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| Title | Pub. Date | Duration | |
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| La Story Lionel Richie (Episode 3) | 09 Apr 2025 | 00:03:16 | |
Si quand il a crevé les écrans de télé dans les années 80, on vous avait dit comme ça d’un bloc que la carrière de Lionel Richie avait débuté dans les années 60, vous ne l’auriez pas cru. C’est vrai, il semblait être tellement de notre époque, comme Prince. Et pourtant c’est vrai que cette histoire avait commencé au milieu des années 60 avec son groupe les Commodores formé sur le campus d’une université de l’Alabama. Les choses avaient été assez vite puisque le groupe signe en 1968 sur le légendaire label R’N’B, Atlantic, celui qui avait révélé Ray Charles. La voie royale. Les Commodores sont alors déjà une fameuse bande avec un chanteur batteur du nom de Walter Orange. Si on entend la voix de Lionel Richie sur le premier album des Commodores, ce n’est que dans les chœurs puisqu’on le retrouve alors principalement aux claviers et au saxophone, il compose d’ailleurs les partitions de cuivres. Sans doute la raison pour laquelle Lionel se trouve au centre des six musiciens sur la pochette en noir et blanc de ce 33 Tours qui commence comme ceci ... on dirait un générique, n'est-ce pas ? Et justement, on va entendre ce morceau instrumental des Commodores un peu partout à la radio et la télé en générique d’émission et bingo, le voilà qui monte dans les charts. Et l’album qui porte d’ailleurs le nom de ce titre se termine par deux chansons signées Lionel Richie. C’est alors que Walter lui-même, convainc Lionel de se lancer en chantant ses propres compositions sur l’album suivant car dit-il, si tu as aussi un excellent sens du swing, tu es un bien meilleur crooner que moi. Et en 1975, les Commodores connaissent un premier grand hit américain, cette fois chez la Motown, et avec la voix de Lionel Richie. Il s’intitule Slippery when wet, … sympa hein ? Et quel groove ! On se croirait dans un film de Tarantino, c’est pas un hasard, c’est un fan, … En tout cas ce titre écrit et interprété par Lionel Richie propulse les Commodores au niveau de leurs compatriotes d’Earth, Wind & Fire. N°1 des charts R&B, une nouvelle étoile est née, en tout cas aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la France, la Belgique demeurent encore hermétique à cette musique qui n’a pas encore conquis Paris. Mais cela ne va pas tarder car au fil des ans, les morceaux pops côtoient de plus en plus les titres funks sur les albums des Commodores imposant Lionel Richie comme le nouveau crooner, quelque part entre Elvis Presley et Frank Sinatra. Ce type a tout pour plaire, les hits qui s’accumulent le prouvent. Seul ombre au tableau, comme c’est le cas pour Earth Wind & Fire ou Kool & the Gang, les gens ne connaissent pas le nom des musiciens des Commodores. C’est pas le même star system que pour les rockers. Il va falloir changer ça et justement, c’est ce qui va arriver à Lionel Richie au début des années 80. | |||
| La Story Lionel Richie (Episode 2) | 08 Apr 2025 | 00:03:43 | |
On connaît tous la voix et le nom de Lionel Richie. Star des années 80, comme Phil Collins, il est issu d’un groupe et voilà qu’au début de la décennie, ils alignent tous deux les disques solos, les duos et écrivent, produisent pour d’autres artistes. Et pourtant, il s’en est fallu de peu pour que nous n’entendions jamais parler de lui dans notre Europe, si lointaine de son Etat d’Alabama, où il est né Lionel Brockman Richie Jr. Alabama, rien que le nom, on imagine les plaines, les déserts, les grands troupeaux de vaches et les cowboys. Mais en Alabama, il y a de grandes villes et des universités où Lionel a grandi dans les années 50. Chaque communauté vit de son côté mais ça n’empêche pas sa grand-mère d’être une pianiste classique renommée et sa maman d’être enseignante, principale d’une école et puis son père aussi, IT dans l’US Army. Non, Lionel ne vient pas d’un milieu défavorisé. Il entame d’ailleurs au milieu des années 60 des études de sciences économiques et obtient un diplôme de bachelier. Et après ça ? Ben il y pense depuis un certain temps, il se voit bien devenir prêtre dans la puissante église protestante épiscopale. Ah, il pourra utiliser les talents de chanteur et de musicien qu’il a développés grâce à sa grand-mère, le dimanche lors des offices ! Mais bon, je ne vais pas tirer l’affaire en longueur puisque vous connaissez la suite, la vie sur le campus et son appartenance à la plus grande fraternité estudiantine ont fait découvrir à Lionel d’autres horizons. A tel point qu’il finit par se dire qu’il n’est pas taillé dans le bois dont on fait un prêtre. Alors ? Ben alors il se verrait bien continuer dans la musique car à l’université, les gars qui font de la musique et les occasions de jouer ne manquent pas le samedi soir. Le groupe de Lionel se nomme les Commodores, ils sont six, et Lionel n’en est pas le chanteur, non, le chanteur c’est un certain James Ingram, non rien n’à voir, c’est un homonyme, de toute façon, il ne reste pas car en 1968, il est appelé sous les drapeaux au Vietnam. Aussitôt remplacé par un certain Walter Orange, batteur, mais qui devient la voix principale des Commodores. Un Walter Orange qui après quelque temps convainc Lionel qu’il a un fameux talent, il est donc convenu que les Commodores auront deux chanteurs, ce qui n’a rien d’exceptionnel, regardez les Beatles. Le premier hit des Commodres, en 1974, est signé Lionel Richie, un instrumental repris en générique d’émissions de télé, en B.O. de film, de séries. Mais au fil des albums qui se succèdent à une vitesse ahurissante, le moment attendu sur le nouveau 33 Tours est toujours la ou les ballades signées et chantées par Lionel Richie. Tant et si bien qu’en 1980 lorsque paraît l’album X, et oui, dix en six ans ou presque, Lionel a déjà à son répertoire une solide liste de succès et de classiques. D’ailleurs qui n’a pas été étonné d’apprendre au début des années 90 que l’énorme tube du groupe rock Faith No More était un simple cover des Commodores signé Lionel Richie. Et qui est depuis, devenu familier à tout un chacun. Et ben non, ça n’avait pas charté chez nous à l’époque. | |||
| La Story Lionel Richie (Episode 1) | 07 Apr 2025 | 00:03:11 | |
Lionel Richie est une des grandes figures de la musique populaire. Une évidence. Le crooner noir qui sait aussi bien écrire des chansons qu’il les chante, et qu’on a tous immédiatement en tête. Des chansons des années 80, une étiquette qu’il doit au succès gigantesque qu’il a remporté durant cette décennie qu’il a marquée d’or et de diamant avec Michael Jackson, Prince et Whitney Houston. Et pourtant, comme Michael Jackson, Lionel Richie est au départ un artiste des années 70. Un de ces musiciens qui a marqué la soul à une époque où le marché du disque est encore séparé, où les Afro Américains possèdent leurs propres charts, leurs propres émissions de télé et radio. Il y a certes un public blanc pour acheter leurs disques mais la grande majorité ne semble pas concernée avant l’arrivée d’un Barry White qui reste longtemps une exception dans le paysage. Oui, la soul music reste quelque part dans l’ombre des grands jazzmen comme Miles Davis qui ont réussi dans le passé à briser le mur mais à la fin des années 70, avec la folie du disco, les choses semblent changer, le mur est en train de se fissurer, chose dont le jeune Michael Jackson, vingt ans mais déjà plus de dix années de métier, compte bien profiter. Michael veut devenir N°1 en conquérant le public blanc car oui, c’est possible. Ainsi le chanteur country, Kenny Rogers, immense star américaine, ne vient-il pas en 1980 de faire un immense tube avec une chanson écrite et produite par Lionel Richie. Lionel Richie, c’est le type que personne n’a vu venir. A la fin des années 60, s’il forme un groupe avec des copains, c’est parce que ça le fait auprès des filles de jouer de la musique dans un band. Lionel n’est pas le chanteur, non, c’est Walter, la voix groove des Commodores. Car le truc de Lionel, c’est sa voix suave pour chanter les slows, le reste du temps, il souffle dans son saxophone. Et ça marche. Enfin, ça marche, … gentiment. Pas comme les Jackson Five qui sont les stars de la Motown, le label de disques soul sur lequel ils ont signé eux aussi. Les cinq premiers singles des Jackson Five sont N°1, du jamais vu depuis les Beatles, alors en concert, ce sont les Commodores qui ouvrent les spectacles avant les frères Jackson. Mais avec le temps ils deviennent un sacré groupe de scène et ô surprise, en 1974, ça y est, ils tiennent leur premier tube, dans les charts R’N’B mais quand même, c’est un sacré marché et un sacré groove ce Machine Gun. Lionel aligne alors chaque année un ou deux succès par album des Commodores dont un inévitable slow qu’on se surprend à espérer à chaque sortie comme cet extraordinaire Still, en 1977, sur ce qui est déjà leur cinquième album. | |||
| Back to 1995 (Episode 3) : Ophélie Winter | 02 Apr 2025 | 00:03:15 | |
Au milieu des années 90, tout le monde regarde la télé le soir, l’après-midi, et même le matin car ça y est, les programmes tournent 24 heures sur 24. On va oublier progressivement ce qu’est la mire avec ce son si poétique … et puis aussi les génériques de début et de fin des programmes dont l’un a rendu célèbre un artiste … Et puis comment oublier celui de la télé américaine dans Poltergeist, le film de Spielberg et Tobe Hopper … Alors qu’est-ce qu’ils regardent, tous ces gens ? Ben s’ils sont mômes, les émissions de Dorothée, et s’ils sont adolescents aussi, des sitcoms, pas de Dorothée, hein, mais c’est la même équipe de production derrière. De toute façon, dans les années 90, tout le monde regarde TF1, c’est là que ça brille le plus. Enfin, pas tout le monde. Il y a Nulle Part ailleurs le soir sur Canal avec une bande de grands malades comme Les Nuls, Les Guignols et le duo Antoine de Caunes et José Garcia … et le week-end sur M6, la petite chaîne qui monte, dirigée par le frère de Michel Drucker, il y a Thierry Ardisson qui sévit déjà. Je devrais dire qui sévit toujours. Il produit notamment La nuit la plus Love : la 1ère coupe du monde de la séduction. Pourquoi ça ne vous étonne pas ? C’est dans cette émission qu’une directrice de la chaîne remarque une jeune femme qui a ce quelque chose que la majorité n’a pas. Elle a tout ce qui faut pour faire tourner une émission de télé et surtout amener du monde. Les deux femmes se parlent et quelques semaines plus tard, Ophélie Winter commence à animer une émission de M6 au départ essentiellement musicale : Hit Machine. Et autant on va très vite parler d’Ophélie Winter dans tous les magazines télé etsurtout dans toutes les écoles, autant on ignore qu’elle n’est pas une nouvelle venue. Car non, ce n’est pas un pseudonyme. Ou plutôt si, mais c’était celui de son père, un Hollandais qui a roulé sa bosse dans le monde, puis venu à Paris, avait commis un ou deux succès à l’époque des Yéyés, est même allé à l’Eurovision au début des années 70, avant de disparaître définitivement aux Etats-Unis. Mais voilà, comme beaucoup d’artistes venus de l’étranger, ils se reconnaîtront, David Alexandre Winter a laissé un petit garçon nommé Mickaël et une petite fille nommée Ophélie dont la maman est une ex-Miss française. Les chiens ne font pas de chats, Ophélie est très belle, devient mannequin, s’essaie à la chanson une paire de fois avec divers producteurs mais sans succès avant ce jour où elle participe à l’émission de Thierry Ardisson, elle n’a alors pourtant que 20 ans. Si on se souvient que Ophélie va présenter l’émission Dance Machine avec son frère Mickaël, on a surtout retenu les singles qu’elle va sortir à cette époque et qui vont faire d’elle la personnalité la plus en vue de ce milieu de décennie. Back to 1995, avec Ophélie Winter, c’était quand même vachement bien balancé, non ? | |||
| Back to 1995 (Episode 2) : Elton John | 01 Apr 2025 | 00:03:04 | |
Retour en 1995. S’il y a un film de cette année qui réunit tout le monde cette année-là, c’est bien Le Roi Lion. Qu’on l’ait vu avec des yeux d’enfant, d’adolescent ou de parent, on y est tous passé ou presque. Et je ne parle pas de la cassette vidéo qui a suivi et tourné, tourné, tourné mille fois. Chouette invention, hein, pour les mômes, mais pour les parents, dix fois, la même scène, c'est un sacerdoce. Mais bref, N°1 au Box Office mondial, Disney n’avait plus connu ça depuis les années 70. La traversée du désert a été longue, mais les aventures de Simba, Timon et Pumbaa sur fond de tragédie shakespearienne, c’est une trouvaille. Et qui a un effet collatéral puisqu’il marque aussi le retour d’Elton John sous unepluie des disques d’or et de platine. Ah ça faisait longtemps aussi, une petite dizaine d’années malgré une production toujours aussi dense, quasiment un album par an. Oui, avec les années, ça y était, Elton John n’était plus acheté par les jeunes mais par une partie seulement de ceux qui en avaient été les fans du début des années 70 jusqu’au milieu des années 80. Ce qui était déjà pas mal, qui peut se vanter d’une carrière pareille. C’est vrai qu’au fil des albums, il avait fini, si pas par décevoir, en tout cas par user notre émerveillement, Elton John. Il composait toujours de belles chansons mais elles avaient perdu l’attrait de la nouveauté, de leur folie et aussi de l’impétuosité de l’artiste sur scène. Vingt-cinq ans de carrière, même un peu plus, disons de succès, et donc, quand le film sort, un Elton John qui sert la soupe à Disney, c’est un peu l’antichambre de la maison de retraite, une pension pour un homme qui n’en a pas besoin, en plus. Vous le savez, ce doublé de succès va être énorme, gigantesque replaçant Elton John sur le podium du business mondial. Pour la première fois, on parle de record de longévité pour un artiste qui aligne les N°1 et les disques de platine sur trois décennies. Mais c’est bien peu de choses par rapport à ce qui va sortir quatre ans plus tard, la comédie musicale du roi lion, qui plus d’un quart de siècle après attire toujours autant de monde dans les théâtres, on ne compte plus le nombre de troupes qui ne jouent que ça à travers le monde. On n’ose même pas imaginer ce que ça doit représenter en droits d’auteur ! Reste bien sûr le principal : l’émotion à l’écoute de cette chanson d’Elton John, qui se marie diablement bien avec ce film qui a tiré des larmes à plus d’un, la première fois sans doute chez Disney, dans de telles proportions, depuis Bambi, cinquante ans plus tôt. Alors, pas besoin de mettre le calendrier de la DeLorean sur 1995, ça marche toujours, il suffit d’écouter la chanson. | |||
| Back to 1995 (Episode 1) : The Cranberries | 31 Mar 2025 | 00:03:47 | |
Il y a trente ans, nous étions en 1995. Si loin et pourtant c’est comme si c’était hier. Tenez, vous le voyez encore ce logo Windows 95 qu’on allait garder si longtemps sur la page d’accueil de nos PC qui faisaient à peine plus que du traitement de texte mais accueillait déjà des jeux vidéo. Je me trompe ? Tout comme la finale de Wimbledon remportée pour la troisième fois consécutive par Pete Sampras, vous ne pouvez pas l’oublier, c’était juste après la fin de ces foutus examens qui vous privaient chaque année de Roland Garros. Et n’oublions pas Steffi Graf qui, elle, a remporté ces deux tournois. C’est vrai que c’est un peu l’année de la femme, 1995. On n’a jamais vu autant de chanteuses sur le devant de la scène : Céline Dion triomphe en établissant un record de vente qui ne sera jamais battu par aucun chanteur français, et puis il y a Mylène Farmer, Axelle Red, Native, Ophélie Winter, Janet Jackson, Tina Turner, Mariah Carey, Whitney Houston, Enya, Ace of Base, Annie Lennox, TLC, Bjork, et bien sûr, Madonna. Mais là où on se dit qu’il se passe quelque chose, c’est qu’à présent les filles s’imposent en nombre dans une musique réputée être un truc de garçon : le rock. Ainsi les CD d’Alanis Morissette tapissent l’entrée des Virgin et vitrines de tous les magasins de disques petits et grands qui n’ont jamais vu passer autant de clients qu’en ces années 90. C’est la révélation et surtout le carton puisque son album Jagged Little Pill se vend à 30 millions d’exemplaires. 30 millions, vous vous rendez compte ? A hauteur du fameux album de Nirvana. L’année 95 avait d’ailleurs commencé tout en haut de la gamme puisqu’on avait démarré en janvier, collés au plafond avec la voix de Beth Gibbons du groupe Portishead … Glory box , on en plane encore, hein ? Et puis pour la première aussi, celle de Shirley Manson du groupe Garbage … I’m only happy when it rains. Oui, Garbage, le groupe du producteur du son énorme du fameux Smells like teen spirit. Mais la sensation féminine de 1995 est sans nul doute irlandaise. Que les fans des Cranberries lèvent le doigt. Sorti durant l’automne 1994, le CD vous a accompagné toute l’année, hein ? Il s’en est quand même vendu plus de 17 millions en Europe et en Amérique, quand même. En France, il n’y a que Cabrel et son Samedi soir sur la Terre pour battre les Cranberries et en Belgique, ben c’est un double album de platine, je vous dis que vous y êtes allé, tous ou presque chez le disquaire, et si pas, à la médiathèque pour vous en faire une cassette. Bon, ne nous gargarisons pas trop, au Canada c’est 5 fois platine, aux Etats-Unis, sept fois. Merci MTV. Et merci, la radio. Mais qui était à Torhout ou Werchter le 1er ou le 2 juillet, pour Dolores et son groupe en tête d’affiche ? Sur le second podium, oui, mais sur le principal il y avait The Cure et R.E.M, quand même.Non, on n’avait jamais entendu le mariage d’une chanteuse gaélique avec la pop et surtout un rock aussi dru, la bande son idéale d’une adolescence romantique qui pousse les sentiments à l’extrême. Et vraiment, vu ainsi, 1995, a été une année formidable. | |||
| Back to 1995 (Episode 5) : The Scatman | 28 Mar 2025 | 00:03:11 | |
Je vais demander à vous qui avez connu, vécu, cette année 1995 de vous souvenir d’un endroit qui était alors essentiel, quel que soit votre âge, cette année-là. Qui a dit disquaire ? Bravo ! Oui, le disquaire du centre ville en Wallonie, car à Bruxelles, il y en avait dans toutes les communes et parfois les quartiers. C’est là finalement qu’il fallait se rendre pour découvrir la musique et pouvoir la ramener chez soi ; on y a passé une partie de notre jeunesse. Il y avait quelque chose de magique à entrer chez un disquaire en 1995, la présence physique de toute cette musique, tous ces CD qui étaient mystérieux : on se demandait souvent ce que pouvaient contenir les boîtiers dont certains étaient de véritables petites œuvres. Et puis les posters aussi, c’était tout un univers où on passait beaucoup de temps. Car on n’y faisait pas que regarder les pochettes en faisant défiler les disques sous nos doigts dans les bacs, on écoutait aussi pour savoir si ça allait nous plaire. Mettre le casque et passer le CD au disquaire qui le plaçait dans le lecteur et revenait plus ou moins fréquemment passer à la chanson suivante si c’était un album, quoi qu'en 1995, on voyait apparaître ces fameuses colonnes avec les piles de CD et là on faisait tout nous-même. Mais bon, fallait bien dire que c’était pas de tout repos, être disquaire, car il prenait des risques, celui de rester avec le stock commandé, fallait faire évoluer la vitrine constamment, et les assortiments en magasins, les têtes de gondole, en fonction des grosses sorties de la semaine. Et puis il y avait le disquaire fan de musique, celui qui déroulait le tapis rouge à une nouveauté et pouvait vendre des quantités invraisemblables de l’album d’un nouvel artiste ou d’un groupe alors que dans la ville d’à côté, il y en avait juste vingt qui étaient partis. Et comme toujours, il fallait se farcir une certaine clientèle. Je ne parle pas du casse-pied qui l’est dans tous les types de commerce, non, ici on parle de musique donc il y avait des phénomènes spécifiques. Le gars qui écoutait tout et ne prenait rien, gaaarde ton calme, Bertrand, ne sois pas désagréable, tu vas gâcher l’ambiance et puis tu vas montrer une mauvaise image aux autres clients, une mauvaise réputation est vite faite. Le client de mauvaise foi qui rapportait le disque parce qu’il ne l’aimait pas. Que faire ? Il avait peut-être fait sa cassette et en venait chercher un autre. Il en faut des kilos de diplomatie. Et puis enfin, le passionné. Par une chanson. Qu’il a entendue à la radio. Le chanteur ? Il ne sait pas, il n’a pas compris, c’est pas un chanteur français. Le titre alors ? Il ne sait pas non plus. Mais alors que faire ? Et alors là, le gars, il se met à chanter l’air, qu’on ne reconnaît pas, évidemment, soit parce qu’il chante très très mal, soit parce que le morceau est trop nouveau, soit … ah ben oui, en 1995, quand le gars voulait une chanson dont il n’avait compris ni le titre ni l’interprète, ni les paroles, c’était une fois sur deux celle du Scatman. | |||
| Harrison Ford, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 5) | 28 Mar 2025 | 00:03:31 | |
Si nous avons fait connaissance avec Harrison Ford grâce à son rôle d’Han Solo dans Star Wars à la fin de l’année 1977, l’acteur était pourtant arrivé de sa province profonde, à Hollywood, en 1964. Alors pourquoi ces treize années dans l’ombre ? Et bien parce que le jeune comédien, bien que recommandé auprès d’un grand studio, n’entend pas faire n’importe quoi. Il est là pour bien jouer de bons rôles, il vient du théâtre. Alors les conneries des gens du studio, genre lui faire une coupe de cheveux à la Elvis Presley parce que c’est dans le vent et aussi, ça c’est le pompon, prendre un pseudonyme, ils peuvent se le foutre au cul. C’est pas moi qui le dit, c’est Harrison Ford dans le bureau de Jerry Tarkovski, le vice-président de la Columbia qui le paie au mois. Le gars étant du genre sanguin, Ford est d’abord mis à pied puis finalement viré et blacklisté. Ne l’engagez pas, vous n’aurez que des problèmes avec lui. Et en effet, Harrison Ford galère pour nourrir sa famille. Il doit ainsi retaper lui-même la maison qu’il vient d’acheter, une bonne affaire mais elle est en mauvais état, y a pas de miracle. Et se découvrant des talents dans le bâtiment, il les met au service d’autres acteurs et de musiciens en exécutant leurs travaux. L’affaire marche plutôt bien, il finit par avoir des chantiers partout. Il a toujours son agent qui lui trouve des castings mais quand son artiste s’y rend, il n’est pas sûr qu’il va en revenir avec un contrat. Et parfois pour des raisons autres qu’artistiques : je ne vais pas accepter un rôle qui me rapporte moins que la menuiserie ! Jusqu’à ce jour où, travaillant de nuit dans les bureaux de Francis Ford Coppola, dans un film duquel il a déjà tenu un petit rôle, il tombe, tôt le matin, sur George Lucas. En bleu de travail, et avec ses outils, Ford est bien embarrassé car il a aussi joué pour Lucas, un petit rôle mais dont on a parlé, dans ce qui est alors l’unique grand succès du réalisateur : American Graffiti. George, comment vas-tu ? Je viens faire passer des castings pour ma prochaine production, je prépare un film de Science-Fiction. Bon, ben, salut. Lucas l’a à peine quitté qu’il se dit que Ford pourrait donner la réplique aux candidats du casting. Il le rattrape et pendant des jours Harrison Ford briefe les acteurs et joue le rôle d’un contrebandier assez rustre dans lequel il est vachement bon, idéal même. La suite, vous la connaissez. Ce qu’on sait moins, c’est que l’actrice chez qui Harrison Ford n’est jamais venu terminer un chantier dans sa cuisine, a mis une pancarte sur l’échelle avec ces mots Harrison Ford a laissé ça ici. La conclusion de cette histoire incroyable de gens de l’ombre qui sont devenus des stars, c’est vingt ans plus tard, Harrison Ford, alors devenu l’acteur le mieux payé d’Hollywood arrive dans un restaurant huppé de Los Angeles. Et alors qu’il vient de s’installer, un garçon lui apporte une carte de visite. C’est celle de Jerry Tarkovski avec ces mots écrits au dos : « Je me suis planté ». Se retournant sur la salle, Harrison Ford avouera ne pas reconnaître le visage de son ancien tortionnaire parmi les clients du restaurant. | |||
| Back to 1995 (Episode 4) : The Beatles | 27 Mar 2025 | 00:03:30 | |
Je n’oublierai jamais ce 20 novembre 1995. Je crois que c’est la première fois de ma vie que je me mettais à la recherche dans Bruxelles du premier disquaire sur lequel j’allais tomber en sortant de mon bureau tellement je ne pouvais pas attendre pour le mettre directement dans ma voiture. Il faut dire qu’il s’agissait d’un disque improbable, le premier album original des Beatles depuis 1970. Comment était-ce possible ? On n’en savait rien mais voilà que paraissait officiellement un double CD intitulé Anthology avec une foule de documents sonores dont des chansons jamais entendues et même une entièrement nouvelle. Oui, quinze ans après la mort de John Lennon qui rendait toute réunification impossible, cette année 1995 nous rendait les Beatles, 25 ans tout juste après leur séparation officielle et leur entrée dans la légende. Alors bien sûr, on ignorait que les fameuses compiles Double rouge et double bleue, étaient au départ la B.O. d’un reportage imaginé par le vieil ami des Beatles de la première heure, Neil Aspinall, le petit gars de Liverpool qui, à leurs débuts, les trimballait dans sa camionnette. Ils l’avaient depuis nommé directeur de leur label, Apple. Le doc télé intitulé The long and winding road, n’était jamais sorti, ni le projet suivant, douze ans plus tard, en 1984, Sessions, qui comprenait des titres inédits et des versions différentes car les Beatles enregistraient de nombreuses versions du même titre avec des évolutions incroyables au fil des essais. Mais cette fois, ça y est, ils ont réuni les deux idées : un reportage télé de six heures, sûrement le plus cher jamais consacré à un artiste, un livre titanesque de photos et une histoire racontée uniquement par les quatre membres. Et puis, une B.O. en trois double CD qui vont sortit à partir de cette fin novembre. En cette année 1995, on n’a pas encore vu de rééditions d’albums avec un CD bonus de raretés et donc, la surprise ne va qu’en être plus grande d’entendre ces gamins qui enregistrent leur premier disque en 1958, quatre ans avant le véritable début, un disque qui avait été gravé en un seul exemplaire puis disparu dans une malle durant plus de trente ans avant de réapparaître et d’être racheté à prix d’or par McCartney. Le groupe s’appelait alors les Quarrymen, les gamins n’avaient pas d’argent et n’avaient pu graver qu’un seul exemplaire qu’ils se faisaient tourner, et on avait oublié qui l’avait eu en dernier. Oui, c’est étonnant de dire qu’en 1995, l’année où la techno, le hip hop, les boys bands et le rock alternatif triomphent, où les adolescents regardent MTV et écoutent des CD sur leur baladeur en jouant aux jeux vidéos, qu’un nouveau single des Beatles soit N°1 partout, au pire N°2, et que leur double album de titres au son pas terrible se vende à dix millions d’exemplaires? Car c’était ça aussi 1995, le retour d’une voix disparue et la réunion des quatre fabuleux, pour une dernière session de studio ensemble. | |||
| John Williams, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 4) | 27 Mar 2025 | 00:03:32 | |
Nous sommes à Hollywood, Los Angeles, en 1958. L’âge d’or du cinéma mais aussi depuis peu, une usine à séries télévisées. Ah ce sont deux choses bien distinctes car la télé c’est de la fiction vite faite, vite consommée, une véritable usine. Et justement, on est occupé à y monter la seconde série créée par un jeune réalisateur répondant au nom de Blake Edwards. On le dit prometteur même si les quelques films qu’il a réalisés pour le cinéma n’ont pas trouvé leur public. Mais bon, il faut qu’il fasse ses armes et justement, cette série policière de la chaîne NBC (pour laquelle entre parenthèses travaille à New York le jeune Woody Allen) semble prometteuse. Ça parle d’un détective avec de forts penchants pour les femmes, l’alcool et le jazz, son nom : Peter Gunn. Ah, s’il est question de jazz, il faut confier la musique à un spécialiste de la bande originale et du jazz : Henry Mancini. Lequel s’exécute mais allez savoir si c’est faute de temps ou de cachet, il faudrait un solide pianiste pour arranger et exécuter ça, vite fait aussi, bien sûr, on est à Hollywood et on a autre chose à faire. Ah oui, et qui ne soit pas trop gourmand non plus. On n’a qu’à demander à Johnny. Johnny Williams, c’est ce pianiste qui joue à gauche à droite, et qui travaille aussi pour les studios Universal. Un gars très cool qui ne fait jamais d’histoires. Parfait ! Johnny, John de son vrai prénom, mais Johnny ça fait plus jazzman pour les engagements dans les clubs, vient en studio pour 40 dollars et en trois heures, il plie le thème de Peter Gunn, sans avoir conscience, évidemment, du destin exceptionnel que va connaître ce morceau qui constitue la collaboration improbable de deux des plus grands compositeurs de l’histoire du cinéma. Oui, qui sait encore aujourd’hui à quoi ressemblait cette série, qui était ce Peter Gunn. Mais tout le monde connaît le morceau et aussi, sait qui est Blake Edwards, qui ne manquera pas de faire appel à Henry Mancini quand il tournera deux ans plus tard Breakfast at Tiffany’s et puis encore plus tard La Panthère Rose. Quant à Johnny ? Et ben il va laisser tomber le y, les p’tits concerts de jazz et se consacrer à ses œuvres pour orchestre classique. Car autant il n’a jusqu'ici jamais cru qu’il arriverait à vivre de la composition, c’est vrai il n’y a que jouer du piano pour faire bouillir la marmite, autant grâce à ce Peter Gunn, on va commencer à lui proposer des musiques de film. Et il va ainsi traverser les années 60 à pondre des bandes originales de petits films jusqu’à cet Oscar pour une chanson qu’on a oubliée mais qui lui vaut de passer la vitesse supérieure et de devenir le compositeur attitré de films d’un nouveau genre au début des années 70 : les films catastrophes. Et après un Poséidon, un Tremblement de terre et une Tour infernale, John Williams est contacté par le jeune Steven Spielberg à qui Williams offre la recette ultime : le thème musical, pièce essentielle du scénario … Les Dents de la Mer. De là à ce que Spielberg le recommande à son ami George Lucas, il n’y avait qu’un pas, et 54 nominations aux Oscars plus tard, qui ignore le nom de John Williams ? | |||
| Woody Allen, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 3) | 26 Mar 2025 | 00:03:37 | |
Mais bon dieu, qu’est-ce qu’il lui a pris de vouloir jouer devant un public ? C’est vrai qu’Allan Konigsberg n’a rien pour lui, je veux dire physiquement, pour réussir dans le showbizness des années 50. Et du haut de son mètre 63, il l’a bien compris. Il aurait habité le milieu de la campagne ou des montagnes rocheuses, il aurait pu se rêver acteur ou musicien star, il n’avait aucun modèle sous les yeux dans son quotidien. Mais quand on habite New York, dans un appartement d’une pièce situé juste à côté de la porte électrique d’un immeuble aux multiples étages et qu’à quelques centaines de mètres de là, toutes les stars du théâtre et du cinéma jouent à Broadway, que des dizaines de gars triomphent dans les cafés théâtres de Greenwich Village ou les boîtes chics des grands boulevards, on a des exemples à qui se comparer quand on se tient le matin devant le miroir de la salle de bains. Non, Allen, qui a choisi de transformer son prénom en nom, prenant Woody comme prénom, a trouvé sa voie. Depuis l’adolescence il sait comment faire rire, envoyer une vanne ou imaginer des situations comiques, mais il les fait dire et jouer par d’autres qui le paient très bien pour ça. Ainsi à seize ans, il écrit déjà Sid Caesar, le comique de la radio et de la télé. Seize ans, vous le croyez, ça ? Alors qu’il est toujours à l’école. Sans doute est-ce la raison pour laquelle les cours à l’université ne vont pas l’intéresser. Les années passent. Woody grimpe à la télé, jusqu’au sommet, c’est-à-dire les émissions les plus regardées par l’Amérique comme le Ed Sullivan Show qui révèle les plus grands talents le dimanche soir comme Elvis Presley. Alors qu’est-ce qui lui a pris de laisser germer cette graine tombée dans le terreau de sa créativité d’artiste. En effet, la chaîne NBC qui l’emploie l’envoie dans une boîte très chic où tout coûte un pont, assister au show de l’humoriste du moment : Mort Sahl. Woody serait bien incapable d’expliquer ce qui fait le génie de ce gars mais une chose est sûre : il a foutu sa vie en l’air. Car désormais, Woody veut être lui. Aussi pour la première fois, il écrit un sketch qu’il joue un soir au débotté devant des amis producteurs. Et ils le trouvent très drôle, au point de lui monter un plan de dingue. Oui, ce dimanche soir, une star du stand up demande à la salle comble venue l’applaudir, de rester après le spectacle pour voir un débutant. Et voilà un petit homme qui s’avance, liquéfié de frayeur, vers ce micro dressé au milieu d’une scène qui lui paraît immense. Le silence tombe sur le public avec le dernier applaudissement, il pèse des tonnes sur les épaules de Woody qui balaye du regard ces crânes dont il ne distingue que le contour mais devine dans l’ombre les paires d’yeux posées sur lui, et rien que lui. Après une interminable poignée de secondes, il se lance enfin … et les rires fusent. Si fort, si bruyants que Woody semble rétrécir dans son costume, écrasé par les cascades de rires et les applaudissements. Quelques minutes plus tard, comment est-il arrivé sur cette chaise dans la loge, il ne s’en souvient pas ? Entouré de ses amis qui, il l’ignore encore, vont produire tous ses futurs films. Il écoute les conseils, qui tombent de gauche et de droite, il est dépassé par l’intensité de ce qui lui arrive. Le lendemain, les propositions vont pleuvoir de partout, Woody Allen est né au public ce soir de l’an 1960. | |||
| Louis de Funès, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 2) | 25 Mar 2025 | 00:03:21 | |
Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale. Paris est occupée par les Allemands, les temps sont très durs. Marie de Funès paie à son frère Louis, qui est pianiste de bar, des cours de comédie chez René Simon, où il se lie d'amitié avec une bande de joyeux lurons nommés Robert Dhéry, Colette Brosset et Daniel Gélin. Mais il quitte rapidement les cours, ce qui n’étonne pas sa soeur, il a toujours été instable. Ce dont Louis se défend une fois de plus : ce n’est pas la comédie qui le fera vivre de son art, même s'il reconnaît avoir beaucoup appris. Et notamment à amuser le public le soir. Louis a en effet remarqué que depuis qu'il fait l'andouille en jouant, les gens viennent non seulement pour l'écouter (ce qui est déjà en soi un exploit) mais aussi pour le voir. Voilà donc comment il compte faire vivre la nouvelle famille qu'il forme avec Jeanne, sa jeune épouse qu'il rencontrée au cours Simon : en devenant un musicien réputé. Mais le destin est bien imprévisible car un jour de 1944, Louis tombe sur Daniel Gélin alors qu’il attend le métro. Mais au fait ! Et Daniel de lui demander de reprendre un rôle créé par Bernard Blier dans une pièce qu'il monte pour une représentation unique. - Mais je ne peux pas, je n’ai jamais joué. Et puis je ne suis pas libre. - Qu’est-ce que tu fais ? - Je joue du piano le soir dans un cabaret. - Et bien, pas de problème. La pièce se joue en matinée. Tu ne perdras pas ton cachet. Si on compte la mère et la femme de Louis de Funès, sept personnes assistent cet après-midi là à la représentation de L'amant de paille, à la salle Pleyel. Parmi elles, se trouve la directrice du théâtre de la Gaîté Montparnasse qui, conquise, lui propose de jouer dans la prochaine pièce du même auteur. A trente ans et de manière inattendue, Louis de Funès devient acteur. Daniel Gélin et lui ne se quittent plus. Daniel et son épouse, Danièle Delorme, étant devenus célèbres, ils pistonnent leur ami Louis sur tous les tournages, des figurations et petits rôles, un demi-jour, deux jours tout au plus, mais ça va arrondir tes fins de mois. Il faudra, vous le savez sans doute, attendre 1964 avant que le succès ne lui tombe dessus au cinéma. Pendant cette longue période de sa vie, Louis de Funès aura été le roi de la figuration et du petit rôle dans plus de cent films. Il y aura eu certes quelques rôles secondaires marquants, des rôles principaux dans des petits films et un gros succès au théâtre de boulevard mais avant d’enchaîner en quelques semaines Le Gendarme de St Tropez, Fantômas et Le Corniaud, il ne s’est trouvé durant vingt ans personne pour voir en Louis de Funès l’incontestable tête d’affiche mondiale qu’il allait devenir. | |||
| Mel Brooks, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 1) | 24 Mar 2025 | 00:03:59 | |
La vie des artistes est une source inépuisable d’histoires passionnantes qui résonnent en nous. Car c’est formidable de regarder rétrospectivement une future star de la musique ou du cinéma qui tente de trouver la reconnaissance mais à laquelle personne n’accorde d’intérêt. Et je ne parle pas de tous ceux qui ont renoncé juste avant d’y arriver : quelle place auraient-ils occupée ? Et puis il y a ceux qui avaient un travail qu’on appelle de l’ombre et qui un jour arrivent dans la lumière. Oui, qui aurait dit que le secrétaire particulier de Sylvie Vartan, de Fernand Raynaud et de Claude François deviendraient des grands noms de la chanson populaire, la télévision et le cinéma sous le nom de Carlos, Bézu et Ticky Holgado. Ainsi de Melvin Kaminsky qui à l’âge de vingt ans est démobilisé de l’armée américaine où son QI exceptionnel l’a conduit à être ingénieur sur le front belge en 44-45, lors de la bataille des Ardennes. Depuis le jour où à l’âge de neuf ans, il a assisté à sa première pièce de théâtre à New York, Mel sait qu’il ne fera pas le même travail que les autres. Et s’il vient de changer de nom, ce n’est pas pour cacher ses origines juives d’Europe de l’Est. Non, Mel étant batteur et pianiste, il veut éviter qu’on le confonde avec le grand trompettiste Max Kaminsky. Alors, il prend le nom de jeune fille de sa mère, Brookman, pour faire Brooks, et joue dans des hôtels pour touristes. Et un soir où le comique du spectacle est indisposé, comme dans la chanson de Michel Jonasz, Mel qui adore faire rire, regarde le micro et se dit : je me lance, allez, tant pis. Oui faire rire, est le moyen que tout môme, Mel avait trouvé pour que ses camarades de classe arrêtent de se moquer de sa petite taille. Alors il raconte des blagues, imite des personnalités, le public rit, on le garde le lendemain, il a trouvé sa voie. Mais réussir en Amérique est une tâche aussi énorme que le pays. Hollywood c’est très loin, à New York, c’est le théâtre, la radio et la télé, alors Mel fait des pieds et des mains pour approcher son idole, celui qui fait rire l’Amérique du début des années 50 : Sid Caesar. En quelques secondes, il lui balance une vanne et accroche la star qui lui en commande d’autres pour son émission. Ainsi débute la carrière d’auteur de Mel Brooks qui vend ses bons mots et ses sketchs. Parfois ça se passe bien, allant jusqu’à la création et l’écriture de séries comme Max la Menace ou des pièces de théâtre. Parfois ça se passe mal avec la star, ainsi Mel claque la porte du nouveau film de Jerry Lewis en 1960 et exige qu’on ôte son nom du générique. Si The ladies Man remporte un succès colossal, il ne reste que deux scènes écrites par Mel Brooks. Puis un jour de 1967 vient l’écriture et la mise en scène d’un film, parodie du monde des producteurs de Broadway que Mel connaît si bien. C’est si drôle mais tellement vitriolé que personne n’ose le distribuer. Heureusement, Peter Sellers, alias Clouseau, admiratif, lui achète de la publicité dans les magazines et, l’Oscar du meilleur scénario tombe sur Mel Brooks. C’est promis, au prochain film, car prochain film il va y avoir, grâce à cet Oscar, Mel jouera devant la caméra. Qui n’a pas vu depuis Frankenstein Junior, Space Balls ou La Folle histoire du monde. Mel Brooks est aujourd’hui presque centenaire mais qui ne se souvient pas d’une de ses chansons des années 80. Car on ignorait qu’il avait été aussi musicien. Ah non, pas chanteur ! Mais bon quand on est une star, on peut tout se permettre. | |||
| Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 5) | 21 Mar 2025 | 00:03:13 | |
Los Angeles, 20 janvier 1985, huit jours avant que n’ait lieu le plus grand événement jamais organisé dans l’histoire de la musique populaire américaine, ça y est ! Lionel Richie et Michael Jackson ont terminé la chanson que 44 énormes stars doivent enregistrer ensemble en studio. Reste le plus compliqué à organiser. Pas de mail à l’époque, encore moins de WhatsApp, il faut faire parvenir une cassette à tout le monde sans qu’il n’y ait de fuite dans la presse. Mais avant ça, enregistrer une maquette pour que chacun ait répété en arrivant. C’est vrai, pas question de commencer le truc sur place dans une ambiance et une cohue qui s’annoncent proches des Fêtes de Wallonie ou du carnaval de Binche. Nous sommes alors Jour J-5, Quincy Jones est à la table de mixage, un téléphone qui n’arrête pas de sonner, posé juste à côté de lui. Quoi ? Tu rigoles ? Amène-toi, Michael et Lionel sont là. Les musiciens sont prêts, Michael et Lionel devant les micros et c’est parti, tout le monde se lance. On s’arrête, évidemment pour des ajustements, Michael préfèrerait ainsi tel mot plutôt qu’un tel car il sonnera mieux, Quincy est d’accord, quand quelqu’un entre dans le studio. C’est Stevie Wonder, enfin ! C’était lui au téléphone, tout à l’heure. Mais ça fait près d’un mois qu’on l’a appelé, qu’il a dit oui et qu’on ne l’a jamais vu. Bon, on s’y met ? Mais euh, on ne t’a rien dit ? C’est fait, Michael et moi l’avons écrite. Là, on fait la maquette pour l’envoyer à tout le monde. Ah bon ? Un moment suspendu. A-t-on tenu Stevie informé ou est-ce lui qui a oublié, ou bien tente-t-il de donner le change car il sait très bien qu’il a laissé tout le monde dans le vent pendant des semaines. Très bien ! dit-il. On fait la démo alors ? Le croirez-vous ? Il n’y a pas internet en 1985 mais trois jours plus tard, tous, de New York à San Francisco ont reçu la cassette et la partition. Cinquante exactement qui ont transité via un manager, un agent ou atterri directement dans les mains des artistes. Huey Lewis, déjà quelques tubes à son actif aux USA, même si son Power of Love ne sortira qu’en juin, découvre la chanson sur le lecteur cassette de son autoradio en sillonnant les rues de San Francisco et Bruce Springsteen sur sa tournée américaine qui se termine la veille de l’enregistrement. C’est sûr que ça va faire un tube, alors, ils seront bien là le jour J. Format atypique de plus de six minutes mais succès prodigieux, il y aura entre-temps une session d’enregistrement qui vaut son pesant de Story mais faute de temps, je vous la raconterai, dans cinq saisons, tenez, pour les 45 ans ! Car c’est sûr qu’elle tournera encore aussi souvent sur notre antenne. Faut-il le souligner, un tel panel d’artistes d’exception, ça n’arrive qu’une fois. | |||
| Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 4) | 20 Mar 2025 | 00:02:45 | |
Il y a quarante ans exactement que sortait une chanson qui non seulement reste un des cinq singles les plus vendus de tous les temps mais a été l’élément déclencheur du plus prestigieux festival de tous les temps … Mais autant on a l’impression que tous les artistes se connaissent, dînent ensemble tous les midis, autant on ignore à quel point il n’est pas évident de les réunir le même jour et au même endroit. Et plus ils sont célèbres, plus c’est compliqué. Je dirais même que plus ils sont américains, plus c’est compliqué. Pour faire travailler ensemble Lionel Richie, Stevie Wonder et Michael Jackson, cela a été très facile. Il suffit déjà d’oublier Stevie Wonder, l’homme le plus sympa mais le plus injoignable du showbiz dans les années 80. Michael et Lionel sont amis depuis leurs débuts. Alors ils travaillent chez Michael, enfin, chez ses parents. Mais de manière un peu trop cool tant il est vrai qu’ils sont les deux artistes américains à vendre le plus de disques en ce moment. Mais les gars, vous vous rendez compte qu’on enregistre la semaine prochaine ? dit Quincy Jones qui a fait le déplacement. Quoi ? Oui, juste après la cérémonie des American Music Awards. Tout le monde sera là et on n’aura qu’une nuit ! Cérémonie présentée, à la télé, en direct, par Lionel Richie. Imaginez le truc. Et donc la pression sur les épaules de Lionel et Michael. Car là, c’est le stress amplifié par la crainte que Quincy ne se retire du projet, faute de chanson valable. Alors, Lionel se met au piano et commence à jouer, il cherche, essaie des trucs et tout à coup Michael s’écrie : oui, c’est ça ! Comme par magie, ils tiennent le refrain et d’après les souvenirs de Lionel, c’est Michael qui trouve le We are the world. Quant au studio, l’équipe de Kregan a réservé le A&M, celui de la célèbre firme de disques, pour sa situation et surtout sa qualité, mais attention ! Tout doit rester secret, ce qui, étant donné le nombre de personnes impliquées, est un casse-tête. Mais l’enjeu est énorme car le soir même, vu le nombre de journalistes présents en ville et la notoriété des artistes, si un Bob Dylan, Michael Jackson ou Prince se pointe et voit la foule devant la porte, ils passeront leur chemin et on pourra les oublier. Car non, il n’y a pas de contrat, c’est du caritatif, du bénévolat, et oui, jusqu’à la dernière minute, il n’y aura aucune garantie que ces stars seront bien là. Même Prince. Surtout Prince. Celui que tout le monde veut en 1985, Purple Rain oblige. | |||
| Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 3) | 19 Mar 2025 | 00:03:07 | |
Début 1985, si on avait eu idée de ce qui se tramait à Los Angeles, on aurait été bien enthousiasmé par le projet ahurissant qui se montait. D’une part, dans la grande maison des Jackson, alors que le chimpanzé de Michael faisait des facéties, Lionel Richie tentait de trouver une mélodie sur le piano. Un truc pas simple entre le mainate qui imitait l’aboiement d’un chien et celui des parents de Michael qui lui répondait aussi sec. Et d’autre part, dans les bureaux de Ken Kragen, l’agent de Lionel Richie, tout le personnel était à la manœuvre pour réunir l’équipe de stars qui allait interpréter leur chanson, comme sur le disque des Britanniques qui n’arrêtait pas d’engranger les records … Mais quand tout Londres, de Phil Collins à Bono, en passant par Spandau Ballet et Sting, était venu en studio, tranquille, le seul dimanche de libre, réunir toutes ces stars américaines étaient un vrai casse-tête. Pour les convaincre, il suffisait de prononcer les noms de Michael Jackson, Quincy Jones, Lionel Richie et Stevie Wonder, auxquels Kragen avait ajouté le nom d’un autre de ses poulains, alors au sommet : Kenny Rogers. Et à une époque où le portable n’existe pas, il faut franchir le barrage des agents, conjoints et secrétaires à l’autre bout de la ligne fixe. Et puis, ces artistes ont la bougeotte : personne n’est au même endroit, à la même date. C’est infernal ! C’est alors que passe la pub télé annonçant la remise prochaine des American Music Awards et le casting de ceux qui y participeront : Prince, Madonna, Hall & Oates, Cyndi Lauper et Diana Ross. Ils seront donc présents à Los Angeles, tous frais payés. Alors il faut contacter le producteur de l’émission pour qu’il soit de la partie. Chose faite, il n’y a plus qu’à travailler sur ceux qui ne seront pas présents. Et quand ils réussissent à convaincre Bruce Springsteen au top avec Born in the USA puis Bob Dylan, qui est n’est plus au top mais c’est une légende, il n’y a désormais plus aucun souci de casting. Le dernier souci est en fait, le plus gros, celui sur lequel tout repose : la chanson elle-même. Car on ne compte pas les grandes réunions de stars qui ont fait flop parce que le titre qu’ils ont interprété n’était pas terrible. Et bien, dix jours avant la date fatidique, ils ne sont encore nulle part. C’est vrai que Lionel Richie, avec sa tournée solo, et Michael Jackson, son Thriller, plus le nouvel album et la tournée des Jacksons tout juste derrière, avant son prochain album, ne manquent pas de travail. Alors chaque fois qu’ils se voient, ils ne sentent pas vraiment la nécessité de boucler la chanson. On règlera ça la prochaine fois. Sauf qu’aujourd’hui, un appel de Ken Kragen les ramène à la réalité : hé les gars, ce n’est pas seulement votre chanson, on a aussi Billy Joel, Paul Simon, Ray Charles et Tina Turner. | |||
| Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 2) | 18 Mar 2025 | 00:03:11 | |
A deux jours de la Noël 1984, a lieu la conversation téléphonique qui enclenche définitivement le moment historique que s’apprête à vivre une décennie pourtant exceptionnellement créative et enthousiasmante. En effet, Lionel Richie, nouvelle star de la pop mondiale, est en discussion avec son agent Ken Kragen lui expliquant qu’en Europe, des rockers blancs sont en train de réaliser une vente de disques historique pour sauver des Africains de la famine. Et que le chanteur Harry Belafonte est venu lui dire que la communauté afro américaine ne peut pas être en reste. Alors, il a besoin de lui, et de sa notoriété. Lionel Richie va avoir besoin du plus grand des producteurs pour un challenge pareil car il s’agit non seulement de convaincre tout le pays d’acheter le disque mais aussi de tenir la comparaison avec la chanson des Britanniques. Et en 1984, le plus grand des grands se nomme Quincy Jones. Et donc, le lendemain soir, Lionel Richie vit la nuit, alors qu’ils roulent dans la limousine de Lionel, son manager propose d’utiliser son téléphone, autant vous dire que c’est une rareté à l’époque, pour appeler son ami Stevie Wonder. La raison est simple : pour écrire la chanson, Lionel Richie ne va disposer que de très peu de temps car il doit préparer la présentation des American Music Awards et surtout, sa première tournée en solo. Un enjeu considérable quand on sait le nombre de disques qu’il vend désormais. Stevie ne répond pas. Ils vont essayer de le joindre toute la nuit sans résultat mais ne s’en étonnent pas, Stevie se manage seul et met souvent des plombes avant de rappeler. McCartney l’a attendu vingt jours en studio avant d’enregistrer Ebony & Ivory. Ah ? Ça sonne. Ce doit être lui ! Mais non, c’est Quincy Jones pour annoncer qu’il voit Michael Jackson le lendemain et qu’il va lui en parler. Lionel et Michael se connaissent depuis longtemps, depuis leurs débuts. Lionel a certes presque dix ans de plus que Michael mais le succès des Jackson Five, un groupe de gamins, avait été immédiat, aussi les Commodores, le groupe dont Lionel était le saxophoniste et second soliste, avait assuré la première partie de leur tournée au début des années 70. Et c’est vrai que les années d’adolescence sont importantes, fondatrices. Si je vous dis que la première destination du jeune Michael quand il a appris à conduire, a été de se rendre chez Lionel, vous avez compris les liens entre les deux hommes, en cette fin d’année 1984. Michael est alors au sommet avec les ventes démesurées de Thriller, et en plus de son duo avec McCartney, il participe à un single qui vient d’entrer dans les charts. Nouveau succès, à nouveau un truc à frissons mais bon, il va participer au projet de Lionel et Quincy, bien sûr. Et comme Stevie Wonder n’a toujours pas rappelé malgré des messages sur son répondeur, il propose à Lionel de commencer à écrire la chanson sans lui. | |||
| Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 1) | 17 Mar 2025 | 00:03:13 | |
Nous sommes à la veille du réveillon de Noël 1984. L’année a été fabuleuse, spécialement à Los Angeles où grâce au succès historique d’une incroyable brochette d’artistes tels que Michael Jackson, Madonna, Bryan Adams ou Metallica, l’industrie du disque basée dans cette ville n’a jamais autant rapporté. Car oui, à Hollywood, Los Angeles, il y a désormais une autre industrie que le cinéma et la télé à faire recette : la musique. Ah je vous prie de croire que tout le monde commence à connaître le chemin du studio hollywoodien où Michael a enregistré Thriller. Et puis, c’est dans cette ville que, venu du grand nord des Etats-Unis, il a emménagé tout gamin, au début des années 70, avec sa famille. Il vit d’ailleurs toujours dans la même maison, avec ses parents. Bref, on ne compte plus les musiciens vivant à L.A., les ingénieurs du son, producteurs, surtout depuis l’époque récente, du disco, mais aussi les agents. Parmi eux, un certain Ken Kragen, 39 ans, se distingue de ses pairs en ce qu’il est lui-même devenu une vedette des médias. Et ce matin du 23 décembre, il reçoit dans ses bureaux la visite inattendue d’une véritable légende de la chanson populaire : Harry Belafonte. Si ce nom ne vous dit rien, pas de complexe, en 1984, Belafonte n’est plus connu que des militants des droits civiques dont il a été une des grandes figures, vingt ans plus tôt, quand il était, lui aussi, une star de la chanson établie depuis longtemps. Vous ne pouvez pas, ne pas connaître Banana Boat ni Try to remember. Et donc, si ce matin du 23 décembre, on serait curieux de savoir ce qu’aurait fait Ken Kragen, s’il avait su que cette poignée de main et accolade qu’il donne à Belafonte allait déboucher sur la seule chose pour laquelle finalement on parle toujours de lui.
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| Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 5) | 14 Mar 2025 | 00:02:59 | |
Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? Que reste-t-il de ce soir du premier mars 1991 où il sort au restaurant avec sa fille Charlotte mais aussi Bambou, sa compagne, l’officielle depuis le départ de Jane, la mère de son fils Lulu mais avec qui il n’a jamais vécu. Deux des femmes de sa vie pour une dernière soirée au climat pesant ; Serge n’a jamais été un grand mangeur mais là, il est vraiment au bout du rouleau. Tout le monde est mal malgré les paroles rassurantes qu’il murmure. Mais bien sûr que tout va bien, s’énerve encore Serge le lendemain matin au téléphone ; enfin il s’énerve gentiment, il l’adore son Fulbert, son assistant, merveilleux de sollicitude et excellent cuisinier, au demeurant. Serge raccroche, marque un temps puis reprend le cornet pour donner le plus improbable des coups de fil, à sa première femme, Lise. Il parle un bon moment avec celle qui n’aura connu que ses années de peintre incompris, de prof de dessin et de pianiste de bar ; ils ont divorcé en 1957, une éternité et pourtant, le dernier appel sera pour elle. Serge raccroche puis traverse péniblement son salon pour la toute dernière fois afin de rejoindre sa chambre. Il a toujours sur l’estomac le verre de Porto qu’il a pris la veille au soir au restaurant. Il n’aurait pas dû. Serge s’assied sur son lit pour une sieste. Il veut être en forme tout à l’heure pour transcrire le texte des chansons de son prochain CD qu’il a enregistré sur son dictaphone. Vers 23.30 pourtant, des pompiers défoncent la porte d’entrée de son domicile mais Serge n’entend rien, il ne se fâche pas sur ces importuns qui déplacent ses objets savamment agencés dans son musée particulier, comme il l’avait fait quelques années plus tôt sur Coluche et ses amis quand ils avaient dégagé la table de salle à manger pour le dîner. Non, Serge n’est plus avec nous quand on le transporte vers l’ambulance dont les lumières éclairent par intermittence le visage des badauds et des deux mères de ses enfants qui vont passer la nuit dans la maison. Quelle tristesse de devoir quitter la scène en plein spectacle, ces années 90 commençaient si bien avec le triomphe de sa double compilation CD qui donnait enfin à des vieux titres comme La Javanaise la notoriété et la reconnaissance qu’ils n’avaient pas rencontrés au début des années 60. Mais que voulez-vous, ainsi va la vie, ou plutôt la mort. Demain ce sera le choc pour ce public qui l’a tant célébré ou haï ces dix dernières années. Et dans quelques jours sortira un nouveau single, un remix, dont Serge était très content, un tube en puissance qui, on aimerait le croire, montre à quel point les grands artistes savent soigner leur sortie de scène. | |||
| Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 4) | 13 Mar 2025 | 00:03:07 | |
Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? C’est vrai que quelques anecdotes sont passées dans le domaine public. Le seul problème c’est que beaucoup de chroniqueurs reprennent toujours les mêmes, alors que reste-t-il de cette histoire incroyable ? Un an après le Grand Prix Eurovision avec France Gall, Gainsbourg gagne enfin convenablement sa vie en droits d’auteur. Mais bon, les albums qu’il sort sous son nom continuent à ne pas bien se vendre. 20.000 pour Gainsbourg à côté des 800.000 de Johnny, ça fait une sacrée différence pour deux artistes qui sont aussi présents dans les médias. La spécialité de Gainsbourg, ce sont les émissions de variétés mises en scène, genre Carpentier ou Sacha Distel. Serge n’a en effet pas son pareil pour imaginer des sketchs souvent drôles, parfois pathétiques auxquels tout le monde se prête. Et puis, il y a le cinéma où il n’arrête pas de tourner. Oh pas des grands films mais il a un style, alors ce n’est pas désagréable à regarder. Ainsi en août 1966, il est à l’affiche d’Estouffade à la Caraïbe, un polar nanar où il donne pourtant la réplique à Jean Seberg, l’inoubliable partenaire de Belmondo d’A bout de souffle. Le dernier soir des six semaines de tournage en Colombie, Gainsbourg dîne dans un restaurant où après avoir allumé une cigarette, il jette une allumette distraitement par-dessus son épaule. Celle-ci atterrit dans une décoration de plantes séchées et met le feu à l’établissement en quelques secondes. Sorti en courant avec le personnel et la clientèle, il regarde flamber l’établissement en s’exclamant, C’est moi qui ai fait ça ? Pas fier et inquiet de ce qui pourrait lui arriver en ces contrées lointaines et incertaines, Gainsbourg passe sa dernière nuit latino-américaine non pas à son hôtel mais chez une prostituée. Et lorsque le lendemain il vient reprendre sa valise avant de filer à l’aéroport, des policiers l’attendent et l’emmènent au poste. Le producteur du film flairant la catastrophe, lui envoie un avocat genre « Bourbon & costume blanc » comme on n’en voit que dans les films noirs américains des années 40. - Un conseil : niez tout en bloc. Ce n’est pas vous qui avez jeté l’allumette puisque vous n’avez pas fumé. Serge Gainsbourg ment donc mais souffre le martyr durant les treize heures d’interrogatoires, de voir les policiers griller cigarette sur cigarette. Mais il ne bronche pas. Finalement, la production du film paie les dégâts et Gainsbourg est libéré. Au moment de quitter le bureau de police, un officier lui tend son paquet de cigarettes : Serge en prend une aussi sec. - Vous voyez que vous fumez ! Et Gainsbourg de répondre avec ce demi-sourire, qu’il a légué à sa fille : - J’ai dit que je n'avais pas fumé mais je n’ai jamais dit que je ne fumais pas. | |||
| Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 3) | 12 Mar 2025 | 00:03:31 | |
On voit encore parfois passer sur les réseaux des extraits vidéos de ses dérapages télévisuels, on entend encore des reprises, hommages rendus par de jeunes artistes, il fait jeu égal avec Johnny Hallyday en streaming, mais que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? Et bien quelque chose d’exceptionnel, vous le savez, sa maison dans laquelle rien n’a bougé depuis cette triste nuit où les pompiers l’ont emmené. Vide et inhabitée durant des décennies, elle est aujourd’hui devenue un musée où nombreux sont ceux à être pris d’une vive émotion en la visitant, alors, imaginez que nous soyons, par miracle, projetés dans les années 70. Il fait nuit, bientôt le matin, quand une silhouette titubante s’arrête devant le 5bis de la rue de Verneuil. Oui, Serge Gainsbourg rentre chez lui, encore beurré comme une tartine. Il foulle ses poches à la recherche de ses clés mais où les a-t-il mises ? Il ne les a quand même pas oubliées sur la table de ce bar, dont il ignore le nom ? Ou sur la banquette arrière du taxi ? Ah non, les voilà. Maintenant, le plus dur : la bonne trajectoire vers la serrure sans laisser tomber le trousseau. Le voilà dans la place, sans faire de bruit, pour ne pas réveiller les filles. Serge a promis à Jane, rentrée bien avant lui, d’être de retour avant le matin et il a tenu parole, hein ? Alors ce dernier verre de Bordeaux qu’il se sert, il l’a bien mérité. Et là, l’inspiration lui vient, il se dirige vers le piano et joue doucement la musique qui lui trotte dans la tête, un truc sorti de la brume, comme son taxi se garant débouchant des quais de Seine vers ce qui est depuis presque cinq ans, le domicile des Gainsbourg. Mais joue-t-il de plus en plus fort sans le remarquer ? Toujours est-il que Jane descend et l’engueule. N’est-il pas fou de jouer à une heure pareille ? Il va réveiller Charlotte et puis, elle se lève tôt pour partir en tournage. Serge s’étonne, il a promis de rentrer avant que les gamines se lèvent, pas de se coucher. D’accord, il fait du bruit mais c’est la musique, c’est son métier, on ne peut pas transiger là-dessus. Le ton monte, c’est l’engueulade, une de plus, Jane ne supporte plus sa vie de bâton de chaise, ses copains douteux, sa frénésie à boire jusqu’au bout de la nuit alors qu’il a une vie de famille heureuse. Elle part se réfugier dans la chambre des poupées, cette pièce pour où elle a réuni ses objets personnels car il n’y a pas de place ailleurs, toute la scénographie a été étudiée comme dans un musée. Quand Serge ouvre un œil vers 13 heures, la maison est calme et vide. Il descend dans la cuisine, se sert un verre puis allume la télé pour regarder les infos. Mais quand la petite douleur qu’il ressent depuis un moment devient persistante, il reconnaît les symptômes dont tant de médecins inquiets de sa consommation d'alcool et tabac lui ont parlé. Juste encore assez de contrôle pour téléphoner, Serge appelle un des rares numéros qu’il connaît par cœur : sa Maison de disques. Quelques minutes plus tard, des urgentistes arrivent chez lui, il a bien fait une attaque, il faut qu’on l’emmène à l’hôpital. Deux secondes dit Serge qui tient à son image : une couverture Hermès et un sac Vuitton pour ses affaires dont plusieurs paquets de Gitane. Ce soir, il va se réconcilier avec Jane et l’écrire, cette fameuse chanson ! | |||
| Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 2) | 11 Mar 2025 | 00:02:56 | |
Près d’un siècle plus tard, quel souvenir reste-t-il de ce jeune et timide garçon qui du haut de ses 9 – 10 ans, tétanisé sur ce trottoir du 9ème arrondissement de Paris. Mettez-vous à sa place, il croise en revenant de l’école, la grande et très imposante Fréhel, une des plus grandes stars de la chanson populaire. Et elle est là, sur le trottoir, devant chez elle, en peignoir avec ses chiens sur les bras. - Tu es sage et tu travailles bien à l’école, je vois. Ah oui, Serge est tellement fier de la croix d’honneur des bons élèves qu’il a fait coudre sur son tablier, ignorant que bientôt on lui collera une étoile jaune à la place. Mais au lieu de passer son chemin, Fréhel lui passe la main dans les cheveux et lui dit : - Viens, je te paye un verre. Voilà l’interprète de La Java bleue qui s’attable à une terrasse, commande un ballon de rouge pour elle et un diabolo-menthe avec une tartelette aux cerises pour le p’tit. - Comment tu t’appelles ? - Serge, Madame, répond le gamin dans un souffle de timidité et de confusion. - Serge comment ? - Serge Ginsburg. - Et bien mon petit Serge, je bois à ta santé et à ton avenir, car tu deviendras grand. - T’es prêt, Serge ? La voix de l’ingénieur du son qui résonne dans le haut-parleur de la cabine, tire Gainsbourg de sa rêverie, de ce souvenir de sa première rencontre avec le show business qui lui a ouvert le rêve de devenir artiste. Serge voulait dessiner puis peindre. Vingt ans plus tard, il est chanteur et musicien. Gainsbourg a en effet à son actif plus de vinyles gravés et d’heures passées à jouer du piano bar, comme son père, que de toiles. Certes en 1958, il est passé quelques fois à la télévision avec son Poinçonneur des lilas. Mais le disque ne s’est pas vendu : 2.000 exemplaires, tout comme le 25 cm suivant d’ailleurs. On le trouve mauvais chanteur, sans voix et laid. Fréhel s’est trompée. Jamais je ne deviendrai grand dans la chanson qui n’est qu’un art mineur, comme dit mon père. - On y est ? Serge enregistre alors la chanson qu’il a composée pour un film, SA première musique de film. Et là, miracle, sa chanson fait un tube : 100.000 exemplaires vendus en 1960, Serge en a le vertige. Dans un night-club, il croise la star Pier Angeli, ex-fiancée déjà mythique de Kirk Douglas et James Dean. Cette magnifique femme de 27 ans lui écrit sur un morceau de papier : J’adore “L’eau à la bouche”, ça me donne L’eau à la bouche. Serge gardera en souvenir cette première page d’une histoire qui va le lier aux plus belles femmes de ce monde et même des imaginaires. | |||
| Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 1) | 10 Mar 2025 | 00:03:01 | |
Paris, Rive Gauche, une rue étroite à deux pas de la Seine, perdue entre le musée d’Orsay et les Deux Magots, reçoit depuis quelque temps la visite de touristes qui se rendent dans un musée situé au 5bis, rue de Verneuil, une longue maison en rez-de-chaussée, contrastant avec les nombreux étages de ses voisines. Et malgré une activité revenue après trente années d'abandon, la façade dégage encore une infinie tristesse car c’est ici que durant deux décennies, entre 1968 et 1991, Serge Gainsbourg a vécu et forgé sa légende. Il faut dire que rien n’ayant bougé depuis cette triste nuit où son propriétaire nous a quittés, on ne peut s’empêcher de penser aux derniers moments de solitude qu’il y a vécus au temps où il était la plus grande star de la chanson française. Interprète atypique, prodigieux auteur et compositeur devenu provocateur cathodique, noctambule notoire, compagnon de nymphes et collectionneur de disques d’or, Serge Gainsbourg est et reste un personnage d’exception qui, longtemps après sa mort, ne laisse encore et toujours personne indifférent. Il est vrai que de son vivant, Gainsbourg avait fait des médias son champ de bataille. Un artiste complet qui a utilisé son talent de plasticien pour créer de ses pinceaux un personnage sur une toile qui n’a jamais déteint. Mais aujourd’hui, que reste-t-il de lui dans ces lieux, dans le Paris qu’il aimait ? Il y a bien des années, Serge Gainsbourg amassait les millions, les TOP 50, les tournées triomphales. Tout ce qu’il touchait, quelques mots griffonnés sur un bout de papier qu’il donnait à chanter, à des femmes de préférence, se transformait en or. Tout le monde en parlait au point que souvent, le compositeur des chansons dont il n’écrivait que le texte disparaissait derrière lui. Ainsi de Franck Langolff qui a quand même, il faut le savoir, créé la musique de Tandem, le succès inattendu de Vanessa Paradis, nous sommes alors en 1990. Une Vanessa très intimidée qui vient lui rendre visite, justement dans cette maison devenue un musée ; rendez-vous dans l’espoir qu’il écrive pour elle. Il faut dire que la maison a de quoi impressionner ; la décoration intérieure que Gainsbourg a façonnée au fil du temps est une véritable œuvre d’art. Alors ne touchez à rien, surtout ne déplacez rien, il ne le supporte pas. La seule chose qu’il amortit vraiment c’est son téléphone dont il décroche et raccroche le cornet à tout bout-de-champ tellement il redoute qu’on ne sache pas le joindre. Est-ce l’aveu silencieux qu’il se sent seul malgré les va-et-vient incessants de sa gentille cour tout au long du jour ou la crainte de rater une demande d’interview ? Il faut dire qu’avec la sortie de sa double compile CD qui se vend à la pelle, public et médias découvrent un ancien répertoire à côté duquel ils étaient passés. | |||
| Iggy Pop Star Alternative des 90's (Episode 5) | 07 Mar 2025 | 00:04:04 | |
Je me souviens toujours de la première fois où j’ai entendu cette chanson d’Iggy Pop à la radio. Quand on connaissait l’animal, c’est le cas de le dire, c’était plutôt surprenant mais c’était pour la bande originale d’un film avec Johnny Depp, alors donc, rien d’étonnant. Mais qu’avec les semaines et les mois, la chanson devienne un tube mondial, là, on a tous été étonnés. Et quand les médias grand public ont adopté, définitivement, l’artiste Iggy Pop, on s’est dit que décidément, tout peut arriver. Car oui, le gars venait de fêter ses 46 ans, quand même. Alors, d’où viens-tu, Iggy ? Ben de l’Amérique profonde, avec son groupe, les Stooges qui ont été le modèle de la scène grunge, et avant ça, des punks anglais, en 1977. James Osterberg de son vrai nom est originaire du Michigan et il fait ses débuts, en 1963, comme les Rolling Stones mais pas avec le même succès. Le premier groupe dont il est le batteur se nomme les Iguanas, de là lui vient son surnom, Iggy, mais aussi l’Iguane. Il faut dire que son truc sur scène est de se tenir face au micro penché sur le côté avec le torse nu, penché en avant. C’est vrai qu’il s’agit pour Iggy de ne pas montrer qu’il a une jambe plus courte que l’autre, et dont il va ainsi tirer parti avec une attitude particulière. Et donc, en 1967, dans ce coin perdu du nord des Etats-Unis, on n’a jamais vu un groupe aussi brutal que les Stooges et dont le chanteur, Iggy, a un modèle : un Jim Morrison des Doors qu’il s’est mis en tête de surpasser au rayon de la provocation sur scène. Tout y passe : le torse nu enduit de beurre de cacahuète, un tas de trucs pour le public des premiers rangs que je ne citerai pas sauf un, celui où il s’élance et se jette dans la foule qui le tient à bout de bras. Oui, l’inventeur de cette discipline particulière qu’est le stage diving, c’est copyright Iggy Pop. Un Iggy et des Stooges vraiment ravagés, pire que les Doors, incontrôlables, mais qui disparaissent des radars après leur second album, sombrant dans la dépendance à l’héroïne. Mais voilà, ils comptent parmi le faible nombre de leurs fans, un Anglais qui, lui aussi, a du mal à se trouver un public : David Bowie. Et quand il arrive à franchir l’Atlantique, Bowie n’a qu’une idée en tête, les trouver et les sortir de là. David Bowie produit leur nouvel album dans une ambiance que seul le prétexte de c’était l’époque pourrait justifier. Mais les Stooges et Iggy se séparent ; trop d’excès et de tensions pour continuer. Le saviez-vous, après la mort de Jim Morrison, les membres survivants des Doors envisagent un temps de le recruter mais Iggy est trop loin dans la drogue, il tombe à la rue, perd des dents dans une bagarre, et ne doit son salut que par un internement volontaire dans un asile pour se sevrer. Et qui vient le chercher à nouveau ? David Bowie qui l’emmène à paris puis Berlin et lui produit deux albums solos qui le lancent définitivement, en 1977, dans le monde du rock. Dix ans plus tard, ils remettent ça ensemble, Bowie l’accompagne incognito ou presque, sur scène aux claviers, ils sont les meilleurs amis du monde, et vont le rester. Et nous voilà en 1990, les années CD, contre toute attente, Iggy Pop sort un album qui va être porté aux nues par tous, succès phénoménal, comme si la décennie qui s’ouvre allait lui ressembler. Ce duo avec la chanteuse des B52’s en est le plus bel exemple. | |||
| Jean-Louis Murat Star Alternative des 90's (Episode 4) | 06 Mar 2025 | 00:03:35 | |
Ce n’est pas un hasard si les Rave Party sont devenues populaires dans les années 90. La musique électro, sèche et dure, est un tel écho au rock alternatif, indépendant comme on disait, qui est alors LE genre musical dominant. C’est vrai, écoutez la musique de toutes ces rockeuses au sommet des ventes mondiales comme Alanis Morissette. La France suit le mouvement. Vous avez entendu la musique du groupe Indochine changer ? et des groupes comme Noir Désir ou La Mano Negra ? Et puis aussi un certain Jean-Louis Murat. Personne ne l’avait vu arriver, cet artiste descendu de son massif central, alors qu’il alignait des disques qui se vendaient à pas plus de 1000 exemplaires, voire qui ne sortaient même pas. Mais aidé par des artistes qui sont aussi dans la marge, comme Jacques Higelin et Charlélie Couture, Murat trouve toujours quelqu’un pour l’aider à suivre les chemins de traverse de sa musique. Et finalement, en 1987, un single enregistré chez Virgin, à l’essai, lance enfin la carrière de Jean-Louis, il a alors, 35 ans. Oh ce n’est pas le triomphe, ni le sommet du Top 50. Mais au milieu des Gold et Images, Murat incarne une autre chanson, et ses disques trouvent un public, pas seulement branché mais romantique, Jean-Louis Murat, c’est un rocker dans le monde de la variété française des années 80 devenu pop. Quelque part le successeur d’un Serge Gainsbourg, avec son franc parler, ses coups de gueule, sa brusquerie qui cache un grand cœur. Murat, ce sont des refrains qui s’inscrivent dans notre tête sans fracas mais durablement … (nos amours débutants) pour un public qui préfère acheter ses albums que les singles. Et puis, au début des années 90, ses innombrables fans le savent, paraît cette fameuse chanson en duo avec une Mylène Farmer au sommet de son triomphe tout récent … Regrets. Une histoire qui commence avec le fameux premier véritable album de Murat, Cheyenne Automne, que Mylène ne se lasse pas d’écouter. Alors, le croirez-vous, voilà qu’elle écrit à ce jeune nouveau chanteur, entre guillemets, pour lui faire part de son admiration. Et qui lui répond. Une nouvelle lettre arrive en retour et l’échange se prolonge pendant des mois, il va falloir que Jean-Louis quitte sa campagne d’Auvergne pour rencontrer cette admiratrice pas comme les autres. C’est d’autant plus évident qu’elle a écrit une chanson en pensant à lui. Et elle lui en envoie une version cassette sur laquelle elle interprète les deux voix. Jean-Louis accepte le duo, la chanson succède à l’incroyable succès du single Désenchantée, toujours N°1 ainsi que l’album quand le single arrive dans les radios. Jean-Louis Murat s’impose alors dans le métier, on le voit désormais en dehors des émissions de Thierry Ardisson le samedi soir ou Nulle Part Ailleurs sur Canal. Les années 90 sont les siennes, avec son flot de disques aussi différents les uns que les autres, sa voix qui traîne sur les lecteurs CD et bien sûr, ces déclarations anti-système, anti-showbizness car, comme il le dit, ça ne me dérange pas que les gens ne m’aiment pas. | |||
| Björk Star Alternative des 90's (Episode 3) | 05 Mar 2025 | 00:03:24 | |
Pour ceux qui s’en souviennent, jusque dans les années 80, le rock, la soul, la pop, ça ne pouvait être que Britannique ou Américain. Point. Et quand il y avait des locaux, en clair du Belge ou du Français, c’était soit l’exception, soit pathétique. Au mieux on l’achetait parce qu’il fallait soutenir la production locale et si ça sonnait pas bien, c’est normal, c’est fait ici. Et puis les années 80 ont tout changé. Téléphone, TC Matic, Pierre Rapsat, Chagrin d’Amour ,Indochine, on commence à trouver ça normal que les gens de chez nous fassent aussi bien. Là-dessus, on en voit débarquer de Suède évidemment, avec Europe et; qui n’a rien à voir avec Abba, Roxette, et puis de partout ailleurs. Et quand je dis partout, plus c’est exotique, plus ça attise notre curiosité. Tiens je me souviens, en 1987, on me met un 33 Tours dans les mains. Le groupe se nomme les Sugarcubes. J’entends encore la voix : c’est islandais. L’Islande, pays plus de trois fois comme la Belgique mais perdu au milieu de l’Atlantique gelé, entre le Groenland et la Norvège. Et encore si ce n’était que ça car c’est le 300.000 habitants en tout et pour tout qui interpelle. 3 habitants au km2 et y a des mecs qui arrivent à monter un groupe pop. Quoi ? Le disque est immédiatement sorti de sa pochette, posé sur la platine … eeet c’est vachement bien ! C’est du rock, indépendant, ça sonne bien. Juste qu’il faut s’habituer à la voix de la chanteuse, elle a une voix de gosse et elle chante d’une manière très particulière, tout en restant mélodique. C’est quoi son nom ? On scrute l’arrière du disque, quatre gars et une fille, très jolie, sur la photo, en tout cas. Son nom : Björk Guðmundsdóttir. Oui j’ai quelques notions d’Inuit et de Viking, bon, on va l’appeler Björk ? Et c’est vrai qu’on n’étaient pas les seuls le soir du 11 décembre 1988, au Vooruit à Gand pour les voir jouer mais on n’imaginait pas, bien sûr, que cette petite boule d’énergie devant la scène allait devenir une des égéries des années 90 quand quatre ans plus tard, Björk allait continuer en solo, avec une musique, il est vrai très différentes mais une attitude et une branchitude qu’on n’avait plus vue depuis Nina Hagen et Yoko Ono, un mélange des deux. Comme notre Arno après TC Matic, Björk va instantanément devenir une figure d’un rock expérimental qui plaît au grand public que nous sommes. Car il y a quelque chose en eux d’authentique dans leur posture d’artiste en marge. Björk est un peu la petite sœur surdouée mais fragile de nos années 90, son énorme audience aux Etats-Unis en est la preuve, on l’a d’ailleurs retrouvée en duo avec le compositeur de B.O. phare des années 90, David Arnold. Si ce film avec Harvey Keitel n’est pas sorti chez nous en 1993, ni après, la voix de Björk résonne encore dans la légende de cette décennie. | |||
| David Bowie Star Alternative des 90's (Episode 2) | 04 Mar 2025 | 00:03:32 | |
Années 90, années compiles CD, télé clips vidéos, rap, r’n’b, électro et surtout, grunge et rock alternatif. Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden, il en sort tellement de partout qu’on se demande où trouver l’argent ; les disques, ça coûte cher, encore plus depuis le compact disc. Mais d’où viennent tous ces groupes ? C’est vrai qu’il fallait être branché rock pour avoir fait connaissance avec cet immense réservoir de musiciens rock qu’on disait alternatifs avant le succès commercial de Nirvana. Ils étaient là, innombrables, dans toutes les villes d’Amérique, au plus profond du pays, à répéter dans les garages, jouer dans des petites salles et enregistrer pour quelques dollars une cassette ou un CD pour des labels de disques locaux. Oh bien sûr, il y avait des modèles anciens comme David Bowie qui après avoir massivement inspiré la New Wave dix ans plus tôt, était toujours aussi présent dans nos oreilles après que la vague soit retombée. Et puis il y avait tous ces groupes de hard rock / heavy metal qui avaient fait une percée commerciale improbable dans les années 80 comme les Metallica ou Guns’N’Roses. Et enfin, quelques indépendants ou alternatifs, drôles de noms pour ce qui n’était que des garage bands, arrivés à se faire un nom, au milieu de tout ce bazar : ils s’appelaient les Pixies et surtout, R.E.M. Et autant David Bowie avait tourné le dos à cette New Wave qui l’imitait pour aller chercher un immense succès commercial, autant il a, à présent, entrepris d’être de ce courant alternatif. Et donc logiquement de perdre le contact avec les médias grand public. Elle fait à nouveau peur, la musique de David Bowie en pleine période grunge : à la fois électro et métal, elle n’est plus achetée que par les amateurs du genre. Mais David ne se préoccupe pas de l’impact commercial quand il produit. Ses compilations et tournées best of, attirent de plus en plus de monde. Une nouvelle fois, l’artiste est parvenu à jouer la musique qu’il entend dans sa tête sans se soucier si elle passera à la radio et à la télévision car ce faisant, il reste branché tout en continuant les démonstrations de force dans les plus grandes salles. Personne pour le traiter de has been. On gardera de ces années 90, son album avant gardiste avec Brian Eno, comme à l’époque de Heroes, mais avec un succès radio grâce à un étonnant duo avec les Pet Shop Boys. On n’oubliera pas le fameux concert à Madison Square Garden pour ses 50 ans, en compagnie de ses amis, tellement rock, tellement pop, tellement enthousiasmant. Et puis fin de la décennie, du siècle, du millénaire, David Bowie change de cap. Voit-il à l’horizon le port d’arrivée du navigateur solitaire, lui qui n’a jamais été aussi heureux dans sa vie privée ? Sa musique s’adoucit à nouveau, le ton est plus mélancolique que jamais, les paroles intelligentes qui prennent aux tripes. En 2001, la messe de la musique pop serait-elle dite, à l’écoute de ce titre ? … Ou de ce Strangers When We Meet … David Bowie est encore là, il le sera toujours. | |||
| Kurt Cobain Star Alternative des 90's (Episode 1) | 03 Mar 2025 | 00:04:04 | |
Les années 90 s’éloignent. Elles ont pris leur place dans la légende de notre présent grâce à des souvenirs millésimés de millions d’entre nous, des flashes de premiers émois, des traces de leur adolescence qui ne partiront jamais, des étapes de vie de jeune adulte, premier boulot, mariage, voyages. Tout ça, en musique bien sûr, souvenez-vous des monumentales piles de CD dans l’entrée des magasins, des chaînes musicales de télévision dont on ne décollait pas, les magazines ados ou adultes spécialisés rock ou pas, les rave party, les concerts à Forest National, les compiles qu’on emportait au kot ou sur notre baladeur. Oui, au cours de ces années, on a tous navigué entre l’explosion du hip hop et du r’n’b, de la musique électro, des 50 ans de Johnny, Michel et Jean-Jacques qui n’ont jamais été aussi populaires. Et plus loin, de toutes les musiques anglo-saxonnes désormais en français, et dont le ton s’est durci à l’instar des Indochine, NTM et autres Niagara. Et puis une figure emblématique qui ne se prédestinait pas à devenir un modèle pour la jeunesse de l’époque et des générations à venir : Kurt Cobain. Car autant il est facile aujourd’hui de dessiner les contours de cette génération grunge et son héros malgré lui, comme une évidence, autant il est utile de se remémorer, ou de raconter ce que nous a fait le premier riff de Nirvana à la radio, télé ou sur CD, au début de cette décennie. Courir chez le disquaire, trouver ce CD bleu avec le bébé nageur, quelle réussite, cette pochette. On l’a su immédiatement qu’il était en train de se passer quelque chose, qu’on retrouvait sans le savoir l’émoi des aînés de plus de dix ans, en pogotant dans la chambre ou avec les copains le week-end sur le refrain et les envolées de batterie et guitares. Et puis on a découvert le mec derrière la guitare et surtout cette voix. Hurlante et plaintive. Elle signifie quelque chose ? Comme ses fringues de bûcheron, jeans déchirés, T Shirt pas repassé et chemise à carreaux. Dois-je parler de la coiffure qui n’en est pas une mais va le devenir. Tous les gamins veulent se faire la coupe Cobain, les coiffeurs n’ont qu’à s’acheter un magazine pour trouver des photos, ils ont intérêt à s’adapter s’ils ne veulent pas que les clients se fassent coiffer dans la cuisine par leur grande sœur. Que fait ce mot, Nirvana, spirituel bouddhique écrit sur le sac et le plumier des élèves ? se demandent les profs de rénové. Ils ne vont pas tarder à avoir la réponse car pour la première fois, les radios et télés grand public diffusent massivement un morceau Heavy Metal : c’est ça, Nirvana ? Oui, mais c’est pas mal ! Et c’est ça qui est incroyable. Car l’engouement ne se limite pas aux élèves, Nirvana et Kurt Cobain trouvent pas mal d’échos positifs chez les profs, enfin, les jeunes, hein, la vingtaine, la trentaine, et même un peu plus. Sauf pour la tenue vestimentaire, bien sûr, y a du laisser-aller. Mais bon, de leur temps, c’étaient les Rolling Stones, Alice Cooper et Led Zeppelin, alors ... Le mal être de Kurt Cobain qui va déboucher sur un drame, c’est aussi celui d’une génération qu’on n’a pas vue venir, plus axée sur l’état actuel du monde qu’un avenir rêvé et meilleur. Pas de quoi vraiment rendre optimiste, même s’il y a toujours de la place pour la grosse éclate. Une fête qui n’a plus le même goût, évidemment, mais pour le savoir, il faut avoir vécu avant. Alors, oui, il nous dit tout ça Kurt Cobain, même quand il reprend les mots et les notes d’un vieux titre de David Bowie | |||
| Où sont passées nos années 80 ? (Episode 5 : Captain Sensible) | 01 Mar 2025 | 00:02:47 | |
Si nous restons dingues des années 80, après autant de décennies, c’est que ces années l’ont été, dingues, non ? C’est vrai qu’il s’en est passé des trucs de ouf : tenez ça commence avec en 1980 l’élection d’un acteur d’Hollywood à la présidence des Etats-Unis. Qui aurait imaginé un truc pareil ? Et s’il n’y avait que ça : au cinéma on court voir un extraterrestre gentil qui ne parle qu’à des mômes, des hommes préhistoriques qui remportent un Oscar et deux Césars, il y a même le batteur de Genesis qui devient une des plus grandes stars de la planète. Bref, c’est une totale révolution à laquelle les radios libres, MTV et la cassette vidéo ne sont pas étrangères, qui chamboulent notre belle société qui demande que tout soit bien rangé dans des cases. La preuve, même les punks, les pires ennemis du système deviennent des machines à tubes dans les années 80. C’est vrai qu’il n’y a pas plus anarchiste et anti hit parade que les punks rockers mais il faut bien constater que Blondie et les Talking Heads côté américain, les Clash et Police côté britannique accumulent les succès à la fin des années 70. L’arrivée des synthétiseurs et des boîtes à rythme va faire le reste, même dans les milieux les plus reculés de l’anti-système. Vous ne me croyez pas ? Et bien, avez-vous déjà entendu parler des Damned ? C’est de l’aveu de tous les spécialistes, les plus fêlés du lot. Pire que les Sex Pistols ! Les Damned sont comme ces derniers, des pionniers du mouvement, c’est d’ailleurs eux qui publient en février 1977 le premier album du genre, vraiment fondateur du punk. Comment vous décrire un concert des Damned ? Ça hurle, ça cogne et ça pogote au milieu de verres, bouteilles et crachats qui valsent dans tous les sens y compris sur les musiciens. Et pourtant, au début des années 80, le bassiste du groupe qui s’est fait remarquer en chantant Ca plane pour moi en anglais, se lance dans une carrière solo improbable, son nom : Captain Sensible. Sa rencontre tout aussi improbable avec le leader, chanteur, producteur et compositeur du groupe New Musik, le génial Tony Mansfield, débouche sur un miracle encore plus improbable. En 1982, Captain Sensible s’empare à plusieurs reprises du fameux Top 40 britannique avec des musiques synthétiques mais aussi un rap, le premier rap punk, 100% New Wave de l’histoire. Et tout ça avec un humour à la Benny Hill. Ah je voudrais savoir où sont bien passées ces années 80 ? | |||
| Où sont passées nos années 80 ? (Episode 4 : Frankie Goes To Hollywood) | 28 Feb 2025 | 00:03:33 | |
Dans les années 80, il n'y avait pas que la parole qui se libérait comme dans l’émission du samedi soir où tout le monde était censé avoir son droit de réponse. Ca s’engueulait plutôt joyeusement dans une atmosphère alcoolisée et enfumée mais ça existait. Après les bravades de la bande de Jacques Martin durant les années 70, défiant l’autorité, on en était maintenant à celles de Coluche et de Pierre Desproges, ex-complice de Martin, à la télé, sur disque et sur scène. Guy Bedos et Michel Serrault pirataient les émissions de Michel Drucker et les JT, Canal+ osait tout diffuser, poussant les chaînes généralistes à des émissions osées en seconde partie de soirée. On parlait sexe à la télé, on en montrait même, la chose aurait été impensable quelques années plus tôt. Mais n’allez pas croire que tout le monde aimait ça. Ah noon combien étaient ceux qui écrivaient au courrier des lecteurs ou téléphonaient aux auditeurs ont la parole pour dire tout le mal qu’ils pensaient de cet imbécile de Coluche ou du vulgarissime Gainsbourg … à la grande satisfaction d’autres car plus ils étaient critiqués, plus ils vendaient. Et oui. Dans les années 80, la provocation fait vendre comme jamais. Car à une époque où on n’a jamais vendu autant de produits culturels, disques, CD, cassettes vidéos, livres, la provocation, c’est la visibilité dans la presse magazine qui, elle aussi, n’a jamais connu une telle audience. Et ce qu’on oublie souvent, c’est que la provoc n’est pas l’apanage de Paris, c’est même plutôt une spécialité britannique. Il faut dire que la société était autrement plus stricte et donc, les scandales encore plus percutants. Regardez la campagne promo des Sex Pistols : de la pochette du single God Save the Queen, aux tenues vestimentaires du plus mauvais goût, en passant par les bagarres, tout y est passé. Tout ? Non. Il reste encore, en 1983, de la marge dans le registre tapageur. Celui qui va servir au groupe Frankie Goes To Hollywood qui va, en fait, reprendre l’argument commercial qui avait servi à lancer les Rolling Stones, tout juste 20 ans plus tôt. Car c’est là qu’intervient Brian De Palma, réalisateur à succès mais sulfureux, avec son nouveau thriller, Body double avec pour thème le sexe et le voyeurisme, des références à Hitchcock mais dans une atmosphère de libération sexuelle. L’idée géniale du réalisateur américain est de promouvoir son film avec le clip du single d’un groupe provocateur et qu’on va voir intégralement dans le film. Mais les gars de Frankie n'aimant pas le résultat, choisissent de tourner une nouvelle vidéo, qui sera censurée à la télévision, les obligeant à en tourner une troisième. Entretemps, la publicité faite autour de la censure aura propulsé le single à la première place des classements. | |||
| Où sont passées nos années 80 ? (Episode 3 : Icehouse) | 27 Feb 2025 | 00:03:02 | |
Je vous ai déjà raconté comment tant de chanteurs étaient arrivés d’Australie dans les années 60 et 70, des Bee Gees aux Easybeats en passant par Flash and the Pan. Et ça ne s’est pas arrêté dans les années 80 avec Kylie Minogue, Midnight Oil et Icehouse. Et justement, Icehouse, ça, c’est le groupe typique dont on connaît au moins une chanson par coeur, du genre qu’on monte le son sans savoir exactement ce qu’on aime en elle mais dont on ne sait rien. Je ne savais même pas qu’ils étaient Australiens ! C’est vrai que leur fameux single a fait un sacré tube fin 1982, début 83 et que cela leur avait valu d’assurer la première partie de la tournée du retour de David Bowie, la même année. Alors cette voix qui a sûrement dû vous accrocher avec son léger grain quand il descend dans les graves et sa clarté dans les aigus, c’est celle d’Iva Davies. Oui, comme les frères Davies des Kinks mais rien à voir, son père Neville a été garde forestier toute sa carrière dans la région de Sydney. Un père qui chante lors des festivités, alors son fils à qui il a inculqué l’amour des arbres, chante lui aussi, et joue de la guitare. On ne s’étonne pas que son premier groupe se nomme Flowers et qu’il rencontre un joli succès en Australie, avec sa voix, proche de celle de Bryan Ferry de Roxy Music. Alors, un jour de 1981, sa firme de disques décide de le lancer en Grande-Bretagne et par conséquent, le reste du monde. Le nom de Flowers étant déjà pris dans tous les sens, il en faut un nouveau, Iva demande : Que pensez-vous de Icehouse ? Icehouse ? Quelle idée ! Ben, c’était le nom que j’avais donné au flat que je louais à l’étage d’une vieille maison et où je me les suis gelés durant des mois. Icehouse ? vendu ! C’est d’ailleurs le titre du premier single qui paraît en 1982 et qui, au milieu de la New Wave des Ultravox, Depeche Mode et Human League serait sans doute passé inaperçu si la vidéo n’était pas tournée par le réalisateur australien, Russell Mulcahy, hyper célèbre, il est l’auteur du premier clip diffusé sur MTV : Video killed the radio stars et futur réalisateur de Highlander. Le gros succès arrive quelques mois plus tard avec Hey Little Girl, tellement New Wave, et puis un second titre de l’album plus tardivement, chanson d’un film intitulé pour ado Young Einstein, comme on en a tant tourné dans les années 80. Alors voilà, vous savez désormais que la voix de ce groupe mystérieux qu’il était à lui tout seul, appartenait à un certain Iva Davies, immense célébrité dans son pays de l’autre côté de la Terre, mais pour nous, simplement Icehouse, qui nous a offert un des très bons moments de ces années 80. | |||
| Où sont passées nos années 80 ? (Episode 2 : The Fine Young Cannibals) | 27 Feb 2025 | 00:03:11 | |
Les années 1980 sont devenues magiques pour beaucoup de gens qui donneraient cher aujourd’hui pour y revenir. Et en y repensant, je dois vous avouer me souvenir qu’on avait l’impression de vivre un grand moment. Tout nous semblait nouveau et moderne en 1980 : on jouait aux Space Invaders, on écoutait des radios libres pour la première fois et on utilisait un enregistreur VHS. Et si, question musique, en 1980, il y avait encore des Chantal Goya pour chanter Bécassine et Julio Iglesias Je n’ai pas changé, le reste, mis bout à bout, était sacrément moderne : The Buggles, Orchestral Manoeuvres, Funkytown, le Manureva d’Alain Chamfort, le Banana Split de Lio ou John and Mary de Robert Palmer, c’est quand même une musique futuriste avec tous ces synthés. Et puis il y a le ska. Je revois encore toute la piste de danse sautant d’un bloc sur One step beyond quinze fois sur la soirée d’un samedi. C’était quelque chose de radicalement nouveau qui correspondait tellement à la jeunesse du début des années 80. Si le genre n’a pas fait long feu, en Angleterre, il a été un véritable phénomène social avec des groupes comme Madness, bien sûr, mais surtout les Specials, Selecter, Bad Manners et The Beat. Complètement méconnu chez nous, The Beat enchaîne trois albums, tous disques d’or, avant de se séparer. Alors qu’est-ce qu’on fait ? se demandent Andy Cox et David Steele, respectivement bassiste et guitariste de The Beat, les auteurs de cette intro que tous les Britanniques connaissent … Moi je vous dis : une paire pareille de musiciens ne devrait pas se séparer, et justement, ils décident de continuer ensemble. Mais que jouer comme musique ? Ils sont plutôt punk, ont connu le succès avec le ska, deux musiques bien passées de mode en 1984, alors ils suivent un peu le mouvement du milieu de cette décennie, avec les Wham!, Madness ou Culture Club qui ont injecté de la soul américaine dans leur musique. Andy et David jouent chacun de plusieurs instruments, ils sont un band à eux seuls mais voilà, il leur faut un chanteur, un frontman. Alors ils passent une annonce dans un magazine musical. Pour vous dire à quel point la scène musicale était intense et lisait les magazines, ils reçoivent 500 cassettes de gars qui veulent être leur chanteur. Quand va-t-on écouter tout ça ? Ben on s’arrête au premier qui nous plaît. Et si le suivant est dix fois meilleur ? Ils vont mettre huit mois à trouver le temps de tout écouter et à choisir le bon. Il se nomme Roland Gift, et a aussi fait du ska, mais comme saxophoniste, dans un groupe de Hull sur la côte est du nord de l’Angleterre, bien connue de ceux qui prennent le ferry pour la Hollande. Ainsi naissent les Fine Young Cannibals, un groupe qui incarne tellement la seconde partie des années 80, une carrière fulgurante, seulement deux albums mais quels albums, synthèse de la pop d’une époque où on vivait pour la musique. | |||
| Où sont passées nos années 80 ? (Episode 1 : Lloyd Cole) | 24 Feb 2025 | 00:06:13 | |
Quand on regarde certaines émissions de télés françaises, et même belges, nous décrire de manière caricaturale les années 80, je me demande où j’ai pu passer ces dix fameuses années parce que franchement je n’ai, à cette époque, pas vu beaucoup de monde, avec un rubik’s cube tout le temps en main ou encore une cassette et un crayon, si vous voyez ce que je veux dire. Et encore moins habillés comme ils nous le disent. C’est vrai, dans la rue, on croisait peu de ces tenues fluos et moulantes comme dans l’émission Gym Tonic, un serre-tête sur le front, sauf Bjorn Borg à Roland Garros ou Mark Knopfler sur scène avec Dire Straits, et enfin des brushings d’un mètre cube à la Tina Turner et Bon Jovi. Alors oui, ok, y avait des brushings, mais c’était genre Sarah Connor dans Terminator, et pour les filles bien sûr, pas pour les mecs comme Van Halen ou The Police. Non, nous la mode, c’était plutôt le registre des pulls Lacoste jaunes et roses, ceux que les Gonzague portaient pliés sur les épaules, parce que ça faisait plus chic. Ou les T Shirts et Sweat Shirts Best Montana ? Ils allaient très bien avec les Nike Dunk hautes rouges ou bleues, ah ben ouais, on laissait les Reebok blanches pour des tenues plus habillées. Bref, nos années 80 sont plutôt passées à regarder des films VHS du vidéoclub, des clips à la télé et à écouter la radio libre ou des cassettes chrome qu’on se faisait grâce aux disques empruntés à la médiathèque. Ah il fallait ça ! Car si dans les années 70, toutes les conversations d’ados tournaient autour de quelques groupes et artistes, dans les années 80, on entendait sans arrêt prononcer des noms qu’on ne connaissait pas et pas toujours parce que c’étaient des nouveaux venus. Ah bon ? Et ils ont déjà fait deux albums ? Normal, on n’avait jamais vendu autant de disques, alors les labels signaient de plus en plus d’artistes. Et d’où en sortait-il le plus ? De Grande-Bretagne, évidemment. Ce n’est pas un hasard, c’est le pays où les artistes chantent tous les samedis et vendredis soir, ça joue live dans les pubs. Et encore plus dans les villes universitaires où le taux de jeunes au m2 est le plus élevé du pays. Ainsi de la ville de Glasgow où l’étudiant en philologie anglaise et philosophie Lloyd Cole compose et enregistre, un week-end de l’été 1984, une cassette dans le sous-sol du club house d’un golf, en fait c’est là que travaillent ses parents et c’est là qu’ils vivent. Et ben, pour vous prouver ce que je vous disais, une cassette par la poste et voilà déjà son groupe Lloyd Cole & The Commotions signé par une firme de disques et un premier album sorti en octobre. On les a immédiatement adoptés, leurs deux premiers albums ont illuminé une partie de nos nuits du milieu des années 80, avec ce petit quelque chose d’Américain qu’ont les British dans leur musique pop et qu’ils mettent au four, à leur sauce. Chouchou des radios libres et des compiles 33 Tours sponsorisées par une marque ou pas, on en a bouffé du Lloyd Cole sans trop savoir qui il était sinon qu’il faisait rêver les filles de notre génération. | |||
| La jaquette de diamant de Phil Collins (podcast intégral) | 22 Feb 2025 | 00:16:46 | |
Était-on, au milieu des années 80, au cœur d’une époque bénie de la musique comme beaucoup le crient haut et fort aujourd’hui ? Je ne sais pas vous mais moi, il suffit de me souvenir de tous ceux qui étaient présents lors du Live Aid en juillet 1985 pour me convaincre qu’il n’y a jamais eu autant d’immenses stars actives et au sommet de leur gloire. Et que dire si on y ajoute le nom d’absents de l’événement comme Michael Jackson, Prince, Rod Stewart, Eurythmics, Tears for Fears, Frankie Goes to Hollywood, Culture Club, Bruce Springsteen, Depeche Mode, ok j’arrête, on comprend que jamais plus on ne revivra une époque pareille. Et donc, on remarque d’autant plus l’omniprésence de celui qui est en cette année 85, le N°1 toutes catégories : Phil Collins. Vrai, le triomphe de ses deux albums solos parus au début de la décennie fût totalement inattendu. Tout d’abord parce que sa musique n’est pas formatée au départ pour un succès commercial, et puis aussi parce que jusque-là, il y avait une malédiction qui prétendait qu’aucun membre d’un groupe au top, ne peut réussir une carrière solo. Mais cet immense succès ne rompt pas le lien entre Collins et son groupe Genesis qui continuent leur carrière en parallèle avec de plus en plus de retours. En 1984, après les fabuleux Mama et That’s All avec Genesis, c’est la sortie de la chanson d’un film qui vaut à Collins son premier numéro 1 américain et un oscar, immédiatement suivi par un improbable et phénoménal duo avec le chanteur d’Earth Wind & Fire. Qui aurait prédit cinq ans plus tôt, avec son physique passe-partout, sa barbe de pirate et son front dégarni sous des cheveux longs en broussaille, que Collins deviendrait une des plus grandes stars de la planète ? Le départ du spectaculaire et intello Peter Gabriel de Genesis devait sonner la fin d’une magnifique aventure mais la voix de Phil s’était élevée de derrière sa batterie. On l’avait jusque-là entendu dans les chœurs et sur deux petites chansons de Genesis, le voilà à présent sur le devant de la scène. Ce n’est plus la même musique, ce n’est plus le même show, et pourtant, malgré des déçus parmi les fidèles de la première heure, les fans se multiplient à une allure ahurissante. Et c’est la Belgique qui est une fois de plus en tête du mouvement. Après avoir été le premier pays étranger à accueillir Genesis et leur faire la fête, en 1971, voici que six ans plus tard, elle leur offre leur premier album N°1. Et encore, c’est un double et un live, mais porté par une voix admirable, présente et chantante, mariant les pirouettes de Peter Gabriel avec une musicalité qu’on ne soupçonnait pas. Alors voilà qu’en pleine période new wave, hip hop et funk, un artiste qui devrait appartenir au passé, à ces années 70 désormais tellement lointaines, publie début 1985, un troisième album solo qui restera dans de nombreux pays dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, un des disques les plus vendus de leur histoire. Il s’appelle No Jacket required et il incarne tellement ce qu’était le son, et la vie, dans les années 80. | |||
| La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 5) | 21 Feb 2025 | 00:09:13 | |
En 1984, le Townhouse, studio londonien créé par Richard Branson, le patron de Virgin, a transformé le quartier de Shepherd’s Bush en endroit branché tant on croise tous ceux qui hantent le Top 40. Pas étonnant que parmi les Simple Minds, Elton John ou Bryan Ferry, Phil Collins y ait pris ses quartiers pour enregistrer ce qui sera déjà son troisième album solo. Le téléphone sonne. Qui le demande ? Bob Geldof. Le chanteur des Boomtown Rats, un groupe new wave de la première heure mais dont l’heure de gloire semble déjà passée. Que lui veut-il ? Encore un qui veut se faire produire par Phil Collins ? Passe-le moi ! Vous l’avez compris, les deux hommes ne se connaissent pas et pourtant, Geldof va direct au but : Tu as vu les infos à la BBC ? Non, là, je suis dans les bois. Une expression de Quincy Jones pour dire que quand on est en studio, on est hors du monde. Et là, Geldof de lui raconter le reportage qu’il a vu la veille à la BBC avec ces gens qui meurent de faim en Ethiopie et ce médecin obligé de décider qui va vivre ou pas, car ils n’a pas reçu assez de nourriture des associations. J’ai décidé avec ma femme, une animatrice télé très populaire, de faire quelque chose. On ne peut pas attendre. J’ai besoin d’un batteur très connu alors j’ai pensé immédiatement à toi. Pour faire quoi ? Quelques jours plus tard, le 25 novembre, Phil se retrouve un dimanche au Sarm Studios, qu’il ne connaît que trop bien, y ayant enregistré trois albums avec Genesis du temps de Peter Gabriel. Un autre studio de Richard Branson mais racheté par Trevor Horn, le leader des Buggles, il est devenu le repère de la scène pop des années 80. On le devine, entouré des jeunes Spandau Ballet, Culture Club et autres Bananarama, Phil Collins a l’impression d’être dans les pages d’un magazine teenager comme le Smash Hits. D’autant plus qu’il les voit défiler, chanter toute la journée en attendant que ce soit son tour de jouer. Et quand vient le moment, ils sont tous là à le regarder, derrière sa batterie, quand Midge Ure d’Ultravox, le producteur, lui dit, tu commences ici et tu fais ce que tu veux ! Ah bon ? Top, vas-y ! Et Phil, le casque sur les oreilles, improvise sa piste de batterie. Il n’en mène pas large, évidemment. Mais quand le morceau s’arrête, il entend Midge crier un grand Impeccable ! Tout le monde l’applaudit. T’es sûr ? J’ai envie de la refaire. Non, pas besoin, il est tard. Et voilà, one take comme Frank Sinatra. Phil Collins fait alors la connaissance de Bono et parle un peu avec Sting à qui il propose de venir faire les chœurs sur son prochain album No jacket Required. Ainsi Sting lui proposera-t-il de faire un duo au Live Aid qui deviendra mythique : Genesis et The Police, deux univers si lointains et pourtant. La boucle est bouclée, Phil Collins est vraiment l’incarnation de ces années de renouvellement que furent les années 80, il est, comme dans le clip de cette chanson, le roi du monde. Avec humour, bien sûr, regardez-le jusqu’à la fin. | |||
| La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 4) | 20 Feb 2025 | 00:07:46 | |
Franchement, combien sommes-nous à avoir tourné les singles et les deux albums de Phil Collins au début des années 80 ? Des disques étonnants, bien loin de la musique de Genesis, c’est vrai, il y avait des tubes qui ont plu à tous les publics. Mais quand même, les albums avaient aussi leur quota de chansons plus ambitieuses, avec de solides trouvailles sonores. Déjà leur titre : Face Value et Hello I must be going, une référence à Groucho Marx, fallait oser ! Alors pourquoi change-t-il de braquet avec celui-ci, qui paraît fin janvier 1985, No jacket Required ? Parce que justement, je suis tout sauf guindé, répond Collins. Bien sûr, le titre ne lui est pas tombé tout chaud, c’est le cas de le dire, car ce soir où Phil est en vacances dans les Caraïbes, il se présente dans un restaurant avec sa femme mais le maître d’hôtel l’arrête en lui demandant d’enfiler une veste. Mais je n’ai pas de veste, mon ami, nous sommes dans un pays chaud et je suis en vacances ! Un client dans la file devant lui, se retourne alors pour lui faire comprendre que la veste est obligatoire : Jacket Required ! Phil Collins se fait donc refuser l’entrée. C’est pas tous les jours. Enfin, pas tous les jours, … Ce soir de la tournée où Phil accompagne Robert Plant l’ex-chanteur de Led Zeppelin dont il vient de produire les deux albums, les deux copains descendus à l’hôtel Ambassador de Chicago descendent, justement, boire un verre au bar de l’hôtel. Là pour le coup, il fait froid, Phil porte un magnifique blouson de cuir, Robert une veste à carreaux WillyWear, genre amerloque, aux couleurs bien criardes. Mais voilà que le barman fait remarquer à Monsieur Collins qu’il doit passer une veste pour pouvoir se faire servir. Mais je porte une veste, mon gars ! Euh non, une vraie veste, Monsieur, pas en cuir. Allons bon, Robert est habillé comme un clown de chez Barnum et on ne lui dit rien. Moi je porte un truc de créateur, digne de la fashion week, et je fais tache. Ce n'est pas possible, ce Jacket required va tourner à la malédiction ! Évidemment, le succès prodigieux de ce disque conduisant Collins sur les plateaux des plus grands talks shows, il raconte ses anecdotes de jaquette, ce qui, bien sûr, ne manque d’être vu par les grands patrons des établissements cités. Ainsi Phil Collins reçoit-il chez lui, à Londres, une lettre à entête de l’Ambassador East qui lui demande, je cite, de cesser de parler de leur stupide code vestimentaire. Nous invitons à venir chez nous, quand vous voulez, vêtu comme vous voulez et autant que vous voulez, mais de grâce, cessez de parler de nous. Et à ce pli est joint un colis contenant une veste maculée d’éclaboussures de toutes les couleurs. Voilà des gens qui ne se prennent pas au sérieux, une autre époque, les années 80 avec ce code No Jacket Required. | |||
| La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 3) | 19 Feb 2025 | 00:08:15 | |
Janvier 1985, on commence cette année particulière mondialement dominée par des Simple Minds et U2, avec un troisième album solo, déjà, de Phil Collins. Et si les deux premiers, qui se sont vendus par paquets de millions, étaient particuliers, à l’image de son groupe Genesis, il n’en va pas de même de celui-ci qui est, vraiment, un pur produit pop des années 80. Et ce n’est pas un hasard car après deux disques hantés par son divorce, la séparation avec ses enfants et la paradoxale solitude d’une star du rock, Phil est pris cette fois par l’envie de produire un disque sympa, positif, et donc, années 80 obligent, dansant. Et même s’il ne peut s'empêcher de composer l’une ou l’autre chanson romantique, tout est fait pour vous emmener sur la piste le samedi soir. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle son visage apparaît cette fois coloré de rouge, comme pris dans un projecteur de boîte de nuit, le front perlant de sueur après une bonne séance d’immersion sur la piste. C’est vrai que teenager, le jeune Anglais était un fan de la Motown, ce label noir américain qui produisait des titres dansant et sympas. Il ne manque pas d’y faire référence sur l’un ou l’autre titre de ses deux premiers disques. Et ça tranchait vachement avec les autres, c’est vrai, on a été étonné d’entendre ces cuivres clinquer sur des rythmes ronds. Ça sonne, hein ? Pas étonnant, ce sont les Phenix Horns, la section qui joue pour Earth Wind & Fire, le plus grand groupe funk de l’époque. Et qui sait à peine qui est Genesis. Ainsi, alors que Phil Collins est à New York et que justement, EWF est de passage à Madison Square Garden, il se pointe à leur hôtel avant le concert. Et le gars à qui il demande dans le hall si les Phenix Horns sont là, se trouve être le frère de Maurice White, le leader de Earth Wind & Fire. Et ce type qui ignore qui est Phil Collins, In the Air Tonight n’est pas encore sorti, le prend pour un dealer, alors il donne l’interdiction d’embarquer quiconque n’est pas du groupe. Mais allez savoir comment Collins passe entre les mailles du filet, il monte dans la limousine sous l’insistance des cuivres mais, une fois arrivé à Madsion Square Garden, est refoulé par la sécu et se retrouve bien seul. Imaginez le chanteur de Genesis interdit d’entrer dans une salle qu’il remplit habituellement. Heureusement que des régisseurs le reconnaissent et l’invitent dans leur cantine. Hé les mecs, j’le crois pas, vous avez viré Phil Collins des coulisses ! Qui ? Le chanteur de Genesis. Merde ! C’est ce soir que les gars des Phenix vont parler de Collins à Philip Bailey, la seconde voix d’Earth Wind & Fire, et de la qualité de son travail en studio. Le succès américain des deux premiers albums de Collins fera le reste quand, Earth Wind & Fire battant de l’aile, Bailey voudra voler des siennes, comme Michael Jackson. Une chanson pliée en un jour et demi, et hop ! Ça se passait comme ça avec Phil dans les années 80. | |||
| La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 2) | 18 Feb 2025 | 00:08:29 | |
Cela fait déjà 40 ans que paraissait No Jacquet Required, l’album solo de Phil Collins le plus vendu de sa carrière, témoin du triomphe d’un artiste qui ne vivait que pour le travail et la création. C’est d’ailleurs ce que lui ont reproché plusieurs femmes de sa vie : Phil a tout le temps besoin de nouveaux projets et Phil ne sait pas dire non. Ainsi quand la nouvelle tournée de Genesis se termine en 1984, il devrait déjà s’estimer très heureux de se dire et maintenant je me lance sur mon nouvel album solo. Mais non, il doit bientôt produire celui de son ami Eric Clapton mais aussi de Philip Bailey, le chanteur du groupe Earth Wind & Fire. Voilà qui peut sembler bizarre car l’Américain et le Britannique qu’un océan et un genre musical séparent ne se sont jamais rencontrés. Mais le lien est la section de cuivres d’Earth Wind & Fire qui depuis le fameux premier album de Collins, travaillent avec lui et a donc ont parlé à Bailey de ses qualités de producteur. Et puis l’exemple actuel de Michael Jackson devenue star du public blanc est à suivre, alors pourquoi ne pas demander à Collins de produire son disque ? Le pari va être, vous le savez, tenu, une réussite totale qui prend le relais cette année-là de l’immense Against all odds. Si vous ajoutez à cela que depuis le début de la décennie, Phil a déjà sorti deux albums solos et trois avec Genesis et en a produit deux pour Robert Plant, l’ex-chanteur de Led Zeppelin, oui, dans le métier et pour le public, Collins est partout. Alors on ne s’étonne pas que chez Warner, un gars dise à Eric Clapton qu’il devrait ajouter une patte Phil Collins à son prochain disque, car oui, le précédent n’a pas marché. Les temps sont durs, il est vrai pour les stars des années 60 et 70 qui souffrent du nouveau son des années 80. Ah ben, c’est mon voisin, répond Clapton. C’est vrai. C’est ainsi qu’il a joué de la guitare sur un titre de Phil Collins, enregistré chez lui d’ailleurs, quand il était au plus bas, dans sa maison vidée par le divorce. Et Collins d’accepter, bien sûr, Eric Clapton a beau être devenu le gars avec qui il va boire des coups au pub, il reste pour lui le guitariste qui a illuminé ses années de jeunesse avec les Yardbirds et Cream. Pour lui, la fameuse photo du tag Clapton is God sur une palissade de Londres en 1966, c’était pas du pipeau. Le résultat est un album tellement dans l’air du temps que même la firme de disques n’y croit pas, et pourtant, il marque une résurrection pour Clapton et ce faisant, au milieu des années 80, un passeport pour les décennies à suivre, un vaccin contre l’oubli du public. Alors question : cette agitation est-elle nécessaire pour que Collins donne le meilleur de lui-même pour son prochain album solo, No Jacquet Required. Il y a fort à parier que oui, tant il est vrai que plus on travaille, plus on sait travailler. Cette chanson, l’un des quatre immenses tubes de ce disque qui s’est vendu à 25 millions d’exemplaires, en est la preuve … | |||
| La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 1) | 17 Feb 2025 | 00:03:44 | |
Était-on, au milieu des années 80, au cœur d’une époque bénie de la musique comme beaucoup le crient haut et fort aujourd’hui ? Je ne sais pas vous mais moi, il suffit de me souvenir de tous ceux qui étaient présents lors du Live Aid en juillet 1985 pour me convaincre qu’il n’y a jamais eu autant d’immenses stars actives et au sommet de leur gloire. Et que dire si on y ajoute le nom d’absents de l’événement comme Michael Jackson, Prince, Rod Stewart, Eurythmics, Tears for Fears, Frankie Goes to Hollywood, Culture Club, Bruce Springsteen, Depeche Mode, ok j’arrête, on comprend que jamais plus on ne revivra une époque pareille. Et donc, on remarque d’autant plus l’omniprésence de celui qui est en cette année 85, le N°1 toutes catégories : Phil Collins. Vrai, le triomphe de ses deux albums solos parus au début de la décennie fût totalement inattendu. Tout d’abord parce que sa musique n’est pas formatée au départ pour un succès commercial, et puis aussi parce que jusque-là, il y avait une malédiction qui prétendait qu’aucun membre d’un groupe au top, ne peut réussir une carrière solo. Mais cet immense succès ne rompt pas le lien entre Collins et son groupe Genesis qui continuent leur carrière en parallèle avec de plus en plus de retours. En 1984, après les fabuleux Mama et That’s All avec Genesis, c’est la sortie de la chanson d’un film qui vaut à Collins son premier numéro 1 américain et un oscar, immédiatement suivi par un improbable et phénoménal duo avec le chanteur d’Earth Wind & Fire. Qui aurait prédit cinq ans plus tôt, avec son physique passe-partout, sa barbe de pirate et son front dégarni sous des cheveux longs en broussaille, que Collins deviendrait une des plus grandes stars de la planète ? Le départ du spectaculaire et intello Peter Gabriel de Genesis devait sonner la fin d’une magnifique aventure mais la voix de Phil s’était élevée de derrière sa batterie. On l’avait jusque-là entendu dans les chœurs et sur deux petites chansons de Genesis, le voilà à présent sur le devant de la scène. Ce n’est plus la même musique, ce n’est plus le même show, et pourtant, malgré des déçus parmi les fidèles de la première heure, les fans se multiplient à une allure ahurissante. Et c’est la Belgique qui est une fois de plus en tête du mouvement. Après avoir été le premier pays étranger à accueillir Genesis et leur faire la fête, en 1971, voici que six ans plus tard, elle leur offre leur premier album N°1. Et encore, c’est un double et un live, mais porté par une voix admirable, présente et chantante, mariant les pirouettes de Peter Gabriel avec une musicalité qu’on ne soupçonnait pas. Alors voilà qu’en pleine période new wave, hip hop et funk, un artiste qui devrait appartenir au passé, à ces années 70 désormais tellement lointaines, publie début 1985, un troisième album solo qui restera dans de nombreux pays dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, un des disques les plus vendus de leur histoire. Il s’appelle No Jacket required et il incarne tellement ce qu’était le son, et la vie, dans les années 80. | |||
| La dernière tournée de Michel Polnareff : Podcast intégral | 16 Feb 2025 | 00:17:38 | |
Ainsi donc, le 17 mai prochain, ce sera la dernière tournée de Michel Polnareff, chez nous, à Bruxelles. Lui dont l’absence sur scène avait résonné jusqu’au mythe aura finalement aligné pas mal de Forest National ces vingt dernières années. Un dernier coucou me revoilou qui nous fait prendre conscience, qu’il est le tout dernier des géants de cette génération des années 60 à se produire encore. En fait, Michel est toujours là où on ne l’attend pas. Personnage atypique dans le panthéon non pas de la chanson française mais de la chanson en français, il a donné tout ce qu’une star peut offrir à la légende. Depuis ses éternelles lunettes noires à monture blanche à sa fuite en paquebot vers les Etats-Unis, en passant par ses fesses affichées sur les murs de Paris et son séjour de deux ans à l’hôtel Monceau, Michel Polnareff les a toutes faites. Tenez, jusqu’à une attente insupportable de 28 ans entre deux albums. Et là où on croit qu’il n’y en aura plus jamais, voilà qu’il revient en 2025, avec de nouvelles chansons. Mais tout cela serait de l’ordre de l’agitation, s’il n’y avait un génie de la musique derrière le personnage qui l’a entraîné là où il n’aurait jamais imaginer aller quand, petit garçon, il souffrait durant d’interminables et sévères leçons de piano. Car aucun interprète, compositeur, arrangeur, producteur, puis enfin, auteur, n’a réussi à se hisser à ce niveau dès ses débuts, et durant des décennies. Si à cela, vous ajoutez un sens de l’image et du show, qui fut avant-gardiste à une époque où personne ne l’était à Paris, ça fait beaucoup pour un seul homme. Alors évidemment, comme beaucoup d’artistes qui ont marqué plusieurs générations, il y a l’obstacle impossible à franchir : créer de nouveaux titres à la hauteur du passé idéalisé de leur public. Mais le plus important n’est-il pas de faire le compte du nombre de chansons qui sont aujourd’hui immortelles ? Et au vu de la longueur de la liste, on prend la mesure que Michel Polnareff n’a pas de concurrent. Toutes ces mélodies, toutes ces orchestrations, toutes ces voix, c’est lui. Un groupe à lui tout seul. Il y a ces années 60 où il débarque avec sa guitare, une génération satisfaction à la française qui préfigure déjà le monde des années 70. Et quand cette fameuse décennie arrive enfin, Polnareff est déjà plus loin avec son piano transparent, le rock symphonique des Anglais, le free jazz des Américains, le disco des Allemands, évidemment, mais rien ne sonne comme eux chez Polnareff. Alors elles sont là, ses chansons, dans notre mémoire, quelle que soit notre génération. Que nous l’ayons découvert avec le son venu d’ailleurs de La Poupée qui fait non ou de Lettre à France dix ans plus tard … et puis de l’incroyable production des années 80 qu’il fait sienne la décennie suivante, sans oublier évidemment la Marylou qui préfigure les années internet … Oui vraiment, on se demande sous quelle étoile est né Polnareff, à défaut d’en être une lui-même. | |||
| La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 5) | 15 Feb 2025 | 00:03:39 | |
Les années 70 ! Les années folles du showbiz français. Hallyday, Sardou, Dutronc, Polnareff, en dehors du studio et de la scène, la vie est un jeu. Michel Polnareff avoue qu’à cette époque, un rien l’amusait. Un rien qui a d’ailleurs fait sa mauvaise réputation auprès des hôtels parisiens. Comme cette fois où, en retard sur l’enregistrement d’une chanson, il promet une certaine compagnie féminine à son co-arrangeur s’ils arrivent à terminer dans les temps. Car chose faite, il va falloir tenir parole. Michel se retrouve donc dans l’ascenseur du Hilton avec sa surprise, en clair, quelques filles nues. Malheureusement l’ascenseur s’arrête à chaque étage et les portes s’ouvrent sur des clients horrifiés. Les plaintes pleuvent auprès de la direction et Polnareff se retrouve sur la liste noire des palaces parisiens. Et donc, un jour où il s’est encore fait refuser une chambre, il arrête sa Rolls devant le Concorde Lafayette, aujourd’hui le Hyatt de l’Etoile, réputé pour sa vue sur le tout Paris. Et alors que les portes coulissantes s’ouvrent le voilà qui rentre carrément dans le hall de l’hôtel avec sa voiture sans rien casser et la stoppe juste devant la réception. Vous êtes sûr que vous n’avez pas de chambre pour moi ? Euh, ah si ! Polnareff sort alors de sa Rolls et donne les clés à un chasseur en lui disant, ne la garez pas trop loin de ma chambre, je déteste marcher. Et puis ce soir où, non loin du fameux drugstore des Champs Elysées, Michel est dans sa voiture avec quelques potes. Mais qu’attend-il ? Une camionnette se range devant lui. Il en sort un colleur d’affiches géantes qui commence son travail : placarder les annonces du prochain spectacle de Polnareff. Et lorsqu’il commence à coller le coin inférieur droit, ils le voient s’arrêter, reculer et regarder, imité rapidement par une foule de badauds, stupéfaits par cette photo géante du chanteur montrant ses fesses. Michel et ses amis sont morts de rire. Sûr qu’on va en parler de ce spectacle ! Oui, c’est clair, on en parle partout y compris au tribunal. Michel Polnareff et toute son équipe se retrouvent devant le juge pour attentat à la pudeur. Un juge qui voulant s’en sortir, lui fait comprendre que s’il s’agit d’un montage, que ce ne sont pas ses fesses à lui mais celles d’une femme, il n’y aura pas d’affaire. Ah non, monsieur le juge, il n’y a aucun collage ni trucage, ce sont les miennes. Mais pourquoi ? Je veux juste attirer l’attention sur mon spectacle. Au départ, je portais un pantalon moulant que j’ai vite trouvé superflu pendant la session photo. Michel Polnareff est condamné à une peine de prison avec sursis et à une amende de 120.000 francs français de l’époque, de quoi s’acheter deux petites maisons. Pas de doute, plus personne n’ignore que Polnareff est sur scène pour jouer sa musique et qu’il est à la mode. | |||
| La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 4) | 14 Feb 2025 | 00:03:44 | |
Alors qu’il s’apprête à venir chez nous pour une dernière tournée, on se remémore ces années où Michel Polnareff secouait les tables de l’Ancienne Belgique, les arènes de Forest National et du Cirque Royal avec un spectacle rock branché. Et je me souviens aussi qu’en 1985 quand était sorti son album Incognito, on s’était dit que l’attente a été très longue. Quatre ans pour un nouvel album, c’était interminable à l’époque. Oui j’ai pris pas mal de vacances depuis dix ans répond-il alors à Jean-Luc Bertrand dans le Hit des Clubs. Et puis, Michel de nous apprendre qu’il travaille de plus en plus la production de ses morceaux. Il a fait le compte : Incognito représente 12.000 heures de travail. Pour un titre comme Y a pas que pouvoir qu’on peut, il s’est remis 168 fois à la table de mixage. Un record ! s’exclame l’animateur télé qui l’interroge. Jusqu’à mon prochain disque, ajoute Polnareff qui n’est jamais avare de bons mots et qui, on le sait, va tenir parole. A propos de télé, il en fait pour la promotion de son album qui est absent des rayons des grandes surfaces et de la FNAC qui font un bras de fer avec sa firme de disques RCA. Et si on se plaint déjà de sa rareté à la télévision, on ignore que c’est la dernière fois qu’il en fait le tour. Bon, précisons tout de suite qu’il ne passe pas chez tout le monde. Ainsi refuse-t-il de participer au Jeu de la Vérité même si RCA dont je viens de vous parler, insiste beaucoup : c’est un prime time de TF1 animé par la vedette des médias qu’est Patrick Sabatier. Un Patrick Sabatier qui, misant sur l’audience, et accompagné du producteur de l’émission, Remy Grimbach, vous vous souvenez de ce nom ?, vient le rencontrer. Mais la réponse de Polnareff reste négative : il se méfie des pièges, de l’authenticité de certains soit disant téléspectateurs qui appellent en direct pour poser les questions qu’un animateur n’oserait pas. Et pourtant, quel n’est pas l’étonnement de Polnareff lorsqu’il découvre dans la presse son passage annoncé dans Le Jeu de la vérité. Le voilà au pied du mur : s’il n’y va pas, il apparaîtra comme un dégonflé aux yeux du public qu’il n’ose pas affronter. Et donc ce 31 mai 1985, Polnareff remplit l’écran de TF1 avec ses boucles blondes et ses grandes lunettes noires. Vêtu de blanc, accroupi sur un fauteuil tout aussi blanc, il répond du tac-au-tac à toutes ces questions indiscrètes qui en ont fait pleurer plus d’un, ou d’une. Mais bon, au terme de l’émission, il faut reconnaître que si le public est indiscret, il se montre très respectueux envers Polnareff ; et puis comme toujours, il fait preuve d’une répartie et d’un humour imparables. Sabatier n’a donc pas eu droit au drame, à son buzz, comme on dirait aujourd’hui : il a été pris à son propre jeu de la vérité par un chahuteur de première classe. | |||
| La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 3) | 13 Feb 2025 | 00:03:59 | |
Juin 1985, cela fait déjà 20 ans que Michel Polnareff est dans le monde de la musique, ce qui devrait faire de lui, comme beaucoup d’autres déjà à cette époque particulièrement créative, un chanteur has been. Mais à l’écoute de son nouvel album, il n’en est rien. Polnareff, c’est les années 80. Sans doute la raison pour laquelle, un autre géant des sixties a fait appel à lui pour la bande originale du film de son nouveau film : Gérard Oury. Leur premier contact avait eu lieu quand, au début des années 70, Oury qui tournant La folie des grandeurs avec de Funès et Montand, souhaitait un compositeur actuel mais capable de lui fournir une musique proche du baroque. Et justement, Polnareff avec sa maîtrise de l’arrangement d’orchestre était l’homme tout indiqué. Il suffisait d’écouter ses disques. Mais lorsque le compositeur arrive avec une musique rock et symphonique, Oury est horrifié. Il exige que Polnareff revoie sa copie et réenregistre tout, il refuse. Il sait que sa musique aux sonorités Western à la Sergio Leone va élargir à l’écran, les images d’Oury qui ont été tournées dans les mêmes décors que les premiers Clint Eastwood. Polnareff a raison de ne pas céder : tout le monde est ébloui par sa musique y compris Gérard Oury, devant les réactions du public et même de Louis de Funès. Ce nouveau film intitulé La vengeance du serpent à plumes, marque donc des retrouvailles mais pas seulement pour Polnareff et Oury car Michel connaît aussi Coluche. C’est même un fan de la première heure. Et oui, lorsqu’il compose en 1971 la bande originale de Ca n’arrive qu’aux autres, sa réalisatrice, Nadine Trintignant, l’emmène au Café de la Gare voir Ginette Lacaze, une pièce créée par Coluche. Polnareff le trouve extraordinaire mais cela s’arrête là. En effet, exilé aux Etats-Unis il n’assiste pas à l’ascension de l’humoriste qu’il découvre seulement trois ans plus tard quand, en visite chez des amis résidant comme lui à l’étranger, il reconnaît sur un album le comédien qui l’avait fait tant rire. On verra alors Polnareff plus d’une fois chez Coluche, dans cette grande maison ouverte à tous à l’heure de l’apéro. Ils joueront ensemble de la musique mais aussi au poker et au ping-pong, le verre à la main, bien sûr, au cours de soirées mémorables. Lors de la promotion du film, Polanreff est invité à participer à la très populaire émission de télé, Le Grand Echiquier mais refuse d’y aller avec Coluche et Oury, ne voyant pas quoi y faire, y dire. Il s’agit de cinéma quand même ! Mais ce 15 octobre 1984, attablé en soirée dans un bistrot où il regarde du coin de l’oeil l’émission, toujours en direct, Polnareff décide de les rejoindre. Jacques Chancel est évidemment étonné mais ravi de cette arrivée impromptue. Polnareff s’installe à côté d’Oury. Et bien sûr, après avoir parlé musique, Chancel lui demande ; A quand votre retour sur scène, Michel Polnareff ? Michel s’en sort en disant qu’il en a envie mais qu’il ne peut le faire tout seul. Pourquoi habitez-vous Los Angeles ? Et là, Polnareff est pris de court par la question. Ce qui lui arrive rarement. Mais en direct devant des millions de téléspectateurs ! Coluche vient alors à son secours avec une réplique dont il a le secret :
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| La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 2) | 12 Feb 2025 | 00:03:13 | |
Si on a beaucoup parlé de l’enfance très compliquée de Michael Jackson qui a fait de lui une superstar rongée de problèmes psychologiques, on évoque moins celle de Michel Polnareff avec qui il partage pourtant la tyrannie de la réussite. Michel a souffert d’un père hyperautoritaire, brutal et incapable d’exprimer la moindre affection pour son fils qui pourtant ne lui apporte que des satisfactions. Car à l’écoute des camions de chefs d’œuvre composés, écrits et orchestrés, on se rend compte que le talent et le génie ont parfois un prix très élevé. Si Léo Polnareff n’a jamais avoué la fierté que lui inspirait son fils, il lui a laissé après sa mort les dossiers où il avait patiemment collecté tous les articles parus sur lui. Imaginez le choc pour celui qui a sûrement recherché sa reconnaissance de son vivant. Car ce père d’origine russe qui a battu son fils durant toute son enfance et adolescence, cet homme du XIX° siècle qui a fui la Russie des Soviets ne lui passe rien : il le fait étudier à coups de baffe et de ceinturon. Michel est un premier de classe irréprochable et il y a tout intérêt. Ainsi sa mère tombe-t-elle dans les pommes le jour où elle découvre dans le bulletin de son fils qu’il a terminé un trimestre deuxième, et non pas premier, rien qu’à l’idée de la correction qu’il va recevoir de son paternel quand il rentrera à la maison. Dans le même ordre d’idée, à 18 ans, Michel apprendra par cœur le tableau de l’ophtalmo pour éviter d’être réformé de l’armée pour cause de mauvaise vue car même ça, son père ne le tolèrerait pas. Mais c’est à l’armée que le timide garçon apprend à dire « non ! ». A présent adulte, il en a assez des brimades. Avant c’était à l’école, maintenant ce sont les gradés. Ca suffit ! A l’époque, le service militaire dure deux ans, ça ne va pas être possible. Michel se rebelle, fait un mois de prison et se fait réformer. Comme on s’en doute, il prend une dérouillée de retour au bercail, la coupe est pleine, au revoir et pas de merci, Michel claque la porte pour aller vivre sa vie, sans un sou, sans destination. Nous sommes en 1965. Ras-le-bol des petits boulots et de la vie de bureau, Michel va vivre durant des mois dans la rue et le métro. Mais assis sur les marches de la butte Montmartre, il trouve la compagnie enthousiasmante d’autres jeunes et surtout de sa guitare. La bohème, la liberté, la tribu des jeunes de SA génération qui aime les mêmes choses que lui. Quand on pense qu’il avait pris une raclée car il avait osé dire à la maison qu’il trouvait des qualités à Johnny Hallyday ! Un autre monde s’ouvre à lui, celui de toutes les envies, de toutes les folies et tant pis s’il n’est que le roi des fourmis. | |||
| La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 1) | 11 Feb 2025 | 00:03:50 | |
Ainsi donc, le 17 mai prochain, ce sera la dernière tournée de Michel Polnareff, chez nous, à Bruxelles. Lui dont l’absence sur scène avait résonné jusqu’au mythe aura finalement aligné pas mal de Forest National ces vingt dernières années. Un dernier coucou me revoilou qui nous fait prendre conscience, qu’il est le tout dernier des géants de cette génération des années 60 à se produire encore. En fait, Michel est toujours là où on ne l’attend pas. Personnage atypique dans le panthéon non pas de la chanson française mais de la chanson en français, il a donné tout ce qu’une star peut offrir à la légende. Depuis ses éternelles lunettes noires à monture blanche à sa fuite en paquebot vers les Etats-Unis, en passant par ses fesses affichées sur les murs de Paris et son séjour de deux ans à l’hôtel Monceau, Michel Polnareff les a toutes faites. Tenez, jusqu’à une attente insupportable de 28 ans entre deux albums. Et là où on croit qu’il n’y en aura plus jamais, voilà qu’il revient en 2025, avec de nouvelles chansons. Mais tout cela serait de l’ordre de l’agitation, s’il n’y avait un génie de la musique derrière le personnage qui l’a entraîné là où il n’aurait jamais imaginer aller quand, petit garçon, il souffrait durant d’interminables et sévères leçons de piano. Car aucun interprète, compositeur, arrangeur, producteur, puis enfin, auteur, n’a réussi à se hisser à ce niveau dès ses débuts, et durant des décennies. Si à cela, vous ajoutez un sens de l’image et du show, qui fut avant-gardiste à une époque où personne ne l’était à Paris, ça fait beaucoup pour un seul homme. Alors évidemment, comme beaucoup d’artistes qui ont marqué plusieurs générations, il y a l’obstacle impossible à franchir : créer de nouveaux titres à la hauteur du passé idéalisé de leur public. Mais le plus important n’est-il pas de faire le compte du nombre de chansons qui sont aujourd’hui immortelles ? Et au vu de la longueur de la liste, on prend la mesure que Michel Polnareff n’a pas de concurrent. Toutes ces mélodies, toutes ces orchestrations, toutes ces voix, c’est lui. Un groupe à lui tout seul. Il y a ces années 60 où il débarque avec sa guitare, une génération satisfaction à la française qui préfigure déjà le monde des années 70. Et quand cette fameuse décennie arrive enfin, Polnareff est déjà plus loin avec son piano transparent, le rock symphonique des Anglais, le free jazz des Américains, le disco des Allemands, évidemment, mais rien ne sonne comme eux chez Polnareff. Alors elles sont là, ses chansons, dans notre mémoire, quelle que soit notre génération. Que nous l’ayons découvert avec le son venu d’ailleurs de La Poupée qui fait non ou de Lettre à France dix ans plus tard … et puis de l’incroyable production des années 80 qu’il fait sienne la décennie suivante, sans oublier évidemment la Marylou qui préfigure les années internet … Oui vraiment, on se demande sous quelle étoile est né Polnareff, à défaut d’en être une lui-même. | |||
| La Story QUEEN 2025 (Podcast intégral) | 08 Feb 2025 | 00:15:18 | |
Pour ceux qui s’en rappellent, en avril 1978, il règne une certaine fièvre dans notre petit pays. Il y a des jeunes qui planent sur la musique punk qu’on appelle aussi New Wave, ceux qui dansent au rythme des Bee Gees en discothèque le samedi soir, et puis bien sûr, ceux qui écoutent des déjà anciens comme Pink Floyd ou les Rolling Stones et qui n’ont jamais été aussi populaires. La preuve, Genesis est N°1 des ventes d’albums pour la première fois, c’est en Belgique que ça se passe. Et au milieu de toute cette agitation, il y a le groupe Queen qui semble appartenir à tous ces courants à la fois. Mais dans notre monde étiqueté, toucher à tout, c’est être nulle part. Il suffit de lire des extraits de presse ou d’écouter des émissions de l’époque pour se rappeler que les médias ne prennent au sérieux pas le groupe de Freddie Mercury. Pourtant, leur succès public est énorme. Au début des années 80, le succès démesuré de Queen conduit le groupe à prendre une seconde résidence à Los Angeles qui est devenue la capitale mondiale de l’industrie du disque. A part Freddie qui préfère loger à dans un célèbre hôtel d’Hollywood, c’est comme ça qu’il va faire la connaissance de Michael Jackson. Je me souviens, quand en 1981 Queen avait projeté d’aller jouer en Amérique du Sud, que tout le monde les avait pris pour des fous. C’est vrai, à l’époque, aucun groupe ne va y jouer car c’est un continent où règne l’insécurité et où il n’y a alors aucun régime démocratique, que des militaires bien à droite ou bien à gauche. En ce mois de février 1990, l’entourage de Freddie Mercury tente de faire taire les rumeurs de maladie grave grâce une apparition publique où les membres de Queen viennent chercher le prix du meilleur groupe britannique des années 80. Mais le Freddie amaigri qui flotte dans son costume bleu ne fait que susciter des questions, d’autant plus que le trophée en main, il s’efface au profit de Brian May. Freddie Mercury le sait, et il le redoute, ce 24 décembre 1990 pourrait bien être son dernier réveillon de Noël. Alors il faut que ce soit le meilleur et que son filleul Richard garde un magnifique souvenir de cette dernière fête de fin d’année avec son parrain. Au printemps 1991, Freddie utilise ses dernières forces pour enregistrer de nouvelles chansons dans le studio de Queen à Montreux, en Suisse, comme si le fil de sa vie devait encore tenir le temps de ce dernier projet ; un espoir de sursis qui ne sera déçu, raison pour laquelle l’album terminé sans lui s’intitulera logiquement “fabriqué au ciel”, Made in Heaven. | |||
| La Story QUEEN 2025 (Episode 5) | 07 Feb 2025 | 00:02:51 | |
Freddie Mercury le sait, et il le redoute, ce 24 décembre 1990 pourrait bien être son dernier réveillon de Noël. Alors il faut que ce soit le meilleur et que son filleul Richard garde un magnifique souvenir de cette dernière fête de fin d’année avec son parrain. Au printemps 1991, Freddie utilise ses dernières forces pour enregistrer de nouvelles chansons dans le studio de Queen à Montreux, en Suisse, comme si le fil de sa vie devait encore tenir le temps de ce dernier projet ; un espoir de sursis qui ne sera déçu, raison pour laquelle l’album terminé sans lui s’intitulera logiquement “fabriqué au ciel”, Made in Heaven. De retour à Londres, Freddie entame le tournage des clips de l’album Innuendo. Jim Beach, le manager de Queen, a eu beau avertir l'équipe technique, tous sont inquiets en découvrant l’allure fantomatique du chanteur.
S’ils savaient ce qu’il endure au quotidien, sans parler des blessures qui se font jour un peu partout sur le corps et lui imposent une quantité de médicaments pour ne pas trop souffrir. Freddie ne sort d’ailleurs plus que pour un tournage, un studio, dissimulé derrière les vitres teintées du siège arrière de sa limousine harcelée par les photographes dès qu’elle sort du garage de sa maison de Kensington. These are the days of our lives sera son dernier tournage, un titre prémonitoire. Sa dernière sortie sera en septembre 1991 dans le but d’acheter des tableaux lors d’une vente aux enchères. Poursuivi par des photographes, Freddie trébuche dans les escaliers. Quand va-t-on le laisser tranquille ?
Freddie décide alors d’arrêter ces traitements qui le font souffrir et de terminer en paix. Il sait que bientôt sortira le single The show must go on. Le spectacle continue, comme se résignent à dire les artistes quand un terrible malheur les frappe et qu’il faut malgré tout monter sur scène. Freddie a, ces derniers mois, réappris à vivre avec son vrai moi, Frederic Bulsara, il sait que sa disparition n’est pas une fin car Freddie Mercury, sa création, elle, continuera de vivre. | |||
| La Story QUEEN 2025 (Episode 4) | 06 Feb 2025 | 00:03:01 | |
En ce mois de février 1990, l’entourage de Freddie Mercury tente de faire taire les rumeurs de maladie grave grâce une apparition publique où les membres de Queen viennent chercher le prix du meilleur groupe britannique des années 80. Mais le Freddie amaigri qui flotte dans son costume bleu ne fait que susciter des questions, d’autant plus que le trophée en main, il s’efface au profit de Brian May. Après la cérémonie où il n’est apparu que 90 secondes sur scène, Freddie assiste à une fête pour les vingt ans de Queen dans le centre de Londres où sont présents de nombreuses personnalités comme Paul McCartney, George Michael, Liza Minelli et bien sûr Elton John, l’ami fidèle de Freddie dont les visites de soutien se multiplient dans sa maison de Kensington. Freddie ne s’attarde pas après avoir soufflé les bougies sur le somptueux gâteau, laissant ses amis de Queen justifier son départ par un “il a eu des complications au foie mais il se remet, il faut lui laisser le temps”. Quelques jours plus tard, les sessions d’enregistrement de l’album Innuendo reprennent au Mountain Studio, le studio de Queen à Montreux, au bord du lac Léman, où Freddie réside de plus en plus, à l’abri de la presse people britannique. Jim Beach, le fidèle manager de Queen y vit également ; les nouvelles qu’il apporte sont bonnes, un nouveau contrat avec une filiale de Disney qui va les aider à reprendre pied sur le marché américain grâce à des clips d’animation réalisés dans ses studios. Quand on voit les ravages du sida sur la carrure et les traits de Freddie Mercury, on en comprend l’importance. C’est un Freddie Mercury souffrant mais revigoré qui rentre chez lui à Londres dans son Garden Lodge, le titre Innuendo devant être enregistré dans un grand studio de la capitale britannique. La joie de Freddie, relative certes, ne semble pas être partagée par Jim, son compagnon, et Joe, son cuisinier.
Joe annonce alors sa séropositivité ; dans quelques jours ce sera au tour de Jim, qui du coup s’est fait tester, de se savoir aussi atteint du sida. La maison de Freddie semble frappée par la malédiction, enveloppée dans un immense linceul qui double le mal dont souffre le chanteur par un sentiment terrible de culpabilité. Le lendemain, Mercury se donne plus que jamais dans son interprétation, quitte à en abréger le cours de son existence, à bout de souffle. Mais la satisfaction de réaliser la meilleure des musiques, sa raison d’être, est désormais la seule chose qui puisse le sauver, tout en se préservant des scandales de la presse people britannique. | |||
| La Story QUEEN 2025 (Episode 3) | 05 Feb 2025 | 00:03:12 | |
Je me souviens, quand en 1981 Queen avait projeté d’aller jouer en Amérique du Sud, que tout le monde les avait pris pour des fous. C’est vrai, à l’époque, aucun groupe ne va y jouer car c’est un continent où règne l’insécurité et où il n’y a alors aucun régime démocratique, que des militaires bien à droite ou bien à gauche. Oui, de Santiago de Chili à Cuba, en passant par Rio de Janeiro, les stars de la musique courent un risque en se rendant dans ces pays où la corruption et les armes à feu sont monnaie courante. Voilà pourquoi aucune grande machine du rock ne s’y rend et que les multinationales du disque y sont à peine présentes. Mais Queen et surtout Freddie veulent changer la donne. Leur manager Jim Beach arrange le coup avec quelques billets, enfin beaucoup, et les voilà partis, sans oser en rêver, pour quinze jours dans une aventure qu’aucun groupe n’a vécu depuis les Beatles. Car imaginez la folie pour ce jeune public qui a tout entendu à la radio ou sur cassettes pirates mais jamais rien vu. Ceux qui ont pu obtenir des billets font la queue depuis huit heures du matin devant des stades où Queen ne jouera qu’à 22 heures : ils sont prêts à tout car ils vont vivre l’événement inespéré de leur vie. Et pour ceux qui n’y seront pas, il y a les disques. Dans les classements de ventes, les dix premières places sont occupées par des albums de Queen. A leur arrivée dans chaque pays, une délégation officielle et les journaux télévisés les attendent. On ne parle que de ça. Et c’est justement le revers de la médaille. Sur le papier, tous ces dictateurs craignent que 80 - 100.000 personnes réunies sans un stade, ça peut menacer leur pouvoir ; mais Jim Beach les rassurent en rajoutant quelques billets : au contraire, vous verrez que ce sera un moment de joie et de paix. Alors bien sûr tout a lieu sous haute surveillance. Et quand Freddie Mercury voit le premier jour les forces spéciales qui les protègent, la baïonnette au canon, ces mêmes soldats dont il a entendu être les responsables de milliers d’assassinats politiques, il exige que l’armée garantisse qu’elle n’utilisera pas les armes en cas de mouvement de foule. Mais tout se passe dans le calme ; c’est une totale communion qui dépasse de loin tout ce que Freddie a vécu jusque-là dans le reste du monde. Oui, quand 130.000 fans reprennent en chœur Love of my life, Freddie comprend que la musique représente autre chose que du divertissement pour des gens privés de tout … c’est la vie, tout simplement. Pas besoin de super héros pour cela. A moins qu’il n’en soit un d’un nouveau genre … | |||
| La Story QUEEN 2025 (Episode 2) | 04 Feb 2025 | 00:03:16 | |
Au début des années 80, le succès démesuré de Queen conduit le groupe à prendre une seconde résidence à Los Angeles qui est devenue la capitale mondiale de l’industrie du disque. A part Freddie qui préfère loger à dans un célèbre hôtel d’Hollywood, c’est comme ça qu’il va faire la connaissance de Michael Jackson. L’histoire est mal connue en dehors de deux trois phrases reprises en titre par la presse people, je vous raconte. Malgré les ventes phénoménales du single Another bites the dust et de ses petits frères, les rapports entre les membres de Queen sont devenus très compliqués. Roger Taylor, le batteur mais aussi chanteur, le beau mec du groupe, frustré par l’absorption de toute la lumière par Freddie, est le premier à sortir en 1981 un album solo sur lequel il joue de tous les instruments. Un bon disque mais quel échec à côté du triomphal Greatest Hits de Queen qui sort en même temps. Puis c’est Brian May qui y va de son disque de blues, il ne se sent pas du tout en phase avec le hip hop rapporté par Freddie de New York. Alors quand ce dernier reçoit l’invitation de Michael Jackson de le rejoindre en studio pour faire des essais ensemble en vue d’un disque, il accepte. Clairement, Mercury a décidé de prendre ses distances avec Queen : après dix années de disques et tournées, sans doute l’aventure est-elle arrivée à son terme ? Quand on regarde les Beatles, Deep Purple, dix ans, c’est un bail ! L’échec de leur nouvel album Hot Space ne serait-il pas un avertissement, celui d’arrêter tant qu’il en est encore temps, juste avant la chute. Et un duo avec Michael Jackson dont le Thriller est en tête des ventes mondiales, c’est le meilleur moyen de démarrer une carrière solo avec succès. Mais voilà, après quelques premières bonnes sessions, Freddie n’arrive plus à sortir Michael du ranch qu’il vient d’acheter et dans lequel il s’enferme au milieu de ses trophées. Et surtout de sa ménagerie et de sa collection d’art, comment dire, pour reprendre la phrase de Freddie : Avoir autant d’argent et aussi peu de goût, c’est inutile. Le temps passe, Freddie enregistre finalement son album solo qui ne rencontre pas le succès escompté, loin s’en faut, et de se rendre à l’évidence : Freddie Mercury sans Queen n’a pas la même saveur. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Michael Jackson n’ira pas plus loin, enregistrant les deux titres sur lesquels ils ont travaillé avec Mick Jagger et encore, pas en solo mais pour les Jacksons. Il est alors question de collaborations entre Freddie et Rod Stewart, Freddie et Elton John, tous deux au sommet des classements mais là encore, rien ne sort. De toutes ces déceptions viendra le nouveau départ, inattendu et miraculeux, de Queen au Live Aid. La suite est connue, ils mettront leurs jalousies et carrières solos définitivement de côté et ils auront bien raison : ces quatre hommes étaient plus grands ensemble et le seront pour toujours dans l’Histoire et la nôtre. | |||
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