Franc, pédopsychiatre

Laurence Joseph, psychanalyste et psychologue clinicienne

Cécile Ladjali, auteur

Judith Revel, philosophe

Sebastien Talon, psychologue clinicien et psychothérapeute


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Le nouvel ordre énergétique mondial // Massimo Amato, Adrien Estève, Ramona Bloj et Gilles Gressani 15 juil. 202301:13:45

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉCOLOGIE


Dans le deuxième numéro de la revue GREEN, le philosophe Pierre Charbonnier explique que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a contribué à la naissance ou du moins à la popularisation de “l’écologie de guerre”, c’est à dire la superposition, dans les discours politique, des thématiques martiales et de transition énergétique.

Sommes-nous pour autant entrés dans une “guerre verte” ? Est-ce que le vocabulaire de la guerre et de la confrontation est adapté à la transition écologique massive que nous devons entreprendre ? A quoi la guerre verte conduit-elle : une responsabilisation des individus et des consommateurs ou bien une planification écologique plus volontaire des puissances publiques ?

En association avec Le Grand Continent et la revue GREEN


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Déjeuner-philo avec un auteur // Amaena Guéniot13 juil. 202300:57:35

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉCOLOGIE


Un déjeuner-philo avec Amaena Guéniot, philosophe, autour de son récent ouvrage « Terre brisée. Pour une philosophie de l’environnement. » (Double Ponctuation, 2023).

En association avec la Médiathèque de Monaco, la rencontre est présentée par Robert Maggiori, philosophe, critique littéraire et membre fondateur des Rencontres Philosophiques.


Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation inédite dans l’histoire de l’humanité. Pour la première fois – à ce niveau d’intensité et avec cette rapidité –, notre environnement est durablement et radicalement bouleversé. Il devient, plus que jamais, instable et imprévisible, alors qu’il conditionne notre existence même. L’imminence de ce péril, l’insécurité qu’il suppose et le poids de notre responsabilité pèsent sur nos sociétés et sur les individus.

Face à la catastrophe environnementale, Amaena Guéniot estime qu’il est indispensable d’ancrer notre pensée dans la tradition philosophique. D’une façon très claire et abordable, elle nous montre comment Platon, Aristote, Rousseau, Kant ou encore Weil et Arendt peuvent nous aider à penser ce défi historique sans précédent. L’enjeu est de taille, car il nous faut revoir entièrement les conditions et les finalités de l’activité humaine dans ce nouveau contexte – celui d’une Terre brisée qu’il nous faut reconstruire.


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La sobriété, vertu ou nécessité ? // Guillaume Le Blanc et Joëlle Zask13 juil. 202301:08:22

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉCOLOGIE


Présenté par Raphael Zagury-Orly

Avec

Guillaume Le Blanc, philosophe

Joëlle Zask, philosophe


Que la sobriété est difficile à percevoir, et à maintenir! Etymologiquement, elle renvoie à «sine ebrietas», absence d’ébriété. On est sobre si on n’est pas ivre (ebrius), soûl, aviné, et, par extension, grisé, exalté, excessif, immodéré, sans frein (bien qu’on puisse être tout cela en étant abstinent). Assez sereine et posée, elle ressemble peu à l’austérité, obligée, sévère, grise et ennuyeuse. Son amie la plus proche serait la tempérance, louée depuis l’Antiquité: ni trop ni trop peu, et encore moins pas assez – car la sobriété n’est pas la pauvreté. Elle suppose avoirs et biens, mais les gère et en jouit en évitant qu’ils excèdent ou s’hypertrophient. Mettant en acte la «juste mesure», elle se pose comme le contraire de cette pseudo-autonomie radicale par quoi on se permet tout, foulant aux pieds les besoins, les désirs, les aspirations, les droits et les libertés des autres. Certes, dans une société ivre de biens matériels, de plaisirs et de pouvoirs, où l’arc des inégalités sans cesse s’écarte, où la vocifération se substitue à la parole, l’invective au dialogue, le mépris au respect, le rejet à l’accueil, où seuls le buzz, l’outrance et le clash s’entendent, la place de la sobriété, comme vertu, semble bien exiguë. Aussi ne peut-elle revivre que par nécessité, sous forme du soin qu’exige la planète – et de la conscience que les excès et les gâchis sont nocifs non seulement du point de vue économique et écologique mais aussi de celui de la sécurité, de la santé et de la stabilité sociale. Elle sera alors vertu sociale et civique, style de vie partagé, changement d’habitudes, de principes et de croyances, et signifiera, non plus accumuler, gâcher, polluer, mais prendre soin, protéger, réutiliser, recycler, récupérer, réparer.


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Les Matinales de la Semaine PhiloMonaco // L'Écologie 12 juil. 202300:56:49

Dans le cadre de la Semaine PhiloMonaco 2023

Journée ÉCOLOGIE


Présentée par la journaliste Sandrine Negre

Avec Massimo Amato, professeur d’économie

Ramona Bloj, rédactrice en chef de la revue GREEN

Adrien Estève, postdoctorant du CNRS, auteur

Gilles Gressani, directeur du Grand Continent

Guillaume Le Blanc, philosophe


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Aimer son corps // Fanny Arama, Chantal Thomas, Geneviève Fraisse et Ambre Pietri16 mai 202301:48:50

Comment aimer son corps dans une société qui a longtemps cherché à dissimuler et à modifier celui des femmes ? Comment parler du corps quand sa représentation est toujours sujette à un regard normatif cherchant avant tout à façonner des corps performants et utiles ?


Chantal Thomas, de l’Académie française, est écrivaine et essayiste. Ses livres Souvenirs de la marée basse (2017), De sable et de neige (2021), et Journal de nage (2022) sont des évocations autobiographiques dans lesquelles elle révèle l’histoire de ses sensations et notamment son goût inconditionnel pour la nage et un mode de vie nomade, détaché des servitudes communes.


Geneviève Fraisse, directrice de recherche émérite au CNRS, est philosophe de la pensée féministe. Ses ouvrages La suite de l’histoire, actrices, créatrices (2019), et Féminisme et philosophie, (2020), À côté du genre. Sexe et philosophie de l’égalité (2010), ou encore La sexuation du monde. Réflexions sur l’émancipation (2019) et Le féminisme, ça pense ! (2023), réintroduisent le sexe, le genre et le corps au cœur de la pensée philosophique et d’une réflexion renouvelée sur la nécessaire égalité entre les sexes.


Les extraits lus par Ambre Pietri lors de cette soirée mettront à l’honneur le corps, auquel les œuvres de Chantal Thomas et celle de Geneviève Fraisse assignent une place prépondérante.


La rencontre est présentée par Fanny Arama, docteure en littérature française du 19e siècle.


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La Justice // Marc Crépon, Marie Garrau, Maxime Rovere et Patrick Savidan14 avr. 202301:57:48

Avec la participation des élèves et des professeurs de philosophie de l'institution François d'Assise - Nicolas Barré et du Lycée Albert 1er de Monaco.

Si des deux élèves qui ont commis de concert la même bêtise, le maître n’en punissait qu’un, parce que l’autre est son neveu, il susciterait indignation et chacun verrait là une injustice. Mais existe-t-il vraiment un sentiment qui ferait reconnaître justice et injustice? Serait-il inné? Serait-il façonné par les valeurs sociales, et donc varierait selon les époques et les sociétés? La justice n’a-t-elle pas des traits plus objectivement déterminables? Ce qui est sûr, c’est que, dans toute l’histoire de la pensée, on s’est autant escrimé à la définir qu’à chercher des arguments qui montraient l’impossibilité de le faire. Désigne-t-elle la conformité d’un comportement, d’une prescription, d’un ordre, à une norme? Mais sur quel critères d’évaluation - attenant à la morale, au droit, à la politique, à l’économie, etc. - une telle norme peut-elle être à son tour dite juste? Et parle-ton de la même « justice » selon que celle-ci intervient dans les relations inter-subjectives, relevant du droit privé ou du droit public, dans les mode de constitution et de fonctionnement des institutions, dans la légitimation des décisions de la sphère privée ou politique, dans l’évaluation du rapport de production et de distribution des richesses? Un monde sans justice ne serait pas possible cependant: aussi, bien qu’elle soit un casse-tête, faut-il que sans cesse la pensée lui donne sens.


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Le Rêve // Isabelle Alfandary et Lionel Naccache13 mars 202301:40:30

On se demande pourquoi le rêve est toujours tiré vers l’évasion, vers l’échappée, la fuite de la réalité. Et si au contraire on l’envisageait comme invasion, comme possibilité d’aller éclairer les arcanes d’une réalité qui ne peut se réduire à ce qu’en livre une saisie rationnelle? Freud, on le sait, le voyait comme voie royale d’accès à l’inconscient - et l’idée, depuis, est entrée dans tous les esprits. Et s’il était aussi une voie, au tracé certes sinueux, peut-être flou, par laquelle il serait possible d’explorer ce que toute réalité, qu’elle soit psychologique, sociale ou politique, laisse inexprimé, à l’état latent, dans les marges, les couches souterraines ou les anfractuosités des discours? Au fond, le brisé fait voir l’intact et la cendre le bois, comme la bévue permet à rebours de savoir ce qui devait être vu ou l’erreur ce qui devait être su. Complice audacieux de l’imagination, le rêve ne pourrait-il pas laisser voir des « plans » inaperçus de la réalité, de même que le regard pointé vers le lointain ou des lieux sans lieu - qu’on dira utopique - permet de mieux apercevoir les qualités et les manques de ce qui est tout proche. Retrouvons les vertus de l’utopie, osons le rêve!


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Masculin féminin neutre etc // Hourya Bentouhami, Laurie Laufer, SMITH, Sébastien Talon 07 févr. 202301:36:54

Une conversation présentée par Raphael Zagury-Orly, philosophe et membre fondateur des Rencontres Philosophiques de Monaco


La notion de genre (gender), née dans le contexte de la philosophie, des sciences humaines et sociales, désigne les nombreux modes selon lesquels les différences de sexe prennent sens et deviennent les facteurs structurels de l’organisation de la vie en commun. Elle a ainsi acquis le rôle de catégorie d’analyse et d’interprétation de la conformation exclusivement sociale des rôles masculins et féminins, entendus comme ensembles complexes traversés par des différences de classe, d’orientation sexuelle, de culture, d’ethnie, de religion. Amplement travaillée par le féminisme, comme mouvement et comme réflexion théorique, la notion a très heureusement servi a démanteler les modèles normatifs et performatifs de la masculinité, et dénouer le rapport entre genre et identité qui dans la tradition patriarcale et « logo-phallo-centrique » s’indexe au sexe compris en un sens biologique et naturaliste, ou en tant force d’agencement d’une série de traits identifiant le sujet-homme et le sujet-femme, et établissant la domination du premier sur le second. Mais la notion de genre a fini par susciter une myriade d'interprétations, d'interrogations et de controverses d’où sont sortis des « genres » de plus en plus diversifiés (LGTBQIA+, cisgenre, non-binaire, a-genre ou neutre, omni-genre, intersex, pan-genre, gender-fluid…). Comment la concevoir aujourd’hui, si l’on tient à sauver les processus de subjectivation, et si, malgré les controverses, on tient à ce qu’elle conserve ses qualités heuristiques, d’inventivité et de découverte - de traçage et traquage de toute forme de domination?


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En colère // Michel Erman, Sophie Galabru et Gisèle Sapiro 29 nov. 202201:34:30

Un simple éternuement, on le sait, efface tous les états d’âme, et l’espace d’un instant, ne fait plus rien exister. Dans une autre dimension, il en va de même pour la crise de colère. A elle seule, elle soumet toutes les autres émotions, et emporte tout, le cœur, la volonté, la raison. De plus, on ne peut ni la prévenir - bien qu’on pressente indistinctement qu’elle «monte» - ni tout à fait la retenir, bien qu’à un moment on sente que «ça se calme». Il est même difficile de seulement en «parler», puisque, avant qu’elle n’éclate, on n’en imagine même pas la violence, lorsqu’elle explose, elle broie toute parole sous ses vociférations, et lorsqu’elle s’apaise et se dissipe, elle fait aisément croire qu’elle n’a pu soudre de moi, mais d’un sujet «hors de lui». Improductive, inconvenante, s’épuisant dans sa propre fureur, la colère a donc souvent été mise au ban. Pourtant, si elle naît de ce que les choses ne vont pas au train que l’on souhaite, que la matière que l’on travaille résiste, que ce que l’on veut dénouer ne se dénoue pas, et, dans les cas plus graves, qu’autrui (un pouvoir, une institution…) ne se comporte pas comme on le voudrait, ou, pire, nous offense, nous fait du tort, nous agresse, limite indûment nos droits ou notre «puissance d’exister», nous humilie, considère que notre vie, précaire, sans dignité, doit se tenir coite, ne peut-elle pas apparaître comme une saine révolte, une nécessaire restauration de l’image de soi, lacérée, salie? Ne mérite-t-elle pas, dès lors, quelque éloge, elle qui éloigne de l’indifférence, de l’apathie, de la résignation, et n’accepte pas qu’on laisse le mal en l’état? Si, pour l’individu, elle est une «une ressource de vitalité», quelles vertus, ou quels défauts, la colère peut-elle avoir lorsque, puissant fleuve fait des mille affluents des rages individuelles, elle devient sociale, force sociale et politique?


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Le visage de nos colères // Sophie Galabru29 nov. 202200:38:34
Rencontre avec les lycéens

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Guerre et philosophie // Isabelle Delpla, Constantin Sigov et Francis Wolff29 nov. 202201:39:06

Confrontée à la guerre, la philosophie semble intempestive, à contre temps. Elle se déploie quand la guerre n’est pas encore là, tentant de retenir tout ce qui pourrait prolonger la paix, ou quand la guerre n’est plus là, s’escrimant alors à penser la «réparation», panser les blessures, accompagner les deuils, réanimer la morale, rétablir la justice. Lorsque «la guerre est là», lorsque fusils d’assaut, bombes et missiles éventrent les immeubles, incendient fermes, écoles, hôpitaux et usines, rasent des quartiers entiers, laissant sur le sol carbonisé enfants, hommes et femmes, chiens et chevaux, lorsqu’on est contraint de vivre tremblant dans des caves, lorsqu’il n’y a plus d’eau potable, lorsqu’on meurt de faim et de douleur – eh bien la philosophie ne trouve guère de place dans les esprits. Peut-être est-ce là la raison pour laquelle il n’y a pas une «philosophie de la guerre» comme il y a une «philosophie du langage» ou une «philosophie de l’art», et que le discours de la guerre renvoie plus aisément à la littérature ou au cinéma, aux discours de stratégie et d’art militaire, d’Intelligence, d’histoire, d’économie, de politique. Pourtant – de Héraclite à Hegel, de Platon à Machiavel, d’Augustin à Hobbes, de Montesquieu à Carl von Clausewitz, Sebald Rudolf Steinmetz, Bertrand Russell, Jan Patočka ou Michael Walzer – les philosophes ont toujours «parlé» de la guerre, pour la dénoncer ou la justifier, analyser ses fondements, ses causes, ses effets. La guerre serait-elle le «point aveugle» de la philosophie, la condamnant à ne parler que de ce qui la précède ou la suit, ou au contraire le «foyer» brûlant où se concentrent tous ses problèmes, de morale, d’immoralité, de paix sociale, d’Etat, de violence, de mort, de responsabilité, de prix d’une vie?



«Polemos (guerre, conflit) est le père de toutes choses, le roi de toutes choses. Des uns il a fait des dieux, des autres il a fait des hommes. Il a rendu les uns libres, les autres esclaves», Héraclite, Frag. 56)

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Quelle Europe pensez-vous habiter ? // Constantin Sigov 08 nov. 202200:49:53
Rencontre avec les lycéens

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