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23 août 2025 – rencontre Sepideh Farsi et Eyal Weizman01 sept. 202501:15:38

Rencontre avec la réalisatrice Sepideh Farsi et l’architecte Eyal Weizman, directeur du Laboratoire Forensic Architecture après la projection du film Put your Soul on your Hand and Walk

Put your Soul on your Hand and Walk est devenu plus qu’un film depuis que la photographe Fatem Hassona a été assassinée lors d’un bombardement israélien à Gaza le 16 avril dernier, à l’âge de 25 ans. Ce documentaire hors du commun est né des conversations vidéo entre la jeune photographe et Sepideh Farsi pendant un an. Sous la forme d’un journal filmé par visio interposée, la cinéaste emprunte les yeux de Fatem, qui résistait en documentant la guerre, et construit avec elle ce film à la vérité brute comme « une réponse en tant que cinéaste, aux massacres en cours des palestiniens ». On sort de ce film bouleversé par le destin tragique de Fatem, ses photographies témoignant des souffrances et de la force de son peuple, son sourire lumineux, mais aussi par la sororité de ces deux femmes et la beauté de leur lien. À l’issue de la projection, Sepideh Farsi s’entretiendra avec Eyal Weizman, fondateur du Forensic Architecture, un groupe de recherche multidisciplinaire qui enquête sur les crimes commis par les États. Forensic Architecture a publié dernièrement le rapport « Kill the Press », montrant comment les journalistes et photographes palestinien·nes étaient délibérément ciblé·es par l’armée israélienne à partir de l’exemple de l’assassinat de Fatem Hassona.

23 août 2025 – dialogue entre Arno Bertina et Nathalie Quintane01 sept. 202501:27:55

Politique des récits

La question du récit, qui laisse la parole au doute, à la subjectivité, porte une plus grande attention à la complexité du vivant, occupe aujourd’hui une place importante dans les sciences sociales. Manifestes, articles, ouvrages invitent à revenir à la narration, à imiter la littérature romanesque, à s’inspirer de ses techniques ou à créer librement des formes d’hybridation entre écriture scientifique et écriture littéraire. Mais en quoi inventer des nouvelles formes d’écriture ou de nouvelles enquêtes narratives permet-il de mieux rendre compte du réel ? Ces pratiques ne risquent-elle pas de remettre en cause la rigueur scientifique et d’affaiblir la recherche à un moment où le rapport à la vérité est brouillé ? Arno Bertina, qui s’est vu attribué la première chaire artistique de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, et qui interroge sa pratique d’écrivain à travers le récit documentaire et la non-fiction, et Nathalie Quintane, dont les ouvrages se situent à la confluence du récit, de l’essai et de la poésie, et s’emparent, non sans humour, de sujets urgents et politiques, partageront leurs points de vue sur ces questions. Nous verrons avec eux quels contre-récits politiques peuvent offrir l’art et la littérature et quelles sont les zones de friction avec les sciences humaines et sociales.

Modérateur : Xavier de La Porte, journaliste au Nouvel Obs

24 août 2025 – rencontre avec Chowra Makaremi01 sept. 202501:19:49

Rencontre avec l’anthropologue Chowra Makaremi après la projection de Hitch. Une histoire iranienne

La mère de Chowra Makaremi, opposante à la République islamique d’Iran, a été arrêtée en 1981. Emprisonnée, torturée, elle a disparu durant l’exécution massive de milliers d’opposant·es au cours de l’été 1988. Hitch exhume ce passé resté tabou en Iran, le pouvoir niant toujours ses crimes et s’efforçant d’en effacer les traces. Le film part en quête des lieux, des objets et des gestes qui permettront de dénouer le silence. Se confrontant à sa propre douleur, Chowra Makaremi se demande comment l’absence des corps empêche la mémoire collective de se constituer et la manière dont le politique touche à l’intime. Cette réflexion sur nos expériences intimes et collectives de résistance, leur persistance infinie face à des politiques de la cruauté, se déploie dans son nouvel essai, Résistances affectives. Des mères de la Place de Mai en Argentine aux mouvements Black Lives Matter et Femme, Vie, Liberté, Chowra Makaremi montre comment l’attachement peut devenir un mode de résistance et explore les liens qui transforment le chagrin, l’affection ou la colère en puissance politique. Avec elle, nous nous demanderons comment cette résistance à travers l’attachement aux autres, à la vie, à l’expérience sensible, souvent observée sur des terrains de guerre et de violence, peut nous outiller pour faire face à ce qui nous arrive ici.

Modérateur : Emmanuel Laurentin, délégué au documentaire de France Culture

24 août 2025 – rencontre avec Les Peuples Veulent01 sept. 202501:26:15

Révolutions de notre temps

rencontre avec des membres du réseau Les Peuples Veulent

Les Peuples Veulent est un réseau qui dépasse les frontières des nations et des corps. Il réunit des collectifs, des organisations, des lieux et des personnes du monde entier qui se sont retrouvés pour construire une pratique internationaliste adaptée à notre temps. Un internationalisme par le bas, fondé sur la solidarité, l’entraide et le partage d’expériences. De cette vision est né le manifeste « Révolutions de notre temps », fruit des récits et des analyses d’une soixantaine de personnes réparties à travers le monde qui, chacune à sa façon, a participé aux soulèvements de notre temps – révolutions d’Égypte, de Syrie, de Tunisie ou du Soudan, révoltes paysannes en Inde, vagues féministes en Amérique latine et en Iran, soulèvement pour George Floyd, résistances kurdes, palestiniennes et ukrainiennes… Avec les membres des Peuples Veulent réuni·es pour cette rencontre, nous verrons comment construire des pouvoirs populaires et des comités de résistance depuis les marges, faire de l’exil une force, mobiliser les questions de genre et la place des femmes, tout en nous demandant comment bâtir un internationalisme nouveau à l’heure où les offensives impérialistes se multiplient au risque de fragiliser encore davantage les conditions d’habitabilité de certains territoires.

Modératrice : Zineb Soulaimani, productrice du podcast Le Beau Bizarre

24 août 2025 – dialogue entre Léna Balaud et Laurence Marty01 sept. 202501:20:02

Apprendre et lutter au bord du monde

dialogue entre la philosophe Léna Balaud et l’anthropologue Laurence Marty

Qu’est-ce que lutter pour la justice climatique quand l’ampleur de la catastrophe, l’urgence et le sentiment d’impuissance prévalent ? Laurence Marty a suivi et participé à des collectifs, notamment écoféministes, engagés dans les mobilisations autour de la COP21. Son livre décrit l’action politique en train de se faire et les apprentissages sensibles qui s’y fabriquent. De son côté, Léna Balaud estime que la politique requiert aujourd’hui une autre idée du collectif, une sensibilité élargie à tout ce qui fait qu’un monde tient. Autrement dit, l’enjeu n’est autre que celui d’apprendre à situer notre agir politique au sein d’un maillage écologique bien plus vaste que toute communauté humaine. Nous verrons avec elles comment les soulèvements terrestres mettent à l’épreuve les catégories politiques, et ce qui arrive aux mouvements écologistes européens, majoritairement blancs et de classes moyennes supérieures, quand ils ne peuvent plus ignorer les violences coloniales, capitalistes et patriarcales à l’origine du dérèglement climatique. Nous interrogerons également la façon dont les chercheur·euses peuvent mettre leurs savoirs et leurs engagements théoriques au service des luttes pour la défense du vivant, et l’influence des pratiques innovantes d’activistes et des mouvements de résistance écologique sur le monde académique.

Modérateur : Jean-Marie Durand, journaliste aux Inrockuptibles

22 août 2025 – rencontre avec Eliane Brum01 sept. 202501:29:57

Amazonie, centre du monde

encontre avec l’écrivaine et militante écologiste et féministe Eliane Brum (Brésil)

Rares sont les livres dont on peut dire que leur lecture change notre rapport au monde. C’est le cas de Banzeiro Òkòtó d’Eliane Brum. La journaliste et militante écologiste brésilienne nous plonge dans les multiples réalités de la forêt amazonienne où elle s’est installée depuis 2017. Elle nous racontera sa mutation intime, comment elle s’est « déstructurée » au contact de la forêt, mais aussi les ravages subis par celle-ci. Vivre à Altamira, ville construite au cœur de l’Amazonie, c’est en effet vivre dans l’épicentre de la dévastation. Dans une analyse écoféministe implacable, Eliane Brum montre que la vision de la forêt comme un corps à violer, à exploiter et à piller n’a été abandonnée par aucun des gouvernements brésiliens successifs. Elle nous fait ensuite entendre les voix des « peuples-forêt », menacés par l’exploitation agro-industrielle, et rend hommage à leur résistance. Car c’est bien de lutte et de résistance dont il s’agit, au moment où l’Amazonie n’est plus le poumon du monde et où l’impact des actions d’une minorité dominante amène la forêt à un point de non-retour. Restituant le cri, organique, poétique et politique de l’Amazonie à travers son corps de femme devenue forêt, Eliane Brum montre comment les questions de race, de classe et de genre sont impliquées dans le destin de l’Amazonie et de la Terre. Lors de cette rencontre exceptionnelle, elle nous dira comment nous amazoniser pour construire d’autres imaginaires et d’autres pratiques, par-delà la forêt.

Modérateur : Emmanuel Favre Interprète : Graça Rabaroux

22 août 2025 – dialogue Jeanne Etelain et Jérôme Gaillardet01 sept. 202501:27:18

Zones critiques

dialogue entre la philosophe Jeanne Etelain et le géochimiste Jérôme Gaillardet

La Zone Critique désigne la pellicule la plus externe de la planète Terre, « entre les roches et le ciel », où interagissent l’air, l’eau et les minéraux pour donner naissance au sol, aux fleuves et aux êtres vivants qui la peuplent. Siège de l’habitat de l’espèce humaine sur la planète, elle est le fruit d’une longue évolution et une zone clé dans le maintien de l’habitabilité de la Terre. Elle est critique car c’est là où nous cultivons, où se forment et évoluent les ressources en eau et en sol, où nous stockons nos déchets. Cette zone est monitorée dans des observatoires situés à plusieurs endroits du monde, choisis comme sentinelles des perturbations environnementales. Spécialiste de ce concept, Jérôme Gaillardet nous fera découvrir comment des scientifiques auscultent cette zone réactive et sensible à la surface de la Terre (du fleuve Congo à l’Amazone, des Alpes à l’Himalaya, de Porto Rico à La Réunion) et décryptent le mouvement de l’eau, pistent les flux du carbone ou des métaux, percent à jour des transformations chimiques d’une seconde ou d’un million d’années. Il s’entretiendra avec Jeanne Etelain, qui dans une enquête à la croisée de la géographie, de la psychanalyse et de la science-fiction, explore comment la zone est devenue centrale pour comprendre l’espace, dans le contexte de crise des conditions d’habitabilité de la planète.

Modérateur : Xavier de La Porte, journaliste au Nouvel Obs

21 août 2025 – dialogue entre Adam Shatz et Shela Sheikh01 sept. 202501:27:58

Les damné·es de la terre : héritage de Frantz Fanon

dialogue entre le journaliste et essayiste Adam Shatz et la chercheuse en politique internationale Shela Sheikh

L’année 2025 marque le centenaire de la naissance de Frantz Fanon (mort en 1961), figure emblématique de la pensée anticoloniale du XXe siècle, dont l’œuvre conserve une étonnante actualité et suscite depuis soixante ans une multitude d’interprétations et d’appropriations créatrices. Nous reviendrons sur la trajectoire fulgurante du psychiatre et révolutionnaire martiniquais, de son expérience clinique au centre hospitalier de Saint-Alban, qui marquera profondément sa recherche d’une psychiatrie désaliénée, à sa mutation à l’hôpital de Blida en 1953, où la confrontation avec la situation coloniale le conduira à s’engager aux côtés du Front de libération nationale (FLN) de l’Algérie. À l’heure où le racisme systémique gagne du terrain en Occident, où le conflit israélo-palestinien a franchi un nouveau cap, où la colonisation de la Terre et la dépossession de populations indigènes se sont accélérées au cours des dernières années, nous verrons comment la pensée de l’auteur des Damnés de la terre résonne avec nos questionnements contemporains les plus brûlants.

Modératrice : Chloé Leprince, journaliste à France Culture

21 août 2025 – dialogue entre Inés Calvo Valenzuela et Anahy Gajardo01 sept. 202501:16:10

Luttes autochtones et environnementales

dialogue entre les anthropologues Inés Calvo Valenzuela et Anahy Gajardo

L’impact de l’exploitation minière sur les populations dites « natives », « autochtones » ou « indigènes » n’est pas une thématique nouvelle en Amérique Latine. L’extraction de ressources naturelles constitue une dimension essentielle de l’histoire passée et présente de cette région du monde. Si ce processus n’est pas nouveau, il s’est intensifié et a pris une tournure inédite ces dernières années avec d’importants conflits socio-environnementaux entre des compagnies minières et des populations autochtones. Quelles sont les transformations de l’autochtonie dans un monde néolibéralisé ? Comment les interactions avec l’industrie extractive et les États influencent le tissu social et politique des communautés ? Anahy Gajardo, qui a mené une enquête au long cours sur la lutte des Diaguita contre un projet extractif menaçant leur territoire dans la région d’Atacama et leurs démarches pour être reconnus peuple autochtone par l’État chilien, et Inés Calvo Valenzuela, dont les travaux portent sur les relations qu’entretiennent les amérindiens Wayuu (Colombie) avec les éléments de leur environnement, et sur l’évolution de leur rapport à l’eau après l’implantation de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du continent américain, partageront leurs points de vue sur ces questions.

Modératrice : Lucie Delaporte, journaliste à Médiapart

 
21 août 2025 – dialogue entre Cécile Canut et Vincent Debaene01 sept. 202501:32:09

Langage et colonialisme

dialogue entre la sociolinguiste Cécile Canut et l’essayiste Vincent Debaene

Lorsqu’ils ont colonisé l’Afrique, les Européens y ont imposé leur conception idéologique du langage. Cet impérialisme linguistique a renforcé le modèle dichotomique entre les vraies langues des nations cultivées et les parlers anarchiques des « indigènes », relégués au bas d’une fantasmatique hiérarchie des langues. L’anthropologie, en France, s’est elle-même construite dans une absence de dialogue avec la parole « indigène », considérée comme objet de discours et non comme sujet d’énonciation. Si une telle vision a largement survécu aux indépendances, elle n’a jamais cessé d’être contestée. Sur la base d’un corpus de textes africains, antillais et malgaches, Vincent Debaene montre comment des auteurs indigènes ont inventé des formes, littéraires et savantes, pour forcer la possibilité d’un dialogue et faire entendre leurs voix. Avec Cécile Canut, qui propose une nouvelle approche du langage à partir de son travail sur les imaginaires linguistiques en Afrique, ils s’interrogeront sur ce que signifie écrire en pays dominé et sur les pratiques langagières en tant que praxis sociales.

Modératrice : Chloé Leprince, journaliste à France Culture

 
20 août 2025 – dialogue entre Danouta Liberski-Bagnoud et Annie Montaut01 sept. 202501:14:11

Habiter le monde en commun

dialogue entre l’anthropologue Danouta Liberski-Bagnoud et la professeure d’hindi/linguistique Annie Montaut

Comment la conception de la Terre de certaines sociétés africaines peut nous aider à repenser nos manières d’habiter le monde ? Quelles leçons tirer de la gestion ancestrale de l’eau ou des forêts en Inde ? S’intéressant aux systèmes de pensée des peuples voltaïques (Burkina Faso), Danouta Liberski-Bagnoud a étudié une notion centrale dans ces sociétés : l’inappropriable. La Terre y est envisagée comme une instance souveraine autour de laquelle s’organise toute la vie de la communauté et le partage du sol, contrairement à la logique occidentale de propriété privée et à nos fictions juridiques et économiques qui permettent d’agir comme si la Terre était une marchandise. De son côté, Annie Montaut analyse comment la pensée et les luttes écologiques de l’Inde contemporaine prolongent les spéculations anciennes sur l’indissociabilité de la nature et de la culture, et la façon dont les pratiques agroécologiques actuelles consolident le lien des êtres humains avec leurs milieux de vie grâce à une expérience plurimillénaire. Avec elles, nous verrons comment ces pratiques et ces systèmes de pensée peuvent offrir des pistes pour reconsidérer notre relation à la Terre et à l’habitat.

Modératrice : Aïnhoa Jean-Calmettes, journaliste à Mouvement

20 août 2025 – rencontre avec David Wengrow01 sept. 202501:34:49

Contre-récits pour une nouvelle histoire du monde

Depuis des siècles, on nous raconte une histoire très simple sur les origines des inégalités : les êtres humains auraient vécu « heureux » au sein de petits clans de chasseurs-cueilleurs jusqu’à l’apparition de l’agriculture, qui aurait engendré la propriété privée. Puis seraient nées les villes, marquant l’avènement de la civilisation, mais aussi des guerres, du patriarcat et de l’esclavage. Dans Au commencement était…, un des ouvrages les plus marquants de ces dernières années, David Wengrow et le regretté David Graeber réfutent ce récit classique sur l’évolution des sociétés et le développement linéaire de l’histoire. S’appuyant sur des travaux d’anthropologie oubliés et sur des recherches archéologiques récentes, ils nous livrent une enquête d’une extraordinaire portée intellectuelle et politique, où nous découvrons que les êtres humains ont expérimenté pendant des milliers d’années des organisations sociales complexes et diverses formes de pouvoir : un pouvoir tantôt saisonnier, matriarcal, autoritaire, ou relativement libre et égalitaire, y compris à grande échelle. Et comme souvent chez Graeber, la conclusion est tournée vers l’avenir : puisons dans ce gigantesque contre-récit de l’histoire humaine pour imaginer les sociétés de demain avec plus d’inventivité.

Modérateur : Emmanuel Favre Interprète : Dawn Sheridan

21 août 2025 – dialogue entre Dolores Bertrais et Émilie Guitard01 sept. 202501:05:10

Désoccidentaliser la pensée urbaine : ethnographies dessinées

dialogue entre la paysagiste-urbaniste Dolores Bertrais et l’anthropologue Émilie Guitard

Aujourd’hui, de plus en plus de chercheur·es revendiquent l’usage du dessin comme méthode d’enquête sensible, outil d’investigation, dispositif d’analyse et source pour la réflexion, notamment dans les études urbaines ou les problématiques écologiques. Au fil du temps, ces objets graphiques peuvent aussi devenir des archives qui témoignent des transformations environnementales et paysagères. Dans une ethnographie dessinée, Dolorès Bertrais retrace la filière du sable au Cambodge et nous livre une réflexion originale sur la matérialité des villes et la production de l’espace urbain en suivant la vie d’un grain de sable. Elle s’entretiendra avec Émilie Guitard, qui associe enquêtes ethnographiques et collaborations artistiques pour interroger les relations à la nature dans plusieurs villes d’Afrique (Nigeria, Cameroun, Zimbabwe) et s’intéresse aux imaginaires des villes africaines dans le futur. Elles nous inviteront à reconsidérer les liens entre urbanisation, extractivisme et justice socio-environnementale depuis l’Asie du Sud-Est et l’Afrique subsaharienne, et nous diront en quoi la mobilisation de médiums artistiques, dont le dessin, permet de renouveler les modes de production des savoirs et de nouer d’autres formes d’interaction sur le terrain.

Modérateur : Martin Guinard, curateur

25 août 2024 – Laisser être et rendre puissant09 sept. 202401:36:00

Rencontre avec l’écrivain Tristan Garcia

Mêlant les genres et les styles, Tristan Garcia bâtit une des œuvres actuelles les plus ambitieuses et les plus singulières. Nourri des pensées féministes, antispécistes, décoloniales, il se refuse à tout dogmatisme et cherche à élaborer une utopie nouvelle, celle d’un « commun distinct », par une réflexion qu’il veut enveloppante. Dans une époque qui asphyxie, son œuvre philosophique est une tentative de penser le monde du point de vue du possible, de ne pas se limiter à dire ce qui est – ou pire, ce qui devrait être – mais à ouvrir des brèches pour le futur en nous livrant des repères essentiels pour renouveler nos conceptions du temps, du vivant, de la coexistence politique et de nos manières d’être. En littérature, son autre « milieu de vie », il se déplace au plus près du sensible, et met en tension son travail théorique en explorant d’autres subjectivités. Dans son dernier projet littéraire en cours, il essaie, par une foisonnante épopée, de porter attention à toutes les formes de vie, petites ou grandes, rares ou nombreuses, en traversant les époques et les lieux… Ce que j’espère et qui appartient à tous, c’est une puissance de sauver qui ne serait pas divine, qui serait propre à tout ce qui vit, sent, perçoit et pense, ne serait-ce qu’un peu.

 Modérateur : Emmanuel Favre

25 août 2024 – Rencontre autour du film Black Hole09 sept. 202401:14:57

Rencontre avec les anthropologues Grégory Delaplace et Emmanuel Grimaud

À Calcutta, dans le cabinet d’une hypnothérapeute, des patients explorent leurs vies antérieures et se retrouvent propulsés à diverses époques, pour essayer de traiter les traumatismes de leur existence actuelle. Dans le même temps, des chasseurs de fantômes enquêtent sur des maisons délabrées et tentent d’établir une communication avec les présences qui les hantent… Black Hole nous propose un déplacement du regard sur une société, son histoire coloniale, ses engagements spirituels, ainsi que sur la réincarnation. Coréalisateur du film, Emmanuel Grimaud s’entretiendra avec Grégory Delaplace, dont l’anthropologie de l’invisible, La voix des fantômes, entend prendre au sérieux ces êtres que nous appelons communément « fantômes ». Tous les deux se demanderont si l’humanité n’est pas née hantée, si la mort n’a pas toujours été là, si les rituels funéraires n’ont pas été mis au point par d’habiles médiums pour limiter ou encadrer leurs existences débordantes.

Modérateur : Olivier Pascal-Mousselard, journaliste à Télérama

24 août 2024 – Nous sommes le rivage09 sept. 202401:35:38

Table-ronde avec l’anthropologue Carolina Kobelinsky, la géographe Sarah Mekdjian et le politologue Sébastien Thiéry

Une assemblée qui se constitue pour mettre un navire à disposition de celles et ceux qui sauvent des vies en Méditerranée : une œuvre agissante visant à faire reconnaitre les gestes de sauvetage et de soin au patrimoine culturel immatériel de l’humanité et à les transmettre aux générations futures qui seront confrontées au centuple aux mouvements migratoires ; un petit groupe d’habitant.e.s de Sicile qui se mobilise pour redonner un nom à des personnes anonymes retrouvées mortes après leur traversée en Méditerranée, dans un contexte d’indifférence générale et un environnement politique marqué par la criminalisation des migrant.e.s ; des ateliers de cartographies réalisés avec des personnes réfugiées pour ouvrir des brèches dans les normes de représentation classique et prendre en compte le point de vue de celles et ceux qui se déplacent. Ce débat aura pour objet d’interroger les questions de migrations et d’hospitalité à partir des gestes citoyens portés par trois expériences remarquables.

Modérateur : Chloé Leprince, journaliste à France Culture

24 août 2024 – Peuples romani : mondes en lutte09 sept. 202401:19:52

Table-ronde avec l’écrivain Pierre Chopinaud, l’écrivaine et avocate Anina Ciuciu et l’anthropologue Lise Foisneau

Les collectifs romani et voyageurs forment la première minorité européenne, mais c’est le pluriel qui la caractérise, tant les histoires, les langues, les façons d’habiter et les activités sont multiples. L’unité procède de la façon dont les États européens ont mis en place des dispositifs de surveillance et de contrôle spécifiques à l’égard des populations « nomades » ou « tsiganes ». Face à une idéologie antitsigane et aux bouleversements historiques majeurs comme les guerres et le génocide, les collectifs romani et voyageurs n’ont cessé de se réinventer. Le dialogue à trois entre un écrivain, une avocate et une anthropologue permettra de faire apparaître certaines des stratégies et tactiques de résistance des Roms, Manouches, Sinti, Gitans, Yéniches et Voyageurs, aussi bien pendant la Seconde Guerre mondiale que lors des luttes contemporaines.

Modératrice : Claire Mayot, journaliste à 28 minutes (Arte)

24 août 2024 – Voyages au bout du monde09 sept. 202401:11:44

Rencontre avec l’anthropologue Riccardo Ciavolella

Dans une époque où la planète et l’imaginaire semblent verrouillés et exploités jusqu’à leurs frontières ultimes, peut-on encore trouver un ailleurs dans ce monde ? C’est ce que nous propose d’explorer Riccardo Ciavolella. De Bab-el-Oued à Tombouctou, de Tataouine à Bümpliz, du Podunk américain au Java chinois, le chercheur a recensé des lieux indiquant le bout du monde ou désignant un trou perdu au milieu de nulle part, entre réel et imaginaire. Il les a regroupés dans un atlas où il en retrace périples et détours, à la croisée de l’anthropologie, de l’histoire, de la géographie et de la littérature. Nous nous demanderons avec lui si ces bouts du monde ne sont pas les derniers espaces de liberté qu’il nous reste, les centres d’autres mondes en gestation.

Modérateur : Grégory Delaplace

23 août 2024 – Écoféminisme et Écologies queers09 sept. 202401:28:17

Dialogue entre le journaliste et militant Cy Lecerf Maulpoix et la sociologue Constance Rimlinger

Le retour à la terre observé ces dernières années a contribué à une revitalisation politique de certaines campagnes, en questionnant notre rapport à l’agriculture et à l’alimentation, mais aussi la possibilité de vivre autrement. Des initiatives restent néanmoins méconnues : des utopies concrètes portées par des personnes queers ou féministes cherchant à lier reconnexion à la nature et émancipation à l’égard des normes de genre et de sexualité. Comment ces vies en marge, au confluent de différentes luttes, ouvrent des questionnements plus larges en matière d’engagement ? Comment les approches queers et féministes ébranlent l’homogénéité des discours sur l’environnement et visibilisent leurs impensés ? Cy Lecerf Maulpoix et Constance Rimlinger reviendront sur leurs enquêtes respectives et nous diront comment ces manières alternatives de vivre la décroissance et de penser de nouveaux rapports au vivant participent à un renouvellement de l’imaginaire politique.

Modératrice : Clémence Allezard, documentariste (France Culture)

23 août 2024 – Bifurcations09 sept. 202401:36:13

Dialogue entre la sociologue Geneviève Pruvost et des membres de l’association A4 (Association d’Accueil en Agriculture et Artisanat)

Dans les sociétés de consommation-production où nous vivons, le travail de subsistance est devenu invisible, tout comme d’ailleurs les circuits mondialisés dont nous dépendons. D’autres formes de vie s’épanouissent pourtant, qui réhabilitent l’entraide, les circuits courts, et construisent pas à pas une autonomie écologique et vivrière. Après dix ans d’enquête sur des alternatives rurales, Geneviève Pruvost a concentré son étude sur l’économie d’un couple de boulangers-paysans qui a choisi de bifurquer pour résister à la « modernité » capitaliste. Elle nous décrira la forme inédite d’observation qu’il lui a fallu inventer pour rendre compte de ce mode de vie et de cette lutte feutrée qui politise le moindre geste. Elle s’entretiendra ensuite avec des membres de l’association A4 dont l’objectif est de développer un réseau d’installation et de solidarité paysanne en lien avec des territoires.

Le projet de l’Association A4 est de construire une dynamique d’accueil, de formation, d’accès au travail et d’accompagnement administratif de personnes avec ou sans papiers, urbaines ou rurales, dans les domaines de l’agriculture et de l’artisanat.

Modératrice : Lucie Delaporte, journaliste à Mediapart

23 août 2024 – Post-croissance09 sept. 202401:44:19

Dialogue entre l’économiste Tim Jackson et la chercheuse en économie écologique Julia Steinberger

Sur une planète aux ressources limitées, nous devons dépasser un système basé sur une croissance infinie. Pourtant, malgré les crises qui se succèdent, nous restons obnubilés par ce mythe de la croissance qui contribue au changement climatique et au bouleversement des équilibres écologiques. Comment dès lors changer de paradigme et d’imaginaire ? Tim Jackson propose de réfléchir à ce qui pourra advenir lorsque nous en aurons enfin terminé avec cette obsession du toujours plus. Selon lui, nous devons repenser la prospérité et nous demander comment concilier progrès social et épanouissement avec la finitude de notre planète. Il en débattra avec Julia Steinberger, coautrice du dernier rapport d’évaluation du GIEC sur le changement climatique, et dont les travaux examinent les interconnexions entre l’utilisation des ressources biophysiques (énergie, émissions) et l’amélioration ou la préservation du bien-être humain.

Modérateur : Rémi Noyon, journaliste au Nouvel Obs Interprète : Dawn Sheridan

22 août 2024 – Rwanda : raconter l’indicible09 sept. 202401:27:17

Dialogue entre l’historienne Hélène Dumas et l’écrivaine Beata Umubyeyi Mairesse

Avril 1994. Le Rwanda sombre dans un drame absolu : un génocide décimant les trois-quarts de la population Tutsi et dévastant le pays. Beata Umubyeyi Mairesse a eu la vie sauve grâce à un convoi humanitaire suisse. Quinze ans après les faits, elle a entamé une enquête pour recomposer les événements, s’interrogeant sur la façon dont on raconte, récrit, se souvient, et sur la nécessité de se réapproprier une histoire principalement racontée à travers des images et des interprétations occidentales. Spécialiste du génocide des Tutsi, Hélène Dumas mène pour sa part une enquête historique au plus près de la langue, des paysages et des archives de la dévastation. Avec elles, nous nous demanderons comment ce génocide nous met à l’épreuve trente ans après, comment il questionne le rapport à la mémoire et à la violence extrême, le rôle des archives et la valeur des traces, la manière dont s’élabore le récit historique des événements et la place cruciale que doit y tenir la parole des survivants.

Modératrice : Chloé Leprince, journaliste à France Culture

22 août 2024 – Diasporas et imaginaires09 sept. 202401:17:42

Dialogue entre les philosophes Yala Kisukidi et Felwine Sarr

Les diasporas africaines traversent aujourd’hui les sociétés européennes, parlent leurs langues multiples, anglaise, française, espagnole, etc. Ces diasporas portent des histoires de migrations, parfois tragiques, parfois heureuses. Elles portent également des rêves qui revisitent le passé, inventent d’autres avenirs, imaginent comment habiter le présent. Parmi ces rêves, persiste celui du désir de retour, toute vie en diaspora demeurant attachée aux racines et au lieu natal. Quelles sont les particularités des diasporas noires et africaines et comment s’inscrivent-elles dans l’histoire des déplacements et de la dispersion ? Comment évoluent-elles dans le temps et qu’ont représenté les indépendances africaines dans la dispersion des corps, des héritages, des luttes et des idées hors d’Afrique ? Yala Kisukidi et Felwine Sarr partageront leurs points de vue et leurs expériences sur ces questions et nous diront le rôle que peut jouer la littérature comme mode d’expression de la diaspora.

Modérateur : Xavier de la Porte, journaliste au Nouvel Obs

22 août 2024- Écologies d’outre-mer09 sept. 202401:30:45

Table-ronde avec la géographe Mélissa Manglou, l’anthropologue Michel Naepels et Clarisse Taulewali da Silva, présidente de la Jeunesse Autochtone de Guyane

Comment penser l’écologie politique depuis les Outre-mer ? Ces dernières années ont vu émerger un ensemble d’enjeux et de combats environnementaux se déroulant dans ces territoires. Des mobilisations contre la pollution au chlordécone aux Antilles, aux quêtes de justice à la suite des essais nucléaires en Polynésie, en passant par les oppositions à l’extractivisme minier en Guyane ou aux politiques de déchets à La Réunion, les habitants des Outre-mer ont produit des conceptualisations de la crise écologique à partir de leurs situations postcoloniales. Mais ces combats ne se limitent pas aux ressources naturelles comme en témoignent les conflits en Nouvelle-Calédonie ou le projet de commission Vérité et Réconciliation en Guyane pour la reconnaissance des violences coloniales et des droits des peuples autochtones. Nous aborderons certains de ces enjeux et nous nous interrogerons sur la marginalisation des territoires d’Outre-mer dans le débat public sur l’écologie en France.

Modératrice : Lucie Delaporte, journaliste à Médiapart

22 août 2024 – Décolonisation des savoirs09 sept. 202401:18:29

Rencontre avec le philosophe Jean-Christophe Goddard

 

Les sociétés confrontées au choc permanent de la violence coloniale ont depuis cinq siècles développé un savoir critique du monde blanc. Inversant le sens de l’ethnologie européenne des mondes indigènes, ce savoir a pris la forme d’une anthropologie orale et performative, de ces « Autres gens » que sont, pour les colonisés, les Occidentaux. En mobilisant principalement les pensées de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, du philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga, du chaman yanomami Davi Kopenawa et de l’écrivain congolais Sony Labou Tansi, Jean-Christophe Goddard explore certaines des formes anciennes et contemporaines qu’ont prises en Amazonie et en Afrique centrale ces anthropologies inversées. Il nous en montrera la puissance critique radicale pour imaginer un autre monde que celui dont le capitalisme colonial occidental nous impose l’héritage.

Modérateur : Emmanuel Favre

21 août 2024 – Ancrer les imaginaires dans les pratiques féministes09 sept. 202401:37:28

Dialogue entre la politologue Verónica Gago et la philosophe Émilie Hache

Comment s’extraire des mythologies qui ont enfermé les êtres dans des logiques productivistes, les femmes en particulier, assignées au travail de (re)production nécessaire à la construction d’un monde qui les subalternise ? En retraçant notre généalogie culturelle, Émilie Hache met au jour la façon dont les mythes de la génération ont été supplantés par des récits religieux, intellectuels, économiques dévalorisant le féminin et sa puissance générative et se conjuguant avec l’exploitation du monde vivant. Reconsidérant les cultures matrilinéaires, elle nous invite à expérimenter d’autres façons d’habiter, à forger de nouvelles parentés, à nous régénérer. C’est depuis le point de vue des femmes et des corps dissidents, de leurs pratiques des luttes et de la grève, que Verónica Gago, figure majeure du féminisme latino-américain, construit une pensée libératrice. Elle révèle les liens organiques entre l’accumulation capitaliste et la violence systémique patriarcale et propose un réel changement de paradigme inclusif, international et radical à partir des pratiques féministes.

Modératrice : Julie Clarini, rédactrice en chef du service Idées du Nouvel Obs  Interprète : Didier Porchet

21 août 2024 – Contre-cartographie et spatio-féminisme08 sept. 202401:29:30

Rencontre avec l’historienne et contre-cartographe Nepthys Zwer

La cartographie, outil pratique de la géographie, permet de spatialiser des données économiques et sociales et de comprendre notre rapport à l’espace. Si la cartographie traditionnelle reflète et conforte les pouvoirs en place, la contre-cartographie montre une autre réalité des pratiques spatiales et s’emploie à dénoncer les situations d’inégalité et d’injustice que subissent les groupes subalternes. Après nous avoir montré, à travers différents exemples, comment la cartographie critique peut être un outil au service des luttes et des mobilisations contre les inégalités de vie et de droits, l’accaparement des terres, la destruction des milieux ou la pollution de la planète, Nepthys Zwer nous proposera d’explorer la question de l’espace dans une approche féministe. Elle nous dira comment cette question spatiale peut être mobilisée dans les luttes féministes et comment la contre-cartographie peut aider à déconstruire le discours dominant et soutenir une démarche d’émancipation.

Modérateur : Emmanuel Favre

24 août 2023 – Dialogue entre la sociologue Christelle Gramaglia et la sociologue Benedikte Zitouni15 sept. 202301:15:35
Savoirs situés jeudi 24 août 2023 – 09h15

Dialogue entre la sociologue des sciences de l’environnement Christelle Gramaglia et la sociologue Benedikte Zitouni

 

En 1988, Donna Haraway publiait l’article « Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle » dans lequel elle proposait une nouvelle définition de l’objectivité scientifique. Les chances de produire un savoir objectif passaient selon elle par une prise de conscience des chercheurs sur leur position et sur les limites de leur vision. Quelle est l’actualité des savoirs situés ? En quoi cette proposition déplace-t-elle les frontières du savoir et du pouvoir et renouvelle-t-elle la pensée critique ? Quel est l’apport des études décoloniales, (éco)féministes ou environnementales ? Pour Benedikte Zitouni, produire des savoirs situés consiste à se transformer au contact d’un problème et d’un territoire explorés, à faire des pas-de-côté, jusqu’à trouver une prise spéculative pour raconter les faits observés. Ad minima, cette prise doit lui permettre de produire un récit qui ne reconduise pas la situation d’impuissance et de désespoir généralisé. Elle partagera son point de vue sur cet art des pas-de-côté avec Christelle Gramaglia, qui a mené une série d’enquêtes sur les expériences quotidiennes de personnes vivant à proximité d’usines polluantes (dans le golfe de Fos, en Espagne, au Portugal) et sur les manières dont des expérimentations participatives et citoyennes peuvent permettre d’appréhender les risques sanitaires et environnementaux de façon plus attentionnée et précautionneuse.

Modératrice : Claire Mayot, journaliste à 28mn (Arte)

24 août 2023 – Dialogue entre l’anthropologue Charlotte Brives et le chercheur Alexis Zimmer15 sept. 202301:13:53
Des composteurs de mondes jeudi 24 août 2023 – 11:00

Dialogue entre l’anthropologue des sciences Charlotte Brives et le chercheur en histoire et politique de la santé et de l’environnement Alexis Zimmer

 

Les microbes sont pleins d’histoires, de relations interspécifiques, constitutives de manières de s’alimenter et de soigner, de mettre au monde, d’habiter les territoires. Autant de manières de vivre et de mourir dans des mondes bien plus larges que ceux des seuls humains. Pour qui veut bien les suivre au travers des échelles de temps et d’espaces qu’ils débordent, ils constituent alors autant de points d’entrée situés pour tisser des récits qui, s’ils célèbrent les assemblages multispécifiques que constituent désormais organismes et sociétés, n’en sont pas moins sensibles aux causes des désastres en cours. Partant des microbes, il est alors possible de convier d’autres histoires, des histoires coloniales, de races et de plantations, des histoires de production, de capital, de destruction et de domination. Des histoires qui donnent des prises pour penser, ensemble, des réponses possibles pour prendre soin des écosystèmes abîmés.

Modérateur : Xavier de La Porte, journaliste à L’Obs

24 août 2023 – Rencontre avec le philosophe Pierre Dardot et l’historienne Eugenia Palieraki15 sept. 202301:13:57
Mon pays imaginaire jeudi 24 août 2023 – 20h30

Projection du film de Patricio Guzman, suivie d’une rencontre avec le philosophe Pierre Dardot et l’historienne Eugenia Palieraki

 

Chili, octobre 2019. Un soulèvement populaire d’une ampleur inédite ébranle le système néolibéral maintenu depuis la fin de la dictature de Pinochet. Des millions de personnes manifestent pour plus de démocratie, une vie plus digne et une nouvelle constitution. Pour Patricio Guzman, ces événements font évidemment écho à l’aventure du gouvernement Allende qu’il a relatée 50 ans plus tôt dans La Bataille du Chili. Le cinéaste retrouve l’effervescence des luttes étudiantes des années 1970 et raconte cette révolution en marche, la puissance du collectif, l’importance des revendications féministes… À l’issue de la projection, Pierre Dardot et Eugénia Palieraki reviendront sur ces mouvements sociaux qui ont mené un processus de politisation d’une rare intensité jusqu’au rejet trois ans plus tard de la proposition constitutionnelle élaborée par la Constituante issue de cette révolte.

Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture (Le Temps du débat)

25 août 2023 – Rencontre avec le réalisateur Fabrizio Terranova et la philosophe Isabelle Stengers15 sept. 202300:58:48
Isabelle Stengers, Fabriquer l’espoir au bord du gouffre vendredi 25 août 2023 – 09h30

Projection du film suivie d’une rencontre avec le réalisateur Fabrizio Terranova et la philosophe Isabelle Stengers

 

Dans un décor futuriste où se confondent une maison mystérieuse et une forêt magique, nous rencontrons comme par enchantement la philosophe Isabelle Stengers. Depuis ses réponses à la « sorcellerie capitaliste » jusqu’à sa réflexion sur notre monde malmené, cette penseuse hors normes a bâti au cours des années une œuvre qui résiste à l’ordre établi et des récits qui restaurent des mondes communs. Peu encline aux célébrations, elle se livre ici de manière tout à fait inattendue, dans cet espace fantastique qui l’entoure où rôdent des chats, entre ruines et nouvelles perspectives. Avec ce joyeux portrait, le cinéaste Fabrizio Terranova repousse les limites du documentaire et, par une esthétique méticuleuse, poursuit ses recherches sur la nécessité de prendre soin de nos mondes. Après son portrait de Donna Haraway, il nous plonge dans un univers inattendu dans lequel Isabelle Stengers révèle que, au bord de l’abîme, l’espoir peut encore émerger.

26 août 2023 – Dialogue entre la chercheuse Joana Maso et le psychologue Josep Rafanell i Orra15 sept. 202301:18:45
Psychiatrie : rompre avec les îles désertes samedi 26 août 2023 – 11h00

Dialogue entre la chercheuse Joana Maso et le psychologue Josep Rafanell i Orra

 

Soigner les malades en soignant les institutions psychiatriques, faire des patients psychotiques les coauteurs de leur prise en charge et les participants actifs à la vie collective de l’institution : telle fut la visée de la révolution culturelle, menée par François Tosquelles (avec d’autres soignants, des poètes, des résistants et les patients eux-mêmes) à l’hôpital de Saint-Alban pendant la Seconde Guerre mondiale. Le nom de « psychothérapie institutionnelle » fut donné à ce courant de la psychiatrie qui revendiquait la dimension humaine de la folie. Nous reviendrons sur cette aventure et sur certains aspects méconnus, comme celui du rôle des femmes, ou troubles, comme celui des débuts de l’art brut. Puis, nous nous demanderons comment la situer dans le champ de ruines du monde du soin institutionnel actuel et comment (ré)ouvrir de nouvelles perspectives face au travail de normalisation et au tournant sécuritaire pris depuis une quinzaine d’années.

Modératrice : Claire Mayot, journaliste à 28mn (Arte)

 

Rencontre en partenariat et avec le soutien du Centre de Culture Contemporaine de Barcelone (CCCB) dans le cadre de l’exposition « Francesc Tosquelles : Comme une machine à coudre dans un champ de blé ».

27 août 2023 – Rencontre avec le réalisateur Dominique Marchais15 sept. 202300:49:31
La rivière dimanche 27 août 2023 – 09h15

Projection du film suivie d’une rencontre avec le réalisateur Dominique Marchais

 

Entre Pyrénées et Atlantique coulent des rivières puissantes qu’on appelle les gaves. Les champs de maïs les assoiffent, les barrages bloquent la circulation du saumon. L’activité humaine bouleverse le cycle de l’eau et la biodiversité de la rivière. Des hommes et des femmes tendent leur regard curieux et amoureux vers ce monde fascinant, mais de plus en plus fragile et menacé.

Pour voir la rivière aujourd’hui, il faut filmer plus large que la rivière, il faut filmer le bassin versant, le cycle de l’eau. IL faut la faire exister dans ses extensions souterraines et aériennes, les nappes et les nuages, mais aussi la chercher jusque dans le champ de maïs, la frayère à saumons, les retenues qui la bloquent. Il faut la filmer suspendue entre mémoire d’un passé fastueux et peur d’un avenir desséché. Filmer les gaves, c’est filmer notre monde dans son intrication de beauté et de désastre. Dominique Marchais

27 août 2023 – Dialogue entre l’artiste créateur sonore Stéphane Marin et l’écoacousticien Jérôme Sueur15 sept. 202301:17:28
À l’écoute du vivant dimanche 27 août 2023 – 13h30

Dialogue entre l’artiste créateur sonore Stéphane Marin et l’écoacousticien Jérôme Sueur

 

Ces dernières années, un nombre croissant de scientifiques et d’artistes portent leur attention au monde sonore. L’extension des silences et de la pollution sonore, mais aussi la volonté de décrypter le sens des voix animales qui trop souvent se taisent imposent des protocoles d’écoute et d’attention, notamment dans le cadre de la bioacoustique (la science qui étudie les productions acoustiques du vivant) et de l’écoacoustique (la science qui étudie notamment les relations nouées entre les individus et/ou les espèces via leurs cris et chants). Les artistes ne sont pas en reste : ils investiguent les lieux par le biais du sensible, en restituent des cartographies ou des paysages sonores, éventuellement par le biais de l’enregistrement. Ils nous invitent ainsi à une écoute active, ouverte à l’altérité, au singulier, nécessaire dans le cadre de la rénovation de nos modes d’attention. Stéphane Marin et Jérôme Sueur partageront leurs points de vue sur ce moyen de nous reconnecter à la nature et de nous réinscrire dans la chaîne du vivant.

Modérateur : Alexandre Galand, historien de l’art

26 août 2023 – Dialogue entre la philosophe Vinciane Despret et le metteur en scène Mohamed El Khatib14 sept. 202301:35:07
Le commun à l’oeuvre samedi 26 août 2023 – 14h00

Dialogue entre la philosophe Vinciane Despret et le metteur en scène Mohamed El Khatib

 

Comment sortir les œuvres d’art des lieux et des cadres auxquels elles sont assignées ? Comment les faire se confronter à des enjeux aussi importants que l’érosion des liens sociaux, la vieillesse ou le deuil, faire apparaitre l’art là où on ne l’imaginerait pas ? Mohamed El Khatib et Valérie Mréjen ont eu l’idée de créer un centre d’art dans un Ehpad, en 2020, et d’inviter des artistes à concevoir des œuvres sur place à partir des rencontres avec les résidents et leur univers. De son côté, Vinciane Despret s’est intéressée à la démarche de personnes endeuillées passant commande à des artistes d’œuvres rendant hommage aux disparus (par l’intermédiaire du protocole des Nouveaux Commanditaires initié par l’artiste François Hers), en analysant comment les morts font agir les vivants. À partir de leurs expériences et de leurs enquêtes, ils partageront leurs réflexions sur la puissance transformatrice que peut avoir l’art, à la fois dans le travail que des personnes font pour s’approprier une œuvre, la reconnaitre comme sienne d’une façon ou un autre, et dont elles deviennent « appropriées » à l’œuvre, acquièrent du goût, de l’expertise, une certaine sensibilité à l’art.

Modératrice : Julie Clarini, rédactrice en chef du service Idées de L’Obs

27 août 2023 – Rencontre avec le philosophe Baptiste Morizot13 sept. 202301:23:17
L’inexploré dimanche 27 août 2023 – 15h15

Rencontre avec le philosophe Baptiste Morizot

 

Pour la première fois depuis l’avènement de la modernité, la nature des êtres non humains nous échappe. À notre époque d’extinction et de crise climatique, nos relations aux êtres vivants sont déstabilisées. Pour Baptiste Morizot, nous sommes entrés dans une autre « texture de l’historicité », dans le temps mythique des métamorphoses environnementales dans lequel les anomalies deviennent la norme et où se renégocient nos relations au monde. Dans un ouvrage conçu comme une carte, le philosophe nous engage à retrouver le goût de l’exploration, à récupérer la puissance affective de cette notion, sa force imaginaire, mais en la déroutant de son orientation moderne vers les étoiles, pour la réincurver vers la Terre et vers ce qui nous relie à nos milieux de vie. Nous verrons avec lui comment repenser notre rapport avec le monde vivant et dépasser le « naturalisme » moderne, responsable des bouleversements écologiques actuels, pour inventer d’autres espaces de relations possibles et faire émerger une autre plateforme pour l’écologie politique.

Modérateur : Rémi Noyon, journaliste à L’Obs

26 août 2023 – Dialogue entre l’écrivain Jean-Christophe Bailly et le philosophe et musicologue Peter Szendy13 sept. 202301:31:17
Le temps que prennent les images samedi 26 août 2023 – 16h15

Dialogue entre l’écrivain Jean-Christophe Bailly et le philosophe et musicologue Peter Szendy

 

Proposée en 1977 par l’écrivaine américaine Susan Sontag pour parer à des quantités déjà vertigineuses, l’idée d’une écologie appliquée aux images doit faire face aujourd’hui, du fait du numérique, à un envahissement sidérant qu’on évalue à 80 années de contenu vidéo ajoutées chaque jour. D’une part le stockage de cette déferlante d’images pose des problèmes très coûteux en termes d’environnement, d’autre part le sens même de ce qu’est et de ce que retient une image se dissout entièrement sous cette quantité. C’est pourquoi il est vital de séparer les images de cette course à la quantité et à la vitesse et de les reconsidérer en tant qu’elles sortent justement du temps comptable pour déployer leur puissance d’attention dans d’autres temporalités, dont on peut condenser l’effet sous la forme active d’un gigantesque ralenti.

Modérateur : Emmanuel Favre

25 août 2023 – Dialogue entre le sociologue Jérôme Denis et la philosophe Jeanne Guien13 sept. 202301:34:37
Prendre soin des choses vendredi 25 août 2023 – 18h00

Dialogue entre le sociologue Jérôme Denis et la philosophe Jeanne Guien

 

Si les sciences humaines et sociales se tournent désormais vers les non humains et appellent à prendre soin du vivant, elles semblent délaisser « les choses » dont le romancier Georges Perec consignait dès 1965 la place centrale dans nos vies. Mais pourquoi l’attention aux êtres vivants devrait-elle passer par la déconsidération des objets et de celles et ceux qui s’en occupent ? Sommes-nous d’ailleurs capables de décrire les relations qu’entretiennent les humains et les choses ? Les sociologues Jérôme Denis et David Pontille se sont intéressés aux activités de maintenance et aux personnes trop souvent invisibilisées qui les accomplissent. Jérôme Denis débattra des enjeux éthiques et de la portée politique de cet art délicat de faire durer les choses avec Jeanne Guien, spécialiste de l’obsolescence et de l’histoire de la société de consommation. À l’heure de l’hyper-productivisme, de la course à l’innovation, ils nous diront comment ce « soin des choses » peut établir un autre rapport au temps et au monde.

Modératrice : Julie Clarini, rédactrice en chef du services Idées de L’Obs

25 août 2023 – Dialogue entre l’historien Renaud Bécot et la chercheuse en sciences politiques Cara New Daggett13 sept. 202301:10:16
Pétroculture vendredi 25 août 2023 – 15h45

Dialogue entre l’historien Renaud Bécot et la chercheuse en sciences politiques Cara New Daggett

 

La crise énergétique et les transformations qu’elle impose ne sont pas juste une affaire de technique. Elles impliquent d’interroger les valeurs, les croyances et les enjeux de pouvoir qui sous-tendent les résistances au changement. Spécialiste d’écologie politique, Cara New Daggett, analyse les relations de domination et les violences – colonialistes, sexistes, écocidaires – qui traversent l’histoire des énergies fossiles, comment celles-ci structurent nos sociétés patriarcales. Face aux récits qui perpétuent ce mythe fossile, elle propose une vision écologique et féministe des enjeux d’énergie. Elle s’entretiendra avec l’historien Renaud Becot, codirecteur d’un ouvrage qui éclaire les dégâts environnementaux et sanitaires et les luttes dans des territoires pétroliers, de la Tunisie et l’Algérie au Canada, de l’étang de Berre à la Louisiane.

Modératrice : Lucie Delaporte, journaliste à Médiapart

Interprète : Dawn Sheridan

25 août 2023 – Dialogue entre le sociologue Laurent Jeanpierre et la philosophe Isabelle Stengers13 sept. 202301:33:52
Intensifier le politique : utopies réelles et sens commun vendredi 25 août 2023 – 13h30

Dialogue entre le sociologue Laurent Jeanpierre et la philosophe Isabelle Stengers

 

Où est la politique ? Comment la saisir ? Dans les élections, les mouvements sociaux, la défense de territoires, les expériences coopératives, les controverses, la vie quotidienne, les énoncés ordinaires ? Dans la mise en commun, la conflictualité, la construction d’un public ? Ces questions, qui ressurgissent sans cesse, sont aujourd’hui plus brûlantes que jamais alors que les défiances envers les savoirs autorisés, les figures et les organes de représentations classiques gagnent du terrain. Et cela non sans raison car la passivité de nos gouvernants face aux désastres qui se font de plus en plus perceptibles se double d’une répression violente envers celles et ceux qui cherchent à faire advenir d’autres mondes ou réclament davantage de justice sociale. En abordant la question politique, il s’agira d’interroger les nouveaux modes d’existence des pratiques émancipatrices et des utopies réelles, ainsi que la résurgence de manières de « faire sens en commun » pour réactiver nos appartenances terrestres.

Modérateur : Emmanuel Favre

24 août 2023 – Dialogue entre l’historien Dipesh Chakrabarty et le philosophe Mathieu Potte-Bonneville12 sept. 202301:27:16
De l’histoire mondiale au temps planétaire jeudi 24 août 2023 – 17h30

Dialogue entre l’historien Dipesh Chakrabarty et le philosophe Mathieu Potte-Bonneville

 

Dipesh Chakrabarty s’est fait connaitre dans le monde entier avec Provincialiser l’Europe, la pensée postcoloniale et la différence historique, devenu un des essais phares des études postcoloniales aux débuts des années 2000. L’ouvrage entendait sortir de l’histoire linéaire de la modernité régie par l’occident pour faire entendre d’autre voix et d’autres temporalités. C’est à un nouveau déplacement que l’historien indien nous invite avec Après le changement climatique, penser l’histoire, fruit d’une réflexion engagée depuis une dizaine d’années sur les effets du changement climatique. Selon lui, il faut distinguer le « global » et le « planétaire », le temps de la mondialisation et celui du changement climatique. Ce que nous appelons l’anthropocène est précisément la collision entre l’histoire des hommes et celle de la planète.  Lors de son échange avec Mathieu Potte-Bonneville, il nous dira ce qu’induit ce changement de perspective et cette nouvelle conception du temps.

 

 

En partenariat avec le Centre Pompidou (département culture et création).

24 août 2023 – Dialogue entre l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et le chorégraphe Faustin Linyekula12 sept. 202301:28:17
Réparer l’histoire jeudi 24 août 2023 – 13h45

Dialogue entre l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et le chorégraphe Faustin Linyekula

 

Pendant des décennies, les nations africaines ont lutté pour la restitution d’innombrables œuvres d’art volées pendant l’ère coloniale afin d’être exposées dans des musées occidentaux. Pourquoi le retour de ces objets qui semblait engagé dans les années 1970, au moment de l’indépendance d’anciennes colonies d’Afrique, a-t-il été empêché ? Bénédicte Savoy retracera ces combats et nous révèlera comment les musées européens impliqués dans l’extraction massive et souvent violente de biens culturels ont tenté de dissimuler des informations sur leurs collections. Elle s’interrogera avec Faustin Linyekula sur les manières d’opérer une « reconnexion patrimoniale », sortir ces discussions sur la restitution des cercles des élites politiques et intellectuelles pour atteindre les communautés locales.

Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture (Le Temps du débat)

23 août 2023 – Rencontre avec la cinéaste Pauline Julier et Donna Haraway12 sept. 202300:51:52
Follow the water mercredi 23 août 2023 – 20h30

Projection suivie d’une rencontre avec la cinéaste Pauline Julier et Donna Haraway

Hiver 2021. Désert d’Atacama, Chili. Autour d’une des plus grandes mines de lithium du monde, plusieurs protagonistes racontent leur attachement à ce territoire. S’entrechoquent l’engagement d’une femme indigène pour les droits de l’eau, les doutes des scientifiques étudiant les analogies entre le désert et la planète Mars, la croyance des industriels, les spectres de la colonisation et les récits des nouveaux explorateurs. Le paysage aride et sec du désert se confond bientôt avec celui de la planète rouge et des projections qu’elle suscite. Telle une boule de cristal, Mars apparait comme le début et la fin du temps… À travers un dispositif immersif, le film nous plonge au cœur d’un territoire menacé par l’extractivisme ultralibéral et les dominations coloniales.

23 août 2023 – Grand entretien avec Donna Haraway12 sept. 202301:55:44
Attention au trouble mercredi 23 août 2023 – 17h00

Grand entretien avec Donna Haraway

 

Donna Haraway est sans conteste l’une des intellectuelles les plus marquantes et singulières de notre temps. Ses ouvrages ont joué un rôle considérable dans l’étude des sciences et des humanités environnementales. Elle s’est fait connaitre au milieu des années 1980 avec le Manifeste cyborg. Un essai devenu culte, profondément créatif et iconoclaste, à l’image de son auteure, biologiste, philosophe, historienne des sciences, féministe et formidable raconteuse d’histoires. Aiguillonnée par les bouleversements écologiques, elle a depuis réorienté son travail sur les relations entre les êtres humains et les vivants non humains. Des liens qu’elle cherche à faire émerger à travers des enquêtes et des terrains très divers, entre sciences et arts, pensée et pratique, fiction et non fiction. Dans son dernier livre, Vivre avec le trouble, elle nous invite à ouvrir de nouvelles possibilités de cohabitation avec les animaux, les plantes et les micro-organismes. Lors de cette rencontre exceptionnelle, nous verrons avec elle comment penser et agir avec la catastrophe écologique.

Modérateur : Xavier de La Porte, journaliste à L’Obs

Interprète : Dawn Sheridan

28 août 2022 – Dialogue entre François Jarrige, Vanessa Manceron et Claire de Ribaupierre09 sept. 202201:22:26
Avec l’animal : observer, cohabiter, travailler dimanche 28 août 2022 – 14h00

Dialogue entre l’historien François Jarrige, l’anthropologue Vanessa Manceron et la dramaturge Claire de Ribaupierre

Cohabiter, se nourrir, travailler…  À quelles conditions l’animal peut-il être une ressource ? Peut-on prélever, coopérer en échappant à l’exploitation ? En écho au travail de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre, François Jarrige élargira le panorama des relations entre humains et animaux en évoquant le rôle du travail des animaux prolétaires dans le développement industriel occidental, notamment à travers la question de la traction animale. Bien souvent, hors du champ des luttes politiques et des débats idéologiques, la pratique des naturalistes amateurs, leurs observations immersives, alimentent une connaissance précieuse de ceux avec qui nous cohabitons, en vue de leur préservation. C’est auprès d’eux que l’anthropologue Vanessa Manceron a étudié l’émergence d’une éthique communautaire élargie aux non humains.

Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture (Le Temps du débat)

28 août 2022 – Conférence du biologiste Marc-André Selosse09 sept. 202200:55:49
L’origine du monde dimanche 28 août 2022 – 09h30

Conférence du biologiste Marc-André Selosse

Nous méconnaissons que la vie se passe surtout… sous terre. Le sol héberge 25 % des espèces connues ! Celles-ci assurent le fonctionnement des écosystèmes terrestres et des plantes. Le sol fertilise aussi des océans, régule le cours des rivières et même le climat. Mais, opaque et considéré comme sale, nous l’avons ignoré et endommagé des millénaires durant. Urbanisation, agricultures inadaptées, salinisation, pollution… l’empêchent d’assurer ses services inestimables et il disparait sous nos yeux par érosion. Marc-André Selosse nous le fera mieux découvrir pour mieux le soigner demain et ainsi retisser notre lien perdu au monde naturel.

27 août 2022 – Dialogue entre Florence Aubenas et Arno Bertina09 sept. 202201:22:29
Aux prises avec le réel : les ressources de la langue samedi 27 août 2022 – 16h45

Dialogue entre la journaliste Florence Aubenas et l’écrivain Arno Bertina

Parler d’autres vies que les leurs oblige-t-il les écrivain.e.s ? Doivent-ils se sentir tenus par une sorte de loyauté à l’égard de ceux qui se sont confiés, et ne s’autoriser qu’un strict verbatim ? Peuvent-ils au contraire aller jusqu’à forcer les situations, en déguisant certaines choses dans « l’intérêt du livre » – quitte à décevoir ou mettre mal à l’aise les personnes mises en scène ? L’écriture documentaire peut-elle se mâtiner de fiction ? Florence Aubenas – dont le dernier livre reconstituant le meurtre d’une postière il y a une douzaine d’années dans l’Ain, et les reportages récents en Ukraine, dans un Ehpad lors du premier confinement ou auprès des Gilets jaunes, ont de nouveau marqué les esprits par leur engagement – et Arno Bertina, dont le récit, Ceux qui trop supportent, retrace la lutte des ex-salariés de l’usine GM&S et célèbre leur fierté ouvrière et leur résistance inventive, confronteront leurs points de vue sur ces questions.

Modérateur : Emmanuel Favre

27 août 2022 – Rencontre avec l’historienne Zrinka Stahuljak09 sept. 202201:29:22
Ressources humaines : les fixeurs samedi 27 août 2022 – 14h30

Rencontre avec l’historienne Zrinka Stahuljak

Depuis l’engagement occidental en Afghanistan, en Irak, puis en Syrie, le terme de « fixeur » est devenu fréquent pour désigner, presque toujours, des hommes qui rendent des services multiples aux journalistes et aux armées étrangères : à la fois interprètes, informateurs, guides, médiateurs, chauffeurs, ils fournissent ce qui est nécessaire pour survivre et travailler en terrain hostile. Le fixeur n’est pas pour autant une profession, mais une position très ancienne que l’on trouve déjà au Moyen Âge dans toutes les situations de rencontre entre langues (croisades, pèlerinages, explorations). À partir de son expérience personnelle lors la guerre en ex-Yougoslavie, Zrinka Stahuljak évoquera ces « invisibles de l’histoire ». Florence Aubenas rejoindra la discussion pour témoigner du rôle tenu par les fixeurs dans ses reportages.

Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture (Le Temps du débat)

27 août 2022 – Dialogue entre Luba Jurgenson et Camille de Toledo09 sept. 202201:11:18
Paysages de mémoire

 

samedi 27 août 2022 – 11h15

Dialogue entre l’écrivaine et traductrice Luba Jurgenson et l’écrivain Camille de Toledo

Comment l’histoire générale de la destruction, des humains et des autres formes de vie, engendre une spectralité : une présence des absents, des disparus dans notre présent ? Et comment le langage, l’écriture, la traduction peuvent, partant de là, se penser comme une intercession – une traduction – entre les absents et les vies à venir, pour reconnaitre une puissance d’agir des fantômes, pour répondre aux crimes du passé en parlant, en écrivant, depuis ces manquants, ces manquements de l’histoire ? Ces deux questions, cruciales pour saisir ce qui lie les crimes contre l’humanité et les crimes d’écocide, seront au coeur de la discussion entre Luba Jurgenson et Camille de Toledo.

Modérateur : Johan Faerber, rédacteur en chef de Diacritik

 

26 août 2022 – Dialogue entre Nicolas Nova et Maria Roszkowska09 sept. 202200:57:57
Enquête anthropocène et réorientation des ressources vendredi 26 août 2022 – 18h15

Dialogue entre le socio-anthropologue Nicolas Nova et l’artiste Maria Roszkowska, membre de DISNOVATION. ORG.

Que se passe-t-il lorsque les technologies et leurs conséquences involontaires deviennent si omniprésentes qu’il est difficile de définir ce qui est « naturel » ou non ? Quels nouveaux spécimens peuplent actuellement notre planète ? Inspiré à la fois des bestiaires médiévaux et des observations de notre planète endommagée, A Bestiary of the Anthropocene est une compilation illustrée de créatures hybrides de notre temps. Plastiglomérats, arbres à antennes, montagnes décapitées, Sars-Covid 2, aigles combattant les drones… chacun de ces spécimens est symptomatique de l’ère « post-naturelle » dans laquelle nous vivons. Souvent sans même que nous les remarquions, ces créatures se répandent de manière exponentielle et coexistent avec nous. Nicolas Nova et Maria Roszkowska, du groupe DISNOVATION.ORG, qui ont codirigé l’ouvrage, nous inviteront à nous saisir de ces nouvelles représentations du réel pour mieux appréhender et penser l’anthropocène.

Modérateur : Matthieu Duperrex, maitre de conférences à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille

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