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Explore every episode of the podcast lundisoir

Dive into the complete episode list for lundisoir. Each episode is cataloged with detailed descriptions, making it easy to find and explore specific topics. Keep track of all episodes from your favorite podcast and never miss a moment of insightful content.

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Ectoplasmes et flashs fascistes - Nathalie Quintane07 Nov 202501:22:43

Juin 2024, dissolution de l'assemblée et possible arrivée de l'extrême droite au pouvoir. Nathalie Quintane, écrivaine qu'on ne présente plus ou que l'on présente mal, s'est mise à consigner ce qu'elle voyait : des objets, des anecdotes, des scènes comme autant de flashs fascistes. Ces micro-évènements tout à fait ordinaires qui nous disent que quelque chose se passe : des langues qui se mettent à baver, des corps qui se ratatinent et la bêtise qui se raidit. Soixante-dix fantômes (éd. La Fabrique), n'est pas vraiment un essai et pas tout à fait de la poésie. Quintane aime bien l'idée de « fantaisie réaliste » parce que ça permet d'imaginer des têtes rouler et d'en rigoler mais elle est aussi un peu ethnographe, styliste et chroniqueuse. Ça fait beaucoup pour une seule personne mais c'est pour ça qu'on l'a invitée.

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Ping-pong et révolutions - Dix sports pour trouver l'ouverture avec le philosophe Fred Bozzi27 Oct 202500:53:03

Dans Dix sports pour trouver l’ouverture, un ouvrage excellentissime que nous venons de publier avec les éditions lundimatin, Fred Bozzi, philosophe pongiste, propose un contre-pied magistral aux habituelles critiques du sport. Il y démontre notamment que :
Le saut à la perche s’oppose techniquement à la conquête spatiale.
Un terrain de rugby est le lieu d’une écologie anarchiste.
Les épreuves d’un décathlon arrachent les corps à l’économie.
Le ping-pong est propice à faire dégénérer les IA.
La boxe incarne la vertu du silence dans un monde saturé de mensonges. 
Le volley-ball conteste les théories du management.
La danse révèle une puissance destituante.

La démarche est inédite, les démonstrations sont puissantes et tout ce que cela ouvre quant à notre rapport au sport comme à la pensée est déterminant. Comme le dit un ami, c’est le livre qu’aurait écrit Jacques Rancière s’il avait pratiqué le saut à la perche ou Eric Cantona s’il s’était lancé dans la philo plutôt que dans le cinéma. Une présentation plus poussée du livre est accessible ici.
Fred Bozzi est notre invité pour ce lundisoir, faute de temps, nous ne discuterons pas des dix sports présents dans le livre mais déjà de Ping-pong, de boxe, de Football, de Tennis et un petit peu de danse.
Le livre est disponible dans toutes les bonnes librairies mais vous pouvez le commander directement sur notre site en vous rendant ici : lundi.am/livres.

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Peut-on être catholique et anarcho-communiste - Avec le collectif Anastasis09 Jul 202500:56:08

Historiquement en France, le catholicisme en tant qu’institution, s’est (presque) toujours tenu du côté du pouvoir. Il a servi de justification à l’écrasement des soulèvements populaires comme au redressement des corps et des esprits. Il est encore aujourd’hui le culte de la bourgeoisie et des politiciens les plus réactionnaires. Persistent néanmoins en son sein quelques âmes non égarées qui s’accrochent à la parole de l’évangile pour en extraire ce qu’elle contient de puissance subversive et émancipatrice. Anastasis signifie à la fois résurrection et insurrection, c’est le nom qu’a adopté le collectif catholique et révolutionnaire que nous accueillons aujourd’hui. Anticapitalistes, antifascistes, féministes, écologistes, tout les relie à la tradition anarchiste et communiste à cette nuance près qu’ils opèrent depuis là où ils sont et que ce « là » est un attachement spirituel. Certains d’entre eux avaient publié un livre intitulé La communion qui vient (Seuil) en 2021, ils viennent de faire paraître Urgence évangélique, Manifeste pour un universalisme égalitaire alternatif à la mondialisation capitaliste. Les plus athées ou cyniques d’entre nous, appréhenderont certainement leur parole avec un petit rictus en coin, ce fut d’ailleurs notre première réaction avant de les lire et de les rencontrer.

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Tout le monde peut-il être soeur? Pour une psychanalyse féministe - Silvia Lippi et Patrice Maniglier15 Oct 202301:15:28

Faire tenir ensemble la psychanalyse et le féminisme, la psychanalyse et la politique, Scum Manifesto et Sigmund Freud : tel est le pari de Silvia Lippi et Patrice Maniglier, qui co-signent aux éditions du Seuil Sœurs. Pour une psychanalyse féministe.
Un titre aux allures de manifeste, et un ouvrage qui prend acte des critiques adressées à la psychanalyse, mais qui moins que de la détruire vise au contraire à la recommencer — à partir du féminisme, et de l’introduction du concept de sororité dans la clinique psychanalytique. C’est donc tout à la fois une autre psychanalyse et une autre modalité de relation — que #MeToo, sur le divan et dans la rue a participé à faire exister en pleine lumière — qu’il s’agit de penser ici, « une relation qui se tisse entre des femmes en tant que femmes, mais aussi plus généralement une alliance entre personnes qui s’effectue du point de vue de leur position féminine, c’est-à-dire ce à quoi elles sont à la fois incluses et soustraites à la problématique phallique. » Exister et guérir hors du paradigme d’un pouvoir dont finalement personne ne veut, exister et guérir ensemble à partir d’un commun symptôme, « symptôme partagé » sur lequel se construit la relation sororale, c’est l’horizon de cette réflexion qui fait dialoguer psychanalystes et psychotiques pour faire entendre une voix qui n’attend plus qu’on l’autorise à parler. « La femme est traumatique, la femme est politique » : mais comment penser justement le lien entre la femme et la sœur en échappant au piège de l’essentialisation ? Tout le monde peut-il être « sœur », et peut-on être « soeur » sans être traumatisée, et traumatisée sans être victime ? Qu’est-ce, concrètement, qu'une psychanalyse sororale ? On en parle dans lundi soir.

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La rébellion est-elle passée à droite ? - Pablo Stefanoni & Marc Saint-Upéry29 Sep 202301:27:02

Partons d’un constat simple : nous héritons, pour nommer l’ennemi de tout un tas de mots et de concepts : le fascisme, l’extrême-droite, l’autoritarisme, la réaction, etc. Pourtant, à chaque fois que nous les convoquons, nous sentons bien qu’ils ne recouvrent pas tout à fait ce qui se trame ou nous fait face. Lorsque le gouvernement Macron juge opportun d’interdire l’abaya et d’organiser le rejet des migrants dans la méditerranée, assiste-t-on à l’endofascisation du parti de l’économie ? Lorsque des milliardaires de la Silicon Valley investissent dans le transhumanisme pour abolir la démocratie, peut-on parler d’une nouvelle hybridation du conservatisme ? Lorsque de Cyril Hanouna à Papacito, nos écrans diffusent en continue l’affect fun de l’asservissement et de la bêtise, faut-il prendre au sérieux la réaction ? Pour tenter d’y voir plus clair, nous lançons cette nouvelle série de lundisoir et pour entamer cette recherche nous avons invité Pablo Stefanoni & Marc Saint-Upéry pour nous parler d’un livre passionnant : La rébellion est-elle passée à droite ? Une présentation plus détaillée du livre comme de cette série est publiée ici : Des insurrections sans lumières.

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Sortir les ingénieurs de leur cage - Olivier Lefebvre24 Sep 202301:13:01

Déserter, bifurquer, s’évader, autant de mots pour dire le refus de participer à un système mortifère. Si le constat semble sans appel pour un certain nombre d’individus vivant au quotidien le malaise et le clivage que leur situation professionnelle leur impose, l’échappée belle n’est pas toujours si simple. Ces derniers temps, c’est une drôle de classe qui s’est retrouvée en première ligne du front de la désaffiliation : celle des ingénieurs. Qui peut assumer aujourd’hui de faire partie des techniciens de la destruction du monde ? Alors comment partir ? Que faire de compétences si chèrement acquises, et problablement utiles, autrement ? Comment sortir d’une cage que tout le monde considère comme dorée ?
Ce lundisoir nous poursuivons avec Olivier Lefebvre une discussion entamée l’an dernier. Ingénieur-déserteur, il vient de publier une Lettre aux ingénieurs qui doutent.

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Une histoire illustrée du tapis roulant - Yves Pagès31 Aug 202301:22:06

Parmi les machines qui hantent nos vies quotidiennes, le tapis roulant est celle qui traverse le plus insidieusement tous les secteurs d’activité : des tapis mobiles sur chaîne d’assemblage aux tapis de caisse de la moindre supérette en passant par ceux dévolus à l’exercice corporel du fitness. Travail posté, rituel consumériste et souci hygiénique de soi : trois postures qui, chacune à sa manière, nous condamnent à l’éternel recommencement d’une marche forcée. Pour cette rentrée et ce lundisoir, nous avons invité Yves Pagès à venir parler de son dernier livre : Les chaînes sans fin, histoire illustrée du tapis roulant.

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Radiographie de l'État russe - Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer11 Jul 202301:19:52

Alors que l’attention médiatique se concentre sur le conflit en Ukraine, ou plus récemment sur l’équipée sauvage de Prigozhin, nous nous intéressons ce lundi à l’appareil d’État russe et à la Russie en générale, trop souvent perçue comme un bloc monolithique sans contradictions internes. 
 Pourtant, la Russie n’est pas toujours le “Far-Est” ou l’État défaillant que l’on veut bien présenter. Avec ses propres caractéristiques structurelles et logiques endémiques, l’État russe semble avoir pleinement embrassé le monde de l’économie, tout en se drapant de valeurs néo-traditionalistes en opposition à un Occident "décadent". Un “capitalisme national périphérique” ou une mafia d’État ?
 Pour en parler, nous avons reçu Alexander Bikbov, sociologue russe, et Jean-Marc Royer, contributeur régulier de lundimatin, auteurs de nombreux "Carnets de guerre".

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Vers une anthropologie métaphysique - Mohamed Amer Meziane15 May 202301:18:48

Pour ce lundisoir, on prend le réel par ses marges. A l’occasion de la parution d’Au bord des mondes, dont nous avons publié un extrait la semaine dernière, Mohamed Amer Meziane est venu nous présenter les propositions qu’il déploie dans ce travail. Prenant pour point de départ l’idée selon laquelle le développement des technosciences et le colonialisme vont de paire avec un désenchantement du monde, et face aux insuffisances des approches du tournant ontologique en anthropologie, le philosophe explore les pistes que pourrait ouvrir une métaphysique qui s’appuie sur l’étude minutieuse des traditions, des mythes, des rêves et des croyances.
Si ce qui préside à l’extraction, c’est une ontologie « anti-métaphysique », que peut permettre une anthropologie métaphysique ?

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Éloge de l'émeute - Jacques Deschamps08 May 202300:54:01

Ce lundisoir, nous accueillons le philosophe Jacques Deschamps qui vient nous parler de sa revigorante Éloge de l'émeute tout juste publiée aux éditions Les liens qui libèrent. Il y sera donc question de cette pratique ancestrale et chère à tout bouleversement historique : sortir dans la rue pour s'en prendre aux symboles du pouvoir ; et dans les meilleurs jours parvenir à l'abattre. À mille lieues des arguties de plateaux télé et de leur sociologie de comptoir, Jacques Deschamps voit dans les pratiques émeutières des gestes éminemment politiques depuis lesquels s'entre-ouvre le présent. L'émeute est partout, dans les rues, dans les champs mais aussi dans les têtes. Partout où il s'agit de se retrouver et de résister contre le règne de la bêtise, de la mort et de la tristesse.

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Une histoire personnelle de l'ultra-gauche - Serge Quadruppani24 Apr 202301:30:25

Qu’est-ce que l’ultra-gauche ? Les moins bien renseignés pensent qu’il s’agit d’un épouvantail régulièrement agité par les ministres de l’Intérieur confrontés à des formes débordantes et autonomes de contestation ; un concept fourre-tout repris à l’emporte-pièce par des journalistes dont la culture historique et politique déborde quant à elle plutôt rarement. Pourtant, l’ultra-gauche n’est pas qu’une opération policière et médiatique sur la langage et les évènements, ou du moins, ne l’a pas toujours été. Afin d’y voir plus clair, Serge Quadruppani vient de publier une fascinante histoire personnelle de le l’ultra-gauche aux éditions Divergences. A travers son expérience personnelle, il retrace une histoire des idées politiques qui ont accompagné les menées révolutionnaires les plus audacieuses du siècle passé : des conseils ouvriers de 1917 jusqu’au mouvement des gilets jaunes en passant par la révolution  allemande, mai 68 et ses suites, l’Italie des années 70, etc. C’est de tout cela dont il est venu nous parler, accompagné de quelques complices de longue date.

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Pour une esthétique de la révolte - Black Lines17 Apr 202300:53:02

Des gigantesques peintures murales en soutien aux mouvements en cours aux banderoles de têtes noires et blanches, si vous êtes allés dans la rue à Nantes ou à Paris ces huit dernières années, la signature Black Lines n’a pas pu vous échapper. Ce lundi, nous avons invité deux membres du collectif afin de discuter de l’idée qu’ils se font de l’art, de la manière dont ils se sont rencontrés, travaillent et agissent au cœur des mobilisations. Leurs banderoles comme autant de fines pellicules qui viennent matérialiser le point de contact entre dispositif policier et foule insurgée.

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Dévoiler le pouvoir, chiffrer l’avenir - Chelsea Manning06 Apr 202300:31:42

Chelsea Manning est probablement la « lanceuse d’alerte » la plus connue au monde. Analyste pour l’armée américaine, elle est arrêtée en 2010 pour avoir transmis 750 000 documents classés secret défense à Wikileaks, l’organisation de Julian Assange. Ces révélations quant aux exactions commises par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan feront la Une de tous les journaux mais lui vaudront aussi une condamnation à 35 ans de prison.

Après 7 années de détention dans des conditions d’isolement et de surveillance unanimement assimilés à de la torture, sa peine est commuée par Barack Obama et Chelsea Manning retrouve la liberté. En 2019, un grand jury exige qu’elle témoigne dans une procédure probablement liée à Wikileaks, la lanceuse d’alerte s’y refuse et est à nouveau incarcérée pendant près d’une année. Récemment, elle a publié Readme.txt, ses mémoires dans lesquelles elle revient sur son enfance, son enrôlement dans l’armée américaine, sa décision de faire fuiter les documents insupportables auxquels elle avait accès et l’enfer carcéral qui a suivi. Plutôt que de revenir sur ce passé déjà largement documenté, nous avons proposé à Chelsea Manning de nous parler du présent et de l’avenir, notamment son travail sur l’anonymat et le chiffrement de l’internet avec l’organisation NYM. 

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lundi bon sang de bonsoir cinéma, épisode 5: depuis Jean-Marie Straub et Danièle Huillet07 Jul 202501:34:05

Ce 5e épisode de lundi bon sang de bonsoir cinéma est consacré à l’oeuvre de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. Pour en discuter, nous retrouvons Saad Chakali, Nicolas Klotz, Sol Suffern-Quirno et Rudolf Di Stefano. En attendant, ou pas, que la vidéo soit mise en ligne, vous pouvez lire cet excellent article de Saad Chakali et Alexia Roux paru ce lundi : Parce que les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer et visionner Nos yeux se sont ouverts de Sol Suffern-Quirno & Rudolf Di Stefano disponible juste en dessous.

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De gré et de force, comment l'État expulse les pauvres - Camille François27 Mar 202301:08:03

Garantir le respect des contrats économiques privés, garantir le taux de rendement du capital, défendre les droits des propriétaires : voilà la mission centrale et première de l’État. Pour ce faire, il faut des moyens, des méthodes et des infrastructures. Le sociologue Camille François a travaillé sur prérogative quotidienne et banale des services de l’État : expulser de leur domicile des personnes qui ne payent plus leur loyer.

Il décrypte la chaîne des « petites mains » – employées des bailleurs HLM, juges, employées des préfectures, élus locaux, travailleuses sociales, policiers – qui s’échinent docilement à expulser les locataires de chez eux. Il montre toute la violence symbolique qui se déploie dans un dispositif où des employées de bureau accomplissent un sale boulot au service de l’ordre capitaliste. A mille lieux de l’indignation bon marché qui souhaiterait que la défense farouche de la propriété privée s’accompagne d’un peu d’humanité, le sociologue décrit et décortique les mécanismes et dispositifs, sociaux, institutionnels et même psychologiques qui permettent et maintiennent cette logique infâme, de gré et de force.

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Nouvelles conjurations sauvages - Edouard Jourdain13 Mar 202301:16:23

Ce soir lundimatin accueille Edouard Jourdain pour son livre Le Sauvage et le Politique. Courte synthèse extrêmement serrée des derniers acquis de l’anthropologie anarchiste (Clastres, Salhins, Graeber, Scott), son livre tombe à pic pour notre exploration des rapports entre « philosophie, anthropologie et anarchisme » - depuis que Catherine Malabou est venue nous en démontrer les difficiles articulations. Nous essaierons de comprendre ce qu’est le « sauvage », pourquoi le roi est « un excrément », « un tas d’ordure », comment le sacré est la première forme de constitution, comment la magie se distingue du miracle, et pourquoi Proudhon, mine de rien, c’est quand même pas mal.

https://lundi.am/Nouvelles-conjurations-sauvages

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La cartographie comme outil de luttes - Nepthys Zwer06 Mar 202300:50:46

Qu’est-ce-qu’une carte et pourquoi la carte? Parcequ’elle est le support privilégié du pouvoir qui contemple, et se contemple, à travers la spatialisation de sa domination politique, économique et policière sur les formes de vie, la carte est trop souvent l’outil du conquérant, du stratège, et pire encore, du gestionnaire. 

Mais une autre lecture géographique est possible, à travers la contre-cartographie proposée par le Kollektiv Orangotango+ et de nombreux contributeurs qui publient aux Éditions du commun “Ceci n’est pas un atlas - La cartographie comme outil de luttes”. Pour en parler, nous avons reçu Nepthys Zwer et avons choisi d’incorporer à notre vidéo quelques cartes qui, d’un continent à l’autre, illustrent aussi bien les prédations faites sur l’espace et les personnes, que les récits de ceux qui y résistent.

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Pour un communisme des ténèbres - Annie Le Brun27 Feb 202301:46:24

Envers et contre elle, Annie Le Brun traverse l'époque. Elle occupe ce point où sensible et politique, littérature et subversion, restent indissociables. L'expérience du surréalisme dont elle témoigne est tout le contraire d'un mythe, le contraire d’un passé. On y entend le vif des rencontres et de le plein des singularités, la puissance du collectif quand il chemine vers l’inconnu. Autant dire que sa manière de soutenir les désirs, de chasser toute tendance à la résignation ou  de faire entendre la joie d’être ensemble, nous a beaucoup parlé à lundisoir. 
On y a parlé d’esthétique critique, de communisme des ténèbres et de ces lignes de crête sur lesquelles il faut se tenir pour rester inaccaparé. Ou encore, pour reprendre un passage des Vases communicants qu’elle nous avait apporté, de ces « réserves monstrueuses de beauté » dans lesquelles puiser pour « se garder de reculer et de subir » .

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Philosophie de la vie paysanne - Mathieu Yon06 Feb 202301:44:27

Mathieu Yon, après avoir mené une quête existentielle et mystique d’inspiration chrétienne, mais qui l’a aussi bien conduit en Inde, est devenu, à la trentaine, un paysan maraîcher qui cultive de manière autonome un hectare.
 Il est par ailleurs impliqué dans la vie syndicale du monde paysan, puisqu’il est membre de la Confédération paysanne.
 Dans un livre intitulé Notre lien quotidien. Le besoin d’une spiritualité de la terre (Nouvelle cité), il raconte son parcours existentiel, évoque son expérience du travail de la terre et esquisse une vision de la société fondée sur le « temps vécu ».

Contre l’arraisonnement de l’agriculture par le grand capital, il milite notamment pour une alliance de la paysannerie et des classes populaires. Et plus singulièrement, plus intimement, il travaille aussi à retrouver le sens de certains mots : « Mon métier est fait d’imprévus et de petits riens, de ces moments qui tendent à disparaître, dans le monde de contrôle incontrôlé que nous avons édifié. Dans mon champ à l’aube, il y avait une gelée blanche sur l’herbe. Je ne l’avais pas anticipée, me fiant aux prévisions météorologiques. J’avais oublié la présence de la rivière en bordure de la parcelle. En voyant mes courges marquées par le gel, je me suis senti comme un écolier qui apprend à lire et bute sur un mot : ’’Rivière’’. Un mot simple, dont j’avais oublié le sens paysan ».
Nous avons profité de l’un de ses passages à Paris, dans le cadre de ses activités syndicales, pour nous entretenir avec lui.

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Défaire le mythe de l'entrepreneur - Anthony Galluzzo30 Jan 202301:19:17

Elon Musk et Jeff Bezos aujourd’hui, Steve Jobs et Bill Gates hier, Thomas Edison et Andrew Carnegie un siècle plus tôt… De nombreuses célébrités entrepreneuriales peuplent nos imaginaires. Ces grands hommes seraient des créateurs partis de rien, des visionnaires capables d’imaginer des innovations révolutionnaires, des génies aux capacités hors du commun. C’est cette mythologie que vient démolir Anthony Galluzzo dans son excellent Le Mythe de l’entrepreneur, défaire l’imaginaire de la Silicon Valley qui vient de paraître aux éditions Zones. Car ce que recouvre toujours la figure sympathique de l’entrepreneur, c’est la brutalité du monde de l’économie et l’antagonisme fondamental qui le traverse.

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Parcoursup : conseils de désorientation - Aïda N’Diaye, Johan Faerber et Camille23 Jan 202301:12:50

S’il y a bien un sujet dont il est difficile de parler en France, c’est l’école. On en bavarde évidemment, on s’en plaint même beaucoup mais toujours et presque immédiatement on se retrouve face à une contradiction qui apparaît insoluble . L’école, quand on n’y est pas ou plus, c’est la possibilité d’apprendre, de se former ; cette mythologie républicaine, méritocratique, imparfaite mais pleine de bons sentiments. Lorsqu’on y est, qu’on y est soumis ou qu’on y travaille, c’est à une toute autre réalité que l’on doit se confronter : l’école comme institution qui discipline les corps, calibre les subjectivités, trie, ordonne, sélectionne et parfois broie la vie, les « compétences » et les aspirations de millions d’enfants. On se retrouve alors tiraillé entre la nécessité d’y croire pour y survivre et l’impossibilité d’y échapper faute de dehors. Si l’on peut reconnaître un seul mérite à l’opacité du dispositif Parcoursup, c’est d’avoir rendu transparent ce processus de sélection. Dans ce lundisoir, nous essayons de comprendre plus précisément ce qui se joue dans l’expérience de cette plateforme. Comment les logiques d’auto-management imprègnent désormais chaque lycéen, comment les professeurs deviennent petit à petit les supplétifs de la sélection algorithmique, comment l’angoisse continue de l’évaluation devient une norme à laquelle on ne peut plus échapper.
Pour en discuter, nous accueillons Aïda N’Diaye, professeur de philosophie et autrice de Ai-je vraiment du mérite ? (Gallimard), Johan Farber qui vient de publier Parlez-vous le Parcoursup ? (Seuil) et Camille, lycéen auteur d’un article très remarqué sur lundimatin : Rejeter l’école, le quotidien de la génération Parcoursup.

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Une histoire du sabotage - Victor Cachard16 Jan 202301:03:10

Ce lundisoir, nous allons parler de sabotage. Le sabotage comme pratique politique au fil de l’histoire, comme technique asymétrique contre l’ordre des choses, comme tactique voire comme stratégie contre le pouvoir. Pour cela nous accueillons Victor Cachard qui vient de publier deux livres importants aux éditions Libre : Emile Pouget et la révolution par le sabotage ainsi que le premier tome d’une Histoire du sabotage, des traines-savates aux briseurs de machines.

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La fabrique du muscle - Guillaume Vallet09 Jan 202300:59:25

Depuis quelques années, nous voyons éclorent des salles de musculation à tous les coins de rue. Leur succès repose toujours sur la même promesse. Dans l’ambiance moite et surpeuplée des salles, il est possible de se faire un corps puissant, performant et transformé. Une industrie de la rationalisation et du perfectionnement du corps (complément alimentaire, coaching, etc.) accompagne l’injonction de se faire un corps débarrassé de ses lourdeurs pour être en capacité d’assumer la brutalité de la vie ordinaire.

La fabrique du muscle a rarement été investie politiquement. Au mieux, cette pratique serait le symptôme du désespéré qui, à mesure qu’il expérimente son impuissance, se tourne vers la seule chose appropriable dans un monde inappropriable : son corps. Au pire, elle n’est que l’affaire de quelques activistes virilistes qui, aux côtés des agents de sécurité, des néo-fascistes et des petits policiers, gonflent le torse et se cherchent une certaine allure dont la visée n’est autre que d’apparaître. Plutôt que de disqualifier d’emblée une pratique qui s’est popularisée, Guillaume Vallet se propose de réfléchir la fabrique du muscle. Qu’est-ce que la généralisation de cette pratique dit de notre société ? Comment ressaisir politiquement la fabrique du muscle pour en faire autre chose qu’un corps dressé et conforme à l’ordre social ?

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Au travers du visible, un parcours du regard - Damien Brohon08 Jan 202300:34:47

Les passants se sont immobilisés devant le coucher de soleil. Sans un mot. Tous regardent. Cette jeune femme aux cheveux rouges. Cet homme âgé en chemise à carreaux qui tient un sac de toile usé. Ces employés en costume-cravate qui sortent juste de la banque. Pause générale ! Plus de garagiste à appeler « pour voir où ça en est avec la voiture ». Plus de relation conjugale au bord de l'explosion. Plus de pizzas à partager ce soir avec les copains. Plus de « je dois faire ceci ou cela ». Peut-être même plus de « je suis un tel ou une telle ».
Nous habitons une même expérience et ce partage est bouleversant.

Réalisation : Nicolas Zurstrassen

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Déborder Bolloré - Amzat Boukari-Yabara, Valentine Robert Gilabert & Théo Pall04 Jul 202500:36:13

Déborder Bolloré, Faire face au li­bé­ra­lisme au­to­ri­taire dans le monde du livre, c’est un recueil de 18 articles co-édité par plus d’une centaine d’éditeurs indépendants qui souhaitaient prendre part à la campagne nationale contre le milliardaire le plus détesté des français (et des autres). Pour discuter du livre, du projet et de son contenu, on accueille Théo Pall des éditions Burn Août, Valentine Robert Gilabert qui a travaillé sur l’offensive de Bolloré sur le monde de l’édition depuis quelques années et Amzat Boukari-Yabara, historien qui travaille de longue date sur la Françafrique.

[Toutes nos excuses pour la qualité du son, un micro est décédé en plein tournage, ce qui a passablement affecté ses autres camarades micros. On a bidouillé comme on a pu pour que cela reste audible, en sucrant notamment l’essentiel des questions de l’interviewer qui avaient de toutes façons beaucoup moins d’intérêt que les réponses des invités.]

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Violences judiciaires - Raphaël Kempf19 Dec 202201:17:42

Des quartiers populaires aux Gilets jaunes, la question des violences policières est désormais centrale dans la société française. La transition entre une démocratie représentative, fondée sur la séparation des pouvoirs, et un État policier les fusionnant commence à être documentée par des sociologues et historiens, montrant qu’en laissant les coudées franches aux forces de l’ordre, le pouvoir politique révèle sa nature profonde.
Or, si les violences policières peuvent se systématiser, c’est qu’elles sont sous-tendues par d’autres abus, moins spectaculaires, plus raffinés et éloignés des caméras, qu’il faut bien nommer pour ce qu’ils sont : des « violences judiciaires ». L’interpellation, la garde à vue, le jugement et l’emprisonnement des opposants politiques, d’un côté ; l’immunité accordée aux forces de l’ordre, de l’autre : c’est à chaque fois le pouvoir judiciaire qui valide ou actionne les agissements de la police. Dans un état d’urgence permanent, où la lutte contre le terrorisme semble tout autoriser, on assiste à une surenchère des arrestations, procès politiques et condamnations, qui brisent tant de vies.
C’est depuis son expérience « intime » d'avocat que Raphaël Kempf analyse cet autre pan de la répression : le pouvoir judiciaire.

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L'aventure politique du livre jeunesse - Christian Bruel12 Dec 202201:20:22

Si elle se donne souvent comme paisible et consensuelle, l’offre de lecture adressée aux enfants et aux jeunes est toujours politique, qu’elle conforte l’ordre des choses ou qu’elle lui résiste.

Dans L'aventure politique du livre jeunesse, Christian Bruel partage nombre de ses lectures jubilatoires, admiratives ou circonspectes et souligne tant la fécondité luxuriante d’une production créative à la marge, que l’inlassable travail des idéologies s’agissant de la famille, de l’école, du genre, de la sexualité, de l’économie, des discriminations, de l’esthétique, de la compétition, de l’écologie et de l’avenir.

Entre le relevé commenté des frilosités sociales, des évitements manifestes et des conformismes rentables, se glissent des propositions pour une autre formation littéraire des destinataires… et aussi une mère célibataire épanouie, une mare collectivisée par ses canards, des enfants solidaires résistant à « ceux qui décident », un chien libertaire se disant conservateur, l’indispensable travail du texte et ses articulations nouvelles avec  les images, quelques masculinités moins hégémoniques, des filles rebelles plus nombreuses, et de possibles mondes entrevus ! C'est d'un peu tout cela dont nous avons discuté avec l'auteur.



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À quoi bon encore le monde? La Syrie et nous - Catherine Coquio05 Dec 202201:10:23

Mars 2011. Aux lendemains des révolutions en Tunisie et en Égypte, le peuple syrien se soulève. Partout dans le pays, les corps joyeux dansent au rythme des chants qui en appellent à la dignité et à la liberté. Aux corps insouciants et enivrés par cette soudaine puissance retrouvée, succèderont les corps déchiquetés et jetés dans des fosses communes. En quelques mois seulement, la résistance est devenue tragédie. Catherine Coquio a publié « À quoi bon le monde ? La Syrie et nous » (Actes Sud, 2022). Elle saisit l’histoire syrienne comme une expérience effroyable de la néantisation du monde.

Alors que les syriens n’ont eu de cesse de s’adresser au monde, de parler du monde, ils ont fait l’expérience d’un monde terriblement silencieux et indifférent. C’est le « silence glacial du monde civilisé » face à l’atrocité des crimes et la destruction massive du pays. Le peuple syrien s’est alors trouvé à la merci des forces nihilistes de Bachar Al Assad puis des intégrismes islamistes. Ces deux forces ont en commun de nier le « monde » et d’atteindre profondément les possibilités de croire au monde, à ce monde-là.

Catherine Coquio affronte la tragédie syrienne en plongeant le lecteur dans les pensées construites par de nombreux artistes syriens avant et pendant la guerre. Elle ne regarde pas seulement avec amertume l’histoire d’une révolution saccagée, brisée et avortée. Elle ouvre aussi à toutes ces productions artistiques, cette documentation inédite de la guerre qui donne à penser l’expérience de la néantisation du monde. C’est à partir de la voix de ces artistes syriens que s’ouvre un chemin étroit pour continuer à penser et à imaginer après un monde défait. Continuer à penser ce qui est arrivé est aussi une manière de ne pas sombrer dans l’ennemi de la pensée : le nihilisme.

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Mohammed Kenzi, émigré de partout28 Nov 202201:10:52

Les crimes du colonialisme français dans les campagnes algériennes, la vie dans le bidonville de Nanterre, le racisme policier, la chute du mur séparant la fac du bidonville en mai 68, la découverte du gauchisme, les bagarres avec les flics, son ami Richard Deshaye, premier éborgné avant tant d’autres, la prison et l’expulsion de sa famille, sa vie de clandestin et son départ pour la Suisse : Mohamed Kenzi a beaucoup à nous raconter sur ce qu’il a vécu au siècle dernier, et c’est toute une tranche d’histoire des luttes, des espoirs et des désillusions qu’il nous restitue.

Il le fait en poète, qui sait évoquer Le Parfum de la menthe sauvage, (titre de son livre publié aux éditions Grévis), l’affection d’une grand-mère et la bouillonnante vitalité de sa bande. Il le fait aussi en critique, avec une distance par rapport à toutes les communautés, que ce soit celle de ses origines, celle de Vive La Révolution, le mouvement mao-situ, celle de la prison. Partout, il a senti qu’il n’appartenait jamais tout à fait au groupe : comme émigré, à jamais, de partout.

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Philosophie des politiques terrestres - Patrice Maniglier21 Nov 202201:09:10

Ce soir nous accueillons le philosophe Patrice Maniglier pour essayer de comprendre comment agencer l’action anarchisante à notre « commune terrestritude » (Gramsci). Dans le rapport de la pensée et de l’action à la Terre, l’un des problèmes serait peut-être celui-ci : comment articuler nos formes de luttes toujours territoriales, situées précisément ici ou – nous qui avons tendance à refuser les fausses universalités coloniales – à une théorie générale de la stratégie terrestre ? Comment faire lorsque la conquête du pouvoir, la prise du pouvoir, la macro-politique qui aboutit à la gestion du monde, n’est – apparemment – pas une option, alors qu’en face, l’ennemi, l’adversaire last but not least, comment faire lorsqu’entre « eux » et « nous », le champ de bataille lui-même s’anime et fait irruption, lorsque la Terre en personne se présente et s’annonce, de catastrophes en catastrophes, non pour trancher le nœud du conflit, comme l’ancien deus ex machina de la tragédie, mais pour l’embrouiller davantage ?

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Politiques des soulèvements terrestres - Léna Balaud et Antoine Chopot14 Nov 202201:02:13

Léna Balaud et Antoine Chopot ont récemment publié Nous ne sommes pas seuls. Politiques des soulèvements terrestres aux éditions du Seuil. C’est un livre important et qui trouvent quelques belles résonances dans la mobilisation actuelle contre les méga-bassines.

Les auteurs thématisent quelques débats qui traversent les luttes politiques et proposent de réfléchir les alliances avec les vivants dans la perspective d’un renversement du capitalisme. L’intérêt pour le vivant bouleverse la scène de nos préoccupations politiques et sociales. Il n’est pas rare que ces nouvelles luttes soient disqualifiées en tant qu’elles seraient la préoccupation d’une bourgeoisie sociale assez peu soucieuse des oppressions traditionnelles. De l’autre côté, cette pensée écologique soupçonne les mouvements traditionnels de porter trop peu d’attention aux transformations culturelles de la politique au seuil du drame écologique. Plutôt que de renvoyer dos à dos ces positions, Nicolas Chopot et Léna Balaud tentent de redéfinir politiquement et pratiquement les contours de l’action politique en pensant les conditions de possibilité d’un « soulèvement des terrestres ». La nature se soulève déjà. Ces soulèvements menacent parfois la vie humaine en même temps qu’ils ouvrent à de nouvelles connexions avec les vivants. Ces transformations en appellent à l’invention politique et ouvrent à des nouvelles voies de subjectivation que ces deux auteurs nous aident à explorer. 

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Laisser être et rendre puissant - Tristan Garcia07 Nov 202201:26:32

Ce soir nous accueillons le philosophe et écrivain Tristan Garcia pour un livre qui n’est pas encore paru et qui aura mis des années à passer des petites collines d’une courte conférence en 2017 aux vastes steppes d’une somme ontologico-politique (Laisser être et rendre puissant, à paraître) en passant par la vallée fleurie d’un entretien récapitulatif en 2021 (L’Architecture du possible).

S’il faut souvent examiner les faits et les événements pour saisir l’horizon empirique sous lequel l’action politique se dessine ; il faut aussi parfois, pour un temps, remonter aux structures de nos langages et aux logiques de nos subjectivités, aux toiles d’araignées ténues de nos métaphysiques invisibles, afin de clarifier théoriquement les voies du labyrinthe dans lequel, souvent sans le savoir, nous avançons les yeux fermés.

Dans un très mauvais blockbuster de 2015, À la poursuite de demain (Tomorrowland), on pourrait trouver une image du rapport entre métaphysique et politique. Lorsque la jeune héroïne Casey Newton effleure un pin’s en forme de « T », trouvé par hasard dans ses affaires, elle est brusquement projetée depuis le bayou de sa Floride marécageuse dans un espace parallèle parfaitement utopique où se dresse, à l’horizon des champs de blé dorés qui l’entourent, une gigantesque citadelle. Mais alors qu’elle se met en marche à travers les épis, vers cette citadelle qui l’attire, elle se heurte à un mur invisible. En essayant de le contourner sans le voir, elle sent soudain son corps se recouvrir d’une eau pourtant absente. C’est que Casey Newton a beau percevoir le pays d’or et d’utopie, a beau le voir sous ses yeux se déployer alentour, son corps, lui, déambule entre les maisons de sa présente Floride, et même si elle ne voit plus ni ses rues, ni ses clôtures, ni ses façades, son corps, lui, les sent, les vit, s’y cogne, physiquement, et manque de se noyer dans le fleuve de la ville.

La métaphysique est cette Floride, ce labyrinthe urbain, qui n’est plus visible lorsque nous avançons dans les champs politiques de la citadelle utopique mais qui continue de déterminer les devenirs de nos actions. Déterminer à quels espaces urbains ontologiques nos subjectivités participent en se croyant tout autre chose, c’est l’un des aspects du travail de Tristan Garcia dans Laisser-être et rendre puissant. Après une vaste épopée ontologique, il analyse dans son livre les modalités du possible, de l’impossible, du contingent et du nécessaire, de la puissance et de l’impuissance et leur articulation sous la forme de subjectivités éthiques, de « formations éthiques » (457), distinctes et en conflit : « Ces formes que prend la subjectivité entre semblables, déformée par l’histoire, par les intérêts et des camps ennemis, quand chacune tend à l’hégémonie, se nourrissent et se confirment les unes les autres dans la guerre générale. » (455) À la manière d’un stratège théorique, il passe du point de vue d’un camp engagé dans l’action et la bataille, au point de vue du champ de bataille lui-même où se disposent les différentes subjectivités dans les luttes pour l’hégémonie. Le rôle du philosophe est peut-être alors d’analyser ces subjectivités, et de trouver les tactiques par lesquelles non pas détruire ou éliminer les plus vilaines, mais désamorcer ou interrompre leur élan d’hégémonisation :

« Si elle n’est pas interrompue, chacune menace de se constituer en autorité absolue. Elle supprime de plus en plus d’autres subjectivités possibles et empêche toute puissance autre que la sienne. Sa manière laisse de moins en moins être et rend de moins en moins puissant. Parce qu’elle doit se donner les moyens d’être reconnue, c’est le destin de toute subjectivité engagée dans une guerre avec ses semblables. Elle s’approprie le champ de bataille, s’aveugle sur son propre

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La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir31 Oct 202200:39:30

Mathilde Girard est l’autrice de La séparation du monde et écrit In Extremis. Frédéric D. Oberland officie dans Oiseaux-Tempête, FOUDRE !, Le Réveil des Tropiques et NAHAL Recordings. Ils devaient se rencontrer, c’était un lundisoir.

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Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi24 Oct 202201:39:45

Nous continuons cette semaine nos pérégrinations autour de l’anthropologie, de la philosophie et de l’anarchisme. Après avoir discuté avec Catherine Malabou, Barbara Glowczewski, Nastassja Martin et Jean Vioulac il allait de soit qu’il nous fallait rencontrer Philippe Descola et Alessandro Pignocchi. Nous avons parlé de leur livre d’entretien et de bandes dessinées qui vient de paraître Ethnographie des mondes à venir mais aussi de l’appel des Soulèvements de la terre à rejoindre Sainte-Soline (79) le 29 et 30 octobre afin de lutter contre les mega-bassines.

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Terreur et séduction, une histoire de la doctrine de la « guerre révolutionnaire » - Jérémy Rubenstien17 Oct 202201:39:53

Qui y a t-il de commun entre la communication du patronat français, une milice à la solde de narco-trafiquants mexicains, des parachutistes dans la guerre d’Algérie, la guerre en Irak et Afghanistan, des opérations secrètes de la Seconde Guerre Mondiale, la féroce répression des dictatures sud-américaines des années 1970 et, entre autre, le maintien de l’ordre colonial français pendant un siècle ?
 Une stratégie aux contributions plurielles, étalée sur près de deux siècles, et qui prendra la nom de “Doctrine de Guerre Révolutionnaire” (DGR) durant la décolonisation. C’est l’histoire de cette doctrine contre-insurrectionnelle que raconte Jérémy Rubenstein dans son excellent Terreur et séduction tout juste paru aux éditions La Découverte.

« Qu’on le sache ou non, la doctrine de la guerre révolutionnaire s’est insérée dans des domaines les plus variés : les polices, les armées privées, les agences de communication, le management d’entreprises et, dans le fond, dans la manière de penser de très nombreux dirigeants. »

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Planifications fugitives et alternatives au capitalisme logistique- Stefano Harney24 Jun 202500:36:52

[Les réponses sont en anglais mais une version sous-titrée est disponible sur youtube]

Depuis une dizaine d’années, Stefano Harney et Fred Moten incarnent aux États-Unis le renouveau de la pensée radicale noire et de la théorie révolutionnaire en général. Après Les sous-communs, planification fugitive et étude noire traduit et publié en français en 2022, vient de paraître All incomplete, Alternatives au capitalisme logistique (Les Liens qui libèrent). C’est un livre à la fois riche et puissant qui mêle poésie, philosophie et théorie politique. Mais c’est aussi un livre déconcertant ; si les fulgurances s’enchaînent, on s’y perd aussi (très) régulièrement. De la plantation esclavagiste au capitalisme globalisé, l’économie, soit la gestion du capital humain, repose sur l’idée que nous serions des individus complets et souverains. Harney et Moten postulent à rebours que nous survivons dans les sous-sols du monde de la logistique en tant qu’être incomplets, c’est-à-dire toujours-déjà liés et constitués par le monde, tel qu’on y survit, tel qu’on y résiste. Si vous avez le sentiment que la théorie décoloniale en France tourne autour des 3 mêmes idées depuis 15 ans et n’en finit plus de ressasser le même léninisme pataud, vous trouverez chez Moten et Harney de quoi vous aérer l’esprit. Au reste, si nous avions prévu de discuter avec Stefano Harney de leurs développement théoriques, on s’est dit qu’au vu de la multiplication des émeutes contre les raids anti-migrants aux Etats-Unis, il était plus judicieux de partir de là pour comprendre ce que leur pensée permet d’éclairer dans la situation présente.

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Enjamber la peur, sur le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi10 Oct 202201:11:00

Un peu plus de trois semaines après le début des soulèvements à la suite du meurtre de Masha Amini, Kurde d’Iran, la situation suscite espoirs et peurs. Alors que le guide Suprême est demeuré étonnamment silencieux, la jeunesse iranienne continue à protester avec une vitalité déconcertante : manifestations spontanées et éclaires, opérations coup de poings, danses, chants, exposant au monde un désir impatient de liberté qu’aucune peur ou répression ne sauraient pour le moment contenir.


Les informations sur la situation demeurent rares en raison des coupures d’Internet et de la surveillance. Les intellectuels spécialistes de l’Iran semblent observer une certaine réserve. De fait, personne n’ose vraiment nommer ce qui est en train d’arriver : s’agit-il d’une révolte supplémentaire qui creuse encore davantage la défiance à l’égard du régime ou assistons-nous, 40 ans après l’avènement de la République Islamique, à une révolution initiée par les femmes et la jeunesse ?
Chowra Makaremi nous aide à lire la situation en Iran en la mettant en perspective avec les révoltes de 2009, 2017-2018 et 2019. Elle propose une analyse d’une finesse rare sur la société iranienne, sur son passé récent et sur la nouveauté qu’inaugure la jeunesse iranienne dans les rues du pays entier depuis le 16 septembre. C’est bien un élan révolutionnaire qui secoue le pays
Chowra Makaremi est anthropologue au CNRS. Depuis 10 ans, elle consacre ses travaux sur les mécanismes de fonctionnement de la répression à partir de sa propre histoire familiale. Au lendemain de la révolution de 1979, la répression s’abat sur les opposants politiques autrefois amis et alliés de la révolution. La mécanique répressive est d’une ampleur extraordinaire. Les emprisonnements, massacres et politique de la peur figent dans le silence la société iranienne. Mais cette répression consiste également en une politique systématique de l’oubli des morts en effaçant les stèles, les objets de mémoire et les fosses communes. Chowra Makaremi enquête en « dressant la cartographie de ce qui reste, quand l’histoire a effacé les êtres et s’attache à gommer les contours de la disparition."
Elle est la réalisatrice du film documentaire Hitch. Une histoire iranienne (Alter Ego Productions). Ce film a reçu le prix du premier film au festival du film ethnographique Jean Rouch, mention spéciale Rendez-vous de l’histoire du documentaire historique de Blois. Elle est également l’auteure de l’ouvrage, Le cahier d’Aziz. Au cœur de la révolution iranienne, aux éditions Gallimard en 2011.

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La résistance à EDF au Mexique - Mario Quintero03 Oct 202200:49:07

Cette semaine dans lundisoir, on parle de colonialisme énergétique, de mégaprojets et de défense des territoires au Mexique avec Mario Quintero, représentant de l’Assemblée des Peuples Indigènes de L’Isthme en défense de la terre et du territoire.
 Une des régions les plus venteuses au monde, l’isthme de Tehuantepec est convoité par des multinationales – dont la française EDF – qui viennent y imposer des parcs éoliens industriels depuis plusieurs décennies. Problème : les terres en question sont bien souvent communales, d’usage collectif, dans une région où vivent de nombreux peuples autochtones notamment zapotèques.

En tournée en Europe et invité par le collectif Stop EDF Mexique, Mario vient aussi parler des formes de résistances face au méconnu et pourtant pharaonique projet de couloir transocéanique - un canal sec aux enjeux géopolitiques majeurs qui relierait océans pacifique et atlantique, et prévoit la modernisation d’une ligne de train et de deux gazoducs, le tout bardé d’une dizaine de parcs industriels. Il invite des délégations européennes à se joindre à la caravane et la rencontre internationale « le Sud Résiste » qui auront lieu du 25 avril au 7 mai 2023 pour faire le tour des mégaprojets destructeurs dans le Sud du Mexique, et articuler les luttes à l’échelle internationale, dans la continuité du voyage pour la vie zapatiste.

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Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique - Fanny lopez26 Sep 202200:50:54

Dans À Bout de Flux, qui vient de paraître aux Éditions Divergences, l’historienne de l’architecture Fanny Lopez poursuit un travail qui s’attache à décortiquer les dimensions politiques et spatiales des infrastructures énergétiques. L’auteur y déploie une double histoire du numérique et des réseaux de production, d’acheminement et de transmission électrique : un éventail de prises pratiques par lesquelles comprendre le fonctionnement de cette « mégamachine ».
A l’heure où les appareils gouvernementaux présentent la sobriété individuelle comme réponse à la crise de l’énergie, et où Ursula Von Der Leyen nous apprend comment nous laver les mains sans gaspiller de l’eau en sifflant l’hymne européen, Fanny Lopez revient avec clarté et finesse sur les aspects matériels de ces infrastructures, et met en relief différentes propositions pour les mettre en déroute : leur opposer d’autres formes de réseaux, d’autres rapports à la technique.

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Rêver quand vient la catastrophe - Nastassja Martin19 Sep 202201:18:30

Ce lundisoir, nous accueillons l’anthropologue Nastassja Martin qui vient de publier le fabuleux À l’est des rêves : Réponses even aux crises systémiques. Il s’agira de parler de ses recherches sur la tribu Even du Kamtchatka, sédentarisée pendant l’ère soviétique et dont certains membres ont décidé, depuis l’effondrement de l’URSS, de repartir en forêt et d’y recréer un mode de vie autonome fondé sur la chasse, la pêche et la cueillette. À mille lieux de tout exotisme, ce que les travaux de Nastassja Martin viennent éclairer, c’est la persistance, dans les interstices du capitalisme, de rapports singuliers au monde, de formes-de-vie. Et ce que tout cela nous indique, c’est qu’il existe, entre le folklore de la tradition et l’étouffement de tout par l’économie, la possibilité de composer et recomposer des mondes inédits.

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Comment les fantasmes de complot défendent le système - Wu Ming 112 Sep 202202:08:34

À l’occasion de la publication en français de Q comme qomplot, son auteur Wu Ming 1 est passé nous rendre visite.

L’origine de ce fascinant pavé théorico-politico-journalistico-littéraire de 550 pages est en elle-même une intrigue déconcertante. Au fil des premiers messages diffusés sur les réseaux sociaux par le fameux Q qui déclenchera la vague de délire Qanon et accidentellement l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, Wu Ming reconnaissent de très nombreuses références à leur roman lui aussi nommé Q et paru en 1999. Connus et reconnus de l’autre côté des Alpes pour avoir organisé des canulars subversifs gigantesques et piégé des pelletés de journalistes, la question s’est immédiatement retrouvée sur toutes les lèvres : le phénomène Qanon est-il une œuvre et une blague de Wu Ming qui auraient dégénérées ? (spoiler: la réponse est non)

C’est-à-partir de ces coïncidences mystérieuses que Wu Ming 1 s’est attelé pendant 3 ans à comprendre, décrypter et historiciser ce phénomène dont tout le monde parle mais ne dit jamais grand-chose : le complotisme. A mille lieux de la condescendance et de l’anti-complotisme du parti de l’ordre, à rebours de la complaisance opportuniste des esprits malins qui espèrent y trouver une nouvelle rente, Wu Ming a travaillé l’histoire, les concepts et le phénomène afin de le comprendre et l’appréhender politiquement, c’est-à-dire éthiquement.
 Q comme Qomplot propose une boîte à outils pour lutter contre les narrations toxiques qui prolifèrent et abîment les esprits, jusqu’à leur faire oublier le monde. De ceux qui étaient convaincus que Paul McCartney était mort ou que Kennedy ne l’était pas à ceux qui réduisent le Covid 19 à une grippette ou croient que la pandémie a été planifiée (ou les deux). Avec une érudition impressionnante, l’auteur analyse un phénomène politique qui capte l’immense malaise dans la civilisation, court-circuite la colère et propage le ressentiment, la paranoïa et l’impuissance. C’est de tout cela dont nous avons parlé avec l’auteur. L’entretien a été mené par Yves Pagès, qui a beaucoup travaillé sur ces questions. Merci au traducteur et la traductrice à l’interprétariat.

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Le pouvoir du son - Juliette Volcler05 Sep 202201:18:04

On a parfois le sentiment que la pensée critique tourne en rond. Que chaque petit détail de notre quotidien comme toute méga-structure institutionnelle ont déjà été décortiqués, analysés et contextualisés dans les régimes de pouvoir qui nous enserrent, nous calibrent, nous tiennent. Juliette Volcler vient justement prouver le contraire. Depuis plusieurs années, la chercheuse s’intéresse à une dimension du réel à la fois proche et omniprésente mais impensée : le son. Le son comme arme et ses usages policiers et militaires, le son comme dispositif de contrôle et de manipulation et plus récemment dans son dernier ouvrage paru à La Découverte , le son comme orchestration du quotidien. De la musique d’ascenseur, aux annonces de la SNCF, des publicités au maintien de l’ordre, Juliette Volcler raconte et explique comment nos oreilles sont elles aussi un champs de bataille.

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Anthropologie du désert (australien) - Barbara Glowczewski04 Jul 202201:06:58

Dans un entretien avec Jean Vioulac, nous remarquions que l’anthropologie est devenue peu à peu le refuge de la philosophie anarchiste. Depuis Clastres, Scott, Graeber - renouant avec un courant de dissidence qui commence peut-être avec Rousseau ou Montaigne, mais dont la filiation est plus récemment inscrite en Mauss, Radcliff-Brown, Salhins et même le Levi-Strauss de Tristes tropiques - les anthropologues ne furent que rarement de simples théoriciens en fauteuils, et depuis leurs carnets de notes, avec les concepts autochtones qu’ils rencontraient, en essayant de suivre et d’écouter ce que les Bororos, les Nambikuaras, les Guyakis, les Achuars, les archives des sociétés des collines de l’Asie du sud-est, avaient peut-être à dire du “simple fait de vivre”. C’est aussi par l’anthropologie, entre autre, que les prétentions de l’occident furent une à une disloquées, parce que venaient du dehors des témoins de vérités bien autres, qui, renforcées théoriquement par le contraste avec l’Empire étouffant des maîtres et possesseurs et ses citoyens affadis, n’ont cessé de ventiler d’ondées sensibles le désert halluciné. Hier on accusait les cultures sur abattis-brulis de détruire les forêts, aujourd’hui les maîtres et destructeurs de l’agriculture de chez nous reconnaissent que ces pratiques conjurent les ravages des méga-feux.

Barbara Glowczewski ne se dit pas anarchiste, mais sa manière d’appréhender la question de la vie collective, avec ses amis et amies du désert central australien, sa famille et ses proches de Lajamanu, les gens qu’elle est partie connaître et regarder tracer leurs trajectoires-chantées dans les sables d’un désert plus vivant que le notre, et qui ont lié leur destin au sien sans que les parts respectives de ce qui revient au même et à l’autre soient discernables, sans que nous puissions vraiment décréter que ce sont les aborigènes Warlpiri qui pensent comme Deleuze et Guattari ou Deleuze et Guattari qui, grâce à Barbara Glowczewski, qui a été leur amie, pensent avec et comme elles et eux. 
 L’anarchisme n’a pas besoin de se dire anarchiste ou libertaire. Il ne ferait que refaire du slogan, de l’identité, du marketing. Ce sont des formes de vie fort variées qui l’expriment, et leurs pratiques sont des théories. Lorsque les Warlpiris conçoivent leurs territoires d’existence comme de vastes trajets constellés de noeuds ou d’étapes où, dans les temps reculés, et depuis l’espace virtuel du dessous, des êtres du Rêve (leur totem de patriclan) se sont fossilisés dans des roches et des points d’eau, des arbres ou des crevasses, dont ils et elles sont les gardiens et les gestionnaires, ils et elles proposent des formes d’habitation du monde, qui peuvent servir de point d’Archimède, à des luttes pour leurs terres colonisées, de puissances tactiques qui prennent corps à partir d’un ailleurs et non pas au coup par coup d’une situation sans issue. Bien entendu, la perfection n’est pas de ce monde. L’hostilité et la hiérarchie peuvent de temps à autre ressurgir. Mais on peut alors se séparer. 
Devant l’omnicide, écocide, ethnocide, genocide, il y a bien entendu de la vie. Et elle se lève. Non parce qu’elle aurait une force mystique en elle. Mais parce que les gens n’aiment pas être dominés, c’est comme ça, et qu’ils cherchent à ce qu’on leur foute la paix. C’est peut-être le premier axiome de l’anthropologie anarchiste.

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Retours d'Ukraine - Romain Huët, Perrin Poupin...27 Jun 202201:34:06

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Démissionner, bifurquer, déserter - rencontre avec des ingénieurs20 Jun 202201:31:07
« Fuir, ce n’est pas du tout renoncer aux actions, rien de plus actif qu’une fuite. (...) Fuir c’est produire du réel, créer de la vie,
 trouver une arme. »
 Deleuze

Démissionner, bifurquer, déserter... pour ne plus alimenter la machine, pour ne pas contribuer à la destruction du monde en cours. C’est le choix que certains ingénieurs ont fait : trahir ce à quoi leurs études les prédestinaient.

L’énorme écho rencontré par l’appel à déserter et à bifurquer de jeunes diplomés d’AgroParisTech indique à quel point ce qui se joue dans cette épidémie de « pas de côté » ne peut être réduit à une somme de prises de conscience individuelles en vue de réorientations professionnelles plus « responsables ». Si la figure de l’ingénieur est couramment associée aux classes supérieures, sa fonction dans le capitalisme contemporain est pourtant très différente de celle de la bourgeoisie classique. L’ingénieur ne détient pas de capital ou des moyens de production, il est capital et moyen de production. Décider de déserter après de longues études d’ingénieur, c’est manifester la violence de sa déception vis-à-vis de ce à quoi l’on sait que l’on va être employé. C’est s’apercevoir de ce à quoi l’on va servir au fil de son propre apprentissage. Mais qu apprend-on précisément dans ces écoles ? Quelles connaissances et compétences sont à se réapproprier ou à oublier ? S’agit-il de bifurquer ou de déserter ? A partir de quels seuils une somme de retraits du monde se transforme en constructions de mondes ? Comment faire sécession comme on mène un assaut ? Toutes ces questions tiraillent l’époque, elles en sont même probablement le cœur. Comme elles n’appellent pas de réponses toutes faites et prêtes, il s’agit de les ouvrir, de les déplier et de voir ce qu’elles appellent de nous et là où elles nous mènent. Pour ce lundisoir nous avons convié Romain Boucher, ingénieur diplômé de l’École des Mines, membre de l’association Vous n’êtes pas seuls, Eva et Sam des Désert’heureuses ainsi que Tité des Pluri-versité.


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Anarchisme et philosophie - Catherine Malabou13 Jun 202201:04:53

Ce lundi on a voulu savoir si l’anarchisme était pensable. Nous on ne s’était pas posé la question. On ne savait pas que, peut-être, il ne l’était pas. Grâce à Catherine Malabou et son livre Au voleur ! Anarchisme et Philosophie on a eu une réponse.  

En fait, on a appris que l’anarchisme n’était pas tout à fait pensable dans les conditions posées par les six principaux philosophes « mâles et blancs » en charge de le faire : Schürmann, Lévinas, Derrida, Foucault, Agamben, Rancière. Pourquoi ? Parce que nos six philosophes, en réfléchissant sur l’anarchie, ont dérobé quelque chose à l’anarchisme. En voulant conceptualiser l’Anarchie et penser théoriquement la possibilité de l’anarchisme, ils n’ont réussi qu’à jeter le bébé et garder l’eau du bain, c’est-à-dire à dénier l’éventualité réelle des formes de vie que ce mot recouvre tout en gardant faisant triompher le concept. 

Malabou nous a appris combien la pensée philosophique était imprégnée d’un préjugé : le « préjugé gouvernementaliste » - la croyance qu’au fond sans gouvernement, c’est le chaos. Elle nous a expliqué alors comment ce préjugé se rattache au « paradigme archique » ; paradigme selon lequel on ne peut penser rationnellement ni vivre en commun sans Archè – c’est-à-dire sans principe qui à la fois commence et commande, et façonne l’ordre à partir du chaos. Une fois élucidé ce paradigme et ce préjugé, on a ensuite découvert que le concept d’ingouvernable n’était jamais que l’envers du gouvernement et même son objet propre. Gouverner étant, justement, gérer de l’ingouvernable. Malabou nous a fait comprendre que l’anarchisme, aujourd’hui, n’est pas une position depuis laquelle critiquer ou attaquer la domination, mais le champ de bataille lui-même. En effet, ce qui marquerait l’époque, ce ne serait pas la crise de la verticalité de l’État, mais la « crise de l’horizontalité ». Non pas une crise de l’horizontalité confrontée à la verticalité autoritaire de l’État, mais bien une crise interne à l’horizontalité elle-même : le capitalisme serait lui-même en train de s’aplatir – de se prétendre et revendiquer « anarchiste ». À partir de là, Malabou nous a offert des distinctions pour nous repérer dans cette crise. D’abord en distinguant anarchisme de fait (qui rassemble tout ce qui prétend à un fonctionnement horizontal – les ZAD comme les Libertariens) et anarchisme d’éveil (un anarchisme vraiment émancipateur). Ensuite, en fondant l’anarchisme d’éveil sur un concept plus adéquat que celui d’ingouvernable : le concept du « non-gouvernable », qu’elle définit comme ce qui ne peut qu’être écrasé ou dressé mais jamais gouverné. Sa proposition consistant à éveiller l’anarchisme, à la dimension du « non-gouvernable ». Ce que Barbara Glowczewski  appelle aussi de ses vœux, à sa manière, lorsqu’elle invite à « éveiller les esprits de la terre ». 

Pour finir on peut résumer brièvement ce que Malabou définit comme les trois figures qui servent de conditions sine qua non à une théorie de l’anarchisme sans déni et attentive au « non-gouvernable » ; les figures du Témoin, du Colonisé, de l’Esclave : 

 

  1. L’anarchisme est toujours de témoignage : c’est-à-dire, il n’est pas justifié ou fondé a priori par une pensée qui en décrète les conditions de possibilité mais, pour reprendre Wittgenstein, « il est là – comme la vie ». « Tous les anarchistes sont des témoins » écrit Malabou. De même que l’on prouve le mouvement en marchant, on atteste de l’anarchisme en anarchisant : par l’exemple et le témoignage. En criant : « On est là ! » - comme disent les Gilets Jaunes. 
  2. S’il faut partir plutôt des témoignages de l’anarchisme que des principes abstraits, si l’anarchisme se pense ex dati (à partir des faits) et non pas ex principii (à partir des

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De quoi Javier Milei est-il le nom ? avec Maud Chirio, David Copello, Christophe Giudicelli et Jérémy Rubenstein17 Jun 202501:16:22

Revient-on de Milei ? Et si oui, dans quel état ?
 Des politiciens du monde entier, y compris la directrice du FMI, brandissent désormais la tronçonneuse, symbole des coupes budgétaires furieuses associée à la campagne électorale de Javier Milei. 18 mois après l’investiture de ce dernier à la présidence de l’Argentine, lundisoir consacre une émission à la situation du pays latino-américain. Dans un dialogue notamment avec l’expérience du gouvernement de Jair Bolsonaro au Brésil (2019-2023), les invités tâchent de cerner ce qu’instaure d’irréversible les gouvernements de tels énergumènes.

•⁠ ⁠Maud Chirio, maître de conférence à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Spécialiste des militaires brésiliens, elle a notamment publié La politique en uniforme : L’expérience brésilienne, 1960-1980 (PUF).
•⁠ ⁠David Copello, politiste, maître de conférence à l’Institut Catholique de Paris, il vient de publier Les droits humains armés. Guérillas, dictatures et démocratie en Argentine (PUF Rennes).
•⁠ ⁠Christophe Giudicelli, professeur à la Sorbonne, il est notamment l’auteur de cet excellent article publié au moment de l’élection de Milei.
•⁠ ⁠Jérémy Rubenstein, qui a tenu une chronique hebdomadaire dans lundimatin pendant les premiers mois de gouvernement de Javier Milei.

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Assigné à résistance - Kamel Daoudi16 May 202201:12:19

Kamel Daoudi est le plus ancien assigné à résidence de France. Depuis 14 ans, il ne peut quitter la commune où on l’assigne, doit pointer deux, trois ou quatre fois par jour au commissariat et respecter, chaque soir, un couvre-feu. Interpelé au lendemain du 11 septembre 2001, il est soupçonné d’appartenir à une association de malfaiteur qui aurait projeté de s’en prendre à des intérêts américains. Beaucoup a déjà été dit et écrit sur le fonctionnement et la probité de l’antiterrorisme de ces années-là. Condamné à 6 années de détention, la justice le déchoit aussi de sa nationalité et ordonne son expulsion vers l’Algérie. Cependant, la Commission Européenne des Droits de l’Homme, bloque l’application de cette mesure, M. Daoudi se retrouve donc, avec toute sa famille, dans les limbes de la citoyenneté. Indésirable aux vues des autorités mais inexpulsable légalement, il va devenir l’objet d’une expérimentation inédite de la part du ministère de l’Intérieur : irréprochable devant la loi, sa peine effectuée, il s’agit de le laisser libre tout en réduisant au maximum cette liberté, de le laisser vivre tout en lui rendant la vie impossible. 14 années d’assignation, donc, soit plus de 5135 jours, 26 160 pointages et plus de 58 359 kilomètres parcourus pour s’y rendre, c’est-à-dire une fois et demi la circonférence de la Terre, sans jamais franchir les limites de sa ville d’assignation.

Cette épopée, il la raconte dans un livre paru ce 13 mai aux éditions du bout de la ville et intitulé « Je suis libre... dans le périmètre qu’on m’assigne ». Nous sommes allés le rencontrer à Aurillac pour en parler.

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Ouvrir grandes les vannes de la psychiatrie ! - Martine Deyres02 May 202201:22:36

La savante composition du film s’accorde parfaitement avec son sujet. A partir des bobines de films retrouvées dans la bibliothèque de Saint Alban, Martine Deyres nous fait voir, nous fait sentir ce que fut la vie dans le désormais légendaire hôpital. Comment des psychiatres liés à la révolutions catalane et à la Résistance trouvèrent des manières de rompre avec les logiques asilaires qui conduisirent à la mort des dizaines de milliers d’internés psychiatriques, pendant l’Occupation.

On y retrouve des patients, des paysans, des nonnes, des villageois devenus des infirmières et infirmiers. On y retrouve bien sûr les voix du Catalan Francesc Tosquelles, du couple Balvet, de Lucien Bonnafé, de Jean Oury... On entend parler de Georges Canguilhem, de Paul Eluard, de Georges Dubuffet... Mais on y retrouve aussi des paysages, des processions, des fêtes votives comme des carnavals, des travaux des champs, des élevages, une imprimerie, des ateliers, un journal interne à l’hôpital fait avec les patients...

Ce film ne verse pas dans l’hagiographie, ne veut pas conforter le caractère légendaire de la psychothérapie institutionnelle dont le travail de Tosquelles à Saint Alban en fut le berceau. Il nous invite à penser ce que pourrait être aujourd’hui une psychiatrie qui s’ouvre à son dehors malgré l’implosion du secteur psychiatrique.

Il y a aujourd’hui le désinvestissement de l’État dans l’hôpital, la gestion managériale de celui-ci conduisant à un cruel manque de moyens. Mais ce que nous apprend Tosquelles, lorsqu’on songe à l’état du monde asilaire sous l’occupation qui fit des hôpitaux des mouroirs, c’est que la psychiatrie peut se réinventer en se sortant elle-même de son propre enfermement...

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La barbarie n'est jamais finie - Louisa Yousfi25 Apr 202201:27:13

« Je baiserai la France jusqu’à ce qu’elle-même. » On trouve cette citation du duo de rap Tandem au cœur du chapitre que Louisa Youfi consacre à Booba dans Rester barbare, son premier livre. Un livre qui commence par un portrait de Kateb Yacine, dans lequel on pourrait vouloir lire une sorte d’autoportrait. Et puis, en fait, peu importe les autoportraits. Ceci dit, en revanche, le passage qui, parlant du rap, saisit au plus près en même la nature de ce livre – peut-être sans faire exprès mais, là encore, peu importe – est celui qui déclare l’impossibilité de rendre compte de la puissance du rap, puissance de création et de démolition, qui n’existe qu’en acte, en flow, et qui laisse son auditeur pantois, finalement comme ce livre. En voulant résumé ou chroniquer celui-ci, on se retrouve face à cette impossibilité. À ne pas pouvoir l’évoquer sans le réduire. Nous ne ne saurions trop inviter nos spectateurs à lire ces quelque cent pages. Plutôt que de le résumer, on a essayé de composer une sorte de playlist de textes et de sons à partir de laquelle on aurait pu comprendre ce que signifie cette position esthético-éthique : celle du barbare. On y est d’autant mieux parvenu qu’on n’a pas réussi. Bienvenue en Barbarie.

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