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Explore every episode of the podcast Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

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TitlePub. DateDuration
Séminaire - Émilie Rosenblieh et Jean-Baptiste Brenet : Des Dialogues pour débattre. Une saisie des enjeux politiques dans l'Église04 Jun 202401:37:20

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politique

Séminaire - Émilie Rosenblieh et Jean-Baptiste Brenet : Des Dialogues pour débattre. Une saisie des enjeux politiques dans l'Église

Émilie Rosenblieh

Université de Franche-Comté

Jean-Baptiste Brenet

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Séminaire - Damien Boquet et Zrinka Stahuljak : L'homosexualité amoureuse : une histoire empêchée ?28 May 202401:53:55

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politique

Séminaire - Damien Boquet et Zrinka Stahuljak : L'homosexualité amoureuse : une histoire empêchée ?

Zrinka Stahuljak

Professeure de littérature médiévale en littérature comparée et française, Université de Californie à Los Angeles (UCLA), États-Unis

Damien Boquet

Aix-Marseille université

09 - Politiques de l'amour : Les amoureux du bien public (XIIIe-XIVe siècles)12 Mar 202401:06:45

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

09 - Politiques de l'amour : Les amoureux du bien public (XIIIe-XIVe siècles)

Résumé

Du dolce stil nuovo envisagé comme exercice collectif d'une poésie du savoir à la métaphysique de l'amour déployée dans la Commedia, Dante n'a jamais cessé de « penser amoureusement ». Cette conjonction entre l'expérience amoureuse et la doctrine de l'intelligence peut être décrite de manière hautement spéculative. Tout en rendant compte de ses enjeux philosophiques, on tente ici de la ramener à ses conséquences sur l'organisation politique : comment penser et agir ensemble en contexte communal ? Si les citoyens y sont liés par des amitiés obligeantes, c'est d'abord à leurs dirigeants d'aimer la justice.

08 - Politiques de l'amour : Décoder l'amour courtois (XIIe-XIIIe siècles)05 Mar 202401:05:54

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

08 - Politiques de l'amour : Décoder l'amour courtois (XIIe-XIIIe siècles)

Résumé

Rédigé dans le dernier quart du XIIe siècle, le De amore d'André le Chapelain fut longtemps considéré comme le code de l'amour courtois. S'interrogeant sur la notion même de code amoureux pour caractériser un mouvement littéraire et un style de vie, on entreprend d'en déchiffrer l'interprétation, en prêtant attention à l'histoire de sa transmission jusqu'à la fin du XIIIe siècle, mais aussi à celle des équivoques de lectures et des censures que suscitent son dialogisme et son ironie. On contribue ainsi à le décoder, au sens où sa valeur normative est remise en cause, en faveur d'une lecture plus sociale de son fonctionnement politique, entre l'école et la cour, l'Église et le roi, mais aussi entre la « mouvance » de Troyes (où Chrétien de Troyes n'est peut-être qu'un « nom de code ») et la capitale capétienne.

07 - Politiques de l'amour : Aimer et servir : l'emprise féodale (XIe-XIIe siècles)27 Feb 202401:04:39

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

07 - Politiques de l'amour

Résumé

Dans cette deuxième partie du cours, on cherche désormais à scander, de manière chronologique, une histoire des pouvoirs au prisme des langages de l'amour. Aux XIe-XIIe siècles, ceux-ci parviennent à reformuler de manière plus affective l'amitié politique. De cette emprise féodale, où aimer apprend à servir, et où la domination s'enchante en dépendance honorable, la lyrique occitane est peut-être le laboratoire textuel. En s'attachant en particulier aux premières formulations de l'art des troubadours (et notamment des cansos de Guillaume IX d'Aquitaine), on s'attache à redéfinir la consistance politique de cette société féodale, entre rivalité, subjectivité et sujétion.

06 - Politiques de l'amour : En attendant Valentin13 Feb 202401:03:31

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

06 - Politiques de l'amour : En attendant Valentin

Résumé

La poésie amoureuse de la Saint-Valentin est une tradition littéraire qui s'est d'abord exprimée à la fin du XIVe siècle, dans l'Angleterre du règne de Richard II. En suivre les transformations jusqu'à Shakespeare et Thomas Hardy et aux « valentinages » des sociétés rurales traditionnelles permet de pose à nouveau frais la question de l'acculturation culturelle des modèles courtois. Mais ceux-ci doivent aussi se comprendre dans une dimension plus strictement politique, mettant en jeu les notions d'élection et de délibération, de Chaucer à Christine de Pisan.

05 - Politiques de l'amour : « Et le roi de France l'aimait comme son âme »06 Feb 202401:06:31

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

05 - Politiques de l'amour : « Et le roi de France l'aimait comme son âme »

Résumé

En 1187, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste manifestèrent leur joie de se retrouver avec des marques si spectaculaires d'affectivités que le roi Henri II se déclara « profondément étonné par l'amour véhément qui existait entre eux et se demandait ce qu'il pouvait signifier ». La lecture rapprochée de cet épisode narré par le chroniqueur Roger de Howden permet de poursuivre le travail de l'interprétation, en se demandant si les codes de l'amour aristocratique ne se laisse pas parfois déborder par d'autres formes d'amitié, et en posant la question des rapports entre norme sexuelle et subjectivité. Peut-être n'ordonne-t-on pas sans danger un système politique par le langage de l'amour.

Sommaire

Organe de la parole et fonction du langage : dedans, dehors (Martin Rueff, Au bout de la langue, Paris, 2024)

Vellicare linguam : du Livre des baisers de Jean Second (1541) à Belle du Seigneur d'Albert Cohen (1968), « langues en combat, mêlées de tendre haine »

Tirer la langue, couper la parole (Robert Jacob, « Bannissement et rite de la langue tirée au Moyen Âge », Annales ESC, 2000)

Le genre des grammairiens et celui de la nature (Jan Ziolkowski, Alan of Lille's Grammar of Sex, Cambridge, 1985)

Joindre ses lèvres, transmettre le souffle (Yannick Carré, Le Baiser sur la bouche au Moyen Âge. Rites, symboles, mentalités. XIe-XVe siècles, Paris, 1992)

Mourir d'amour entre chevaliers (Alain Bray, The Friend, Chicago, 2006)

Toujours au bord de la falaise : Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste en 1187 (Stephen Jaeger, The Ennobling Love: In Search of a Lost Sensibility, Philadelphie, 1999)

« Il l'a tant honoré, et si longtemps, qu'ils prenaient chaque jour leurs repas à la même table et dans le même plat, et le soir le lit ne les séparait pas »

La table, le lit et la privauté : historiciser chaque objet de la scène

Si l'amour ennoblit, de quoi s'inquiète Henri II ? Intrigues familiales entre Plantagenêts et Capétiens

Quand l'un boit la tasse, l'autre accumule les prouesses : hiérarchie féodale et gloire courtoise

Et in lectibus non seperabat eos lectus : l'exploit chevaleresque d'un amour intensément empêché

On n'ordonne pas sans danger un système politique par le langage de l'amour

Que signifie « faire drüerie » ? (John Baldwin, Les Langages de l'amour au temps de Philippe Auguste, Paris, 1997)

« Souviens-toi de la chute de Sodome » : Richard Cœur de Lion, au bord du roman chevaleresque

Sur l'imputation d'homosexualité (William Burgwinkle, Sodomy, Masculinity and Law in Medieval Literature: France and England, 1050-1230, Cambridge, 2004)

« Fatigués mais pas rassasiés » : une perfidie de Richard de Devizes (Michèle Brossard-Dandré et Gisèle Besson, Richard Cœur de Lion. Histoire et légende, Paris, 1989)

Quand une fiction politique s'immisce dans la chronique (Jacques Rancière, Les Bords de la fiction, Paris, 2017)

« L'unanimité sereine des chroniqueurs » et l'hypothèse d'une « sous-culture gay » (John Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité. Les homosexuels en Europe occidentale, des débuts de l'ère chrétienne au XIVe siècle, Paris, 1985)

Troubler la périodisation et dénoncer la « fiction de la morale judéo-chrétienne » : malgré l'essentialisation, le soutien critique de Michel Foucault

Sexualité, exigence de vérité et subjectivité (Damien Boquet, « L'amitié comme problème au Moyen Âge », dans Une histoire au présent : Les historiens et Michel Foucault, Paris, 2013)

Contre « l'instance du sexe », de nouvelles dispositions des corps et des plaisirs

Sodomie et sentiment : où est le véritable scandale ? (Damien Boquet, « Sentiment amoureux et homosexualité au XIIe siècle : entre dilemme et malédiction », dans Vivre dans la différence, Avignon, 2007)

L'amour des hommes entre eux et l'universel de l'amour (Mathieu Riboulet, « À contretemps, décidément », Monstre, 2010)

Dilexit eum rex quasi animam suam : du triangle Henri II-Richard Cœur de Lion-Philippe Auguste à Saül-Jonathan-David (Stephen Jaeger, « L'amour des rois : structure sociale d'une forme de sensibilité aristocratique », Annales ESC, 1991)

L'ami comme « autre soi-même » : de l'amitié délectable à la passion mesurée (Bénédicte Sère, Penser l'amitié au Moyen Âge. Étude historique des commentaires sur les livres VIII et IX de l'Éthique à Nicomaque (XIIIe-XVe siècles), Turnhout, 2007)

Amitiés cicéroniennes et affections du politique (Régine Le Jan, Amis ou ennemis ? Émotions, relations, identités au Moyen Âge, Paris, 2024)

« Car je t'étreignais, frère bien-aimé, non de corps mais de cœur. Je t'embrassais non par contact des lèvres mais par un affect de l'âme » (Damien Boquet, L'ordre de l'affect au Moyen Âge. Autour de l'anthropologie affective d'Aelred de Rievaulx, Caen, 2005)

« Être ami, c'est être deux fois » : Montaigne, Étienne de la Boétie, Marie de Gournay.

04 - Politiques de l'amour : La noblesse des sentiments30 Jan 202401:02:16

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

04 - Politiques de l'amour : La noblesse des sentiments

Résumé

Si l'amour est le roman de fondation de l'Occident, il en exprime les hantises politiques bien davantage que l'assurance de son édification morale. C'est le cas dans Belle du seigneur d'Albert Cohen, mais aussi, trente ans avant, dans L'Amour en Occident de Denis de Rougemont. On entreprend à partir de là une analyse du fole amor telle qu'il se déploie dans les différentes versions de Tristan et Iseut aux XIIe et XIIIe siècles, en s'interrogeant sur les déplacements qu'elles opèrent dans les trajectoires du désir entre l'amour, la mort et la guerre. De là un questionnement sur l'historicité des catégories de l'amour courtois, mais aussi sur la fonction anoblissante d'un sentiment à la fois intense et distancié.

03 - Politiques de l'amour : Sur l'air de ne pas y toucher23 Jan 202401:06:15

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

03 - Politiques de l'amour : Sur l'air de ne pas y toucher

Résumé

L'amour dans le mariage repose-t-il sur un partage entre le charnel et le spirituel, ce qui supposait que la femme puisse se donner à son époux « sans aucun frémissement de l'âme » (Georges Duby) ? Malgré les efforts des moralistes, le Moyen Âge éprouva l'impossibilité de cette séparation, comme l'atteste la vogue des commentaires du Cantique des cantiques, du XIIe au XVIe siècle, où la volonté de déplacement allégorique du désir ne fait jamais taire la véhémence de l'amour. On en étudie certains motifs, guidé par la notion d'expérience résultant de l'effort exégétique, en s'intéressant moins au sens caché qu'à son effet anthropologique et social. Car de l'expulsion du jardin d'Éden à l'intériorisation d'un jardin clos érotisé, le corps y apparaît bien comme le lieu du nouage entre poétiques et politiques de l'amour.

02 - Politiques de l'amour : Trouble dans la charité16 Jan 202401:05:02

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

02 - Politiques de l'amour : Trouble dans la charité

Résumé

Dans l'Andalousie du XIe siècle, et face à l'effondrement de l'empire, Ibn Hazm pense en même temps la division politique et la dissension amoureuse. Car l'amour est une fitna, et un « secret replié » réside dans les mots qui le disent, ou qui échouent à le dire. On discute la puissance et les limites d'une historiographie de la domination ecclésiale qui fait de l'opposition entre caro et spiritus la matrice analogique de la société chrétienne. Car l'ambivalence niche toujours au cœur du lexique de l'amour en empêchant de séparer la part érotique de l'amour charitable, sinon par un effort moral qui intéresse assurément l'Église, mais sans doute moins l'histoire.

01 - Politiques de l'amour : L'amour après la peste09 Jan 202401:03:56

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Politiques de l'amour

Du XIIe au XVIe siècle, d'une réforme à l'autre, mais aussi d'une renaissance à l'autre, les langages de l'amour investissent massivement les littératures européennes. Ne constituent-ils pas de ce fait la langue commune du politique, définissant de manière affective les rapports sociaux, entre convoitise et révérence, ferveur et vénération ? En tentant de comprendre ce qu'aimer veut dire au Moyen Âge, le cours de cette année mettra l'histoire de la subjectivité politique à l'épreuve des nouvelles approches historiographiques en matière de genre, d'émotions et de sexualité. Et ce par l'exploration de nouveaux corpus documentaires éclairant l'articulation entre arts de gouverner et arts d'aimer, la politisation du sentiment amoureux étant envisagée comme matrice des littératures du réveil de l'engagement politique.

01 - Politiques de l'amour : L'amour après la peste

Résumé

De l'épidémie au mal d'amour, l'une et l'autre sans remède, circule un même imaginaire de la contamination et de la fascination. C'est à l'étudier dans les doctrines et les langages de l'amour médiéval qu'est consacrée cette première séance introductive, pour placer l'objet d'étude entre fantasmes et fantaisies, mais aussi entre fictions et expériences politiques. Cet intérêt pour la métaphysique de l'amour ne doit pas éloigner d'une exigence d'histoire sociale. Aussi s'attache-t-on à comprendre cette thématique du regard amoureux à travers des textes (Guillaume de Machaut), des épisodes (le « coup de foudre » de Charles VI pour Isabeau de Bavière en 1385) et des images (les descchi da parto), comme ordo amoris et comme force d'effraction.

Sommaire

La peste, après la peste, l'amour après la peste : retour sur Guillaume de Machaut et Machiavel

Pendant la peste, contre la peste, avant la peste : l'incendie d'un cœur amoureux, vrai prologue du Decameron

Qu'est-ce que l'obscène ? Le retournement grotesque du dispositif boccacien

Le sexe, l'effroi et le fascinus : les Priapées d'Arthur Forgeais (Zrinka Stahuljak, L'Archéologie pornographique. Médecine, Moyen Âge et histoire de France, 2018)

Moralisme des anciens, moralisme des modernes : pour une histoire sociale et inclusive des politiques de l'amour

Dante et l'ordo amoris : la métaphysique de l'amour comme principe universel du mouvement

Pourquoi tomber amoureux ? Thomas d'Aquin et la force d'amour : « être attiré vers ce qui agit sur nous »

Il n'y a pas de remède à l'amour : amor hereos et fascinatio de Constantin l'Africain à Marsile Ficin (Aurélien Robert, « Fascinatio », dans Mots médiévaux offerts à Ruedi Imbach, 2011)

Gabriel Garcia Marquez, L'Amour au temps du choléra : la contamination du mal d'amour

De la physiologie à la phénoménologie de l'amour : le plus intense des vécus de conscience

« L'acte d'un regard qui se rend à un autre regard en une commune insubstituabilité » (Jean-Luc Marion, Prolégomènes à la charité, 1983)

Histoire d'un regard : le « coup de foudre » de Charles VI pour Isabeau de Bavière en 1385 (Paris 1400. Les arts sous Charles VI, 2004)

Histoire de l'œil : l'effraction du désir (Michael Camille, L'Art de l'amour au Moyen Âge. Objets et sujets du désir, 2000)

Histoire d'une idole : le Livre du Voir Dit de Guillaume de Machaut, simulacre (Jacqueline Cerquiglini-Toulet éd., 1999) et claustration (Alain Corbellari, dans Le Moyen Âge, 2022)

Histoire d'un objet : Vénus vénérée sur un plateau d'accouchée, vulnérable dans son triomphe (Christiane Klapisch-Zuber, Mariages à la florentine. Femmes et vie de famille à Florence (XIVe-XVe siècle), 2020)

Les littératures du réveil : arts de gouverner et arts d'aimer

Le « réveil d'Entendement » d'Alain Chartier et Le Débat de réveille matin

« Avoir la puce à l'oreille » : qu'entendre par là ? (Emma Cayley, Debate and Dialogue: Alain Chartier in his Cultural Context, 2003)

Veille, vigilance et antécédence (Jean-Baptise Brenet, Demain la veille, 2023)

Fictions, fantasmes ou fantaisies ? (Barbara Rosenwein, Love. Histoire d'un sentiment, 2023)

Puritanisme, pornographie, sentimentalisme : deux livres de 1977 (Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux ; Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, Le Nouveau Désordre amoureux)

Les luttes féministes et la repolitisation de l'intime (À propos d'amour de Bell Hooks, 2022)

Actualité et inactualité des politiques de l'amour : quand « les mots font l'amour » (Raymond Queneau, Les Fleurs bleues, 1965).

Conférence - David Nirenberg : Antijudaism, Critical Thought, and the Possibility of History12 Jun 202300:48:49

Patrice Boucheron

Collège de France

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Année 2022-2023

Conférence - David Nirenberg : Antijudaism, Critical Thought, and the Possibility of History

Intervenant(s)

David Nirenberg, Director and Leon Levy Professor, Institute for Advanced Study, Princeton

Conférence en anglais, organisée en collaboration avec le LEM (Laboratoire d'étude sur les monothéismes, UMR 8584).

In my book Antijudaïsme (Labor et Fides, 2023), I proposed that we should understand the long history of Anti-Judaism not merely as the history of a prejudice, but also as the history of our Western religions (such as Christianity and Islam), philosophies (such as Idealism and Marxism), ethics and ideals. If this is true, then how can we be sure that our critical thought is truly critical? And how can we write history that helps us achieve the capacity to critique Anti-Judaism in the present, rather than reproducing it?

Séminaire - Jean-Claude Schmitt et Marlène Béghin : Des rêveurs. Anthropologie historique des états de conscience21 May 202401:51:32

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politique

Séminaire - Jean-Claude Schmitt et Marlène Béghin : Des rêveurs. Anthropologie historique des états de conscience

Jean-Claude Schmitt

EHESS

Marlène Béghin

EPHE

12 - Après la peste noire12 Apr 202201:10:47

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

11 - Après la peste noire05 Apr 202201:04:07

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

10 - Après la peste noire29 Mar 202201:04:50

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

09 - Après la peste noire22 Mar 202201:06:37

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

08 - Après la peste noire14 Mar 202200:06:35

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

07 - Après la peste noire08 Mar 202201:02:32

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

06 - Après la peste noire15 Feb 202201:05:31

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

05 - Après la peste noire08 Feb 202201:05:49

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

04 - Après la peste noire01 Feb 202201:02:30

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

03 - Après la peste noire18 Jan 202201:01:57

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

Séminaire - Laëtitia Tabard et Daisy Delogu : La poésie de deuil du XVe siècle : larmes de l'amour, cris de la cité14 May 202401:59:48

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politique

Séminaire - Laëtitia Tabard et Daisy Delogu : La poésie de deuil du XVe siècle : larmes de l'amour, cris de la cité

Daisy Delogu

Professeure de littérature française, Université de Chicago

Laëtitia Tabard

Université du Mans

02 - Après la peste noire11 Jan 202201:03:51

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

01 - Après la peste noire04 Jan 202201:01:38

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2021-2022

La peste noire

Résumé

Prenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?

C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

12 - La peste noire06 Apr 202101:10:27

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

À partir de l'analyse croisée du Jugement du roi de Navarre de Guillaume de Machaut, du Decameron de Boccace et de la correspondance de Pétrarque, cette dernière leçon tente de rassembler les acquis du cours autour de la question de l'agencement du temps. On y rencontre ce que l'on attendait (le rapport entre la calamité et le feu du récit), mais aussi ce que l'on n'attendait pas (la question de l'émancipation féminine et l'énigme de la violence antisémite). Avec toujours la même question : s'il y a bien un monde d'après la peste, se dit-il après elle ou d'après elle ?

Sommaire

Qu'avons-nous entendu ? Le bruit sourd de la tempête épidémique (« Si que ces tempestes cesserrent… », Guillaume de Machaut, Le Jugement du roi de Navarre, ensemble Gilles Binchois, dit par Jean-Paul Raccodon, 2001)

Peste est le nom de ce que contre quoi on ne résiste pas

La mélancolie de Guillaume de Machaut, « poésie de la tension, de l'accord et du désaccord » (Jacqueline Cerquiglini-Toulet, "Un engin si soutil". Guillaume de Machaut et l'écriture au XIVe siècle, Paris, 2001)

« Ce fu des orribles merveilles » : prologue apocalyptique et service du prince (Dominique Boutet, « L'Éloge du Prince et l'expérience de la mélancolie. Réflexions sur les facteurs de cohérence du Jugement du roi de Navarre de Guillaume de Machaut », dans Id. et Jacques Verger dir., Penser le pouvoir au Moyen Âge (VIIIe‑XVe siècle). Études d'histoire et de littérature offertes à Françoise Autrand, Paris, 2000)

Des intentions politiques au fonctionnement poétique : la métafiction d'une ancienne affaire « mal taillée » (Robert Barton Palmer, « The metafictional Machaut: Self-reflexivity and Self-mediation in the two Judgment poems », Studies in the Literary Imagination, 20, 1987)

L'auctorialité débordée, ou comment Guillaume de Machaut peine à contrôler ses lecteurs (Deborah McGrady, Controlling readers: Guillaume de Machaut and his late Medieval audience, Toronto, University of Toronto press, 2006)

Guillaume de Machaut fut-il si discourtois ? Fictionner la fiction, refaire le procès (Laëtitia Tabard, « Contre-enquête au Moyen Âge : (re)faire le procès de Guillaume de Machaut », Premier symposium de critique policière. Autour de Pierre Bayard, 2017 : http://intercripol.org/fr/thematiques/critique-judiciaire/contre-enquete-au-moyen-age-re-faire-le-proces-de-guillaume-de-machautnew-page.html)

En 1349, tout est à refaire

L'entrée en guerre, la peste, et l'irruption du langage poétique : depuis l'Iliade, le roman de fondation de l'Occident

Boccace réécrit Thucydide, mais lui aussi a vu ce qu'il a vu

Annoter Le Decameron comme un texte de savoir (Enrica Zanin, « À la recherche de savoir. Les Marginalia dans les collections de nouvelles », dans Carine Roudière-Sébastien dir., Quand Minerve passe les monts. Modalités littéraires de la circulation des savoirs (Italie-France, Renaissance-XVIIe siècle), Pessac, 2020)

Boccace, la preservatio sanitatis et la culture médicale (Anne Robin, « Boccace et les médecins du Décaméron ». Chroniques italiennes, 2011)

La description de la peste à Florence, relevé d'une catastrophe révolue et mythe philosophique (Kurt Flasch, Poesia dopo la peste. Saggio su Boccaccio, Rome-Bari, 1994)

La tourmente épidémique allume le feu des récits

Derrière le frontispice de « l'horrible commencement », le prologue et l'incendie d'un cœur amoureux

De l'art de « n'être pas mort » quand quelque chose est mort en soi : le Decameron comme littérature de consolation

Mardi matin, Santa Maria Novella, « après bien des soupirs, cessant de dire des Pater, elles se mirent à converser de choses et d'autres touchant la nature de l'époque »

« Qu'attendons-nous ? À quoi rêvons-nous ? » Sept jeunes femmes et trois hommes : la fin du deuil, ou une révolte lente à venir

Alors c'est parti : Cat Power, « Black », Wanderer, 2018

La grande faucheuse et le charnier : en 1338, tout est déjà en place, visible dans l'Allégorie de la Rédemption d'Ambrogio Lorenzetti

L'acte de créer, résistance et honte d'être un homme (Gilles Deleuze, Abécédaire, « R comme Résistance », 1989)

Sur le palais qui couronne la colline, sacre de l'écrivain et compromissions politiques

« Quand soudain » : l'irruption des frères chartreux fait de Pétrarque le narrateur de la peste (Familières, XVI, 2)

Son frère, comme un modèle et un reproche : « pendant que mes visiteurs racontaient ces faits et bien d'autres de la sorte à ton sujet, l'évêque me regardait les yeux mouillés de larmes »

« L'année 1348 de ces temps ultimes fut pour nous une année de deuil. Nous savons maintenant qu'elle n'a été que le commencement de notre deuil… » (Pétrarque à Boccace, 7 septembre 1363, Lettres de vieillesse, III, 1)

L'année 1363, « la seizième depuis le début de nos malheurs » : la peste chez Pétrarque comme nouvelle ère

1348 est « un pli dans l'ordre du temps qui dédouble le monde » et institue l'œuvre à venir (Étienne Anheim, « Pétrarque ou l'écriture d'une vie », Séminaire à l'EHESS , 25 novembre 2020)

« Que faire maintenant, mon frère ? Voilà que nous avons déjà presque tout essayé et nous n'avons trouvé le repos nulle part. Quand l'attendre ? Où le chercher ? Le temps comme on dit a glissé entre nos doigts ; nos anciennes espérances ont été ensevelies avec nos amis. L'année 1348 a fait de nous des hommes esseulés et faibles » (Familères, I, 1)

La peste chez Pétrarque, « moment inaugural de la temporalité comme mobile » (Étienne Anheim)

Retour à Guillaume de Machaut et au Jugement du roi de Navarre : la peste n'ordonne pas le temps, mais le défait

Linéarité du dit, arche rythmique du motet : quand le temps se comprime mais ne se déroule pas

Le Tohu bohu archaïque des « orribles merveilles » du prologue de Guillaume de Machaut : tempêtes, fléaux et épidémies

Calamitas et maladie du calame : écrire l'épaisseur des catastrophes (Thomas Labbé, Les Catastrophes naturelles au Moyen Âge, Paris, 2017)

Sous la mortalitas, rien d'autre qu'une surmortalité

Un cri de haine dans un écrin de beauté : la « bête féroce » tapie dans le cantus firmus d'un motet de Guillaume de Machaut (Francesco Rocco Rossi, « Deux Cas paradigmatiques d'invective musicale dans la musique ancienne : "Fons totius superbiae/Livoris feritas/Fera pessima" de Guillaume de Machaut et "Sola caret monstris/Fera pessima" de Loyset Compère », dans Les Discours de la haine : Récits et figures de la passion dans la Cité, Villeneuve d'Ascq, 2009)

L'accusation antisémite, avant le déclenchement épidémique : ordre narratif et désordres politiques

Maintenir l'énigme comme énigme

Le printemps à la fenêtre de Guillaume de Machaut : qui nous préviendra qu'il faut se décamérer ? (Nathalie Koble, Décamérez ! Des nouvelles de Boccace, Paris, 2021)

Merci à la brigata, et salut.

11 - La peste noire30 Mar 202101:08:05

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

La recherche des causes de la peste, mais aussi l'expérimentation de remèdes susceptibles de soigner une maladie que l'on considère comme mortelle mais non incurable, met la médecine médiévale à l'épreuve de sa propre rationalité savante. Comment y intégrer cette contagion que l'on observe sans l'expliquer ? La transmission de la maladie est d'abord une métaphore de la contagion des péchés, rendant manifeste le pouvoir de l'imagination : voici pourquoi la compassio médiévale inspire des politiques qui ne sont pas toujours compassionnelles.

Sommaire

« Mortelle ou mortifère, contagieuse, ardente, cruelle… » : les épithètes de la peste de Maurice de La Porte en 1571 (Véronique Montagne, « Le Discours didascalique sur la peste dans les traités médicaux de la Renaissance : rationaliser et/ou inquiéter », Réforme, Humanisme, Renaissance, 2010)

« Aspre, noire, charbonneuse… » : depuis quand la peste est-elle noire ? (Jon Arrizabalaga, « Facing the Black Death: perceptions and reactions of university medical practitioners », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Practical Medicine from Salerno to the Black Death, Cambridge, 1994)

Peste noire et peur bleue en 1832 (Justus Hecker, Der schwarze Tod im vierzehnten Jahrhundert: Nach den Quellen für Ärzte und gebildete Nichtärzte bearbeitet, Berlin, 1832)

Du rouge au noir, le mauvais sang de la mélancolie (Marie-Christine Pouchelle, « Les appétits mélancoliques », Médiévales, 1983)

Avec le corps pour écran et pour tombeau : diagnostic, pronostic et sémiologie médicale

Histoires de la douleur, des premiers symptômes à l'apparition des bubons

À la recherche du signum mortis : « le mouvement de la mort n'est pas aussi certain que celui de la vie (Bernard de Godon, Liber pronosticorum, 1295, cité par Danielle Jacquart, « Le Difficile Pronostic de mort (XIVe- XVe siècles) », Médiévales, 2004)

La médecine médiévale fut-elle honteuse ? Régimes de rationalités et diversité textuelle des Pestschiften (Karl Sudhoff)

Le Traité sur les fièvres pestilentielles et autres formes de fièvres d'Abraham Caslari (Ron Barkai, « Jewish Treatise on the Black Death (1350-1500): A Preliminary Study », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Medicine from the Black Death to the French Disease, Londres, 1998)

'Eliyahu ben 'Avraham à la cour de Sélim 1er à Constantinople et la médicalisation des savoirs politiques sur la peste dans l'Empire ottoman (Nükhet Varlik, Plague and Empire in the Early Modern Mediterranean World. The Ottoman Experience, 1347-1600, Cambridge, 2015)

Écrire avant, pendant et après la peste : le manuscrit latin 111227 de la BnF et le Compendium de epidemia de la Faculté de médecine de Paris (Danielle Jacquart, La Médecine médiévale dans le cadre parisien, XIVe-XVe siècle, Paris, 1998)

« À la vue des effets dont la cause échappe à la perspicacité des meilleures intelligences, l'esprit humain tombe dans l'étonnement » (Compendium de epidemia, 1348)

Les limites de la raison médicale face aux « effets merveilleux » d'une maladie mortelle, mais non incurable

La conjonction astrale de 1345, remota causa de la pestilence

Recours à l'astrologie et inflexion alchimique du discours médical : une défaite de la raison ? (Nicolas Weill-Parot, « La rationalité médicale à l'épreuve de la peste : médecine, astrologie et magie (1348-1500) », Médiévales, 2004)

Du bon usage thérapeutique de la richesse : or potable et pierres précieuses

Air vicié, venin et contrepoison (Nicolas Weill-Parot, « Des rationalités en concurrence ? Empirica magiques et médecine scolastique », Anuario de Estudios Medievales, 2013)

Ventouser, scarifier, cautériser : l'incision des bubons dans la Grande Chirurgie de Guy de Chauliac (1363)

La recette du jeune poulet au croupion déplumé (Jacme d'Agramont, Regiment de preservacio de pestilencia, 1348)

Empirica, experimenta ou secreta ? Longévité, obstination et créativité d'une « expérience de papier » (Erik A. Heinrichs, Erik Heinrichs, « The Live Chicken Treatment for Buboes: Trying a Plague Cure in Medieval and Early Modern Europe », Bulletin of the History of Medicine, 2017)

« Pourquoi certaines maladies rendent-elles malades ceux qui s'approchent alors que personne n'est guéri par la santé ? » (Problemata, VII, 4)

La compassion et le pouvoir de l'imagination (Béatrice Delaurenti, La Contagion des émotions. Compassio, une énigme médiévale, Paris, 2016)

Dispositio morbida et forme spécifique, ou comment intégrer l'inexpliqué de la contagion humaine dans le système explicable des humeurs

Cette « effrayante maladie qui nous envahit » : Gentile da Foligno, du commentaire du Canon d'Avicenne au Consilia contra pestilentiam (Joël Chandelier, Avicenne et la médecine en Italie. Le Canon dans les universités (1200-1350), Paris, 2017)

« Si on nous demande : comment nous en remettre à la théorie de la contagion (da'wa-l-adwa) quand la loi nie cela, nous répondons : l'existence de la contagion est solidement établie par l'expérience, par l'étude, par la perception, par la constatation et par la fréquence des données. Ce sont les éléments de la preuve » (Ibn al-Hatib, Celle qui convainc le poseur de questions sur la maladie terrifiante, 1348, cité par François Clément, « À propos de la Muqni'at al-sa'id d'Ibn al-Hatib sur la peste à Grenade en 1348-1349 », dans Id., dir., Epidemies, épizooties. Des représentations anciennes aux approches actuelles, Rennes, 2017)

Médecine arabe et refus des formes magiques de la contagion (Justin Stearns, Infectious ideas. Infectious ideas. Contagion in Premodern Islamic and Christian Thought in the Western Mediterranean, Baltimore, 2011)

La souillure, la tâche et l'infection : seuls les péchés sont contagieux (Aurélien Robert, « Contagion morale et transmission des maladies : histoire d'un chiasme (XIIIe-XIXe siècle) », Tracés, 2011)

Pourquoi faut-il isoler les lépreux ? Le morbus contagiosus de la maladie et la macule du péché (Maaike van der Lugt, « Les maladies héréditaires dans la pensée scolastique », dans L'Hérédité entre Moyen Âge et époque moderne, Florence, 2008)

Pollution, contagion, scandale (Arnaud Fossier, « La contagion des péchés (XIe-XIIIe siècle) », Tracés, 2011)

Le mauvais œil, la maladie d'amour et le pouvoir des femmes (Mary F. Wack, Lovesickness in the Middle Ages. The "Viaticum" and Its Commentaries, Philadelphie, 1990)

Amour, altération de l'esprit, mélancolie : « La contagion de l'amour s'opère facilement et devient la peste la plus grave de toute » (Marsile Ficin, Commentaire sur le Banquet de Platon, VII, 5, 1469)

Girolamo Fracastoro et le De Contagione et contagionis Morbis (1546) : une fausse rupture naturaliste

Pharmacie médiévale de la peste et pharmakon

« Cette langue qui halète, énorme et grosse, d'abord blanche, puis rouge, puis noire, et comme charbonneuse et fendillée… » (Antonin Artaud, Le Théâtre de la peste, 1938)

De la métaphore meurtrière en régime analogique : quand le langage s'affole, la violence peut commencer à s'exercer.

10 - La peste noire23 Mar 202101:07:13

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

La recherche des causes de la peste, mais aussi l'expérimentation de remèdes susceptibles de soigner une maladie que l'on considère comme mortelle mais non incurable, met la médecine médiévale à l'épreuve de sa propre rationalité savante. Comment y intégrer cette contagion que l'on observe sans l'expliquer ? La transmission de la maladie est d'abord une métaphore de la contagion des péchés, rendant manifeste le pouvoir de l'imagination : voici pourquoi la compassio médiévale inspire des politiques qui ne sont pas toujours compassionnelles.

Sommaire

« Mortelle ou mortifère, contagieuse, ardente, cruelle… » : les épithètes de la peste de Maurice de La Porte en 1571 (Véronique Montagne, « Le Discours didascalique sur la peste dans les traités médicaux de la Renaissance : rationaliser et/ou inquiéter », Réforme, Humanisme, Renaissance, 2010)

« Aspre, noire, charbonneuse… » : depuis quand la peste est-elle noire ? (Jon Arrizabalaga, « Facing the Black Death: perceptions and reactions of university medical practitioners », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Practical Medicine from Salerno to the Black Death, Cambridge, 1994)

Peste noire et peur bleue en 1832 (Justus Hecker, Der schwarze Tod im vierzehnten Jahrhundert: Nach den Quellen für Ärzte und gebildete Nichtärzte bearbeitet, Berlin, 1832)

Du rouge au noir, le mauvais sang de la mélancolie (Marie-Christine Pouchelle, « Les appétits mélancoliques », Médiévales, 1983)

Avec le corps pour écran et pour tombeau : diagnostic, pronostic et sémiologie médicale

Histoires de la douleur, des premiers symptômes à l'apparition des bubons

À la recherche du signum mortis : « le mouvement de la mort n'est pas aussi certain que celui de la vie (Bernard de Godon, Liber pronosticorum, 1295, cité par Danielle Jacquart, « Le Difficile Pronostic de mort (XIVe- XVe siècles) », Médiévales, 2004)

La médecine médiévale fut-elle honteuse ? Régimes de rationalités et diversité textuelle des Pestschiften (Karl Sudhoff)

Le Traité sur les fièvres pestilentielles et autres formes de fièvres d'Abraham Caslari (Ron Barkai, « Jewish Treatise on the Black Death (1350-1500): A Preliminary Study », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Medicine from the Black Death to the French Disease, Londres, 1998)

'Eliyahu ben 'Avraham à la cour de Sélim 1er à Constantinople et la médicalisation des savoirs politiques sur la peste dans l'Empire ottoman (Nükhet Varlik, Plague and Empire in the Early Modern Mediterranean World. The Ottoman Experience, 1347-1600, Cambridge, 2015)

Écrire avant, pendant et après la peste : le manuscrit latin 111227 de la BnF et le Compendium de epidemia de la Faculté de médecine de Paris (Danielle Jacquart, La Médecine médiévale dans le cadre parisien, XIVe-XVe siècle, Paris, 1998)

« À la vue des effets dont la cause échappe à la perspicacité des meilleures intelligences, l'esprit humain tombe dans l'étonnement » (Compendium de epidemia, 1348)

Les limites de la raison médicale face aux « effets merveilleux » d'une maladie mortelle, mais non incurable

La conjonction astrale de 1345, remota causa de la pestilence

Recours à l'astrologie et inflexion alchimique du discours médical : une défaite de la raison ? (Nicolas Weill-Parot, « La rationalité médicale à l'épreuve de la peste : médecine, astrologie et magie (1348-1500) », Médiévales, 2004)

Du bon usage thérapeutique de la richesse : or potable et pierres précieuses

Air vicié, venin et contrepoison (Nicolas Weill-Parot, « Des rationalités en concurrence ? Empirica magiques et médecine scolastique », Anuario de Estudios Medievales, 2013)

Ventouser, scarifier, cautériser : l'incision des bubons dans la Grande Chirurgie de Guy de Chauliac (1363)

La recette du jeune poulet au croupion déplumé (Jacme d'Agramont, Regiment de preservacio de pestilencia, 1348)

Empirica, experimenta ou secreta ? Longévité, obstination et créativité d'une « expérience de papier » (Erik A. Heinrichs, Erik Heinrichs, « The Live Chicken Treatment for Buboes: Trying a Plague Cure in Medieval and Early Modern Europe », Bulletin of the History of Medicine, 2017)

« Pourquoi certaines maladies rendent-elles malades ceux qui s'approchent alors que personne n'est guéri par la santé ? » (Problemata, VII, 4)

La compassion et le pouvoir de l'imagination (Béatrice Delaurenti, La Contagion des émotions. Compassio, une énigme médiévale, Paris, 2016)

Dispositio morbida et forme spécifique, ou comment intégrer l'inexpliqué de la contagion humaine dans le système explicable des humeurs

Cette « effrayante maladie qui nous envahit » : Gentile da Foligno, du commentaire du Canon d'Avicenne au Consilia contra pestilentiam (Joël Chandelier, Avicenne et la médecine en Italie. Le Canon dans les universités (1200-1350), Paris, 2017)

« Si on nous demande : comment nous en remettre à la théorie de la contagion (da'wa-l-adwa) quand la loi nie cela, nous répondons : l'existence de la contagion est solidement établie par l'expérience, par l'étude, par la perception, par la constatation et par la fréquence des données. Ce sont les éléments de la preuve » (Ibn al-Hatib, Celle qui convainc le poseur de questions sur la maladie terrifiante, 1348, cité par François Clément, « À propos de la Muqni'at al-sa'id d'Ibn al-Hatib sur la peste à Grenade en 1348-1349 », dans Id., dir., Epidemies, épizooties. Des représentations anciennes aux approches actuelles, Rennes, 2017)

Médecine arabe et refus des formes magiques de la contagion (Justin Stearns, Infectious ideas. Infectious ideas. Contagion in Premodern Islamic and Christian Thought in the Western Mediterranean, Baltimore, 2011)

La souillure, la tâche et l'infection : seuls les péchés sont contagieux (Aurélien Robert, « Contagion morale et transmission des maladies : histoire d'un chiasme (XIIIe-XIXe siècle) », Tracés, 2011)

Pourquoi faut-il isoler les lépreux ? Le morbus contagiosus de la maladie et la macule du péché (Maaike van der Lugt, « Les maladies héréditaires dans la pensée scolastique », dans L'Hérédité entre Moyen Âge et époque moderne, Florence, 2008)

Pollution, contagion, scandale (Arnaud Fossier, « La contagion des péchés (XIe-XIIIe siècle) », Tracés, 2011)

Le mauvais œil, la maladie d'amour et le pouvoir des femmes (Mary F. Wack, Lovesickness in the Middle Ages. The "Viaticum" and Its Commentaries, Philadelphie, 1990)

Amour, altération de l'esprit, mélancolie : « La contagion de l'amour s'opère facilement et devient la peste la plus grave de toute » (Marsile Ficin, Commentaire sur le Banquet de Platon, VII, 5, 1469)

Girolamo Fracastoro et le De Contagione et contagionis Morbis (1546) : une fausse rupture naturaliste

Pharmacie médiévale de la peste et pharmakon

« Cette langue qui halète, énorme et grosse, d'abord blanche, puis rouge, puis noire, et comme charbonneuse et fendillée… » (Antonin Artaud, Le Théâtre de la peste, 1938)

De la métaphore meurtrière en régime analogique : quand le langage s'affole, la violence peut commencer à s'exercer.

09 - La peste noire16 Mar 202101:09:53

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

Doit-on, et peut-on, combler les blancs de la carte de la diffusion de l'épidémie en Eurasie ? En interrogeant les silences documentaires de la Chine, de l'Inde et de l'Afrique subsaharienne, on suggère d'appréhender plutôt le monde archipélagique de la peste noire entre histoire globale et histoires connectées. La réflexion débouche donc sur des questions de méthode, touchant les rapports entre histoire environnementale et narrativité, Big Data et critique documentaire, hétérogénéité des sources et paradigme d'une connaissance par traces.

Sommaire

Tout le Moyen Âge : la peste comme opérateur de périodisation, de spatialité et de mondialité

Un monde en archipel, « la totalité vit de ses propres détails » (Édouard Glissant, Philosophie de la relation : poésie en étendue, 2009)

Une « pestilence inattendue et universelle » (Robert d'Avesbury) : la rumeur de Chine

« 1344. Fengxiang : sécheresse et criquets, grande famine, épidémie » : des sources chinoises à bas-bruit, et le grand fracas des ruptures politiques après 1350 (Timothy Brook, Le Léopard de Kubilaï Khan. Une histoire mondiale de la Chine, 2019

En Inde également, les silences de la documentation (George Sussmann, « Was the Black Death in India and China? », Bulletin of the History of Medicine, 2011

Distances, connexions, transmissions et immunité innée : en l'absence de Xenopsylla cheopis

La peste à Aden en 1436 : réseaux marchands et contagion épidémique en mer Rouge

« En ces jours-là s'éleva contre tous les gens une peste telle qu'on ne peut la décrire » (Chronique de Zar'a Ya'eqob)

Les « soldats du fléau » dans l'hagiographie éthiopienne (Marie-Laure Derat, « Du lexique aux talismans : occurrences de la peste dans la Corne de l'Afrique du XIIIe au XVe siècle », Afriques, 2018)

« Les têtes d'Ifé, abandonnées par « une population saisie d'effroi » ? (Gérard Chouin, dans François-Xavier Fauvelle dir., L'Afrique ancienne, de l'Acacus au Zimbabwe, 2018)

Une « exploration critique du silence » : abandons de sites archéologiques, transferts de population et transformations politiques (Gérard Chouin, « Fossés, enceintes et peste noire en Afrique de l'Ouest forestière (500-1500 AD) », Afrique : Archéologie & Arts, 9, 2013)

L'Afrique aussi a droit à la peste noire : recherches génétiques et récits d'histoire-monde (Monica H. Green, « Putting Africa on the Black Death map: Narratives from genetics and history », Afriques, 2018)

Le pic des années 1320, monde plein et système-monde

La fin du Moyen Âge à l'âge de l'histoire globale (Bruce Campbell, The Great Transition: Climate, Disease and Society in the Late-Medieval World, 2015)

Superposer les courbes ou établir des corrélations : questions de méthode (Jean-Philippe Genet, « De la "grande crise" à la "grande transition" : une nouvelle perspective ? », Médiévales, 2019)

Beau Moyen Âge ou Medieval Climatic Anomaly ?

A perfect storm : climat, écosystèmes et sociétés

L'irradiation solaire et l'ENSO comme déterminant de dernière instance

Rabi Levi ben Gershom et le bâton de Jacob, histoires d'un objet-monde (1342)

Prendre le point de vue des étoiles ou « faire place à des histoires » ? (William Cronon, Nature et récits. Essais d'histoire environnementale, 2016)

Retour à Jean-Noël Biraben (Les Hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, 1975), la démographie historique comme science morale

Encore une intrigue de méthode : comment transformer une collecte d'attestations documentaires d'épidémies de peste en base de données des plague outbreaks (Ulf Büntgen, Christian Ginzler et al., « Digitizing Historical plague », Clinical Infectious Diseases, 2012)

Modélisations hâtives et cartographies incomplètes (Joris Roosen, Daniel R. Curtis (de Leiden), « Dangers of Noncritical use of Historical Plague Data », Emerging Infectious Diseases, 2018)

De l'optimisme méthodologique de l'histoire sociale à la française aux vertiges des Big Data : la modélisation épidémiologique au péril de la critique des sources (George Christakos, Ricardo Olea, Marc Serre, Hwa-Lung Yu et Lin-Lin Wang, Interdisciplinary Public Health Reasoning and Epidemic Modelling: The Case of Black Death, 2015)

Le Moyen Âge à la trace : un régime documentaire

Eadem die obiit : quand la mort passe dans un petit registre de comptes (Givry, 1348)

Le Tout-Monde de la peste au « vrac des horizons » : « …La certitude aussi que la plus infime de ces composantes nous est irremplaçable » (Édouard Glissant, La Cohée du Lamentin, 2005).

08 - La peste noire09 Mar 202101:02:20

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

Pour l'histoire de la peste noire, l'épidémie qui affecte l'ensemble du bassin méditerranéen, et au-delà, de 541 à 749 constitue moins un précédent qu'une comparaison obligée, placée en vis-à-vis historiographique. Si elle occupe une branche morte de l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis, sa postérité est ailleurs : dans les enjeux méthodologiques qu'elle pose aux historiens confrontés à la discordance des sources, mais aussi dans l'imaginaire politique : entre hantises collapsologiques du contemporain et horizon eschatologique du Moyen Âge, on tente de comprendre en quoi, au-delà des conventions historiographiques, cette peste peut bien être dite « justinienne ».

Sommaire

« Il faut continuer… » (Samuel Becket, L'Innommable, 1953) : recommencements

La mémoire pathétique des gestes de la peste : quand le corps délivre une mémoire dont nous avons perdu le souvenir (Aby Warburg, Atlas Mnemosyne, 1927-1929)

Épaissir le temps de la peste, peupler les mondes de la peste : réassurances des savoirs lettrés et blessure narcissique

Yersinia pestis et l'humanité souffrante : une maladie qui n'était pas notre genre

Progrès scientifique et horizon de connaissances : la science pose de nouvelles questions à l'histoire

La génomique et la discordance des temps, une affaire de rythmes et d'échelles

Retour au territoire de l'historien : l'hétérogénéité des régimes documentaires

Entre histoire profonde et histoire globale, un regard à mi-pente

La peste dite « justinienne » : première épidémie historique

Une branche morte sur l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis mais un opérateur puissant de périodisation (Yujun Cui, Chang Yu et al., « Historical variations in mutation rate in an epidemic pathogen, Yersinia pestis », PNAS, 2013)

Deux morts en Bavière : identification des premières victimes de la peste du VIe siècle au cimetière d'Alternerding

Premier bilan, nouvelles interrogations : quelle échelle, quelles datations ? (Marcel Keller, Maria A Spyrou et al., « Ancient Yersinia pestis genome from across Western Europe reveal early diversification during the First Pandemic (541-750) », PNAS, 2019)

Ceci n'est pas un puzzle

Constantinople, mars 542, « Il y eut en ce temps-là une pestilence qui manqua d'emporter la race humaine tout entière » (Procope de Césarée, Histoire des guerres, 2, 22)

Harvard, 2015 : archéologie de la mort de masse (Michael McCormick, « Tracking mass death during the fall of Rome's empire », Journal of Roman Archaeology, 2015)

Constantinople, 536 : « Combien il est étrange, je vous le demande, de voir le soleil mais sans son éclat habituel » (Cassiodore, Variae, 12, 25)

Belfast, 2008 : analyse dendochronologique et carottes glaciaires (Michaël Baillie, « Proposed re‐dating of the European ice core chronology by seven years prior to the 7th century AD », Geophysical research letters, 2008)

Constantinople, 541 : Justinien, les greniers de l'empire et les rats des navires (Michael McCormick, « Bateaux de vie, bateaux de mort. Maladie, commerce, transports annonaires et le passage économique du bas-empire au Moyen Âge », dans Morfologie sociali e culturali in Europa fra tardo antichità e alto medioevo (Spolète, 1998)

Raconter l'histoire depuis le point de vue animal de rattus rattus ?

Le « petit âge glaciaire de l'Antiquité tardive » (530-680) : systèmes climatiques et écosystèmes sociaux (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le Roi. Environnement, pouvoir et société à l'âge de Charlemagne, 2019)

En Scandinavie, du « grand hiver » (Fimbulvetr) au « crépuscule des dieux » (Ragnarök) : Winter is coming (Bo Gräslund et Neil Price, « Twilight of the gods? The "dust veil event" of AD 536 in critical perspective », Antiquity, 2012)

Pourquoi la peste du VIe siècle peut être dite justinienne : catastrophe épidémique et retournement de situation politique

Combiner les sources, malgré tout : Procope de Césarée et Jean d'Ephèse, « duo improbable », ont bien vu ce qu'ils ont vu (Kyle Harper, Comment l'Empire romain s'est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, 2019)

Le silo mortuaire des tours de Sykai et le pressoir mystique : « vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu » (Jean d'Ephèse, Chronique de Zuqnîn)

Une épidémie qui avance par bonds : « Comme un champ de blé incendié, la ville fut soudainement enflammée par la pestilence » (Grégoire de Tours, Histoires des Francs, 9, 22)

Ne pas révoquer la valeur documentaire des sources au motif de leur discontinuité (Michael McCormick, « Gregory of Tours on Sixth-Century Plague and Other Epidemics », Speculum, 2021)

Les trois temps de la première pandémie : peste byzantine (542-600), accalmie du VIIe siècle (600-660), période ibérique (660-749) (Dimitri Stathakopoulos, Famine and Pestilence in the Late Roman and Early Byzantine Empire: A Systematic Survey of Subsistence Crisis and Epidemics, 2004)

« … la peste justinienne, après avoir peut-être contribué à expliquer Mahomet, a pu aussi expliquer Charlemagne » (Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, « La Peste du Haut Moyen Âge», Annales, 1969)

Peste justinienne et peste noire : une comparaison historiographique inévitable

La peste et la chute des empires : lectures maximalistes, lectures déflationnistes (Lee Mordechai et Merle Eisenberg, « Rejecting Catastrophe: The Case of the Justinianic Plague », Past & Present, 2019)

Kyle Harper et la fin du monde, ou la chute de Rome sans les Romains de la décadence

Hantises collapsologiques et horizon eschatologique : la peste justinienne et le Moyen Âge aujourd'hui.

07 - La peste noire02 Mar 202101:59:08

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

Pour l'histoire de la peste noire, l'épidémie qui affecte l'ensemble du bassin méditerranéen, et au-delà, de 541 à 749 constitue moins un précédent qu'une comparaison obligée, placée en vis-à-vis historiographique. Si elle occupe une branche morte de l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis, sa postérité est ailleurs : dans les enjeux méthodologiques qu'elle pose aux historiens confrontés à la discordance des sources, mais aussi dans l'imaginaire politique : entre hantises collapsologiques du contemporain et horizon eschatologique du Moyen Âge, on tente de comprendre en quoi, au-delà des conventions historiographiques, cette peste peut bien être dite « justinienne ».

Sommaire

« Il faut continuer… » (Samuel Becket, L'Innommable, 1953) : recommencements

La mémoire pathétique des gestes de la peste : quand le corps délivre une mémoire dont nous avons perdu le souvenir (Aby Warburg, Atlas Mnemosyne, 1927-1929)

Épaissir le temps de la peste, peupler les mondes de la peste : réassurances des savoirs lettrés et blessure narcissique

Yersinia pestis et l'humanité souffrante : une maladie qui n'était pas notre genre

Progrès scientifique et horizon de connaissances : la science pose de nouvelles questions à l'histoire

La génomique et la discordance des temps, une affaire de rythmes et d'échelles

Retour au territoire de l'historien : l'hétérogénéité des régimes documentaires

Entre histoire profonde et histoire globale, un regard à mi-pente

La peste dite « justinienne » : première épidémie historique

Une branche morte sur l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis mais un opérateur puissant de périodisation (Yujun Cui, Chang Yu et al., « Historical variations in mutation rate in an epidemic pathogen, Yersinia pestis », PNAS, 2013)

Deux morts en Bavière : identification des premières victimes de la peste du VIe siècle au cimetière d'Alternerding

Premier bilan, nouvelles interrogations : quelle échelle, quelles datations ? (Marcel Keller, Maria A Spyrou et al., « Ancient Yersinia pestis genome from across Western Europe reveal early diversification during the First Pandemic (541-750) », PNAS, 2019)

Ceci n'est pas un puzzle

Constantinople, mars 542, « Il y eut en ce temps-là une pestilence qui manqua d'emporter la race humaine tout entière » (Procope de Césarée, Histoire des guerres, 2, 22)

Harvard, 2015 : archéologie de la mort de masse (Michael McCormick, « Tracking mass death during the fall of Rome's empire », Journal of Roman Archaeology, 2015)

Constantinople, 536 : « Combien il est étrange, je vous le demande, de voir le soleil mais sans son éclat habituel » (Cassiodore, Variae, 12, 25)

Belfast, 2008 : analyse dendochronologique et carottes glaciaires (Michaël Baillie, « Proposed re‐dating of the European ice core chronology by seven years prior to the 7th century AD », Geophysical research letters, 2008)

Constantinople, 541 : Justinien, les greniers de l'empire et les rats des navires (Michael McCormick, « Bateaux de vie, bateaux de mort. Maladie, commerce, transports annonaires et le passage économique du bas-empire au Moyen Âge », dans Morfologie sociali e culturali in Europa fra tardo antichità e alto medioevo (Spolète, 1998)

Raconter l'histoire depuis le point de vue animal de rattus rattus ?

Le « petit âge glaciaire de l'Antiquité tardive » (530-680) : systèmes climatiques et écosystèmes sociaux (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le Roi. Environnement, pouvoir et société à l'âge de Charlemagne, 2019)

En Scandinavie, du « grand hiver » (Fimbulvetr) au « crépuscule des dieux » (Ragnarök) : Winter is coming (Bo Gräslund et Neil Price, « Twilight of the gods? The "dust veil event" of AD 536 in critical perspective », Antiquity, 2012)

Pourquoi la peste du VIe siècle peut être dite justinienne : catastrophe épidémique et retournement de situation politique

Combiner les sources, malgré tout : Procope de Césarée et Jean d'Ephèse, « duo improbable », ont bien vu ce qu'ils ont vu (Kyle Harper, Comment l'Empire romain s'est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, 2019)

Le silo mortuaire des tours de Sykai et le pressoir mystique : « vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu » (Jean d'Ephèse, Chronique de Zuqnîn)

Une épidémie qui avance par bonds : « Comme un champ de blé incendié, la ville fut soudainement enflammée par la pestilence » (Grégoire de Tours, Histoires des Francs, 9, 22)

Ne pas révoquer la valeur documentaire des sources au motif de leur discontinuité (Michael McCormick, « Gregory of Tours on Sixth-Century Plague and Other Epidemics », Speculum, 2021)

Les trois temps de la première pandémie : peste byzantine (542-600), accalmie du VIIe siècle (600-660), période ibérique (660-749) (Dimitri Stathakopoulos, Famine and Pestilence in the Late Roman and Early Byzantine Empire: A Systematic Survey of Subsistence Crisis and Epidemics, 2004)

« … la peste justinienne, après avoir peut-être contribué à expliquer Mahomet, a pu aussi expliquer Charlemagne » (Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, « La Peste du Haut Moyen Âge», Annales, 1969)

Peste justinienne et peste noire : une comparaison historiographique inévitable

La peste et la chute des empires : lectures maximalistes, lectures déflationnistes (Lee Mordechai et Merle Eisenberg, « Rejecting Catastrophe: The Case of the Justinianic Plague », Past & Present, 2019)

Kyle Harper et la fin du monde, ou la chute de Rome sans les Romains de la décadence

Hantises collapsologiques et horizon eschatologique : la peste justinienne et le Moyen Âge aujourd'hui.

06 - La peste noire09 Feb 202101:10:15

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Depuis dix ans, les progrès de la paléogénomique relancent l'histoire de la peste noire, par les réponses qu'ils apportent, mais surtout par les nouvelles questions qu'ils ouvrent. En tentant de comprendre le cadre épistémologique qui préside à la reconstitution phylogénétique de Yersinia pestis, on l'appréhende à la fois comme outil de périodisation et comme épreuve d'une réflexion sur l'hétérogénéité des régimes documentaires. Le programme de recherche sur la peste noire s'en trouve redéfini, entre naturalisme et constructivisme.

Sommaire

Un cadavre exquis : Ramsès II au Val-de-Grâce en 1976

Un pharaon peut-il mourir de la tuberculose ? (Bruno Latour, « Jusqu'où faut-il mener l'histoire des découvertes scientifiques ? », Chroniques d'un amateur de sciences, 2006)

« La science construit ses objets » (Gaston Bachelard) : objets de connaissance, objets dans le monde

« Mais quelle raison a pu conduire Latour à récuser la réponse de bon sens ? » (Paul Boghossian, La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance, 2009)

Desserrer l'étau d'une opposition binaire entre réalités naturelles et construits sociaux (Étienne Anheim et Stéphane Gioanni, « La nature, la construction sociale et l'histoire. Remarques sur l'œuvre de Ian Hacking » dans Michel de Fornel et Cyril Lemieux dir., Naturalisme vs constructivisme, 2009)

Constructivisme des faits et nominalisme radical : les séductions d'un textualisme péremptoire

« Nos savants au secours de Ramsès II tombé malade 3 000 ans après sa mort » : la leçon de philosophie de Paris-Match

Une expérience du temps historique : ouvrir le passé aux futurs de l'histoire

Qu'est-ce qu'une expérience de pensée ? « On donne généralement le nom de découverte à la connaissance d'un fait nouveau ; mais je pense que c'est l'idée qui se rattache au fait découvert qui constitue en réalité la découverte » (Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale, 1865)

Trois mots anglais pour dire la maladie : illness, disease, sickness (Horacio Fabrega, Evolution of Sickness and Healing, 1997)

Le pouvoir médical, ou comment, diagnostiquant un disease, on transforme illness en sickness

Le rôle social du lépreux dans la société de persécution au Moyen Âge

Les maladies ont une histoire : sur l'historiographie des « années SIDA » (Neithard Bulst et Robert Delort dir., Maladies et sociétés, XIIe-XVIIe siècles, 1988 ; François-Olivier Touati dir., Maladies, médecines et sociétés, 1993)

Histoire de longue durée et histoire immédiate : la pathocénose comme « communauté de maladies » (Joël Coste, Bernardino Fantini et Louise Lambrichs dir., Le Concept de pathocénose de M.D. Grmek. Une conceptualisation de l'histoire des maladies, 2016)

La septième pathocénose : un outil de périodisation

Quand Yersinia pestis n'a pas besoin de nous : « l'homme n'est que son hôte secondaire, subsidiaire et, d'un point non anthropocentrique, peu important » (Mirko Grmek, « Préliminaires d'une étude historique des maladies », Annales, 1969)

Londres, 1348 : le cimetière d'East-Smithfield (Barney Sloane, The Black Death in London, 2011)

Sépultures de catastrophe et rites funéraires. Qu'est-ce qu'un cimetière de peste ? (Sacha Kacki, « Black Death: Cultures in Crisis », Encyclopedia of Global Archaeology, 2020)

La collection ostéologique d'East-Smithfield : bioarchéologie de l'état sanitaire des populations (Sharon DeWitte)

Depuis 2010, brève histoire de la paléogénomique (Ludovic Orlando, L'ADN fossile, une machine à remonter le temps, 2021)

Quand le plus ancien en nous sert à mieux tolérer ce qui surgit de neuf : métissage, immunité innée et ingression archaïque (Lluis Quintana-Murci, « Génétique et histoire de l'homme : adaptation aux agents infectieux », dans Patrick Boucheron dir., Migrations, réfugiés, exils, 2017)

Faut-il avoir peur de ce savoir ? Les mauvais souvenirs historiques d'une biologisation de l'anthropologie raciale (Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d'origine de l'Occident, 2014)

La tentation de fin de non-recevoir (Alain Testard, « Les modèles biologiques sont-ils utiles pour penser l'évolution des sociétés ? », Préhistoires méditerranéennes, 2011)

2011, East Smithfield : une trace de Yersinia pestis (Kirsten I. Boos et al., « A draft genome of Yersinia pestis from victims of the Black Death », Nature, 478, octobre 2011)

Une seule bactérie tueuse, plusieurs maladies

De la peste justinienne à l'âge de Bronze : Quand Yersinia pestis prend de l'âge

Du stemma codicum à l'arbre phylogénétique : l'étrange familiarité d'une forme graphique

La peste justinienne et la peste noire de part et d'autre du « silence pathologique » (Pierre Toubert, « La Peste noire (1348), entre histoire et biologie moléculaire », Journal des savants, 2016)

Trois pandémies ou cinq pestes ? (Monica Green, « The Four Black Deaths », The American Historical Review, 125, décembre 2020)

Un événement théorique en Asie centrale : le « Big Bang » de la polytomie avant la peste noire

La carte au trésor : histoire globale et hétérogénéité des régimes documentaires

Retour à Ramsès II : comment peut-on être tuberculeux sans avoir lu la Montagne magique de Thomas Mann ?

« Mon corps est bien plus vieux que moi, comme si nous gardions toujours l'âge des peurs sociales auxquelles, par le hasard de la vie, nous avons touché » (Roland Barthes, Leçon, 1977).

05 - La peste noire02 Feb 202101:07:29

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

Les modes de transmission de Yersinia pestis font l'objet d'études biologiques et épidémiologiques de plus en plus poussées, à partir du tableau clinique actuel mais aussi de la modélisation rétrospective des sources du passé. Pourtant, la virulence de l'épidémie médiévale reste difficilement compréhensible en appliquant de tels modèles. Le cours suggère d'autres hypothèses sur la possibilité d'une contagion interhumaine et la persistance de foyers pesteux en Europe, qui prennent en compte la dimension environnementale d'un récit global mais discontinu de l'épidémie.

Sommaire

« Depuis longtemps, la peste est mon métier » : Henri Mollaret, Jacqueline Brossolet et le service de la Peste de l'Institut Pasteur

Dernières nouvelles de la troisième pandémie de peste (Eric Bertherat, World Health Organization, Weekly epidemiological record, 25, 2019)

L'étiologie actuelle : essentiellement trois formes cliniques (septicémique, bubonique et pulmonaire)

Quand le bubon ne suffit plus à établir le diagnostic rétrospectif : à la recherche des carbunculi (Samuel Cohn, Cultures of Plague. Medical thinking at the end of Renaissance, 2010)

Menaces sur la biodiversité, résistance aux antibiotiques et bioterrorisme : l'économie de la recherche sur le bacille « dont le pouvoir pathogène pour l'homme est le plus élevé dans le monde bactérien » (Elisabeth Carniel)

Tester rapidement l'antigène F1 de YP : les risques du passé et les retombées des hantises du présent (Raffaela Bianucci et al., CR Biologies, 2007)

En URSS des années 1920 aux années 1970 : l'impossible éradication de la peste (Susan D. Jones et al., PNAS, 2019)

Zoonose et sauts d'espèce : le schéma général de la transmission du puce à la rat et du rat à l'homme

Une progression par réplication de micro-événements (Monica Green, The Medieval Globe, 2014)

Quand l'histoire passe par une piqûre de puce : microbiologie de l'infection (Amélie Dewitte et all, PLOS Pathogens, 2020)

De la mort du rat à celle de l'homme : la peste au Caire en 1801 (Xavier Didelot, et al., J. R. Soc. Interface, 2017)

Toujours au Caire, mais au XVe siècle, au temps du « grand anéantissement » (Stuart Borsch et Tarek Sabraa, Mamlῡk Studies Review, 2016)

Un soupçon persistant sur pulex irritans (Katharine R. Dean et al., PNAS, 2018)

La peste s'est diffusée dans les populations humaines avec une rapidité et une facilité qui ne sont guère compatibles avec le modèle classique de transmission du rat à la puce du rat puis à l'homme » (Isabelle Séguy et Guido Alfani, « La Peste : bref état des connaissances actuelles », Annales de démographie historique, 2017)

La circulation des savoirs microbiologiques depuis Bombay, « théâtre d'expérimentation » de la peste (Pratik Chakrabarti)

Pour en finir avec l'orientalisme épidémiologique : relectures historiennes des Rapports d'études sur la peste en Inde (Samuel Cohn, The Black Death Transformed, 2002)

Mort et résurrection d'un paradigme (Samuel Cohn, « Black Death, End of a Paradigm » American Historical Review, 2002)

« We believe that we can end the controversy: Medieval Black Death was Plague » : comment ne pas mettre fin à une controverse (Didier Raoult et al., PNAS, 2000)

Des espèces aux milieux et de la Mongolie aux Alpes italiennes : cherchez la marmotte (V.V. Suntsov, Biol Bull Russ Acad Sci, 2012)

Histoire de l'épidémie milanaise de 1567 et hypothèse sur la persistance de la peste en Europe (Ann Carmichael, The Medieval Globe, 2014)

Retour aux sources : Avignon en 1348, Guy de Chauliac et Louis Sanctus de Beringen

Modélisation épidémiologique des sources démographiques traditionnelles : le cas de Nonantola en 1630 (Guido Alfani et Samuel Cohn, « Nonantola 1630: Anatomia di une pestilenza e mecanismi del contagio », Popolazione e Storia, 2, 2007)

Sur la piste d'une contamination interhumaine : surmortalité et densité des foyers humains (Guido Alfani et Marco Bonetti, « A survival analysis of the last great European plagues: The case of Nonantola (Northern Italy) in 1630 », Population Studies, 73, 2019)

Qui comincia il contaggio : la mort d'Antonia Tarossi et de sa famille

« A Marseille, sur 150 Frères Mineurs il n'en resta pas un seul : c'est bien ainsi » : Henry Knighton et les petitesses de l'histoire

Histoire naturelle ou histoires naturelles ? Un récit global mais discontinu

Après la nature, après l'histoire, restaurer la lisibilité de l'histoire en faisant droit à l'hétérogénéité des images

« Le besoin de savoir était contredit par la tendance à fermer les yeux » (W.G. Sebald, De la destruction comme élément de l'histoire naturelle, 2001)

Les yeux écarquillés et les yeux bandés : retour sur la scène du crime (Henri Mollaret et Jacqueline Brossollet, À propos des « Pestiférés de Jaffa » de A.J. Gros, 1968).

Conférence - Daisy Delogu : La figure du « serf » dans l'imaginaire de la fin du Moyen Âge07 May 202400:55:10

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Conférence - Daisy Delogu : La figure du « serf » dans l'imaginaire de la fin du Moyen Âge

Daisy Delogu

Professeure de littérature française, Université de Chicago

Daisy Delogu est invitée par l'assemblée du Collège de France sur proposition du Pr Patrick Boucheron.

Résumé

La conférence mettra en conversation des sources poétiques (le Roman de la Rose, des poèmes et dits de Guillaume de Machaut, des poèmes de Philippe de Vitry et de Pierre d'Ailly) et politiques (notamment les traductions de Nicole Oresme de l'œuvre dite « morale » d'Aristote) afin de cerner l'imaginaire culturel qui se développe autour du « serf ». Défini comme tel selon des critères moraux, légaux, amoureux, politiques, ou économiques, le « serf » en tant que catégorie s'avère profondément instable, désignant moins une identité fixe qu'une condition toujours en devenir ; on peut être « serf » en raison de ses attachements, de la nature de ses obligations, ou des opérations du pouvoir (ou des pouvoirs) auquel un individu se trouve soumis. Ainsi le « serf » serait capable de figurer la conscience d'une précarité qui hante les écrivains de la fin du Moyen Âge et qui n'est pas sans rapport, nous suggérons, avec notre société actuelle.

04 - La peste noire26 Jan 202101:07:31

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

Entre fiction littéraire de la fête collective chez Jean Delumeau et fiction politique de la société de peste chez Michel Foucault, la séance interroge la constitution des savoirs historiens sur les épidémies de peste dans les années 1975-1985. Elle pose comme hypothèse que celle-ci est indissociable d'une certaine hantise contemporaine, ramenant le théâtre de la contagion aux structures narratives d'un récit épidémique.

Sommaire

Festival d'Avignon, cour d'honneur, 9 juillet 1983 : « dans ce palais, il y a eu la peste et la papauté, ensemble, en 1348 » (Jean-Pierre Vincent)

« Il y a dans le théâtre comme dans la peste quelque chose à la fois de victorieux et de vengeur (Antonin Artaud,

« Le théâtre et la peste », 1938)

Comment une société organise-t-elle son indestructibilité ?

Microbiologie, environnement, world history : une histoire triplement débordée

Voir l'histoire à travers « l'imagination de la vérité du réel » (Goethe)

Retour sur la « terrible puanteur des morts » à Marseille en 1347 : mémoire et inflammation de l'imaginaire

« Les gestes de la peste, comme ceux de la peur et de la douleur en général, délivrent une mémoire dont nous avons perdu le souvenir » (Georges Didi-Huberman, Memorandum de la peste, 1983)

Ecrire dans un théâtre dépeuplé : récit d'une coïncidence différée

Une survivance chorale : « Mais à la peste il faut bien un narrateur, un qui puisse, qui ose dire mes yeux ont tout vu,

il faut bien, tâche lourde ou non, un arpenteur du désastre, un mélancolique, un dont la maladie différait un peu des autres, maladie à la mort, non maladie mortelle, encore. Un qui pressent qu'il n'arrive pas à mourir » (Georges Didi-Huberman)

La peste comme fête collective et comme cité assiégée : Jean Delumeau, La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles), 1978

Une « rupture inhumaine » dans l'ordre ordinaire des jours

La persistance historiographique de « l'âpre saveur de la vie » (Elodie Lecuppre-Desjardins dir., L'odeur du sang et des roses. Relire Johan Huizinga aujourd'hui, 2019)

Histoire des mentalités, médecine et psychologie des foules : la « dissolution de l'homme moyen » (Paul Fréour, « Réactions des populations atteintes par une grande épidémie », Revue de psychologie des peuples, 1960)

Les traits anthropologiques fondamentaux d'une « société de peste »

« Le Journal de la peste de Daniel Defoe — notre meilleur document sur une peste bien qu'il s'agisse d'un roman — est rempli de scènes hallucinantes et d'anecdotes bouleversantes » (Jean Delumeau)

« l'homérique bataille de l'explosion et du colmatage, de la déliquescence et du durcissement, du désordre fou et de l'acharnée volonté de mise en ordre » (Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la Peste, 1984)

Fiction littéraire de la fête chez Jean Delumeau, fiction politique de la peste chez Michel Foucault

« Voici, selon un règlement de la peste de la fin du XVIIe siècle, les mesures qu'il fallait prendre quand la peste se déclarait dans une ville » (Surveiller et punir, 1975)

Visible dans l'archive et rendant l'archive lisible : le paradigme foucaldien, entre singularité et exemplarité

A Marseille en 1720, société de surveillance et « expériences ordinaires de la peste » (Fleur Beauvieux)

De 1347 à 1722, la deuxième pandémie de peste : à l'ombre du paradigme

La fondation paradoxale des années 1975-1985 : savoirs historiens, indistinction chronologique et hantise théâtrale

« Evidemment que c'est la peste. En voici les dernières nouvelles, on n'est jamais trop prudent. La peste donc, mais d'abord une peste, peu importe laquelle… » (Bernard Chartreux)

Théâtre de la contagion et récit épidémique : trois actes et un patient zéro

Charles Rosenberg, « What Is an Epidemic ? AIDS in Historical Perspective », Daedalus, 1989

Le troisième acte ouvre seulement la possibilité de la fin de l'épidémie : ça finit quand, vraiment ?

03 - La peste noire19 Jan 202101:08:13

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

Entre fiction littéraire de la fête collective chez Jean Delumeau et fiction politique de la société de peste chez Michel Foucault, la séance interroge la constitution des savoirs historiens sur les épidémies de peste dans les années 1975-1985. Elle pose comme hypothèse que celle-ci est indissociable d'une certaine hantise contemporaine, ramenant le théâtre de la contagion aux structures narratives d'un récit épidémique.

Sommaire

Festival d'Avignon, cour d'honneur, 9 juillet 1983 : « dans ce palais, il y a eu la peste et la papauté, ensemble, en 1348 » (Jean-Pierre Vincent)

« Il y a dans le théâtre comme dans la peste quelque chose à la fois de victorieux et de vengeur (Antonin Artaud,

« Le théâtre et la peste », 1938)

Comment une société organise-t-elle son indestructibilité ?

Microbiologie, environnement, world history : une histoire triplement débordée

Voir l'histoire à travers « l'imagination de la vérité du réel » (Goethe)

Retour sur la « terrible puanteur des morts » à Marseille en 1347 : mémoire et inflammation de l'imaginaire

« Les gestes de la peste, comme ceux de la peur et de la douleur en général, délivrent une mémoire dont nous avons perdu le souvenir » (Georges Didi-Huberman, Memorandum de la peste, 1983)

Ecrire dans un théâtre dépeuplé : récit d'une coïncidence différée

Une survivance chorale : « Mais à la peste il faut bien un narrateur, un qui puisse, qui ose dire mes yeux ont tout vu,

il faut bien, tâche lourde ou non, un arpenteur du désastre, un mélancolique, un dont la maladie différait un peu des autres, maladie à la mort, non maladie mortelle, encore. Un qui pressent qu'il n'arrive pas à mourir » (Georges Didi-Huberman)

La peste comme fête collective et comme cité assiégée : Jean Delumeau, La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles), 1978

Une « rupture inhumaine » dans l'ordre ordinaire des jours

La persistance historiographique de « l'âpre saveur de la vie » (Elodie Lecuppre-Desjardins dir., L'odeur du sang et des roses. Relire Johan Huizinga aujourd'hui, 2019)

Histoire des mentalités, médecine et psychologie des foules : la « dissolution de l'homme moyen » (Paul Fréour, « Réactions des populations atteintes par une grande épidémie », Revue de psychologie des peuples, 1960)

Les traits anthropologiques fondamentaux d'une « société de peste »

« Le Journal de la peste de Daniel Defoe — notre meilleur document sur une peste bien qu'il s'agisse d'un roman — est rempli de scènes hallucinantes et d'anecdotes bouleversantes » (Jean Delumeau)

« l'homérique bataille de l'explosion et du colmatage, de la déliquescence et du durcissement, du désordre fou et de l'acharnée volonté de mise en ordre » (Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la Peste, 1984)

Fiction littéraire de la fête chez Jean Delumeau, fiction politique de la peste chez Michel Foucault

« Voici, selon un règlement de la peste de la fin du XVIIe siècle, les mesures qu'il fallait prendre quand la peste se déclarait dans une ville » (Surveiller et punir, 1975)

Visible dans l'archive et rendant l'archive lisible : le paradigme foucaldien, entre singularité et exemplarité

A Marseille en 1720, société de surveillance et « expériences ordinaires de la peste » (Fleur Beauvieux)

De 1347 à 1722, la deuxième pandémie de peste : à l'ombre du paradigme

La fondation paradoxale des années 1975-1985 : savoirs historiens, indistinction chronologique et hantise théâtrale

« Evidemment que c'est la peste. En voici les dernières nouvelles, on n'est jamais trop prudent. La peste donc, mais d'abord une peste, peu importe laquelle… » (Bernard Chartreux)

Théâtre de la contagion et récit épidémique : trois actes et un patient zéro

Charles Rosenberg, « What Is an Epidemic ? AIDS in Historical Perspective », Daedalus, 1989

Le troisième acte ouvre seulement la possibilité de la fin de l'épidémie : ça finit quand, vraiment ?

02 - La peste noire12 Jan 202101:02:27

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

Résumé

Entre fiction littéraire de la fête collective chez Jean Delumeau et fiction politique de la société de peste chez Michel Foucault, la séance interroge la constitution des savoirs historiens sur les épidémies de peste dans les années 1975-1985. Elle pose comme hypothèse que celle-ci est indissociable d'une certaine hantise contemporaine, ramenant le théâtre de la contagion aux structures narratives d'un récit épidémique.

Sommaire

Festival d'Avignon, cour d'honneur, 9 juillet 1983 : « dans ce palais, il y a eu la peste et la papauté, ensemble, en 1348 » (Jean-Pierre Vincent)

« Il y a dans le théâtre comme dans la peste quelque chose à la fois de victorieux et de vengeur (Antonin Artaud,

« Le théâtre et la peste », 1938)

Comment une société organise-t-elle son indestructibilité ?

Microbiologie, environnement, world history : une histoire triplement débordée

Voir l'histoire à travers « l'imagination de la vérité du réel » (Goethe)

Retour sur la « terrible puanteur des morts » à Marseille en 1347 : mémoire et inflammation de l'imaginaire

« Les gestes de la peste, comme ceux de la peur et de la douleur en général, délivrent une mémoire dont nous avons perdu le souvenir » (Georges Didi-Huberman, Memorandum de la peste, 1983)

Ecrire dans un théâtre dépeuplé : récit d'une coïncidence différée

Une survivance chorale : « Mais à la peste il faut bien un narrateur, un qui puisse, qui ose dire mes yeux ont tout vu,

il faut bien, tâche lourde ou non, un arpenteur du désastre, un mélancolique, un dont la maladie différait un peu des autres, maladie à la mort, non maladie mortelle, encore. Un qui pressent qu'il n'arrive pas à mourir » (Georges Didi-Huberman)

La peste comme fête collective et comme cité assiégée : Jean Delumeau, La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles), 1978

Une « rupture inhumaine » dans l'ordre ordinaire des jours

La persistance historiographique de « l'âpre saveur de la vie » (Elodie Lecuppre-Desjardins dir., L'odeur du sang et des roses. Relire Johan Huizinga aujourd'hui, 2019)

Histoire des mentalités, médecine et psychologie des foules : la « dissolution de l'homme moyen » (Paul Fréour, « Réactions des populations atteintes par une grande épidémie », Revue de psychologie des peuples, 1960)

Les traits anthropologiques fondamentaux d'une « société de peste »

« Le Journal de la peste de Daniel Defoe — notre meilleur document sur une peste bien qu'il s'agisse d'un roman — est rempli de scènes hallucinantes et d'anecdotes bouleversantes » (Jean Delumeau)

« l'homérique bataille de l'explosion et du colmatage, de la déliquescence et du durcissement, du désordre fou et de l'acharnée volonté de mise en ordre » (Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la Peste, 1984)

Fiction littéraire de la fête chez Jean Delumeau, fiction politique de la peste chez Michel Foucault

« Voici, selon un règlement de la peste de la fin du XVIIe siècle, les mesures qu'il fallait prendre quand la peste se déclarait dans une ville » (Surveiller et punir, 1975)

Visible dans l'archive et rendant l'archive lisible : le paradigme foucaldien, entre singularité et exemplarité

A Marseille en 1720, société de surveillance et « expériences ordinaires de la peste » (Fleur Beauvieux)

De 1347 à 1722, la deuxième pandémie de peste : à l'ombre du paradigme

La fondation paradoxale des années 1975-1985 : savoirs historiens, indistinction chronologique et hantise théâtrale

« Evidemment que c'est la peste. En voici les dernières nouvelles, on n'est jamais trop prudent. La peste donc, mais d'abord une peste, peu importe laquelle… » (Bernard Chartreux)

Théâtre de la contagion et récit épidémique : trois actes et un patient zéro

Charles Rosenberg, « What Is an Epidemic ? AIDS in Historical Perspective », Daedalus, 1989

Le troisième acte ouvre seulement la possibilité de la fin de l'épidémie : ça finit quand, vraiment ?

01 - La peste noire05 Jan 202101:01:15

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2020-2021

La peste noire

« In medias res » (introduction générale)

Résumé

Le passage de la mort dans la vie d'une femme, à Marseille, en 1348 : c'est ainsi que commence le cours de cette année in medias res. On y parle d'expérience et de narration, dans la continuité des leçons données l'année dernière, mais aussi de deuil et de progrès scientifiques, présentant les principaux enjeux d'une histoire à la fois globale et sociale de la peste noire.

Sommaire

Quand l'événement est en cours, commencer « au milieu des choses »

Marseille, août 1349 : Alayseta Paula devant son juge, « privée de tous ses proches, enceinte et affaiblie, continuellement remplie de chagrins et d'afflictions »

La peste arrive à Marseille (Ole Jørgen Benedictow, The Black Death 1346-1353. The Complete History, 2004)

« La terrible puanteur des morts » : une vision hallucinée de la peste noire, de Boccace à Antonin Artaud

Résilience notariale et résistance sociale à Marseille, Perpignan et Bologne (Shona Kelly Wray, Communities and Crisis. Bologna during the Black Death, 2009)

Alayseta Paula dans le portrait de groupe des travailleuses marseillaises (Francine Michaud, Earning Dignity. Labour Conditions and Relations during the Century of the Black Death in Marseille, 2016)

Propter pestilentiam : l'écho amorti de la catastrophe dans la documentation publique (François Otchakovsky-Laurens, La vie politique à Marseille sous la domination angevine (1348-1385), 2017)

Une société politique qui résiste et qui s'adapte (Daniel Lord Smail, « Accommodating plague in Medieval Marseille », Continuity and Change, 1996)

Pandémie et pestis universalis : « la violente mortalité due à la peste envoie en ce moment atrocement ses flèches partout » (Elisabeth Carpentier, Une ville devant la peste. Orvieto et la peste noire de 1348, 1962, rééd. 1993)

Anno mortalitatis terribilis proxime decurso : un nom barré et l'évidence de l'histoire

Avril 2020, un historien envoie sur internet une carte postale vidéo sur la peste noire (Daniel Lord Smail, « A Life in the Black Death: The Inventory of Alayseta Paula (Marseille, 1348) »)

Avril 2020, un autre historien envoie sur internet une autre carte postale vidéo sur la peste noire (Patrick Boucheron, « Propos de chercheur »)

Coïncidences ou concordance des temps ? Prétendre tirer les leçons du passé, c'est se préparer à « penser en retard » (Marc Bloch) : Guillaume Lachenal et Gaël Thomas, « L'histoire immobile du coronavirus », Comment faire ?, 2020

Globaliser la peste noire (Monica Green dir., Pandemic Disease in the Medieval World. Rethinking the Black Death, 2014) et faire l'histoire de la santé globale (Monica Green, « Emerging diseases, re-ermerging histories », Centaurus, 2020)

Le progrès historiographique par accumulation de savoirs : une histoire sociale et politique de la peste noire (Jean-Louis Biget, La grande peste noire, CD audio « De vive voix », 2001)

Le progrès historiographique par révolution des paradigmes (Pierre Toubert, « La Peste noire (1348), entre histoire et biologie moléculaire », Journal des savants, 2016)

Séquençage génomique et histoire environnementale : une histoire profonde de la peste noire est-elle possible ? (Daniel Lord Smail, Deep history and the Brain, 2008)

Qui racontera cette histoire ? Retour sur Le conteur de Walter Benjamin (1936), lorsque se rompt la chaîne de « l'expérience qui suit son cours de bouche en bouche »

Recommencer depuis Boccace et son « horrible commencement » (cours du 16 janvier 2018, « Boccace, le survivant et la tyrannie de la mort »)

Freud le travail de l'histoire et le Trauerarbeit (Laurie Laufer, L'énigme du deuil, 2006)

« La mort ne se laisse plus dénier ; on est forcé de croire en elle » (Sigmund Freud, « Considérations actuelles sur la guerre et la mort », 1915)

Philippe Ariès et « l'humanité coutumière et résignée » d'avant 1914 (Stéphanie Sauget, « En finir avec le déni de mort ? Autour de Philippe Ariès », Sensibilités, 2020)

Quand « l'ombre de l'objet est tombé sur le moi » (Sigmund Freud, « Deuil et mélancolie », 1917)

L'effondrement mélancolique et l'épreuve de vérité.

09 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience10 Mar 202001:03:33

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

08 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience03 Mar 202001:04:46

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

07 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience25 Feb 202001:02:14

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

06 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience11 Feb 202001:02:40

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

05 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience04 Feb 202001:02:54

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

04 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience28 Jan 202001:04:14

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

Séminaire - Hugo Óscar Bizzari et Joël Blanchard : Après le songe. Le réveil du rêve Trastamare chez Pero López de Ayala30 Apr 202402:00:19

Patrice Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Collège de France

Année 2023-2024

Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politique

Séminaire - Hugo Óscar Bizzari et Joël Blanchard : Après le songe. Le réveil du rêve Trastamare chez Pero López de Ayala

Hugo Óscar Bizzari

Université de Fribourg

Joël Blanchard

Université du Mans

03 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience21 Jan 202001:01:03

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

02 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience14 Jan 202001:05:21

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

01 - Les inventions du politique (2) : narration et expérience07 Jan 202001:03:55

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2019-2020

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique (2) : narration et expérience

11 - Les inventions du politique : expérimentations médiévales02 Apr 201901:03:44

Patrice Boucheron

Collège de France

Année 2018-2019

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

Les inventions du politique : expérimentations médiévales

« Se sentir bête, incapable, incompétent, idiot » (Pierre Bourdieu, Sociologie générale, 2015) : l'effort de recherche comme un art de l'affaiblissement

Une grammaire générative des possibles du politique au Moyen Âge est-elle possible ?

Des régularités davantage que des règles, un style d'enquête plus qu'une méthode : récapitulations des résultats de la recherche

Écrire l'histoire des problématisations : le passé est un réservoir de réponses, mais quelles étaient les questions ?

Un exemple : l'institution podestataire comme expérimentation et comme invention du politique (Jean-Claude Maire Vigueur dir., I podestà dell'Italia comunale. Parte I – Reclutamento e circolazione degli ufficiali forestieri (fine XII sec-metà XIV sec.), Rome, 2000)

Scalabilité et durabilité de l'expérience : les contours spatio-temporels de l'Italie communale

Une science du gouvernement au service de la concorde civique : l'art de la parole

De Enrico Besta à Giovanni Tabacco, le débat historiographique sur les origines de la charge de la podestat

Un moment révolutionnaire (Enrico Artifoni) ? Rythmes, espacement, événement

La consistance de la durée communale : un entassement des formes politiques et non une succession de régimes

Fuori, fuori il podestà : quand l'événement naît du dérèglement du rituel (Todi, 17 juillet 1268)

Une microstoria de l'écart à la norme (Jean-Claude Maire Vigueur, « Échec au podestat : l'expulsion de Comacio Galluzzi, podestat de Todi », Bollettino della deputazione di storia patria per l'Umbria, 1995)

Histoire émotionnelle d'une humiliation qui n'est pas souveraine : Comacio Galluzzi pleure de rage, puis se venge

À Murano également, en 1511, un raté de la ritualité politique (Claire Judde de la Rivière, La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511, 2014)

Fins du Moyen Âge, finalités de son étude : retour sur les trois manières de raconter la disparition, avant récidive, des Laudes regiae (1377, 1530, 1918)

Et comment raconter l'origine des acclamations royales ? Le coup d'État de 751 et la Donation de Constantin

La tension entre onction et élection, visée de l'archéologie politique, « cet étrange mélange d'anachronisme tranquille et d'ethnocentrisme heureux » (Olivier Christin, Vox populi, 2014)

Lorsque Ernst Kantorowicz réinterprétait le revival chevaleresque de la cour de Charles le Téméraire : « ce n'était plus la splendeur chatoyante de la chevalerie bourguignonne ; c'était la renommée universelle et les lauriers de César dont Charles brûlait d'envie » (cité par Robert Lerner)

Les deux formes paradoxales de la stabilité politique au Moyen Âge : la fuite est possible, l'alternative est pensable

La commune italienne comme accentuation, et non comme exception

Avant l'oublieuse Renaissance, présence de l'empire gréco-romain, gamme étendue des possibles politiques

Revenir a casa, une autre fois peut-être.

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