Explore every episode of the podcast Mission encre noire
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| Émission du 27 juin 2023 | 27 Jun 2023 | 01:00:01 | |
Mission encre noire Tome 38 Chapitre 412. Troubles, nos ombres un collectif dirigé par Jennifer Bélanger paru en 2023 aux éditions Triptyque dans la collection Queer. La colère ne se tarit pas dixit l’autrice. De l’élaboration de ce projet à l’été 2020, à son achèvement en 2022, Safia Nolin deviendra la bête noire des réseaux sociaux malgré son récit d’agressions subies de la part de Maripier Morin, la montée de la droite aux États-Unis et celles des conservatismes en général dans le monde, dès lors menace les droits fondamentaux des personnes minorisées. Les textes réunis ici par Jennifer Bélanger offre un espace sécuritaire à 11 artistes non seulement pour témoigner de l’urgence de dire les dangers qui guettent les personnes LGBTQ2IA+, mais également pour nous partager des récits de vie poignants. Qu’il s’agisse d’amitié, de rapports amoureux, de désirs, de colère, de résistance, Étienne Bergeron, Julie Bosman, Marilou Craft, Nicholas Dawson, Martine Delvaux, Sandrine Galand, Maude Lafleur, Mael Maréchal, Roxane Nadeau, Mélanie O’Bomsawin et Justina Uribe se réunissent sous l’ombre lumineuse et créatrice de Jennifer Bélanger, qui est mon invité, ce soir, à Mission encre noire. Extrait: « Je m'appelle Roxane et j'ai 27 ans. 27 ans, c'est l'espérance de vie que la communauté trans s'attribue à cause d'une fausse statistique virale sur internet. J'ai, par le passé, cherché à en trouver l'origine, rencontrant différentes variations à chaque strate de mon excavation. Life expectancy of trans people is 27 years old. Life expectancy of trans women of color is 27 years old. Life expectancy of trans women who do sex work is 27 years old. Il se trouve que ce nombre vient d'un rapport de colloque citant l'approxima, soit l'estimation pessimiste d'une organisation d'Amérique latine à propos de l'âge moyen des femmes trans assassinées du secteur, souvent des travailleuses du sexe. Ce chiffre avait été généralisé à toutes les femmes trans des Américain.es qui y voyaient une occasion de mobilisation clé en main. Évidemment, une déconnexion avait été faite à partir de ce moment-là entre la réalité théorisée et celle, vécue, dans nos corps et devant nos yeux, coupant court à toute réponse organisée. Ce chiffre gonflé ne témoignait en rien des meurtres des femmes trans, d'où ils venaient et de ce qu'on ferait des prochains. Je m'appelle Roxanne et j'ai un âge de mort fantôme.» La Sainte Paix par André Marois paru en 2023 aux éditions Héliotrope. Jacqueline a 74 ans, elle a mal partout c’est bien normal à son âge. Tandis que Tylenol et Advil se disputent le rôle du meilleur ami, elle observe une fois encore sa voisine, Mad Madeleine, aux jumelles. Les deux femmes se contentent de salutations polies depuis le décès de leurs maris. Rien de bien particulier les a maintenu éloignées cela dit. Chacune profite de son petit coin de paradis de part et d’autres de la Mastigouche. À ceci près que, le jour où Madeleine franchit le Rubicon qui sépare les deux propriétés, pour annoncer son intention de vendre sa maison, la donne change de main. Il s’agit d’une véritable déclaration de guerre. Qui va-donc déranger le climat si paisible de l’endroit? Une famille de citadin, avec parasol, barbecue, haut parleurs, badminton, spa, motocross et je ne sais quoi encore, pourrait débarquer subitement comme un chien dans un jeu de quille. Il n’en est pas question. Jamais. C’est juré craché estime Jacqueline. Quitte à passer sur le corps des autres. À la manière d’un Polar de type constricteur, La sainte paix bâtit avec élégance une intrigue qui peu à peu s’enroule autour du cou de son/sa lecteur/lectrice pour ne jamais le lâcher. Un brin pervers, après tout, qui peut bien penser que le meurtre fasse parti des activités de villégiature de nos aînées, quelques éclats de rire, des titres de chapitres hilarants, voici une bonne occasion de faire diversion avec vos activités quotidiennes harassantes. Je reçois, ce soir, à Mission encre noire, André Marois. Extrait: « Jacqueline descend dans la cave et farfouille sur l'établi où sont en tassés les affaires de son défunt mari. Ghislain était maniaque des outils. Il adorait les essayer, les comparer, les choisir. Il passait des heures à la quincaillerie à discuter avec les préposés et n'achetait que les meilleurs instruments pour découper, serrer ou assembler...La plupart de ceux qui sont là n'ont pas servi plus qu'une fois. Mais il répétait qu'il faut être bien outillé pour bien travailler. Un bon ouvrier...La veuve tripote un marteau, des clés à tube, un lot de rabots qui n'ont pas été déballés...C'est un foutoir que Ghislain aurait détesté. Pour lui, chaque chose avait sa place, et il était capable de trouver en quelques secondes, les yeux fermés, la vis à bois dont il avait besoin pour réparer le barreau de la rampe de l'escalier. Depuis son décès, la section bricolage de la maison a pris des airs de capharnaüm. Un printemps, Ghislain s'est noyé dans un lac. Il était parti seul, en raquettes, pour une courte expédition. Le soleil brillait et la température flirtait avec le point de congélation, mais il connaissait les risques. Il était venu là avec Jacqueline à plusieurs reprises, alors que s'était-il passé ? Avait-il malgré tout tenté de traverser le lac dans sa longueur au lieu de le contourner en suivant la rive ? Tout ce qu'on sait, c'est que son corps flottait dans l'eau froide et qu'il lui manquait une raquette, qu'on n'a jamais retrouvée. Cette fois-là, sa femme, grippée, ne l'avait pas accompagné.» | |||
| Émission du 6 juin 2023 | 06 Jun 2023 | 01:00:03 | |
Mission encre noire Tome 38 Chapitre 411. Mise en forme par Mikella Nicol paru en 2023 aux éditions Le Cheval D’août. À la suite d’une rupture amoureuse encore fraîche et de l’aménagement en catastrophe chez un ami, la narratrice se jette à corps perdu dans l’entraînement physique. Malgré que son corps deviennent de plus en plus performant, la dépression gagne du terrain, il y a toujours quelque chose qui cloche. Ce qui s’impose très vite comme la seule activité encore valable à ses yeux va devenir un sujet de réflexion tenace. Et si, en dépit des injonctions bénéfiques assénées par les vidéos de fitness, les programmes de remises en forme n’étaient que la partie émergée d’une problématique plus vaste. Pour l’autrice l’idée jaillit en croisant un inconnu malveillant dans la rue. Le lien qui unit violence et beauté ne fait plus aucun doute. Ou comment l’industrie du fitness, entre autre, confirme la main mise d'une esthétique patriarcale, coloniale et fossile, sur le discours ambiant, dixit Paul B. Preciado. On peut se demander, ici, comment un tel système, qui vise la soumission collective totale des corps, se met-il en place ? Les femmes en particulier, tels des objets inoffensifs, se doivent de collaborer, bien entendu, à leur corps défendant, à des modèles hétérosexuels astreignants. Ce livre à mi-chemin de l’essai et du récit autobiographique laisse libre court à une parole qui refuse de rentrer dans le moule. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Mikella Nicol. Extrait: « Je choisis une vidéo. Cette fois, Anna a cédé la place à Anna Victoria, une grande poupée blonde à la voix aiguë, mais calme, assurée. Brittany est là aussi, elle se démène à l'arrière et je m'impatiente ; je ne l'ai jamais aimée. Le décor du studio d'enregistrement a changé : le mur du fond est parfaitement blanc et lisse, à l'exception de moulures élégantes qui le découpent. Les autres éléments du décor sont dépareillés : des fleurs sur les Leggings, des motifs psychédéliques sur les tapis. Je me fraie un chemin parmi mes objets, éparpillés dans la chambre. Mon tapis sert de radeau parmi les boites, pourtant je ne possède pas grand-chose : des livres, des plantes et un peu de vaisselle. « Engagez vos fessiers», dit Anna Victoria pour me rappeler à l'ordre. « Imaginez que vous tenez un sou entre vos fesses et que votre vie en dépend, OK ? C'est à ce point-là que vous devez les serrer.» Je pense fort à ce sou imaginaire, ce que je possède de plus précieux.» | |||
| Émission du 7 février 2023 | 08 Feb 2023 | 00:59:51 | |
Mission encre noire tome 37 Chapitre 402. Cocorico, les gars, faut qu’on se parle par Mickael Bergeron paru en 2023 aux éditions Somme Toute. Il est plus que temps de reconnaître que rien n’est figé dans une société, que les choses bougent, que les comportement évoluent. Qui aurait cru, il y a 20 ans, qu’un mouvement social sans précédent allait naître via, notamment, les réseaux sociaux. En effet, la première campagne hashtag Mee Too en 2017 a changé la donne. De Balance ton porc à #MoiAussi, ces campagnes ont révélé l’ampleur systémique de la violence commises à l’égard des femmes. Dans cet essai édifiant à plus d’un titre, Mickael Bergeron se propose d’abattre l’arbre qui cache a forêt, de débroussailler quelques clichés au passage et de pénétrer dans l’antre de la bête: la masculinité toxique. Il est temps en effet de nous prendre en charge, nous les hommes, de se dire ça suffit; changeons de disque. Osons enfin, nous parler des affaires qui dérangent : l’image de la virilité, la paternité, l’idéal masculin dans le sport ou dans les forces armées, les attentes dans les relations amoureuses ou dans la sexualité, dans les rôles professionnels ou sociaux, les sujets ne manquent pas. Loin d’être donneur de leçon, l’essayiste se met lui-même à nu, en multipliant les anecdotes personnelles et se garde bien de juger. Il est plus que temps de faire notre juste part aux côtés des féministes, qui elles, ne nous ont pas attendu pour s’affirmer. «Vous n’êtes pas tannés, les gars, de tout ce bordel» est-il écrit en préambule ? J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Mickael Bergeron. Extrait: « Cette virilité version 2023 fait aussi écho à toute sortes de sous-entendus: les femmes ne savent pas se contrôler, elles sont trop émotives, des fois même carrément «hystériques», etc. Les gars, faut arrêter avec nos rêves de pouvoir. On ne contrôle rien dans la vie. Ou si peu, tellement peu. On contrôle une partie de nos réactions, de nos comportements, pour le reste, on peut juste apprendre à jongler avec. Comme dirait Mylène Farmer, tout est chaos. Le contrôle est une illusion. C'est de la grosse bullshit. On peut apprendre à gérer nos émotions, mais on ne peut pas contrôler ce qui déclenche nos émotions. On ne décide pas si une chose nous bouleverse ou non, mais on peut apprendre à gérer les peines et les douleurs. On peut apprendre à ne pas virer fou quand on souffre. On peut apprendre à réfréner notre colère quand un truc nous fait chier. On peut apprendre à faire durer notre énergie quand on sent une explosion de joie monter en nous. Mais on ne pourra jamais contrôler ce qui, à la base, nous fait chier, ce qui nous rend heureux, ce qui nous fait mal. La méditation ne sert pas à ne plus souffrir, mais à apprendre à gérer nos souffrances. C'est une nuance importante.» La vie fabuleuse des gens fabuleux par David Cloutier paru en 2022 aux éditions de la Maison en Feu. Que le rideau se lève sur Mado qui prend possession de la scène dans son célèbre cabaret à Montréal ! Elle regarde ce public d'hétéros de banlieue venu l’applaudir encore et encore. Pourtant, elle ne saurait dire, tant elle est célébrée dans son rond de lumière des spots, ce qui la rend triste ou heureuse ce soir là. Serait-ce l’absence subite de Léo, une jeune escorte survitaminée, celle de Mylène, cette comédienne qui aimerait vouloir danser seule comme ce voisin célibataire de son ancien quartier, ou peut-être est-ce la présence émotive de cette fille, Jessica, particulièrement éméchée, à la table près de la scène, qui semble toute retournée et perdue. Mado sourit. Après tout, comme disait Léo Ferré, le bonheur c’est du malheur qui se repose, alors il ne faut pas le réveiller. Pas sûr que la galerie de personnages qui inspire ce premier roman suivent ce conseil. L’auteur, nous régale de situations douces amères, de réflexions cocasses sur la vie des gens mornes, aligne les tirades sucrées salées. Notez toutefois que si ce livre n’est pas forcément destiné à un public facilement divertis et impressionnés du Québec et d’ailleurs(C’est dans le texte), un charme indicible nous ferre aux trajectoires, en apparence, banales de chaque protagoniste. Il se pourrait que ce premier roman puisse avoir l’effet de ces pilules du bonheur que s’enfile Léo, une sorte de béatitude qui peut parfois brûler l’estomac. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, David Cloutier. Extrait: « J'ai mal au ventre. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai bu l'eau du robinet automatisé de la salle de bain. L'eau était tiède. Eurk. Tous les gens dans les clubs dansent les bras dans les airs en regardant en direction du DJ Markus chose-bine comme si c'était un dieu. Ça commence à sentir le dessous de bras, oui. C'est niaiseux, de la musique électronique. Mon ami gai gros me dit que c'est une forme d'art qui mérite le respect. Moi, je dis que ce n'est pas parce que c'est une forme d'art que ça mérite le respect. Tout dans la vie est une forme d'art. Je respecte seulement les formes d'art qui me divertissent et qui ne sont pas prétentieuses. Je ne sais pas si les gens ont du plaisir pour vrai ou s'ils font juste semblant, en ce moment. Peut-être que pendant qu'ils ont les bras dans les airs, ils pensent à plein de choses dans leur tête. Ou peut-être que non. Peut-être qu'ils sont capables de décrocher, eux. Peut-être que ça ne leur prend pas plus qu'une petite pilule et de la musique répétitive pour taire la petite voix dans leur tête. Ils sont chanceux.»
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| Émission du 16 juillet 2019 | 16 Jul 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 315. Les derniers coureurs de Virginie Beauregard D. paru en 2018 aux éditions de l'Écrou. Les pensées de Virginie Beauregard D. lui viennent en laissant filer les mots sur ses cahiers, librement. Simplement, une pensée va enchaîner sur une autre, un détail va interpeller, comme un pied sur l'asphalte ou un sommeil d'enfant. Les coureurs qui inlassablement créent de la distance entre les lieux, les choses et les gens, poursuivent, parfois, ici, une quête impossible. De la course à l'écriture, il y a une forme d'énergie fascinante qui se dégage de ce magnifique recueil. Au fil des confidences, le long parcours qui déroule, se fait sonore, couleur ou esquisse. Si le mouvement est à la source de ce recueil, les mots qui dévorent le bitume ont des semelles de vent. Comme d'autres, vous tomberez sous le charme de ces lignes qui invitent à un voyage immobile, à la fois intime et tribal. Troisième recueil de poésie publié aux éditions de l'Écrou, après Les heures se trompent de but (2010) et D'une main sauvage (2014), Les derniers coureurs a été dans la liste préliminaire du prix des libraires 2019. Virginie Beauregard D. est notre invitée à Mission encre noire. Extrait: « Tu tombes/de ton lit/comme je m'écarte/du sommeil/revenant d'un calvaire de chemins secrets/ça ne ressemble à rien/tu battais des pieds comme d'autres des ailes/c'est à se demander/si nous sommes ces athlètes essoufflés/ceux qui courent en meute/sur l'ellipse étincelante/des minutes et des saisons/d'un stade qui les connaît à peine.» Je profite de cette dernière émission de la saison, avant de vous retrouver à la rentrée, pour vous suggérer une liste de lecture pour accompagner votre été les pieds dans l'eau. Vous trouverez au programme: American Elsewhere de Robert Jackson Bennett traduit par Laurent philibert-Caillat paru en 2018 aux éditions Albin Michel. Empire des chimères par Antoine Chainas paru en 2018 aux éditions Gallimard dans la collection Série noire. Power de Michael Mention paru en 2018 aux éditions Stéphane Marsan. Reporter criminel de James Ellroy traduit par Jean-paul Gratias paru en 2018 aux éditions Rivages noir. Darktown de Thomas Mullen traduit par Anne-Marie Carrière paru en 2018 aux éditions Rivages noir. L'usurpateur de Jorn Lier Horst traduit par Céline Romand-Monnier paru en 2019 aux éditions Gallimard dans la collection Série noire. Né d'aucune femme de Franck Bouysse paru en 2018 aux éditions de la Manufacture de livres. Je vous souhaite à toutes et à tous un bel été ! | |||
| Émission du 9 juillet 2019 | 09 Jul 2019 | 01:00:01 | |
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 314. Une sorte de lumière spéciale de Maude Veilleux paru en 2019 aux éditions de l'Écrou. Être née quelque part, en garder le goût weird sous les ongles, ce sont des mots comme cela, simplement, qui peuvent vous attraper au détour d'une lecture curieuse. Maude Veilleux fait parti de ces autrices dont la rencontre peut-être déterminante pour vous accrocher à un style, une langue, une voix. Originaire de la Beauce, montréalaise jusqu'au bout des ongles, depuis, l'autrice tente tout. Elle écrit sur tous les supports, roman, fanzine, revue, recueil de poésie, blog, web série...Les mots, les murmures dans l'oreille, le slang, le slam, les chemins étranges, la langue des ruelles, l'amitié, l'amour à marde, les lendemains de veille, il y a de tout ça dans ses recueils et plus. Une sorte de lumière spéciale pourrait sonner comme un rap américain, un flow soutenu entre colère et résignation. Si Maude Veilleux aligne les souvenirs c'est pour mieux appréhender le présent. Oui, l'autrice désire changer le monde, et alors ? Pas vous ? Il y a des rencontres de lecture qui peuvent être déterminantes, celle-ci en est une. Maude Veilleux est invitée à Mission encre noire. Extrait: « écrire dans le noir/écrire dans mon appartement/écrire devant internet/écrire avec mon chat/écrire/you do you/je te crisse pas/j'aimerai inventer une forme/le poème rhétorique/celui qui règle les comptes/qui argumente/comme dans le rap américain/avec une crew et des lance-flammes/voici ma crew/c'est qui ma crew?» Dire encore après...de Sylvain Campeau paru en 2019 aux éditions Triptyque dans la collection Poésie accompagné du CD de musique Havres. Uniquement disponible à partir du 07 août, l'objet est magnifique. Tandis que le recueil de poésie interroge la langue, notre histoire, débusque les mots dont nous sommes l'écho, le projet musical Havres se fait l'amant du livre. Avec les voix de José Acquelin, Sylvain Campeau, Catherine Kidd, Trina Stacey et Seaghan Mac An tSionnaigh, le montage sonore adaptant le poème Havres habille de façon magistrale un texte où s'entrechoquent les langues irlandaises et Mohawk, plongé au coeur de la forge vibrante modelée par Chantal Dumas. Auparavant, le recueil vous parlera de résistance, d'hommage aux disparus, d'identité, de langue, d'arbres encore et toujours. Sylvain Campeau nous exhorte au voyage et à sortir de l'époque pour nourrir d'autres rêves d'ici. Les mots s'écoutent jazzés par le poète ou blessés et pleurés dans les méandres d'un blues. Sylvain Campeau est à Mission encre noire, ce soir. Extrait: « La vigie belle est affaire d'horizons qui/s'éloignent/visions d'un monde à ciel désastre/à forêts imbriquées en tourbes levées/J'arrive, blanc, assurément,/canadien déjà par l'aventure/de cette appellation qui n'a plus cours/quand suivie de la langue par français/Perdu le sort de ces ancêtres/dans un continent de batailles/et d'ententes avec les habitants du lieu.» | |||
| Émission du 2 juillet 2019 | 02 Jul 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 313. L'enlèvement de Damien Blass à paraître le 07 Août 2019 aux éditions Triptyque dans la collection satellite. Le visage d"André Lépine se reflète dans le miroir de la pharmacie de la salle de bain familiale située dans une agglomération morne de banlieue québécoise. Irrésistiblement son regard est happé par une lueur qui illumine un étroit passage. Osera-t-il la suivre ? De lourds nuages s'amoncellent autour de cette famille reconstituée, en route vers le sanctuaire de l'Église du souffle. André est accueilli par de jeunes chrétiens au ministère pour les adolescents. Alors que le générique de fin d'une vidéo sur les extraterrestres défile, l'attention d'André se détourne des ferveurs de la prière, son estomac contracté. Des enlèvements se produisent dans la communauté, des adolescents sont emportés par des «anges». Roman apocalyptique, conte fantastique, Sci-fi born again, rituels évangéliques, mythes ufologiques, ce premier roman, très réussi, est un miroir révélateur des peurs ancestrales qui peuplent notre imaginaire et celui de l'auteur. Je vous invite à réveiller la magie de l'enfant qui dort en vous, ce soir, j'accueille Damien Blass à Mission encre noire. Extrait: « André retourna le cadeau entre ses doigts. La couverture en cuir brun était de bonne qualité. le marque page avait été placé au début du livre d'Ézéchiel. « ne lis pas tout de suite. Attends que je sois parti.» « Vous croyez vraiment que j'ai été enlevé par les anges ? » « Je ne sais pas si c'était des anges, mais je sais que tu as été enlevé. Quand ma fille est tombée malade, j'ai tellement prié que je n'avais plus d'espoir. J'ai cru que j'allais perdre la foi. C'est alors qu'ils sont arrivés avec une solution. Ils nous ont proposé un pacte. Je n'ai jamais hésité, tu sais. Je leur ai donné Dorothée pour la sauver.» David Salomon retroussa la jambe de son pantalon pour lui dévoiler sa jambe. Ils comparèrent leurs cicatrices: c'était la même. » Le truc de l'oncle Henry par Alain Gagnon réédité en 2019 aux éditions Alias dans la collection Hors cadre. Alain Gagnon est décédé en 2017, son oeuvre possède une large bibliographie, une quarantaine d'ouvrages. Dans un prologue signé par son ami Yvon Paré, l'auteur a travaillé à rebaptiser son bout de pays. Il crée, pour cela, un territoire, l'Euxémie et des personnages récurrents dont Olaf Bégon, chef de la sûreté municipale de saint-Euxème, petit village exilé au milieu des murmures de la forêt. Des disparitions suspectes, des morts, et des attaques sauvages contre les travailleurs autour de la construction d'un barrage dans la gorge des Conscrits sème la panique. Un endroit connu depuis longtemps dans les légendes des amérindiens. et qu'eux-même jugent maudit. Olaf Bégon redoute le pire. Vous qui aimez l'univers décalé de Stephen King, les péripéties tumultueuses de Ville-Dieu de François Barcelo ou l'environnement des forêts obscures et menaçantes chez Andrée A. Michaud, Le truc de l'oncle henry, va vous surprendre. Cette réédition devrait charmer un nouveau public et devenir, qui sait, une référence culte SF, ici, au Québec. Extrait: « Elle n'était ni folle ni hallucinée. La vidéo montrait et, surtout, laissait entendre...Ces sons horribles. De bêtes. De bêtes. De bêtes presque humaines. « J'ai entendu bien des histoires, des légendes, a commencé Olaf. La forêt qui encercle la ville, vous savez, si vous vous y perdez et si vous avez assez d'énergie, vous pouvez vous ramasser au pôle Nord. C'est vous dire comme c'est vaste et plein d'inconnu. Les Amérindiens, ils faisaient comme nous, ils longeaient les rives. Les rivières, c'étaient leurs chemins qui marchent. Il y a des milliers de kilomètres carrés où l'humain n'a jamais mis le pied. Alors les histoires, les légendes ont tout le territoire qu'il faut...» Anatomie de l'horreur de Stephen King réédité en 2018 aux éditions Albin Michel.« Étranger, pénètre ici à tes risques et périls: en ce lieu sont des tigres.» Ce sont par ces mots dédiés à six maîtres du macabre, malheureusement décédés aujourd'hui, que s'ouvre ce livre culte qui dessine les grandes lignes d'un univers envoûtant. Anatomie de l'horreur, publiée en français en 1995, est ici augmentée de deux préfaces et de nombreuses références rassemblées dans un appendice très complet en fin d'ouvrage. L'auteur est pointilleux et documentés. Stephen King est intarissable, dans un style direct, un brin cynique, qu'on lui connaît bien. On peut facilement lui pardonner, autant l'horreur, au même titre que le fantastique ou le polar partagent encore trop souvent, à tort, une mauvaise réputation de sous-genre. Stephen King vous permet d'explorer les dessous d'une littérature qui a une formidable capacité d'invention. Il nous entraîne, au gré de son histoire, à redécouvrir des oeuvres majeures et autres cauchemars qui attendent de vous assaillir, tapis au coin des pages de cet essai. En maître des lieux, l'auteur américain, vous ouvre une porte, forcément grinçante, sur sa collection personnelle de références en tout genre. Les pages du livre auront la manie de se tourner toutes seules sous votre regard incrédule, sachez que le caractère horrible du propos est désamorcé par une bonne dose d'humour: l'horreur, suggère, c"est vous-même, qui l'a complété. Extrait: « Psychose n'a jamais été diffusé à la télé à une heure de grande écoute, mais si on en ôtait les quarante-cinq secondes que dure cette scène, ce film pourrait passer pour un téléfilm (en termes de contenu, bien entendu ; son style le hausse à cent coudées au-dessus du téléfilm moyen). En fait, Hitchcock nous sert une bonne tranche de viande alors que son film a à peine entamé son deuxième quart. Ensuite, nous n'avons plus droit qu'au fumet. Et si on le prive de ces quarante-cinq secondes cruciales, le film devient complètement banal. en dépit de sa réputation, Psychose est une oeuvre d'une retenue admirable ; Hitchcock a même décidé de tourner son film en noir et blanc afin que le sang aperçu lors de la scène de la douche ne ressemble pas à du sang, et à croire une rumeur - presque certainement apocryphe -, il avait envisagé de le tourner en couleurs...à l'exception de cette fameuse scène, qui aurait été filmée en noir et blanc.» | |||
| Émission du 18 juin 2019 | 18 Jun 2019 | 01:04:11 | |
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 312. La Pomme et l'Étoile d'Étienne Beaulieu paru en 2019 aux éditions Varia. Alors que l'auteur médite sur la plage, en face de Provincetown, à Eastham Nord, il trace mentalement dans le sable une comédie automatiste que la mer vient balayer. Il songe à Paul-Émile Borduas et à sa peinture venu de nulle part, à l'étrangeté de la matière. Ou bien envisage-t-il sa maison de Sherbrooke, si proche en terme de distance, qui le relie plus volontiers au besoin d'enracinement d'un Ozias Leduc. Lui, qui avoue y avoir installé du bois de grange décoratif, sa manière d'établir, à la façon du peintre du Mont-Saint-Hilaire, un lieu d'enracinement. La pomme C'est Ozias Leduc. L'étoile, Paul-Émile Borduas. Ces deux peintres vont servir de carburant colérique, suite à son divorce, à l'écriture de cet essai littéraire sans pareil, qui poursuit l'objectif de «mettre des mots justes sur ce que vous ressentez depuis l'enfance sans trop y penser.» Le livre que vous tenez dans les mains va vous parler d'amour fou, de femmes, d'art et du Québec, vous faire traverser deux mondes, et faire naître un écrivain sous vos yeux ébahis. Pour René Girard, il y a trois personnes en amour comme en littérature, vous, le livre et l'auteur, Étienne Beaulieu est notre invité ce soir à Mission encre noire. Extrait: « Borduas semble avoir été fasciné par la puissance annonciatrice des départs. Une toile peinte au début des années 1930, La jeune fille au bouquet ou le départ, montre avec nostalgie cet engouement pour le moment sentimental et déchirant des adieux. Il peut s'agir bien sûr du départ de la France, que Borduas quitte alors avec beaucoup de regrets semble-t-il. Est-ce la fameuse Lulu que l'on voit apparaître dans le Journal que tient Borduas pendant son séjour d'un an en France ? Mais on peut voir dans cette étrange figure de jeune femme au regard perdu dans un bouquet de fleurs un départ plus fondamental, de nature ontologique: le départ vers une autre aventure que celle du réel.» Moebius 161 est en librairie ! La citation-thème est une phrase choisie de l'Amèr ou le chapitre effrité de Nicole Brossard paru chez Typo en 2013: « La matière s'est, de tout temps, mise à bouger seule.» Ce numéro se veut exclusivement féminin, à part la présence de Marc-André Baron associé à Chloé Savoie-Bernard pour la direction littéraire. Nonobstant le somptueux objet livre mis en forme et en couleur par Julie Delporte, artiste en résidence, à découvrir, vous y trouverez des textes inédits de Lucile de Pesloüan, écrivaine en résidence, Mélodie Bujold, Marie-Hélène Constant, Mégane Desrosiers, Caroline Guindon, Mimi Haddam, Patricia Houle, Mélanie Landreville, Valérie Lefebvre-Faucher, Nancy Rivest, Sanna, Brigitte Vaillancourt, ainsi que Laurance Ouellet Tremblay dans la rubrique « Penser la création » et Daria Colonna qui écrit à la poète Emmanuelle Riendeau. Extrait: « Je guette le bruit des gens qui tombent/acquiesce et redescends/traverse la route du dehors/mon terrain arrête ici/la maison a le toit défoncé/la neige entrée par la bouche/sous la langue/le silence.» Marie-Hélène Constant, Les arbres d'ornement. Fracking de François Roux paru en 2019 aux éditions Albin Michel. Si ce roman se déroule en Amérique du nord, plus précisément dans les vastes plaines du Dakota, le couteau qui se plante en terre et qui intoxique les champs et les cours d'eau nous concerne toutes et tous. Fracking: Fracturation hydraulique qui permet de forer à la verticale puis à l'horizontale un puits d'acier, pour capturer les hydrocarbures emprisonnés en profondeur dans les pores de formations schisteuses, en provoquant une fissuration de la roche par une série d'explosions et libérer le pétrole qui s'écoule. Dans l'Amérique de Donald Trump, c'est toute une communauté locale du Dakota qui va devoir s'entre-déchirer, autour des ambitions extractrices de la compagnie pétrolière Global Ressource et des mouvements contestataires de Standing Rock. Au-dessus des nappes d'hydrocarbures flottent un parfum de désastre annoncé. C'est la débandade d'un rêve américain qui se liquéfie sous nos yeux. Dans le soleil couchant des vastes prairies du Dakota, aucun troupeau ni l'ombre d'un cow-boys couvrent l'horizon, seule demeure la silhouette mortifère du nouvel eldorado de l'or noir, des puits de pétrole. Extrait: « Avec le fracking, le rêve éternel d'indépendance énergétique de l'Amérique allait enfin se réaliser. Les prévisions les moins optimistes tablaient sur douze millions de barils de pétrole par jour en 2020 - soit pratiquement deux fois plus qu'en 2006 - qui ferait des États-Unis le premier pays producteur au monde, loin devant l'Arabie saoudite. Au-delà des retombées économiques, les plus radicaux - et il y en avait quelques-uns dans le comté - y voyaient une revanche politico-stratégique sur ces États du Golfe qui, non contents d'imposer leurs vues au gouvernement le plus puissant de la planète, nourrissaient en leur sein d'effroyables terroristes dont l'imagination macabre paraissait n'avoir aucune limite.» | |||
| Émission du 4 juin 2019 | 04 Jun 2019 | 00:59:28 | |
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 311. Dans L'ombre du brasier de Hervé Le Corre paru en 2019 aux éditions Rivages/Noir, Les effarés de Hervé Le Corre paru en 2019 (réédition) aux éditions L'Éveilleur. La parution du troisième roman, réédité aux éditions L'Éveilleur, ainsi que le succès grandissant de son immense dernier livre Dans l'ombre du brasier, nous donne l'occasion d'accueillir Hervé Le Corre à Mission encre noire pour une généreuse entrevue fleuve. Paris, pendant les dix derniers jours de la Commune et Bordeaux et ses quartiers populaires sont au coeur de cette rencontre. Dans l'ombre du brasier, un roman implacable, noir, sauvage comme l'a été cette semaine sanglante, l'aboutissement tragique de plus de deux mois d'insurection au sein de la capitale française en 1871. Henri Pujols, la silhouette menaçante qui se perd dans la foule des grands boulevards à la fin de L'homme aux lèvres de saphir (Rivages/Noir), psalmodiant à voix basse de longs passages des Chants de Maldoror, réapparaît assis dans un canapé de l'atelier d'un photographe pornographe pour lequel il travaille à kidnapper des jeunes femmes dans la rue. Paris est sous les bombes des versaillais et l'ennemi prussien patiente aux portes de la ville, que l'armée nettoie les immeubles et les trottoirs des bataillons débraillés des communards. Cet immense roman est un portrait sanglant du petit peuple parisien meurtrie, l'histoire vivante des luttes des quartiers de la capitale, des hommes et des femmes montés à l'assaut d'un idéal à l'agonie ; le peuple veut prendre en main sa destinée:« Le peuple, disait la révolutionnaire Louise Michel, n'obtient que ce qu'il prend. » Extrait: «Dans une trouée, le soleil déjà bas les a éblouis de sa grande lueur cuivrée et ils ont rabattu les visières de leurs képis. Nicolas et le rouge sont redescendus vers la place où les hommes s'alignaient devant les cantines. Ils ont mangé un rata convenable préparé par deux femmes vêtues de noir, aux airs maussades, l'une petite et replète, l'autre élancée, presque maigre, qu a rappelé à Nicolas le soir de février où Caroline l'avait emmené écouter Louise Michel dans un club du XVIII ème. Était apparue à la tribune sa longue silhouette sombre et la salle avait explosé d,applaudissements joyeux que l'oratrice avait eu du mal à faire taire, un sourire timide aux lèvres, des yeux rieurs, qui, sitôt le silence revenu, avaient repris leur expression grave, leur acuité perçante.» Dans une deuxième partie de l'entrevue, Hervé Le Corre revient sur le troisième volet de sa trilogie bordelaise, sa région natale. Les Effarés paru en 1996 dans la Série noire, trois jeunes désoeuvrés se réfugient au quatorzième étage d'un immeuble abandonné de la Cité lumineuse, surnommé le bunker, dans le quartier ouvrier de Bacalan. Des braqueurs de matériel hi-fi deviennent, malgré eux, des ennemis publics, sous un cagnard subsaharien. Marion Ducasse, une femme policière inspectrice, enquête sur le braquage d'un camion qui a tourné au meurtre. Lâchée au milieu d'une meute machiste, Ducasse va prendre en charge l'investigation, au centre de laquelle se dresse, inexorablement, la Cité lumineuse. Quelques années plus tard, en 2004, Hervé Le Corre publie L'homme aux lèvres de saphir, un premier tournant dans l'oeuvre, qui se déroule loin de la Gironde. L'auteur rend un dernier hommage à un bâtiment et un quartier, chers aux souvenirs de son enfance, et qui illustrent la disparition progressive des classes populaires dans la sphère des villes. Hervé Le Corre, tel un photographe au Noir, excelle dans l'art d'ajuster les contrastes et les luminosités pour jouer avec l'équilibre de nos nerfs. Extrait: «L'homme frissonne. Il tire vainement sur le col de son tee-shirt. Les canettes vides roulent au fond de la coquille de noix à cause du clapot, et leurs chocs castagnent en écho dans sa cervelle congestionnée. Il cherche à tâtons s'il n'en resterait pas une, par hasard, qui aurait échappé à sa soif, parce qu'il sait de quoi il a besoin pour aller mieux. Tant pis. devant lui le pont d'Aquitaine tend son arc lumineux, où glisse un trafic permanent et silencieux. Tous ces cons qui roulent à cette heure. Même chose sur la rive droite, où la route est sur la berge. Il se rappelle qu'à l'époque où ils habitaient la Cité lumineuse, avant qu'on les vire, il passait des soirées à regarder la circulation des autos et des trains de l'autre côté, en bas des collines de Lormont. Il voyait luire les lueurs de la cimenterie de Poliet-et-Chausson, et flotter le panache grisâtre que crachait en permanence la grande cheminée. le fleuve était noir, et quand la marée montait, on entendait le remous rigoler doucement, et parfois un peu d'air plus frais, moins lourd que celui de la ville, accompagnant le mouvement.» Le chant de corbeau de Lee Maracle paru en 2019 aux éditions Mémoire d'encrier traduit par Joanie Demers. Ce livre est dédié «À toutes ces femmes qui ont combattu l'épidémie alors que le Canada ne se souciait pas de notre santé». Lee Maracle, qui est venu récemment à Montréal pour présenter cette première traduction de son livre en français, a mis trois jours à l'écrire pour participer à un concours. Depuis, le livre a connu un tout autre destin. Stacey, fille de Momma se rends régulièrement dans le monde des blancs pour étudier. Il ne lui reste que deux mois avant de diplômer, au prix de nombreuses brimades et sacrifices. Autant dire que l'épidémie de grippe asiatique qui décime son village tombe très mal. Nous sommes dans les années 50, en Colombie-Britannique, sur un île reliée au continent par un pont. Celia, la soeur de Stacey, voit d'un mauvais oeil cette nouvelle cette nouvelle contagion, elle, qui parle à Cèdre et Corbeau. Elle confirme une sombre prophétie: un monde s'apprête à être remplacer par un autre. Stacey va réapprendre les gestes et les coutumes qui, peu à peu, lui échappent, à fréquenter un monde qui l'isole et la rejette. L'acculturation fait son chemin, malgré tout et le village du clan du loup n'y échappe pas. Ce roman est un bijou de sensibilité et de poésie. Il nous renseigne sur les conditions de vies difficiles des familles, qui pour beaucoup ont péri. L'accès fictionnel temporaire qui nous est donné à un territoire si fragile, en voie de disparaître est un trésor inestimable. La triste réalité des faits subsiste: l'autochtone reste considéré comme un immigrant sur ses propres terres. L'entendez-vous le chant de Corbeau ? Extrait:«Stacey était exténuée et son bras lui faisait terriblement mal, mais elle se sentait pleine d'optimisme. L'avenir. Ses projets s'étalaient devant elle par-delà les repères des saisons auxquels se référait toujours le reste des villageois. Pour eux, les projets se limitaient à se préparer pour la migration du saumon, à économiser en vue d'acheter un fusil de chasse ou pour les conserves l'année suivante. personne ne planifiait sur un horizon de quatre ans: ils étaient trop occupés à survivre. Or, à présent, dans leur village à eux, il y avait une jeune fille de dix-sept ans assez intelligente pour penser à l'avenir. C'était extraordinaire.»
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| Émission du 14 mai 2019 | 14 May 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 310. Pour coeurs appauvris de Corinne Larochelle paru en 2019 aux éditions Cheval d'Août. « Non il n'y en aura pas d'autres. Je ne crois pas, moi que les gens soient interchangeables», déclare la narratrice de ce recueil de nouvelles, tout en notant dans un carnet bleu marine, à la couverture de cuir, made in italy,« Ne pas perdre ma solitude». En nomade assumée de l'amour, elle aime qu'on la frôle. Elle débusque ces regards affamés qui l'accrochent, pour combler l'urgence de s'enivrer de la tension si particulière des premiers moments. Et puis pour être franche, elle préfère tourner les talons à la lourdeur des ruptures qui taisent leur nom. Corinne Larochelle abreuve la soixantaine de tableaux vivants à même la source de son expérience amoureuse et de celles qui lui ont été rapportées. Cette femme célibataire raconte, de ses dix sept ans à sa quarantaine, ces hommes qui se sont mis à genoux, ceux qui ont tremblé, là où d'autres se sont parfois enfuit. L'amour a beau être parfois du cinéma, les blessures qu'il inflige sont quelquefois d'une cruelle douceur. Toutefois, le coeur en marais, c'est la pulsion de vie qui s'exprime ici. Ce judicieux recueil ludique et pernicieux ignore l'art perdu du secret et laisse glisser du vent sur la peau. Pour quelques volutes d'érotisme de plus dans un monde plein de ronces j'accueille Corinne Larochelle à Mission encre noire. Extrait: «Je prends une douche, je passe le fer dans mes cheveux, je maquille mes yeux avec du khôl et du mascara, je me parfume, je choisis avec soin mon chandail, ma jupe, je prends le métro, je marche. Il a déjà commandé une bière lorsque j'arrive. Il commence, Ah au fait, je n'ai pas eu le temps de te le dire, mais j'ai cinquante-sept ans. Sur sa fiche, c'était inscrit quarante-sept. Pour moi, ce n'est pas important l'âge, ajoute-t-il, cherchant à minimiser l'impact de son aveu. Et si j'avais eu dix ans de plus, je suppose que ça ne t'aurait pas dérangé? Il rougit un peu, pas assez. Je tourne les talons.» Freshkills, recycler la terre de Lucie Taïeb paru en 2019 aux éditions Varia collection Proses de combat. Freshkills, l'une des plus grandes décharge à ciel ouvert du monde de 1948 à 2001, située à Staten Islands, en face de Manhattan, occupe l'essentiel de ce surprenant essai. Interpellée par l'existence d'un tel phénomène à la lecture d'Outremonde de l'auteur américain Don Dellilo, l'autrice décide d'aller se rendre compte, sur place, de la transformation du site en l'un des futurs plus grand parc de New York. Lucie Taïeb prends les mesures du site, explore ses marges et ses recoins encore mal définis. Freshkills est un essai écologique documenté et inspiré qui dénonce les faux semblants d'une époque qui se plaît encore à cultiver une image lisse et policé dans un monde où la consommation de masse intoxique la terre et ses habitants. Freshkills est une remarquable radiographie d'un aveuglement collectif à l'échelle de la planête aujourd'hui. Lucie Taïeb nous rend visite à Mission encre noire. Extrait: «Freshkills n'est pas une métaphore. C'est un épicentre. La grande négativité, le grand vide qui nous submerge, la vacuité, la vanité sans fin de nos existences protégées viennent de Freshkills et se propagent, comme une onde invisible, à l'infini, sur le territoire lisse et policé de la ville normalisée. Tout s'organise soudain et tout fait sens, comme une ligne, comme un fil rouge qui vient ceindre notre cou et serre: l'enfance quadrillée, surprotégée, domestiquée, l'exploitation d'une zone naturelle hybride, instable, impropre à tout, la destruction de toute vie sauvage, du braconnage comme fragment organique, dynamique et en perpétuelle métamorphose, l'avènement d'un espace de loisir conforme, en attendant le retour des promoteurs, et la recréation simulée d'un paysage à l'identique, mais sans errance, sans déviance, sans liberté - cela fait sens, et même système.» | |||
| Émission du 30 avril 2019 | 30 Apr 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 309. Oyana par Éric Plamondon paru en 2019 aux éditions Quidam éditeur. Oyana a grandi à Ciboure jusqu'en 1995, dans un lieu magnifique, entre mer et montagne. Elle se tient là en haut des marches, au bord de la plage, à quelques encablures du port. Elle n'ose pas encore franchir le pont qui enjambe la Nivelle et la sépare de son passé. Devant la rade, l'émotion l'a saisie, le ballet des hameçons, la pêche au thon, la baleine échouée sur la grève, les éclaboussures de sang sur les plats-bords des bateaux, la menace des bombes, les descentes de flic, l'ETA, la fuite, le Mexique, Montréal. Oyana ne s'attendait pas à tout ça, si vite. L'ETA, l'organisation socialiste révolutionnaire basque de libération nationale, Euskadi Ta Askatasuna annonce sa dissolution le 3 mai 2018. Oyana Etchebaster dit Nahia Sanchez ne peut plus mentir. Surtout pas à Xavier Langlois, sa terre d'accueil, au Québec, depuis 23 ans. Elle lui doit la vérité, sa vérité, elle se raconte. Oyana décide de s'échapper de nouveau, même si elle ne sait pas dire adieu. Éric Plamondon s'éprends de ce paysage du Pays basque qu'il connait si bien. Une violence minutieuse se pose sur les souvenirs d'Oyana, à la joie du retour se mélange le désarroi d'avoir tout perdu. Éric Plamondon surfe parfaitement sur les vagues du Golfe de Gascogne alors qu'un monde militant s'écroule. De Terre-Neuve à Biarritz, les pêcheries de la baleine et des morues réaniment les braises et les plaies des origines. Éric Plamondon est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «J'ai coupé tous les ponts, je ne connais plus personne. Pourtant, quelque chose me pousse à revoir ces lieux, comme si cela pouvait répondre à des questions que je n'arrive pas à formuler. Tu disais souvent à la blague, en parlant de ta vie à Montréal et ta jeunesse dans la ville de Québec: on peut sortir un gars de Québec mais on ne peut pas sortir Québec d'un gars! Je ne pouvais m'empêcher de ne pas être d'accord. C'était tout l'inverse de ma vie. Je m'étais arrachée de l'intérieur tout ce qui pouvait me lier au Pays basque. Je faisais un rejet complet de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à des histoires de régionalisme, nationalisme, isme, isme, isme. Ce n'était pas par conception politique, c'était une expérience personnelle. Tu peux le comprendre maintenant. Je ne pouvais pas me définir par ce type d'appartenance même si j'ai toujours adoré le Québec. Une fois que l'on s'est arraché à la géographie d'un lieu, on doit s'accrocher à son pays intérieur. C'est en soi que se joue la vraie guerre d'indépendance.» Dirty Week-end de Helen Zahavi paru en 2019 aux éditions Libretto, traduit par Jean Esch. Réfléchissez. Bella lève sa tasse pour porter un toast au cadavre de Timothy. Bella sirote son thé en regardant son corps disloqué. Elle n'éprouve rien et cela l'effraie. Réfléchissez. Bella ne supportait plus ce voisin voyeur qui menaçait de lui faire mal. Elle, la fille dont on oublie le nom, celle qu'on espionne, celle qu'on humilie. Dans son demi sous-sol de Brighton, elle voulait seulement profiter de ses fenêtres ouvertes les nuits d'été. Sans la peur du noir, de l'agresseur. Alors d'autres suivront, proches, patron, médecin, fêtard du samedi soir, à l'inconnu dans la rue, puisque personne ne les a prévenu que les règles ont changé. Bella va opposer son désir de vengeance. Elle va désapprendre à ne pas se battre. Dirty Week-end fait mouche dès sa sortie en Angleterre en 1991. Ce roman contemporain du Baise-moi de Virginie Despentes et de Thelma et Louise va être le dernier livre à faire l'objet d'une demande d'interdiction pour immoralisme à la Chambre des lords. Roman impitoyable, il l'est, dans un style vibrant autant que radical, Helen Zahavi vous offre une perspective différente et salutaire. Extrait: «Elle se laissa tomber à genoux ; des éclats, des torrents de rire incontrôlables et interminables jaillissaient de sa gorge. Elle se tenait les côtes et se balançait d'avant en arrière, des larmes de joie coulaient sur ses joues. Elle rit, et son rire était un péché terrible. C'était un rire de pécheresse. Il ne faut jamais rire. Quoi qu'ils fassent, ne riez pas. Quoi qu'ils ne fassent pas, ne riez pas. Et surtout, ne riez jamais quand vous êtes dans une chambre d'hôtel avec un inconnu. Même un inconnu cultivé, avec de petits pieds et des hanches larges. Quoi que vous fassiez, ne riez pas. À moins d'être Bella.» La cabane du métayer de Jim Thompson paru en 2019 aux éditions Rivages/Noir, traduit par Hubert Tézenas. Cropper's Cabin est un classique datant de 1952 et enfin retraduit comme la plupart des autres oeuvres de ce fils d'un shérif de l'Oklahoma né en 1906 et décédé en 1977. Bon nombre de ses scénarios ont été adaptés au cinéma par Stanley Kubrick, Stephen Frears ou Bertrand Tavernier pour ne citer qu'eux. La famille de Tommy Carver, 19 ans, vit et exploite les terres de Matthew Ontime, riche héritiers amérindien faisant parti des Cinq tribus - Creeks, Choctaws, Chickasaws, Cherokees et Séminoles à s'être implantées ici, en Oklahoma. L'arrivée des prospecteurs de compagnies pétrolières, avides de mettre la main sur les richesses des sous-sols, va lézarder l'équilibre social et familial de la communauté. Voici une magnifique replongée dans l'univers du roman noir de Jim Thompson. Tommy est le héros Thompsonnien par excellence. Un jeune homme ordinaire devient le jouet d'une société dont le portrait au noir de l'auteur est sans concession. La cabane du métayer est un classique que je vous recommande chaudement, la vie parfois réclame une seconde chance qui se mérite. Extrait: «Quelquefois, quand je suis dehors, disons en train de marcher dans un champ, ce vide que je sens dans mes mains me pèse tellement que je dois ramasser des mottes de terre ou cueillir des graines de coton. Il me semble que je vais devenir dingue si je ne trouve pas quelque chose à me mettre entre les doigts, n'importe quoi qui me donne l'impression de pouvoir m'y raccrocher. Je sors mon vieux canif de ma poche, je l'aiguise contre une de mes semelles et je commence à tailler un bout de bois. Ce n'est pas un bon couteau, il s'émousse en un rien de temps, mais c'est toujours ça de pris pour mes mains. J'essaie de deviner, en grande partie pour éviter de penser à autre chose, où est passé mon super canif d'avant.» | |||
| Émission du 23 avril 2019 | 23 Apr 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 308. Ma dévotion de Julia Kerninon paru en 2019 aux éditions Annika Parance. Helen a passé sa vie à écrire. il y a 23 ans qu'elle attend ce moment, précisément: retrouver son amour de toujours Frank Appledore. Il se tient là, à primrose Hill, sur un trottoir de Londres. Cette fois-ci, elle ne se taira plus. Helen va enfin raconter sa vie, leur vie. Quelques pages vous suffiront pour être happé par le tourbillon d'une passion. Helen et Franck appartiennent au même monde, une aristocratie faites de façades et de mensonges. Ils fuiront ce milieu néfaste. Des années 50 à ce jour terrible de 1995, qui scellera leur destinée, Helen, raconte avec style, une histoire tragique de deux destins exceptionnels. Il serait trop simple, bien sûr, de dépeindre Franck comme le génie consacré par sa peinture et Helen sa muse pragmatique et dévouée. Julia Kerninon esquisse le portrait de deux êtres qui se tiennent la main sur le seuil de leur maison en flamme, les couleurs intenses s'écoulent et les débris d'une vie de passion folle partent en cendres. Julia Kerninon est notre invitée à Mission encre noire. Extrait: «C'est tellement bouleversant, à tout moment, lorsque je tombe sur un des tableaux que tu as peints durant notre vie ensemble, à la télévision, dans les magazines d'art ou, bien sûr, dans les musées, de voir solidement accrochée au mur et protégée par un gardien placide et une alarme une toile dont je me rappelle les circonstances de création, les différentes étapes, une toile que j'ai vue chez nous, ou posée au sol dans l'atelier, ou sortant sous mes yeux d'un papier cadeau scintillant à Noël, à présent affichée dans un espace public avec tant de précautions. Chaque fois me reviennent des scènes entières, des flash-back sans autre rapport entre eux que la vision du tableau en fond. J'ai vu ces tableaux, mais eux aussi, ils m'ont vue. S'ils pouvaient parler, ils diraient tout de moi.» Le nombril de la lune de Françoise Major paru en 2018 aux éditions Le Cheval d'août. Au commencement il y eût un meurtre symbolique, Huitzilopochli, décapite et garroche le corps de sa soeur du haut de la montagne. Il est le soleil, le guide suprème du peuple Nahuas qui part fondé Tenochtitlan sur une île du lac Texcoco, qui deviendra Mexico. Françoise Major a passé six ans au coeur de la capitale mexicaine. En partant, elle aussi, à la découverte du nombril immolé de cette riche mythologie, l'autrice nous offre une visite inédite et palpitante de la mégalopole. Dans la ville qui tremble, sous la menace de couteaux, coincé dans un métro bondé, assis sur un banc, côtoyant la pauvreté alarmante de certains quartiers ou au cours d'un repas de Noël chez des gens riches, l'homme ou la femme qui vous frôle dans l'une des vingt-trois nouvelles, vous interpelle directement en langue originale. Resterez-vous à l'écart de cette remarquable musique familière ou vous laisserez-vous piquer par la curiosité de découvrir la cité comme rarement. Mexico devient un lieu de carrefour émotionnel et relationnel truculent sous la plume de l'autrice. Françoise Major est invitée à Mission encre noire. Extrait: «Mariana cherche ses enfants. Luis et Joaquin font le tour de la salle ; pigent dans les centres de table, se tachent les lèvres de chocolat. Mariana cherche Mauro. Il s'est réfugié à l'écart. Elle le rejoint, s'arrête derrière lui, l'écoute demander à un jeune homme, avec des mots pâteux qu'il mouille d'une gorgée de téquila, quelle est la source du malheur de l'humanité. Elle s'approche, lui caresse le dos, les cheveux, chhhhh. Le contact ne déroute pas Mauro. Il répond à sa propre question, met le garçon en garde contre «les femmes, les femmes, las pinches mujeres». Ni l'un ni l'autre n'ajoute rien. Ils trinquent. Nul besoin d'expliquer l'évidence, d'Ève à La Malinche à Carmen, de Carmen à Jenny.»
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| Émission du 31 janvier 2023 | 01 Feb 2023 | 00:59:35 | |
Mission encre noire Tome 37 Chapitre 401. Le monde se repliera sur toi par Jean-Simon Desrochers paru en 2022 aux éditions Boréal. De prime abord, il serait possible de se demander comment lire ce monde pluriel qui se présente à nous. Comment se détacher du fil invisible qui relie les nombreux personnages pris individuellement, qui à force de rencontres, de coïncidences nous amènent à une lecture possible du monde d’aujourd’hui. Alors que Noémie, au sortir d’un mauvais rêve cherche encore ses mots et s’inquiète pour elle et sa fille, au chapitre suivant, celle-ci, à 12 ans, éconduit son premier amoureux, William, qui tente d’incarner un nouvel idéal de masculinité moins toxique. Au prochain chapitre, c'est sa professeure, Madame Claude qui en subira les conséquences. Elle découvre les rumeurs colportées à son sujet alors qu’elle apostrophe un idiot qui lui coupe la voie avec son VUS sur le pont en quittant Montréal, Pierre-Luc prendra toute une section de texte pour se venger...ainsi de suite. La galerie de portrait qui se déploie de Montréal à Tchernobyl, Paris, Philadelphie, Rio de Janeiro, Addis-Abeba, Christchurch et Chittorgarh, nous donne à lire les esquisses familières de trajectoires de vie qui sont autant d’étoiles filantes dans un ciel encombré et menaçant. L’auteur réussit le tour de force d’incarner plusieurs voix, plusieurs émotions, plusieurs destins de papier en mode mineur. Il en résulte un formidable casse-tête, à la mesure des moments de vie dérobés à la lucarne du monde en marche, nous offrant ainsi une profonde réflexion sur ce qui nous construit, sur les lieux qui nous habitent. Si le roman s’ouvre sur une mémoire qui flanche, il n’est pas garantie que le film réalisé avec un cellulaire au final y changera grand-chose. Le monde souffre d'un manque criant d'empathie. Il en meurt sans doute un peu chaque jour, à chaque chapitre ? D’ailleurs s’achève-t-il vraiment ce roman? J’accueille Jean-Simon Desrochers, ce soir, à Mission encre noire. Extrait: « Pierre-Luc est persuadé que, s'il avait gardé sa Mazda3 modifiée, cette femme au pick-up n'aurait jamais osé le couper. Depuis qu'il conduit une sous-compacte électrique, ces manoeuvres agressives sont devenues routinières. Ce pick-up surdimensionné, c'était la fois de trop. Que sa conductrice ait menacé d'appeler les policiers, soit, il comprend. Quand il explose, il est préférable de se tenir loin. C'était l'un des principaux reproches de son ex: « y a des moments, j'ai l'impression que t'es sur le bord de me fesser dessus...Tu fais peur.» Pourtant, Pierre-Luc n'a jamais levé la main sur personne, pas même à l'école primaire, où les garçons se battaient régulièrement. Il est seulement « un peu trop expressif », comme le soulignait feu sa mère. De retour derrière son volant, Pierre-Luc fulmine. Une idée lui vient. Cellulaire, photo, la plaque d'immatriculation du pick-up. Why not ? Soir, maison, ordinateur, musique (Tangerine Dream, Ricochet). Malgré un joint de MK Ultra, la colère s'encrasse, pas moyen de se concentrer sur sa partie de Minecraft où un creeper vient de détruire la moitié de son étable - tant pis, aussi bien quitter le jeu, texter «le gars » dont lui avait parlé son ancien revendeur de cannabis. Juste pour voir. Message texte, réponse, «le gars » est libre en ce moment. Petite marche de santé, air frais, pas grand monde au bar. Comme un parfait trope cinématographique, le gars est à une table, au fond. Signes de tête, prise de contact. « Donne-moi le numéro. Tu reviens demain. c'est trois cents piasses. Tu payes la moitié ce soir. Le guichet est là.».» La jeune fille des négatifs par Véronique Cyr paru en 2022 aux éditions Les Herbes Rouges. Alitée et en arrêt de travail depuis le 10 octobre 2017, Véronique Cyr vit une grossesse chaotique à l’hôpital Sainte-Justine. L’accouchement peut lui être fatal. Elle prend des notes, elle décide de porter ce projet d’écriture « La jeune fille des négatifs », son fils enfin endormi contre elle. Il en ressort des souvenirs, des récits et des témoignages mis en poème et en prose, autant de pistes qui déclenchent la récurrence d’une scène survenue vingt ans plus tôt. Nue sous la lumière crue, une jeune file pose devant un photographe. De ce long travail de réflexion et d’analyse, la césarienne d’urgence accomplie, les notes deviennent prose, qui deviennent lettre. Confrontée à la violence du scalpel, l’autrice convoque les voix d’autres mères, d’autres femmes qui ont dû se dresser devant la brutalité masculine. Au fil de l’histoire, s’ébauche une solidarité féminine, féministe, portée par une voix profonde et puissante. J’accueille Véronique Cyr à Mission encre noire. Extrait: « 5 avril 2018 - Centième jour au bloc 11, il nous en resterait une trentaine à faire (autonomie respiratoire et alimentaire et sept jours sans bradycardies). Je déplie mon ordinateur portable, j'ai une heure pour retourner à La jeune fille des négatifs dans le salon des familles tandis qu'Anthony, en peau à peau avec Henry, lui chante du Grateful Dead à l'oreille. Je m'installe en boule dans un coin de la pièce exiguë en essayant qu'on oublie ma présence ; un couple vit le deuil de sa petite de deux semaines dont j'ai entrevu l'identité sur un formulaire près du bureau d'accueil, c'était simplement indiqué; «bb Kirouac, arrêt cardiaque, conseiller spirituel avisé ». J'imagine Kerouac bercer la mini ange vagabonde au son du jazz céleste.»
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| Émission du 9 avril 2019 | 09 Apr 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 307. La minotaure de Mariève Maréchale paru en 2019 aux éditions Triptyque dans la collection Queer. La narratrice de ce roman note tout, de cette violence qui la suit depuis son enfance, des blessures dans sa tête que ses yeux ne savent pas guérir. Elle écrit à cette amie, Maude, décédée, seule au Pérou, d'un AVC. Elle lui parle, elle nous parle, car le bruit du monde ne s'en va pas. Il lui est difficile d'échapper à son bonhomme sept heures, cet homme blanc et pauvre qui s'en prend aux femmes, aux noires, aux arabes, aux gens fancy qui ne votent pas libéral, aux fifs parce qu'il est le centre du monde. Alors, la Minotaure sera son ombre, son véritable reflet. Son échappée-bête court furieusement dans son corps, gronde de souffrance et de plaisir. La Minotaure est un astre de papier lancé à pleine vitesse dans votre ciel de lecture. Un premier récit détonnant, une perle noire qui diffracte le discours éclairé de son autrice Mariève Maréchale. Elle est notre invité à Mission encre noire. Extrait:«Cette adresse à toi m'est nécessaire pour réussir à traverser des espaces et des temps violents sans me perdre, sans m'étioler. J'ai si peur de disparaître si je reste seule. Il faut que je te dise qu'il existe une histoire d'abandons et de mensonges qui se passe de génération en génération et qui s'arrête soudainement dans la force de tempérament de mes soeurs et dans ma force d'écriture. Nous avons arrêté un siècle. Nous avons dit non. Nous avons tout fait éclater et cela sans même nous entendre. Comprends-tu, Maude?» Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard paru en 2018 aux éditions Alias Poche. Il faudrait pouvoir quitter la littérature, fermer les livres, un instant seulement nous dit l'autrice. Pour ne pas finir suicidée comme Nelly et Sylvia, pour apprendre à vivre, puissante et légère comme ces filles de cégep aux ongles vernis. Pour se laisser creuser par le désir qui élance, pour jouer à tester les limites. Pour Laissez son amant devenir le témoin de sa peau troué qui ne retient rien et surtout pas l'amour. Pour gagner sa vie, comme on la perd, nue, avec ou sans maquillage, à s'étourdir, à la merci des ordres de l'oeil inquisiteur du photographe. Oui, je, tu, elle, en ont assez de feindre. Les nouvelles de ce recueil sont un petit bouillon de poulet sans le gras, qui, petit à petit, compilent des morceaux de chair et d'âmes éparpillés dans la violence, le rejet et le silence coupable. Chloé Savoie-Bernard est d'abord une fille de Montréal et indéniablement rejeton du Mile End, elle est notre invitée à Mission encre noire. Extrait:«J'ai souvent eu l'impression de n'avoir qu'à me pencher pour cueillir celui dont j'ai envie, Ne m'as-tu pas dit, maman, que tout le monde aime les jolies filles, ainsi black blanc beur peu importe, j'ai vérifié plus souvent qu'à mon tour la véracité de ta théorie, et presque jamais ne m'as-t-on refusé une baise. N'avais-tu pas prévu, maman, que le mélange de ta fragile beauté et de la robustesse typique des corps du mauvais versant de l'île d'Hispaniola me fabriquerait un physique aux proportions de film porno qui me condamnerait à être soit nunuche soit salope ; à cette loterie déficitaire, j'ai préféré être une catin, les corps comme le mien ne peuvent pas vraiment se payer le luxe d'une personnalité.»
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| Émission du 26 mars 2019 | 26 Mar 2019 | 00:58:47 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 306. Le pourboire de Philippe Chagnon paru en 2019 aux éditions Triptyque Collection Encrages. Au moment où l'hiver semble ne plus vouloir se terminer, un narrateur, sa blonde et ses parents prennent un avion pour le Mexique. Alors qu'il goûte à l'accueil de l'hôtel Fiesta Americana Condesa, un «tout compris» sur le bord de l'eau, aux allures de complexe central du Parc Jurassique, une angoisse terrible le saisit: il a omis de laisser le pourboire de bienvenue. Au-delà du sentiment de culpabilité qui grandit en lui, c'est l'ensemble du séjour qui va brusquement changer de registre. Voici un petit bijou de roman, même si la banalité du propos peut interpeller, à priori, l'écriture sinueuse et limpide de l'auteur va transcender ce banal voyage en une succession de fausses pistes, toutes bonnes à prendre. L'écriture minimaliste ne vous épargnera aucun des détails du lieu, jusqu'à l'écoeurement. Et pourtant, Philippe Chagnon va vous faire goûter le sentiment de joie pure d'être en adéquation avec un monde si familier, si loin, si proche, qui vous fera, peut être frémir de plaisir ou de nausée. Il est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «Environ trente minutes plus tard, on appelle enfin notre numéro de vol au micro. Nous prenons nos sacs et nous nous dirigeons vers la porte où il faut encore une fois présenter notre passeport et nos billets. La file est longue et nous avançons lentement. Je remarque que la majorité des gens qui étaient assis dans notre section sont maintenant debout, devant ou derrière nous. Après avoir présenté nos documents à un préposé, nous avançons dans un long corridor en accordéon qui rapetisse en largeur au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'avion. Lorsque c'est à mon tour d'entrer, je dois encre présenter - eh oui ! - mon billet pour qu'on puisse m'indiquer que mon siège est quelque part vers la droite. Mes parents se dirigent du même côté que nous et nous nous souhaitons un bon voyage lorsqu'ils trouvent leurs sièges et qu'ils y prennent place. Sophie et moi continuons à descendre l'allée avant de nous arrêter environ huit rangées plus loin. Assis côte à côte, nous sommes heureux de constater qu'il n'y a personne d'attitré au siège libre qui donne sur l'allée.» Moebius 160 «Déposer ma langue sur un crochet, crier enfin: «je suis rentrée à la maison!». C'est la phrase thème de ce magnifique numéro 160 du magazine Moebius. La couverture cartonnée et colorée est l'oeuvre de Julie Delporte, qui, souvenez-vous, a publié sa lettre à Pattie O'Green dans le numéro 158 de la revue. Elle est l'artiste en résidence. Ce nouveau numéro est piloté par Jeannot Clair et Karianne Trudeau Beaunoyer. Pour celles et ceux qui n'ont pas eu la chance de découvrir Lucille de Pesloüan avec ses premiers textes parus dans le fanzine miniature Shushanna Bikini London, Cherry Bomb vous propose une collection de vignettes souvenirs dans un style très proche. Elle est l'autrice en résidence. Stéphane Martelly nous parle d'écriture, Catherine Mavrikakis s'adresse à Philippe Forest et rêve de ne pas pleurer en lui parlant. Vous découvrirez d'autres pépites inédites de Marise Belletête, Mahité Breton, Martina Chumova, Laurence Gagné, Martin Hervé, Louis-Philippe Labelle, Anthony Lacroix, Guylaine Massoutre, Francis Paradis, Diane-Ischa Ross, Kaliane Ung et Mathieu Villeneuve. Le numéro 160 est d'ors et déjà disponible en kiosque. Extrait: «J'ai essayé de m'entraîner à garder le silence. À ne plus me laisser aller en bavardages flasques et inutiles. À imposer une tenue digne à ma parole. Une belle colonne vertébrale bien droite. Du logique. Du lumineux, celui des ampoules halogènes éblouissantes. Du nettoyé de toute scories niaise. De la crête de montagne bien dessinée, proprement découpée par la bise du nord, avec un grand philosophe posté sur l'éperon le plus haut ; non pas de ces crêtes biscornues chiquées de lichens qu'on rencontre dans nos contrées sans hauteur. Oui, j'ai essayé de m'entraîner rigoureusement. Vous aurez déjà pu le constater: j'ai échoué.» Cadillac de Biz paru en 2018 aux éditions Leméac.Tout est histoire de filiation ici. La mort de son grand-père Théodule et la naissance à venir de son fils perturbe Derek. Lui qui aurait dû patiner sur la glace en LNH pour le compte des Red-Wings de Détroit, coule une vie paisible à vendre des caddies dans le West Island. Il décide de quitter ses chums de l'aréna Mont-Royal, sa blonde enceinte et sa concession Cadillac pour une escapade sur les traces de ses ancêtres pour se refaire une santé. Il décroche le dernier chandail du fond de sa garde robe, celui des Red Wings avec Lamothe dans le dos et file vers le Paris du Midwest: Détroit. Ce court roman d'à peine cent pages vous donnera certainement l'envie de prolonger le travail de l'auteur. Pour Biz, les québécois.e.s d'aujourd'hui portent en eux/elles, les victoires et les défaites de leurs ascendant.e.s, une identité façonnée par de multiples vécus. Extrait: «Derek quitte l'île de Montréal dès 6 heures le jeudi matin. À l'inverse du trafic, la circulation est fluide sur la 40 ouest. Go West, young man. Direction le Pays-d'En-haut. Sur une carte, façonné par les lacs Huron et Michigan, l'État du Michigan ressemble à une mitaine gauche, Détroit étant situé sur la partie extérieure de son pouce. À part l'Alaska, C'est le seul endroit où le Canada est au sud des États-Unis. Le bassin des Grands Lacs, c'est littéralement le coeur de l'Amérique. Un réseau artériel irriguant la moitié d'un continent. Avec 18% des réserves mondiales, c'est la plus grande source d'eau douce au monde. De mémoire de Lamothe, la grande-route l'a toujours apaisé. Pendant son hockey junior, il a sillonné tout le Québec en autobus. Il aimait particulièrement les voyages contre les Foreurs de Val-d'or et les Huskies de Rouyn-Noranda. Des nuits entières à traverser l'interminable parc de La Vérendrye.» | |||
| Émission du 19 mars 2019 | 19 Mar 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 305. Parler en Amérique, Oralité, Colonialisme, Territoire de Dalie Giroux, paru en 2019 aux éditions Mémoire d'Encrier. De quoi se constitue l'amériquanité ? Quel est aujourd'hui le résultat des multiples tentatives d'assimilation des minorités au cours de l'histoire des États du Nouveau monde ? Ces mêmes États, peuvent-ils vraiment occulter de leur identité, ces territoires de langues, si précieux à l'édification de l'Amérique ? «C'est pas intéressant l'maudit Français», Dalie Giroux nous invite au voyage, à partir sur les traces de Ti-Jean Kerouac, se laisser bercer par le verbe innu de Joséphine Bacon, à s'accrocher à la langue libre de Pierre Perrault ou au chant en innu de Chloé Sainte-Marie. Les parlures régionales irriguent ce brillant essai, tout autant que de nombreuses langues dîtes subalternes, qui trouvent ici un formidable écho hospitalier. L'autrice a parcouru l'Amérique francophone et ailleurs, a erré à travers les soubassements de la culture dominante, pour nous faire résonner la langue des pauvres, le bagout, une forme de vie encore inédite pour beaucoup d'entre-nous. Dalie Giroux ne manque ni d'audace ni d'humour pour nous fait entrer de plain-pied dans «le territoire de l'âme» de Pierre Perrault ou nous offrir une brillante pensée critique de la «marde». Ce soir, Mission encre noire laisse la porte ouverte à la «machine intime de décolonisation» de Dalie Giroux, qui est notre invitée. Extrait: «Au Canada, dès les premiers jours de la colonisation européenne sur les rives de la Grande rivière, l'habitation linguistique anglaise et française dominante s'est superposée à une habitation linguistique iroquoienne, algonquienne, athapaskane, salish, esquimo-aléoute, etc. Ce sont là les noms de familles linguistiques qui comprennent chacune plusieurs langues, et chacune de ces langues contient plusieurs dialectes. Dans la seule vallée du Saint-Laurent, nous côtoyons les langues algonquines, abénaquise, mohawk, wendat, atikamekw, malécite, innue, mi'gmak, sans parler de la langue crie et de l'inuktitut qui viennent du Nord mais qu'on peut surprendre tous les jours à Montréal et à Ottawa, par exemple. À ces langues qui côtoient le français et l'anglais en tant que langues coloniales et s'y mêlent et vice-versa, s'abouchent aussi celles des gens de partout qui se fabriquent une demeure canadienne.» Cartographies III: Translations Collectif sous la direction de Sébastien Dulude paru en 2019 aux éditions La mèche. Précédé de deux tomes consacrés à l'exploration des territoires singuliers des couronnes Sud et Nord de Montréal, le troisième recueil de textes à d'autres perspectives, sans s'arrêter à une zone géographique spécifique. Patrice Lessard nous promène dans le centre de Naples, ou plutôt dans la Sanità, un quartier qui effraie les italiens eux-même. Maryse Andraos, s'interroge sur ses racines, sur ce qui compose son identité. Elle, qui se sent tellement chez elle, ici, et si étrangère à cette Égypte dont on l'habille. Éric Mathieu a retrouvé les carnets de route d'une époque où il vivait à Londres. Nina Hagen était au Kit-Kat Club, il fumait des joints, devenait cuisinier, dépensait sa paye au Tower records sur Piccadilly Circus. Il nous raconte tout ça, la tête reposée sur la vitre du bus de nuit. Mélikah Abdelmoumen cartographie ses lieux d'élection à Lyon, en France, celles qui mènent aux marges, à ses bidonvilles. un livre de George Perec dans une main, elle tente de laisser une trace de ces hommes et femmes, de ces enfants croisés dans cette autre France. Daniel Canty embarque une machine à écrire sur la MS Norröna sur la côte du Jutland. Il devient un marin malgré lui, un porte-bonheur improbable livré aux flots hostiles. Véronique Béland invente un langage d'outre-espace, à travers des textes aléatoires générés par un programme informatique dédié, lui-même, à recevoir des ondes radio provenant du cosmos. Histoire d'aiguiser encore plus votre appétit de Cartographies, Sébastien Dulude est notre invité. Extrait: «Dans le «mé-tissage», je vois l'idée d'un tissage parsemé de brèches, de trous, d'ouvertures, et par là même la possibilité de tisser des liens inusités entre des identités séparées. On Mé-tisse comme on rompt un tissu social trop uniforme, comme on coud des morceaux dépareillés pour leur donner une nouvelle singularité. On n'appartient à aucune trame, c'est pourquoi on doit apprendre à inventer la sienne.» | |||
| Émission du 5 mars 2019 | 06 Mar 2019 | 01:00:15 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 304. Dormir sans tête de David Clerson paru en 2019 aux éditions Héliotrope. Ayant perdu son travail, un homme rencontre le regard d'un orang-outan mâle dans un documentaire. Les jours suivant, il sent dans ses membres une souplesse inédite, son haleine, subitement, le dégoûte. À Montréal, toujours, un autre personnage erre sous la ville souterraine entre le premier et le onzième sous-sol. Il lui arrive d'y dormir et d'y rêver...de Camille, au visage masqué et aux traits de reptile. Les sacs de déchets qui jonchent la rue, un soir de juillet, en pleine canicule, ramènent à la mémoire des souvenirs de pourriture, de tueur en série, de champignons et le réveil des bêtes à la fin de l'hiver. À chaque déclaration d'amour de sa tumeur, qui l'a quitté, cet homme a la gorge qui lui serre. Elle, qui a vécu les plus beaux jours de sa vie alors qu'elle durcissait et devenait douloureuse sur son épaule. David Clerson joue un peu les chamanes dans ce recueil de douze nouvelles, notre guide aux pays des songes. Tout au long de la lecture de Dormir sans tête, un certain doute plane avec délice: que dissimule l'hospitalité apparente du rêve ? se laisse-t-on dévorer par le réel ou contaminer par les imaginaires ? David Clerson est notre invité, ce soir, à Mission encre noire. Extrait: «Sa vie à certains moments, avait aussi ressemblé à un naufrage. Sa maison d'édition avait plusieurs fois frôlé la faillite. Marie dirigeait tant bien que mal son entreprise malgré la dépression qui l'accablait. Lui-même ne le disait pas, mais il lui semblait parfois qu'il sombrait. Son sommeil était de plus en plus fragile. Quand il ouvrait les yeux à l'aube, il ne parvenait souvent plus à se rendormir, et s'étonnait de se rappeler ses rêves, qu'il avait toujours rapidement oubliés. On aurait cru des lambeaux qui se déchiraient et dont il gardait des bribes, des images persistantes qui souvent le hantaient: la récurrence du cadavre de son père, mort bien des années avant celui de Marie, et dont il ne parlait presque jamais ; le souvenir, aussi, d'une maison d'édition immense, aux murs surchargés de livres, et dans laquelle il se perdait.» Dieu et désir de Michel Morin paru en 2018 aux éditions Les herbes rouges. Si Dieu est un sujet délicat par les temps qui courent, lui accoler le terme désir peut paraître incongru. Et pourtant ! voici un essai passionnant qui devrait vous faire réagir et bondir de votre chaise la plupart de temps. Michel Morin s'appuie essentiellement sur deux textes fondateurs pour sa réflexion: Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche et La pesanteur et la grâce de Simone Weil. Il ne s'agit pas ici de Dieu moral et d'embrigadement aveugle, bien plutôt d'envisager l'idée de Dieu comme la puissance créatrice de toutes choses, qui par le biais du désir, le moteur de ce qui est, permet à l'homme de se transcender, de devenir sur-humain. Michel Morin vous propose d'interroger le destin de l'homme dans le contexte la civilisation d'aujourd'hui. Michel Morin est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «Ce n'est pas en «castrant» Dieu que l'on ramènera la «paix» sur la terre, comme le sous-entendent toutes les politiques laïcistes. C'est en le re-découvrant là où il se cache, au fond de soi, au plus creux de la sensation, loin de toute «morale» (et de toute «armée morale»).»
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| Émission du 26 février 2019 | 27 Feb 2019 | 01:00:31 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 304. Dormir sans tête de David Clerson paru en 2019 aux éditions Héliotrope. Ayant perdu son travail, un homme rencontre le regard d'un orang-outan mâle dans un documentaire. Les jours suivant, il sent dans ses membres une souplesse inédite, son haleine, subitement, le dégoûte. À Montréal, toujours, un autre personnage erre sous la ville souterraine entre le premier et le onzième sous-sol. Il lui arrive d'y dormir et d'y rêver...de Camille, au visage masqué et aux traits de reptile. Les sacs de déchets qui jonchent la rue, un soir de juillet, en pleine canicule, ramènent à la mémoire des souvenirs de pourriture, de tueur en série, de champignons et le réveil des bêtes à la fin de l'hiver. À chaque déclaration d'amour de sa tumeur, qui l'a quitté, cet homme a la gorge qui lui serre. Elle, qui a vécu les plus beaux jours de sa vie alors qu'elle durcissait et devenait douloureuse sur son épaule. David Clerson joue un peu les chamanes dans ce recueil de douze nouvelles, notre guide aux pays des songes. Tout au long de la lecture de Dormir sans tête, un certain doute plane avec délice: que dissimule l'hospitalité apparente du rêve ? se laisse-t-on dévorer par le réel ou contaminer par les imaginaires ? David Clerson est notre invité, ce soir, à Mission encre noire. Extrait: «Sa vie à certains moments, avait aussi ressemblé à un naufrage. Sa maison d'édition avait plusieurs fois frôlé la faillite. Marie dirigeait tant bien que mal son entreprise malgré la dépression qui l'accablait. Lui-même ne le disait pas, mais il lui semblait parfois qu'il sombrait. Son sommeil était de plus en plus fragile. Quand il ouvrait les yeux à l'aube, il ne parvenait souvent plus à se rendormir, et s'étonnait de se rappeler ses rêves, qu'il avait toujours rapidement oubliés. On aurait cru des lambeaux qui se déchiraient et dont il gardait des bribes, des images persistantes qui souvent le hantaient: la récurrence du cadavre de son père, mort bien des années avant celui de Marie, et dont il ne parlait presque jamais ; le souvenir, aussi, d'une maison d'édition immense, aux murs surchargés de livres, et dans laquelle il se perdait.» Dieu et désir de Michel Morin paru en 2018 aux éditions Les herbes rouges. Si Dieu est un sujet délicat par les temps qui courent, lui accoler le terme désir peut paraître incongru. Et pourtant ! voici un essai passionnant qui devrait vous faire réagir et bondir de votre chaise la plupart de temps. Michel Morin s'appuie essentiellement sur deux textes fondateurs pour sa réflexion: Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche et La pesanteur et la grâce de Simone Weil. Il ne s'agit pas ici de Dieu moral et d'embrigadement aveugle, bien plutôt d'envisager l'idée de Dieu comme la puissance créatrice de toutes choses, qui par le biais du désir, le moteur de ce qui est, permet à l'homme de se transcender, de devenir sur-humain. Michel Morin vous propose d'interroger le destin de l'homme dans le contexte la civilisation d'aujourd'hui. Michel Morin est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «Ce n'est pas en «castrant» Dieu que l'on ramènera la «paix» sur la terre, comme le sous-entendent toutes les politiques laïcistes. C'est en le re-découvrant là où il se cache, au fond de soi, au plus creux de la sensation, loin de toute «morale» (et de toute «armée morale»).»
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| Émission du 12 février 2019 | 13 Feb 2019 | 01:00:10 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 303 Vos voix ne nous atteindront plus de Julien Guy-Béland paru en 2019 aux éditions Héliotrope. « I'll execute every motherfucking last one of you !», C'est ce que les chats hurlent dans une ruelle quelque part entre Hochelaga et Sunset Boulevard dans ce premier roman. L'énergie «bad guys» de Pulp Fiction traverse le récit de cette jeune femme, Jeandeleine, qui est confondu avec une autre, célèbre pour avoir démantelée un réseau de pédophiles au Québec. Un riche californien en mal de sensations fortes, lui propose, par erreur, un contrat à Los Angeles. Tannée de niaiser au bar avec son chum de Saint-Bruno-de-Montarville, elle décide de sauter le pas. La mort subite de sa propriétaire, sa voisine du dessous, précipite sa décision. Une série de morts suspectes, dont le Beagle aveugle de Madame Bérange, assassiné dans une mare de sang, crucifié la tête en bas, lui font prendre le premier vol vers l'aéroport international de Chicago. Brutal comme une écriture gonzo débridée, accrocheur et radical comme un bon riff de métal, Vos voix ne nous atteindront plus, vous fera trébucher sur les milliers de cadavres qui restent englués dans l'asphalte naturel de La Brea Avenue. Ça vous étonne ? Parfait ! Il en va pour l'écriture comme pour la musique, après tout: si c'est trop fort, tu es peut être rendu trop vieux pour ça ! Vonnegut n'est pas une marque de yogourt et Thompson pas seulement un pistolet mitrailleur, enfilons un costume de cheval ou de vache, Julien Guy-Béland s'installe à Mission encre noire, il est notre invité. Extrait:«On gît de tout notre long aux pattes d'une chaise pleine de sang. Le goût de fer dans notre gueule laisse deviner que ledit sang provient de notre mâchoire, qui a probablement heurté son dossier après que nos genoux eurent lâché à la vue de l'homme-cheval. Heureusement, nos dents sont intactes ps notre quasi-voisin a repris ses esprits avant d'en finir avec nous. Ou bedon on a mal entendu ce qu'il disait à travers son casque. En tout cas, on est en vie. Difficile d'en dire autant du Quelqu'un, ramanché exactement comme l'était le Beagle aveugle. Le même m.o pis pas d'alibi. Fuck appeler la police, Autant se tatouer Psycho Killer direct dans face.» Macbeth de Jo Nesbo paru en 2018 aux éditions Gallimard dans la collection Série noire, traduit par Céline Romand-Monnier. Les éditions britanniques Hogart, ont proposé de remettre au goût du jour les oeuvres de William Shakespeare. Margaret Atwood, Gillian Flynn, Anne Tyler et d'autres relèvent le défi. Jo Nesbo s'attaque au monument Macbeth. L'écrivain norvégien choisit de nous baigner dans une atmosphère polar dystopique. Une goutte de pluie traverse le décor nauséabond et industriel d'un quartier industriel dévasté. L'administration corrompue vient subir une purge sans précédent. La pauvreté et le crime règne sans partage sur la ville. Duncan, nouveau chef de la police s'empresse de faire le ménage. Il ne part pas gagnant face au baron de la drogue locale qui a mis la main sur une nouvelle substance de synthèse dévastatrice: «le bouillon». L'ombre gigantesque d'un homme plane sur la cité, le seul capable de se confronter à un tel handicap: Macbeth. L'heure est venue pour lui de mettre ses ambitions, et celles de Lady Macbeth, au service de son futur et de celui de la «loi». En sachant que l'horreur se bat parfois du côté du bien. Cette adaptation de Shakespeare marque un jalon important dans l'oeuvre de Jo Nesbo. Ce livre puissant, au final apocalyptique, digne de Scarface, vous laissera pantois. Difficile de contredire un tel monument de polar, l'un des sommets de 2018. Extrait:«Il plaqua ses semelles sur la hanche et l'épaule de son fils, eut le temps de le voir essayer de s'accrocher à quelque chose, avant de le pousser de toutes ses forces. Son fils cria en protestation, il cria de peur, comme il l'avait fait à sa naissance, et puis il fut dehors. Le dernier cordon ombilical était coupé, seul dans le grand monde, en chute libre vers son destin. Banquo gémit de douleur en se remettant face au volant, il enclencha la vitesse et accéléra vers son propre destin. Lorsqu'il tomba en panne d'essence, trois kilomètres après le pont, ils l'avaient presque rattrapé. La voiture roula encore quelques derniers mètres et, se sentant somnolent, Banquo renversa la tête en arrière. Le froid avait gagné l'ensemble de son dos et de son ventre, et lorsque la pluie vint enfin de ce côté du tunnel, ce fut une pluie de plomb. de plomb qui se coulait à travers la carrosserie, les sièges et son corps. Banquo regardait par sa vitre latérale le flanc de la montagne. Et là, presque au sommet, il put voir ce qui, côté ville, ressemblait à un hommage au mal.» Scalp de Cyril Herry paru en 2018 aux éditions du Seuil dans la collection Cadre noir. La carte de l'Institut géographique national positionne Hans et sa mère Teresa sur une route départementale de la Saône et Loire en France. En route pour le sud et les vacances, Teresa accepte de faire un détour vers un endroit qui ne figure sur aucune carte: le dernier domicile connu du vrai père de Hans. Moitié trappeur, moitié activiste écologique, Alex a fui une liaison triangulaire toxique, qui a vu le père d'adoption de son fils, se suicidé au bas d'un pont. Hans se bâtit, rapidement, un imaginaire riche au contact de cette nature sauvage. Au détriment de l'avis de sa mère, il s'entête à vouloir attendre le retour de cet homme énigmatique, dont tout indique qu'il a fuit les lieux précipitamment. La nature dévoile ses cruautés, mais le petit homme apprendra bien vite qu'il existe une loi encore plus terrible: celle des hommes. Cyril Herry nous fait traverser le mur de l'innocence à grande vitesse à travers les yeux de Hans, au coeur d'un été caniculaire. Scalp est un premier roman bouleversant, en 72 heures, le destin de Hans va être bouleversé, au petit matin de sa nouvelle vie sa seule certitude tiendra dans son couteau déplié en attendant l'ennemi. Extrait:«Pourquoi tu m'as laissé l'appeler papa? Teresa n'avait pas répondu tout de suite. Pour la formuler aussi clairement, Hans avait dû longuement réfléchir à cette question. La retourner cent fois dans sa tête, de sorte à être bien certain que c'était la bonne, que sa mère ne puisse ni répondre à côté ni lui raconter d'histoires. Du silence s'était écoulé avant qu'elle dise: «Parce qu'il t'a vu grandir. Parce qu'il t'a accompagné.» Accompagné. Le petit avait quitté le regard de sa mère pour s,en remettre à la photo de l'îlot. «Accompagné» s'était mis à infuser dans son esprit comme un sachet de thé dans de l'eau bouillante. Thé aux fruits rouges.» | |||
| Émission du 29 janvier 2019 | 30 Jan 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 25 Chapitre 302 De synthèse de Karoline Georges paru en 2018 aux éditions Alto. Image est tiré du latin imago pour «masque mortuaire» ou bien le stade final du développement chez un individu. L'image réinvente la vie par l'oeil, par son reflet dans un miroir, dans un écran. Dans un futur si proche, Anouk est l'avatar que se choisi la narratrice, qui tel un ange, lui permet de survoler son monde loin de la morosité du nid familial. En vain. Alors qu'elle sculpte ce visage virtuel, l'annonce de la maladie incurable de sa mère vient modifier sa quête d'absolu. Malgré elle, de nouveaux ponts se créent entre elle et sa famille, entre le corps biologique et son avatar. Récipiendaire du prix du Gouverneur Général 2018, Karoline Georges nous invite au milieu des paysages glacés des mondes virtuels et des hologrammes. De synthèse est un roman sur l'enfance, la mémoire, le malheur et l'espoir. Anouk et la narratrice, l'une se pose sur l'autre pour mieux s'envoler, c'est beau et douloureusement planant. Karoline Georges est notre invité à Mission encre noire. Extrait:«Ma mère répétait souvent que c'était peut-être pire que la religion, cette nouvelle vénération des guédailles de la télévision. Les premiers temps, c'était le surnom d'Olivia. C'était à la sortie du film Grease. J'ai dû passer une semaine à tenter de reproduire la chorégraphie finale du film, celle où Sandy change complètement d'image et devient une femme fatale qui suscite l'hystérie. Cette scène m'a survoltée. J'étais tellement excitée de voir mon idole prendre une apparence nouvelle qui lui insufflait un pouvoir inédit, comme Wonder Woman qui tournait sur elle-même pour faire disparaître sa fausse identité de femme ordinaire et révéler ses véritables couleurs. Ou comme Jinny, qui savait porter les robes qui lui permettaient de dissimuler sa nature magique et de se fondre dans son époque, mais qui, d'un clignement de paupières, retrouvait elle aussi sa percutante apparence intemporelle. Je percevais dans ce spectaculaire changement d'image rien de moins qu'une renaissance. Une apparition miraculeuse, comme Jésus pendant la Transfiguration.» Les écrivements de Mattieu Simard paru en 2018 aux éditions Alto. La vie de Jeanne, 81 ans, prend un virage à 180 degrés, lorsqu'elle se lance sur les traces de Suzor, son amoureux qui l'a quitté brusquement il y a quarante ans déjà. Gravement malade, atteint d'Alzheimer, il se terre quelque part, elle décide de le retrouver coûte que coûte, pour réconcilier leur passé. Elle s'était pourtant promis de ne jamais le chercher. Malgré son âge et sa fatigue, Jeanne, aidée par une jeune complice, Fourmi, défie l'urgence dans la lenteur. À l'échelle de ces deux personnages, la vie défile autrement. Fourmi revisite le passé de Jeanne et de Suzor à travers un carnet qui relate leur rencontre improbable, le terrible voyage en Russie en 1959, le trou dans le mur de la cuisine, les boutons trouvés sur le trottoir. Dans un Montréal enneigé, Matthieu Simard, permet à Jeanne d'écrire l'une des plus belles pages de son carnet, celle où ses yeux brillent joyeux et invincibles. Matthieu Simard est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «Tu te souviens, au tout début de nous, quelques jours seulement après que nos lèvres se sont réunies pour la première fois, nous nous étions assis dans la neige au parc La Fontaine. Tu avais aperçu à ta gauche un petit bouton noir tombé d'un manteau. Tu avais souri et tu m'avais dit que tu étais triste pour lui, parce qu'il avait perdu ses amis, les autres boutons du manteau. Je t'avais rassuré en te disant que les autres étaient méchants et que son exil était volontaire. C'était un héros, ce bouton là, un battant qui ne se laisserait jamais attacher. Tu avais rajouté des détails, parlé de ses parents qui s'étaient rencontrés entre deux manchettes, de ses études, de ses ambitions. J'avais mis le bouton dans ma poche. Pendant vingt-cinq ans, chaque fois que tu voyais un bouton, tu faisais semblant de pleurer, pauvre solitude, et moi je lui inventais une histoire rocambolesque pour te rassurer. Tu en rajoutais et je finissais toujours par m'attacher plus que toi et être triste pour les boutons, eux qui avaient une si belle histoire de famille. Nous riions.» | |||
| Émission du 22 janvier 2019 | 23 Jan 2019 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 25 chapitre 301 Lykaia de DOA paru en 2018 aux éditions Gallimard collection Hors série Littérature. Métal glacé, coulure de maquillage, crissement de cuir sur le cuir, des Poupées en vinyle et des Messieurs en latex, s'ébattent dans l'ancien Berlin ouest, dans les profondeurs d'un club privé: le BUNK'R. La Fille qui s'extrait du monte-charge se faufile au milieu des groupes pour rejoindre sa concurrente ès punitions et leur patient. Élégamment vêtu, camouflé par son masque de latex, le Loup la guette. Ancien chirurgien de haut vol, son ombre est désormais célèbre dans la pratique du bondage au scalpel. L'homme qui geint lorsqu'on lui percera l'abdomen, couinera plus fort et en réclamera encore. Ça vous étonne ? Il se pourrait qu'il n'y survive pas non plus. Ça vous révulse ? Parfaitement. Et pourtant, DOA vous invite à une course poursuite hors norme, à une histoire passionnelle bestiale. La haine et l'amour se croisent sur le tranchant de la même lame et ça fait mal. Prague, Paris, Berlin, Venise, sont les lieux où la bête laissera sa marque. DOA, après les impressionnants Pukhtu (Primo et Secundo) et le cycle Clandestin, élargit notre champ visuel. De quelle violence s'agit-il ? qu'est-ce qui nous effraie tant ici ? Ce livre pourrait bien être un symbole des contradictions de notre époque. Au diable ! Anges et démons ! Monsieur le divin Marquis et Maîtresse Domina ! L'auteur aime voir arriver le loup qui menace d'anéantir sa demeure, il est notre invité à Mission encre noire. Extrait: ''Le monstre est à nouveau enfermé dans sa cage de latex, il a rempli son office, et cette fois, lorsque je reparais hors de la tente, peu nombreux sont ceux qui remarquent le grand Loup noir. Tous regardent le héros du jour, de retour parmi eux dans son fauteuil roulant, blême, la panse bandée, une perfusion d'antibiotiques suspendue au-dessus de lui, occupé à calmer la reine du fist. Elle vocifère et pleure et menace une autre fille, celle que j'ai rejetée tout à l'heure. Profitant de l'aubaine, je m'éclipse. Je n'aime pas m'attarder après une intervention. Aucune envie de répondre aux questions, de m'abaisser à faire la conversation à des tordus. Ni de prendre part à une éventuelle suite. Je retrouve le cerbère du monte-charge et son regard tatoué plus vide que terrifiant. Il ne me lâche pas de toute l'ascension et je l'observe en retour, planqué derrière le Loup. Ridicule duel de monstres de série Z.'' Rivière tremblante de Andrée A. Michaud paru en 2018 aux éditions Rivages/Noir. Ce soir du 07 août 1979, Michael Superman Saint-Pierre, a disparu dans les bois de Rivière-aux-Trembles. Marnie revient s'installer vint-neuf ans plus tard autour des lieux de son enfance, proche de l'endroit de la disparition dont elle a été le témoin. Cette fameuse nuit, pour elle, a ressemblé aux zombies de la nuit des morts-vivants. Depuis, sa vie est mécanique, la mort de Michael a imprimé sur son visage la marque du diable. Billie Richard, elle, se volatilise, dans une petite ville voisine, la veille de son neuvième anniversaire. Son père, écrivain, amorce, trente ans après Marnie, une descente dans les profondeurs du deuil impossible, de la culpabilité, de l'incompréhension. Alors qu'un nouveau drame éclate à Rivière-aux-Trembles, Marnie et Bill vont devoir affronter l'accablante réalité qui va finir par les réunir pour le meilleur ou pour le pire ?: Leur vie est à jamais anéantie. Signes étranges et relents maléfiques, enquête de police, tension dramatique et légendes amérindiennes, Andrée A. Michaud pianote sur tous les styles pour nous faire vivre l'insupportable manque de l'autre. Celui ou celle qui nous était chère, qui nous était confié.e, que nous devions protéger, dont l'effacement, tyrannise alors votre vie. L'autrice nous subjugue, une nouvelle fois, avec un livre profondément humain, doté d'un style d'écriture qui atteint un niveau de maîtrise sidérant. Andrée A. Michaud est notre invitée ce soir.
Extrait: ''Ça fait mal de penser qu'on est seul, que même la femme à qui on a si souvent dit je t'aime ne nous considère plus que comme un tas de merde. Il est vrai que notre couple battait de l'aile depuis un certain temps, que Lucy-Ann et moi, on ne renvoyait pas exactement l'image de l'union idéale, de la paire de tourtereaux en perpétuel voyage de noces. Les soupers aux chandelles, les mains qui glissent furtivement sous le chandail, les sourires lancés d'un coin à l'autre de la pièce ou une demi-douzaine de génies politiques débitent leurs conneries avec un sérieux de pape, tout ça. pour nous, appartenait au passé. On continuait à baiser, parce qu'on avait la baise dans le sang, parce que cet affrontement charnel nous permettait de posséder l'autre tout en lui reprochant d'exister, avec juste assez de violence pour nous sentir soulagés de la tendresse perdue, mais je ne me rappelle plus la dernière fois que Lucy-Ann m'a dit quelque chose de gentil, du genre t'es pas mal beau à matin, Bill, tu sais, ou du style ta couette de gamin est encore retroussée, avec un sourire amusé, avec un doigt effleurant doucement la mèche rebelle.''
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| Émission du 11 décembre 2018 | 12 Dec 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 300. À événement exceptionnel, invité.e.s de choix, nous recevons ce soir Kevin Lambert et Alice Guéricolas-Gagné pour fêter le numéro 300 de Mission encre noire. Hélène Lefranc, revient à l'antenne, pour l'occasion, le temps d'une chronique et d'une entrevue. Querelle de Roberval de Kevin Lambert paru en 2018 aux éditions Héliotropre. Voici l'odyssée éphémère de Querelle, jeune homme de 27 ans, le dernier journalier rentré à l'usine de la Scierie du Lac Inc. de Roberval, qui emploie une vingtaine d'ouvriers spécialisés. Il est beau et scandaleux, il enfile les jeunes minets de bonnes familles comme les mauvais garçons. Ce personnage, emprunté au Querelle de Brest de Jean Genet, est le caillou dans la chaussure d'un système économique et social paternaliste qui s'enraye. Les employés de la Scierie sont en grève et le conflit se dégrade rapidement. Alors que le chaos s'installe, Querelle et une gang de slutboys d'amour jouissent en rafale comme d'autres crient leur rage à coups de batte de baseball. Piquetage, joke grasses et mauvais café le jour, quand tombe la nuit, une autre complainte s'élève au-dessus de l'horizon québécois, tout devient permis. Querelle de Roberval est le journal de bord d'une déflagration sociale et romanesque à la fois tendre et féroce. Roberval est un monstre froid qui dévore ses enfants. L'imagination est au pouvoir et Kevin Lambert nous propose ni plus ni moins que de changer de paradigme: appelons désir ce qui semble immoral, osons nommer la fleur du mal qui pousse entre les poubelles du profit. Kevin Lambert est notre premier invité pour cette 300 ème. Extrait: «Les mères, narquoises, écoutent leurs maris déments, les laissent parler et continuent de se moquer gentiment de leur science tout en les réconfortant par des paroles positives, finement choisies: ce sont les plus nigaudes qui les consolent le mieux. Quand les pères, enfin, s,endorment, les mères se lèvent et poussent leurs petits hors du nid en craignant que l'homme de la maison tente de les baiser pour leur injecter - terme de cette logique occulte - un peu de sa testostérone. Si les fils tombent trop abruptement et se cassent le cou, les mères encaissent le deuil avec un sentiment de devoir accompli. Elles pleurent sur leurs charognes, oui, mais elles demeurent convaincues que la tentative de fuite en valait le coup. les mères sont aussi perverses que leurs époux lubriques. Elles savent toutefois que les fils n'ont rien à faire des romances incestueuses. Pour mieux conjurer la convoitise des pères, les garçons s'accrochent à la bite de Querelle et s'évadent en préparant clandestinement leur vengeance.» Saint-Jambe de Alice Guéricolas-Gagné paru en 2018 aux éditions vlb éditeur. Notre deuxième invitée est la récipiendaire du Prix Robert-Cliche du premier roman 2018 ! Est-ce seulement un roman d'ailleurs? Le quartier de Saint-Jambe, copié-collé d'un quartier de la haute-ville de Québec, est sous la menace de pépines creusant des trous immenses à ses limites et finissent par l'isoler du reste de la ville. C'est un prétexte inespéré pour sa population, qui saisit l'occasion pour proclamer la République de Saint-Jambe. L'événement devient l'épicentre d'une éclosion imaginaire et poétique sans précédent ; sous la lune des acrobates sautent de toit en toit, un terroriste poétique graffite des petits soleils rouges sur des bâtiments austères, des sources d'eau gazéifiées suintent du roc du cap Diamant, les éboueurs font de la musique bruitiste avec leurs déchets, deux femmes s'écrivent sur le dos de leur amant... À Saint-Jambe, l'utopie et la résistance joyeuse sont au pouvoir ! Une chercheuse en ethnologie à l'université libre de Saint-Jambe, associée à la Chaire d'étude internationales sur les mythologies locales contemporaines tente de recoller les morceaux d'une histoire morcelée et intemporelle du siège de la République. Le recueil que vous tenez entre les mains recensent les anecdotes, les événements historiques, les péripéties qui entourent le mode de vie saint-jambien et brosse le portrait des personnages clés du quartier. Dans ce splendide miroir déformant, vous serez, sans doute étonné de reconnaître certains aspects familiers de la ville de Québec. Ludique et insolite saint-Jambe est un appel à devenir des pionniers de l'imaginaire. Utopie ? Vraiment ? Nous montons aux barricades pour cette 300 ème à la rencontre d'Alice Guéricolas-Gagné à Mission encre noire. Extrait: «Au petit matin, tu m'as invitée à rencontrer tes amis, célestes comme toi, amis chats ou amis hommes, je ne veux pas savoir. Vous vous appeliez entre vous les poètes aériens. Vous viviez sur les toits dans de petites cabanes de carton et il y avait des arbres autour de vos logis, des arbres en feuilles malgré le fait que nous n'en étions encore qu'à la fin de l'hiver. Tu m'as invitée à vous accompagner dans une de vos sorties poétiques. En retrait, j'observais les coulisses de vos actions sublimes. Vous vous couchiez sur le ventre tout au bord des toits, et, le corps à moitié dans le vide, vous scrutiez les rues afin de choisir votre prochaine proie. Une fois l'individu méticuleusement sélectionné - vous ne vouliez pas vous retrouver avec n'importe qui - vous l'attrapiez à l'aide d'un lasso dont l'extrémité ressemblait à un harnais, et vous le hissiez jusqu'à vous en tournant une grande manivelle, jusqu'à ce qu'ils se retrouve à vos côtés. Vous kidnappiez les passants pour la beauté du geste, pour les couvrir de couronnes de fleurs avant de leur offrir de visiter avec vous le dédale des faîtes.» | |||
| Émission du 24 janvier 2023 | 25 Jan 2023 | 01:00:01 | |
Mission encre noire Tome 37 Chapitre 400. Je vous présente mes meilleurs vœux pour cette année qui s’annonce. Une année que je vous souhaite riche en découvertes d’auteurices et d’œuvres inspirantes. Mission encre noire repart pour une saison d’hiver, la 400 ème pour être précis. Correlieu de Sébastien La Rocque paru en 2022 aux éditions du Cheval d’août ouvre le bal. Ce roman nous invite à rejoindre, la Vallée-du-Richelieu, près de l’atelier du célèbre peintre du Mont-Saint-Hilaire Ozias Leduc,et plus particulièrement dans celui de Guillaume Borduas, un vieil ébéniste approchant les 70 ans. Formé à la vieille école, il accepte, malgré ses vieux principes, de recevoir en stage, Florence, qui veut reprendre le métier après avoir subi un accident de travail. Recommandé par la CSST, elle doit faire ses preuves, ce retour aux machines est progressif, après avoir été touché par une lame rendu folle dingue à plus de quatre mille tours par minute. Même s’il a toujours travaillé seul, elle le rejoint dans le silence d’un matin blafard au milieu des grésillements d’un vieux poste de radio et l’odeur des planches brutes de pin, de chêne rouge, de peuplier, d’érable ou de merisier. Comme chaque vendredi, elle devra faire la connaissance et refaire le monde avec les vieux mononcles, fidèles en amitié, de Guillaume, et grands consommateurs de caisses de bière. C’est dans le miracle de cet atelier et de ses correspondances sensorielles que Florence s’invite à découvrir un monde éternel, qui se meurt, fait de gestes communs à apprendre, à harmoniser son souffle au rythme d’une respiration à contre-temps d’une époque à bout-de souffle. Avons-nous affaire à de la nostalgie ou à une volonté de vivre autrement, sans faire trop de concession à une modernité dévorante ? Toujours est-il que l’écho de 2012 et du printemps érable s’immisce parfois entre les ramures du Mont-Saint-Hilaire et les odeurs de gasoil de motorisés gigantesques en balades. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Sébastien La Rocque. Extrait: « Toutes les jeunes qui sortent de l'école d'ébénisterie veulent avoir une tite shop de même, faire des beaux meubles, pis gérer leurs p'tites affaires, mais je roule pas sur l'or, tsé. c'est ben beau, j'en ai eu, des stagiaires, mais y connaissent rien. Gars ou fille, même affaire. C'est qui qui va à ton école ? Des retraités qui se cherchent un hobby ou des jeunes qui savent pas quoi faire de leur corps. Va falloir que tu désapprennes ce que t'a appris. L'ébénisterie, c'est pas ça. J'ai pas de job à t'offrir, moi, mais je peux te montrer un métier. Il fouille sur la table, trouve une revue cachée sous une pile de chemises. S'arrêtant sur une page, il tapote une photo trois fois du doigt. - Checke ce que j'ai reçu dans malle. Canadian Interior. Qu'est-ce que t'as là dedans ? Un designer en habit, une designer en robe devant leurs créations, des bureaux en bois d'ingénierie. C'est du design en tabarnak, ça ! Du monde qui pense, qui dessine, that's it ! Toi pis moi, on existe pas ! » Samedi de Christian Robert de Massy et Éric Pessan paru en 2022 aux éditions Moelle Graphik. Voici toute une expérience de lecture, avec ce premier album de bande dessinée de Christian Robert de Massy, accompagné par les mots d’Éric Pessan. Ce qui frappe avant tout, dans cette ambiance de fin du monde, c’est avant tout le silence... et le mouvement. Une jeune femme médecin doit régler son histoire avec la mystérieuse femme-tortue, son ex-amante. Elle va nous guider dans le labyrinthe d’une expérience intérieure, initiatique, pour reprendre le contrôle de sa propre vie. Le personnage principal est alors plongé dans un univers mi-réaliste mi fantastique où elle fait la rencontre de créatures et de personnages surprenant.e.s. Arrivera-t-elle à ses fins? L’énigme nous conduit vers les bas-fonds de sa psyché ou bien s’agit-il, par extension, de ceux de notre monde en déliquescence? Des dédales qui sont autant de chemins et de fausses pistes à déjouer pour éventuellement accéder à une mue salvatrice. Présenté sous un format inédit, à l’horizontale, près de 30 cm de long, cet album fascine et demeure une véritable belle découverte de fin d’année. J’accueille ce soir, à Mission encre noire, Christian Robert de Massy. Extrait: « À tâtons, son pied trouve le premier échelon, puis le suivant, elle descend. Il lui est très vite impossible de retenir sa respiration, elle inspire de grandes bouffées d'air chanci. La question du vertige ne se pose pas, pas plus que celle d'une chute possible. Le danger n'est pas la descente ni le trou, mais bien ce qui l'attend en bas et qu'elle n'a jamais eu le courage d'affronter. Échelon après échelon, elle s'enfonce au plus profond de la terre. Très vite, elle perd la notion du temps, les minutes deviennent des heures, Alina s'étonnerait presque de ne pas ressentir de la fatigue. elle ne pense plus à rien, ses mains attrapent les barreaux rouillés, ses pieds s'assurent qu'un nouvel échelon se trouve sous le précédent. Le métal est froid au contact de sa peau, un peu humide.»
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| Émission du 4 décembre 2018 | 05 Dec 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 299. Le syndrome de Takotsubo de Mireille Gagné paru en 2018 aux éditions Sémaphore. Le syndrome de Takotsubo, traduit littéralement par le piège à poulpe, est un phénomène de cardiomyopathie ou plus simplement un dysfonctionnement du muscle cardiaque. C'est un syndrome des coeur brisés, un phénomène observé par des cardiologues japonais dans les années 90. Mireille Gagné s'empare de cette singularité pour nourrir un recueil de dix-sept nouvelles tentaculaires. Le coeur bien accroché, il se peut que le vôtre se pâme devant tant d'honneur alloué. Méfiez-vous, ici, il se joue tour à tour, briseurs de rêve, là, bourreau aveugle ; ou encore, muscle de mémoire, en fuite prêt à exploser, voire même, désir de peau. Et si, pour certain.e.s, le pire reste à venir pour d'autres il y a l'espoir d'atteindre l'équilibre parfait. Bouleversante, baroque ou insolite, l'animalité s'immisce dans la poésie de l'autrice, alors que l'immensité est envahi par ces milliers d'oies blanches «coulant le ciel comme du sang dans les veines». Nous accueillons Mireille Gagné à Mission encre noire. Extrait: «Il est né dans le mauvais corps, juste un peu de travers, juste assez pour se sentir de trop. Ni fille ni garçon, quelque part entre les deux, dans un fuseau horaire différent des autres, le coeur déjà brisé. Insulaire, il a grandi entouré d'eau et de commérages. Très tôt, il a compris qu'il devait mentir pour survivre, personnifier la force, jouer avec les siens, se chamailler, la guerre, avec la bouche, le bruit des mitraillettes, la chasse, il a réussi à incarner son personnage à la perfection, même si tout semblait sur le point de fendre à l'intérieur.» Francoeur de Mathieu Blais paru en 2018 aux éditions Leméac. L'étoile a pleuré rose au coeur des oreilles de Francoeur lorsqu'il apprend que sa Rosemarie est tombé pour un Hells du chapitre de Sorel. C'est qu'il l'aime sa perle, assez pour défoncer le local du club de motard où elle travaille. Et de se retrouver en dedans au pénitencier de Saint-Anne-les-Bains. Et puis, lui, de Rimbaud, il s'en fout, c'est Jacques Mesrine qui l'habite. Il connaît tout de son livre de voyou, L'instinct de mort, à défaut d'en être un vrai. Et si Francoeur est l'homme saigné noir, à mort, qui gît sur le carrelage des douches c'est pour elle qu'il pleure, toujours. Bronco nous raconte son histoire, ce type incroyable, qui surjoue le dur à cuire. Pas trop fort, ça pourrait lui attirer des ennuis. Mathieu Blais est un observateur aigu des dépossédés, des espoirs cabossés dans un univers malsain, étouffant et clos. La bise qui siffle sur le gibet noir de l'amour hideux du baladin Francoeur est racontée au ras des hommes, usant de l'argot âpre des prisons. La poésie sèche de Mathieu Blais habille à merveille cet amour manchot, et nourri les plus belles fleurs (du mal) de son imagination. fortement conseillé. Extrait: «C'était un des gars de la D qui tiquait sur un détail, semblait même s'étonner qu'une merde comme Francoeur puisse un jour avoir eu du succès en amour. Et, comme les gars de la D, je me crissais pas mal de son histoire de plotte. Mais on avait écouté, écouté jusqu'au bout. Il racontait comme si la terre allait s'ouvrir sous lui et que tout le feu de l'enfer allait venir lui lécher le cul et les couilles. francoeur n'a pas répondu de vive voix, mais il a pris un chandail dans un des piles et il l'a étendu sur comptoir. Il y avait une tâche de café dans le grincement et le claquement des machines, à l'abri du regard des screws, il a simplement passé le plat de sa main très lentement sur la tâche qu'on a tous vue disparaître. Et je crois bien avoir vu un gars de la D se signer, alors que tous nos visages s'illuminaient itou, comme le visage de sa Rosemarie ce jour-là. Et à partir de là, à partir de ce moment précis, la légende de Francoeur a commencé à se fixer plus solidement dans les murs de Sainte-Anne-les-Bains. Et les problèmes, à lui pendre au bout du nez.» Les villes de papier de Dominique Fortier paru en 2018 aux éditions Alto. La «dame en blanc», Emily Dickinson est né à Amherst en 1830 dans le Massachusetts. Elle n'aura publié de son vivant, qu'une dizaine de poèmes et certains de façon anonymes. Reconnu comme un des autrices les plus importantes du dix-neuvième siècle, Emily habite son monde de son salon face à sa fenêtre. même si elle trouve le monde noir et compliqué, elle passe de longues heures, dans sa solitude, décrire sur ses pages blanches tout ce qui n'existe pas encore des émotions et des territoires intimes qui peuplent son crâne. Dominique Fortier prend soin de rassembler des effluves d'il y a un siècle et demi pour peindre un portrait délicat et vibrant cultivé à même certains épisodes de la vie de la poète ou d'extraits de sa correspondance. L'autrice capture avec grâce et simplicité, la flamme poétique qui éclaire ses écrits et son mythe. Autrement dit, il se peut que vous humiez le parfum suave du troène, celui de la menthe ou du jasmin, au long de votre lecture. C'est de cette encre qu' Emily Dickinson a nourri ses livres. Dominique Fortier en dispose, ici, quelques spécimens rares choisi à même ses souvenirs. Extrait: «Les rayons d'or déferlent en coulées de miel par la fenêtre. La lumière d'après-midi est si épaisse qu'Emily a l'impression d'être une abeille prise dans de l'ambre. Dans la maisonnée Dickinson, chacun vaque à ses affaires. Père se prépare en vue d'une rencontre avec un client important ; Mère est très occupée par ses migraines ; Austin repasse sa leçon de grammaire ; tandis qu'Emily, là-haut dans sa chambre, écrit une lettre à quelqu'un qui n'existe pas. Si elle a assez de talent, il finira par apparaître. Les mots sont de fragiles créatures à épingler sur le papier. Ils volent dans la chambre comme des papillons. Ou bien ce sont des mites échappées des lainages - des papillons à qui manquent la couleur et l'esprit d'aventure.»
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| Émission du 27 novembre 2018 | 28 Nov 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 298. Adolphus de Hervé Gagnon paru en 2018 aux éditions Libre Expression collection Expression Noire. - Seigneur tout puissant, aie pitié de mon âme! s'exclame Adolphus Dewey, alors qu'il refuse la cagoule offerte par le bourreau sur le gibet dressé sur la galerie de la prison. Une fois l'office accompli, un individu s'approche et repart avec un objet enveloppé dans une vieille chemise. Soixante ans plus tard, début octobre 1893, Joseph Laflamme, George McCreary et leurs promises, Emma et Mary s'apprêtent à visiter le cirque Sarazini au «Parc Sohmer Park». À dix cents par tête, les deux couples vont vivre une soirée i.n.o.u.b.l.i.a.b.l.e. Deux personnes sont assassinées près du chapiteau. Bizarrement, la hache utilisée par le montréalais Adolphus Dewey pour commettre son forfait qui était exposée dans le cabinet de curiosités, a disparu. Le journaliste vedette de La Patrie enquête ! Une nouvelle fois, Hervé Gagnon nous invite à découvrir un univers montréalais inédit, un bien étrange cirque. L'auteur est notre invité, ce soir, pour nous rafraîchir la mémoire à propos de sa, désormais, cultissime série de Joseph Laflamme. Extrait: «Un éclat de rire jovial monta tandis que le magicien se renfrognait, mécontent. Ils se retournèrent et trouvèrent, dans le kiosque d'en face, un homme et une femme d'une obésité colossale. Leur corps donnait l'impression d'être constitué de vagues successives de graisse qui débordaient de leurs vêtements, aussi grands que des tentes, et se déployaient de tous les côtés. Dans les robustes fauteuils en rondins qui semblaient peiner à les soutenir, ils avaient exactement la même posture, leurs mains potelées reposant sur un ventre immense, les cuisses grosses comme des troncs d'arbres écartées pour permettre à leur panse de se loger au milieu. Leurs visages cerclés de multiples mentons n.étaient que des masses de lard dans lesquels s'enfonçaient des petits yeux pétillants. Comble de malchance, la femme était affligée d'une pilosité faciale que bien des hommes auraient enviée. Fier de sa boutade, le gros homme riait, ce qui le faisait frémir tout entier dans son fauteuil qui grinçait dangereusement. Nul doute qu'il lançait la même à tous les visiteurs pour attirer leur attention. Du coin de l'oeil, Joseph consulta l'écriteau qui était apposé sur le kiosque: «Pierre et Pierrette Jetté, le Couple le plus gros du monde. 712 et 622 lb! Pierrette est aussi barbue.» Janvier noir de Alan Parks traduit par Olivier Deparis paru en 2018 aux éditions Rivages. Glasgow, 1973, devant la gare routière, un jeune garçon ouvre le feu sur une jeune femme avant de retourner l'arme contre lui. La ville s'apprête à vivre l'une de ses semaine les plus noires de son histoire. L'inspecteur McCoy est au première loge. Un détenu, Howie Nairn, l'a convoqué pour lui annoncé, la veille, le sombre destin qui se préparait pour la victime. Accompagné de son jeune adjoint, Wattie, il ne pourra empêcher ce premier meurtre d'être commis. Au milieu de l'hiver rude écossais, McCoy enquête. Alan Parks initie un nouveau cycle d'une douzaine de romans, à venir, avec Janvier noir. McCoy est un dur à cuir, il se sent chez lui aussi bien dans les bas fonds de la ville que dans les quartiers plus huppés. Boucler cette affaire ne sera pas pour autant de tout repos, certains endroits lui collent de trop près à la peau. Âpre et réaliste, ce premier épisode va ravir ceux et celles qui raffolent des décors d'époque, les rues en pente, l'architecture sinistre, David Bowie, Rod Stewart et les origines ouvrières des vrais lads écossais. Obstiné et déterminé, à l'image de son héros abîmé, ce premier roman noir a tout pour convaincre. Extrait: «La voiture tourna sèchement à droite au grand abattoir et s'enfonça dans Dalmarnock. Glasgow était une ville faite de villages, de territoires délimités par les gangs qui se disputaient telle ou telle rue. McCoy n'avait le souvenir d'aucune revendication concernant Dalmarnock. Personne n'en voulait. Il s'arrêtèrent devant un immeuble abandonné sur un terrain vague envahi par la boue, les flaques et les gravats. Les entrées et les fenêtres du premier étage avaient été condamnées à l'aide de planches par la municipalité, des panneaux DÉFENSE D'ENTRER - DANGER tout juste visibles sous le nom des gangs peint à la bombe. Ces panneaux n'avaient pas été d'une grande utilité. La moitié des planches avaient été enfoncées ou arrachées, certaines, brisées, baignaient dans la boue. - C'est des gamins qui l'ont trouvée, dit Murray en frottant sa vitre pour la désembuer et regarder à l'extérieur. Ils jouaient à cache-cache là dedans. On ne peut pas leur en vouloir, ils n'ont pas beaucoup d'autres distractions par ici.» Tuer jupiter de François Médéline paru en 2018 aux éditions de La manufacture de livres. Emmanuel Macron est mort ! Ses obsèques nationales se déroule le 02 décembre 2018. Il rejoint le Panthéon devant les caméras du monde entier. Brigitte Macron porte des lunettes conçu par un grand lunetier parisien sur le modèle de celles de Jacky Kennedy. Mozart est joué par un choeur berlinois. Les chefs d'États de la planète entière se manifestent. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, prépare son éloge funéraire. François Médéline a passé dix ans au service de parlementaires socialistes, il a fréquenté, au plus près les coulisses du pouvoir. Il vous propose de remonter le temps de cet assassinat. Si complot il y a, le fil du récit nous transporte de la Maison blanche, à Moscou, à Jérusalem et sous les arcanes de l'Élysée. Tout cela est-il plausible vous demandez-vous ? Le texte, forcément audacieux, est spectaculaire et plus vrai que nature. Amateur de James Ellroy, l'auteur, rend hommage à l'illustre écrivain. La vraie ironie perverse du récit dystopique est de surfer sur un passé fictionnel qui repose, en parti, sur des faits avérés de notre réalité actuelle. Et c'est ce qui est effrayant et délirant. Extrait: «Élodie sutura la bouche du président de la République. Élodie caressa sa lèvre supérieure. Elle fit pivoter son siège surélevé, scruta le portrait mesurait cinquante centimètres par soixante-dix. Il était encadré, suspendu à la vis cruciforme sur laquelle Élodie accrochait tous ses morts. Emmanuel Macron était assis sur son bureau devant la fenêtre. La fenêtre donnait sur le jardin du palais de l'Élysée. Emmanuel Macron était assis et en même temps il était debout. Avec ses deux alliances, ses deux téléphones. Avec les deux poches latérales de sa veste de costume. Avec les Nourritures terrestres et Les Mémoires de guerre. Avec Le Rouge et avec Le Noir. Avec l'histoire qu'Élodie devait raconter. Avec cet homme-là qui était son modèle. La consigne lui avait été donnée par le cabinet du président défunt à l'Élysée. Toutes les familles donnaient des consignes. Emmanuel Macron possédait une armée de sbires. Ses sbires les plus proches étaient directifs. Le cabinet de l'Élysée avait étudié la cryogénisation et s'était renseigné sur les embaumeurs de Lénine. La cryogénisation sonnait trop Star Trek. Les embaumeurs du petit Vladimir Illitch étaient les meilleurs du monde, Lénine rajeunissait plus de quatre-vingt-dix ans après sa mort.»
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| Émission du 20 novembre 2018 | 21 Nov 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 297. Le Salon du livre de Montréal 2018 vient de fermer ses portes, pour la dernière fois à la place Bonaventure. On a appris récemment que la prochaine édition se tiendra, en 2019, au palais des congrès. Comme chaque année, je vous invite à rencontrer des voix d'autrices et d'auteurs au détour d'une allée, forcément bondée. Joséphine Bacon est une des invitées d'honneur du salon, cette année. Elle publie Uiesh/Quelque part aux éditions Mémoire d'Encrier. Une maison d'édition qui fête ses quinze ans d'existence pour l'occasion. Uiesh/Quelque part, c'est le pas d'une aînée qui s'avance vers vous. Elle approche, nourri de la terre des ancêtres. Joséphine Bacon se défini nomade. Née en 1947, elle est amérindienne, innue de Betsiamites. Poète et réalisatrice, elle vit sa ville, Montréal, à l'écoute du territoire, quelque part dans le Nutshimit. Ce soir, nos pas se joignent à ses traces pour une rencontre exceptionnelle. Extrait: «J'ai vu la naissance de l'hiver/La neige abandonne/Ses fragiles flocons/Dans un monde torturé/Sa finesse éblouit/La terre des nomades». Jacques Saussey publie depuis 2010, il est auteur d'une dizaine de romans dont les très appréciés à Mission encre noire, La pieuvre, Le loup peint, Ne prononcez jamais leurs noms. Enfermé.e est paru en 2018 aux éditions French Pulp. Un roman sec et percutant, qui ne devrait pas vous laisser de marbre. Habitué des thrillers haletants en série, aux côtés du capitaine Daniel Magne et du Lieutenant Lisa Helfin, ce roman, plus intime, emmène l'auteur vers un voyage inconnu. Cette histoire est née du coming out de sa nièce Aurore, accompli en 2015. Une larme coule sur le visage de Virginie dans ce roman, une larme de honte et de désespoir, une larme au goût de sang à la saveur de la déchirure qui irradie dans son être tout entier. Enfermé.e va vous procurer plus d'une émotion et vous pousser à vous remettre en question. Jacques Saussey s'attable à Mission encre noire pour nous ouvrir des portes. Extraits: «Virginie a allumé une autre cigarette, a soufflé la fumée vers le ciel de plomb. Elle a tiré dessus jusqu'à ce qu'elle se brûle les doigts, puis elle l'a suivi et estretourné dans la loge des artistes de la salle de spectacle. Elle a souri à son tour au beau gosse qui était en train de passer des bas résille. Quand il lui a cligné de l'oeil d'un air complice, elle s'est senti fondre de l'intérieur. C'est à ce moment-là qu'elle l'a appelé ainsi dans le secret de son coeur. Beau Gosse. Quand elle est arrivée sur la scène, elle a tout de suite reconnu le visage au premier rang des spectateurs. Un petit nez retroussé, des cheveux roux et des yeux noirs de mustélidé qui ne la lâchaient pas d'un cil.» | |||
| Émission du 13 novembre 2018 | 14 Nov 2018 | 00:59:28 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 296. Aux premiers temps de l'Anthropocène d'Esther Laforce paru en 2018 aux éditions Leméac. Anthropocène: l'âge de l'homme, l'époque de l'histoire de la terre où l'impact des activités humaines a un effet durable sur l'écosystème. Émilie ressent la force destructrice de ce phénomène sur sa vie. Sa soeur se meurt d'un cancer et ne devrait pas y survivre. Archéologue, Elle s'effondre soudainement sur les fouilles de ruines en Grèce. La progression fulgurante de la maladie de Mélissa terrasse Émilie qui se réfugie dans l'écriture de lettres à sa soeur. Son passé et son présent deviennent, alors, un carnet d'observation de la fin de ce monde. Au-delà de ses envies d'enfant anéanties, de sa solitude, de ses amours avortés, du bruit du monde, elle garde un peu d'espoir. Il se garde un souffle mélodieux sur ce petit bijou de roman d'à peine cent pages. Dans un monde de chagrin, Esther Laforce, munie d'une plume délicate et d'une grande élégance, nous invite à danser sur le bord du volcan. Elle est notre invitée à Mission encre noire. Extrait: «Il y avait aussi une odeur. Elle n'avait rien d'animal. Enrobé d'effluves de Kérosène et d'essence, l'ammoniac émanait du lisier répandu dans la campagne alentour. La puanteur semblait suinter de partout. Mais tu sais ce qui m'a le plus frappée? Tout le long de la route, il y avait des cadavres de petits animaux morts. Des ratons laveurs, des porcs-épics, des marmottes, des mulots, des oiseaux, un renard même: sur environ trois kilomètres, j'ai vu toute une ménagerie sylvestre, des petits corps frappés, éventrés, était inodore, baignée par les miasmes des porcheries. Même le corps d'une moufette aplatie au centre de la route ne dégageait aucun relent particulier. J'ai quitté l'entrée de la porcherie, là où le sourire du cochon brûlait sous un soleil dont rien n'atténuait ni ne tamisait l'éclat. Aucun arbre n'avait été planté pour ombrager et agrémenter l'allée qui conduisait à des bureaux administratifs.» Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon paru en 2018 aux éditions Albin Michel. Dustin Tillman est psychologue dans la banlieue de Cleveland, Ohio. Père de deux enfants, Aaron et Dennis, aux côtés de sa femme Jill, ils coulent une vie paisible. Une angoisse forte et diffuse le prends soudainement. le quadragénaire apprend la libération de son frère adoptif, Dusty, condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches. Les tests ADN sont formels, il est innocent. Un ancient flic, en arrêt maladie vient le consulter. Il enquête sur le supposé serial killer Jack Daniels, qui a pour habitude de noyer des jeunes étudiants capturés à la sortie des bars. Brusquement, sa vie personnelle se dégrade, Dustin est confronté à l'annonce du cancer de sa femme et de la dépendance aux drogues dures d'un de ses fils. Dan Chaon réussi avec talent à nous attirer vers les grands fonds de la psychologie humaine, à la limite de la folie. L'auteur a été élu parmi les meilleurs romans de l'année un peu partout aux États-Unis. Un roman obsédant ! Extrait: «Tu pénètres dans l'immeuble de Cleveland Heights à huit heures du matin, tu grimpes l'escalier de marbre des années vingt avec sa boule en cuivre, tu parcours les étroits couloirs avec leur rangée de portes fermées et seule celle de ton cabinet est ouverte et la musique s'échappe de la cascade d'intérieur et tu t'arrêtes sur le seuil. «Il y a quelqu'un?» demandes-tu? Et tu sens la franche hostilité de la pièce, qui refuse toute présence. Tu sais, biens ûr, que ce n'est qu'une illusion. L'esprit est trompé par toutes sortes de stimuli et le stress aggrave les choses. Mais la pièce te déteste. Tu le sens.» Le nouveau numéro de Moebius 159 est disponible en kiosque.«Cet animal m'a donné la vie», c'est le citation-thème tirée de Le feu de mon père de Michael Delisle paru chez Boréal en 2014. Sous la direction éclairée de Clara Dupuis-Morency et Gabrielle-Dulude, venez découvrir les formes variées et inédites que peut prendre l'animalité, bien ou mal placée, dans ce splendide laboratoire d'écriture. Vous pourrez y trouver des textes de Anne-Renée Caillé, Jean-Philippe Chabot, Marie-Hélène Constant, Marie-Ève Fleury, Kristina G. Landry, Catherine Lemieux, Catherine Morency, Camille Readman Prud'homme, Martin Tailly, Anne-Marie Alonzo, Marilou Craft et Simon Brousseau. Extrait: «Je suis à fendre/On tournera autour et tu seras patient/Pointu de douceurs/J'ai un homme dans le coeur une femme sur le dessus/C'est une laine qui embrasse et pique lentement.» Du 14 au 19 novembre 2018, c'est le temps du Salon du livre de Montréal qui bat son plein jusqu'à lundi. Il y en a pour tous les goûts. Mission encre noire vous propose une visite guidée de cette édition pour vous donner l'envie de visiter cette ville de papier, de maisons d'éditions et d'écrivain.e.s. | |||
| Émission du 6 novembre 2018 | 07 Nov 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 295 La toile du monde de Antonin Varenne paru en 2018 aux éditions Albin Michel. C'est à bord du Paquebot français le Touraine que vous embarquez à la suite de mille autres passagers à destination de Paris en l'an 1900. Aileen Bowman, digne héritière de la trilogie d'Antonin Varenne, inaugurée par Trois mille chevaux-vapeur et Équateur, regarde les hommes descendre les valises, les enfants, coller leur nez morveux aux vitres et les femmes rajuster leur tenue ; l'exposition universelle de 1900 leur tend les bras. La jeune femme de trente cinq ans est envoyée spéciale outre-atlantique pour le quotidien américain New-York Tribune. Elle, qui porte des pantalons, comme un homme dans un ranch du Nevada, se présente au siège du premier journal féministe de l'histoire, La fronde. Aileen y publie un premier papier vitriolique, qui confond la bonne société patriarcale, sous pseudonyme: la ville de Paris, une femme libre ou une catin qui serait à vendre. La capitale française se baigne de lumière, la première ligne du Métropolitain s'achève, la Tour Eiffel à un an, Rudolf Diesel expose son moteur fonctionnant à l'huile d'arachide. Alors que dans les glaises instables sont plantés des pieux immenses, déposés des blocs de béton, c'est le sol qui menace de se dérober sous les pieds de la jeune journaliste lorsque l'amour, la mort et le passé la rattrape soudainement. Antonin Varenne collectionne les machine à écrire d'époque, le saviez-vous ? Il est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «À l'inverse, les Français avaient sous les pieds tant de passé qu'ils n'en connaissaient probablement presque rien. c'était l'écho de catacombes oubliées qui faisait résonner le granit des rues. Trop courtes ou trop longues, les frises chronologiques ont pour conséquences des mémoires incomplètes. La maîtrise du temps - l'instruction - est aux mains des puissants. les peuples, occupés à survivre, n'en possèdent pas assez pour le capitaliser, le faire jouer en leur faveur. Ils empilent seulement les pierres des bâtiments qui leur survivront.» Une maison dans les arbres de Julia Glass traduit par Josette Chicheportiche, paru en 2018 aux éditions Gallmeister collection Americana. Tomasina Daulair déambule dans la maison du Connecticut du célèbre auteur de livres pour enfants Morty Lear, mort dans un banal accident domestique. Elle est chargé de gérer son héritage artistique. Un homme, avec qui, elle a partagé trente ans de vie commune depuis leur première rencontre fortuite, avec son frère, dans un jardin pour enfant. Devenu son assistante, sa confidente, elle sait tout de lui, ou pensait-elle le savoir ? Jusqu'à l'irruption dans sa vie, de Nicholas Greene, un acteur britannique primé aux oscars, qui doit incarner Morty à l'écran. Un voile sombre se lève sur la vie de l'artiste. Julia Glass s'est inspiré de la figure légendaire de Maurice Sendak, l'auteur de Max et les Maximonstres. Lauréate du National Book Award avec Jours de juin, tous les livres de l'autrice sont des best sellers aux États-Unis. Extrait: «L'année de sa seconde, alors qu'elle travaillait après l'école à la bibliothèque où elle rangeait les livres, elle monta un club qu'elle appela Pièces pour Non-Acteurs où les élèves qui ne voulaient pas faire partie de la bande de théatreux pouvaient lire des pièces à voix haute. Mort Lear lui était alors complètement sorti de l'esprit - jusqu'au jour où elle vit, dans le métro, un après-midi, une petite fille serrant dans ses bras une poupée de chiffon dont le visage ressemblait à celui d'Ivo. Tommy se déplaça pour la voir de plus près. Elle avait l'impression que la poupée la regardait du fond du wagon bruyant. Elle pensa: Mon frère est devenu un dessin puis un livre et maintenant une poupée.» Cartographie de l'amour décolonial de Leanne Betasamosake Simpson traduit par Natasha Kanapé Fontaine et d'Arianne Des Rochers paru en 2018 aux éditions Mémoire d'encrier. Est-il possible d'aimer cette partie de nous-même qui a été brisé par le pouvoir colonial quand on la retrouve chez quelqu'un d'autre?, titre Junot Diaz en exergue de ce récit. Leanne Betasamosake Simpson laisse défiler librement la parole dans une trentaine d'histoires qui disent les liens qui entravent, qui empêchent, qui restreignent, qui blessent la nation Nishnaabeg. La cartographie serait plutôt une cosmogonie, un ensemble d'étoiles qui tente d'échapper à cette science de l'enfermement géographique, politique et social causé par le colonialisme et le racisme. L'autrice nous raconte, se laisse porter par les canots, les rivières, les stationnements de centre d'achat miteux, parmi les conifères du nord, pour témoigner. L'avenir se trouve ailleurs, en dehors des cartes à l'extérieur de l'espace temps colonial. Cet ouvrage ne cache pas la plaie ouverte par le passé. Il n'est pas pour autant question d'y rester piégé. Affirmer son identité, affirmer sa puissance et ses espoirs neufs sont au coeur d'un récit indispensable. Extrait: «Il y a une vieille histoire nishnaabe, qui remonte à la nuit des temps, selon laquelle sept grands-parents qui vivaient dans le ciel avaient séparé un petit garçon de ses parents pour lui enseigner les valeurs et les coutumes que les peuples de la terre avaient oubliées. Ils lui ont enseigné des histoires, des chansons et des cérémonies avant de le renvoyer sur terre afin qu'il puisse partager ces valeurs et coutumes avec son peuple. Je n'ai jamais vraiment aimé cette histoire, parce que ça me brise le coeur quand le petit garçon est séparé de ses parents, et j'écoute le reste de l'histoire avec une appréhension nerveuse, perdue dans toute la solitude que ce garçon a dû ressentir, perdue dans un monde où il a toujours été le seul.»
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| Émission du 30 octobre 2018 | 30 Oct 2018 | 00:59:36 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 294. Thelma, Louise & Moi de Martine Delvaux paru en 2018 aux éditions Héliotrope. Le 24 mai 1991, Thelma & Louise sort en salle, Martine Delvaux fonds en larmes à la fin du film. La salle est vide. Son amie C. est assise sur le fauteuil à côté. La Thunderbird est figée au-dessus du Grand Canyon, encore et encore. Un arrêt sur image qui en dit long. B.B. King se lamente, lui aussi, Better not to look down. Visage défait, l'une et l'autre s'installent dans un restaurant du coin. On passe certainement Smells like Teen spirit ou l'Amour est sans pitié de Jean Leloup. L'autrice est en détresse. Ce film, quelque part, lui annonce un avenir plutôt sombre. Comment vivre dans ce monde qui menace tant les femmes ? Thelma & Louise a marqué sa vie, il y a 25 ans. Le film de Ridley Scott sur un scénario de Callie Khouri s'impose comme l'acte inaugural de changements profonds dans son quotidien et dans son envie d'écriture. Le futur sera féminin ou rien. Martine Delvaux part sur le pouce, en cavale, à la suite de Susan Sarandon et Geena Davies et intercalle des bouts d'elle, de sa vie au générique de son livre. Louise lui a laissé les clefs de la Thunderbird 1966 vert bouteille sur le volant, Thelma vous offre la place du passager, Martine Delvaux chauffe à Mission encre noire, elle vous parle d'amour, de féminisme, d'écriture et de votre/notre monde. Elle est notre invitée. Extrait: «Je ne sais pas où va ce livre, mais ce que je sais, c'est que, même si c'est difficile, je me sens bien que quand je suis avec lui, assise devant l'écran comme Thelma et Louise devant les paysages grandioses du Nouveau-Mexique, entourées de rochers rouges escarpés, arbustes, poussières, amarante, escaliers de pierre sur fond de nuages blancs. Je ne suis bien qu'avec elles et dans les bras du film.» La maison mère d'Alexandre Soublière paru en 2018 aux éditions Boréal collection Liberté grande. L'auteur comme son père est beauceron, sa mère est originaire d'Ottawa. Tiraillé entre deux langues, il ne se sent vraiment chez lui, qu'au chalet familial, le juste milieu en quelque sorte. Pour raison professionnelle, il s'installe à Vancouver, après la parution de Charlotte before christ et Amanita Rosa. Pourtant Montréal lui manque. Pourquoi donc ? Tout en refusant de prendre position, Alexandre Soublière tient à son indépendance, ce départ va être l'occasion pour lui de questionner le lien qui unit sa génération à la culture canadienne-française des coureurs des bois. Qu'est-ce que cela veut dire être québécois aujourd'hui ? Saisi, comme par un coup vicieux de Jiu-jitsu, bien placé, page 82, l'auteur joint le geste à la parole, il confronte ses idées au fil d'une fiction invraisemblable. La province est plongée dans une panne de courant générale. Montréal se mue en un monde post-apocalyptique peuplé de rescapés et de rôdeurs. Essai ou fiction ? Le livre fait déjà couler beaucoup d'encre sur les réseaux sociaux. Alexandre Soublière est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «À la lumière de ces réflexions et de ces lectures, une question me vient à l'esprit: si le français venait à disparaître au Québec demain matin, que nous resterait-il comme culture? La langue est importante pour nous, certes, mais le fait d'avoir bâti toute notre raison d'être autour d,elle a fait que nous avons peut-être négligé ce qui l'entoure. Le français devrait être autour d'elle a fait que nous avons peut-être une forteresse qui protège et solidifie notre culture, sans en être nécessairement le coeur. D'ailleurs, le fait que nous ayons été si centrés sur la langue au cours de notre courte histoire a probablement contribué à affaiblir cette même langue. Je m'explique: prenez un Québécois au hasard et demandez-lui de décrire les aspects spécifiques de son identité qui le distinguent du reste de l'Amérique du Nord, ou de la planète, sans avoir le droit de nommer la langue. Je serais prêt à parier qu'il ne saura pas quoi dire.» | |||
| Émission du 23 octobre 2018 | 23 Oct 2018 | 01:00:03 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 293. Les bains électriques de Jean-Michel Fortier paru en 2018 aux éditions La mèche. Renée n'a jamais rêvé ! Pourtant, certaines des villageoises, telle Céleste, jurent l'avoir croisé, somnambule dans la forêt, la nuit. C'est que La vieillissante Madame Sainte-Colombe lui a confié un ouvrage au titre bien curieux: La science des rêves. Louise Beurre dit Louisa Louis revient d'un périple de plus de dix ans de part le monde à la suite d'un cirque puis d'une troupe de théatre, en tout cas c'est ce qu'elle raconte. Elle est sans le sou et redécouvre son village, ses rumeurs et une sororité tissée serrée autour de Rénée lépine, sa grande amie, Belle Guénette, Céleste, Margot, Ginou et la veuve Clot. Passant leur soirée à taper des jeux de cartes, les femmes tiennent le fort au village. Employée au magasin général, veuve, logeuse ou domestique, aucune n'occupe un emploi aussi picaresque que Rénée: gardienne de bains électriques. Roman d'une fantaisie créatrice rafraîchissante, Les bains électriques, emprunte à plusieurs registres, celui du polar, du conte et du fantastique. Je vous propose de coudre et découdre le style truculent de l'auteur, Jean-Michel Fortier est notre invité. Extrait: «Céleste la malingre rentrait toujours chez elle en coupant par la forêt. Elle-même branche, elle évoluait aisément dans les bois drus du comté. Deux fois plus rapide que la route, ce raccourci, car la route contournait tout le village avant de filer vers Spencer Wood, Une fois qu'elle avait traversé la forêt - les arbres meublaient une bande d'une largeur d'un mille - elle jaillissait sur son terrain tel un diablotin, à une centaine de pieds de sa maison. À force de coudre et de découdre le chemin, Céleste empruntait le même axe exactement, toujours. Elle ressentait rarement la peur. Pour n'avoir jamais connu de réel danger, tout d'abord, mais aussi pour n'avoir jamais redouté la mort. C'était le grand repos, qui viendrait après la grande besogne. Tout le contraire de sa défunte mère, qui l'avait toujours accueillie en sursautant, «Ma Céleste, c'est toi, je pensais que tu étais morte», elle chignait jadis, une goutte au bout du nez, penchée au-dessus d'une marmite.» Néons et Sakuras de Alice Michaud-Lapointe et Ginette Michaud paru en 2018 aux éditions Héliotrope. En japonais, Nihon signifie Japon, Hounou: offrandes. C'est un peu l'idée insolite de ce carnet de voyage, où l'échange intime d'une mère et sa fille, à travers l'écrit, au pays du soleil levant, rencontre les trajectoires brisées de la découverte d'une culture qui ébranle les sens. Les deux autrices s'étaient fait la promesse de regarder les fleurs de cerisiers lors de l'Hanami. Le japon s'offre alors à vous sous plusieurs aspects insolites, des Sampurus en vitrines, l'omniprésence des masques sur les visages, l'histoire de la statue du chien Hachikô, le dîner spectacle Teppanyaki, les yeux pénétrant d'un robot nommé Pepper. Agrémenté d'anecdotes délicieuses et de réflexions personnelles, ce carnet nous permet de mordre à pleine dents dans cette expérience du voyage à deux. Dans la proximité imaginaire du tableau de Kanagawa (1831), La grande vague, j'accueille Alice Michaud-Lapointe à Mission encre noire. Extrait: «Ce que je mange, chair crue ou cuite, revient me mordre, me dévorer. Manger l'autre, c'est ingérer, intérioriser, incorporer, et c'est toujours par la bouche, celle qui parle aussi, que se manifeste cette limite ambivalente, soudain exacerbée quand on se retrouve en pays inconnu. L'oralité - la faim, la langue - est le moment de la vérité, la bouche de la vérité, là où le désir de l'autre s'ouvre...se ferme. Nous ne voulons pas trop penser à ce qui se passe en nous une fois introduit, mâché, sucé le corps étranger. L'autre qui nous met l'eau à la bouche, l'autre, le même parfois, qui nous soulève le coeur de dégoût. Manger vivant, manger l'autre en tant que vivant, cette pensée ne cesse de rôder et de nous hanter ici.» | |||
| Émission du 9 octobre 2018 | 09 Oct 2018 | 01:00:04 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 292 Helena de Jérémy Fel paru en 2018 aux éditions Rivages. Qui a peur du gros méchant loup ? Hayley fonce sur l'Interstate dans sa Chevrolet décapotable. Autour d'elle s'étale la monotonie des plaines brunes du Kansas. Une fumée blanche s'échappe de son capot. Elle n'a d'autres solutions que chercher, en vain, un garage dans une petite ville. C'est bien au milieu des champs, comme dans un mauvais rêve, qu'aura lieu la rencontre avec Norma, qui changera sa vie, à jamais. Cette mère de trois enfants, Graham, Tommy et Cindy, vit dans une maison isolée de tous. Une propriété qui porte en elle, un noir secret. Qui pourrait croire que tout part de là ? Qui penserait encore à Helena? Et ces hurlements qui s'échappent de la cave ont-ils à voir avec cette présence terrifiante qui sort de l'ombre ? Des voix que Tommy, dix-sept ans, connaît bien ! Il est grandement possible que les choses se délitent et vous frappent en plein coeur lors de votre lecture. Ce formidable roman de 700 pages, qui se situe aux confluents de James Ellroy et Stephen King, se drape des allures du thriller pour mieux vous croquer. J'accueille Jérémy Fel à Mission encre noire. Extrait:«Les deux curieux remontèrent dans leur véhicule et repartirent en direction de la ville. Tant qu'ils ne se permettaient pas d'envahir son espace, elle ne pouvait rien dire, pas comme cette fois où, se réveillant d'une sieste sur le canapé du salon, elle avait surpris un homme l'observer, son front collé contre la vitre, et qu'elle avait dû chasser à coups de fusil. Les yeux dans le vague, elle se força à croire que, dans les années à venir, cet endroit deviendrait tout aussi célèbre pour d'autres raisons: ce serait là que la jeune Cindy Hewitt avait passé son enfance, elle dont la carrière éclatante laverait ces terres des restes d'ombres qui continuaient à les recouvrir, prouvant à tous que d'un champ de bataille pouvait naître la plus délicate des roses.» La danse de l'ours de Patrice Lessard paru en 2018 aux éditions Héliotropre collection noir. Louiseville, capitale de la Galette au sarrasin, lors de son fameux festival annuel est le théâtre d'opération d'un trio presque incompatible. Dave, Blanche et Patrick se connaissent depuis plusieurs années, du temps où Dave déclarait vouloir venger l'honneur de sa famille et de son clan Magoua des Wampis. Ces blancs, qui traitent son peuple d'assistés et de moins que rien. Blanche est métis, elle zone avec lui tout en travaillant au Flamingo, le bar en ville, même si c'est plus ce que c'était. Patrick revient se planquer rue Sainte-Dorothée, après avoir braqué des fourgons blindés, sous la bénédiction de la mafia, il a été trop gourmand. Blanche tente de le convaincre de tenter un ultime coup foireux: braquer le Flamingo pendant le festival. Aux confins du lac Saint-Pierre, il y a un secret qui a pris racine entre Dave, Patrick et Blanche, Patrice Lessard en braqueur professionnel, bondit sur l'occasion et défonce le genre policier avec une pépine et beaucoup d'humour. Il est invité à Mission encre noire pour en discuter. Extrait:«Blanche travaillait au Flamingo depuis sept ou huit ans déjà, généralement le vendredi et le samedi, remplaçait parfois, d'autres soirs ou le midi. Ce n'était pas très payant mais ça lui suffisait pour vivre et valait mieux que de travailler trente-cinq heures au supermarché ou à peu près n'importe où ailleurs en ville, Blanche savait se contenter de peu (quand tu as grandi à la Mission, c'est une donnée de base). Le Flamingo, c'est plus ce que c'était, disait-elle souvent, et ce soir-là elle ajouta: sauf pendant le Festival de la Galette. Tu veux faire le Flamingo pendant la Galette? m'assurai-je, et elle, l'oeil malicieux: Essaie de me faire accroire que c'est pas une bonne idée.» | |||
| Émission du 2 octobre 2018 | 02 Oct 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 291. «L'arabe est en lui, comme il est en vous» - «Laisse-moi tranquille», c'est le genre de dialogue que vous propose Yara El-Ghadban avec le parution de Je suis Ariel Sharon paru en 2018 aux éditions Mémoire d'Encrier. Alors que le premier ministre Ariel Sharon sombre dans un comas profond à Tel Aviv le 04 janvier 2006, l'autrice se glisse entre son âme et sa peau en silence. Puis par le biais d'une voix féminine forte, la sienne et celle de tant d'autres femmes qui n'ont pas perdu la mémoire, Yara El-Ghadban magnétise son lectorat grâce à un texte jubilatoire. L'écriture se déguise et nous piège sous un charme, voluptueux, mélancolique voire séducteur. C'est pour mieux vous croquer chère-e-s lectrices/teurs ! Elle nous empresse à nous laisser glisser vers le monde fluide des rêves, seul moyen avoué, pour approcher le lion du désert, le roi d'Israël, le boucher de Beyrouth. Puisque les premières choses qu'on élimine dans les guerres et les situations d'oppression sont l'humanité, l'intimité, la féminité...revenons-y, franchissons le Styx à notre tour, rejoignons l'autrice, tutoyons l'improbable, l'ordinaire d'un homme controversé et détesté. Arik, mon beau Arik, dis-nous qui tu es ? Pourquoi y a-t-il tant de fusils entre nous ? Yara El-Ghadban est notre invitée ce soir pour nous présenter son époustouflant troisième roman. Extrait: «Tu flottes. Liquide. C'est la caresse du vide. Enveloppe-toi du vide. Laisse-toi t'engloutir dans sa chaleur. Tu ne suffoqueras pas. Au contraire, tu respireras mieux, tu entendras mieux aussi. Et qui sait ? Retrouveras-tu tranquillement la vue et bientôt la parole. Alors, ne te cherche pas pour l'instant. Tu n'es plus. Tu meurs, Arik. Lentement. Calme, calme. C'est la vérité. La vérité ne blesse pas. Elle ne juge pas. Tu perds les sens, même celui de nommer les choses. Ton identité, ton âge, ton visage. Ce n,est pas grave. Je suis tout ce que tu n'es plus. Tes amours, tes haines, tes rêves, tes peurs, tes regrets. J'entends les mots, les doutes, les effrois. Je regarde. L'enfant, l'homme, son essor, sa chute.» Feue de Ariane Lessard paru en 2018 aux éditions La mèche. Pour son premier roman, Ariane Lessard arrache des morceaux de bois et gratte la peinture du décors d'un simple village traverser par un long chemin de terre. Nous sommes au Québec, c'est la langue qui le dit, pour preuve des dialogues parfois littéraires ou qui plus loin claquent en joual dans l'air lourd. La famille des Bellay dissimule un sombre secret, d'un type qui colle à la peau, aux vêtements et hante la forêt, jusqu'aux profondeurs boueuses de la rivière environnante. L'écriture talentueuse de l'autrice sent l'essence, les champs de moutarde, la sueur de l'amour marchand vite et mal fait, l'odeur de la poudre des révoltes contre les abus masculins de toutes sortes. Feue est un roman chorale poisseux. L'autrice ausculte les méandres d'une langue usée, fatiguée de subir, figée au coeur de la noirceur d'un passé rongé de ténèbres. Feue c'est l'émergence d'une voix féministe forte, inspirée, et diablement pénétrante. Empruntons la petite route de terre battue qui longe la rivière, j'accueille Ariane Lessard à Mission encre noire dans l'humidité, l'odeur de paille et du vieux bois. Extrait: «Un camion, C'est énorme. J'ai l'impression de flâner au milieu des grandes dalles d'un immense cimetière. Il y a des véhicules qui possèdent un petit lit derrière le banc du chauffeur. Une grande personne doit se plier un peu les jambes pour bien entrer dans la couchette. Pour une petite, c'est bien. Il paraît qu'ils cachent de la drogue dans des charognes. Le camion est relié à la boîte par des fils tortillés. Peut-être une dizaine. Ça donne envie de les couper avec des ciseaux. Il y en a des bleus, des rouges. Ça me fait penser à cet espace entre le train et le premier wagon dans les films western que maman écoute, quand ils sautent et qu'ils tombent entre les deux. Un petit espace qui ne porte rien, qui ne fait que relier le véhicule au chargement. Petit endroit effrayant où on demeure coincé. Je pourrais me tenir la`et partir à toute vitesse. Ils trouvent un chien errant et puis ils lui bourrent les pattes.» | |||
| Émission du 25 septembre 2018 | 25 Sep 2018 | 00:53:31 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 290 Birdie de Tracey Lindberg traduit par Catherine Ego paru en 2018 aux éditions Boréal. Le premier roman de L'autrice a atteint la finale du concours Canada reads en 2016, voici enfin sa traduction. La voix de Bernice Meetoos traverse la page avec force. Héroïne, malgré elle, Bernice quitte son Alberta natale pour Gibson en Colombie Britannique. Une lente dérive, pour fuir les remous tumultueux d'un passé marqué par de nombreux abus. Munie de sa valise galeuse, d'un sac et d'un tube de carton, elle s'installe au Paradis des pâtisseries de Lola. Elle tombe dans un comas profond. Tracey Lindberg qui est professeure de droit à l'université Athabasca en Alberta, use habilement de la tradition orale des contes et du pouvoir rédempteur des songes sur l'esprit. L'autrice vous met la langue Cri des montagnes rocheuses en bouche pour enrichir son propos. Vous devriez vous perdre dans les sinuosités inédites des contes et des fables pour mieux nourrir l'arbre de vie, Pimatisewin, agissant comme le poul de la communauté. Dans ce magnifique livre, il est, tout comme Bernice, dans un triste état. Grâce à la force des femmes de sa vie, de sa famille, qui vont la soigner, Bernice dit Birdie: la petite chouette qui fonce droit dans l'oeil de l'homme, entame un nouveau voyage. Tracey Lindberg trace un sentier pour relier les silences de Bernice à notre regard de lectrice/teur. Alors comme son ElleOiseau et tous les autres animaux venus entourer le petit arbre, écoutez son appel. J'existe, nous existons, voici notre langue, voici notre musique, voici mon histoire. Elle vous concerne aussi. Extrait:« Son premier Blanc, c'était au secondaire. Phil Filmore. Elle l'a cherché sur Facebook l'année dernière et l'a trouvé: un chauve au teint blême qu'elle n'aurait pas reconnu en le croisant dans la rue. Il était comme tous les moniawak qui sortent avec des Indiennes, du moins tous ceux qu'elle a connus: marginal, un peu à part, fasciné par l'exotisme, mais insistant sans cesse sur ce qu,elle et lui avaient en commun. Il était aussi excessivement doux. Tellement passif que son souvenir s,est gravé pour toujours dans la mémoire de Freda. Il exprimait son affection seulement quand elle le voulait bien, osait un geste spontané seulement quand elle l'ignorait.» Les spectres de la terre brisée de S.Craig Zahler paru en 2018 traduit par Janique Jouin-de Laurens aux éditions Gallmeister. Romancier et scénariste, l'auteur, qui est également fan de métal, dépoussière le genre western. Déjà croisé, ici, avec Une assemblée de chacals (Gallmeister), nous retrouvons le désert aride mexicain, l'été 1902. Les soeurs Plugford, Dolores et Yvette, ont été enlevées et violées par des membres d'une sombre confrérie, avec à leur tête, l'implacable Gris. Elles demeurent désormais à la merci des clients qui paient pour leurs services. Victimes, à leur corps défendant d'une dette de jeu, elles sont détenues dans une forteresse aztèque nommée Catacumbas. Le père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, rassemble une furieuse horde sauvage et se lance à leur poursuite. Les soeurs auront leur mot à dire. Scotch et tequila, les lignes qui suivent vous brûlent la gorge, les spectres du titre jonchent les pages mieux que n'importe quelle série de zombies. Enjouée et colérique, la plume de S.Craig Zahler se manie du six coups aussi facilement que des dialogues grotesques et crus qui ne dénoteraient pas chez Erskine Caldwell ou Quentin Tarentino. Le monde de la famille Plugford vole en éclat. Cette traque impitoyable révèle un monde incorrigiblement violent, et que, la rédemption a un prix. Moralisateur ! avez-vous dit ? Le western revisité par S.Craig Zahler vous plante ses griffes de loup-garou et s'approche de l'horreur moderne. Extrait:« Les gentlemen approchaient d'un carré rouge orangé qui tranchait sur le reste des ruines gris ocre et, peu après, Nathaniel vit que la décoloration provenait des briques modernes et du mortier utilisés pour sceller la vaste entrée d'origine de la ziggourat. Au milieu de la zone rénovée se trouvait une unique porte en fer. Tous les gentlemen discutaient filles, jeu, alcool et feuilles de tabac, hormis le gringo qui n'était capable de rien d'autre que fixer l'entrée en métal, dont dix pas de plus révélèrent qu'elle était couverte de rangées de gros clous en acier saillants. Nathaniel était habité de sérieux doutes quant aux chances des Plugford - même avec l'aide de leur autochtone entraîné et du tireur impitoyable - de pouvoir sauver leurs parentes captives d'un tel endroit. Les Hopis et les prisonniers de la guerre hispano-américaine incarcérés à Alcatraz semblaient aussi faciles à atteindre qu'une personne enfermée à l'intérieur de Catacumbas.» Désinhibée de Emmanuelle Riendeau paru en 2018 aux éditions de l'Écrou. Born to be vulgaire, Emmanuelle Riendeau est une voix singulière et puissante de la poésie québécoise. L'autrice mixe Drake, Simone de Beauvoir et Miley Cyrus dans le texte. Maximum fun et derniers crachats, il serait facile de prendre au premier degré cette langue sauvage et indomptée. Outrageusement biographique, on y parle de sang froid, des femmes en marge, de baise, de dope, de boisson, de vomi, de tristesse, de solitude, de désamour et d'écriture, rappelant l'éructation d'autres Filles-missiles. Emmanuelle Riendeau pète des verres, altière et met ses tripes sur la table. Âpres et percutants, ses textes sont un chiffon rouge agité à la face des esprits tièdes aux mains baladeuses. Posture arrogante ou pas, l'autrice s'installe dans le paysage et ça fait du bien. Que la fureur soit sous les pancartes électorales ! I.N.D.I.S.P.E.N.S.A.B.L.E Extrait:« Shut'em all/vomir dangereusement/je vous attends à la sortie/de la librairie/un ouvre-bouteille/en guise d'argument.» Moebius 158 Un numéro très réussi est déjà en kiosque. La citation thème est tirée de Personne de Gwenaelle Aubry paru en 2009 aux éditions Mercure de France: «Filles, soeurs et complices de ceux qui vont pieds nus à l'envers de la vie». Le magazine réunit une diversité de textes autour de la résistance et de la révolte à des assignations que depuis toujours on attribue aux unes et aux autres. Ces femmes et complices évoluent à l'envers des pouvoirs, à l'envers des codes et préfèrent les enjeux de l'entre-deux, comme une danse qui interroge l'autre et l'inclut. On règle ses comptes et on désobéit. Dirigé par Chloé Savoie Bernard et Karianne Trudeau Beaunoyer, je vous recommande la lecture du nouveau Moebius, pour la richesse de tous ces textes, mais également, par choix personnel, celui, splendide, signé par Julie Delporte, dans sa Lettre à Patti O' Green. Extrait:« C'est d'ici que je regarde la catastrophe. Je compte les oiseaux qu'il nous reste. J'envoie des dessins à des poètes et des poèmes dans l'univers pour exister encore un peu. Sébastien B. Gagnon écrit qu'il connaît «des mots simples pour convaincre les oiseaux qu'ils pourront revenir.»» Julie Delporte, Lettre à Pattie O'Green, Moebius 158 | |||
| Émission du 17 janvier 2023 | 18 Jan 2023 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 37 Chapitre 400. Je vous présente mes meilleurs vœux pour cette année qui s’annonce. Une année que je vous souhaite riche en découvertes d’auteurices et d’œuvres inspirantes. Mission encre noire repart pour une saison d’hiver, la 400 ème pour être précis. Correlieu de Sébastien La Rocque paru en 2022 aux éditions du Cheval d’août ouvre le bal. Ce roman nous invite à rejoindre, la Vallée-du-Richelieu, près de l’atelier du célèbre peintre du Mont-Saint-Hilaire Ozias Leduc,et plus particulièrement dans celui de Guillaume Borduas, un vieil ébéniste approchant les 70 ans. Formé à la vieille école, il accepte, malgré ses vieux principes, de recevoir en stage, Florence, qui veut reprendre le métier après avoir subi un accident de travail. Recommandé par la CSST, elle doit faire ses preuves, ce retour aux machines est progressif, après avoir été touché par une lame rendu folle dingue à plus de quatre mille tours par minute. Même s’il a toujours travaillé seul, elle le rejoint dans le silence d’un matin blafard au milieu des grésillements d’un vieux poste de radio et l’odeur des planches brutes de pin, de chêne rouge, de peuplier, d’érable ou de merisier. Comme chaque vendredi, elle devra faire la connaissance et refaire le monde avec les vieux mononcles, fidèles en amitié, de Guillaume, et grands consommateurs de caisses de bière. C’est dans le miracle de cet atelier et de ses correspondances sensorielles que Florence s’invite à découvrir un monde éternel, qui se meurt, fait de gestes communs à apprendre, à harmoniser son souffle au rythme d’une respiration à contre-temps d’une époque à bout-de souffle. Avons-nous affaire à de la nostalgie ou à une volonté de vivre autrement, sans faire trop de concession à une modernité dévorante ? Toujours est-il que l’écho de 2012 et du printemps érable s’immisce parfois entre les ramures du Mont-Saint-Hilaire et les odeurs de gasoil de motorisés gigantesques en balades. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Sébastien La Rocque. Extrait: « Toutes les jeunes qui sortent de l'école d'ébénisterie veulent avoir une tite shop de même, faire des beaux meubles, pis gérer leurs p'tites affaires, mais je roule pas sur l'or, tsé. c'est ben beau, j'en ai eu, des stagiaires, mais y connaissent rien. Gars ou fille, même affaire. C'est qui qui va à ton école ? Des retraités qui se cherchent un hobby ou des jeunes qui savent pas quoi faire de leur corps. Va falloir que tu désapprennes ce que t'a appris. L'ébénisterie, c'est pas ça. J'ai pas de job à t'offrir, moi, mais je peux te montrer un métier. Il fouille sur la table, trouve une revue cachée sous une pile de chemises. S'arrêtant sur une page, il tapote une photo trois fois du doigt. - Checke ce que j'ai reçu dans malle. Canadian Interior. Qu'est-ce que t'as là dedans ? Un designer en habit, une designer en robe devant leurs créations, des bureaux en bois d'ingénierie. C'est du design en tabarnak, ça ! Du monde qui pense, qui dessine, that's it ! Toi pis moi, on existe pas ! » Samedi de Christian Robert de Massy et Éric Pessan paru en 2022 aux éditions Moelle Graphik. Voici toute une expérience de lecture, avec ce premier album de bande dessinée de Christian Robert de Massy, accompagné par les mots d’Éric Pessan. Ce qui frappe avant tout, dans cette ambiance de fin du monde, c’est avant tout le silence... et le mouvement. Une jeune femme médecin doit régler son histoire avec la mystérieuse femme-tortue, son ex-amante. Elle va nous guider dans le labyrinthe d’une expérience intérieure, initiatique, pour reprendre le contrôle de sa propre vie. Le personnage principal est alors plongé dans un univers mi-réaliste mi fantastique où elle fait la rencontre de créatures et de personnages surprenant.e.s. Arrivera-t-elle à ses fins? L’énigme nous conduit vers les bas-fonds de sa psyché ou bien s’agit-il, par extension, de ceux de notre monde en déliquescence? Des dédales qui sont autant de chemins et de fausses pistes à déjouer pour éventuellement accéder à une mue salvatrice. Présenté sous un format inédit, à l’horizontale, près de 30 cm de long, cet album fascine et demeure une véritable belle découverte de fin d’année. J’accueille ce soir, à Mission encre noire, Christian Robert de Massy. Extrait: « À tâtons, son pied trouve le premier échelon, puis le suivant, elle descend. Il lui est très vite impossible de retenir sa respiration, elle inspire de grandes bouffées d'air chanci. La question du vertige ne se pose pas, pas plus que celle d'une chute possible. Le danger n'est pas la descente ni le trou, mais bien ce qui l'attend en bas et qu'elle n'a jamais eu le courage d'affronter. Échelon après échelon, elle s'enfonce au plus profond de la terre. Très vite, elle perd la notion du temps, les minutes deviennent des heures, Alina s'étonnerait presque de ne pas ressentir de la fatigue. elle ne pense plus à rien, ses mains attrapent les barreaux rouillés, ses pieds s'assurent qu'un nouvel échelon se trouve sous le précédent. Le métal est froid au contact de sa peau, un peu humide.»
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| Émission du 11 septembre 2018 | 11 Sep 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 289 C'est la rentrée d'automne 2018 qui débute avec Mina parmi les ombres d'Edem Awumey paru en 2018 aux éditions Boréal. Kerim Neto vit à Montréal, il est de retour avant l'aube dans la maison des parents, quartier nord du Port. Cette ville se situe entre les eaux bouillonnantes de l'Atlantique et le nord des savanes à l'orée du Sahel. Il est revenu car Mina, sa muse, sa vie, a disparu. Il se heurte rapidement à la dure réalité d'un pays livré aux diktats de l'armée, des imams, des gourous, des apôtres, des saints, des prophètes et illuminés ou des indics. Que sont devenus les ami-e-s frondeurs du Théatre des mouches? Depuis quelques semaines des jeunes filles disparaissent en chemin pour le collège ou le marché. Et il y a cette rumeur, cette Ombre, qui gronde au creux des venelles Obscures et sales. S'agirait-il de la colère des divinités anciennes Ogun, Bunzi, Olorun, Yemaja qui mijote ? Serait-ce le foyer d'une révolte des rues qui tisonne ? Porté par une plume lyrique, l'écrivain braque le Nikon FA de Kerim sur une Afrique trouble et d'une splendeur affolante. Et dans ce dialogue muet avec l'image, il y a un visage, Elle. Mina parmi les ombres est son cinquième roman, Edem Awumey est notre invité à Mission encre noire. Extrait: «Avec eux, j'entamais un dialogue muet, je pouvais communier comme je l'avais rarement fait dans la vraie vie, ma vie de voyeur retranché derrière son objectif. Chaque fois que j'appuyais sur le bouton pour soustraire ces visages au passage du temps je lançais un appel, Restez là, je fais partie du même monde que vous, je suis vous, ne partez pas! Chaque déclic de mon appareil photo était un souffle solitaire qui cherchait à rattraper la grande respiration du monde. Mais dans mon désert, la voix d'une femme résonnait comme l'ultime appel de ce monde que j'avais toujours fui.» Mykonos de Olga Duhamel-Noyer paru en 2018 aux éditions Héliotrope. Vous pensez déjà à votre prochain Springbreak ? Les nuits blanches et la chaleur définitive de Mykonos sont peut-être pour vous ? L'astre solaire menaçant goûte l'air salin qui imprègne la peau des quatre jeunes hommes qui arpentent les rues bondées du Village d'Hora, rebaptisé Mykonos Town. Les filles sont classes et bronzées, les gens fument, boivent, dansent, se sentent comme des princes dans tout ce glamour. Alors que les poubelles débordent, on s'embrasse, on s'étreint au milieu des bouteilles vides et préservatifs, rien n'adoucit la morsure nonchalante du soleil. Pavel, Jules, Sebastian et Christopher fréquentent la faune de la nuit. Ils sont excités. La house frénétique les propulse à grande vitesse vers leur destin funeste. Avant cela, vous découvrirez que l'eau est encore plus pure avec le noir du crépuscule, et que le sourire avenant d'un jeune marin ou de votre barman favori dissimule autre chose de plus captivant que le kss kss ordinaire des vipères derrière les pierres. Mykonos est un roman aux couleurs turquoises, court et envoûtant, qui lentement distille son venin. Olga Duhamel-Noyer est à Mission encre noire pour en discuter. Extrait: « Ils se sont remis à rouler, jusqu'à une plage presque déserte où ils ont posé leurs affaires et couru en hurlant pour se jeter à l'eau. Ils nagent loin. Christopher et Sebastian continuent de nager vers le large bien après que Pavel et jules sont revenus sur la plage. Ils ne s'en rendent pas compte. Ils font une sorte de course. Christopher est plus raisonnable, il dit qu'il faut revenir. Sebastian lui répond de rentrer s'il est fatigué. Depuis un moment, ils ne voient plus du tout les fonds, l'eau se fonce et les vagues grossissent. Sebastian nage encore. Plus loin, il décide enfin de faire demi-tour en s'étonnant de la distance qui le sépare désormais du rivage. Il peine même à se rapprocher de Christopher, qui semble pourtant immobile.» | |||
| Émission du 24 juillet 2018 | 24 Jul 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 288 Qui a tué mon père d'Édouard Louis paru en 2018 aux éditions du Seuil. Ce livre est présent sur toutes les tribunes ou presque et c'est tant mieux. Édouard Louis creuse le même sillon autobiographique entamé depuis Eddy Bellegueule (Seuil 2014) et Histoire de la violence (Seuil 2016), il propose avec ce troisième roman un texte fort, court, radical: L'état est meurtrier. Soyons clair, Qui a tué mon père relate dans les grandes lignes, l'histoire de la violence étatique faîtes au corps de son père. Pour y arriver, l'auteur dresse le portrait d'un homme brisé par le système. Qui, au mieux tente d'y échapper et renonce de guerre lasse. Cet échec laisse des traces qui marqueront le déroulement de la vie de l'écrivain. Entre pudeur et colère froide ce récit est une catharsis sensible qui s'attache à démonter le socle d'un machisme malade. À force de se souvenir de ce qu'il n'a pas dit à son père, ce qu'il n'a jamais dit, Édouard Louis laisse la parole se déverser. Oui, il accuse les dominants de mépriser les classes populaires, d'ignorer les dégâts que causent leurs décisions politiques. Ce livre est un diamant brut aux arêtes coupantes, C'est quoi être masculin aujourd'hui si ce qui précède est raté ? Si ce livre est un acte de résistance, êtes-vous prêt-e camarades ? Réapproprions-nous le corps politique pour réapprendre à danser ! Livre indispensable. Extrait: « Peter Handke dit: «devant tous les événements ma mère semblait être là, bouche ouverte.» Toi tu n'étais pas là. Tu n'avais même pas la bouche ouverte parce que tu avais perdu le luxe de l'étonnement et de l'épouvante, plus rien n'était inattendu parce que tu n'attendais plus rien, plus rien n'était violent puisque la violence, tu ne l'appelais pas violence, tu l'appelais la vie, tu ne l'appelais pas, elle était là, elle était.» Mato Grosso de Ian Manook Paru en 2017 aux éditions Albin Michel. Que reste-t-il de nos amours ? Jacques Haret revient au Brésil après trente ans d'exil. Un pays qu'il connaît bien et qui l'a ensorcelé. Ou était-ce plutôt Angèle/Blanche ? Dans la moiteur folle du Mato Grosso, ou au coeur de l'état de Rio de Janeiro, l'aventurier va croiser des aventuriers, des trafiquants, des flics corrompus et autres tueurs à gage qui vont alimenter une histoire faussement innocente. Figueiras, son hôte, le sait parfaitement bien. Se pourrait-il que Haret s'inspire de l'illustre écrivain autrichien Stefan Zweig venu s'échouer une dernière fois avec sa femme Lotte, sur les terres sauvages des jacarès et des sucuris ? Au risque que les ficelles de ce polar intriguant ne s'enroulent autour de vos poignets, l'immersion en pleine brousse brésilienne, brutale et infréquentable, vous prouvera que l'amour est un puissant narcotique. Ian Manook nous parle de passion, d'écriture, brouille les pistes qui mènent du mensonge à la vérité. Méfiez-vous, tout de même du caïman qui veille ! Extrait: « - Je vais vous tuer, Monsieur l'écrivain, parce que vous ne méritez plus vraiment de vivre à présent. Martinho trouvera votre corps demain matin, le livre à côté de vous, et en lisant la dédicace il comprendra. Je vais vous battre comme vous avez abattu Everaldo, et nous aurons enfin écrit la fin de cette misérable histoire. Mais auparavant, pour que vous compreniez bien à quel point vous le méritez, vous allez vous asseoir à cette table et nous faire la lecture à haute voix de ce que vous avez pompeusement appelé Un roman brésilien. Nous avons toute la nuit pour cela, prenez votre temps, tout votre temps, car vous ne mourrez qu'à la fin. Lisez sans vous arrêter. Buvez si vous avez la bouche sèche mais lisez, sinon je vous tue.» Tout est brisé de William Boyle paru en 2017 aux éditions Gallmeister traduit par Simon Baril. Bensonhurst un quartier du sud de Brooklyn, Erica est assistante de direction dans un cabinet d'urologie depuis vingt-cinq ans. Elle vient de transférer son père au centre de rééducation St Joachim & Anne de Coney Island pour se remettre d'une pneumonie. Son fils unique, qui avait fui le giron familial, est de retour, alcoolique et physiquement dans un état lamentable. Même si elle sourit à l'idée de voir Jimmy à la messe avec elle, elle aussi est hantée par les mêmes souvenirs. Il est loin le temps où son fils croyait que les fourmis rouge vivaient dans les livres et les jardins. Encensé pour son livre précédent, Gravesend, William Boyle revient au même décor. Le fond de l'air est d'une beauté sombre. Cette chronique de la vie ordinaire d'une famille de la middle class américaine, un peu paumée, est aussi magnétique, que l'attachement qui relie la mère, le fils et leur quartier. Vous débarquez à LaGuardia et l'impression d'être recraché sur un trottoir pour vous faire écraser sous la botte de quelqu'un vous assaille. Erica ne renoncera pas ! Extrait: « Lorsque Erica se mit à somnoler à la table, Jimmy et Frank montèrent à l'étage avec le scotch. Jimmy s'attendait presque à ce qu'Erica les rappelle à l'ordre, comme à l'époque où il était lycéen, mais elle s'éclipsa dans le salon, se blottissant sur le canapé avec la couverture à carreaux rouges et noirs dont se servait la grand-mère de Jimmy pour se couvrir les jambes quand elle regardait des rediffusions d'Arabesque ou de Columbo. En passant, Frank prit l'exemplaire de Lettres à un étranger posé sur une des marches. Dans la chambre de Jimmy, Frank s'assit près du radiateur et contempla l'affiche de Jeff Buckley. Jimmy alluma l'appareil stéréo. Live at Sin-é se trouvait encore dans le lecteur ; l'album reprit au milieu de la chanson «Drown in My Own Tears».» Jeanne forever de Stéphanie Filion et Valérie Forgues paru en 2018 aux éditions Le lézard amoureux. Et si la vie de Jeanne Moreau vous était contée? Ou plutôt, si vous acceptiez l'invitation de revisiter son oeuvre à travers la matière de ses personnages les plus marquants? Ce splendide recueil de poésie est un hommage sensuel et lumineux aux différents visages de la féminité qui nous file entre les doigts, illustré par les nombreuses vignettes cinématographiques récoltées au fil des pages. Un écrin de dentelles soie et coton ici esquissé, là une moustache célèbre est convoquée pour déjouer les pièges qui guettent la condition féminine. Jeanne et quelques mots plus loin vont se glisser sur votre peau, sur votre visage, sur vos mains, et y laisser une empreinte, un regard. En quelques moments sublimes, Valérie Forgues et Stéphanie Filion dévisse le socle du mythe. Vous êtes Jeanne aux mille visages, vous êtes Jeanne forever. Somptueux ! Extrait: « Elle est un Napoléon de dentelle/une chatte déguisée en homme/qui court sa vie sur une passerelle/passe haut la main l'épreuve de la rue/elle hypnotise/elle est sans manières/faite pour l'amour/pour défoncer les portes/lentement/la moustache qu'elle s'est dessinée/s'efface.»
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| Émission du 10 juillet 2018 | 10 Jul 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 288 Natalia Z de Chantal Garand paru en 2018 aux éditions Annika Parance Éditeur. Un silence lourd s'installe entre l'infirmière qui emmène son bébé emmailloté et Natalia Zielinska. Même si elle considère que sa tâche est terminée, en ce 07 juin 1945 à Oslo, elle sait bien qu'il est possible qu'elle ne le revoit jamais. C'est mieux ainsi. Tollef est devenu père de famille, il vit en Norvège, sa vie est belle. Sinon sous la pression de son fils Marius, il ne serait pas à découvrir le mince filet d'information du dossier du bureau des adoptions d'Oslo en 2008. Qui est sa mère ? Comment a-t-elle échappé à la guerre? Que fait-elle au Québec ? Le fils abandonné décide d'en savoir plus côute que coûte. Plus il avance plus les zones ombres s'élargissent. Natalia redoute de rouvrir de vieilles blessures, il est trop tard. Comment expliquer à Tollef, que malgré lui, elle a de nouveau aimé ? Comment lui infliger la tragique vérité ? Chantal Garand publie, à la suite de son prix du récit Radio Canada en 2015, un premier roman puissant qui se refuse d'accepter l'amnésie nécessaire aux après-guerre et choisit de se confronter au silence. Les désirs des uns ne convient pas forcément aux déchirures de l'âme des autres. Nous prenons le chemin de la Norvège pour rencontrer l'auteure à Mission encre noire. Extrait: «J'aimerais qu'elle me fasse confiance et qu'elle me dise ce qu'elle garde caché depuis des années. Ça la libèrerait peut-être d'en parler! - La libérer, je ne sais pas. Une fois qu'un secret est révélé, on ne contrôle plus rien. Il prit sa main, l'enveloppa de la sienne. Il semblait regarder un point fixe sur le plancher - Au chapitre des secrets, dit-il, il est impossible de prévoir les vagues ou les secousses que leur dévoilement peut provoquer. Ça peut virer à la catastrophe. Il me semblait évident que si l'un de vous deux réussit à la faire parler, ce sera toi, et si cela se produit, je crois, effectivement, que ce sera au nom de l'amitié qui vous unit. Du moins, c'est la seule hypothèse plausible, car il est d'ores et déjà établi que la vieille filtre les informations qu'elle transmet à Tollef et insiste pour garder le contrôle sur la teneur et la fréquence des conversations, ainsi que sur la façon de communiquer. D'ailleurs, que ferais-tu si elle te racontait tout et te demandait de ne pas en parler à Tollef?» Le mai 68 des caraïbes de Romain Cruse paru en 2018 aux éditions Mémoire d'encrier. Un deejay crie dans un micro, un rythme furieux de Dancehall ou de reggae explose les enceintes des Jolly Joseph frénétiquesqui roulent à batons rompus au milieu de la foule des quartiers chauds de la Jamaïque. Bienvenue dans la Caraïbe, dans la chaleur insupportable et les nuages de poussière levés par le trafic. Romain Cruse ouvre une nouvelle fenêtre sur les grands mouvements populaires des années 1960 et 1970, au coeur d'une région plus inconnue qu'il n'y paraît. Oubliez cocotiers, palmiers et hôtels de luxe, l'auteur est notre guide vers la pensée de la trace, vers les quartiers de San Juan, Kingston et Pointe-à-Pitre en révolte, vers la découverte de pays singulier comme La Grenade ou le Suriname, à la découverte de l'insoumission des Dreads à la Dominique. Le mai 68 des Caraïbes est une expérience de la rue, au contact de l'histoire populaire, un essai luxuriant, qu sonne, résonne, bouleverse et passionne. Oui, vous tenez-là une lucarne sur une version peu racontée de l'Histoire. Saviez-vous que les fameuses Rodney Riots se déclenchent sur un tarmac canadien ? Que la Grenade détient le record du monde de la révolution la plus rapide en 1979? Nous rejoignons une île sous les vents à Mission encre noire, Romain Cruse est avec nous depuis Fort-de-France en Martinique. Extrait: « Bouterse et ses fils sont aussi impliqués dans le trafic de cocaïne et d'armes avec les réseuax brésiliens et mexicains, ainsi qu'avec le Hezbollah notamment. Il collabore notoirement avec le «Pablo Escobar du Guyana», Roger Khan - condamné à quarante ans de prison aux États-Unis, après avoir été arrêté au Suriname et extradé. En 1999, Bouterse est condamné à onze ans de prison pour trafic de coca¸ine. Mais il ne se présente pas à son procès qui se tient au Pays-Bas, préférant rester à l'abri au Suriname - qui n'a pas d,accord d'extradition - où il se fait réélire président en 2010 (poste qu'il occupe encore aujourd'hui). En tant que président du putsch de 1980 et fera de cette date un jour férié. Bouterse fait bénéficier de la grâce présidentielle l'un des garçons qu'il a élevés, Romano Meriba, condamné en 2002 à quinze ans de prison pour avoir volé et assassiné un gros commerçant chinois et pour avoir lancé une grenade sur la résidence de l'ambassadeur des Pays-Bas.» | |||
| Émission du 3 juillet 2018 | 03 Jul 2018 | 00:59:22 | |
Tome 23 Chapitre 287 Mission encre noire Une émission spéciale polar cette semaine. Missing: Germany de Don Winslow traduit par Philippe Loubat-Delranc paru en 2018 aux éditions du Seuil. Frank Decker est pris, une nouvelle fois, dans un couloir obscur. Un de ces fameux «entonnoirs de la mort», un jeu fatal de pile ou face pour vous ou ceux qui vous suivent. Nous sommes pour un temps, à Miami, en Floride. Decker retrouve son frère d'arme, Charlie Sprague dont la femme, Kim a disparu. Il part à sa recherche. Bien vite il se trouve à être confronté à un circuit de prostitution clandestin de la mafia russe en Europe. La visite des arrières cours allemandes ne sera pas de tout repos. Don Winslow renoue, ici avec le genre classique, en s'inspirant d'un personnage de Raymond Chandler. Toujours aussi pertinent à nous révéler l'envers du décor, après Cartel, l'auteur s'attaque cette fois-ci aux mécanismes de la mafia russe. Trahison et miroir aux alouettes, ce n'est pas à un vieux singe que l'on apprend à faire des grimaces. Decker a aperçu un rai de lumière sous la porte du couloir. Il n'a que quelques secondes. Chopin. Il entre. Frank Decker retrouve des personnes disparues. Extrait:« On nous appelait une «unité d'élite» - doux euphémisme. Nous étions des tueurs. D'abord nous partions en mission faire des repérages sur le terrain afin de localiser nos cibles, puis nous y retournions pour les «éliminer». Nous nous entraînions exprès pour le faire, et nous le faisions. Au fusil à lunette, au pistolet, au couteau, à mains nues, tous les moyens étaient bons. À mon retour aux États-Unis, j'avais raconté à tout le monde, même à Laura, que j'avais fait partie d'une «unité d'élite», et les gens se le tenait pour dit - de toute façon, personne n'avait envie de parler de l'Irak. Mais Charlie et moi savions les actes que nous y avions commis. On se racontera ce qu'on voudra, mais «la guerre contre le terrorisme», c'est ce genre de conflit. Des assassinats en série.» 7/13 de Jacques Saussey paru en 2018 aux éditions Toucan noir. Hiver 2015, deux cadavres sont découvert. Un dans le nord de la France, l'autre par l'identité judiciaire dans une maison cossue en banlieue parisienne. Daniel Magne est en charge de l'enquête, il y a un détail inédit qui le chicote. La Lieutenante Lisa Heslin, sa compagne, à la ville, se remet péniblement de leur dernière aventure. Elle aussi bute sur des broutilles. L'intrigue qui se dessine ici, se déploie subtilement, vers d'autres territoires orageux. En 1944 alors qu'il pleut sur l'Angleterre, un homme déjà célèbre s'apprête à devenir une énigme non résolue de l'Histoire. C'est à partir des souvenirs de la seconde guerre, de son père, que Jacques Saussey manoeuvre en eaux troubles. Les enquêteurs du quai des Orfèvres vont devoir trouver des liens tragiques entre un mystère époustouflant datant de la guerre et deux des sujets les plus brûlant de l'époque. Vérifiez bien votre porte d'entrée, une dernière fois, avant de dévorer 7/13. Les romans de Jacques Saussey se passent près de chez vous. Extrait:«Le type qui nous ouvre la porte au premier coup de sonnette a l'air de tout sauf d'un criminel, mais je me méfie toujours de cette première impression qui peut marquer une enquête de son empreinte indélébile. Les tueurs les plus endurcis se dissimulent parfois sous les atours de l'innocence la plus pure. ce sont les plus dangereux, les plus difficiles à appréhender. pas rasé, et apparemment pas lavé non plus, l'homme se tient dans l'encadrement dela porte en chaussons et en peignoir, une cigarette au bout des doigts, aussi emprunté que s'il se retrouvait soudain tout nu en plein milieu des Galeries Lafayette à l'heure du déjeuner. Je prends du recul, examine son visage désemparé qui se met à pendouiller sous des yeux cernés par l'angoisse. à nos mines d'enterrement, il a déjà compris qu'i est désormais veuf. J'observe Pelletier du coin de l'oeil. Il se tient en retrait, le regard vif posé sur l'expression ravagée du type qui ne sait pas s'il doit nous faire entrer ou s'écrouler sur le paillasson.» En sacrifice à Moloch de Asa Larsson traduit par Caroline Berg paru en 2017 aux éditions Albin Michel. Un thriller scandinave de haute tenue par une auteure qui a grandit près du cercle polaire arctique, star du polar suédois. Tuer un ours dans ces contrées arides et crépusculaires, ce n'est pas surprenant, l'animal renifle depuis toujours près des villages. Y retrouver les restes d'un homme dans sa panse l'est beaucoup plus. L'avocate Rebecka Martinsson s'allie à son ami Krister Eriksson accompagné de leur chiens pour remonter le cour du temps. Kiruna, ville minière champignon du début du vingtième siècle, va être le théatre d'événements qui auront des répercutions jusque dans l'estomac du grand ursidé. Les deux compagnons devront lutter, non seulement, contre une étrange malédiction qui frappe une famille, mais aussi se confronter à l'arrogance de l'ambitieux chef d'instruction revanchard: Carl Von Post. Fausses pistes et poursuites haletantes, Asa Larsson expose un pan de l'histoire de son pays, au prise avec un pouvoir discrétionnaire, machiste et puritain. Extrait: «On est à la fin du mois de mai 1915. Mademoiselle Elina Pettersson revient de l'auditorium où l'on vient de donner une projection du film d'Isaac Grünewald, réservé aux adultes, dans lequel il danse le one-step. Nombreux sont ceux qui dénigrent le one-step, le jugeant choquant et répugnant, et qui l'accusent de dénaturer la danse, une activité qui se doit de rester l'expression saine et naturelle de la joie de vivre. les mêmes esprits chagrins conseillent à toute personne ayant la responsabilité d'enfants et désireuse de les cultiver et de leur inculquer une éducation distinguée, y compris dans le domaine du divertissement, de bannir résolument cette gymnastique obscène du cercle familial. Isaac Grünewald leur répond par le biais cinématographique, défendant ardemment son propos en dansant devant la caméra avec sa propre épouse. C'est la danse de la jeunesse, dit-il. Tout comme le tango. Et toute chose nouvelle est d'abord perçue comme indécente et inesthétique. Qu'y-a-t-il de plus indécent en effet que l'art moderne? Questionne-t-il ?» Stand by Saison 1 Tome 2 de Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Daniel Vuataz paru en 2018 aux éditions Zoé. Voici la suite de Stand By, du collectif de l'AJAR, association de jeunes écrivain-e-s suisses. Remettre la verve et l'énergie du feuilleton au goût du jour, sous la forme dynamique d'épisodes à l'image de vos séries favorites. Retrouvons Alix qui non seulement ne part plus pour New York et échappe de peu à un attentat en Gare de Lyon à Paris. Vasco accompagné de Nora et Virgile, arrivent, enfin à destination dans ce Monténégro qui a le parfum tragique des souvenirs d'enfance. Rebondissement spectaculaire au Groenland, où la jeune équipe européenne de recherche sur le climat, se trouve en mauvaise posture alors que l'arrivée de l'hiver menace. Ce qui est génial dans ce projet: observer la collision des récits d'auteur-e-s qui se donnent comme contrainte première, l'irruption dévastatrice d'un volcan dans la baie de Naples aux conséquences écologiques et humanitaires au niveau planétaire. Partant de ce postulat, l'expérience se charge de bousculer les clichés du genre et de livrer un projet foisonnant d'idées et multipliant les styles d'écritures. Extrait: «Le vent glisse le long de T1 - tente allongée dont la structure voûtée amplifie les hululements, les rends presque mélodiques, humains. Des voix, murmurées, émanent de plusieurs endroits, mais le vacarme du dehors les sépare, les coupe les unes des autres, interdit aux Green Teens de constituer un seul clan. Pascaline et Florence étaient à bout de souffle en arrivant ici, elles se sont littéralement effondrées à quelques mètres du camp, à côté du corps inanimé d'Éric. Luca est debout au milieu de la tente, les regards convergent vers lui. Un stéthoscope autour du cou et une main gantée sur la poitrine d'Éric, il écoute les poumons se remplir avec difficulté, se vider en sifflant, sinistre redondance des bourrasques qui balaient l'extérieur. L'instructeur a le visage violacé.» | |||
| Émission du 26 juin 2018 | 26 Jun 2018 | 01:00:00 | |
Tome 23 Chapitre 287 Mission encre noire Une émission spéciale polar cette semaine. Missing: Germany de Don Winslow traduit par Philippe Loubat-Delranc paru en 2018 aux éditions du Seuil. Frank Decker est pris, une nouvelle fois, dans un couloir obscur. Un de ces fameux «entonnoirs de la mort», un jeu fatal de pile ou face pour vous ou ceux qui vous suivent. Nous sommes pour un temps, à Miami, en Floride. Decker retrouve son frère d'arme, Charlie Sprague dont la femme, Kim a disparu. Il part à sa recherche. Bien vite il se trouve à être confronté à un circuit de prostitution clandestin de la mafia russe en Europe. La visite des arrières cours allemandes ne sera pas de tout repos. Don Winslow renoue, ici avec le genre classique, en s'inspirant d'un personnage de Raymond Chandler. Toujours aussi pertinent à nous révéler l'envers du décor, après Cartel, l'auteur s'attaque cette fois-ci aux mécanismes de la mafia russe. Trahison et miroir aux allouettes, ce n'est pas à un vieux singe que l'on apprend à faire des grimaces. Decker a aperçu un rai de lumière sous la porte du couloir. Il n'a que quelques secondes. Chopin. Il entre. Frank Decker retrouve des personnes disparues. Extrait:« On nous appelait une «unité d'élite» - doux euphémisme. Nous étions des tueurs. D'abord nous partions en mission faire des repérages sur le terrain afin de localiser nos cibles, puis nous y retournions pour les «éliminer». Nous nous entraînions exprès pour le faire, et nous le faisions. Au fusil à lunette, au pistolet, au couteau, à mains nues, tous les moyens étaient bons. À mon retour aux États-Unis, j'avais raconté à tout le monde, même à Laura, que j'avais fait partie d'une «unité d'élite», et les gens se le tenait pour dit - de toute façon, personne n'avait envie de parler de l'Irak. Mais Charlie et moi savions les actes que nous y avions commis. On s eracontera ce qu'on voudra, mais «la guerre contre le terrorisme», c'est ce genre de conflit. Des assassinats en série.» 7/13 de Jacques Saussey paru en 2018 aux éditions Toucan noir. Hiver 2015, deux cadavres sont découvert. Un dans le nord de la France, l'autre par l'identité judiciaire dans une maison cossue en banlieue parisienne. Daniel Magne est en charge de l'enquête, il y a un détail inédit qui le chicote. La Lieutenante Lisa Heslin, sa compagne, à la ville, se remet péniblement de leur dernière aventure. Elle aussi bute sur des broutilles. L'intrigue qui se dessine ici, se déploie subtilement, vers d'autres territoires orageux. En 1944 alors qu'il pleut sur l'Angleterre, un homme déjà célèbre s'apprête à devenir une énigme non résolue de l'Histoire. C'est à partir des souvenirs de la seconde guerre, de son père, que Jacques Saussey manoeuvre en eaux troubles. Les enquêteurs du quai des Orfèvres vont devoir trouver des liens tragiques entre un mystère époustouflant datant de la guerre et deux des sujets les plus brûlant de l'époque. Vérifiez bien votre porte d'entrée, une dernière fois, avant de dévorer 7/13. Les romans de Jacques Saussey se passent près de chez vous. Extrait:«Le type qui nous ouvre la porte au premier coup de sonnette a l'air de tout sauf d'un criminel, mais je me méfie toujours de cette première impression qui peut marquer une enquête de son empreinte indélébile. Les tueurs les plus endurcis se dissimulent parfois sous les atours de l'innocence la plus pure. ce sont le splus dangereux, les plus difficiles à appréhender. pas rasé, et apparemment pas lavé non plus, l'homme se tient dans l,encadrement d ela porte en chaussons et en peignoir, une cigarette au bout des doigts, aussi emprunté que s'il s eretrouvait soudain tout nu en plein milieu des Galeries Lafayette à l'heure du déjeuner. Je prends du recul, examine son visage désemparé qui se met à pendouiller sous des yeux cernés par l'angoisse. à nos mines d'enterrement, il a déjà compris qu'i est désormais veuf. J'observe Pelletier du coin d el'oeil. Il se tient en retrait, le regard vif posé sur l'expression ravagée du type qui ne sait pas s'il doit nous faire entrer ou s'écrouler sur le paillasson.» En sacrifice à Moloch de Asa Larsson traduit par Caroline Berg paru en 2017 aux éditions Albin Michel. Un thriller scandinave de haute tenue par une auteure qui a grandit près du cercle polaire arctique, star du polar suédois. Tué un ours dans ces contrées arides et crépusculaires, ce n'est pas surprenant, l'animal renifle depuis toujours près des villages. Y retrouver les restes d'un homme dans sa panse l'est beaucoup plus. L'avocate Rebecka Martinsson s'allie à son ami Krister Eriksson accompagné de leur chiens pour remonter le cour du temps. Kiruna, ville minière champignon du début du vingtième siècle, va être le théatre d'événements qui auront des répercutions jusque dans l'estomac du grand ursidé. Les deux compagnons devront lutter, non seulement, contre une étrange malédiction qui frappe une famille, mais aussi se confronter à l'arrogance de l'ambitieux chef d'instruction revanchard: Carl Von Post. Fausses pistes et poursuites haletantes, Asa Larsson expose un pan de l'histoire de son pays, au prise avec un pouvoir discrétionnaire, machiste et puritain. Extrait: «On est à la fin du mois de mai 1915. Mademoiselle Elina Pettersson revient de l'auditorium où l'on vient de donner une projection du film d'Isaac Grünewald, réservé aux adultes, dans lequel il danse le one-step. Nombreux sont ceux qui dénigrent le one-step, le jugeant choquant et répugnant, et qui l'accusent de dénaturer la danse, une activité qui se doit de rester l'expression saine et naturelle de la joie de vivre. les mêmes esprits chagrins conseillent à toute personne aayant la responsabilité d'enfants et désireuse de les cultiver et de leur inculquer une éducation distinguée, y compris dans le domaine du divertissement, de bannir résolument cette gymnastique obscène du cercle familial. Isaac Grünewald leur répond par le biais cinématographique, défendant ardemment son propos en dansant devant la caméra avec sa propre épouse. C'est la danse de la jeunesse, dit-il. Tout comme le tango. Et toute chose nouvelle est d'abord perçue comme indécente et inesthétique. Qu'y-a-t-il de plus indécent en effet que l'art moderne? Questionne-t-il ?» Stand by Saison 1 Tome 2 de Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Daniel Vuataz paru en 2018 aux éditions Zoé. Voici la suite de Stand By, du collectif de l'AJAR, association de jeunes écrivain-e-s suisses. Remettre la verve et l'énergie du feuilleton au goût du jour, sous la forme dynamique d'épisodes à l'image de vos séries favorites. Retrouvons Alix qui non seulement ne part plus pour New York et échappe de peu à un attentat en Gare de Lyon à Paris. Vasco accompagné de Nora et Virgile, arrivent, enfin à destination dans ce Monténégro qui a le parfum tragique des souvenirs d'enfance. Rebondissement spectaculaire au Groenland, où la jeune équipe européenne de recherche sur le climat, se trouve en mauvaise posture alors que l'arrivée de l'hiver menace. Ce qui est génial dans ce projet: observer la colision des récits d'auteur-e-s qui se donnent comme contrainte première, l'irruption dévastatrice d'un volcan dans la baie de Naples aux conséquences écologiques et humanitaires au niveau planétaire. Partant de ce postulat, l'expérience se charge de bousculer les clichés du genre et de livrer un projet foisonant d'idées et multipliant les styles d'écritures. Extrait: «Le vent glisse le long de T1 - tente allongée dont la stucture voûtée amplifie les hululements, les rends presque mélodiques, humains. Des voix, murmurées, émanent de plusieurs endroits, mais le vacarme du dehors les sépare, les coupe les unes des autres, interdit aux Green Teens de constituer un seul clan. Pascaline et Florence étaient à bout de souffle en arrivant ici, elles se sont littéralement effondrées à quelques mètres du camp, à côté du corps inanimé d'Éric. luca est debout au milieu de la tente, les regards convergent vers lui. Un stéthoscope autour du cou et une main gantée sur la poitrine d'Éric, il écoute les poumons se remplir avec difficulté, se vider en sifflant, sinistre redondance des bourrasques qui balaient l'extérieur. L'instructeur a le visage violacé.» | |||
| Émission du 19 juin 2018 | 19 Jun 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 286 La marquise sort à cinq heures de Frankétienne paru en 2017 aux éditions Vents d'ailleurs. Lire Frankétienne est une expérience visuelle, sonore et textuelle surprenante et revigorante. L'écriture se fait paysage, elle se modèle des corps femme/planète/terre pour mieux appréhender la lutte. La marquise a fui son époux misogyne et scélérat. Elle se réfugie dans son château pour mieux aiguiser ses sens, ses lames de mots pour résister aux assauts des mâles prédateurs. Ce chant est un voyage «visant à renouveler le corps social pourri proche de la gangrène». Frankétienne, c'est de la littérature tripante. Un texte qui se veut orgasme, jouissance de tout, un hymne orgiaque à la vie, à l'amour, au sexe. La liberté de ton qui enlace ces pages fait de ce texte un endroit luxuriant, tragique et charnel. Libre à vous d'en dénouer les liens savoureux. L'auteur haïtien vous invite en son île imaginaire. Extrait:«D'un sanglot prolongé la même alarme bruyante en un défi d'orage. L'oeil et l'oeuf crucifiés, écrasés, pulvérisés en une gestuelle d'attente, une posture de douleur pour une aube en supplice. L'exubérance du corps pour que frappe le désir et que saigne le néant, le rien giclant du vide en une tension fébrile haussant le paradoxe, le contraste des orties, des candélabres, des cactus et des fleurs. Le sang et le lait brassés en mélange d'utopies et d'envies débridées. L'écorce du corps bourgeonne sous le bourdonnement de l'âme. Un incendie de fleurs traverse le temps dévoilé, décrypté, dénudé. Et l'énigme s'effrite, se dissout, s'évapore dans la béance d'une faille mystérieuse.» Un féminisme musulman, et pourquoi pas? de Malika Hamidi paru en 2017 aux éditions de l'Aube. Alors qu'au milieu des années 2000 la question du foulard islamique émerge en France, c'est aussi le cas, ici au Québec. Un débat houleux s'installe des deux côtés de l'Atlantique et provoque des retombées politiques considérables et des manifestations assez violentes. Cet essai, bien que centré sur la France, arrive à point nommé pour aborder le thème du féminisme musulman et permettre un autre regard que celui de la peur. Oui, il existe une réflexion féminisme dans l'aire musulmane. Un mouvement de pensée qui s'est construit autour de colloques important au long des années 1990 à aujourd'hui. Il réclame un retour aux sources, aux origines de l'islam, aux rôles clés joués par de nombreuses femmes de pouvoir. Il se compose d'universitaires et d'intellectuelles qui travaillent à relire et retraduire les textes du prophète pour une égalité entre les sexes et contre les lois discriminatoires. La tâche n'est pas si facile, le patriarcat endémique défend son territoire, tout comme une large partie des courants féministes occidentaux, en réaction contre toute forme de religion monothéiste. Malika Hamidi n'évite pas la controverse, elle nous invite même à mettre en avant la femme musulmane et non pas seulement la religion. Extrait: «Enfin le foulard islamique représente aussi le symbole identitaire de leur islamité contre une société européenne «désislamisante» qui tend à les discriminer. Il devient une façon valorisante d'affirmer une identité distincte de celle de la majorité, à laquelle il leur est de toute façon difficile de s'intégrer. Cette affirmation identitaire s'inscrit généralement dans un scénario de rupture avec les valeurs qui caractérisent la société occidentale, marquée par l'émancipation des femmes et par un certain «libéralisme» (terme employé par les enquêtées) sur le plan de la sexualité. La nouveauté, ces dernières années, concerne l'argument politique dans la lutte pour les droits des femmes jusque dans les mouvements féministes. Le foulard islamique revêt alors une dimension politique et devient le symbole d'une lutte contre l'impérialisme de la société française néocoloniale.» | |||
| Émission du 12 juin 2018 | 12 Jun 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 285 Front criminel, Une histoire du polar américain de 1919 à nos jours de Benoît Tadié paru en 2018 aux éditions PUF. Le polar est un genre majeur de la littérature aujourd'hui. Un livre sur quatre est un polar. Le genre s'est très vite popularisé aux États-unis, en réaction à l'avènement d'une société industrielle qui édifie sa fortune sur un état d'esprit très éloigné de ses pères fondateurs. Le polar c'est le «soleil noir» qui se lève sur ce monde. Benoît Tadié s'immerge dans cet univers de violence sociale pour nous raconter son histoire du polar américain. L'ouvrage regorge de références inédites, d'écrivain-e-s à redécouvrir, l'auteur nous ouvre la voie vers les arcanes d'une littérature subversive et innovatrice. Dashiell Hammett, Chester Himes, Raymond Chandler, Jim Thompson êtes-vous là ? Nous recevons Benoît Tadié à Mission encre noire pour faire tourner les tables et parler aux fantômes légendaires du polar américain. Extrait: «Ce qui se perd dans ce jeu de métamorphoses, c'est l'essence de l'individu et des choses, leur identité, leur intégrité, dans un univers où l'apparence prend le pas sur l'essence, où le character disparaît au profit d'une personality interchangeable, qu'on peut acheter ou fabriquer de toutes pièces. Le discours intérieur de Philip Marlowe, qui déconstruit la machine à falsifier de Hollywood, est lui-même une manifestation de ce character: sa résistance à une civilisation mensongère est le vrai sujet des récits de Chandler.» La mort du petit coeur de Daniel Woodrell paru en 2018 aux éditions Rivages/Noir. Pour reprendre la classification de Benoît Tadié, ce roman culte américain, republié chez Rivages, est à classer entre le Tobacco road façon Erskin Caldwell et la chronique noire de James Ellroy. La violence sociale qui s'exprime dans ce Missouri rural est l'image d'une Amérique abîmée dans ses rêves de grandeur. Shug traverse son adolescence sur un fil. Son père/beau-père, Red Akins est un truand à la petite semaine. Il sort de prison. Avec Basil Powney, les deux lascars parachèvent l'éducation de Shuggy à force de braquages minables pour trouver de la drogue ou de l'alcool. ce n'est pas la famille improbable Akins qui y changera grand-chose. Sa mère le pourra-t-elle, l'envoûtante Glenda ? Personnage fantastique et symbolique de cette Amérique déchue, le couple Glenda/Shuggy incarne le crépuscule de la famille idéale américaine. Le rêve américain est mort, le saviez-vous ? oserez-vous y croire ? Attention, Denis Lehane vous aura prévenu: « Je ne connais personne qui ait lu ce roman et qui n'ait été saisi et transformé par lui.» Extrait: «Nous n'avons jamais eu peur, Glenda et moi, de vivre à proximité du champ des morts de notre bourgade, vu que nous ne leur avons jamais fait de crasses. C'était l'idée générale, tout du moins. Et Glenda l,a ressassée je ne sais combien de fois, aussi loin que je me rappelle. Elle le répétait particulièrement fréquemment quand j'étais petit, à l'heure où j'allais me coucher: « Ils sont tous sous terre, chéri, et ils n'ont rien contre toi.» Toutes nos fenêtres, y compris celle qui se trouvait près de mon lit, donnaient sur ces tombes. Il me semble que toutes les aubes et tous les crépuscules que j'ai passé à les contempler depuis cette fenêtre me poussaient de plus en plus à la solitude et à la malfaisance. Il y avait aussi des chênes majestueux et des pins sentinelles dans ce cimetière, et des écureuils cavalaient librement au milieu des trépassés, mais ce sont ces funèbres rangées de tombes qui impriment le plus durablement leur marque dans votre mémoire. C'est très exactement ce qu'on voit en les regardant: les morts d'hier et d'avant hier, les morts d'aujourd'hui, et tous ceux qui sont morts dans l'intervalle.» Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook paru en 2018 aux éditions Rivages/Noir. Cette fois-ci nous sommes en Angleterre, avec Robin Cook, le plus francophile des écrivains britanniques qui nous a quitté en 1994. Quand se lève le brouillard rouge est son ultime roman, republié aux éditions Rivages. Gust sort de prison. Pour tenter de se refaire la cerise rapidement, il accepte un dernier casse: mettre la main sur deux mille passeports britanniques qui valent son pesant d'or sur le marché noir. Alors que les cadavres s'empilent autour de lui, Gust voit son destin se lier, avec celui d'ex-agents du KGB, de la pègre londonienne, de son ex-amoureuse Petal, les services secret britanniques ou d'un étrange policier, qu'il a, pour fâcheuse habitude de rencontrer dans des bars mal famés. Oubliez l'internet ou le cellulaire dans ce Londres des années 90! Robin Cook n'a pas son pareil pour décrire la descente aux enfers d'un homme, qui y vit déjà. Même si la saleté des bas fonds de la capitale vous rebute, sachez que l'auteur rive son clou à une société Thatcherienne qu'il déteste. Gust lance son avis de défaite cinglant: Je suis cette Angleterre, c'est moi. Et ça fait mal. Robin Cook un écrivain à lire d'urgence. Extrait: «Gust sortit dans l'après-midi ; il pleuvait à verse. Les rares SDF de Frith Street restaient accroupis sous les entrées d'immeubles, le plus loin possible de la rue, immobiles sous leurs couvertures, leurs sacs en plastique près de leurs genoux, le regard fixé sur une autre planète ; des cadres pressés pataugeaient à la recherche d'un taxi, le Standard sur la tête. mais Gust ne faisait pas attention à la pluie. Il avait besoin de réfléchir, et cela lui était plus facile à l'extérieur que dans l'appartement, où tout lui rappelait Petal. Elle incarnait un certain aspect de la situation où il se trouvait ; mais il y avait un autre aspect - Manny, Sladen - qu'il ne parvenait pas à cerner. S'il voulait s'en sortir indemne, il allait devoir comprendre ce qui lui arrivait, et surtout ne pas se tromper dans ses conclusions.» | |||
| Émission du 29 mai 2018 | 29 May 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 284 Que la guerre est jolie de Christian Roux paru en 2018 aux éditions Rivages. Guillaume Apollinaire publie le poème «Merveille de la guerre» dans Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), qui se révèle un concentré de noirceur lumineuse qui confond la Grande guerre, même si elle est horrible, dans sa puissance lyrique. C'est un des tour de force de ce roman de Christian Roux, révéler le sens tragique de la guerre, ici, au coeur du territoire français. Il ne s'agit pas de terrorisme, soyons clair. Non, cette guerre s'insère, vicieusement, dans notre quotidien. Elle concerne, soudainement, tout le monde. Charles Caspiani, maire depuis 20 ans de Larmont, une petite ville située à une heure de Paris veut livrer un quartier populaire aux mains d'un conglomérat d'entrepreneurs. Pour cela tous les moyens sont bons: Mercenaire, truands, pyromane, dealers etc...Les habitants ne voient pas les choses de la même manière. Un collectif d'artistes en tout genre squattent l'ancienne usine aux structures métalliques datant du début du vingtième siècle. Ce lieu va devenir le catalyseur des affrontements au coeur même de l'agglomération. Que cette guerre est jolie, elle n'épargne personne. Le monstre engendré par l'avidité du maire a faim, les personnages complexes et attachants de Christian Roux ouvrent de longues bouches pâles. Ils vous invitent à partager le tragique festin de ce roman aux relents prémonitoires. Extrait: «L'Usine est occupée par des artistes peintres, des plasticiens, quelques musiciens, mais le pilier auquel tous s'accrochent, c'est la compagnie À tout prendre. Elle est composée de trois comédiens, trois comédiennes, deux techniciens-régisseurs-décorateurs-sonorisateurs-créateurs de lumières et d'un metteur en scène, Bernard Salmon. Ce dernier, originaire de Larmon, lorgnait depuis longtemps l'Usine Vinaigrier, tout en n'osant pas franchir le pas de l'occupation. Jusqu'en 2003, année où la compagnie, comme des centaines d'autres, a fait grève à Avignon pour sauvegarder le régime de l'intermittence du spectacle. Malgré une mobilisation sans précédent, qui a conduit à l'annulation de nombre de prestigieux festivals, trahis par les syndicats, les artistes et les techniciens du spectacle vivant ont perdu. Mais contrairement à beaucoup d'autres, bien qu'exsangue, la compagnie À tout prendre a survécu à l'épreuve. Et elle en est ressortie déterminée à défendre un théâtre militant. Un théâtre qui s'empare, et non pas qui quémande. Bernard Salmon se montrait particulièrement virulent. À l'époque, il répétait en boucle: « Dès lors qu'elles ne vous respectent pas, les institutions sont faites pour être violées.» Plus jamais seul de Caryl Férey paru en 2018 aux éditions Gallimard dans la collection Série noire. Caryl Férey tient sans doute son Pierrot le fou, dans ce personnage de Mc Cash, cette gueule de pirate, ancien flic, borgne et libertaire. Déjà croisé dans Plutôt crever (Série noire) et La jambe gauche de Joe Strummer (Folio Policier), l'homme n'a pas dérogé à ses bonnes habitudes: NO FUTURE. Si ce n'était la présence d'Alice. Sa fille, qu'il récupère à la sortie du collège, pour les vacances. À peine débarqués en rade de Brest, l'annonce de la mort en mer, présumée, de son vieux pote Marco et de son ex-femme, va sérieusement entamer le programme des réjouissances. Mc cash enquête et il déteste ça. Élevé à rendre coups pour coups, l'ex policier, met le cap sur la Grèce. De toute la série, Plus jamais seul, est sans doute l'un des plus réussis. Pour riposter à un monde malade et désespérant, Caryl Férey allie cynisme, humour brut, amitié fraternelle et ultra violence. Mc Cash cassera forcément toute la porcelaine sur son passage, plus amer que jamais, le héros tendre au coeur dur vous réserve un saudade bien senti. Extrait: « Je te préviens, je suis nul en gosses, avait-il dit. Alice avait haussé les épaules-comme si elle était bonne en parents... Enfin, en six mois ils avaient appris à se connaître, et s'il ne ressemblait à aucun père, Alice l'aimait comme il était, bougon, comique, désabusé, grand coeur, une sorte de montagne russe interdite au moins de treize ans. Mc Cash composait avec la partition qu'il avait entre les mains ; cette gamine ne s'exprimait pas avec un débit de mitraillette et des expressions incompréhensibles comme les filles de son âge, faisant preuve d'une maturité qu'il découvrait au fil des jours. Lui qui n'avait pas de prénom ne savait pas comment l'appeler: «ma puce» ça faisait vraiment minus, «mon chaton» c'était déjà pris, «moucheron» ça lui aurait pas plu, le reste des animaux il s'en battait l'oeil. Va pour Alice.» Offshore de Petros Markaris paru en 2017 aux éditions du Seuil dans la collection Cadre noir. Nous restons en Grèce, le commissaire Charitos, héros récurrent d'une dizaine de romans de Petros Markaris, a traversé la crise comme il peut. Sa femme, Adriani, cordon bleu reconnu, a su accommoder les restes pour faire rentrer les petits plats dans les grands. Oui, vous le trouvez aussi assez étonnant, il se peut que la crise soit devenu un vieux souvenir! Les Mercedes et les Jeep ne se font plus rares, les athéniens fréquentent de nouveau les restaurants et surtout les embouteillages monstres de la capitale refont surface. C'est un peu trop soudain pour notre fin limier. Ce que confirme une étrange vague de meurtres qui survient à Athènes, Charitos ne peut admettre que les assassins soient si facile à appréhender. Pourquoi sa nouvelle hiérarchie s'obstine-t-elle à classer si rapidement le dossier ? Y-a-t-il un lien avec le nouveau parti au pouvoir ? L'économie grecque est à vendre, et ça, Petros Markaris ne peut l'admettre. Offshore est un polar efficace qui apporte un éclairage aguerri des nouveaux mécanismes qui se mettent en place en Europe, au mépris des droits les plus fondamentaux. Ni de droite, ni de gauche, tous et toutes pour le fric ! Ça vous rappelle quelque chose ? Extrait: «Le mystère a duré près d'un mois, jusqu'à la première conférence de presse. On a vu alors sur l'écran un groupe de politiciens quadragénaires nous annonçant la fondation d'un nouveau parti. ETSI n'était cependant pas issu de la scission d'un parti existant, comme il arrive en général. Ces quadras avaient quitté tous les partis pour fonder le leur. Ils déclaraient n'être séparés par aucun désaccord idéologique, ceux-ci ayant d'ailleurs perdu toute signification, mais qu'ils étaient unis par un seul but: sauver le pays. L'autre point commun: aucun d'eux n'était député. On avait là des cadres de divers partis, tous écoeurés par les intrigues partisanes. ETSI ne proposait aucun programme, ne s'engageait à rien de précis, ne promettait rien. Tous ses cadres, sans exception, répétaient la même question: «Et si...?» sans entrer dans les détails. À toute question ils donnaient la même réponse: Nous demandons trois mois. Si nous échouons, nous partons. Naturellement, les autres partis ont débiné ETSI et ses cadres. Mais les médias leur offraient tous les jours la place d'honneur, sans pour autant les prendre au sérieux: ils voyaient là une proie facile.» Agenda: Vous n'étiez pas du show des Melvins au théâtre Corona ? Je vous raconte. | |||
| Émission du 15 mai 2018 | 15 May 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 283. La porte entrouverte de Jean Bello paru en 2018 aux éditions Sémaphore. Méfiez-vous de La Luna Rossa, elle change l'humeur des gens, elle excite les animaux et puisque exceptionnellement, elle tombe un lundi, en ce 9 septembre 1957, elle prête aux confidences. Amalia voit bien les correspondances qui se jouent autour des événements de la dernière année. Le départ de la Baronessa, la disparition de Caperina, le silence du Muet sont autant de bouts éparses d'elle-même à raccommoder. Ce qui lui en coûtera une neuvaine. Qu'est-ce qui peut bien justifier une pénitence aussi longue dans ce village de l'arrière pays napolitain, où, sous le ciel bleu javellisé, on ne plaisante pas avec les jours saints au calendrier? Jean Bello prends possession du réel en cette année 1957. Il nous invite à parcourir une Italie mal connue, repliée sur elle-même, qui vit des heures d'après guerre difficiles face à l'exil des hommes vers l'Amérique. L'auteur met en place une autre dimension qui s'inscrit au coeur du quotidien de cette famille italienne, à majorité féminine, tressée serrée. Dans ce décor magnifiquement rendu, il faut croire que le cadeau d'une simple petite chèvre blanche puisse entraîner une amitié et tout un village dans l'aventure. Cette porte entrouverte s'incarne, quant à elle, dans un miroir florentin, véritable objet d'accélération des désirs. Il se pourrait bien que les Belles croisent la Bête ! Il aurait été délicieux de rencontrer Jean Bello autour d'un café ajusté de grappa et de sambuca, sous un ciel empereur, l'auteur est, ce soir, à Mission encre noire. Extrait: «J'ai accompagné Mattia chez le Muet à Castello le samedi de la Présentation. Je m'en souviens très bien, j'avais noté la coïncidence. J'allais chez lui sans y être invitée, sans m'annoncer et sans savoir à quel accueil j'aurai droit. Nous nous connaissions si peu. Peu nombreux sont ceux qui doivent en savoir beaucoup plus que moi sur son compte. Même les rares personnes qui le fréquentent ne semblent pas en connaître tellement plus sur lui que les généralités qui circulent. Certains prétendent qu'il est Croate ou Albanais. Les mauvaises langues disent qu'il ferait ses petites affaires avec des brebis, mais ces ragots en bas de la ceinture ne font oublier à personne qu'il a un don de guérisseur, dont même ces colporteurs de cancans ont pu tirer avantage. Ce qui est avéré, c'est qu'il est arrivé avec une bande de gitans. Après la guerre, des groupes d'ouvriers nomades débarquaient au village pour les fenaisons et repartaient Dieu seul sait où aussitôt les moissons finies. Le Muet est resté à cause de don'Usebia.» Je suivrai tes yeux noirs de Martyne Rondeau paru en 2018 aux éditions Triptyque. Est-ce l'imagination d'olivine, barmaid, au comptoir d'un bar JetLite d'un aéroport?Puisqu'elle a parfois imaginé sa présence. Bien avant. Cheveux noirs. ce regard. Il parlerait britannique. Delko est bien là. Il prend tout l'espace. Olivine serait-elle en quête personnelle, maladroite, d'un amant d'un soir ? Ce serait trop simple. Martyne Rondeau prend le beau risque d'écrire sur la violence du désir, c'est cru, sans fard. Audacieusement ses personnages s'engagent dans un duel au sommet, sous forme de partie de tennis virtuelle, qui mettra leur chair et leur âme au supplice et les bouleversera. Marguerite Duras, Claude Gauvreau, Georges Bataille, Catherine Mavrikakis, cité-e-s dans le livre, permettent une rencontre fraternelle autour de l'envoûtante relation entre violence et désir. Ne serait-ce que pour mieux vous ensorceler davantage, l'autrice accompagne son texte de multiples références pop, telles PJ Harvey, The National ou Jesuslesfilles. Osez risquer d'être dérouté, Osez la brutalité du désir, Osez franchir les frontières. C'est très fort. Il y a la vie, le désir sexuel, la mort possible et puis l'écriture. Martyne Rondeau est invitée à Mission encre noire. Extrait: «Angoisse dans la gorge mais elle est sûre qu'il n'est pas un personnage de roman. Sa présence, son corps n'est pas en papier, ses doigts sur le comptoir, plaque d'ardoise ocre, et ses yeux sont ses entrailles. Il est en muscles et en peau ; n'a pas de tache d,encre au visage. Il boit vite et ne soupire pas. S'il n'était jamais venu en fait? Si elle avait imaginé cette rencontre? Elle vacillerait, car ces yeux-là lui proposent quelque chose. Cherchent en aveugle la sortie de secours. La barmaid a vu ça. Elle porte ses mains à ses joues. Son visage maigre son souffle écorché ses lèvres tremblotantes: il y a urgence. Elle ne peut pas se tromper. Elle sait trop l'urgence. Comme le sexe. le sexe ça remplit. Ça remplace l'amour, ça devient passion. Ça empêche de penser. Ça ravive les feux la braise de la blessure affective. Ça sauve de l'insomnie.» | |||
| Émission du 20 décembre 2022 | 21 Dec 2022 | 01:00:01 | |
Mission encre noire Tome 36 Chapitre 399. La faute à Pablo Escobar par Jean-Michel Leprince avec une préface de Bernard Derome, paru aux éditions Leméac. Bogotà la mal encarada des villes sud-américaine se trouve en haut d'un plateau andin. Le restaurant de l'hôtel Tequendama, où Jean-Michel Leprince a pris ses habitudes, a volé en éclats, sous une bombe des FARCS. en 2002. Si comme le souligne l’ex-présentateur de nouvelles, chef d’antenne et animateur de télévision Bernard Derome, La Colombie est le deuxième pays le plus riche de la planète en matière de biodiversité, elle est aussi l’un des pays les plus inégalitaire et violent. Tout commence, pour Jean-Michel Leprince, sous les bruits d’hélicoptères, de ceux qui tentent d’arracher des dizaine de personnes à la boue meurtrière qui a englouti la petite ville d’Armero due à l’éruption du volcan andin Nevado del Ruiz le 16 novembre 1985. Armero représente un baptême du feu grave pour le reporter spécialisé en politique étrangère et en défense nationale au Parlement d’Ottawa pour la télévision nationale de la Société Radio-Canada. La Colombie et l’Amérique latine vont devenir pour lui, depuis 37 ans maintenant, le lieu de découvertes et d’aventures inédites. Car voilà, ce pays, non seulement, reste un des rare en Amérique latine à avoir presque toujours connu une gouvernance démocratique, mais il s’est également construit sur la violence, le narcotrafic et la corruption. Un nom revient sur toute les lèvres, bien sûr, Pablo escobar ; une ville aussi, Medellin, qui battait les records du monde de meurtres sous son règne. Les écrits restent, dit-on, voici le livre d’une vie, la somme de plusieurs reportages, d’entrevues de terrain, publiés ici, contextualisés, dans le but de témoigner le plus précisément possible d'un mythe, de l'influence d'un homme sur un pays tout entier voire au-delà. Le journaliste grand-reporter nous offre un récit palpitant qui nous fait fréquenter les bas-fonds du crime organisé à l’échelle continental. J'accueille, ce soir, à Mission encre noire, Jean-Michel Leprince. Extrait:« La tragédie d'Armero, une semaine plus tard, a détourné l'attention du monde entier des assassinats commis au palais de justice et de ceux qui les ont permis. Le fils de Pablo Escobar révèle que son père amis ouvertement deux hélicoptères à la disposition des sauveteurs, interrompant ainsi pour quelques temps leurs livraisons de cocaïne. L'amnésie institutionnelle avait commencé et avec elle, le règne de l'impunité. Dans son livre The Palace of Justice, A Colombian Tragedy, Ana Carrigan écrit que la guerre a quitté Bogotà pour «retourner dans les campagnes, chez les indigènes, où on n'a pas besoin de se soucier de monuments historiques, d'archives ou de caméras de télévision, et où les victimes sont politiquement invisibles». Parallèlement, Maureén Maya conclut dans Prohibido Olvidar. Dos miradas sobre la toma del palacio de Justicia qu'il est désormais devenu «plus facile de tuer» en Colombie. Le règne de terreur de Pablo Escobar a déjà bien commencé, et il ne cessera pas de croître en horreur. Il va bouleverser l'histoire de la Colombie, et la violence qu'il inflige à son pays et au monde entier par ses méthodes innovatrices en matière de narcotrafic et de cruauté ne prendra pas fin avec sa mort en 1993, et se poursuit encore de nos jours.» Géants aux pieds d’argile par Alain Chevarier et Mark McGuire paru en 2022 aux éditions Moelle Graphik. C’est quoi le problème avec les hommes aujourd’hui? Lance un aîné assis sur un banc près d’un parc, qui observe l’attitude d’un père avec son enfant. Pat et Mathieu sont deux papas, qui tentent de vivre leur paternité autrement que les générations précédentes. Pour éviter de répéter les mêmes erreurs, il leur faut se confronter au passé de leurs propres père et grand-père, tout en restant bien présent, dans le quotidien de leur famille. Ce qui ne se révèle pas si facile, les traumatismes ont transcendé les filiations. Si les mères poursuivent leur carrière, les hommes prennent en charge un quotidien traditionnellement réservé aux femmes. Pat est celui qui en souffre le plus. Il lutte contre une rage noire qui se faufile en lui depuis l’enfance. Personne n'y échappe, pas même sa propre famille. Ses parents se sont séparés et son père, ancien militaire, est un alcoolique notoire. Il devient urgent pour lui de trouver l’origine de cette colère pour sauver l’équilibre de son ménage. Voici une bédé chargée de rage, de colère, d’abnégation et d’acceptation qui devrait marquer, à n’en pas douter, cette année qui s’achève. Je reçois, ce soir, à Mission encre noire, Alain Chevarier et Mark McGuire. Extrait:« Il est où là? - Dans un avion-cargo. - Ton père faisait quoi pendant la guerre? - Il nous donnait toujours la même réponse: il faisait pousser les légumes. - Regarde ça! - Je vois ; il était en train d'importer des trucs sous le manteau pour les fêtes? - Je pense qu'il faisait ça l'année longue. Ni l'oncle Sam, ni les viet-cong ne pouvaient ralentir ses activités. - Un magouilleur reste un magouilleur toute sa vie. - Ouf, ton père était tout un personnage. - Lui et mon grand-père se seraient bien entendus. Les allemands l'ont capturé quand ils ont envahi la France, pendant la deuxième guerre mondiale. Il était dans les Ardennes, ils se sont fait ramasser.» | |||
| Émission du 8 mai 2018 | 08 May 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 22 Chapitre 282. Corps sous la direction de Chloé Savoie-Bernard paru en 2018 aux éditions Triptyque. Vous le regardez un peu chaque jour, vous le palpez, vous l'aimez ou le détestez, or nos peaux, nos muscles, nos nerfs, vous demeurent un mystère. Le corps est examiné sous toutes ses coutures dans ce recueil qui rassemble des grands noms de la littérature québécoise contemporaine. Chloé Savoie-Bernard se demande comment faire en sorte que ces corps qui nous habitent ou qui habitent ce recueil nous ressemblent ? Comment réclamer un regard sur soi et les autres qui en veut davantage que le simple constat biologique ou l'appel à la séduction ? On se laisse porter par les plumes talentueuses qui captent des moments d'habitation du corps, les à-côtés, le souvenir, les regrets, la souffrance, l'amertume, l'espoir, la concupiscence, la perte, la colère tumultueuse ou apaisée des amours défuntes. Chloé Savoie-Bernard est de passage à Mission encre noire pour en parler. Extraits: «Anticiper, prévoir le pire au premier signe d'étrangeté ou de changement corporel me rapproche de ceux qui cherchent à contrôler l'incontrôlable, qui refusent d'être pris au dépourvu par les aléas de la vie. On trouve des noms pour décrire ces gens: «pessimistes», «angoissés», «paranoïaques», «Hypocondriaques». Je pense à eux et me dis que ces mots qu'on leur accole ne sont que des écrans qui masquent ce qui se cache derrière les paniques et les questions incessantes: une envie impérieuse, douloureuse, de se voir un peu mieux, de renverser l'enveloppe de chair et de sang afin de vérifier qu'on y est en sécurité. En d'autres mots, un besoin de s'assurer qu'on dépérit à un rythme normal, en toute connaissance de cause, et pas selon des termes qui ne sont pas les nôtres.» Les biffins de Marc Villard paru en 2018 aux éditions Joelle Losfeld. Il fait froid sur Paname, l'humidité et le brouillard envahissent le soir les quais de Seine. Cécile arpente les rues de la capitale avec le Samu social. Elle s'occupe des sans-abris, des démunis, des gens qui vivent en marge. Tout son temps y passe, elle connaît son monde, tous ces vieux soldats de la rue, en particuliers ceux qui ont connu son père, le saxophoniste surnommé Bird. De guerre lasse, fatiguée, elle rejoint une autre association qui s'occupe des biffins, ces vendeurs en tout genre qui vivotent du côté de Saint-Ouen, au-delà du périphérique. La mort subite d'un SDF va bousculer l'équilibre fragile de son quotidien. Marc Villard humanise la rue crasseuse et plonge un regard noir et d'un réalisme stupéfiant sur la rue parisienne. Extrait: «À peine entrée dans le logement, je me rends compte que j'ai le temps de dormir. Le briefing du coordinateur ne commence qu'à 20 h 30. Je retire mes croquenots et me glisse sous la couette. Saint-Michel. Les caméras de surveillance captent les marches insensées que certains commencent dès l'aube dans les couloirs de correspondance. Le but est simple, échapper au froid et ne pas se faire choper par les flics du métro. Mais je sais à quoi ils pensent. Ils veulent dormir, désespérément, qu'on leur foute la paix pour qu'ils puissent dormir et oublier toute la dureté du quotidien, la survie permanente et la quête effrénée de trucs à bouffer ou à boire.» Animal Boy de Karim Madani paru en 2018 aux éditions Serpents à plumes. 13 novembre 2015. Paris. Le concert des Eagles of Death Metal vient de commencer. Alex croise quatre types qui portent de grosses doudounes à l'entrée. Toxico, il traîne aux abords de la salle de spectacle du Bataclan à la recherche de son prochain fix. Tout va très vite, les scènes de cauchemars gore se succèdent. Une jeune femme d'à peine 25 ans se retrouve dans ses bras. Elle a une large plaie au cou. Elle décède quelques instants plus tard, alors que la police et les infirmiers interviennent. Alex, junkie en manque devient malgré lui un survivant et compte bien profiter de la situation. Premier roman à s'emparer des événements de cette nuit tragique, Animal boy, titre tiré d'un album des Ramones, est un roman furieusement punk, à la vision décalquée et décapante de la jeunesse marginale parisienne. Karim Madani élabore un style d'écriture inventif, aussi énergique et déjanté que ses personnages. La violence initiale de l'attentat du Bataclan propage son onde de choc jusqu'au dénouement: No Future. Extrait: «La nuit est longue comme les jambes d'un mannequin slovaque cocaïné. Alex est transporté d'urgence à l'Hôtel-Dieu, avec tous les autres blessés et estropiés. Une infirmière lui refile du rab de codéine et les néons, les murs blancs aveuglants et l'odeur écoeurante des couloirs aseptisés lui semblent soudain moins agressifs. les flics et les pompiers cavalent dans les corridors borgnes. Alex est allongé sur un de ces lits roulants aux roues grinçantes, juste à côté d'un jeune gonze qui s'est pris une balle dans l'estomac et qui attend que les blocs opératoires se libèrent. Sauf que cette saloperie de balle n'attend pas. Elle glisse le long de la paroi intestinale. Le gonze tourne la tête vers Alex. Les brancards ne sont qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Le gonze ressemble à Andy Warhol, mais en plus enveloppé. Il a encore ses lunettes à grosse monture sur le nez, détail qui semble incroyable à Alex. Il essaie de dire un truc à Alex. Mais de sa bouche aux lèvres fines ne sortent que borborygmes sanglants. Il fixe Alex de ses yeux vitreux.»
Agenda: 14 mai The Melvins au Théatre Corona à Montréal. | |||
| Émission du 24 avril 2018 | 24 Apr 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 22 Chapitre 281. Les fins heureuses de Simon Brousseau paru en 2018 aux éditions Cheval D'Août. Vous, moi, nous avons parfois de la difficulté d'admettre un futur sans issue, nous sommes parfois condamnés à refouler l'image parfaite d'un monde à l'agonie. Exit la fonte des glaces, escamoter la disparition progressive de certaines espèces, quid de l'idée d'une démocratie plus juste et égalitaire, qui bien souvent, se réduit comme une peau de chagrin, nous faisons preuve d'une capacité étonnante à imaginer un avenir immuable et serein, malgré tout. Simon Brousseau présente un fascinant recueil de nouvelles qui interroge notre disposition à nous inventer des fins heureuses. L'auteur a le talent d'isoler un minuscule détail, chaque situation gênante devient prétexte à un jeu d'écriture. Ici, facétieux et audacieux, ou là, ingénieux et habile, le style de Simon Brousseau explore le monde autour de lui avec des mots qui disent de la vie juste ce qu'il en faut de tendresse et de désespoir. Simon Brousseau est notre invité à Mission encre noire pour nous faire quelques e-confessions. Extrait: «Bienvenue sur e-confessions - Notre objectif: offrir à tous et toutes la possibilité de se libérer de leurs fautes sans craindre d'être jugés. Trop de gens croient leurs vices exceptionnels, mais rien n'est plus commun que le mal. En partageant sur cette page ce qui pèse sur votre conscience, vous découvrirez que vous n'êtes pas seuls. N'hésitez plus: racontez ce qui vous tourmente! Votre témoignage est précieux. C'est en examinant ses bassesses que l'on peut trouver la paix intérieure. Personne n'est parfait ; il se pourrait même que les meilleurs par mi nous soient ceux capables d'admettre sans détour leur méchanceté.» Moebius 157 paru en kiosque depuis avril 2018. «Tous les serpents connaissent le goût des fruits». Venez découvrir le sommaire de l'un de nos magazine littéraire favori. Simon Brousseau y signe d'ailleurs un texte prémonitoire: «Quand vous vivrez je serai mort». Extrait: «Veuillez prendre note du fait que ce jour marque la fin de l'âge de pierre/En ceci que la pierre est sable, en ceci que le sable est coté en bourse/et que tout ce qui n'a pas été construit de vos propres mains sales pourra s'évaporer sans préavis.» Nous souhaitons vous informer Marianne Lorthois Moebius 157 Les buveurs de lumière de Jenni Fagan paru en 2017 aux éditions Métailié. Dylan ne s'imaginait pas que Clachan Fells serait aussi magnifique. Il a quitté Londres pour l'Écosse avec les urnes contenant les cendres de sa mère et de sa grand-mère. Laissant derrière lui ses années de lumières factices, élevé dans le giron fabuleux d'un cinéma d'art et essai, il rejoint une communauté hétéroclite dans un petit parc de caravanes pour recommencer à zéro. Le Royaume Uni est entré dans l'âge de glace, trois soleils dans le ciel pourraient annoncer l'aube d'une terrifiante ère glaciaire. Dans sa caravane obus, reçu en héritage, Dylan va croiser le destin de Constance, sujette à des crises de somnambulisme, et sa fille, Stella, qui était un an plus tôt un garçon. Jenni Fagan ouvre un espace fabuleux de réflexion poétique et lucide. Dans une atmosphère de fin du monde, le conservatisme de la petite ville est mis à rude épreuve. Aux antipodes de la vision misérabiliste des romans apocalyptiques, cette famille recomposée apprend à danser sur des ruines. Au final serait-ce l'humain qui l'emporte, dans son obstination à vivre, rire et chanter ? Extrait: «Constance et Stella traversent la route de la ferme. Des brins de foin crissent sous leurs pas, on distingue de larges taches sombres sur le sol à l'endroit où les balles restent tout l'été. Autrefois Stella les faisait rouler sous ses pieds, prenant de la vitesse jusqu'à ce qu'elle soit obligée de courir pour ne pas tomber. Elle revoit encore la route de ce film et elle en rêvera à nouveau bientôt. Elle déteste ces cauchemars. Il y a toujours un long chemin couvert de glace encadré de part et d'autre de champs infinis et les arbres sont des silhouettes noires ; il n'y a pas une touche de vert, plus qu'un seul individu dans le monde entier et il marche sur cette route, vêtu d'un manteau rouge. On pourrait le voir à des kilomètres et des kilomètres à la ronde. une volée d'oiseaux passe juste au-dessus d'elles. Les verts mousse, les violets et les rouges dorés ont viré au brun. De la neige fondue s'envole de la montagne.» Glaise de Franck Bouysse paru en 2017 aux éditions La manufacture du livre. Nous sommes dans le Cantal, en France, la guerre de 1914 vient d'éclater. Les hommes sont mobilisés. À l'arrière, dans la grande chaleur d'Août, le jeune Joseph, 15 ans, devient l'unique homme de la ferme des Lary. Avec le soutien de son vieux voisin et ami Léonard, sa mère et sa grand-mère, ils vont prendre soin de la propriété familiale. Valette, homme de peu de scrupules, handicapé par une main atrophiée, convoite ce domaine depuis toujours. Avec sa femme, ils ressassent leurs rancoeurs, l'arrivée de leur belle soeur et de sa fille n'arrange rien. Anna provoque un indicible trouble chez Jospeh. Glaise est un somptueux roman, rude et rocailleux à l'image des grands espaces désolés qui encadrent le décor. Franck Bouysse manipule la matière râpeuse du langage et des moeurs des paysans pour incarner leur façon unique de penser ce monde qui s'effondre. L'amour est une argile inédite et corruptible à modeler dans cette contrée sauvage, ou le mal est un trou noir qui irradie. Glaise est une oeuvre très sombre, un joyau de roman noir qui vous donnera l'envie de découvrir les autres romans primés de l'écrivain. Extrait: «Cette nuit-là, le projet initial de Joseph était de rendre hommage à sa grand-mère avec la terre du cimetière qui l'avait accueillie. Il croyait cela possible. Il torsada des brins de fil de fer pour leur donner la forme approximative d'une croix. Concentré comme jamais, il se mit ensuite à pétrir longuement l'argile, domptant ses doigts, cherchant une inspiration parfaite. Une sorte d'instinct s'empara de lui, dirigeant ses gestes avec une étonnante précision vers la construction de proportions qui n'avaient rien à voir avec celles d'une vieille femme usée par les épreuves de la vie, mais avec des formes entrevues, effleurées, ou imaginées, qu'il parvenait à rendre fidèlement. Les heures défilaient. La flamme de la bougie se débattait au milieu de fientes cireuses. La fièvre en lui, Joseph poursuivait son oeuvre dans la clarté déclinante. Rien ne comptait plus que la forme finale, cette obsédante représentation de son désir qui lui collait aux mains et à l'âme.» | |||
| Émission du 17 avril 2018 | 17 Apr 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 22 Chapitre 280 160, rue Saint-Viateur ouest de Magali Sauvés paru en 2018 aux éditions Mémoire d'encrier. Comment s'en sortir lorsque vous devez composer avec un grand-père narcissique, un raté de père, une mère dépressive, des frères et soeurs individualistes à l'extrême et une petite soeur qui refuse de parler ? Que faire alors que tous les chemins du Mile end, à Montréal, mènent à ce numéro de rue 160, Saint-Viateur ouest, désespérément vide ? C'est là, à quelques encablures de la Main, la dernière fournée de Bagel diffusant son odeur, que le lieutenant de police de la sûreté du Québec Mathis Blaustein entame sa périlleuse onzième enquête de meurtre. Excommunié de la communauté Hassidim, Mathis est un «sortant». Aidé par un compagnon de vie exemplaire, ce personnage inédit arpente les rues d'un quartier unique dans la métropole. Un étrange vieux piano, encastré à vie dans un mur, patiente dans un coin de salon, il n'attend plus que lui pour rejouer un tragique nocturne de Chopin. Magali Sauvés immortalise ce coin minuscule du monde à la mixité exemplaire et à l'équilibre si fragile. Baruch Hashem! Magali Sauvés fait un détour par le studio de Mission encre noire pour nous présenter son remarquable roman. Extrait: «Une femme d'âge mûr fit pivoter le battant grisâtre d'une lourde porte, qui s'ouvrit sur la cage d'escalier menant à l'appartement au-dessus de la boutique. Un tableau tout en contraste que cette apparition, se dit Mathis, car elle avait l'air de sortir d'une de ces boîtes de magicien où le haut du corps du cobaye, par un jeu de miroirs, se déconnectait du bas et formait une stupéfiante silhouette en zigzag. La femme portait des chaussons hideux et fatigués alors qu'elle était étrangement coiffée d'un chignon sophistiqué. Mathis n'inspectait pas que les chaussures. Il s'intéressait aussi aux ongles et surtout aux cheveux. Qu'ils soient propres ou gras, peignés ou hirsutes, teints ou permanentés, la façon dont leur propriétaire s'en occupait trahissait toujours quelque chose d'intime. Cette analyse était à vrai dire normale pour quelqu'un qui avait été élevé entouré de femmes à la coiffe vissée sur un crâne nu.» Pinsonia (1500-2011) de Rodolphe Lasnes paru en 2018 aux éditions Leméac. Vous longez le littoral d'une terre inconnue, aux premiers jours de 1500, l'accueil indigènes n'est pas forcément chaleureux. Dans la chaleur de midi, dans le vert intense, l'odeur de pourriture ambiante, une poignée d'homme découvre un cours d'eau, en Amazonie, que l'on nommera par ce nom Vicente Yanez Pinzon. Le récit fondateur de cette découverte par l'explorateur, qui navigua aux côtés de Christophe Colomb, fait parti de la genèse de l'histoire officielle de Pinsonia. Cet immense territoire coincé entre le Brésil et la Guyane française devient un pays pratiquement sur un coup de dés. Rodolphe Lasnes nous embarque, entre imaginaire et faits réels, dans un formidable récit peuplé de conquérants, d'escrocs, de chefs d'état fantoches. Paco Fater, rédacteur de chroniques nécrologiques pour un journal de Villa Nova, s'ennuie de New York et de Sonic Youth. La mort d'un ami cinéaste va brusquement rebattre les cartes d'un vaste jeu de dupe. À vouloir fuir Pinsonia, il va découvrir que l'ascenseur est souvent en panne pour celles et ceux qui veulent briser la version historique officielle des vainqueurs. Pinsonia est un roman d'aventure passionnant, une uchronie contemporaine au rythme époustouflant, sur une région hautement romanesque méconnue. Rodolphe Lasnes quitte la moiteur tropicale pour vous inviter à remonter le temps, il est à Mission encre noire. Extrait: «Le boulevard d'Utrecht était encore barré ce matin. Une centaine de personnes défilaient en silence. Elles portaient à bout de bras de grands draps blancs tendus. Dessus était tracé en lettres rouges: Justice pour nos enfants. Deux fois plus de policiers les encadraient. Sirènes à fond dans les oreilles. Les mêmes pin-pon-pin que dans les vieux films français. On est les gardiens des reliques. On se fait refourguer tout et n'importe quoi et on ne refuse rien, pas même les ambulances japonaises avec leur volant à droite. Wesley m'avait dit un jour que c'était la cause première du succès de l'industrie cinématographique nationale. On pouvait recréer ici le décor de villes de n'importe quel continent sur les cent dernières années. J'aurai aimé être avec lui, un verre bien rempli à la main, à déblatérer sur la personnalité d'un pays qui se cache derrière des décors trompeurs. Mais j'étais bloqué dans le trafic, dégoulinant de sueur, et j'avais une forte envie de boire. Il était dix heures quand j'ai trouvé où me garer, sur un bout de terrain vague le long de l'avenue Prosper-Chaton, à trois cents mètres du crématorium.» | |||
| Émission du 10 avril 2018 | 10 Apr 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 22 Chapitre 279 L'art de rater sa vie de Simon Nadeau paru en 2018 aux éditions Boréal Collection Liberté Grande. Notez le bien ! Ce livre pourrait bien vous dérouter, vous marquer à jamais, vous donner l'idée d'aller voir ailleurs si vous y êtes ! Mèche au vent, votre humble hôte, dans cette odyssée, est un déserteur de la pire espèce. C'est un voyageur du dedans, un solitaire éclairé, un aimable être de fantaisie, un explorateur infatigable, qui dans un élan Donquichotesque, vous livre son secret imparable: Il connaît l'art si difficile de rater sa vie brillamment ! L'art de rater sa vie est un livre insolite, parfois hilarant, qui ne laissera pas indifférent celles et ceux qui affectionnent, particulièrement, de jouer avec les frontières du mythe et de la réalité. Sous la gestuelle élégante et érudite de l'écriture de Simon Nadeau se dissimule un coffre de pirate, avec pour seul trésor, une balle d'or: votre liberté. Faire fi de la réussite sociale, ici et maintenant, à Montréal est au programme. Délaissez vos cellulaires et vos écrans plats, Simon Nadeau est à Mission encre noire pour vous faire des révélations subversives et joyeuses. Extrait: «Cette fois encore, il revint avec un sac à dos plein de livres, mais cette expédition à vélo l'avait ouvert au sentiment d'une autre liberté que celle qu'il avait déjà découverte dans les livres. Cette liberté de mouvement et d'errance était peuplée d'une foule de pensée et de rêveries qui ne demandaient qu'à prendre l'air pour se déployer dans l'espace et se dérouler selon leurs fantaisies et les accidents du terrain. Le déserteur pouvait fort bien se retirer dans sa chambre pour lire et penser, ce que Mèche-au-Vent continuerait à faire de toute manière, mais, commençait-il à comprendre, il existait une autre façon de se retirer en soi-même tout en étant présent au monde. Oui, le déserteur de l'intérieur pouvait aussi sortir et se promener, inventer de nouveaux itinéraires, suivre de nouvelles trajectoires pensantes au milieu des éléments, et parfois même de la foule. À l'aube du XXI ème siècle, un coureur des bois d'une nouvelle trempe était né: l'errant déambulant et lettré.» Le festival Métropolis bleu fête sa 20 ème édition du 20 au 29 avril 2018 à Montréal. La littérature d'ici et d'ailleurs, sous toutes ses formes et toutes ses langues occupe une place de choix au coeur de la «ville bleue». Cette année, une fois encore, la programmation est des plus alléchante. Accompagnés de nombreux auteur-e-s prestigieux, le quartier général du festival, l'hôtel 10 et les nombreuses librairies partenaires, éparpillées sur l'île, proche de chez vous, se parent de leur plus beaux atours pour vous accueillir. En charge du festival depuis 2011, Madame William St-Hilaire, présidente-directrice générale et directrice artistique, est notre invitée à Mission encre noire pour vous donner un avant-goût d'un événement majeur à découvrir à Montréal. http://metropolisbleu.org/ | |||
| Émission du 20 mars 2018 | 20 Mar 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 22 Chapitre 278. La disparition de Kat Vandale de Christian Giguère paru en 2018 aux éditions Héliotrope noir. Katherine Champagne arrive en ville fraîchement débarquée de sa banlieue en Montérégie. Elle rencontre Mélissa au Cégep, avec qui, elle s'initie en soins infirmiers et fréquente les bars de danseuses pour arrondir les fins de mois. Sa rencontre à la sortie du métro Longueuil, une virée à la ronde et une balade en Bentley plus tard avec un membre d'un gang de rue, les Cobras, va modifier la trajectoire de sa vie. Elle devient Kat Vandale, dont la crinière blond vénitien et le magnétisme ahurissant, vont faire les choux gras des amateurs de porno et des services d'escorte. Tout le monde court après Kat, les proxénètes, les clients, Mélissa, les Cobras, un parrain de la mafia...Quel secret dissimule-t-elle donc ? Qui est Kat Vandale ? Des vibrations de basses profondes s'échappent des Bentley, des flashs lumineux factices éclairent ce milieu interlope qui se faufile à travers les fissures de la métropole et de sa banlieue. Christian Giguère jette un regard convainquant sur les mélodies en sous-sol de la ville, c'est un vrai régal. À la veille du lancement de son livre à la librairie Gallimard de Montréal, l'auteur fait un détour par Mission encre noire, il nous parle, entre autre, de Laura Palmer et de David Lynch... Extrait: «Le babillard près de la fenêtre affichait des photos autographiées par King Salomon, alias Davidson Jean-Louis, un ami d'enfance dont l'oncle Stanley était l'un des membres fondateurs du premier gang d'affiliation cobra dans le quartier. Les photos avaient été prises à Atlantic City, après la victoire de Davidson en combat de championnat. Sur la première, le champion trônait au centre du ring, le visage en sueur mais sans marques apparentes. À sa gauche, l'annonceur Michael Buffer, avec le visage impassible d'un type sorti tout droit d'un film de David Lynch, caressant son micro comme un vieux crooner ; à sa droite, Blaise Gary Toussaint, que Widmark avait longtemps considéré comme son meilleur ami, faisant office de gérant. C'est Blaise Gary qui avait trouvé le surnom de King Salomon. La légende souffrait évidemment d'hyperbole. On murmurait dans le milieu qu'elle datait de l'époque où Davidson et lui contrôlaient la vente de MDMA dans les clubs de l'est de Montréal.» Ma ZAD de Jean-Bernard Pouy paru en 2018 aux éditions Gallimard collection Série Noire. Camille Destroit est au bout du rouleau. Le souffle court, il se remet difficilement d'une agression par d'étranges miliciens locaux. C'est décidé, il lâche la ZAD de Zavenghem, dans le nord de la France. De toute façon c'est gagné, le projet de plateforme multimodale de la puissante famille Valter est abandonné. Les boeufs en profitent pour coffrer tout le monde. Camille est pris au volant de son véhicule professionnel, il perd son boulot et sa copine le quitte. Il est temps d'aller voir ailleurs et régler ses comptes avec les Valter. Claire, jeune militante zadiste l'accompagne avec une idée derrière la tête. Jean-Bernard Pouy défend la littérature populaire à travers ses romans noirs. Déjantés, allumés, à l'humour noir grinçant, les textes de l'auteur devraient vous coller un pain en plein nez. Ma ZAD confirme cette tendance du bourre pif bien senti sur la morosité de l'époque en France. Jean-Bernard Pouy écrit punk au marqueur noir sur des partitions de Mozart. Pouy is a punk rocker. Extrait: «Ému. cela faisait longtemps que je n'avais pas éprouvé cette petite crispation de la tête, cette boule piquante et stridente que font les nerfs sans prévenir, cette envie de chanter n'importe quoi, tiens, par exemple, Les neiges du kilimandjaro de pascal Danel. Comme la fois où j'avais découvert, au musée d'Orsay, la petite asperge de Manet, si floue, si délicate et, en même temps, plus tonitruante que le Radeau de la Méduse. Ou l'aigle géant, sur le toit de l'usine Fernet-Branca, à Saint-Louis, qui ressemble tellement à ce qu'on éprouve quand on avale la liqueur en question. Et la neige, en mai, au sommet du Canigou, derrière le château rose de Salses. L'intérieur de la pochette de Beggar's Banquet des Rolling Stones. Et, décidément, les seins d'Elsa Martinelli, le Retable d'Issenheim de Grünewald à Colmar... Sans oublier la jouissance absolue de se trouver face à un gros massif d'hortensias bleu ardoise. Des joies simples, en quelque sorte. Mais de grands moments...» Gaza dans la peau de Selma Dabbagh paru en 2017 aux éditions de l'Aube collection Noire traduit par Benoîte Dauvergne. Gaza sous les bombes. Gaza est une bande de terre d'une quarantaine de kilomètre de long sur six ou douze de large, habitée par plus du million et demi d'individus. La famille Mujahed vit comme en prison à ciel ouvert. Le père a fui vers le Golfe. Sa famille éclatée est restée vivre ici. La mère au passé militant trouble. Sabri, l'aîné, handicapé par un attentat, résiste à sa manière et compile une histoire moderne de la Palestine. Rashid cultive son plan d'herbe et rêve de s'échapper vers Londres et sa bien-aimée. Iman, sa soeur jumelle, écoeurée par les agissements des envahisseurs israéliens songe à se radicaliser. Les bulldozers de la colonisation progressent chaque jour sur les ruines d'un peuple qui souffre. Selma Dabbagh fouille ce quotidien amer et trace des lignes de fuite impossible pour des personnages rivés à leur désespoir. Gaza dans la peau est un texte noir saisissant qui vous donne à voir des fragments de vie ignorés par les médias traditionnels. Par delà les fils de tente des terrains vagues et des piliers effondrés, il y a la mer. Extrait: «Je suppose que Jamal relève des témoignages dans les environs de l'hôpital. J'ai laissé l'un des bénévoles qui nous ont rejoints récemment aux camps du Sud. C'est un cauchemar là-bas. Ils ont démoli une maison - enfin, une rangée de maisons -, dans laquelle la bonbonne de gaz de la cuisine a explosé. J'y suis entré pour aller chercher le vélo d'un gamin planté dehors qui la réclamait en hurlant. Il n'arrêtait pas de crier: «Mon vélo ! mon vélo !» Enfin bref, l'odeur, je vous raconte pas !» Khalil ferma les yeux et secoua la tête. « Tout ce bazar puait la fumée, le souffre, les égouts, la pourriture. Je ne peux même pas vous décrire cette odeur.» Il frissonna. « Pas la peine. Tu l'as amenée jusqu'ici, dit Rashid.»»
Agenda: Idles en concert le mercredi 21 mars à la Vitrola à Montréal | |||
| Émission du 6 mars 2018 | 07 Mar 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 22 Chapitre 277. Crépuscules de Joël Casséus paru en 2018 aux éditions Le Tripode. Un jour la vie dans le ventre de la femme ne sera plus dans son corps et elle sera exposée à tous les dangers. Parce que les dangers de la vie s'accumulent dans un pays en guerre, qui ne se nomme pas ici, proche d'un État belligérant également anonyme. Nous sommes quelque part, entre hier et demain, des réfugiés approchent d'une zone désertée par la foule. Ils se joignent à huit autres de leurs congénères, survivant entre un camp de wagons rouillés et un magasin général rudimentaire. Qui sont-ils ? Qui sera cet enfant à naître ? Ces humains seront-ils les derniers ?Les uns survivent du braconnage de ferraille, celle des missiles plantés dans les champs avenants. Les autres, s'accrochent à leur désespoir. Les drones surgissent par vagues menaçantes. Oeuvre forte, Crépuscules, présente un No Future littéraire, glaçant. Joël Casséus esquisse un portrait de famille acéré de l'humanité en déroute. Passionnant. L'auteur d'Un monde nouveau (2016 Leméac) et Le roi des rats (2015 Leméac) est notre invité à Mission encre noire. Extrait: « Toute la lourdeur de mon ventre est exposée dans la pénombre rassurante qui a été enfantée par le crépuscule. Je reste éveillée et je sens la vie dans mon ventre et j'écoute. J'écoute et je l'entends d'abord par des petits pas furtifs, puis j'entends ses grognements. J'entends la bête hurler et je sens la vie dans mon corps qui écoute. La bête me sent. Sent toute la vie en attente. La vie qui veut sortir. Sent la chair fraîche. » Un océan, deux mers, trois continents de Wilfried N'Sondé paru en 2018 aux éditions Mémoire d'encrier. Vous devriez vous souvenir longtemps de votre première rencontre avec Nsaku Ne Vunda, premier ambassadeur noir au Vatican, né en 1583 au Kongo. Peut-être habitera-t-il enfin votre mémoire comme l'homme qui tenta de faire abolir l'esclavage auprès du pape Paul V? Ou restera-t-il attaché à la lecture de ce grand roman au fort goût âcre de cette aventure par delà les mers et les continents ? Cet homme, ordonné prêtre sous le nom de Dom Antonio Manuel est méconnu, en République du Congo ou ailleurs, bien que son buste noir soit sculpté et exposé à Rome. Il connaîtra les geôles de l'inquisition, les cales insalubres d'un navire négrier, survivra aux assauts des corsaires et pirates, il résistera aux tentations. Le vent se lève et balaie les pages de votre lecture. Vous y découvrirez le capitaine Diable, le sombre destin de l'armateur sans scrupule Louis de Mayenne, les fastes du roi du Kongo, Alfonso 1er, l'apathie de Paul V...Bienvenue en royaume Bakongos ! Wilfried N'Sondé est un formidable conteur. Le romancier fait une halte à Mission encre noire pour vous mettre l'eau à la bouche d'une grande fresque romanesque. Extrait:« Avec le recul des siècles, je sais qu'après la découverte des Amériques et les incroyables possibilités d'enrichissement que promettait leurs immenses espaces, nos relations se déséquilibrèrent, puis se détériorèrent. C'en fut fini de la fraternité. Pour mettre en valeur le nouveau Monde et en tirer un maximum de profit furent inventées en Europe des idées insensées, d'une violence inouïe, un raisonnement abject de hiérarchisation des êtres humains selon une échelle qui en reléguait certains au rang d'animal: le racisme et son vocabulaire réducteur et infamant. Un système qui aboutit à la déshumanisation de mes frères bakongos et de l'ensemble des peuples du continent africain au sud du Sahara, dégradés au statut de masse indifférenciée définie selon une couleur, et de réservoir inépuisable de main-d'oeuvre bon marché.» | |||
| Émission du 27 février 2018 | 28 Feb 2018 | 01:00:00 | |
Mission encre noire Tome 22 Chapitre 276. XieXie de Michelle Deshaies paru en 2018 aux éditions David. Chine 1934. XieXie est une simple silhouette qui se détache sur la montagne, une de ses botte fleurie à la main, lorsque Rose débarque à Guilin. L'invasion de l'armée japonaise est encore une vaste rumeur, l'union des nationalistes du Kuomintang et des communistes de Mao, une bonne nouvelle. Raymond Vaughn, dirige la Lloews Coal Mining Corporation de Liverpool ici aux Guangxi. Il en tire certains privilèges dont celui d'engager XieXie à son service. À 300 miles de Guangzhou, la servante chinoise et le couple vont se prendre d'affection. Il naît une relation intime et de confiance plutôt inédite à cette époque. À la veille de la révolution communiste, les vents d'est et d'ouest se font déjà menaçant, la guerre approche. Il est temps de penser à fuir. Tous ? Osmanthus, ces arbustes aux fleurs blanches odorantes, évoquant le houx, plus communément appelé olivier à thé embaume le studio pour accueillir l'autrice, Michelle Deshaies à Mission encre noire. Extrait:« Jim Fultergrass s'approche de Xiexie et lui demande de regarnir son assiette de sandwichs au boeuf et de salade de thon. XieXie s'apprête à le faire quand Rose s'approche - Jim, je peux vous aider moi-même ou demander à Quijong, notre servante, de le faire, car Xiexie est notre invitée ce soir - Ça ne me cause aucun problème, chère madame Vaughn, tant et aussi longtemps que je peux me remplir la panse de tout ce que vous avez à manger de si délectable. Indiscrètement, madame Vaughn, mangerons-nous ce soir à l'anglaise ? - Appelez-moi Rose, je vous en prie. - Alors Rose, il y a si longtemps que je n'ai goûté au plum-pudding. J'en rêve comme à la douceur humide du sexe d'une jeune chinoise. Garderez-vous encore Xiexie longtemps avec vous ou a-t-elle une jeune soeur ou amie qui pourrait servir dans ma maison avec autant de grâce et de savoir-faire que XiXie? - Jim, je vous en prie, XieXie est chez nous comme une amie. Elle fait partie de la famille. En ce sens, vos propos sont tout à fait déplacés. Vous avez déjà plusieurs jeunes filles qui veillent à vos besoins.» L'été de Katya de Trevanian paru en 2017 aux éditions Gallmeister traduit de l'anglais par Emmanuele de Lesseps. Trevanian, aka Rodney Whitaker, est un des auteurs américains les plus mystérieux. Disparu en 2005, il laisse planer dans son sillon une aura de secret. L'été de Katya fait parti d'une réédition de ses oeuvres aux éditions Gallmeister. Ce thriller psychologique vient épaissir les ténèbres. La famille Tréville quitte précipitamment Paris pour s'installer près de Salies, aux Pays-Basques en France. Le jeune assistant du docteur Hippolyte Gros, Jean-Marc Montjean fait la connaissance des jumeaux Katya et Paul lors d'un banal accident de Bicyclette. La froideur de l'accueil du frère ne vaut que par la beauté ensorcelante de la soeur. Le jeune homme est conquis. Devenu ami de la famille, en dépit des bonnes manières, un lourd et douloureux secret hante leur hospitalité. Livre envoûtant, l'Été de katya détonne sur l'ensemble de la production de Trevanian. Le style surannée donne le ton juste d'une époque en sursis d'une des guerre les plus meurtrière de l'histoire en devenir. Extrait:« Tandis que je marchais vers Salies sous un ciel bleu de Prusse constellé d'étoiles brillantes, paradis accessible, je songeais aux discordances de la soirée à Etcheverria: les joyeux bavardages du dîner face aux sombres avertissements de Paul ; la gaieté spontanée de Katya qui se divertissait d'un rien, de jeux de mots comme de cailloux, face à ses soudains accès de mélancolie rêveuse ; la gentillesse brouillonne de M. Tréville face à la peur de ses enfants qu'il n'apprenne mon affection pour Katya. C'était un tableau peint à moitié en aquarelle et à moitié au couteau avec des couleurs criardes. Et j'avais la conviction désagréable que c'était l'aquarelle qui était artificielle, tel un léger lavis recouvrant des portraits plus inquiétants.» Stand by Saison 1 de Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz, illustré par Frédéric Pajak paru en 2018 aux éditions Zoe. Prenez un équation simple: une catastrophe se déclare. Le paysage environnant se dégrade rapidement. Introduisez un groupe de personnages livré à lui-même. Mélangez. que reste-t-il ? En d'autres termes, voilà le défi lancé par les éditions Zoé à ces jeunes auteur-e-s membres de l'AJAR (association de jeunes écrivain-e-s suisses). Composer les quatre épisodes d'une première saison d'un feuilleton littéraire, rappelant les faits d'armes des illustres feuilletonistes George Sand, Balzac ou Zola. Une éruption volcanique géante du côté de Naples vient modifier rapidement l'écosystème d'une partie de la planète. Trois groupes de personnages se retrouvent bloqués. Alix à Paris/Roissy, Une jeune équipe européenne de recherche au Groenland et Nora, Virgile et Vasco en visite au Monténégro pour ouvrir un testament. Comment rentrer chez soi ? Cette première saison tient toutes ses promesses: rebondissement, point tournant, fin ouverte...peut-être même y retrouverez-vous l'ambiance de vos séries télévisées préférées, telles Walking dead, Breaking Bad ou les Revenants ? Le défi est lancé, À vous de le relever. Extrait:« Il est trois heures du matin, le milieu d'une nuit d'octobre au Groenland. La baie de Melville, côté Canada, est peut-être striée de reflets bleu profond. À soixante kilomètres de la côte ouest, les lumières de Clim Camp clignotent. Dans cette base affrétée par le service climatique européen, des jeunes hommes et femmes venus de tout le continent effectuent leur quota de jours obligatoire, sous la houlette d'un instructeur agréé. cette année, ils sont cinq à avoir passé l'automne à Clim camp, rejoints il y a dix jours par un autre groupe, ceux de Summit, eux aussi en fin de mission. Tout le monde est regroupé pour attendre l'avion qui doit les ramener à la maison.» | |||