La Voix des Mots est un podcast et une newsletter dans lesquels je vous partage mes réflexions, mon quotidien, et mes romans. Je suis Mahuna Vigam (alias Mahuna Poésie), poétesse, romancière, podcasteuse et animatrice d’ateliers d’écriture créatifs et émotionnels. Ici on parlera donc écriture, lecture, bien-être et édition car je vous partagerai aussi ma vie d’autrice.
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113 - Et si j’avais déjà perdu avant même que l’aventure ne commence ?
Sunday, June 28, 2026 • Duration 23:13
Hello. J’espère que vous allez bien malgré les températures incendiaires qu’on connaît en ce moment. Hydratez-vous, prenez soin de vos proches.
Cet épisode suit un fil conducteur, donc je ne vous conseille pas de sauter d’une partie à une autre, même si je sais que le temps manque. Il n’est pas très long, mais je pense qu’il vaut la peine d’être écouté ou lu en entier.
Ce que j’ai compris de ma fatigue (à partir de 01:13)
Je me suis rendu compte que j’étais déjà épuisée, d’une certaine manière, alors que mon livre n’est pas encore sorti. Ce n’est pas une fatigue ordinaire, pas le genre « j’ai trop bossé ce trimestre ». C’est plus profond, plus installé. J’ai essayé de comprendre si ce que je vivais avait un nom.
Le premier : la racial battle fatigue, théorisée par William A. Smith. Un épuisement psychologique et physiologique qui vient du fait d’exister dans un monde qui agresse en continu, de manière subtile, institutionnelle, au quotidien. Pas une violence spectaculaire, mais l’accumulation. La vigilance permanente. Le fait de devoir sans cesse évaluer ce qui vient de se passer, se demander si c’est raciste, si ça vaut la peine d’en parler, si on va être cru. Ce switch constant entre soi et le regard que le monde pose sur soi.
Le deuxième : le burn-out militant, documenté par Gorski et Chen. L’idée que dans le militantisme, on mesure l’engagement à l’aune du travail émotionnel fourni. Et que si on s’effondre, si on dit qu’on est à bout, on est regardé·e bizarrement, parce que le militantisme est censé être désintéressé. On n’a pas trop le droit d’être épuisée quand le sujet est important. Et c’est exactement le piège.
Moi, je publie un roman sur des thématiques qui me tiennent à cœur. Je parle de représentation sur Instagram. Et en même temps, j’ai un emploi salarié où je range une partie de moi dans un tiroir en arrivant le matin, parce que les deux mondes ne peuvent pas coexister. Ce phénomène a aussi un nom : le code switching, documenté chez les personnes racisées, les personnes LGBTQIA+, les personnes en situation de handicap. Le fait de devoir adapter, moduler, modifier son langage, son comportement, parfois jusqu’à sa personnalité, selon l’espace où on se trouve pour ne pas subir de conséquences.
Dans mon cas concret : dans ma vie d’autrice, j’écris en écriture inclusive aussi souvent que je le peux. Ce n’est pas une posture, c’est une conviction. La neutralité au masculin n’a jamais existé. Point. Mais dans un mail professionnel, dans un contexte institutionnel, c’est impossible. Pas parce que mon employeur s’y opposerait forcément, mais parce que j’écris à des clients à qui je vends une solution, qui n’ont rien demandé, et faire ce choix serait prendre position. Donc je fais autrement. Et mon militantisme reste dans le tiroir.
C’est Arlie Hochschild qui avait théorisé cette fatigue cognitive et émotionnelle liée au fait de devoir adapter en permanence son expression à un contexte qui ne correspond pas. Et quand ce switch touche des pratiques militantes, il y a une dissonance supplémentaire entre ce qu’on défend publiquement et ce qu’on fait concrètement dans d’autres espaces de sa vie. Cette dissonance, il faut la gérer. Et elle épuise aussi.
L’image qui m’est revenue, c’est Clark Kent au bureau et Superman dans ma vie d’autrice. Sauf que Clark reste une figure de pouvoir et de privilège, et ce que je vis, c’est du concret, c’est politique. C’est encore une forme de double conscience, parce que je me vois à travers le regard d’une société qui ne me reconnaît pas comme étant entière, et je dois habiter deux entités pour tenter de les réconcilier. C’est ce que W.E.B. Du Bois théorisait dans The Souls of Black Folk. Rien de nouveau. Il y a quelque chose de rassurant à savoir que ça a déjà été nommé, contextualisé. Et quelque chose de profondément frustrant à réaliser que ça n’a pas changé, puisque certaines de ces théories remontent à 1903.
La littérature académique couvre le code switching au travail, la racial battle fatigue, le burn-out militant. Mais elle ne couvre pas le cas de l’autrice racisée, engagée sur la représentation dans l’édition, qui doit en même temps naviguer ce code switch dans son emploi du temps réel. C’est mon quotidien. Et il n’y a pas encore de carte pour ça. Peut-être qu’un jour quelqu’un prendra le temps de le théoriser. Je me le garde en tête.
Désenchantée, mais pas défaitiste (à partir de 09:47)
Oui, je suis désenchantée avant même que mon livre sorte. Pas parce que je ne crois plus en ce que j’écris. Mais parce que je comprends de mieux en mieux dans quoi je mets les pieds, et qu’il n’y a pas encore de carte pour naviguer avec ça.
Mais le désenchantement a une puissance particulière : il force à prendre conscience de la réalité, à chercher des alternatives, des outils pour continuer d’agir malgré tout.
Et l’un de ces outils, c’est se rappeler de ce qui a été fait. Une amie autrice me l’a rappelé récemment. Elle m’a remis face à l’enjeu réel, au-delà du désenchantement systémique de l’édition. Elle m’a rappelé que j’ai réussi à faire sortir un livre qui ne parle ni de racisme ni d’esclavage, écrit par une personne noire française, dans ce contexte politique qu’on connaît. Un livre qui aborde des sujets qui touchent toutes les familles, en particulier les familles afrodescendantes et de la diaspora afro-caribéenne, mais pas seulement, et qui est contemporain dans ses thématiques. Ce n’est pas rien. Et c’est important que je me le rappelle.
Elle m’a aussi rappelé que j’appartiens maintenant à quelque chose. J’ai rejoint cette littérature noire française, si petite, aussi fine qu’une peau de chagrin, mais qui existe. Et que c’est le début de quelque chose.
Elle m’a dit aussi : aller au-delà de tout ce bruit, de ce désenchantement, des conditions politiques dans lesquelles ce livre va sortir, et mettre de la joie. Elle est d’ailleurs co-autrice d’un ouvrage sur la joie que j’ai acheté il y a deux mois et que je vais enfin prendre le temps de lire. Je vous en parlerai.
Juin m’a rincée (à partir de 13:37)
La reprise du CDI a été bien plus énergivore que je l’avais anticipé, même si tout se passe très bien et que j’en suis vraiment contente. Merci à toutes les personnes qui m’ont envoyé des messages de soutien, qui ont pris le temps de demander comment ça s’était passé. Ça me touche beaucoup. Et merci aussi pour tous les messages d’anniversaire, c’était le 21 juin. J’avais lancé un jeu concours ce jour-là, il s’est terminé hier pour celles et ceux qui sont sur la newsletter, vous aviez été notifié·es depuis le mois dernier.
Malgré le désenchantement, malgré l’épuisement, tout ça participe à me permettre de continuer. Donc merci. Vraiment.
Je ne suis pas Hercule. Je ne suis pas Clark Kent. Mais à mon échelle, je pense que je vais y arriver. Mener ces deux vies de front. Ça ne fait que trois semaines, c’est peu pour faire tous les ajustements nécessaires. Mais j’ai confiance.
Comment ? En ralentissant. Encore. Toujours. On n’en finit jamais, en réalité.
Le repos comme acte de résistance (à partir de 15:14)
Lors du dernier book club de l’association Overbookées, on a reçu Isis Labeau Caberia, dont je vous ai déjà parlé. Elle a rappelé quelque chose d’essentiel : le repos est une arme de résistance.
Tricia Hersey, fondatrice du Nap Ministry, avait théorisé ça en 2016. L’idée que nous ne nous reposons pas pour être productives, nous nous reposons simplement parce que c’est notre droit. Et elle va plus loin : le repos dans sa forme la plus simple devient un acte de résistance et une reconquête du pouvoir, parce qu’il affirme notre humanité la plus fondamentale.
Isis l’a conclu ainsi : peut-être que le monde ira mieux lorsque les femmes noires auront enfin droit au repos.
Si vous ne comprenez pas pourquoi cette phrase est importante, je vous renvoie à tout le contenu que je partage sur Instagram et sur ce podcast. Les femmes noires sont à la croisée de toutes les discriminations et de toutes les luttes. Et les femmes noires ne se reposent pas. Ça vient de l’époque de l’esclavage, a minima. Et ça se traduit dans toutes les strates de notre société aujourd’hui.
Je vais donc partir en vacances une semaine après mon séminaire d’entreprise de trois jours, qui va sans doute aussi me mettre KO. Je vais me forcer à ralentir, laisser mon cerveau en jachère, juste prendre des notes quand des idées vont surgir parce que ce serait dommage de les laisser filer. Et je vais être cette autrice noire qui jongle entre deux vies dans un contexte politique qui se dégrade, dans une industrie qui ne nous facilite rien, et qui choisit quand même le repos. Pas comme une forme de passivité. Comme un acte nécessaire pour continuer.
Le tapis MAHOLA, mon objet totem (à partir de 17:05)
J’avais promis un update sur le tapis de yoga Mahola. Le voilà.
Je l’aime vraiment. Sans doute parce qu’il est fait main, unique, avec une matière qui se sent sous les doigts. Et sans doute parce que je l’ai choisi pour ses valeurs, qui résonnent avec les miennes. La marque travaille avec du coton biologique tissé à la main dans une logique de réduction d’impact sur la biodiversité tout au long de la chaîne de production. Ils investissent dans des projets de reforestation et de restauration des habitats. Leurs engagements sociaux sont réels : conditions de travail équitables, soutien aux communautés locales avec un focus sur l’Inde notamment. Et la marque est co-créée par une personne d’origine indienne. Ce n’est pas du greenwashing de façade, c’est une démarche cohérente de la culture du coton jusqu’à l’atelier.
Ce tapis va être mon objet totem pour me rappeler que le repos est un acte de résistance. Que prendre ce repos, mettre de la joie dans mon quotidien, aller sur ce tapis pour faire des étirements, méditer, visualiser, ou juste être là à ne rien faire, c’est aussi ma forme de militantisme. Et la manière dont je vais aller chercher l’énergie dont j’ai besoin pour tout ce qui arrive.
Le repos n’est pas une faiblesse. C’est un outil.
Si vous avez envie de tester, il y a en ce moment des soldes sur leur site et j’ai un code promo à votre disposition dans les notes de l’épisode : MAHUNAYOGA, moins 10% sur leur site. Code d’affiliation, donc je reçois aussi une commission sur les achats. Je ne vous oblige à rien, mais comme je vous l’ai dit il y a quelques mois, c’est important pour moi de parler de ce que je mets en place pour prendre soin de ma santé mentale et physique, en particulier en tant que femme noire racisée avec l’endométriose. Si parmi vous il y a d’autres femmes racisées qui jonglent entre plusieurs vies, j’espère que tout ça peut être un début de réflexion, selon votre budget, votre temps, vos envies.
Nouvelles lectures et deux nouveaux projets (à partir de 21:08)
J’ai ajouté de nouvelles lectures dans ma liste de recommandations d’autrices et auteurs racisé·es sur mon site. J’ai lu de nouveaux ouvrages en juin et je compte bien profiter de cette semaine de vacances pour lire comme jamais, essayer de redevenir cet enfant de 10 ans qui lisait 10 livres par semaine. En juillet il y aura beaucoup plus de recommandations que d’habitude, surveillez la liste.
Et avant de terminer, une petite exclusivité : je vous ai déjà dit que j’avais signé un quatrième contrat d’édition. Je vous donne maintenant les noms de code de mes projets en cours.
Projet Pichoun : un outil pour tous, qui aborde un sujet tabou.
Projet Mangue : une romance au lycée. Une vraie romance.
L’un des deux est déjà sous contrat. Je ne vous dis pas lequel. Et pour l’autre, je vous en dis plus bientôt.
Bon mois de juillet. Prenez soin de vous, de vos proches, de votre santé mentale, émotionnelle et physique. Hydratez-vous. Et mettez du repos dans votre quotidien. C’est important.
À très vite.
Mahuna
PS : la newsletter est gratuite mais vous pouvez me soutenir à hauteur de vos envies ici
Sources : Tricia Hersey, Rest is Resistance : A Manifesto, Little, Brown Spark, 2022. William A. Smith (2003), Racial Battle Fatigue ; Gorski & Chen (2015), Frayed All the Way ; McCluney et al. (2021), HBR ; Arlie Hochschild (1983), The Managed Heart ; W.E.B. Du Bois (1903), The Souls of Black Folk.
112 - Arrêter de militer contre les gens qu'on prétend défendre
Sunday, June 14, 2026 • Duration 20:11
Se dire allié et continuer à invisibiliser les personnes qu’on prétend défendre, n’a rien avoir avec du militantisme. C’est de la posture. Et si tu ignores l’outil révolutionnaire qu’est le regard situé, tu n’es peut-être pas l’allié que tu prétends être 🫣.
Installez-vous. Parce qu’aujourd’hui on va parler d’un concept qui a changé ma façon de lire, de créer, de consommer, de militer. Et on va partir d’un commentaire. Un commentaire banal, posté sous ma dernière vidéo. Un commentaire bien intentionné, probablement. Et pourtant un commentaire qui illustre exactement ce dont on va parler aujourd’hui.
Quelqu’un a donc écrit sous ma publication sur Chères Ancêtres d’Isis Labeau-Caberia : “publié chez Grasset qui a été racheté par Bolloré.” Sous-entendu : problème. Sous-entendu : boycott.
Sauf que.
Isis a essuyé une vingtaine de refus (d’après ce que j’ai vu dans une de ses stories) avant que Grasset lui dise oui. Vingt refus. Pour un ouvrage qui parle “des résistances anticoloniales des femmes esclavisées, qui ressuscite une mémoire longtemps censurée”, qui nous donne des noms, des visages, des stratégies de survie et de lutte. Quand vous êtes une autrice noire et que le milieu de l’édition vous ferme ses portes les unes après les autres et qu’enfin quelqu’un vous dit oui, vous signez. Parce que c’est ça la réalité concrète des autrices racisées dans ce milieu.
Ce livre est sorti avant que Bolloré prenne le contrôle éditorial de Grasset. Isis n’a pas signé avec Bolloré. Tout comme plusieurs autres auteurices racisé.es dans des maisons d’éditions “appartenant” à Bolloré. Iels n’ont pas tous.tes les moyens, la possibiité de basculer d’une maison d’édition à une autre, comme ça, en claquant des doigts. Car le milieu de l’édition, de base, les invisibilise déjà (et je vous renvoie à tout mon contenu ici et sur Instagram sur ces sujets).
Et surtout. Boycotter Grasset aujourd’hui ne nuit pas à Bolloré. Bolloré s’en fiche. C’est Isis qui perd des ventes, de la visibilité, des opportunités de carrière. C’est elle qui paie la facture d’un militantisme qui n’a pas pris le temps de se demander sur qui allait tomber ce geste. Isis elle-même l’a dit dans un carrousel : boycotter, oui, mais intelligemment, stratégiquement. Parce que Bolloré n’a pas investi dans l’édition pour faire de l’argent. Il l’a fait pour le contrôle des idées.
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111 - Entrez dans une nouvelle ère...
Tuesday, June 2, 2026 • Duration 28:43
Hello ! J’espère que vous allez bien malgré la canicule. Enfin, aujourd’hui c’est un peu plus supportable. On est le 1er juin, mon mois préféré de l’année. Déjà parce que c’est le mois de mon anniversaire, et parce que c’est le mois qui introduit l’été. Les deux réunis font que c’est aussi le moment où je prends le temps de regarder ce qui a été fait, ce qu’il reste à faire, comment me projeter pour la suite.
S’il y a des Gémeaux parmi vous : manifestez-vous. On est apparemment le signe le plus adoré et le plus détesté en même temps, et à lire le contenu qui passe en ce moment j’arrive pas à décider si je suis une personne adorable ou totalement détestable 😂. Bref.
Beaucoup de sujets dans cet épisode, je vais les passer rapidement : les changements liés au CDI qui démarre cette semaine (dès le début), un update santé (06:30), les corrections édito de Comète (09:00), la couverture, la liste pour enfants (14:00), le guide diversité (19:10), et mes lectures du mois.
C’est parti pour le CDI
Je suis à une semaine de la reprise du salariat et j’ai l’impression de me préparer à un grand voyage. Depuis trois semaines j’essaye de tout faire en avance : produire du contenu, me mettre à jour sur mes lectures en cours, planifier ma vie d’autrice pour les sept prochains mois, remettre des routines en place, voir des amis et de la famille avant que le rythme change.
Le premier mois va être intense, c’est toujours comme ça quand on change d’emploi. Et surtout, même s’il y a des similitudes avec ce que je faisais avant, travailler dans la cybersécurité c’est une vraie reconversion, il y a énormément à apprendre. C’est ce que j’ai choisi, c’est ce que je voulais. Mais ça va être costaud au début.
Ah, et pendant que j’y suis : vous êtes les premiers à le savoir, je prépare un concours parce qu’on est 40 000 sur Instagram. C’est grâce à vous, clairement. Et pour moi, 40 000 personnes ça veut dire 40 000 personnes potentiellement conscientes de ce qui se passe autour de la représentation des personnes racisées et minorisées dans l’édition, qui luttent à leur échelle, qui diffusent ces messages autour d’elles. En tout cas j’espère que c’est ce que vous faites si vous êtes là. Parce qu’on ne peut pas juste lire des livres avec des personnages racisés tout en ayant les yeux fermés sur tout ce qui se passe à côté. Pour moi c’est de l’incohérence. Mais passons.
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110 - Update projets, guide diversité, liste livres jeunesse
Sunday, May 3, 2026 • Duration 19:47
Hello, j’espère que vous allez bien.
J’ai une grande nouvelle à vous annoncer, et elle a un impact direct sur tous les projets en cours : le guide diversité, le listing d’ouvrages non problématiques avec des personnages racisés à destination des bébés et des enfants. Je vais essayer d’être aussi succincte que possible, mais ça me semblait important que vous compreniez pourquoi certaines choses vont prendre plus de temps que prévu.
Cette grande nouvelle, c’est que j’ai trouvé un CDI 🚀✨.
Deux ans sans
La dernière fois que j’étais en CDI, c’était en mai 2024. Ça s’est terminé de manière profondément humiliante, une trahison de la part de mon employeur, je ne vais pas rentrer dans les détails maintenant. Disons que c’était la goutte d’eau. Nouveau burn-out. Nouvelle remise en question de mes compétences, malgré deux masters. Ces deux dernières années sur le plan du salariat, c’était pas facile.
Pourquoi est-ce que j’ai voulu y retourner quand même ? Parce que la vie d’autrice ne paie pas les factures. Je suis auto-éditée depuis fin 2020 début 2021, et bientôt publiée en novembre 2026. Mais ce n’est pas grâce à la vente de mes 2500 recueils de poésie contemporaine (qui sont maintenant disponibles à la commande partout en librairies) que je peux payer mes factures. C’est un chiffre plus que correct au regard du fait que la poésie reste un segment niche, mais ça ne paie pas les factures, bref.
La vie d’autrice en France, dans la France de Macron, c’est pas le métier qui paie les factures. Un auteur, une autrice, gagne en moyenne un à deux euros par livre vendu, ça dépend des formats, ça dépend d’un tas de choses. Et une minorité infime d’autrices en France arrive à vivre de son écriture aujourd’hui. Je ne fais clairement pas partie de cette minorité. Si je vis aujourd’hui, si je ne suis pas à la rue, c’est grâce à mes économies. C’est tout.
Pourquoi ce CDI change tout
J’ai galéré à le trouver depuis décembre, malgré plusieurs masters, malgré des formations supplémentaires. Mais c’est pas ça le sujet de cet épisode.
Ce qui compte, c’est ce que ça change. Ce CDI va me permettre de vivre ma vie d’autrice sans la pression financière. Ça ne veut pas dire que ne j’espère pas vendre mes livres, faut pas croire 😌. Mais depuis 2020, j’ai vu comment mon anxiété s’est développée, comment d’autres symptômes physiques, émotionnels, mentaux ont émergé liés à cette pression. Vouloir vivre de ma vie d’autrice, c’est pas la bonne stratégie pour moi, pas aujourd’hui. Ce que je veux, c’est un contexte qui me permet de tester des choses, de me tromper, d’échouer, de tester des projets, des partenariats, des formats, sans que tout ça soit conditionné à ma survie financière.
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108 - Ecrire et signer trois romans en un an...
Monday, April 6, 2026 • Duration 26:17
Ça faisait longtemps que vous n'aviez pas entendu parler de moi côté podcast. On est en avril, et j'ai passé les trois premiers mois de l'année à terminer les corrections de Comète. Mais avant d'aller plus loin, j'ai trois nouvelles à vous annoncer, parce que je sais que certain·e·s d'entre vous ne vont pas tout lire jusqu'au bout, et je suis quand même sympa.
Sonate et Plumes sont sous contrat d’édition !
Oui. Les deux.
Sonate a disparu de Wattpad il y a quelques semaines. C’était annoncé : je ne pouvais le partager que parce qu’il n’était pas encore sous contrat. Et maintenant il l’est. Plumes aussi. Ce qui veut dire que j’ai écrit et signé trois romans en un an.
Je pose ça là, pour la Mahuna du futur qui doutera et qui se dira que les choses sont compliquées.
Pour celles et ceux qui arrivent : Comète est le tome central. Sonate est le préquel, ce qui se passe avant. Plumes est la suite. On peut les lire dans n’importe quel ordre, mais ils sortiront ainsi : Comète en novembre 2026, Sonate en 2027, Plumes en 2028. Je ne vous dis pas encore chez qui ils sont signés, sinon ce ne serait pas drôle. Mais si ça vous intéresse que je partage les trois moodboards ensemble, dites-le moi.
Je serai au Festival du Livre de Paris !
Troisième nouvelle : je serai au Salon du Livre de Paris, pas en tant que lectrice, pas encore en tant qu’autrice de Comète puisqu’il n’est pas sorti, mais en tant qu’autrice tout de même, avec mes deux recueils de poésie.
Et surtout, je ferai partie d’une table ronde autour de la question « Quelles places pour les autrices noires ? » Je co-animerai cette table ronde avec Jamila, la co-autrice de (dont j’ai fait une chronique sur Instagram, je vous la partage). Et j’ai embarqué avec moi Déli d’Overbookées pour modérer, parce que je ne voyais personne de plus qualifiée compte tenu du sujet et de l’expérience de Déli, et parce que je savais que je serais en confiance.
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104 - Le cadre de Sonate
Monday, January 12, 2026 • Duration 19:19
Bonne année 🥳
Qu’elle vous soit douce, belle dans la santé et l’amour !
Avant de commencer, voici le petit rappel pour aller lire le nouveau chapitre de mon roman Sonate. Hâte de savoir si tu l’as aimé. Si vous pouvez créer un compte pour pouvoir voter pour les chapitres, ça m’aide beaucoup à faire connaître le roman sur la plateforme à plus de personnes. Et dans l’optique de le signer en maison d’édition aussi :)
La formation LICARES ouvre à nouveau ses portes. C’est la formation qui m’a permis de terminer et de signer mon roman Comète. Si tu veux en savoir plus et profitez de mon code promo, clique ici. Je t’y explique tout ce qu’il y a à savoir dessus 😉
1 - Le cadre de Sonate
À la base, mon roman Comète (disponible en 2026) devait être un one-shot, un seul tome. Quand j’ai décidé d’écrire un contemporain, je voulais quelque chose de plus accessible et de “faisable”, parce que quand j’ai commencé la formation LICAR, j’avais plusieurs idées en tête, dont certaines avaient déjà l’air de pouvoir devenir des sagas — et moi, je n’étais pas prête pour ça. Je voulais juste réussir à terminer un roman, pas porter une saga, que ce soit en contemporain ou en afro-solarpunk (puisque j’ai aussi ce projet-là en tête).
Sauf que quand mes bêta-lecteur·ices ont lu Comète, iels ont ressenti une forme de frustration : certain·es personnages les laissaient sur leur faim, et iels auraient voulu en savoir plus. C’est à ce moment-là que l’idée m’est venue d’écrire un préquel (un tome avant Comet) et un sequel (un tome après). Et donc, Sonate, c’est le préquel. On y suit des personnages présents dans Comet, mais je ne dis pas lesquels parce que je ne veux pas spoiler — ni celles et ceux qui n’ont pas encore commencé Sonate, ni ce qu’il se passe dans . Je précise juste qu’on retrouve des personnages d’un tome à l’autre.
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103 - Mon année 2025
Episode 102
Monday, December 29, 2025 • Duration 44:35
Avant de commencer, voici le petit rappel pour aller lire le nouveau chapitre de mon roman Sonate. Hâte de savoir si tu l’as aimé. Si vous pouvez créer un compte pour pouvoir voter pour les chapitres, ça m’aide beaucoup à faire connaître le roman sur la plateforme à plus de personnes. Et dans l’optique de le signer en maison d’édition aussi :)
Prendre le temps de faire le point
J’espère que vous allez bien depuis le dernier épisode.J’espère que les fêtes de fin d’année se passent bien pour vous, que vous soyez seul·e ou accompagné·e. J’espère surtout que vous vous sentez aimé·e et que vous prenez soin de vous, à votre manière, avec vos moyens, votre énergie du moment.
Avant toute chose, j’ai envie de dire merci.Merci aux personnes qui sont toujours là malgré mon absence depuis le mois de septembre. Merci aussi aux nouvelles personnes qui nous ont rejoints ces derniers jours. Vous êtes quasiment 400 de plus, et ça me touche énormément. Merci d’avoir choisi de vous joindre à cette aventure avec moi.
Je vais prendre quelques minutes pour me représenter, parce qu’il y a des nouvelles personnes ici.Je suis Mauna Vigam, poétesse, romancière, animatrice d’ateliers d’écriture émotionnelle et podcasteuse. J’ai auto-édité deux recueils de poésie, Au-delà de nos maux et Tant que j’aimerai, qui se sont vendus à un peu plus de 2500 exemplaires depuis 2021. Et je précise souvent ce chiffre parce que la poésie reste un genre de niche : en général, on parle de tirages annuels à 100 ou 200 exemplaires. Donc oui, c’est beaucoup, et oui, j’en suis fière.
J’anime des ateliers d’écriture émotionnelle pour libérer les émotions, que ce soit lors de retraites, en groupe, dans des camps de lecture, en individuel, lors de retraites de yoga, et même parfois en entreprise. Ça m’est déjà arrivé.Ici, on parle d’écriture, de lecture, de bien-être et d’édition. Et mon roman contemporain Young Adult, Comète, publié en maison d’édition, sera en librairies en 2026.
Pourquoi cet épisode existe
Cet épisode se scinde en deux parties.La première est un bilan de l’année écoulée. La seconde est consacrée aux questions que vous m’avez posées . J’ai envie de faire ça plus souvent : vous poser des questions avant d’enregistrer, prendre le temps de m’arrêter, de réfléchir, plutôt que d’être toujours dans l’accélération et dans la course aux objectifs que je me fixe.
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101 - Mon avis sur la formation LICARES
Wednesday, September 17, 2025 • Duration 32:15
Aujourd’hui, j’ai envie de vous emmener dans les coulisses d’un outil qui a été décisif dans mon parcours : la formation LICARES.
C’est un épisode spécial. Comme je vous l’avais déjà dit, si j’ai quelque chose d’important à partager avec vous, je prends le temps de le faire, même si ça bouscule un peu le rythme habituel de la newsletter et du podcast. Et croyez-moi, ce que j’ai à vous dire aujourd’hui mérite largement cette petite parenthèse.
Installez-vous bien, prenez un thé ou un café… c’est parti !
Pourquoi je vous parle de LICARES aujourd’hui
En 2026, mon roman contemporain Young Adult, Comète, sortira en librairie. Rien que d’écrire cette phrase, ça me donne encore des frissons. Et si je peux vous annoncer ça aujourd’hui, c’est aussi grâce à un outil qui a largement contribué à ce que je signe ce contrat d’édition (et les deux autres pour mes romans Sonate et Plumes) : la formation LICARES.
Je l’ai suivie sur deux modules :
* Devenir écrivain (qui existe depuis plusieurs années, connue dans le milieu de l’édition),
* et Devenir écrivain auto-édité, une formation plus récente, créée en novembre 2023.
J’ai suivi les deux, en commençant par « Devenir écrivain » en mai 2023 (promo NYX ), puis « Devenir écrivain auto-édité » (promo Comète – oui, le même nom que mon roman, comme un signe du destin).
Pourquoi deux formations ? Parce que j’étais tellement satisfaite de la première que j’ai eu envie d’aller plus loin. Et puis, je me suis dit : si jamais je n’arrivais pas à signer de contrat pour , au moins j’aurais toutes les clés en main pour l’auto-éditer correctement.
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100 - Écrire pour exister : Comète et moi contre l'invisibilisation dans l'édition
Season 3 · Episode 100
Tuesday, September 9, 2025 • Duration 24:22
Hello, j’espère que tu vas bien, que tu as passé un bel été, et que la rentrée se déroule en douceur. Ça faisait un petit moment que tu n’avais pas entendu ma voix ou lu mes mots : le dernier épisode datait du début du mois d’août. J’ai pris le temps de réfléchir, de poser mes intentions pour ce podcast et pour tout ce que j’ai envie de partager avec toi. J’en suis arrivée à la conclusion que, pour l’instant, un rythme d’un épisode par mois est ce qui me convient le mieux.
Je préfère miser sur la régularité et l’engagement plutôt que de me disperser. Bien sûr, si une actualité brûlante surgit ou si un sujet me touche particulièrement, je pourrai toujours faire un épisode bonus. Mais en ce moment, avec la fin d’année qui s’annonce bien chargée, je préfère rester réaliste et tenir la cadence.
Et aujourd’hui, j’ai envie de te raconter ce qui a bougé ces dernières semaines, ce qui a traversé ma tête et mon cœur, ce qui m’a révoltée aussi… Parce qu’on va parler de visibilité, de place en librairie, de commentaires parfois violents, mais aussi de mon parcours d’autrice, depuis mes premiers mots d’enfant jusqu’à la signature de mon roman Comète en maison d’édition.
Le déclic : chercher des livres qui ressemblent à Comète
Tout a commencé par une scène toute simple, presque banale : en juin, j’étais à Paris et j’ai eu envie d’aller fouiller en librairie. Pas pour acheter au hasard, mais pour répondre à une question très précise : où sont rangés les romans contemporains écrits par des personnes noires françaises, avec des personnages noirs ? Pas francophones venus d’ailleurs, pas des traductions, mais bien des voix d’ici, en France.
Je suis allée dans trois FNAC et trois grandes librairies. Et j’ai fait chou blanc. Personne n’a pu m’orienter. Je ne trouvais pas ce que je cherchais. Bien sûr, je sais que ces livres existent, mais leur invisibilité m’a sauté au visage. Et immédiatement, une question m’a frappée : le jour où Comète sortira en librairie, où sera-t-il rangé ?
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99 - 📣 La grande annonce : Comète entre en maison d’édition !
Sunday, August 3, 2025 • Duration 12:30
Hello hello,
J’espère que tu vas bien, et que ton été se passe bien ? Moi, ça y est, je reviens te parler dans La Voix des Mots, après quelques semaines bien chargées, remplies de chaleur (humaine, surtout) et de belles nouvelles. Cet épisode — le 99e, déjà ! — est un petit moment suspendu. Une bulle douce pour t’annoncer une grande, grande joie : j’ai signé mon roman Comète. Voilà, c’est dit. Et je suis encore un peu sonnée.
Je t’emmène dans les coulisses ? Allez, viens.
☀️ Juillet, entre respiration et corrections
Le mois de juillet, je l’ai pris comme une pause active. J’ai été bénévole au camp de lecture The Bookmates. J’y ai animé des ateliers d’écriture thérapeutique, des moments d’éveil du corps, des apéros lecture… et j’y ai surtout rencontré des personnes lumineuses. Certaines que j’avais déjà croisées l’année passée, d’autres avec qui j’ai pu créer des liens.
Et puis j’ai aussi poursuivi mes ateliers d’écriture à la librairie Majo, notamment dans le cycle autour de nos corps. Un thème qui me tient à cœur, tu le sais si tu me suis depuis quelque temps : parler du corps et de son rapport à nos émotions, du rapport qu’on entretient avec lui, de la façon dont on l’aime — ou pas —, c’est aussi prendre soin de soi.
Mais revenons à cette nouvelle qui me fait encore frissonner.
💫 Comète a trouvé sa maison
Comète, c’est ce roman dont je parle depuis avril 2024 (même si l’idée a commencé à germer bien avant). Un roman contemporain Young Adult, qui explore les quêtes identitaires, les traumas transgénérationnels, les histoires de famille, la vengeance, et un peu — juste un peu — de romance. Tout un programme, n’est-ce pas ?
J’ai commencé à écrire les premières vraies lignes de Comète en mars 2024. C’est là que toutes les idées éparses que j’avais en tête depuis mai 2023 se sont alignées pour former quelque chose de cohérent. J’ai réécrit, j’ai fait lire, j’ai douté, j’ai retravaillé. Et puis, en janvier 2025, j’ai mis le point final. Et en juin 2025, j’ai signé le contrat d’édition. 🎉
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Qui a besoin de Bolloré quand on a des alliés comme ça.
Ce commentaire m’a mise en colère. Parce qu’il illustre quelque chose que je vois partout et qui me fatigue profondément. Le militantisme de façade. Celui qui se donne bonne conscience sans jamais interroger l’impact réel de ses gestes. Et invariablement, ce sont les personnes marginalisées qui absorbent les dégâts. Pas Bolloré. Pas le système. Isis.
bell hooks appelait ça la politique sans pratique. Le geste visible qui soulage celui qui le fait, sans transformer la réalité de ceux au nom desquels il prétend agir.
Et pour comprendre pourquoi ce commentaire est le symptôme d’un problème plus profond, il faut qu’on parle d’un outil. Le regard situé.
D’où vient la notion de regard situé ?
En 1988, Donna Haraway, biologiste et philosophe des sciences féministe, publie un article qui va tout changer : Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective, dans la revue Feminist Studies. Elle s’attaque à deux illusions symétriques. D’un côté le regard de nulle part, celui qui prétend à l’objectivité totale, ce qu’elle appelle le god trick, le truc de Dieu, faire croire qu’on voit tout depuis nulle part. De l’autre le relativisme total qui dit que toutes les perspectives se valent. Elle refuse les deux. Pour elle la seule connaissance honnête est partielle, localisée, incarnée.
Mais le terrain avait été préparé. Sandra Harding et Nancy Hartsock avaient déjà développé dans les années 70-80 le feminist standpoint theory : les femmes, précisément parce qu’elles occupent une position dominée, ont accès à des connaissances que les dominants ne voient pas.
En 1990, Patricia Hill Collins approfondit la dimension raciale. Elle montre que le regard situé ne peut pas ignorer l’imbrication des oppressions. Race, genre, classe se croisent et produisent des positions de savoir distinctes. Une femme noire ne voit pas le monde comme une femme blanche, ni comme un homme noir. Elle appelle ça la matrix of domination.
En 1989, Kimberlé Crenshaw formalise l’intersectionnalité. Ce n’est pas juste un concept, c’est un outil juridique et analytique pour nommer ce que les grilles d’analyse unidimensionnelles ratent.
Et bell hooks théorise le regard depuis la marge comme un regard critique et résistant. Celui qui voit ce que le centre ne voit pas parce qu’il n’a aucune raison de le chercher.
Aujourd’hui ce concept circule dans les études postcoloniales, la critique des algorithmes, les sciences de l’information. Safiya Umoja Noble montre que les biais des moteurs de recherche sont des regards situés non déclarés, présentés comme neutres. Google n’est pas objectif. Google est situé.
Ce que ça veut dire le regard situé concrètement
Le regard situé c’est la conscience que toute connaissance est produite depuis une position spécifique. Un corps, une histoire, une classe, une race, un genre. Personne ne voit le monde depuis nulle part. La question c’est : est-ce qu’on le sait, et est-ce qu’on le dit ?
Pour une personne non racisée, ça commence par une question inconfortable. Depuis où est-ce que je parle ? Quand tu partages un contenu sur les minorités, tu vérifies si la personne qui parle est elle-même concernée ou si c’est encore quelqu’un qui parle à la place de. Quand tu boycotts quelque chose au nom d’une cause, tu te demandes : qui trinque concrètement si je fais ça ?
Pour une personne racisée, c’est différent parce que le travail n’est pas le même. Le regard situé c’est d’abord une légitimation. Ce que tu vois et que les autres ne voient pas, ce n’est pas de la subjectivité excessive. C’est de la connaissance produite depuis une position que les autres n’occupent pas. Ton inconfort face à un roman présenté comme universel où le personnage racisé sonne faux, où la douleur est esthétisée pour un regard blanc, cet inconfort c’est ton regard situé en action.
Le transformer en muscle
Et c’est là où je veux aller plus loin qu’Haraway. Elle a donné l’outil épistémique. Moi je veux parler de son application dans le quotidien comme pratique de résistance continue.
Parce qu’une fois que ce regard est actif, tu ne peux plus faire les mêmes gestes de la même façon.
Tu entres dans un coffee shop qui se dit vietnamien. Mais à l’intérieur, rien de vietnamien. Une esthétique épurée, occidentale, revisitée pour un public bobo parisien. Le regard situé te demande : qui a créé cet espace ? Qui en tire profit ? Où sont les restaurants tenus par des personnes vietnamiennes dans ce même quartier ? Est-ce que je peux les trouver et y aller à la place ?
Tu commandes un matcha latte. Le regard situé te dit que le Japon est en crise de production de thé matcha à cause du dérèglement climatique, que la demande occidentale explose et que ça crée une pression sur les producteurs japonais qui ne peuvent plus suivre. Tu bois quand même peut-être, mais tu sais.
Tu vois le moringa latte arriver dans les coffee shops branchés. Le regard situé te dit que les populations africaines consomment le moringa depuis des siècles, que cette plante va être extraite de son contexte, rebrandée, surpayée, revendue à des populations occidentales pendant que les populations qui en sont à l’origine n’en tireront aucun bénéfice économique. C’est le même mouvement que le yoga, que le hammam, que le gua sha, que la méditation de pleine conscience détachée du bouddhisme. C’est le capitalisme qui s’approprie, efface l’origine, et revend.
Et le bain froid. On ouvre des salles de bain froid en prétendant que c’est révolutionnaire, que ça va nous soulager, que c’est une découverte. Mais ce qu’on ne dit pas c’est que cette tendance s’appuie sur notre aveuglement à ce que fait le capitalisme à nos corps pour nous pousser à consommer. Il casse d’abord. Il revend la solution ensuite.
Audre Lorde appelait ça l’attention comme acte de survie. Pas attendre que les réseaux te livrent l’information. Être soi-même en état de vérification active.
Boycotter intelligemment : l’empire Bolloré
Donc revenons à Bolloré. Parce que le regard situé appliqué à son empire donne quelque chose de très précis.
Bolloré est un homme blanc, catholique traditionaliste, ultrariche, héritier d’un empire industriel construit en partie sur l’exploitation de ressources africaines, notamment au Cameroun et en Côte d’Ivoire via Bolloré Africa Logistics. Sa fortune a une géographie coloniale réelle, pas métaphorique. Il n’a pas investi dans les médias pour faire de l’argent. Il l’a fait pour le contrôle des idées. Contrôler quels regards sont diffusés à grande échelle, c’est contrôler ce qui passe pour évident, normal, universel. C’est le god trick d’Haraway appliqué à l’échelle d’un empire médiatique.
Alors boycotter, oui. Mais en sachant où tomber.
CNews, évite. Favorise Blast, Mediapart, les chaînes YouTube de journalistes indépendants racisé·es. Chaque vue que tu donnes à CNews est une donnée vendue à ses annonceurs.
Europe 1, évite. Favorise les podcasts de créateurs et créatrices racisé·es. Ta propre écoute devient un acte de redistribution d’attention.
Le JDD depuis juillet 2023, quand Bolloré a imposé Guillaume Dubois à sa direction et que presque toute la rédaction a démissionné en signe de protestation. Favorise Mediapart par exemple.
Les éditions Rubempré, créées en 2023 par des proches de la sphère Bolloré pour publier Zemmour et ses satellites idéologiques. Favorise les éditions indépendantes : Présence Africaine, Mémoire d’encrier et tant d’autres.
Relay en kiosque distribue majoritairement des titres Lagardère-Vivendi. Favorise les librairies indépendantes, les abonnements directs aux médias, les achats en direct chez les éditeurs indépendants.
Hachette Livre c’est le piège que Bolloré a construit en rachetant un empire aussi tentaculaire. Sous Hachette tu as Grasset, Fayard, Calmann-Lévy, Stock, Larousse. Boycotter en bloc détruit des centaines d’auteurs et d’autrices dont beaucoup sont racisé·es, LGBTQ+, ou publient des œuvres militantes. La stratégie c’est cibler et boycotter les titres publiés par des auteurs de la sphère idéologique Bolloré, et acheter activement les titres d’autrices racisées publiées dans le même groupe.
Le principe qui traverse tout : l’alternative n’est jamais juste achète ailleurs. C’est achète en faveur de quelqu’un de précis. Chaque euro dépensé est un regard situé en action.
Un mot sur Substack
En 2023, Chris Best, fondateur de Substack, a refusé de modérer les contenus nazis et haineux sur la plateforme au nom de la liberté d’expression. Des centaines de créateurs ont quitté la plateforme à ce moment-là. La controverse a été documentée.
Je suis toujours là. Pas par indifférence. Parce que les alternatives sont moins puissantes pour toucher les gens que je veux toucher, et que me déplacer sur une plateforme moins visible revient encore une fois à me punir moi pour les choix d’un fondateur blanc qui n’a aucune raison de se soucier de ce que ça me coûte.
C’est ça aussi le regard situé appliqué à ma propre situation. Je cherche activement une alternative. Et pendant ce temps c’est moi, créatrice racisée, qui dois faire ce travail. Pas lui.
C’est un choix contraint, conscient, nommé.
Pour finir
Le regard situé est un muscle. Et comme tous les muscles, il se développe à l’usage.
La prochaine fois que tu regardes un film présenté comme féministe qui ne mentionne pas l’intersectionnalité, tu sais ce qui manque et pourquoi. La prochaine fois que tu vois un appel au boycott, tu te demandes sur qui tombe ce geste avant de le relayer. La prochaine fois que tu entres dans un restaurant qui dit s’inspirer d’une culture sans que personne de cette culture n’en tire profit, tu vois le mécanisme.
Et surtout. La prochaine fois que tu partages le contenu de quelqu’un, que tu achètes un livre, que tu t’abonnes à une création, tu sais que c’est un acte. Pas un geste neutre. Un regard situé en mouvement.
Résistez. Vraiment, résistez. Mais résistez intelligemment. En faveur des personnes concernées, pas à leur détriment. Achetez les livres des autrices racisées. Partagez leurs publications. Allez à leurs événements. Là vous êtes utiles. Là vous êtes alliés.
Parce qu’un allié qui se trompe de cible et fait porter les conséquences aux personnes qu’il prétend défendre, franchement, on s’en passerait bien.
J’espère que cette réflexion vous aura été utile. Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à m’écrire pour me le dire. D’autres contenus sont disponibles dans les lettres et épisodes précédents et d’autres arrivent. Don raison de plus pour me donner votre avis 😉. Et en attendant, un commentaire, un like ou un repartage aide ce contenu à toucher autant de monde que possible. Nous ne serons jamais trop d’allié.es 🙏🏾
Prenez soin de vous,
Mahuna
Plus de contenus sur ces sujets
le post d’Isis Labeau Caberia expliquant sa position et revenant sur la complexité du monde de l’édition et l’hypocrise des soit-disants alliés
* lien 1 : d’autres questions à se poser pour appliquer le regard situé
* lien 2 : représentation, diversité et invisibilisation dans l’édition
Les insomnies sont toujours là. J’ai fait des analyses, je suis en bas de l’échelle côté magnésium et fer, donc je me supplémente depuis peu. Ce n’est pas dangereux mais ça coûte rien d’essayer, et je vous en redirai un mot si ça change quelque chose : moins de maux de tête, moins de fatigue constante, plus de facilité à rester endormie.
J’ai aussi testé un bain flottaison chez Meizo à Paris. Je vous en parlerai en détail dans une prochaine newsletter mais c’était vraiment pas mal. Je me suis fait masser aussi, et j’ai un autre massage prévu cette semaine parce que j’ai encore des douleurs musculaires. L’objectif c’est de commencer ce CDI au mieux de ma forme, ou autant que faire se peut.
On est loin d’un équilibre stable en termes de santé physique, mentale et émotionnelle. Mais je mettais ça de côté depuis des années, donc forcément le retour de bâton est rude. Ça va prendre du temps. Je m’accroche.
Comète : 30 heures de corrections en un week-end
J’ai reçu les corrections édito de ma maison d’édition vendredi soir dernier, et j’ai passé tout le week-end dessus. À part mon passage au festival Brillance de l’association Tant que je serai noire le samedi, c’était corrections non-stop. J’ai compté : 30 heures. À un moment j’ai levé la tête en pensant qu’il était 21h, il était 1h du matin. C’est sûr que ça n’aide pas contre les insomnies. Mais j’avais besoin d’avancer vite pour ne pas me retrouver en retard avec tout ce qui arrive en même temps, et pour que mon éditrice et toute l’équipe restent dans les temps.
J’ai appris des choses sur ma manière d’écrire au passage. Je ferai un épisode dédié une fois les corrections vraiment terminées, mais voilà ce que j’ai noté à chaud.
Je ne suis apparemment pas quelqu’un de drôle 🤣. En tout cas je ne sais pas écrire des scènes désopilantes. Je m’en doutais un peu, et c’est plus une question d’humour qui ne passe pas à l’écrit si on n’a pas le référentiel. Ce n’est clairement pas le coeur du roman, Dieu merci. Mais c’était intéressant à constater.
L’autre chose : j’ai tendance à écrire des contradictions. À dire quelque chose et son contraire juste après, comme s’il y avait deux voix dans ma tête qui ont chacune besoin de s’exprimer. Ce n’est pas normal d’écrire comme ça, il y a quelque chose à travailler là-dedans. Ça fait d’ailleurs écho à quelque chose qui se passe aussi à l’oral : il m’arrive d’utiliser des mots qui ont un sens totalement opposé à ce que je veux dire, et je m’en rends compte au moment où le mot sort. J’avais fait une vidéo sur Instagram là-dessus. Mais sur le plan de l’écriture, je pense que le travail se fera plutôt lors des réécritures futures, pas pendant le premier jet. Au moins maintenant je sais.
Et la couverture : pour celles et ceux qui sont dans le canal VIP (vous pouvez le rejoindre depuis votre téléphone) vous savez déjà. Elle est tellement belle. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant, mais si vous avez vu les moodboards de Comète, on est dans les tons bleus et dans les flammes. Voilà, c’est tout ce que je peux vous dire.
La liste pour enfants prend forme
Ça va prendre du temps, c’est acté. Mais voilà où j’en suis.
Le travail de Sarah Ghelamest votre point de départ en attendant. Son essai donne des clés de lecture pour identifier les livres sûrs pour vous et pour vos enfants, et tout ce qui est valable pour vos enfants l’est aussi pour vous en termes de conscience de représentation. Toute la collection de la maison d’édition On ne compte pas pour du beurre est à lire, à étudier, à recommander. Sarah Ghelam a aussi une newsletter où elle continue de parler de livres qu’elle identifie, n’hésitez pas à vous y abonner.
De mon côté, je vais me concentrer sur l’auto-édition, justement parce que Sarah s’est focalisée sur l’édition traditionnelle jusqu’à 2023. Et l’auto-édition est doublement invisibilisée : déjà parce qu’elle est souvent perçue comme une sous-catégorie médiocre de l’édition, et parce que les personnes racisées qui y publient le font souvent parce que les maisons d’édition leur ferment la porte, quand le manuscrit est de qualité et que la ligne éditoriale est cohérente. Donc il faut aussi regarder de ce côté-là.
Pour le format : j’avais pensé à un PDF ou un e-book mais le problème c’est que vous n’auriez pas accès à ce qui sort après. Et pour moi l’idée n’est pas de vous donner une liste figée, c’est de vous permettre de rester conscients en continu de ce qui existe, parce que vos enfants vont grandir et leurs besoins vont évoluer. Donc ce que j’ai fait pour l’instant : j’ai regroupé les livres pour enfants que j’ai lus sur une page de mon site internet, avec aussi toutes mes lectures de cette année. Je n’ai pas encore tout mis, et il y a des choses que j’ai lues depuis que je suis sur cette terre et qui ne sont plus dans ma bibliothèque, donc je ne peux pas tout lister. Mais l’idée c’est que chaque mois je vous dise si la page a été mise à jour. Le lien est ici.
Le guide diversité
Je travaille dessus dans un coin de ma tête, c’est-à-dire que ça tourne en permanence, que je prends des notes, et que tout ce que je partage sur Instagram vient nourrir cette réflexion. Pareil pour la liste enfants.
Je ne sais pas encore sous quel format vous proposer ça. Beaucoup d’entre vous ont rempli le formulaire que j’avais mis en ligne pour recueillir vos besoins. Ce que je sais, c’est que je veux que ce soit quelque chose d’évolutif, pas figé dans le temps, parce que la représentation dans l’édition évolue ( et les dingueries qui vont avec) et ce n’est pas en prenant une formation à un instant T qu’on comprend toute la complexité du sujet.
J’ai trois interventions qui arrivent dans les semaines et mois prochains, et les préparer va m’aider à voir les choses plus clairement sur la manière dont je veux vous proposer ça. En attendant, le contenu est déjà là : sur Instagram, dans les newsletters précédentes, dans le podcast, et dans les bibliographies que j’ai partagées. Parce que pour moi ça passe d’abord par la lecture. Vouloir écrire des personnes racisées sans lire de livres écrits par des personnes racisées, ça n’a pas de sens.
Je l’appelle encore « guide diversité » pour l’instant mais ça ne sera pas ça. Vous m’avez comprise 😉.
Ce que j’ai lu ce mois-ci
Les chroniques détaillées sont sur mon compte Instagram dans les stories à la une, et sur mes profils Babelio et Goodreads.
Fantasy de Johan Kavege : une BD à double entrée qui m’a broyé le coeur. Les illustrations sont magnifiques, les corps, les couleurs, les traits, les variations, tout. Je l’ai relue trois fois juste pour prendre le temps de regarder les pages. Si un jour je travaille sur un roman graphique ou de la fantasy heroïque, je pense que je solliciterai cet illustrateur. La BD se lit de gauche à droite ou de droite à gauche, avec une héroïne différente selon l’entrée choisie. Elles se croisent à un moment. Je n’en dis pas plus.
If You Stayed de Brittany C. Cherry : il y a deux personnages racisés dans cette romance, mais on aurait presque pu les remplacer par deux personnes blanches sans que ça change grand-chose à l’histoire. Il n’y a pas vraiment d’impact du fait qu’elles soient racisées dans la narration ou dans la représentation. Ce n’est pas ce qu’il y a de mieux de ce côté-là, et je suis plus sensible à ça depuis un moment. Cela dit, l’autrice est racisée, j’ai bien aimé la romance, le développement des personnages, le fait que ce ne soit pas focalisé que sur le sexe et que quand il y a des scènes intimes ça soit justifié et bien amené. La plume est claire et fluide sur des thématiques assez lourdes : violences conjugales, santé mentale, deuil. Pas de redondance dans les descriptions. Les décisions des personnages ont du sens même si on a parfois l’impression qu’ils se laissent un peu porter par l’intrigue.
J’ai aussi lu une dystopie, Fable to the End of the World, publié chez Slalom, qui n’est pas écrite par une personne racisée et ne contient pas vraiment de personnages racisés. Ce n’est clairement pas un exemple de représentation. Mais le roman est intéressant, notamment sur la manière d’écrire des personnages qu’on peut détester tout en les rendant attachants. Je garde ça en tête pour un autre de mes romans.
Voilà pour ce mois-ci. Si vous avez des sujets sur lesquels vous souhaiteriez que je revienne, dites-le moi. Profitez du début de l’été, hydratez-vous, et à très vite.
Mahuna,
PS : j’ai mis en place une abonnement payant pour la newsletter mais les articles sont toujours disponibles. L’abonnement vous permet surtout de me soutenir si l’envie vous dit !
En contrepartie, ça veut dire beaucoup moins de temps disponible. Mon CDI commence le 1er juin.
Où en sont les projets
Pour Comète : j’ai envoyé la dernière version du manuscrit à mon éditrice, j’attends maintenant les vraies corrections éditoriales sur l’intégralité du roman. Si vous voulez le détail de tout ce qui a précédé, l’épisode 108 est le plus concret sur le sujet.
Pour Sonate : c’est pas à l’ordre du jour. Mon éditrice l’a lu, on attend d’avancer sur Comète avant d’y revenir.
Pour Plumes : c’est différent. J’ai rajouté un personnage supplémentaire, ce qui nécessite que je lise les chapitres déjà écrits tout en en ajoutant d’autres. Je n’avais jamais procédé comme ça, c’est challengeant et assez étrange. J’essaye de hacker mon cerveau sur ce point sans trop le bousiller. Mon objectif : terminer Plumes avant le 1er juin, pour pouvoir le laisser reposer 4 à 6 semaines avant une réécriture complète.
Le guide diversité et le listing de livres sûrs à destination des bébés et des enfants racisés : je vais trouver du temps sur mes week-ends, mais ces projets ne vont pas arriver tout de suite dans vos mains. Je n’ai pas envie de sortir quelque chose sous la pression. Ce sont des choses importantes, et pour qu’elles soient bien faites, il faut du temps.
Sur les désabonnements
Il y a des personnes qui se sont désabonnées ces derniers mois parce que le guide et le listing ne sortaient pas assez vite. C’est ok, je comprends qu’on ait besoin de certaines choses rapidement.
Mais je veux quand même dire ça clairement : si le but c’est d’écrire des personnages racisés et qu’on n’est pas capable d’attendre d’avoir des outils pour le faire correctement, c’est qu’au fond cette volonté était juste décorative. Et c’est exactement ce contre quoi je lutte. Chacun fait comme il le sent, je ne peux empêcher personne d’écrire des personnages racisés alors qu’on ne l’est pas. Mais il faut être responsable de ce qu’on véhicule et de ce qu’on transmet. Ça rejoint d’ailleurs la dernière vidéo que j’ai faite sur la représentation des personnages non-blancs dans la littérature jeunesse, basée sur le livre de Sarah Ghelam.
Ce qui change dans la newsletter
Quelques ajustements à vous annoncer.
La newsletter va (re)devenir mensuelle. Une newsletter par mois, peut-être même tous les mois et demi, deux mois. Dans le monde dans lequel on vit où la création de contenu est tellement assommante, je pense que c’est largement suffisant.
J’y ajoute désormais mes chroniques de lectures : jusqu’ici elles étaient uniquement disponibles sur Instagram, Babelio, Goodreads, etc. Maintenant vous les retrouverez aussi ici.
Et j’y ajouterai aussi une petite rubrique santé. Pas tous les mois forcément, parce que l’objectif c’est pas de courrir ou de vous étouffer avec trop de contenu. Mais depuis septembre, les problèmes de sommeil, l’endométriose, la santé émotionnelle se sont accentués, et je vais essayer de vous partager ce que je mets en place pour ne pas exploser en plein vol. Je me dis que je ne suis pas la seule à mener plusieurs projets de front, être salariée, être autrice, gérer d’autres casquettes au quotidien. Ça peut peut-être vous être utile. Je vais par exemple tester le magnésium en ce moment pour les insomnies, je vous en redirai plus quand j’aurai quelque chose à dire.
En passant
Pour les écrivains et écrivaines parmi vous : la nouvelle session de la Formation LICARES ferme ses portes ce dimanche 3 mai. S’il y en a parmi vous que ça intéresse, les infos sont disponibles. Et pourquoi j’en parle ? Parce que depuis 2021 je partage en transparence ce qui m’a concrètement aidée à écrire des recueils, à écrire des romans, à trouver une agence littéraire, à être publiée. Ça passe entre autres par ces formations que j’ai testées, la formation LICARES, Mirata Edito, les Mots raturés. Ça ne veut pas dire qu’on est obligé de passer par là. Il y a plein de chemins pour arriver à écrire et publier un roman. Mais je ne me vois pas dire que tout est venu du ciel par la volonté du Saint-Esprit quand on me demande comment j’ai fait (et on me le demande régulièrement 😉).
C’est tout pour aujourd’hui ! Prenez soin de vous en ce mois de mai, j’espère que vous aurez l’occasion de profiter des jours fériés☀️. À très vite !
Je trouve que se poser cette question-là, à travers mon expérience côté français et celle de Jamila côté américain, c’est déjà quelque chose. Peut-être le début de quelque chose.
Rendez-vous le samedi 18 avril à 18h au Grand Palais. Toutes les infos sont sur mon Instagram et sur le site du Festival du Livre de Paris. Et si vous venez, j’aurai quelques exemplaires de mes recueils avec moi.
Comment Comète est arrivé à une V6
On m’a posé la question, donc je réponds : non, ça n’a pas dénaturé mon travail. Voilà comment on arrive à six versions.
J’ai commencé à écrire Comète en février-mars 2024, avec des alpha-lecteurices qui lisaient les chapitres au fur et à mesure. Ensuite j’ai laissé reposer, je suis revenue dessus : V2. Après les retours des bêta-lecteurices : V3. Puis j’ai rencontré mon agence littéraire, qui m’a donné des retours pour optimiser le manuscrit avant les envois : V4.
Ensuite j’ai rencontré Capucine, mon éditrice. Elle m’a demandé de choisir : Young Adult pour aller chez Solleyre, ou adulte pour aller chez Eyrolles roman. J’ai choisi le Young Adult, j’ai fait une V5, et je lui ai envoyée. Elle a travaillé sur les 50 premières pages, et ces 50 pages ont révélé qu’on devait d’abord se mettre d’accord sur la vision du roman, sur ce que je voulais dire, avant d’aller plus loin. Ça n’avait aucun sens de corriger la suite sans avoir réglé ça.
Donc V6.
Ce que cette V6 m’a demandé
C’est la partie compliquée à expliquer sans vous révéler l’intrigue, alors je vais faire de mon mieux.
Réécrire cette V6, ça m’a demandé de jouer en partie ma propre sensitivity reader. De me questionner sur mes biais, de faire un pas de côté, en sachant que je ne les ai probablement pas tous les identifiés. Ça m’a demandé de travailler sur les imaginaires qu’on attribue aux personnages racisés, sur leurs émotions, leur profession, leur position dans l’histoire, pour que mon intention soit lisible sans que j’aie besoin d’être là pour l’expliquer.
Parce que c’est ça, la différence avec un essai : dans un roman, pas de notes de bas de page. Le lecteur ou la lectrice reçoit le texte seul·e, dans son propre contexte, et ce contexte influence tout. J’essaie quand même de négocier une note d’attention au début ou à la fin du roman, mais dans les faits, il faut que les choix parlent d’eux-mêmes.
C’était angoissant. Ça ressemblait à refaire un premier jet, avec tout ce que ça implique quand les choses ne sont pas encore claires. J’ai procrastiné, j’y allais à reculons. Et en même temps, ça m’a appris quelque chose sur la manière de transmettre aussi clairement que possible mes intentions, en tenant compte du fait que je ne serai pas là quand quelqu’un ouvrira ce roman.
Ce que ça a fait à ma santé mentale
Je pensais à ce roman la nuit. Pas que Comète crée les insomnies, j’ai tendance à en faire de toute façon, mais il s’y invitait. La peur de graver quelque chose d’immuable, de me dire dans quelques années « mais pourquoi t’as écrit ça comme ça ? », ça m’a paralysée un moment.
Et puis à un moment je me suis dit : tant que j’essaye de faire du mieux que je peux au moment où je le fais, c’est déjà pas mal. Arrêter de cogiter. Agir au moment voulu, pas avant.
Ce que je vois aussi, c’est la progression. Six versions de ce roman. Le travail préparatoire, les prémices de l’idée (elle-même sortie de cinq autres idées). Tout ce chemin est là, même si le résultat en librairie n’est pas encore visible.
La suite
Comète sort en novembre 2026. La date exacte, je ne la connais pas encore, et dès que je la saurai je vous la partagerai. D’ici là, il reste sept mois pendant lesquels Capucine va travailler sur l’intégralité du roman, et on va commencer ce travail ensemble. Puis viendra la promotion, et je commencerai à vous en dire plus sur les personnages, les thématiques, l’univers.
Pour les coulisses de tout ça au quotidien, mon canal VIP sur Instagram (pour y accéder, cliquer depuis votre téléphone) est là pour ça. Pas de spoil, juste plus de backstage sur ma vie d’autrice autour de Comète.
Sonate en est à sa V2. Plumes est entre une V1 et une V1,5 : j’ai décidé d’ajouter un personnage, ce qui nécessite des changements conséquents, et j’attendais les retours de mon éditrice avant de me lancer. J’espère que tout ce que j’ai appris sur Comète va me servir pour la suite. Après tout, c’était mon premier roman.
À bientôt, et prenez soin de vous.
Mahuna
P.S. : Si vous voulez retrouver mes chroniques de lectures directement dans la newsletter, dites-le moi. Je les mets déjà sur Goodreads et Babelio, ce serait juste une question de les partager ici aussi.
Sonate se déroule dans un environnement particulier : la classe prépa. Et si j’ai choisi ce cadre, c’est parce que moi-même j’ai fait une prépa, et j’en garde des souvenirs mitigés. Je sais que certaines personnes ont vécu la prépa de manière très positive et en gardent un excellent souvenir, mais moi ce n’est pas le cas. Et je rappelle aussi que, comme beaucoup d’écrivain·es, mes romans s’inspirent en partie de moi, et mes personnages aussi, en partie, de mon vécu.
Pour moi la prépa n’est pas une école.C’est un dispositif.
Un point armé du capitalisme. Une machine à fabriquer des soldats du “CApital”. On n’y apprend pas seulement à travailler, on y apprend à encaisser. À se taire. À se dissocier de soi. À faire passer l’épuisement pour une preuve. On y cumule les “-ismes”. Sexisme discret ou frontal, corps triés, paroles coupées, légitimités volées. Classisme déguisé en exigence. Misérabilisme en costume : l’humiliation comme méthode pédagogique. Et au-dessus de tout : l’élite. La promesse d’élévation. Mais l’élévation n’est pas gratuite : elle demande que tu acceptes la hiérarchie. Que tu crois que certain·es méritent plus.
La prépa fabrique une “voix royale”. Une voix qui juge, qui classe, qui tranche. Une voix qui se croit neutre parce qu’elle est du côté du pouvoir. Moi je le dis : ce n’est pas juste dur. C’est politique.
Et pourtant, je veux nuancer.
Parce que la prépa, aussi violente soit-elle, a participé à me façonner. Elle a mis en exergue certains aspects de ma personnalité — à outrance. Elle m’a donné une endurance. Une capacité à faire plusieurs choses en même temps. Elle m’a appris à définir un objectif et à me donner les moyens de l’atteindre. Le paradoxe, c’est que cette institution m’a appris, bien plus tard, à la remettre en question. À comprendre ses mécanismes. À en tirer des avantages. À survivre, puis à m’en affranchir.
J’y ai aussi développé une capacité d’effacement. Une manière de me faire petite pour avancer. Et en tant qu’observatrice, j’ai appris à identifier les comportements sociaux : les codes, les rites, les postures. J’ai intégré des langages qui m’ont permis de “fondre” dans n’importe quel milieu. Même si, pendant un temps, j’ai cru devoir y adhérer pour exister.
Mais aujourd’hui, l’essentiel est ailleurs : déplacer ces outils. Réorienter cette discipline, cette lucidité, cette puissance de travail, vers quelque chose de plus juste. Plus efficient pour la société. Vers le vivant. Vers l’idée de faire corps avec soi-même et avec les autres — et pas seulement avec un système.
Et c’est précisément tout cet esprit-là — les avantages comme les inconvénients — qui constitue le cadre de Sonate. Je n’en dis pas plus pour éviter de spoiler, mais je suggère que si on lit Sonate avec tout ça en tête, on comprend mieux ce que j’ai voulu faire, et pourquoi la prépa me semblait être le cadre idéal pour l’histoire que j’avais envie de raconter.
2 - Comment j’essaie de trouver ma voix
On m’a posé deux questions : comment j’ai réussi à trouver ma voix sur Instagramen parlant à la fois de mon écriture et de mes valeurs sans me disperser, et quels conseils je donnerais à une autrice qui a un univers riche mais qui peine à se positionner clairement.
Déjà, je remercie la personne qui a posé ces questions, et je rappelle que mes DM et ma boîte mail Substack sont ouverts si d’autres personnes veulent m’écrire.
Ensuite, je le dis franchement : je ne me suis pas “non dispersée”. Au contraire, je me suis beaucoup dispersée, surtout au début. J’ai voulu aller trop vite, faire trop de choses trop rapidement. J’ai commencé par la poésie contemporaine en mai 2020, et quand j’ai décidé de sortir un recueil en octobre 2020 pour les fêtes de fin d’année (donc décembre 2020), j’ai fait ce que je déconseille toujours : j’ai voulu tout faire d’un coup. J’ai créé un site internet, puis j’ai voulu lancer un podcast… bref, j’ai accumulé des choses qui n’étaient pas indispensables. Et si je me suis dispersée, c’est aussi parce que je n’avais pas fait assez de recherches en amont, et surtout parce que je ne m’étais pas suffisamment mise en adéquation avec moi-même : je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire.
Pour moi, pour trouver sa voix sur Insta, quand on veut parler de son écriture et de ses valeurs, il faut essayer, tester. Et même aujourd’hui, je suis encore dans cette dynamique-là : je n’ai pas fini d’essayer. Le “gap” récent d’abonnés s’est fait sur une période courte, mais il faut rappeler que je suis sur Instagram depuis mai 2020. Et pendant longtemps, j’ai stagné autour des 2000 abonnés. En plus, pendant le confinement, j’ai eu une période où j’ai fait des choses un peu bizarres : j’ai trié dans mes abonnés parce que je trouvais certains comptes étranges, et je crois que j’ai supprimé presque 500 personnes en quelques mois. Donc même en imaginant que je ne l’avais pas fait et que je serais montée à 4000, la vraie progression récente (sur les trois ou quatre derniers mois) vient surtout d’un choix de positionnement : un choix nourri par des années de recherche, mais aussi par mon évolution personnelle.
Cette évolution, elle est liée aussi à la thérapie, parce que ces sujets, je les avais déjà en tête, mais je n’osais pas les incarner. Je n’osais pas en parler, parce que je ne me sentais pas légitime : je pensais ne pas avoir les codes, et même si j’avais beaucoup lu, j’avais l’impression de ne pas être capable de reformuler ça de manière intéressante.
Donc j’ai cherché ce qui me correspondait le mieux, et j’ai compris que ce qui comptait pour moi aujourd’hui en tant qu’autrice, ce n’était pas juste “faire des ventes”, mais surtout faire en sorte que mon livre puisse toucher le plus grand nombre — c’est-à-dire être accessible et visible pour le plus grand nombre. Et là, je fais le lien avec ma réalité : je suis une femme noire en France, et concrètement, ça veut dire que mes livres ne sont pas visibles comme ils devraient l’être, parce que le système est traversé par le racisme systémique. J’ai constaté que les livres écrits par des femmes noires en France sont rarement visibles, sauf dans certains cas : quand il s’agit d’essais, ou quand il y a eu des prix. Sur les sujets racisme/esclavage, oui, il y a beaucoup de visibilité. Mais dès qu’on sort de ces thèmes, dès qu’on est dans des récits qui parlent de vécus, de difficultés, d’expériences humaines universelles — mais racontées à travers des personnages noirs — là, ça devient beaucoup plus rare et beaucoup moins mis en avant.
Et même si je ne veux pas réduire un personnage noir à sa couleur de peau, je pars aussi de l’idée qu’on ne peut pas faire comme si ça n’avait aucune importance : il y a forcément une couche, un prisme lié au fait d’être noir, sans que ce soit le cœur du récit, mais ça transforme le regard. Et moi, ce sont ces récits-là que je ne trouvais pas assez. C’est d’ailleurs aussi ça qui m’a poussée ces derniers mois à me diriger vers ce positionnement : chercher des moyens de changer ça, au moins pour permettre à mes livres d’être visibles. Qu’ils se vendent ou non, c’est autre chose, mais s’ils sont invisibles, c’est déjà foutu.
Je réexplique aussi que mon rapport à Instagram a changé : au départ, quand je suis revenue à l’écriture, mon objectif ce n’était pas la visibilité. Mon objectif, c’était d’abord de savoir si j’étais de nouveau capable d’écrire, après avoir arrêté pendant des années à cause de remarques pas très sympas. Ensuite, l’objectif est devenu de revenir au plaisir, à la connexion entre l’écriture et mes émotions. Et pendant longtemps, c’est resté ça. Puis c’est devenu aussi l’envie d’aider d’autres personnes à se connecter à leurs émotions à travers la poésie.
Donc ce que je dis au fond, c’est que mon évolution s’est faite au rythme de mes besoins et de mon rapport à l’écriture. J’ai mis du temps à identifier tout ça, et je pense que je vais encore changer. Mais à mon sens, ce qui est important, c’est : se lancer, tester, essayer encore et encore, se remettre en question, et accepter que c’est long, parfois compliqué, difficile, et surtout que ça ne sera jamais figé. Et c’est ok : ce n’est pas grave d’être dispersée, ce n’est pas grave de tester.
Ce qui m’a aidée, moi, même si je ne suis pas sûre d’avoir complètement trouvé ma voie, c’est d’avoir un objectif global. Parce que quand on définit un objectif, puis qu’on le décline en sous-actions et sous-tâches, ça cadre. Et si je me suis dispersée pendant mes premières années sur Instagram, c’est parce que mes objectifs n’étaient pas clairs. Aujourd’hui, comme mon objectif est précis — rendre mon livre visible au plus grand nombre — ça m’aide à recentrer mon message, mon discours, et les sujets que j’ai envie de partager et sur lesquels j’ai envie de sensibiliser.
J’espère avoir répondu, et si ce n’est pas assez clair, la personne à l’origine de ces questions peut revenir vers moi et je détaillerai davantage :)
Merci à celles et ceux qui ont pris le temps de m’écrire. Vos questions sont vraiment intéressantes, et j’y réponds plus loin.
Comme d’habitude, l’épisode est aussi disponible au format écrit dans cette newsletter. Il suffit de vous abonner à Substack pour y avoir accès. Et j’en profite pour rappeler que, depuis Noël, je donne accès gratuitement à mon roman Sonate sur Wattpad. Si vous voulez le retrouver facilement, l’abonnement à Substack reste le plus simple. Et si vous pouvez créer un compte Wattpad pour commenter et voter, ça m’aide énormément : ça donne de la visibilité au texte, surtout dans un contexte où les personnes racisées sont encore largement invisibilisées.
Une année dédiée à l’écriture
Cette année, je me suis donné un objectif clair : prendre une année entière pour la dédier à l’écriture de ma trilogie contemporaine.Je dis trilogie parce que Comète est le roman principal, Sonate est le préquel, et Plume le séquel. Les trois tomes sont indépendants, on peut les lire dans le désordre, même s’il est évidemment préférable de commencer par Comète. On retrouve certains personnages d’un tome à l’autre, mais chaque livre peut se lire seul.
Mon objectif minimum était de terminer Comète, de trouver une agence littéraire, d’envoyer le manuscrit en maison d’édition et, avec un peu de chance, d’avoir des retours.Mon objectif “au-dessus”, c’était d’écrire aussi les deux tomes compagnons.Et l’objectif encore au-dessus, presque un rêve, c’était de commencer un quatrième projet qui n’a rien à voir avec cette trilogie et qui dort dans mes tiroirs depuis 2022.
J’ai atteint le deuxième objectif, et j’en suis extrêmement fière.🙌🏾
J’ai terminé Comète en janvier-février 2024. Je l’ai envoyé en agence littéraire en février. Après plusieurs échanges, le contrat a été signé début avril. Et j’ai rencontré mon éditrice quasiment dans la foulée. C’est un concours de circonstances assez incroyable, parce que normalement, on envoie des dossiers de soumission et on peut attendre des années sans réponse. Là, l’univers a mis sur mon chemin des personnes alignées avec mes valeurs, et je m’estime vraiment chanceuse.
Cette année a aussi été dédiée à Sonate et Plume. J’ai terminé Sonate et écrit une grande partie de Plume avant de partir trois semaines à Taïwan en novembre. Si vous me suivez sur Instagram, vous avez vu les bons moments comme les moins bons — notamment cet épisode où une touriste m’a touché les cheveux sans ma permission 😱. Rien que d’y penser, j’en ai encore des frissons.
Le travail invisible de l’édition
Avant de partir, j’avais un objectif très précis : finir la seconde réécriture de Sonate pour pouvoir envoyer les dossiers de soumission à mon agence et à mon éditrice. Un dossier de soumission, c’est un document qui contient des informations sur l’autrice, mais surtout sur le roman : sa nature, ses thématiques, la note d’intention, le message porté, les 7000 premiers mots et le synopsis complet.
Je tenais à envoyer ces dossiers avant mon départ pour que, pendant que j’étais en vacances, mon agence et mon éditrice puissent lire. J’ai eu leurs retours juste avant le Salon de Montreuil. Pour l’instant, je ne peux pas en dire beaucoup plus, si ce n’est que Sonate et Plume sont en recherche de signature 😌.
J’ai atteint mon objectif : écrire ces trois romans, dans des versions abouties. Et ça, c’est énorme 🚀.
Ce que cette année m’a appris sur mon écriture
J’ai appris que je déteste profondément les premiers jets.Tout est flou, indécis, et même si je sais où je veux aller, l’enchaînement des scènes me donne parfois l’impression que je n’y arriverai jamais. À l’inverse, j’adore la réécriture. Quand l’histoire est posée, quand je peux ajouter, retirer, modifier, mélanger les genres, trouver une forme qui me ressemble.
Sonate a été particulièrement compliquée. J’ai recommencé le premier jet quatre fois. Trop telenovela. Trop drama. Trop Netflix. Et derrière ça, il y avait aussi cette croyance que si c’était simple, ça n’intéresserait personne. En plus, c’était un roman en vers libres, avec une contrainte énorme de longueur : passer de 90 000 mots à 35 000.
J’ai compris que ma méthode pour ce type de texte était d’écrire d’abord l’histoire sans me soucier de la poésie, de faire valider l’intrigue par mes bêta-lecteurs et bêta-lectrices, puis seulement ensuite d’entrer dans un travail d’orfèvre poétique.
Écrire seule… et accompagnée
Cette année m’a aussi appris que j’aime écrire seule, mais que j’aime aussi écrire avec d’autres. J’ai eu deux partenaires d’écriture à des moments différents de l’année. Alors coucou Juliette, coucou Laura, et Elodie (que j’ai oublié de mentionner dans l’audio) si vous lisez ces lignes. Écrire à plusieurs moments de la journée, échanger, se sentir moins seule dans une activité aussi solitaire que l’écriture, ça m’a fait énormément de bien.
Je suis consciente aussi que j’ai beaucoup de chance. J’ai des proches compréhensifs : ma famille, mes ami·es, mon partenaire de vie. Même si je passais beaucoup de temps seule chez moi, je n’étais pas isolée émotionnellement. Et je sais que ce soutien-là change énormément de choses.
Deadline, fatigue et équilibre
J’ai appris que je fonctionne à la deadline. J’ai besoin d’impératifs pour avancer. Sinon, je procrastine. J’ai quand même fait des pauses, parfois longues, parce que Sonate m’a épuisée. Et j’avais sous-estimé certaines contraintes : le voyage à Taïwan, une formation en décembre pour préparer un retour au salariat.
Mais tout ça me confirme que j’ai bien fait de prendre cette année pour écrire. Le plus dur est fait : les premiers jets. Même si je reprends un travail salarié début 2026, la suite sera plus gérable.
Représentation, invisibilisation, prise de position
Cette année a aussi été celle où j’ai osé me positionner publiquement sur l’invisibilisation des personnes racisées dans l’édition. Tout est parti d’un moment très concret : aller en librairie et réaliser qu’il y avait très peu de romans contemporains français avec des personnages noirs en couverture, écrits par des auteur·rices noir·es français·es.
J’ai compris que ce que je lisais jusque-là était majoritairement des essais, des témoignages ou des traductions. Et j’ai décidé de parler. Parce que le contexte politique actuel rend le silence impossible.
Vos questions, sans filtre
Moment littéraire le plus poignant / émouvant cette année ?
Le moment littéraire le plus émouvant de l’année a été la signature de mon contrat, et surtout le moment où mon éditrice m’a contactée sur Instagram et m’a dit, moins de 48 heures plus tard, qu’elle voulait signer Comète.
Le deuxième moment marquant de l’année, ce sont toutes les rencontres que j’ai faites avec Laura Nsafou. Parce que c’est une autrice afroféministe que je suis depuis 2018, dont je lis le travail depuis des années, et qui a été l’une des premières, dans mon paysage à moi, à parler de l’invisibilisation des personnes racisées dans l’édition, notamment en littérature jeunesse, où le phénomène est encore plus criant.
Est-ce que l’écriture te vient facilement ou il faut se forcer un peu pour s’y mettre ? Est-ce que tu te mets dans un état d’esprit particulier pour écrire ?
La réponse est nuancée, et dépend vraiment de ce que j’écris.
Pour la poésie, oui, je me mets dans un état d’esprit particulier. J’essaie de me connecter à mes émotions, à ce que je ressens dans mon corps, à ce qui me traverse à ce moment-là. Souvent, ça passe par la musique. Je choisis des morceaux qui vont provoquer chez moi l’émotion que j’ai envie de transmettre : la tristesse, la nostalgie, la douceur, parfois même la colère.
Il m’arrive aussi de méditer ou de faire du yoga avant d’écrire, parce que ce sont des pratiques qui m’aident à apaiser le mental et à me rendre plus disponible à ce qui vient. C’est d’ailleurs pour ça que j’intègre des exercices de respiration et de visualisation dans mes ateliers : parce que je vois à quel point ça aide à entrer dans un état propice à l’écriture.
Pour les romans, en revanche, c’est différent. Je ne me mets pas dans un “mood émotionnel” particulier au départ. Je me connecte surtout à mes personnages, à l’histoire que j’ai envie de raconter. L’état émotionnel revient plutôt dans un second temps, quand je retravaille la langue, quand j’ajoute la dimension plus poétique.
Est-ce que je me force parfois ? Oui. Clairement.Cette année, je me suis fixé des deadlines, j’ai utilisé Scrivener (si tu as cherches une formation sur cet outil, dis-moi), je me suis donnée des objectifs de mots par jour. Et il y a eu des moments où j’ai écrit parce que je m’étais engagée à le faire, pas parce que l’inspiration était au rendez-vous.
Mais malgré ça, et c’est important pour moi de le dire, je passe quand même beaucoup plus de temps dans le plaisir que dans la difficulté. Même quand c’est dur, même quand je doute, écrire reste ce que j’ai envie de faire depuis que j’ai six ans. Il m’a juste fallu du temps pour m’autoriser à le faire maintenant, et pas “plus tard”, pas à la retraite. 👧🏾
Comment tu te sens pour la sortie de ton livre qui approche ?
Je me sens excitée. Vraiment.Mais il y a aussi une forme de pression qui monte, liée à mon perfectionnisme.
Je sais que je vais bientôt arriver à ce moment un peu vertigineux où je ne pourrai plus rien changer. Où il faudra rendre le manuscrit, avoir le go définitif de mon éditrice, et accepter que cette version-là soit celle qui sortira, avec tout ce qu’elle a de beau, mais aussi avec ses limites.
Il y a aussi quelque chose de particulier dans le fait d’écrire une trilogie. Même si les trois tomes peuvent se lire indépendamment, certains personnages circulent d’un livre à l’autre. Et je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation de certain·es auteur·rices qui, arrivés au tome 5 ou 6, se rendent compte qu’ils ont oublié un élément important posé au début, ou qu’ils se sont enfermés dans une incohérence.
Je sais aussi que mon style va évoluer. Et je sais que, dans quelques années, je relirai Comète en me disant : “Ah… tu aurais pu faire mieux.”Il y a une Mahuna du futur qui regarde par-dessus l’épaule de la Mahuna d’aujourd’hui et qui lui met un peu la pression. Mais j’essaie de me rappeler que tant que je fais de mon mieux, avec les outils et la maturité que j’ai maintenant, c’est suffisant.🙂↕️
La seule manière d’être un allié cohérent c’est de renoncer à la médiatisation et à la publication ?
Cette question est complexe, et je comprends pourquoi elle a émergé.
Je pense qu’elle fait écho à ce que je dis quand j’explique qu’écrire des personnages racisés quand on ne l’est pas, dans le système éditorial actuel, ne réduit pas l’invisibilisation. Parce qu’à la fin de la journée, à qualité de manuscrit égale, le système va souvent privilégier une personne non racisée qui écrit des personnages racisés, plutôt qu’une personne racisée qui écrit des personnages racisés.
Ce n’est pas une attaque individuelle. C’est un constat systémique.
Ça ne veut pas dire que les personnes non racisées doivent renoncer à publier ou à être médiatisées. Ça veut dire qu’il faut se poser des questions, en amont : Pourquoi est-ce que je fais le choix de ce personnage ? Qu’est-ce que je raconte, et depuis quelle position ? Suis-je la personne la plus en capacité de porter cette histoire-là ?
Parler de racisme quand on ne l’a pas vécu, par exemple, pose question. Parce que, même avec la meilleure intention du monde, on prend la place de voix qui sont directement concernées et qui, elles, peinent déjà à être entendues.
Être allié·e, à mon sens, ça passe aussi par des choses très concrètes : lire plus d’auteur·rices racisé·es, diversifier ses bibliothèques, parler de ces livres, les recommander. Parce que le monde de l’édition fonctionne sur la demande. Tant que l’industrie pourra dire “ça n’intéresse personne”, elle continuera de justifier ses choix.
Que dirais-tu à toi enfant ? Et aux petites filles noires qui ne se sentent pas représentées ?
À la Mahuna enfant, je crois que je dirais simplement :“Je fais ce que je peux. Je fais de mon mieux. Et ce que tu imagines est déjà là. Et bien plus encore arrive.”
Pendant longtemps, je ne me suis pas sentie légitime. Ni pour écrire des romans, ni pour prendre la parole sur les sujets de représentation. C’est aussi pour ça que je pensais écrire “plus tard”, quand je serais plus vieille, plus sûre, plus “autorisée”.
Aux petites filles noires qui ne se sentent pas représentées aujourd’hui, j’ai envie de dire qu’on est là. Qu’on est de plus en plus nombreuses et nombreux à travailler pour que les choses changent. Que ça prend du temps, parfois trop, mais que ça avance.
Si j’ai aujourd’hui envie d’écrire de la littérature jeunesse, c’est aussi pour elles. Pour que, demain, elles puissent se reconnaître dans des histoires qui ne les réduisent pas à des rôles secondaires ou à des récits de souffrance.
Comment vas-tu concilier vie d’autrice et boulot salarié tout en prenant soin de toi ?
C’est probablement la question la plus délicate.
Si tout se passe bien, je vais reprendre un CDI début 2026. Parce que, très concrètement, la vie d’autrice ne paie pas les factures. Et même quand Comet sortira, la rémunération n’arrivera pas tout de suite.
J’ai déjà connu des périodes où je cumulais écriture et salariat, et j’ai vu à quel point ça pouvait être épuisant. J’ai frôlé le burn-out. Je le sais. Donc l’enjeu, cette fois, c’est de ne pas refaire les mêmes erreurs.
Si j’ai pris autant d’avance sur mes romans cette année, c’est aussi pour m’autoriser à ralentir ensuite. Pour me rappeler que c’est ok si tout n’avance pas au même rythme. Et pour me dire que j’ai déjà accompli quelque chose d’immense.
Mon mantra pour la suite, c’est vraiment celui-là : aller à mon rythme, être patiente et indulgente avec moi-même.
Et maintenant
Il va falloir concilier écriture et salariat, sans brûler la chandelle par les deux bouts. Mon mantra pour la suite : aller à mon rythme, être patiente et indulgente avec moi-même. Parce que j’ai déjà fait plus que ce que j’espérais.
Merci d’être là. Vraiment.La suite, on continue de l’écrire ensemble. 💛
Parce qu’on ne promeut pas un roman comme on promeut un recueil de poésie. Les enjeux, les coûts financiers, les stratégies… tout est différent. Je voulais être prête, quelle que soit l’issue.
Se professionnaliser : ma motivation première
La vérité, c’est que j’avais besoin de me professionnaliser. J’avais besoin de reprendre confiance.J’avais écrit un roman ado quand j’étais plus jeune, une soixantaine de pages, avant d’abandonner… à cause d’une remarque d’une prof de français. Cette blessure m’a longtemps paralysée.
Mais après mes deux recueils de poésie en auto-édition, après vos retours, après avoir appris de mes erreurs et pris goût à l’indépendance, j’ai eu envie de retenter le roman. Et cette fois, pas question de foncer tête baissée.
👉 Je voulais apprendre à écrire un roman de qualité professionnelle,👉 comprendre les attentes des maisons d’édition,👉 savoir pitcher, présenter un dossier de soumission complet,👉 bref, ne pas donner de raison à quiconque d’écarter mon manuscrit pour autre chose que sa qualité littéraire.
Parce que oui, il y avait aussi en toile de fond cette charge mentale et raciale que je ressens en tant que femme noire : ce besoin constant de ne donner aucune excuse pour qu’on me rejette. Ça a toujours été ma manière d’avancer : connaître les règles, les respecter, maîtriser mon sujet.
Et dans le milieu de l’édition, je voulais exactement la même chose.
Une formation complète : 7 modules sur 10 semaines
La formation Devenir écrivain (LICARES), c’est 7 modules répartis sur 10 semaines. C’est long, et c’est ce qui m’a plu. On prend le temps d’entrer dans les détails, d’aborder les blocages, les méthodes, les réalités du marché.
Chaque semaine, il y a des lives avec des professionnels du livre (enregistrés pour qu’on puisse les revoir), des exercices corrigés individuellement, et surtout une approche très structurée.
Je vais vous faire un retour module par module, pour que vous compreniez à quel point ça m’a aidée.
Module 1 : Introduction & brainstorming
On commence doucement : introduction, fonctionnement de la formation, puis brainstorming.Même si on arrive avec une idée de roman en tête, on repart avec une boîte à outils pour en générer d’autres.
Dans mon cas, j’avais plein de bribes d’idées mais rien de concret. Comet est en fait né de cinq idées différentes qui se sont rencontrées. C’est après la formation que j’ai réussi à en tirer une seule histoire solide.
Module 2 : La méthode LICARES
C’est le cœur de la formation. Comment passer de l’idée à une structure solide : squelette du roman, rebondissements, découpages, intrigues secondaires…
C’est là que j’ai compris la différence entre écrivain « jardinier » (qui écrit au fil de l’eau) et « architecte » (qui fait un plan détaillé avant). Moi, je suis hybride. Pour Comet, j’ai eu besoin d’un cadre. Pour mon troisième roman, Plume, j’ai commencé avec un plan… avant de me laisser porter à nouveau.
La méthode LICAR m’a donné une base rassurante à laquelle revenir chaque fois que je me sentais bloquée.
Module 3 : Surmonter les blocages de l’écrivain
Syndrome de l’imposteur, perfectionnisme, peur de l’échec, syndrome de l’objet brillant (vous savez, quand on a une idée géniale… puis une autre… et on ne finit jamais rien)… tout est passé en revue.
Rien que mettre des mots sur ces blocages, ça a été libérateur. J’ai appris à reconnaître mes travers, à dompter ma tendance à courir après la nouvelle idée brillante, et à accepter que la procrastination est parfois juste une façon pour mon cerveau de se reposer.
Module 4 : Trouver l’inspiration et gérer son temps
Routines d’écriture, concentration, productivité… ce module est utile si vous débutez ou si vous vous sentez vite débordé·e. Pour ma part, j’avais déjà mes méthodes, mais j’ai apprécié les pistes proposées.
Module 5 : Gérer et exploiter les corrections
Un de mes préférés ! Parce qu’écrire un roman, ce n’est pas seulement rédiger un premier jet. C’est réécrire, corriger, affiner.
Grâce à ce module, j’ai compris qu’il y a des délais incompressibles entre deux versions. J’ai appris à construire un guide pour mes bêta-lecteurs (hyper utile, croyez-moi), et surtout à ne pas me dégoûter de mon propre roman en corrigeant de manière plus rationnelle et organisée.
Module 6 : Les secrets de l’édition
Là, on démonte pas mal de fantasmes. L’édition reste une entreprise, avec ses contraintes financières et éditoriales. J’ai compris ce que je pouvais attendre (ou pas) de mon éditeur, le rôle des différents acteurs de la chaîne du livre, et les bases juridiques des contrats.
Ce module m’a donné de l’humilité et de la lucidité : on garde les pieds sur terre.
Module 7 : Faire publier son roman
Le module game changer.On apprend à construire un dossier de soumission béton, à rédiger un synopsis qui donne envie, et à envoyer son manuscrit de manière professionnelle.
C’est grâce à ça que j’ai aussi pu travailler avec une agente littéraire. J’ai évité des erreurs qui m’auraient sans doute fait perdre du temps et des opportunités.
L’importance de l’accompagnement humain
Tout au long de la formation, nous sommes accompagnés par des pros :
* Lucie (méthode, introduction),
* Johanna (coaching, mindset),
* Dimitri (soumission, lecture des premiers mots du manuscrit).
Leurs retours personnalisés ont été précieux. Par exemple, c’est en échangeant avec Dimitri que j’ai pris une décision décisive pour Comète : abandonner l’idée d’un roman en vers libres pour revenir à une narration plus classique.
Et puis il y a la communauté : via Discord, on crée des liens forts. Une de mes bêtas-lectrices vient de là. Une autre autrice est devenue ma partenaire de sessions d’écriture. On se soutient, on se relit, on s’encourage. Et ça, ça n’a pas de prix.
Les bonus qui font la différence
* Accès à vie à la formation et aux replays des lives.
* Nouvelles ressources régulières (on reçoit encore des mails pour les prochains lives, même après).
* Une ambiance vraiment bienveillante au sein des promos.
* Et même des événements organisés par LICAR pour les auteurs auto-édités.
Infos pratiques et code promo
Les inscriptions pour la prochaine promo se termine le 3 mai 2026 !Le paiement est possible en plusieurs fois, et j’ai un code promo affilié pour vous :MAHUNA (80€ de réduction).
Oui, c’est un partenariat, donc je touche une commission si vous l’utilisez. Mais je vous en parle uniquement après avoir signé trois contrats d’édition, pour rester la plus objective possible.
Si vous êtes primo-romancier·e, si vous avez un manuscrit dans vos tiroirs qui n’a jamais trouvé preneur, ou si vous hésitez à vous lancer, cette formation peut vraiment faire la différence.
Voilà, je crois que je vous ai tout dit.Cet outil m’a aidée à signer mon contrat d’édition pour Comète, Sonate et Plumes, et il continue de m’accompagner aujourd’hui dans l’écriture de mes autres projets en cours !
Prenez soin de vous, prenez soin de vos émotions.Et si vous avez des questions sur la formation, n’hésitez pas à me les poser :👉 soit en répondant directement à cette newsletter,👉 soit sur mes réseaux.
Merci pour votre soutien, vos commentaires, vos notes… et merci d’être là, toujours.
Parce que soyons honnêtes : si un roman est rangé par la tranche dans un rayon anonyme, il est invisible. S’il n’est pas mis en avant avec d’autres livres similaires, comment le lecteur ou la lectrice lambda pourra-t-il tomber dessus ? Et si, au contraire, il est tout seul, isolé, est-ce qu’il ne deviendra pas “trop” ? Trop ostentatoire, trop intrigant ?
Je me suis perdue dans ces questions, pas toujours rationnelles peut-être, mais profondément liées à une réalité : je n’ai pas trouvé de romans qui ressemblent au mien.
Oui, il y a des exceptions, comme Léonora Miano. Mais si on ajoute le critère du Young Adult, alors là… c’est encore plus vide. Et si en plus on cherche un roman contemporain qui ne parle pas uniquement de racisme ou d’esclavage mais aussi d’identité, de trauma, d’amitié, d’amour… on touche au désert.
L’invisibilisation : un sujet qu’on ne peut pas taire
Au départ, je me suis dit : “ok, c’est ta réflexion perso, pas besoin d’en parler.” Je me suis convaincue que le sujet était déjà “vu, connu, revu”. Mais c’était sans compter sur une vidéo d’une influenceuse littéraire, moisreadingbooks, qui a dénoncé l’absence de personnages noirs sur les couvertures des romances à la FNAC.
Sa vidéo, les commentaires, les débats… tout ça m’a rappelé que non, ce n’est pas un sujet clos. L’invisibilisation est toujours là, bien vivace. Et mon expérience dans les rayons parisiens le confirmait.
Alors j’ai décidé d’en parler moi aussi. J’ai posté des vidéos, partagé mes réflexions. Et évidemment, les commentaires haineux n’ont pas tardé. J’étais préparée à la critique, mais je ne m’attendais pas à une telle déferlante. Certaines personnes laissent tomber la haine comme on jette un déchet : sans lire, sans chercher à comprendre qui est en face.
Parmi ces messages, il y en a un qui m’a particulièrement marquée – au point de m’avoir fait rire tant il était violent. Quelqu’un a écrit que si ces livres n’existaient pas, c’était parce que “les personnes noires ne savent pas écrire”. Oui, tu as bien lu. Je l’ai vu sur TikTok, sur Instagram, sous plusieurs formes, mais toujours avec la même idée.
Bien sûr, je sais que ces gens ne représentent pas tout le monde. Mais quand les messages se multiplient, quand ce n’est jamais la même personne et que pourtant les propos se ressemblent, alors oui, ça reflète une manière de penser encore présente en France. Et ça, il faut le dénoncer.
Ma réponse : documenter, inspirer, rassembler
Plutôt que de me taire, j’ai décidé de documenter ma vie d’autrice. De montrer les coulisses, les difficultés, les petites victoires aussi. Parce que si je partage, peut-être que d’autres personnes noires oseront le faire aussi. Peut-être qu’on pourra s’allier, se donner des conseils, trouver des moyens d’améliorer notre visibilité en librairie.
Parce que soyons clairs : le seul vrai critère devrait être la qualité d’un roman. Pas la couleur de peau de son autrice. Pas le fait que les personnages soient noirs ou pas. Si une histoire est originale, bien écrite, en accord avec la ligne éditoriale d’une maison, pourquoi devrait-elle avoir moins de chances ?
Quand on me dit “s’il n’y a pas ces romans, c’est qu’il n’y a pas de demande”… je ne peux pas m’empêcher de repenser à l’industrie cosmétique. Pendant longtemps, les grandes marques proposaient un seul fond de teint “pour toutes les peaux noires”. Elles ignoraient une énorme partie du marché. Puis Rihanna est arrivée avec Fenty Beauty et a prouvé qu’en réalité, la demande était là. Qu’il suffisait d’écouter.
Je me demande souvent si un jour, une maison d’édition indépendante aura le courage de créer ses propres canaux de diffusion, ses propres codes, pour répondre à cette demande ignorée. Peut-être que oui. Peut-être que non. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec le contexte actuel en France – où l’extrême droite rachète des groupes éditoriaux – il est urgent qu’on agisse.
Du vlog au podcast : trouver le bon format
C’est pour ça que j’ai commencé à poster des vlogs courts sur Instagram. Parce que je sais que beaucoup de gens n’ont pas le temps pour du contenu long. Ils ne lisent même pas les descriptions. Alors j’essaie d’être concise. Mais je sais aussi qu’il y a des personnes comme toi, qui aiment plonger dans du contenu plus long, prendre le temps. C’est pour ça qu’existent ce podcast et cette newsletter : pour raconter autrement.
Et pour ce premier “cycle” de vlogs, j’ai demandé à mes abonnés s’ils voulaient que je commence par mon parcours d’autrice ou par mes outils. C’est mon parcours qui a gagné. Alors voilà, je t’emmène avec moi dans ce récit.
Les débuts : une machine à écrire et des mots sombres
Mon histoire avec l’écriture a commencé très tôt. À 6 ans, on m’a offert une petite machine à écrire, sous forme de jouet. J’y tapais des mots, des débuts de phrases, des embryons d’histoires. Mais c’est vraiment à 11 ans que tout s’est déclenché : j’écrivais des nouvelles sombres, parfois macabres. J’avais un côté dark assumé, comme beaucoup d’ados. Et en parallèle, je tenais un journal intime… mais en poésie.
Pourquoi la poésie ? Parce qu’au lycée, j’ai découvert Les Fleurs du Mal. Et ce recueil m’a happée. Il m’a donné envie de traduire mes pensées en vers, de transformer mes émotions en images.
À 15 ans, j’ai même commencé une saga de science-fiction. J’ai atteint 70 pages avant d’abandonner. Quand je repense à Comète aujourd’hui, je souris : à l’époque, je croyais qu’écrire 70 pages, c’était énorme.
La blessure : “tu ne seras pas écrivaine”
Et puis il y a eu un moment décisif. J’étais au lycée Louis-le-Grand, l’un des meilleurs de France. J’ai osé montrer mes poèmes à ma prof de français. Sa réponse a été un coup de massue : “ce n’est pas de la poésie, et de toute façon tu ne seras jamais écrivaine, pas en tant que femme noire en France.”
Ces mots m’ont blessée profondément. J’ai rangé mes cahiers. Et la vie a pris le dessus. On m’a répété qu’il fallait être autonome, indépendante, surtout en tant que femme noire dans un pays raciste. Alors j’ai suivi le chemin “sûr” : prépa, école de commerce, une carrière dans le marketing digital.
Pendant dix ans, j’ai enchaîné désillusions, burn-outs, fatigue. Mais je me disais : “au pire, tu écriras à la retraite.”
La renaissance : Instagram et l’auto-édition
Puis il y a eu le confinement. Une pause forcée. Un moment de respiration. Et là, je me suis dit : “et si c’était le moment de revenir à ton rêve d’enfant ?”
J’ai ouvert un compte Instagram en mai 2020. J’ai posté des textes. Les retours ont été encourageants. Et en décembre, six mois plus tard, j’ai auto-publié mon premier recueil : au-delà de nos maux. Il s’est vendu à près de 2000 exemplaires, dont 500 rien que la première année.
En 2021, j’ai commencé à animer des ateliers d’écriture. En 2023, j’ai publié un deuxième recueil, tant que j’aimerai. Et surtout, j’ai pris une décision : me lancer dans l’écriture d’un roman.
Pour ne pas me lancer dans le vide, j’ai suivi la formation LICARES (avec le code promo MAHUNA, tu bénéficies d’une réduction, détails en bas). Elle m’a appris la structure, la rigueur, les attentes du monde éditorial. J’ai compris que l’édition n’était pas seulement une affaire de passion, mais aussi une entreprise avec ses contraintes.
Grâce à cette formation, j’ai pu développer Comète. L’idée est née en mars 2024, nourrie par plusieurs projets avortés. J’ai écrit, réécrit, bêta-testé. En janvier 2025, le manuscrit était terminé. En avril, j’ai rencontré mon éditrice. En juin, j’ai signé le contrat.
Tout est allé vite. Trop vite presque. Mais j’ai eu cette chance incroyable : c’est l’éditrice qui est venue me chercher.
Et maintenant ?
Aujourd’hui, j’attends ses retours pour entamer les corrections éditoriales. En parallèle, j’ai déjà terminé le tome 2, qui est en réalité un préquel. Je travaille aussi avec mon agente littéraire pour trouver la bonne maison.
Quand je regarde mon parcours, je me sens encore “bébé autrice”. Mon premier livre auto-édité est sorti en 2020 : ça ne fait “que” quatre ans. Mais en même temps, j’ai l’impression d’avoir parcouru un monde.
Et surtout, je sais pourquoi j’écris. J’écris pour raconter mes histoires, mais aussi pour réduire l’invisibilisation. Pour qu’un jour, une jeune fille noire de 11 ans puisse entrer dans une librairie et trouver un roman où elle se reconnaît.
Je sais que je ne suis pas la première à porter cette lutte. Mais je crois à la force du nombre, à la puissance des voix qui s’élèvent. Tant qu’on continue d’en parler, il n’y a pas de raison pour que rien ne change.
Alors je continuerai, sur Instagram, dans ce podcast, dans cette newsletter. Je continuerai à écrire mes colères, mes espoirs, mes histoires. Parce qu’au fond, tout est lié : la littérature, la visibilité, l’émotion, le soin.
Merci d’avoir pris le temps de me lire. Merci d’être là. Et prends soin de toi, de tes émotions, de ta créativité. On en aura besoin pour la suite.
La Formation LICARES
Avec le code MAHUNA (lien affilié), bénéficie de 80€ de réduction
Dates : Du 6 octobre au 14 décembre 2025
Inscriptions ouvertes : Du 8 septembre au 28 septembre
Si tu ne sais pas par où commencer pour écrire un roman, si tu veux envoyer un roman de qualité professionnel et le faire correctement, je te recommande cette formation. Elle a été fondamentale dans ma réussite. Je te prépare un prochain épisode avec tous les détails.
C’est allé vite, très vite. En février, j’ai trouvé mon agence littéraire puis signé avec elle en avril. Mais la maison d’édition qui publiera Comète ? C’est elle qui est venue me chercher. Oui, oui. Sur Instagram. Comme quoi, poster sur les réseaux, ça peut vraiment ouvrir des portes. Elle m’a demandé à lire Comète, je lui ai envoyé, et en 48h, elle me faisait un retour. Ensuite, tout s’est enchaîné.
Avec mon agence, on avait aussi envoyé le manuscrit à d’autres maisons pour avoir plusieurs options. Mais au final, j’ai choisi celle avec laquelle j’ai eu le plus de feeling, de compréhension mutuelle, d’envie partagée de faire grandir ce projet. Et je ne regrette rien. Pour l’instant, je garde le nom de la maison secret (un peu de mystère, c’est toujours bien), mais la sortie est prévue pour 2026. Ça laisse le temps d’en faire un livre que tu auras forcément envie de lire (enfin j’espère !)
🛠️ Entre version adulte et young adult
À l’origine, Comète aurait pu sortir en littérature générale. Certaines maisons l’auraient pris en tant que roman adulte. Mais avec mon éditrice, on a fait un autre choix : celui de l’ancrer dans le young adult. Ce qui a impliqué des ajustements, pas mal de réécriture, et même quelques sacrifices (en plus des 30 000 mots que m’avait déjà fait retiré mon agence…). J’ai revu certains métiers des personnages, une sous-intrigue, le contexte général, pour coller davantage à la tranche d’âge.
J’ai aussi retravaillé le réalisme de certaines scènes. J’avoue, je me suis un peu laissée porter par mon amour des K-dramas, parfois au détriment de la vraisemblance. Avec mon éditrice, on a fait ce travail de peaufinage fin juin, et j’attends maintenant ses retours pour la suite. Pas de stress : on a le temps.
✨ Et maintenant ?
Honnêtement, j’ai mis du temps à réaliser. J’ai souvent entendu que le parcours vers l’édition était long, fastidieux, parsemé de lettres de refus. J’avais même intégré que je mettrais peut-être un ou deux ans à signer quelque chose. Alors avoir une agence littéraire ET une maison d’édition en quelques mois ? C’est surréaliste.
Je crois que c’est aussi lié à l’alignement intérieur. Cette année, je l’ai consacrée à l’écriture. Par choix, mais aussi par nécessité. Mon licenciement — injustifié, je le dis sans détour — m’a poussée à ralentir. À prendre du recul. Et à me consacrer pleinement à mes projets d’autrice. Et ça a payé.
Bon, en septembre, il faudra que je commence à chercher du travail pour janvier. Parce que la réalité, c’est que je ne vis pas encore de mes écrits. Et mes factures (et mes projets immobiliers) ne vont pas se payer tout seuls. Mais je sais que je repartirai dans le salariat avec cette lumière les jours de ténèbres. Ce contrat. Ce livre. Cette aventure.
🖋️ Sonate et Plume : les compagnons de route
Me repose ? C’est mal me connaître…
En août, je me suis donné pour objectif de terminer la réécriture de Sonate , le premier tome compagnon de Comète. C’est un roman en vers libres. J’ai atteint les 30 000 mots (le minimum recommandé en général pour ce format), mais tout n’est pas encore écrit. Il me manque des scènes, certains passages doivent être allégés ou au contraire étoffés.
Plume, le deuxième tome compagnon, a un peu avancé aussi. J’ai chapitré jusqu’au chapitre 18 ou 19, et puis j’ai ressenti ce besoin de commencer à écrire, pour mieux savoir où j’allais. Je connais déjà la fin, mais j’ai besoin d’écrire les scènes pour sentir leur poids, leur souffle. L’idée, c’est de continuer Plume tranquillement, mais Sonate reste ma priorité pour août.
💌 Alors, tu continues l’aventure avec moi ?
Je continuerai à te raconter tout ça, ici, dans ce journal de bord, mais aussi sur Instagram. Si tu veux voir les coulisses, les doutes, les victoires, viens me retrouver là-bas. Et si tu as des questions, des envies, des retours, ma boîte mail est toujours ouverte (ou mes mp sur Instagram).
Merci à mes alpha et bêta lecteur·ices. Merci à toi qui lis, qui écoutes, qui encourages. Merci à mon éditrice de m’avoir fait confiance. Merci à cette version de moi qui a osé, un matin, se dire : « et si tu écrivais un roman pour de vrai ? »
On se retrouve fin août ou début septembre pour le prochain épisode, ou avant, sur les réseaux.En attendant, prends soin de toi, de tes émotions et de tes rêves.