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Explore every episode of the podcast lundisoir

Dive into the complete episode list for lundisoir. Each episode is cataloged with detailed descriptions, making it easy to find and explore specific topics. Keep track of all episodes from your favorite podcast and never miss a moment of insightful content.

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États d'urgence: une histoire spatiale du continuum colonial français - Léopold Lambert15 Jul 202401:13:06

Qu’est ce qui relie des révoltes de Kabylie à la moitié du 19ème siècle à la Semaine Sanglante de Paris puis au bagne d’une terre perdue dans le Pacifique? 
Ou plus récemment, comment des corps et des idées souvent antagonistes parviennent ils à déployer des dispositifs, des doctrines et des résistances de la Casbah d’Alger aux banlieues du coeur de la métropole en passant par les forêts kanakes? 
C’est ce à quoi nous tentons de répondre avec Léopold Lambert, architecte de formation et rédacteur en chef de The Funambulist, qui s’attache à étudier la question des mobilités géographiques et de l’aménagement du territoire, jusque dans ses constructions les plus récentes.

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Que peut le cinéma au XXIe siècle ? - Nicolas Klotz, Marie José Mondzain & Saad Chakali -lundi bonsoir cinéma #008 Jul 202401:38:56

Ce lundisoir est un peu spécial. Lundimatin accueille des cinéastes pour parler de cinéma. Cela faisait un moment que Nicolas Klotz & Élisabeth Perceval (Réalisateur•ices), Marie José Mondzain (Philosophe), Saad Chakali & Alexia Roux (Des Nouvelles du Front cinématographique) nous proposaient d’intervenir, régulièrement, dans une émission à plusieurs épisodes, invitant leurs potes cinéastes, critiques, amateur•ices de bons films, pour essayer de déployer ce qu’il reste de cet art, ce qu’il a ou non d’éthique et de politique, dans son espace particulier que l’on croit désormais liminal. Cette série, ils et elles l’ont baptisé, avec un clin d’œil, « Lundi bonsoir cinéma ». Cet épisode 0, expérimental, improvisé, free style, part de la question de base – Que peut le cinéma en 2024 ? Quelle est la puissance du cinéma pour défaire les brutes ? On y découvre que derrière l’industrie du Superhéros se cache le Klu Klux Klan ; que le cinéma anti-nazi a quelque chose de nazi dans sa forme ; que la durée est ce qui permet de sculpter l’éthique de l’image ; que Guy Debord prophétisait l’avènement de Bolloré ou que le cinéma d’hier avait un peu de vergogne.

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La révolte est-elle un archaïsme ? Frédéric Rambeau02 Jun 202401:08:27

On dit assez facilement que nos révoltes sont archaïques, dépassées, inadaptées au degré actuel de développement du front de modernisation, que se soulever - sur le mode de l'émeute, de l'insurrection - est chose du passé, d'un autre temps, révolu. Ne sommes nous pas primitifs, rustres, barbares lorsqu'on occupe ronds-points, universités, coins de rue ou place de village ? La politique, après tout, c'est tout ce que vous voulez mais pas "l'ensauvagement", la "décivilisation", l'arriération et le retard dans le développement mature de notre perpétuelle enfance. Des Gilets Jaunes aux Croquants et aux Pieds Nus, des émeutes de quartier aux révoltes contre la Gabelle et aux soulèvements frumentaires, des formes de subjectivité politique qui s'affirment dans la révolution iranienne en passant par la commune indienne et russe (le Mir), Frédéric Rambeau opère une critique de la disqualification de "l'archaïsme" en attaquant deux fronts : 1) le vieux marxisme orthodoxe aveugle aux nuances politiques et asynchrones de Marx lui-même ; 2) l'assimilation de l'archaïque à la réaction. Comment se réapproprier l'archaïque, sans suspendre son ambigüité, quelles sont les bonnes raisons de "retourner le stigmate", de voir dans l'archaïsme, non plus une réaction au présent contre la ligne du temps, mais le principe (arkhè) d'un temps autre, d'un "contre-temps", celui de la Commune. C'est en portant son attention non pas à la place d'une émeute par rapport à son avant et son après, soit son sens dans l'ordre linéaire du temps, mais relativement à elle-même, dans son immanence même, que Rambeau nous permet de saisir en quoi l'émeute est porteuse, plus que d'une réaction et d'une résistance, des fermentations de l'idée révolutionnaire. Si Tiqqun pose l'image d'un communisme sans cesse différé par les dispositifs qui en refoulent la présence ; Rambeau active un originaire paradoxal, un principe d'ancienne nouveauté, une substance émeutière toujours contemporaine aux appareils de répression d'État - au point d'en être, selon Foucault, la véritable origine : l'origine de l'État même, c'est la résistance.

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Que faire de la police? - Iréné, Serge Quadruppani, Pierre Douillard-Lefèvre, collectif Matsuda17 Oct 202101:58:33

Nous avons assisté, ces dernières années, à la diffusion toujours plus large de sentiments négatifs à l’égard des forces de l’ordre. Pas une manifestation sans que l’on entende entonné le désormais fameux « Tout le monde déteste la police », pas une ville qui ne soit décorée de plus ou moins discrètes inscriptions ACAB, « tous les flics sont des bâtards ». Mais alors que faire d’une intuition ou d’une revendication si massivement partagée et pourtant tue dans l’espace médiatico-politique ? Hasard du calendrier, la rentrée littéraire 2021 nous a gratifié de trois excellent ouvrages qui tentent de circonscrire ces questions : faut-il réformer la police, l’abolir ou la défaire ? Nous en avons discuté publiquement le jeudi 14 octobre en présence de Serge Quadruppani, Iréné, Pierre Douillard-Lefèvre et de membres du Collectif Matsuda. La vidéo sera disponible ce lundisoir à partir de 20h.

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La révolution cousue main - Sabrina Calvo08 Oct 202101:35:15

Comme il est bon, par les temps qui coulent, de remporter une victoire. Cette victoire, c’est Sabrina Calvo qui nous l’offre avec son Melmoth furieux paru aux éditions La Volte, un assaut poétique mené amour battant dans un Paris parallèle, dans un Belleville libéré en néo-Commune au sein de laquelle fleuriront assez d’exaltations, d’inventions et de rêves pour mettre à mal un empire à deux (sales) têtes : la métrique d’un côté, algorithme phagocyte qui enserre et assèche tout et chacun, Eurodisney de l’autre, parc aux plaisirs fades et sans ferveur qui digère les imaginaires de ses visiteurs. C’est à l’inauguration de ce dernier, parce que le frère de la narratrice s’y immole, que prend racine une colère qui gonflera tout le long des 287 pages de ce poème épique. 

Aussi c’est pétris d’enthousiasme que nous avons rencontré Sabrina Calvo qui nous a fait le plaisir de nous expliquer comment et pourquoi articuler couture, écriture, game design, psychogéographie et lutte. Entretien sensible. 

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Se défendre, une philosophie de la violence - Elsa Dorlin08 Oct 202100:55:36

1. Suffragistes et Ju-Jitsu (0'00)
2. Généalogie du krav maga (5'56)
3. Vigilantisme, super-héros et colonialité du pouvoir (20'09)
4. Black Panthers : le bon sens et l’autodéfense (30'54)
5. Retourner la violence, restaurer le monde (43'17)

Ces 5 épisodes ont été publiés en format vidéo sur lundimatin en novembre 2017.

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La société de vigilance, auto-surveillance, délation et haines sécuritaires - Vanessa Codaccioni05 Oct 202100:46:47

Durant le confinement du printemps 2020, la Préfecture de Police avait alerté sur une saturation du « système d’urgence », du fait d’une augmentation des délations (pour signaler ici des manquements aux règles du confinement). Et avait demandé à ne plus alimenter le 17 avec ce type de dénonciations. Dans d’autres pays, le problème a été réglé par la mise en place de plateformes numériques (par exemple en Nouvelle-Zélande, mais aussi en Belgique ou au Canada), qui n’est pas sans rappeler l’expérimentation de la ville de Nice quelques années auparavant. Il y a quelques semaines le ministre de l’Intérieur, M. Darmanin, annonçait le lancement d’une plateforme « permettant à chacun de signaler à la police et à la gendarmerie les points de deal se trouvant près de chez lui ». Au delà du surinvestissement politique des questions sécuritaires en prévision de l’élection présidentielle à venir, que disent de notre époque ces réflexes de délation et ces injonctions au « signalement » ? S’agit-il réellement d’un retour ? Quel rôle joue ici la numérisation des rapports (la dénonciation derrière son clavier étant déjà un moteur des réseaux sociaux) ?

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Pandémie, société de contrôle et complotisme, une discussion05 Oct 202102:30:24
Gestes barrières, masques, confinement, couvre-feu, aération, fermetures administratives, campagne de vaccination, passe sanitaire, le moins que l’on puisse dire c’est que nous avons assisté, ces derniers mois, à quelques petits changements dans notre quotidien ainsi que dans la manière dont nous acceptons ou non, d’être gouvernés. Pour essayer d’y voir plus clair, nous avons invité quelques amis.

Feat. Olivier Cheval, Valérie Gérard, Arthur Messaud de La Quadrature du Net, Olivier Cheval et Gil Bartholeyns.

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Basculements, mondes émergents, possibles désirables - Jérôme Baschet05 Oct 202101:47:47

Jérôme Baschet est historien médiéviste à San Cristóbal de Las Casas au Chiapas. Mais dernièrement, il a surtout écrit sur le présent, la covid, les Gilets Jaunes, les mondes qui émergent et les possibles qu’il s’agit d’enfoncer. Comme il était de passage en France et que nous avions quelques questions à lui poser sur son dernier livre Basculements : Mondes émergents, possibles désirables, nous avons invité quelques amis pour discuter de ses analyses et perspectives stratégiques.

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Au cœur de l’industrie pharmaceutique, enquête et recherches - Quentin Ravelli05 Oct 202101:23:33

Quentin Ravelli est sociologue, chargé de recherche au CNRS. En 2015, il a publié La Stratégie de la bactérie : Une enquête au cœur de l’industrie pharmaceutique au Seuil. Il y décrit et analyse tout la chaîne de production du médicament - de la constitution des molécules à la fabrication des emballages en passant par le lobbying et le service commercial. À partir de sa connaissance du fonctionnement routinier de l’industrie pharmaceutique, nous avons souhaité discuter avec lui de la situation actuelle, de la production des vaccins, de la médecine en temps de crise épidémique, de l’emprise de l’industrie sur le corps médical et de queues de cerises.

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LaDettePubliqueC’estMal et autres contes pour enfants - Sandra Lucbert05 Oct 202101:10:03

Sandra Lucbert est écrivaine. Elle a écrit deux romans Mobiles (Flammarion, 2013) et La Toile (Gallimard 2016) avant d’aborder un sujet plus directement politique Personne ne sort les fusils (Le Seuil) en 2020 qui a reçu le prix de l’essai Inrockuptibles. Incontestablement, la littérature est un moyen pour alimenter la critique sociale et politique. Ce dernier livre, Le ministère des contes publics, prolonge un long travail sur la déconstruction du langage managérial et libéral au service de ce qu’elle appelle « l’hégémonie ». Il est rare que des écrivains s’intéressent au sujet technique de la dette. Dans cet entretien, elle revient sur son travail littéraire et sa déconstruction du langage néolibéral : comment opère-t-il et comment lui résister ?

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Le bizarre et l’omineux Un lundisoir autour de Mark Fisher19 May 202401:18:42

Ce lundisoir, on parle du dernier livre de Mark Fisher, Par delà-étrange et familier, dont la traduction vient de paraître aux éditions Sans Soleil. Sans Mark Fisher mais avec lui en esprit, accompagné de Lovecraft, David Lynch, Philipp K. Dick, Vincent Chanson, Guillaume Heuguet, Clémence Agnez et Julian Guazzini, on se demande comment l’imagination peut transformer le réel en y échappant, comment la critique culturelle peut être politique aujourd’hui, et ce qui fait que la science-fiction, le fantastique suscitent un engouement intellectuel ces dernières décennies. C’est aussi l’occasion d’échanger sur les potentialités émancipatrices de la fiction, les pièges et ressources de la nostalgie, le refus de toute clôture dans l’interprétation.

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Démanteler la catastrophe: tactiques et stratégies - les Soulèvements de la terre14 May 202401:44:12

Comment agir à la hauteur du désastre écologique ? Où trouver les forces pour tirer le frein d’arrêt d’une civilisation qui œuvre à sa propre destruction ? Comment se donner les moyens d’une bifurcation hors du monde de l’économie ? Certains s’accrochent à capitaliser les petits gestes ou essaient de croire à une transition écologique gouvernementale, d’autres s’enterrent dans le cynisme ou s’abandonnent à la désolation. Depuis trois ans, les Soulèvements de la terre proposent une autre hypothèse : s’organiser pour déployer un mouvement d’action directe de masse, trouver les complicités et forger les alliances qui permettent de penser et d’agir.

Premières secousses (La Fabrique) est un livre important et qui fera date dans la pensée politique, écologiste, stratégique et révolutionnaire. Il s’agit moins d’un bilan des campagnes écoulées ou d’un programme que d’un rapport d’étape et une tentative de clarification tactique et stratégique. Paradoxalement, sa richesse et son audace, tiennent moins des propositions qu’il contient : désarmer, démanteler, reprendre les terres ; que de l’humilité avec laquelle les tensions, les contradictions et les obstacles rencontrés et à venir sont patiemment dépliés et offerts à la discussion. Trois participants aux Soulèvements sont venus en discuter pour ce lundisoir. La discussion a été longue pour ce format particulier qui ne se partage que derrière un écran mais elle a certainement était trop courte pour que nous puissions aborder et approfondir les points les plus importants et à débattre du livre. Un premier entretien pour de premières secousses.

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Crimes, extraterrestres et écritures fauves en liberté - Phœbe Hadjimarkos Clarke06 May 202401:25:02

On parle de littérature ce lundisoir avec Phœbe Hadjimarkos Clarke à propos de son dernier roman, Aliène (éditions du sous-sol, 2024). Éborgnée par un tir de LBD, Fauvel part s’occuper d’un chien cloné dans une campagne française isolée où se passent toutes sortes d’éléments bizarres, à la limite du cauchemar. Acclamé par la critique, qualifié d’ « ovni littéraire », Aliène, à tous égards, est un roman bizarre — au sens de Mark Fisher où « le bizarre est ce qui n’est pas à sa place. […] La forme peut-être la plus appropriée au bizarre est le montage — la conjonction de deux choses ou plus qui n’ont rien à faire ensemble. »

C’est un roman précisément où les voix et les univers se mélangent ; où la peur et le cauchemar naissent d’une impression d’inquiétante étrangeté renforcée par ce fait que tous les éléments étranges et fantastiques arrivent à des personnages tout à la fois impuissants et banals : le fantastique fait partie du décor, mais il n’est la source d’aucun pouvoir, d’aucune puissance. Il est un élément d’un montage qui fonctionne comme un dispositif révélant sous une lumière de film d’horreur ce que notre époque fait à l’intime, au désir, au corps. C’est les effets de ce décalage que nous avons tenté d’explorer avec Phœbe pour interroger les potentialités d’émancipation dont la fiction peut être porteuse — et a fortiori lorsqu’elle met en scène des personnages paradoxalement immobiles qui semblent ne rien faire d’autre que subir la réalité. Suite à l’entretien, revenant sur ces questions qui se refusent évidemment à toute réponse certaine et définitive, Phœbe nous a écrit : « La littérature ne se doit pas d’être exemplaire, justement parce qu’elle n’est pas de la théorie politique. Donc le fait que les personnages soient faillibles et nuls c’est aussi une manière de réfléchir à l’époque qui n’est pas forcément inspirante, certes, mais importante parce que la déception politiques et les traumatismes liés à la répression nous façonnent et façonnent nos vies. »

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Pétaouchnock(s) : Un atlas infini des fins du monde - Riccardo Ciavolella29 Apr 202401:01:47

À rebours des aventuriers pompeux arpentant de supposés déserts naturels, mais aussi du monde ultra quadrillé de la Big Carto, que nous racontent nos imaginaires du bout du monde et du nulle part ?
 Les Pétaouchnoks sur lesquels enquête Ricardo Ciavolella sont des vrais lieux, mais flous. Des lieux au nom expressif sur lesquels s’est collé tout un imaginaire de l’ailleurs indéterminé, des noms qui désignent un bout du monde qui riment souvent avec fin du monde.
 Si ces fins du monde et milieu du nulle part sont souvent méprisés, s’ils portent la marque du regard colonial ou des différentes dominations spatiales qui les ont érigés en repoussoir, approcher leur réalité permet de décentrer notre regard et d’éclairer par l’envers, le petit enfer métropolitain. Et puisqu’il reste tant de cartes à tracer : Pétaouchnoks de tous les pays, unissez-vous !

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Les noirs sont le crash-test de la civilisation - Norman Ajari15 Apr 202402:01:07

Norman Ajari est venu nous présenter son Manifeste afro-décolonial, paru il y a quelques jours. Œuvre dont le sous-titre, Le rêve oublié de la politique radicale noir, annonce quelque chose comme un projet politique de refondation. Il y a un déjà-là de l’autonomie noire, qu’il s’agirait de ranimer. Quelle forme a-t-elle pris, quel visage nouveau pourrait-elle se donner ?

En 2019, le philosophe annonçait dans l’introduction de La dignité ou la mort. Ethique et politique de la race : « Ce livre fait l’hypothèse qu’il existe – transcendant le partage entre les Afriques et leurs diasporas – une condition noire et une histoire noire essentiellement modernes, définies par une surexposition structurelle à la violence sociale et politique, et par une constante invention contrainte de stratégies de survie. » Dans le Manifeste, il s’agit de « poser les bases d’une nouvelle idéologie panafricaine, sociale et révolutionnaire », destinée à fédérer ces « stratégies de survie » – pour les changer en une politique de l’autonomie noire qui serait à même d’en finir avec l’esclavage, la colonisation, la ségrégation raciale, ces passés qui ne passent pas.

D’abord, il faut poser un diagnostic à propos de cette violence négrophobe, analysée à partir de trois concepts : aliénation, expropriation, génocide. Puis il faut critiquer les options politiques antiracistes les plus en vue actuellement, qui nourrissent une forme de « libéralisme identitaire ». Et il reste enfin à annoncer les perspectives concrètes d’une politique d’autonomie noire. Celle-ci pourrait-elle véritablement prendre la forme d’un « Etat fédéral panafricain et communiste » ? Le concept de souveraineté peut-il encore connaître un horizon révolutionnaire ? Les politiques de l’identité méritent-elles d’être taxées de libéralisme ? Voilà les questions que nous soumettent la politique radicale noire.

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Faire transer l'occident - Jean-Louis Tornatore01 Apr 202401:02:44

L’ouvrage Pas de Transition sans transe. Essai d’écologie politique des savoirs de Jean-Louis Tornatore est une contribution majeure pour affronter les violences de la modernité, qui même dans son déclin, nous laisse en héritage un monde fondé sur des représentations qui ont asséché l’expérience de la communauté.Avec ses traversées dans les corpus de l’anthropologie et de la philosophie, mais aussi du théâtre, il nous invite à renouveler une pensée décoloniale. Or celle-ci ne se laisse pas réduire pas à la convocation d’identités mais se situe résolument dans un pluralisme ontologique qui ouvre des perspectives vers une multiplicité de mondes.
Partir de la transe c’est alors convoquer la différence comme raison ultime de tout travail d’enquête. Ou des manières de multiplier les autres en nous.
C’est à cette condition qu’il nous sera possible de pluraliser le temps à venir. Et ceci ne peut pas être dissocié d’un passé qu’il nous faut rendre multiple à son tour. C’est en cela que la question des résurgences est au cœur de ce livre.
Jean-Louis Tornatore nous propose de reconsidérer les fabriques des savoirs en prenant le risque de passages entre des mondes pour sortir de la monoculture du temps linéaire avec ses catastrophes annoncées.

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Séparatisme, notes blanches et dissolutions - Pierre Douillard-Lefèvre25 Mar 202400:48:43

Après avoir travaillé sur les armes et la militarisation de la police dans L’arme à l’oeil et Nous sommes en guerre , Pierre Douillard-Lefevre revient avec un nouveau livre : Dissoudre (Grevis). Il y est évidemment question de cette pratique policière et administrative remise à la mode par le gouvernement : la dissolution des associations et groupements de fait jugés subversifs ou contraire au bonnes mœurs républicaines. Mais pas que... Pierre Douillard-Lefèvre tisse un lien entre ces pratiques répressives ouvertement extra-judiciaires et le projet politique plus global qui vise à atomiser et neutraliser tous les corps collectifs qui pourraient échapper au contrôle et à l’économie. Un lundisoir qui sera exceptionnellement diffusé... mardi soir. En attendant, les bonnes feuilles sont accessibles sur lundimatin par ici.

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De ce que l'on nous vole, capital féodal et servitude - Catherine Malabou18 Mar 202400:51:05

Ce lundisoir, nous essayons de déterminer ce que l’on nous vole. À partir du texte ultra-connu de Proudhon Qu’est-ce que la propriété ? Catherine Malabou nous découvre en quoi nos héritages ne sont précédés d’aucun testaments. En quoi la propriété, c’est le vol. Mais le vol d’abord de la mémoire du fait que nous sommes restés, pour la plupart, des serfs, des aubains, des esclaves.

Pour cela, il faut partir ou repartir de Proudhon :

« La propriété est le droit d’aubaine : cet axiome sera pour nous comme le nom de la bête de l’Apocalypse, nom dans lequel est enfermé tout le mystère de cette bête. On sait que celui qui pénétrerait le mystère de ce nom obtiendrait l’intelligence de toute la prophétie, et vaincrait la bête. Eh bien ! Ce sera par l’interprétation approfondie de notre axiome que nous tuerons le sphinx de la propriété. Partant de ce fait si éminemment caractéristique, le droit d’aubaine, nous allons suivre dans ses replis le vieux serpent, nous compterons les entortillements homicides de cet épouvantable ténia, dont la tête, avec les mille suçoirs s’est toujours dérobée au glaive de ses plus ardents ennemis, leur abandonnant d’immenses tronçons de son cadavre. » (Proudhon)

La Révolution a-t-elle vraiment eu lieu ? La féodalité a-t-elle été, d’un seul coup d’un seul, abolie ? N’y a-t-il pas eu, pendant des siècles, des rémanences, des permanences, des persistances d’Ancien Régime dans un monde moderne, dans un monde nouveau, qui dissimulait, par le déni et l’oubli, tout ce qu’il avait, en réalité, par cette ruse, par ce stratagème, conservé des servitudes des temps passés. Doit-on dire que : « La Révolution a réinstauré à nouveaux frais tout ce qu’elle avait combattu. » (106) ? Alors que, généralement, l’oubli, l’amnésie historique porte sur les grands changements, les grandes ruptures, le fait que l’histoire varie, n’est pas éternelle, est faite de mutations, le fait que ce qui est n’a pas toujours déjà été ; il nous semble que tu nous dis, Catherine Malabou, l’inverse : ce que nous avons oublié, aujourd’hui, c’est que les choses n’ont pas changé. C’est là le stratagème de l’amnésie des persistances. On va voir avec Catherine Malabou quelles sont ces persistances.

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Odyssée Lumpen - Alberto Prunetti15 Mar 202400:57:24

Alberto Prunetti, l’auteur d’Odyssée lumpen (Lux éditeur), est originaire de Toscane et plus précisément de Piombino où son père, son babbo, était ouvrier métallurgiste. L’amiante a eu sa peau et Alberto a raconté son histoire dans Amiante (Agone), premier volume d’une trilogie dont Odyssée est le deuxième. Dans le haut-fourneau de Piombino les hommes fabriquaient des rails de 108 mètres d’un seul tenant. Ils en étaient fiers mais cela ne les empêchait pas de se montrer offensifs envers les patrons en appliquant « Les dix commandements ouvriers » transmis de génération en génération. Alberto, boulimique de lecture, a choisi d’aller à l’université. Il lui a fallu pour cela convaincre son babbo, rompre avec la tradition ouvrière. Après ses études, Alberto ne trouve pas de travail en Italie. Alors, comme tant d’autres jeunes Italiens, il part à l’étranger pour en trouver. Il choisit l’Angleterre où l’ombre de Thatcher plane toujours. Du travail, au Royaume-Uni, Alberto en trouve à la pelle : il est tour à tour pizzaiolo, nettoyeur de chiottes, cantinier, ramasseur de framboises. D’un boulot de merde à l’autre, il se fait un tas d’amis tout aussi exploités que lui par le néolibéralisme. Des amis pour la vie. Sans pathos, pas larmoyant pour un penny, mêlant récit d’aventure, comédie, fantastique, critique sociale, Prunetti raconte son odyssée. On se marre, on s’émeut, et c’est fucking bien.

Dans ce lundisoir, Alberto parle de son livre mais aussi de littérature working class et de la lutte des GKN, les ouvriers qui occupent depuis deux ans leur usine menacée de fermeture, et du festival de littérature ouvrière qui s’y tiendra pour la deuxième fois cette année.

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Le racisme ordinaire des électeurs du RN - Félicien Faury06 Jul 202401:29:28

On entend souvent « à gauche » cette petite musique condescendante à propos des électeurs du Rassemblement National. Ils seraient « fachés mais pas fachos », simplement trompés par la communication dédiabolisée du parti d'extrême droite. Il s'agirait donc de leur apporter la lumière, de leur prouver que derrière les beaux discours populistes se cache du racisme crasse, leur démontrer qu'ils se trompent quand ils votent et comprennent mal leurs intérêts de classe. Le sociologue Félicien Faury a mené une enquête au long cours sur ces électeurs dans le Sud-Est de la France et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il complexifie et radicalise ces analyses de plateaux télés : on ne vote pas RN par méprise ou manque d'éducation mais pour défendre un ordre du monde, racial et dominant. (Pour une présentation plus étoffée de cet entretien, rdv sur lundimatin)

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Apocalypse ou carnaval - Pacôme Thiellement11 Mar 202401:33:02

Un marxiste occidental dit que la philosophie est, en dernière instance, la lutte des classes dans la théorie. Ce même marxiste ajoute que la définition du matérialisme, c’est de « ne pas se raconter d’histoires ». Pacôme Thiellement, lui, nous raconte des histoires (anecdotes des bas-fonds d’internet, de cinéma, de popculture, ou de théologie gnostique), et grâce à elles, porte, pourrait-on dire en pastichant, la lutte des classes, non dans la théorie, mais dans la théoria, θεωρία, c’est-à-dire, en grec, dans le spectacle – dans la sphère spectaculaire. Il porte, avec ses histoires, pourrait-on dire, la lutte des classes dans le spectacle.
Or, depuis quelques temps, renouant avec le sens originaire du mot propaganda – « propaganda fide », propagation de la foi –, le camp des bolloréens, les bolloroserviles, les laquais et vassaux de Bolloré mènent une offensive théologico-politique, c’est-à-dire nationale-catholique, grâce à CNews, à travers ce même spectacle. Ce camp est en train de théologiser et de christianiser la sphère spectaculaire et, face à cela, Pacôme mène une contre-offensive plutôt maline, très fine, qui, au lieu de vociférer en anticlérical athée d’arrière-garde contre les chrétiens, vient délicatement diviser la division, confronter le christianisme avec lui-même, réveiller ses courants les plus insurrectionnels, les plus hérétiques et les plus anarchistes – les manichéens, les cathares, les gnostiques, qui s’appelaient entre eux, les Bons Hommes, les Sans Roi – et qui se dressent, dans leurs traditions et leurs pratiques, autant contre l’Église catholique que contre l’Empire romain, autant contre la puissance sacrée que la puissance profane. Contre l’hypothèse catho-capitaliste bolloréenne, contre l’Empire qui n’a jamais pris fin, Pacôme Thiellement propose l’hypothèse des Sans Roi.
C’est cette hypothèse que nous allons explorer dans ce lundisoir.

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La guerre en tête, sur le front, de la Syrie à l'Ukraine - Romain Huët04 Mar 202401:01:23

Alors que la vocable de la guerre est désormais sur toutes les lèvres gouvernementales, que nous sommes submergés et bouleversés par ses images provenant d’Ukraine ou de Gaza, nous recevons ce lundi Romain Huët, autour de son dernier livre La guerre en tête (PUF).
 De 2012 à 2023, de la Syrie à l’Ukraine, le chercheur Romain Huët a mené une enquête ethnographique au cœur de ce que l’on appelle communément « la guerre ». Sur les front et à ses abords, il est allé à la rencontre de celles et ceux, hommes et femmes ordinaires, qui du jour au lendemain décident de prendre les armes. Pour appuyer un soulèvement populaire comme au début de la révolution syrienne, pour se défendre de l’anéantissement par le régime là encore en Syrie ou pour repousser une invasion comme dans l’est de l’Ukraine. En s’attachant à la vie quotidienne des combattants et des volontaires, en la racontant depuis le ras du réel, Romain Huët nous parle de la guerre depuis cette dimension toujours négligée : le vécu intime, ses déterminations, ses tiraillements, ses joies et ses écrasements.

Nous avions interviewé Romain Huët autour de son premier livre Le Vertige de l’émeute, de la ZAD aux Gilets Jaunes, une enquête passionnante et participative au coeur des évènements émeutiers de ces dernières années. Cette interview est disponible ici. Nous l’avions aussi invité à l’occasion d’un lundisoir pour son second livre : De si violentes fatigues, Les devenirs politiques de l’épuisement quotidien une enquête ethnographique et sociologique au long cours au sein d’une association de prévention contre le suicide. La vidéo est peut être vue là.

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Feu sur le printemps de la poésie! (oublier Tesson) Charles Pennequin | Camille Escudero | Marc Perrin | Carmen Diez Salvatierra | Laurent Cauwet | Amandine André26 Feb 202401:40:29

Faut-il en avoir quelque chose à cirer de Sylvain Tesson et du Printemps de la poésie ? Est-il encore imaginable qu’un poème déclenche une émeute ? Est-ce que l’extrême-droite peut tout écrabouiller par sa simple mais puissante bêtise ? Faut-il casser les phrases et les mots comme on casse des vitrines ? Si vous aussi vous vous posez ces questions, rendez-vous lundi 26 février à 19h dans lundisoir.

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Abrégé de littérature molotov - Mačko Dràgàn19 Feb 202400:45:08

La littérature peut-elle casser des vitres ou crâmer des voitures de police ? C’est tout ce que lui souhaite Mačko Dràgàn qui vient de publier un « Abrégé de littérature-molotov » aux jeunes édtions Terres de feu. Punk à chat prolétaire, journaliste vagabond, colérique et libertaire, Dràgàn s’immisce dans le grand débat sur « ce que la littérature peut » en partant de ce qu’elle ne devrait pas être : ennuyeuse. Il nous ouvre sur des lectures qui ont creusé le monde, dans ces livres « molotov » qui bouleversent intérieurement, désincarcèrent l’avenir, foutent le feu aux imaginaires. On ne pouvait que l’inviter à en discuter.

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Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole18 Feb 202401:37:43

Imaginons un monde où tout conspirerait à produire du néant. Dans ce monde-là, le front du vivant serait le premier menacé, virtuellement, de mise à mort. Bien sûr, on ne le verrait pas tout de suite. Il s'agirait d'une guerre d'attrition. D'un long long siège. On passerait discrètement, en quarante ans, d'un millions six à quatre cent mille travailleur·es de la terre. Appelons cette drôle de guerre : le grand déclin des géorgiques. Car dans ce drôle de monde, les paysans - cultivant les vivants - deviendraient peu à peu des ouvriers agricoles, puis des employés de l'Agroindustrie, puis, ironie du sort, de drôles d'hybrides, à la fois salariés du capital et fonctionnaires payés par les aides de la PAC. Le capital, avare vorace, substituant à son principe minimal de reproduction de la force de travail, l'aide généreuse venue des impôts de l'Europe, ne se soucierait même plus, au fond, de sa propre reproduction - le parasite se suicidant en suicidant son hôte. Dans ce monde-là, heureusement fort loin du nôtre, la logique de production des vivants qui servent à nous nourrir serait, intimement, réellement, à terme, une logique de destruction des producteurs, des vivants mêmes et de la terre. Heureusement, dans ce monde-là, un petit village, exalté, naïf, bourgeonnant depuis les bourgs vers les labours néo-ruraux, se propose de résister encore et toujours aux abstractions de la valeur Agroindustrielle : le village de la confédération paysanne, de l'Atelier Paysan, et de mille autres micro-tentatives d'inverser le procès par lequel le labour général, la dette, l'exploitation deviennent la guillotine du paysan. Réussira-t-il à inverser le cours des géorgiques ? Nous essayons de le savoir, ce Lundisoir.

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Du nazisme zombie - Johann Chapoutot12 Feb 202401:16:41

Nous poursuivons notre série de Lundisoirs sur la fascisation d’atmosphère qui, jour après jour, pulvérise la prétendue évidence du jamais plus.
Après le portrait des droites radicales magistralement exécuté par Pablo Stéfanoni et Marc Saint Upéry, l’examen des linéaments de l’hypothèse écofasciste par Pierre Madelin et plusieurs heures de débats publics intitulés Fascisme ou révolution nous accueillons aujourd’hui l’historien Johann Chapoutot.
Le problème que nous essayons de suivre avec lui, c’est celui qui pourrait être résumé par la question suivante : les années 30 sont-elles derrières ou devant nous ? Soit : Que faire du sentiment viscéral que nous vivons une « récidive » de l’entre-deux-guerres ?
Gérard Granel prophétisait, avant de s’éteindre en 2000 : « Les années 30 sont devant nous. » Cette drôle de familiarité avec les spectres du siècle arrière, qui s’insinue partout au moment même où les archives audiovisuelles de ces années-là se voient désormais colorisées, rafraîchies et rajeunies, au moment même où la fin du noir et blanc abolit l’ancienne distance des temps entre eux et nous, cette familiarité exige que l’on y fasse, analytiquement, retour. Même si, en 2017, Johann Chapoutot disait lui-même que : « la comparaison est permanente sans être pertinente », la permanence même de la question fasciste n’est pas, en elle-même, anodine.

L’approfondissement impertinent de sa permanence nous pose question. Le néo-kantien de la revue Esprit, Michaël Foessel, dans son livre Récidive (2018), disait que le « spectre » de l’année 1938 hantait la France de 2018 : même « société qui, sans rien savoir de ce qui [l’attend], [a] déjà abdiqué sur l’essentiel », même « antiparlementarisme par le haut », même multiplication des décrets-lois ou des 49.3, des lois pénalisant l’entraide (décrets-lois de Daladier du 2 mai 1938 sur « la police des étrangers »), même accoutumance à la xénophonie, même contemption de la LDH, même sentiment général « que la fête est finie ». Et ce n’était qu’en 2018.

Six ans plus tard, en 2024, Macron a bien failli promulguer la préférence ethnoraciste du RN avec sa loi immigration (« Rassemblement national » tire bizarrement sa nouvelle appellation du parti de Marcel Déat, le Rassemblement national populaire de 1941). Début 2024, on apprend qu’en Allemagne, le parti d’extrême droite AfD planifie, en secret, en cas de victoire électorale, les premiers dispositifs de remigration d’une partie des citoyens allemands dits « non-assimilés ». Or, si l’on ne fait pas de l’histoire téléologique, pour les nazis, au départ, il ne s’agissait jamais « que » de cela : faire remigrer les juifs à Madagascar. Comme l’écrit James Q. Whitman : « L’extermination est venue plus tard. Dans la période qui nous intéresse ici, la priorité des nazis était l’émigration forcée. »

Alors on pourrait se dire que 2024, ce n’est rien.

Pourtant, c’est exactement aussi ce que pensaient les contemporains du nazisme : Léon Blum n’écrivait-il pas, en 1932 : « Les nazis sont exclus du pouvoir, ils sont même exclus de l’hypothèse même du pouvoir. » ? Ou encore, 29 jours avant la nomination d’Hitler à la Chancellerie, le 1er Janvier 1933, le quotidien social-démocrate Vorwärts ne saluait-il pas la nouvelle année en titrant : « Ascension et chute de Hitler » ? Jacques Madaule, de la revue Esprit, ne disait-il pas, en 1938, un an avant Vichy : « Un parti fasciste en F

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Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022 [Anglais]11 Feb 202400:59:22

Le 9 Juillet 2022, le monde entier assistait à un spectacle plutôt rare : des dizaines de milliers de manifestants Sri Lankais, agriculteurs, étudiants, jeunes, travailleurs, mettaient en fuite le président Gotabaya Rajapaksa et prenait d’assaut son palais. Parvenus à l’intérieur du bâtiment, soit au cœur symbolique du pouvoir, les occupants décident alors de se réapproprier son luxe et sa démesure en poussant de la fonte dans la salle de sport présidentielle ou en organisant des concours de plongeons dans la piscine personnelle du chef de l’État.
 Si les images de cette mise en commun spontanée et populaire ont réjoui et amusé la planète entière, nous nous sommes entretenu avec une activiste Sri Lankaise active dans le mouvement afin qu’elle nous raconte les différentes étapes du soulèvement [1].

Au vu de la situation française, nous la mettons en ligne dans la précipitation, c’est-à-dire en anglais.

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Le retour du monde magique - Fanny Charrasse22 Jan 202401:20:32

Comment expliquer l'actuel « retour du monde magique » et de quoi est-il l’indice ? Résurgence de temps anciens, de croyances oubliées, lutte contre le désenchantement du monde ? A l’aide une boîte à outils conceptuelle nourrie entre autres d’Ernesto de Martino - à l’œuvre duquel le titre est un hommage -, de la démarche symétrique latourienne, des ontologies plurielles de Philippe Descola, et surtout d’une enquête de terrain de plusieurs années auprès de magnétiseurs et de leur patients, Fanny Charasse montre au contraire comment, loin de faire signe vers une anti-modernité ces pratiques et croyances participent au contraire activement à la modernité elle-même : « la remise en cause contemporaine des fondements de la société industrielle constitue moins un ‘retour en arrière’ qu’un pas supplémentaire dans l’accomplissement du projet moderne. » - en témoignent d’une part le discours que les magnétiseurs eux-mêmes tiennent sur leur propre pratique, mais également l’intégration au sein même des institutions de soin de certaines pratiques magico-traditionnelles. Moins qu’une opposition entre modernité et non-modernité, ce qui se joue là serait alors proprement un conflit de modernités, un conflit entre des manières différentes de faire modernité. Audacieuse hypothèse qui tout à la fois ôte peut-être à ces pratiques le caractère subversif dont elles se parent parfois, et qui exige en même temps de la part de qui en fait un objet de science de suspendre précisément son jugement immédiat quant à ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.

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Contre la littérature politique - Nathalie Quintane et Leslie Kaplan14 Jan 202401:20:25

En ce début d’année, les mots « politique » et « littérature » semblent accolés sur la couverture de plusieurs ouvrages importants , avec quelques variations, Les liens entre poésie et révolution sont de nouveau l’objet de voeux fervents, la littérature l’objet d’une demande de plus en plus explicite de puissances et de lumières pour soutenir nos aspirations politiques
Que dit cet espoir, semble-t-il renouvelé, dans les pouvoirs de la littérature ? Et qu’attend on d’elle au juste ? la littérature qu’on disait engagée, pour dire claire dans ses thèses et ses affiliations a fait long feu. On admet que ce que la littérature a à dire du politique est plus indirect, plus sensible, plus pluriel.
Mais les rêves d’action directe des fictions et du jeu qui consiste à laisser l’initiative aux mots n’ont pas pour autant disparu et c’est dans cet écart que se situe toute son exploration. C’est en tout cas ces lieux que nous avons arpenté avec Leslie Kaplan et Nathalie Quintane, autour du recueil Contre la littérature politique et de sa collection de textes auquel elles ont participé. Défaire la fausse évidence des liens entre littérature et politique pour raviver la tension qui les noue, l’électricité qui peut en surgir, c’est vital.

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Une contre-histoire de l'internet du XVe siècle à nos jours - Felix Tréguer08 Jan 202401:41:28

L’histoire d’Internet est connue et largement documentée, de la création du réseau par l’armée américaine jusqu’à Tiktok en passant par le minitel et les modems 56K qui font « ding dong ». Ce que propose Félix Tréguer, membre fondateur de La Quadrature du Net et chercheur au CNRS, c’est peut-être tout l’inverse : une Contre-histoire d’internet, du Xve siècle à nos jours (Éditions Agone), soit une archéologie du réseau, de la logique algorithmique et de l’exploitation des métadonnées en tant que dispositifs de pouvoir et de contrôle, incorporés en nous, malgré nous. Une recherche historico-politique à contre-temps ou à contre-jour qui révèle les stratégies de pouvoir et de capture de l’espace public et cherche un chemin pour sortir de cette dichotomie qui nous enferme dès que nous tentons de penser la technique : le fantasme néo-luddite ou la croyance béate en un capitalisme cognitif. Entre une fuite en arrière et un enfoncement virtuel dans le présent, tracer une fuite en avant, comme on échappe à un piège.

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Armer l'antifascisme, retour sur la révolution espagnole - Pierre Salmon05 Jul 202401:16:22

Si nous devons repenser le fascisme -ses fondements, son histoire et ses mutations-, se repose symétriquement la question de l’antifascisme. C’est une histoire qu’il nous faut sans nul doute redécouvrir et partager, au cœur de celle-ci, il y a bien évidemment la guerre civile espagnole, soit l’émergence et la lutte d’un mouvement ouvrier révolutionnaire et autogestionnaire contre le coup d’état fasciste de Franco en 1936. Pour ce lundisoir, nous avons invité l’historien Pierre Salmon qui vient de publier Un antifascisme de combat - Armer l’Espagne révolutionnaire – 1936-1939 (éditions du Détour). Si son livre s’attaque d’abord à un pan méconnu de la guerre d’Espagne, soit la manière dont les forces révolutionnaires sont parvenues à s’armer et à combattre en s’appuyant sur un réseau international de contrebande et de résistance, il nous permet de nous replonger dans cette période et d’aller y rechercher quelques résonances avec notre actualité. Quels enseignements garder d’aussi courageux et glorieux ancêtres ? Le plus décisif, peut-être : que l’antifascisme ne peut jamais se contenter d’être « anti » et se doit de toujours porter en lui les solidarités à chérir et les mondes à construire. Il n’y a pas l’antifascisme puis la révolution mais toujours l’antifascisme et la révolution.

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L'hypothèse écofasciste - Pierre Madelin26 Dec 202301:13:10
T̶h̶a̶n̶o̶s̶ ̶w̶a̶s̶ ̶r̶i̶g̶h̶t̶

En ce qui concerne l’écologie, il y a deux camps : les pruneaux et les pastèques. Les écologistes radicaux sont les pastèques : verts dehors, rouges dedans, émaillé de pépins noirs – bon pour la soif, désaltérant. Les écofascistes sont les pruneaux : bleues dehors, tout frippés, vert-brun dedans – mauvais pour l’hydratation, laxatifs. Si la conscience pastèque est en passe de s’hégémoniser ; elle rencontre l’obstacle de la conscience des pruneaux.


La conscience des pruneaux nous est représentée sous les traits d’un personnage de fiction mainstream. Dans la saga des Avengers, il y a un supervilain très puissant, appelé Thanos, qui n’a qu’une ambition : sauver l’univers de son effondrement écologique, en se dotant du pouvoir de faire disparaître instantanément la moitié de sa population. Tout le but de Thanos sera de rassembler les gemmes lui permettant de faire disparaître 50% du monde en un claquement de doigt. Dans la saga, il y parviendra. Les pruneaux fripés, les écofascistes, ne sont rien d’autre que les laquais de Thanos.

Ce Lundisoir, nous invitons Pierre Madelin pour son livre La tentation écofasciste, Écologie et extrême droite, paru en 2023 chez Écosociété. C’est le deuxième épisode de notre série ouverte sur le « fascisme qui vient ». Il y a deux mois, nous avions invité Pablo Stefanoni pour son livre La rébellion est-elle passée à droite ? Il y saisissait très finement les mutations des mouvements réactionnaires. Le dernier chapitre de son livre, intitulé Heil pachamama  !, repérait l’émergence d’un fascisme vert – différent du fascisme fossile ou carbofascisme. Un écofascisme à l’état naissant faisait se rencontrer ethno-nationalisme et écologie ; soit : une écologie conçue comme la défense d’un biotope contre les migrants – sentant fort les relents du lebensraum. Leur slogan pourrait être : « sauvez les arbres, pas les réfugiés », et, dans notre cas, « sauvez les arbres, pas les arabes ».
Pour situer l’ethno-différentialisme chauvin pseudo-écologiste de ces laquais de Thanos, on peut citer deux déclarations absolument délirantes. La première est de Rudolf Bahro, marxiste dissident, passé à l’écologie radicale, prônant un pessimisme fort, au point de fleurter avec la réaction :

« Des profondeurs du peuple s’élève une clameur en faveur de l’avènement d’un Adolf vert. »

La seconde est de Pentti Linkola, un écofasciste finlandais, paradoxalement très respecté, mort en 2020, qui recommandait de laisser mourir les migrants en Méditerranée (après tout, dit-il, beaucoup d’oiseaux migrateurs meurent en route), de créer des « goulags verts », d’instaurer la peine de mort pour maltraitance animale et dégradation de la nature, de remplacer la démocratie par une dictature susceptible de ramener l’humanité à des capacités de production et de consommation équivalentes à celles du Moyen Âge. La citation du petit Pentti Linkola est la suivante :

« Lorsque le canot de sauvetage sera plein, ceux qui détestent la vie essaieront d’y faire monter encore plus de passagers au risque de le faire couler. Ceux qui aiment et respectent la vie se saisiront d’une hache sur le pont et trancheront les mains des candidats trop nombreux qui s’agrippent au plat-bord » (L

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« On fera de nous des nuées...» - Oxni - [lundisoir live]18 Dec 202300:30:08

Pour ce lundisoir, nous accueillons oXni synthèse parfaite entre le rappeur Booba et la chanteuse Barbara. Pas de questions, d'interview ou de surplomb mais un live improvisé dans nos bureaux.

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Fascisme ou révolution - Josep Rafanell i Orra, Ludivine Bantigny, Contre Attaque11 Dec 202301:07:25

Samedi 2 décembre, nous organisions une après-midi et une soirée de discussion sur le thème Fascisme ou révolution (Voir le programme ici). Nous remercions les très nombreuses personnes présentes et nous excusons pour le froid ! Malheureusement, seule la première table ronde a pu être enregistrée, avec un son qui laisse grandement à désirer. Nous la rendons néanmoins accessible pour celles et ceux qui auront le courage de passer outre la qualité audio.

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Boxe et lutte des classes - Selim Derkaoui03 Dec 202300:56:45

Selim Derkaoui vient de publier Rendre les coups. Boxe et lutte des classes aux éditions Le passager clandestin. Dans cette enquête, le journaliste nous emmène à la rencontre de boxeurs et de boxeuses en France pour essayer de comprendre le rapport de classe à la fois complexe et évident qui traverse ce sport, ceux qui le pratiquent, ceux qui se passionnent pour lui devant leur écran. Dans cet entretien, Selim Derkaoui raconte l'expérience charnelle et la douleur de la rencontre entre deux corps, ce que cette pratique dit des rapports de domination et comment les politiques publiques tentent de la récupérer afin de calmer les nerfs et canaliser les rages. Le ring comme lieu d'inscription de classe et de résistances, la boxe comme pratique politique.

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Commentaites (cosmo) anarchistes - Josep Rafanell i Orra26 Nov 202300:37:48

Pour ce lundisoir, nous avons convié Josep Rafanell i Orra qui vient de publier un excellent petit traité de cosmo anarchie (Divergences). Plutôt que de bavarder, nous lui avons demandé d'éclaircir certains des points clefs du livre : pourquoi nous faut-il tout destituer à commencer par cette drôle d'idée qu'est le sujet ? En quoi une nouvelle idée du communisme s'oppose radicalement à cette autre drôle d'idée : la société ? Comment la fin du monde pourrait aussi receler la resurgissement des mondes ? Que peut-être une fuite de la politique qui ne renonce en rien à la lutte partisane ? 

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Une histoire globale des révolutions - Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille & Laurent Jeanpierre12 Nov 202301:55:08

Une histoire globale des révolutions vient de paraître, c’est un pavé de 1200 pages, 72 autrices et auteurs, 93 articles. L’ouvrage est impressionnant, peut-être même intimidant, il n’en est pas moins incontournable et fera date. Pour ce lundisoir, nous accueillons Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre qui l’ont pensé et coordonné. Ils nous parlent de ce qui les a poussé à produire une telle enquête, de la nécessité d’ordonner les archives révolutionnaires et de la manière dont ce travail nous permet d’éclairer les soulèvements en cours et à venir.

On dit que la révolution est exception. Il se trouve qu’elle est plutôt la norme. Le XX° siècle aura été, plus encore que le XIX° siècle, le siècle des révolutions. Et il semble que ce siècle, à l’échelle planétaire, n’a pas fini de s’éterniser. En réalité, il n’y a pas la Révolution. Car une révolution qui veut persévérer dans l’être historique, une révolution qui tient à son devenir, cette révolution dessine et trace une constellation. Constellation dont les astres scintillent de révolutions soeurs.

Avec Une histoire globale des révolutions, Ludivine Bantigny, Quentin Deluermoz, Boris Gobille, Laurent Jeanpierre et Eugénia Palieraki et leurs 67 contributrices et contributeurs, ne ne sont pas contentées d’une rhapsodie ou d’un catalogue géohistoriques des grands soirs mal connus et oubliés. Nous n’avons pas sous les yeux le cabinet des curiosités de la Nature en révolte. Et bien qu’il s’agisse d’une enquête sur les « constellations révolutionnaires », les autrices et auteurs ne sont pas les cosmologues contemplatifs d’un ciel indifférent ; ils et elles sont plus proches, en réalité, de l’astrologue théorico-tactique qui, à l’aide de son érudition, de sa finesse méthodique et de son objectivité, ne nous fournit pas son manuel insurrectionnel fantoche, ni ses mille et une leçons pour une révolution réussie, mais les quelques conditions de rigueur, parfois même négatives, d’une approche effective et éthique de la Révolution.

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Les anges de la réalité, aux origines de la hiérarchie et du pouvoir - Ghislain Casas05 Nov 202301:35:13

Quid sit hierarchia ? Ce soir nous plongeons dans l'histoire des anges, des astres et de la hiérarchie. On pourrait nous croire à jamais convertis à l’anarcho-spiritualisme . En un sens, c’est peut-être bien vrai. Mais sous l’œil patient de Ghislain Casas, auteur de La dépolitisation du monde (VRIN),  l’angélologie médiévale se change en théorie du pouvoir – théorie de la hiérarchie – théorie du pouvoir sacré. Qui croit parler mystique en parlant des anges, parle plutôt d’un pouvoir si pur qu’il se change en lumière. Au moment où les anges abandonnent le cosmos et le mouvement des sphères pour s’affairer au gouvernement des esprits hors les astres, jetant les bases très lointaines de la Modernité, nous découvrons que leur « hiérarchie » fut pour les scolastiques du XIII° siècle – au moins en ce qui concerne le gouvernement des prêtres –, aussi importante politiquement que l’ensemble des arts de gouverner du XVI° et XVII° siècle.

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Tout le monde peut-il être soeur? Pour une psychanalyse féministe - Silvia Lippi et Patrice Maniglier15 Oct 202301:15:28

Faire tenir ensemble la psychanalyse et le féminisme, la psychanalyse et la politique, Scum Manifesto et Sigmund Freud : tel est le pari de Silvia Lippi et Patrice Maniglier, qui co-signent aux éditions du Seuil Sœurs. Pour une psychanalyse féministe.
Un titre aux allures de manifeste, et un ouvrage qui prend acte des critiques adressées à la psychanalyse, mais qui moins que de la détruire vise au contraire à la recommencer — à partir du féminisme, et de l’introduction du concept de sororité dans la clinique psychanalytique. C’est donc tout à la fois une autre psychanalyse et une autre modalité de relation — que #MeToo, sur le divan et dans la rue a participé à faire exister en pleine lumière — qu’il s’agit de penser ici, « une relation qui se tisse entre des femmes en tant que femmes, mais aussi plus généralement une alliance entre personnes qui s’effectue du point de vue de leur position féminine, c’est-à-dire ce à quoi elles sont à la fois incluses et soustraites à la problématique phallique. » Exister et guérir hors du paradigme d’un pouvoir dont finalement personne ne veut, exister et guérir ensemble à partir d’un commun symptôme, « symptôme partagé » sur lequel se construit la relation sororale, c’est l’horizon de cette réflexion qui fait dialoguer psychanalystes et psychotiques pour faire entendre une voix qui n’attend plus qu’on l’autorise à parler. « La femme est traumatique, la femme est politique » : mais comment penser justement le lien entre la femme et la sœur en échappant au piège de l’essentialisation ? Tout le monde peut-il être « sœur », et peut-on être « soeur » sans être traumatisée, et traumatisée sans être victime ? Qu’est-ce, concrètement, qu'une psychanalyse sororale ? On en parle dans lundi soir.

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La rébellion est-elle passée à droite ? - Pablo Stefanoni & Marc Saint-Upéry29 Sep 202301:27:02

Partons d’un constat simple : nous héritons, pour nommer l’ennemi de tout un tas de mots et de concepts : le fascisme, l’extrême-droite, l’autoritarisme, la réaction, etc. Pourtant, à chaque fois que nous les convoquons, nous sentons bien qu’ils ne recouvrent pas tout à fait ce qui se trame ou nous fait face. Lorsque le gouvernement Macron juge opportun d’interdire l’abaya et d’organiser le rejet des migrants dans la méditerranée, assiste-t-on à l’endofascisation du parti de l’économie ? Lorsque des milliardaires de la Silicon Valley investissent dans le transhumanisme pour abolir la démocratie, peut-on parler d’une nouvelle hybridation du conservatisme ? Lorsque de Cyril Hanouna à Papacito, nos écrans diffusent en continue l’affect fun de l’asservissement et de la bêtise, faut-il prendre au sérieux la réaction ? Pour tenter d’y voir plus clair, nous lançons cette nouvelle série de lundisoir et pour entamer cette recherche nous avons invité Pablo Stefanoni & Marc Saint-Upéry pour nous parler d’un livre passionnant : La rébellion est-elle passée à droite ? Une présentation plus détaillée du livre comme de cette série est publiée ici : Des insurrections sans lumières.

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Sortir les ingénieurs de leur cage - Olivier Lefebvre24 Sep 202301:13:01

Déserter, bifurquer, s’évader, autant de mots pour dire le refus de participer à un système mortifère. Si le constat semble sans appel pour un certain nombre d’individus vivant au quotidien le malaise et le clivage que leur situation professionnelle leur impose, l’échappée belle n’est pas toujours si simple. Ces derniers temps, c’est une drôle de classe qui s’est retrouvée en première ligne du front de la désaffiliation : celle des ingénieurs. Qui peut assumer aujourd’hui de faire partie des techniciens de la destruction du monde ? Alors comment partir ? Que faire de compétences si chèrement acquises, et problablement utiles, autrement ? Comment sortir d’une cage que tout le monde considère comme dorée ?
Ce lundisoir nous poursuivons avec Olivier Lefebvre une discussion entamée l’an dernier. Ingénieur-déserteur, il vient de publier une Lettre aux ingénieurs qui doutent.

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Les extraterrestres sont-ils communistes ? Wu Ming II02 Jul 202401:10:49

Nous avions reçu Wu Ming I pour Q comme qomplot. Nous recevons Wu Ming II pour OVNI 78. En apparence, pourquoi irions nous nous perdre dans ces histoires d’OVNI ? Ces ufologues de tous les camps politiques cherchant à percer le mystère de la multiplication des objets volant non identifiables dans le contexte historique du rapt d’Aldo Moro (Ancien président du conseil des ministres en Italie) ? À quoi bon nous demander si les extraterrestres sont plutôt communistes ou capitalistes, ou encore toute autre chose, de furtif, d’indiscernable, de non-identifiable ? Parce qu’en nous penchant sur les métaphores et les signes de la culture, nous décryptons le hiéroglyphe du temps présent, le sens des ruptures en cours, l’accélération de la fascisation italienne et française des années 2020, tout cela en réarticulant l’histoire passée à l’action présente. Attention, un OVNI peut en cacher un autre.

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Une histoire illustrée du tapis roulant - Yves Pagès31 Aug 202301:22:06

Parmi les machines qui hantent nos vies quotidiennes, le tapis roulant est celle qui traverse le plus insidieusement tous les secteurs d’activité : des tapis mobiles sur chaîne d’assemblage aux tapis de caisse de la moindre supérette en passant par ceux dévolus à l’exercice corporel du fitness. Travail posté, rituel consumériste et souci hygiénique de soi : trois postures qui, chacune à sa manière, nous condamnent à l’éternel recommencement d’une marche forcée. Pour cette rentrée et ce lundisoir, nous avons invité Yves Pagès à venir parler de son dernier livre : Les chaînes sans fin, histoire illustrée du tapis roulant.

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Radiographie de l'État russe - Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer11 Jul 202301:19:52

Alors que l’attention médiatique se concentre sur le conflit en Ukraine, ou plus récemment sur l’équipée sauvage de Prigozhin, nous nous intéressons ce lundi à l’appareil d’État russe et à la Russie en générale, trop souvent perçue comme un bloc monolithique sans contradictions internes. 
 Pourtant, la Russie n’est pas toujours le “Far-Est” ou l’État défaillant que l’on veut bien présenter. Avec ses propres caractéristiques structurelles et logiques endémiques, l’État russe semble avoir pleinement embrassé le monde de l’économie, tout en se drapant de valeurs néo-traditionalistes en opposition à un Occident "décadent". Un “capitalisme national périphérique” ou une mafia d’État ?
 Pour en parler, nous avons reçu Alexander Bikbov, sociologue russe, et Jean-Marc Royer, contributeur régulier de lundimatin, auteurs de nombreux "Carnets de guerre".

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Vers une anthropologie métaphysique - Mohamed Amer Meziane15 May 202301:18:48

Pour ce lundisoir, on prend le réel par ses marges. A l’occasion de la parution d’Au bord des mondes, dont nous avons publié un extrait la semaine dernière, Mohamed Amer Meziane est venu nous présenter les propositions qu’il déploie dans ce travail. Prenant pour point de départ l’idée selon laquelle le développement des technosciences et le colonialisme vont de paire avec un désenchantement du monde, et face aux insuffisances des approches du tournant ontologique en anthropologie, le philosophe explore les pistes que pourrait ouvrir une métaphysique qui s’appuie sur l’étude minutieuse des traditions, des mythes, des rêves et des croyances.
Si ce qui préside à l’extraction, c’est une ontologie « anti-métaphysique », que peut permettre une anthropologie métaphysique ?

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Éloge de l'émeute - Jacques Deschamps08 May 202300:54:01

Ce lundisoir, nous accueillons le philosophe Jacques Deschamps qui vient nous parler de sa revigorante Éloge de l'émeute tout juste publiée aux éditions Les liens qui libèrent. Il y sera donc question de cette pratique ancestrale et chère à tout bouleversement historique : sortir dans la rue pour s'en prendre aux symboles du pouvoir ; et dans les meilleurs jours parvenir à l'abattre. À mille lieues des arguties de plateaux télé et de leur sociologie de comptoir, Jacques Deschamps voit dans les pratiques émeutières des gestes éminemment politiques depuis lesquels s'entre-ouvre le présent. L'émeute est partout, dans les rues, dans les champs mais aussi dans les têtes. Partout où il s'agit de se retrouver et de résister contre le règne de la bêtise, de la mort et de la tristesse.

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Une histoire personnelle de l'ultra-gauche - Serge Quadruppani24 Apr 202301:30:25

Qu’est-ce que l’ultra-gauche ? Les moins bien renseignés pensent qu’il s’agit d’un épouvantail régulièrement agité par les ministres de l’Intérieur confrontés à des formes débordantes et autonomes de contestation ; un concept fourre-tout repris à l’emporte-pièce par des journalistes dont la culture historique et politique déborde quant à elle plutôt rarement. Pourtant, l’ultra-gauche n’est pas qu’une opération policière et médiatique sur la langage et les évènements, ou du moins, ne l’a pas toujours été. Afin d’y voir plus clair, Serge Quadruppani vient de publier une fascinante histoire personnelle de le l’ultra-gauche aux éditions Divergences. A travers son expérience personnelle, il retrace une histoire des idées politiques qui ont accompagné les menées révolutionnaires les plus audacieuses du siècle passé : des conseils ouvriers de 1917 jusqu’au mouvement des gilets jaunes en passant par la révolution  allemande, mai 68 et ses suites, l’Italie des années 70, etc. C’est de tout cela dont il est venu nous parler, accompagné de quelques complices de longue date.

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Pour une esthétique de la révolte - Black Lines17 Apr 202300:53:02

Des gigantesques peintures murales en soutien aux mouvements en cours aux banderoles de têtes noires et blanches, si vous êtes allés dans la rue à Nantes ou à Paris ces huit dernières années, la signature Black Lines n’a pas pu vous échapper. Ce lundi, nous avons invité deux membres du collectif afin de discuter de l’idée qu’ils se font de l’art, de la manière dont ils se sont rencontrés, travaillent et agissent au cœur des mobilisations. Leurs banderoles comme autant de fines pellicules qui viennent matérialiser le point de contact entre dispositif policier et foule insurgée.

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Dévoiler le pouvoir, chiffrer l’avenir - Chelsea Manning06 Apr 202300:31:42

Chelsea Manning est probablement la « lanceuse d’alerte » la plus connue au monde. Analyste pour l’armée américaine, elle est arrêtée en 2010 pour avoir transmis 750 000 documents classés secret défense à Wikileaks, l’organisation de Julian Assange. Ces révélations quant aux exactions commises par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan feront la Une de tous les journaux mais lui vaudront aussi une condamnation à 35 ans de prison.

Après 7 années de détention dans des conditions d’isolement et de surveillance unanimement assimilés à de la torture, sa peine est commuée par Barack Obama et Chelsea Manning retrouve la liberté. En 2019, un grand jury exige qu’elle témoigne dans une procédure probablement liée à Wikileaks, la lanceuse d’alerte s’y refuse et est à nouveau incarcérée pendant près d’une année. Récemment, elle a publié Readme.txt, ses mémoires dans lesquelles elle revient sur son enfance, son enrôlement dans l’armée américaine, sa décision de faire fuiter les documents insupportables auxquels elle avait accès et l’enfer carcéral qui a suivi. Plutôt que de revenir sur ce passé déjà largement documenté, nous avons proposé à Chelsea Manning de nous parler du présent et de l’avenir, notamment son travail sur l’anonymat et le chiffrement de l’internet avec l’organisation NYM. 

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