Philomonaco – Détails, épisodes et analyse
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La réputation // Margot Déage, Maud Ventura, Gloria Origgi, Robert Maggiori
lundi 2 décembre 2024 • Durée 01:33:47
CONVERSATION
Présentée par Robert Maggiori
Avec :
Margot Déage, Sociologue
Maud Ventura, Écrivaine
Gloria Origgi, philosophe
De même que l’on parle et devient sujet en recevant la langue des autres, de même ce que l’on est et ce que l’on pense dépend, en grande partie – du moins originairement – de ce que les autres pensent et pensent que je suis. Aussi le matamore ou l’olibrius qui affirmerait ne tenir aucun compte de ce qu’autrui pense de lui serait-il peu crédible. Chacun sait qu’un seul mot venant d’un proche, voire d’un inconnu, peut aussi bien redonner courage et vie que blesser mortellement l’âme. De ce que l’on dit (fari) ou pense (putare) de nous, naissent soit la fama (laquelle, avant d’être «gloire» ou «célébrité» est d’abord une nouvelle, souvent incontrôlée, qui se diffuse rapidement et largement), soit la réputation, faite des opinions, des jugements, des façons, positives ou négatives, dont on est «estimé» ou «considéré» par autrui. Il serait hasardeux d’estimer que la réputation relève moins de ce que l’on est que de ce qu’on a fait, publiquement. Répondant assez mal à la volonté, aléatoire et peu susceptible d’être contrôlée, elle ne se réduit cependant pas à une simple «extension» du moi, pas plus que l’habit ne fait le moine. Elle est une forme de présence d’autrui et de la société en moi, dont je ne puis (ni ne veux souvent) me départir et qui, un peu comme un accent dans la façon de parler, m’annonce, me précède («elle arriva pour un concert à Paris précédée d’une réputation sulfureuse…»), me préfigure, me porte… C’est pourquoi, comme à l’honneur autrefois, l’atteinte à la réputation écorche non l’apparence mais la personne elle-même. Certes, on peut rester coi, vivre heureux en vivant caché, mais si l’on a recherché une «visibilité», la renommée ou la célébrité, et qu’on les a gagnées par son travail, ses talents, ses exploits, son art, alors leur amenuisement ou leur volatilisation seront vécues comme une sorte de mutilation, qu’accompagne la souffrance du «retour à l’anonymat». C’était le cas, jadis, de certaines figures du sport ou du spectacle, dont plus personne ne retrouve les noms ni ne sait qu’elles eurent à une époque une immense popularité.
La révolution numérique, les réseaux sociaux, la communication instantanée et généralisée ont modifié les choses. La réputation n’est plus attachée à une notoriété acquise par ses œuvres (peu importe leur nature: cinématographiques, architecturales, culinaires, sportives, artistiques, littéraires, graphiques….) mais peut naître en quelques secondes d’un tweet, d’une story, une image ou une vidéo qui «font le tour du monde». Plus encore: elle est liée à la simple «activité», souvent ludique, à laquelle chacun(e) se livre sur les réseaux sociaux et qui, volens nolens, suscitent une e-reputation, tantôt durable, le plus souvent éphémère, mais, du fait qu’à sa formation contribuent de parfaits inconnus, totalement incontrôlable et à la merci de tous. (...) Il suffit d’un message, repris et relayé avec une incompréhensible et ignoble gourmandise – un ragot, un persiflage, une calomnie, une allégation gratuite… – pour ruiner une réputation, ou plutôt l’inverser en «mauvaise réputation», sceau infâme imprimé non sur les «habits» de la victime mais sa peau même. Que s’est-il passé dans la société pour que naisse à si grande échelle le désir de dénigrement, de diffamation. Si « l’ homme est un loup pour l’homme », la guerre, on le sait est de tous contre tous. Mais qu’advient-il s’il se mue en corbeau, postant, la nuit, dans des réseaux asociaux, messages et lettres de délation?
Robert Maggiori
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C’était mieux avant ? // Cynthia Fleury, Robert Maggiori, David Djaïz
mercredi 13 novembre 2024 • Durée 01:36:18
N’a-t-on pas dit, longtemps, que du passé il fallait faire table rase, afin que les lendemains chantent et que l’avenir soit radieux ? Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et aujourd’hui il semble bien qu’on ait changé de cap et fait un demi-tour complet : on ne veut plus regarder vers le futur, inconnu, trop chargé de menaces encore indéchiffrables, et on se retourne avec délectation vers le passé, connu, irréversible, mais interprétable à loisir, tel un mythe. Déjà rognée par de multiples et plus ou moins vraisemblables dystopies, l’utopie cède la place à ce que le sociologue Zygmunt Bauman a nommé, dans un ouvrage écrit quelques mois avant sa disparition en 2017, une « rétrotopie », faite de la volonté rétrograde de revenir à un passé tantôt réinventé, tantôt idéalisé ou sacralisé, qui fait dire à ceux et celles qui la portent : « C’était mieux avant ! »
Comment expliquer cette navigation à rebours, dans les mentalités, les postures sociales ou les discours politiques ? Cela n’existe pas, une société ou une civilisation qui affirme : voilà, la perfection est atteinte, en tous les domaines, il s’agit désormais d’aller vers le moins bien, le pire. Comme l’écrit Thomas d’Aquin (Somme théologique, I-II, Q97, a1), il semble naturel, pour la raison humaine, d’« aller par degrés de l’imparfait au parfait », ou du moins de s’en approcher « progressivement ». Ce qui est pensé et fait, partout et à toute époque, l’est toujours en vue d’une amélioration, d’un pas en avant, d’un progrès – même si les résultats, ensuite, non calculés, non prévus, se révèlent catastrophiques. Nul n’aurait l’idée de construire exprès des ponts moins solides, des télescopes moins précis ou des avions moins sûrs que ceux qui existent. C’est pourquoi l’avenir demeure un habitat naturel d’espoirs et de légitimes expectatives – sinon une sphère de liberté, où tout peut encore advenir. On peut comprendre évidemment que l’élan vers le futur, telle la perche du sauteur en hauteur, s’appuie sur le sol de la tradition, de ce que le passé a charrié comme expériences, leçons, mises en garde. Mais comment comprendre que la foi dans le progrès – au nom de laquelle on a parfois justifié le pire – se dissipe et puisse laisser se répandre une « épidémie globale de nostalgie » (Bauman), voire un passéisme qui se rend lui-même aveugle aux réalités présentes ? C’était vraiment mieux avant ? Mais avant… Quand ? Avant 1989 ? Avant les Trente glorieuses ? La Première guerre ? L’âge des Lumières ? La Renaissance ? Le Moyen Âge ? l’Empire romain ? Quand il y avait l’esclavage, quand les enfants mouraient en nombre à la naissance, quand les femmes n’avaient aucun droit, quand on ne savait pas soigner les épidémies, quand on s’éclairait à la bougie ? Nul ne nie que de sombres nuages obscurcissent l’avenir, que le changement climatique menace la vie même sur Terre, que la révolution numérique et les réseaux sociaux ont provoqué des modifications radicales dans les façons de connaître, de faire, d’être et d’être-ensemble, provoqué de profondes déchirures du tissu social et renforcé la croyance que dans les États-nations la politique est impuissante. Est-ce parce que la route devant nous est de brouillard que l’on préfère, non sans risques, regarder dans le rétroviseur ? C’était mieux avant ? Peut-être. Du moins si on enferme la question dans une simple psychologie personnelle : bien sûr, c’était mieux avant, car « avant » est le temps de la jeunesse, le temps, pour chacun, de ses vingt ans.
Robert Maggiori
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Qu'est-ce que l'amour maternel ?
mardi 21 mai 2024 • Durée 01:13:31
L’amour maternel est un amour à l’origine de la vie de tout humain : c’est la relation la plus ancienne qui soit, une relation nourricière, littéralement vitale à l’enfant qui vient au monde. Sans les soins et le nourrissage prodigués par la mère ou la personne en charge du nouveau-né, celui-ci ne pourra connaître un développement harmonieux. Quelle est la nature de cet amour premier ? Relève-t-il de l’instinct ? Comment un individu – une femme – devient-elle capable d’un tel amour ? Quels sont les effets et les traces de l’amour maternel dans la vie de l’individu devenu grand ?
#philomonaco
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SANDRA LAUGIER // Antivirus Philosophique Nº10
samedi 11 avril 2020 • Durée 10:12
Sandra Laugier en conversation avec Joseph Cohen.
Sandra Laugier est philosophe et chroniqueuse au journal Libération. Ses recherches portent sur la philosophie du langage et de la connaissance, philosophie analytique, la philosophie du langage ordinaire; la philosophie états-unienne classique et contemporaine; la philosophie morale contemporaine de langue anglaise, les études de genre; et la philosophie en lien avec la culture populaire (cinémas, séries TV).
Joseph Cohen est un des membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco.
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CORINE PELLUCHON // Antivirus Philosophique Nº9
samedi 11 avril 2020 • Durée 11:25
Corine Pelluchon en conversation avec Joseph Cohen.
Corine Pelluchon est professeur de philosophie à l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée, et collabore régulièrement au blog de philosophie du journal Libération. Spécialiste de philosophie morale et politique et d’éthique appliquée, elle est membre du conseil scientifique de la fondation Nicolas-Hulot pour la Nature et l’Homme.
Joseph Cohen est un des membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco.
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AVITAL RONELL // Antivirus Philosophique Nº8
vendredi 3 avril 2020 • Durée 14:02
Avital Ronell en conversation avec Joseph Cohen.
Avital Ronell est critique littéraire et philosophe, ainsi que professeur de littérature comparée et d’allemand à l’Université de New York, et professeur de philosophie et médias à la European Graduate School en Suisse.
Joseph Cohen est un des membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco.
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GUILLAUME LE BLANC // Antivirus Philosophique Nº7
mardi 31 mars 2020 • Durée 08:00
Guillaume Le Blanc en conversation avec Joseph Cohen.
Guillaume Le Blanc est philosophe et professeur de philosophie à l’université Paris Est Créteil. Son travail porte essentiellement sur la question de la « critique sociale ». Il étudie plus spécifiquement les limites complexes qui distinguent précarité, exclusion, vie décente et normalité. Il explore la créativité des vies ordinaires comme réinvention des normes.
Joseph Cohen est un des membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco.
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GÉRARD BENSUSSAN // Antivirus Philosophique Nº6
dimanche 29 mars 2020 • Durée 10:27
Gérard Bensussan en conversation avec Joseph Cohen.
Gérard Bensussan est philosophe, professeur à l’université de Strasbourg et chercheur aux Archives Husserl de Paris de l’École Normale Supérieure. Spécialiste de l’idéalisme classique allemand et de la philosophie juive, il fut à l’initiative de la fondation du Parlement des philosophes de Strasbourg.
Joseph Cohen est un des membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco.
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CAMILLE RIQUIER // Antivirus Philosophique Nº5
vendredi 27 mars 2020 • Durée 09:07
Camille Riquier en conversation avec Joseph Cohen.
Camille Riquier est professeur de philosophie et vice-recteur à la Recherche à l’Institut catholique de Paris, membre de la revue Esprit et lauréat de l’Académie française pour son ouvrage Archéologie de Bergson qui a reçu le prix La Bruyère. Il est co-rédacteur des annales bergsonniennes.
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CYNTHIA FLEURY // Antivirus philosophique Nº4
mardi 24 mars 2020 • Durée 06:10
Cynthia Fleury en conversation avec Joseph Cohen.
Cynthia Fleury est enseignant – chercheur en philosophie politique et psychanalyste. Professeur à l’École des mines (PSL/Mines-ParisTech) et à l’American University of Paris. Elle est membre du Comité consultatif national d’éthique et membre fondateur du réseau européen des femmes philosophes de l’Unesco et dirige la chaire de philosophie à l’Hôpital Hôtel-Dieu (AP-HP/Paris et ENS).
Joseph Cohen est un des membres fondateurs des Rencontres Philosophiques de Monaco.
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