Épisode 23 – L’Olympia et Nougaro, Barbara, Reggiani
À l’Olympia, Bruno Coquatrix a toujours eu ce flair particulier. Celui qui lui faisait reconnaître les artistes quand ils n’étaient pas encore des évidences.
Et s’il est un chanteur qu’il a soutenu contre vents et marées, c’est bien le Toulousain Claude Nougaro.
Lorsque Nougaro monte pour la première fois sur la scène de l’Olympia, en novembre 1963, il arrive avec des béquilles. Il sort tout juste d’un grave accident de voiture. Le corps est encore meurtri, mais la voix, elle, est intacte. Et l’énergie aussi.
Très vite, Nougaro impose ce qui fait sa singularité : une chanson française nourrie de jazz, de swing, de rythmes venus d’ailleurs, portée par une diction percussive, presque physique.
Pour lui, l’Olympia n’est pas simplement une salle de concert. C’est un lieu de passage, un endroit où l’on se met à nu, où l’on se réinvente, où l’on mesure la force du lien avec le public parisien.
Il y reviendra plusieurs fois, jusqu’à l’ultime rendez-vous, en 2000. Malgré la maladie, il est là, étonnamment en forme, habité jusqu’au bout.
Chapeau l’artiste.
À l’Olympia, une autre voix va marquer les esprits de manière durable. Une voix grave, intérieure, habitée : celle de Barbara.
Son parcours est atypique, fait de détours, de silences et de chansons devenues mythiques. On la découvre sur cette scène en septembre 1965, en première partie de Georges Brassens. Elle n’est pas encore une vedette, mais dès ces premières apparitions, quelque chose se passe.
Sa présence, son intensité, la singularité de son répertoire frappent immédiatement. En quelques soirs, Barbara quitte le monde du cabaret pour entrer dans celui du grand public.
Assise à son grand piano noir, elle chante et enchante. Chaque soir, les applaudissements font vibrer les murs de l’Olympia.
Barbara n’occupe pas la scène, elle l’habite. Elle la transforme en théâtre intime, en lieu de confession, et le prestige de l’Olympia donne à ses chansons une dimension de tragédie en musique.
Bruno Coquatrix dira d’elle cette phrase restée célèbre :« Elle a inventé sa place à l’Olympia. Elle ne remplissait pas la salle, elle la possédait. »