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Explorez tous les épisodes du podcast Un jour, un poème

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TitreDateDurée
"A une passante", de Charles Baudelaire28 Mar 202300:00:55

Corentin lit le poème de Charles Baudelaire, "A une passante"


"La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;


Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?


Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !"


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"Absence", de Renée Vivien27 Mar 202300:00:32

Anne lit le poème de Renée Vivien, "Absence"


"Ô Femme au cœur de qui mon triste cœur a cru,

Je te convoite, ainsi qu’un trésor disparu.


Je te maudis, mais en t’aimant… Mon cœur bizarre

Te recherche, Émeraude admirablement rare !


Que je suis exilée ! Et que pèse le temps,

Malgré le beau soleil des midis éclatants !


Retombant chaque soir dans un amer silence,

Je pleure sur le plus grand des maux : sur l’absence !…"


Renée Vivien, Dans un coin de violettes, 1910


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"Chanson d'automne", de Paul Verlaine14 Mar 202300:00:47

Thomas lit le poème de Paul Verlaine, "Chanson d'automne"


"Les sanglots longs

Des violons

De l’automne

Blessent mon coeur

D’une langueur

Monotone.


Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l’heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure


Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte."


Paul Verlaine, Poèmes saturniens


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"Brise marine", de Stéphane Mallarmé13 Mar 202300:01:36

Mélanie lit le poème de Mallarmé, "Brise marine"


"La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.

Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres

D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !

Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe

Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe

Sur le vide papier que la blancheur défend

Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Lève l’ancre pour une exotique nature !


Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,

Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,

Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots …

Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !"

Stéphane Mallarmé, Vers et Prose, 1893


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"Chant d'automne", de Charles Baudelaire10 Mar 202300:02:50

Lucie et Isabelle lisent "Chant d'automne", le poème de Charles Baudelaire.


"I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres

Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,

Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

Et, comme le soleil dans son enfer polaire,

Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,

Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !

Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,

Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,

Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,

Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,

Même pour un ingrat, même pour un méchant ;

Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère

D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !

Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,

Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,

De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !"

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal


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"La Terre est bleue", de Paul Eluard09 Mar 202300:01:31

Alexiane lit "La Terre est bleue", le poème de Paul Eluard


"La terre est bleue comme une orange

Jamais une erreur les mots ne mentent pas

Ils ne vous donnent plus à chanter

Au tour des baisers de s’entendre

Les fous et les amours

Elle sa bouche d’alliance

Tous les secrets tous les sourires

Et quels vêtements d’indulgence

À la croire toute nue.


Les guêpes fleurissent vert

L’aube se passe autour du cou

Un collier de fenêtres

Des ailes couvrent les feuilles

Tu as toutes les joies solaires

Tout le soleil sur la terre

Sur les chemins de ta beauté."

Paul Eluard, L'Amour la poésie


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"Quantique des colonnes", de Paul Valéry08 Mar 202300:03:11

Margaux lit "Quantique des colonnes", de Paul Valéry


Douces colonnes, aux

Chapeaux garnis de jour,

Ornés de vrais oiseaux

Qui marchent sur le tour,

Douces colonnes, ô

L’orchestre de fuseaux !

Chacun immole son

Silence à l’unisson.

— Que portez-vous si haut,

Égales radieuses ?

— Au désir sans défaut

Nos grâces studieuses !


Nous chantons à la fois

Que nous portons les cieux !

Ô seule et sage voix

Qui chantes pour les yeux !

Vois quels hymnes candides !

Quelle sonorité

Nos éléments limpides

Tirent de la clarté !

Si froides et dorées

Nous fûmes de nos lits

Par le ciseau tirées,

Pour devenir ces lys !

De nos lits de cristal

Nous fûmes éveillées,

Des griffes de métal

Nous ont appareillées.

Pour affronter la lune,

La lune et le soleil,

On nous polit chacune

Comme ongle de l’orteil !


Servantes sans genoux,

Sourires sans figures,

La belle devant nous

Se sent les jambes pures.

Pieusement pareilles,

Le nez sous le bandeau

Et nos riches oreilles

Sourdes au blanc fardeau,

Un temple sur les yeux

Noirs pour l’éternité,

Nous allons sans les dieux

À la divinité !

Nos antiques jeunesses,

Chair mate et belles ombres,

Sont fières des finesses

Qui naissent par les nombres !

Filles des nombres d’or,

Fortes des lois du ciel,

Sur nous tombe et s’endort

Un dieu couleur de miel.


Il dort content, le Jour,

Que chaque jour offrons

Sur la table d’amour

Étale sur nos fronts.

Incorruptibles sœurs,

Mi-brûlantes, mi-fraîches,

Nous prîmes pour danseurs

Brises et feuilles sèches,

Et les siècles par dix,

Et les peuples passés,

C’est un profond jadis,

Jadis jamais assez !

Sous nos mêmes amours

Plus lourdes que le monde

Nous traversons les jours

Comme une pierre l’onde !

Nous marchons dans le temps

Et nos corps éclatants

Ont des pas ineffables

Qui marquent dans les fables…


Paul Valéry, Œuvres de Paul Valéry, 1933


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"L’aveu de Phèdre à Hippolyte", de Racine07 Mar 202300:03:28

Thomas lit "L’aveu de Phèdre à Hippolyte", de Racine


Ah, cruel ! tu m’as trop entendue !

Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.

Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :

J’aime ! Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,

Innocente à mes yeux, je m’approuve moi-même ;

Ni que du fol amour qui trouble ma raison

Ma lâche complaisance ait nourri le poison ;

Objet infortuné des vengeances célestes,

Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les dieux m’en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;

Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle

De séduire le cœur d’une faible mortelle.

Toi-même en ton esprit rappelle le passé :

C’est peu de t’avoir fui, cruel, je t’ai chassé ;

J’ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ;

Pour mieux te résister, j’ai recherché ta haine.

De quoi m’ont profité mes inutiles soins ?

Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins ;

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.

J’ai langui, j’ai séché dans les feux, dans les larmes :

Il suffit de tes yeux pour t’en persuader,

Si tes yeux un moment pouvaient me regarder…

Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?

Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,

Je te venais prier de ne le point haïr :

Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !

Hélas ! je ne t’ai pu parler que de toi-même !

Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour :

Digne fils du héros qui t’a donné le jour,

Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t’échapper ;

Voilà mon cœur : c’est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d’expier son offense,

Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.

Frappe : ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m’envie un supplice si doux,

Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée,

Au défaut de ton bras prête-moi ton épée ;

Donne.


Racine, L’aveu de Phèdre à Hippolyte, Phèdre de Racine



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"Ce que dis la bouche d'ombre", de Victor Hugo06 Mar 202300:01:40

Nastasia lit "Ce que dis la bouche d'ombre", de Victor Hugo


Crois-tu que l’eau du fleuve et les arbres des bois,

S’ils n’avaient rien à dire, élèveraient la voix ?

Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûte ?

Crois-tu que l’océan, qui se gonfle et qui lutte,

Serait content d’ouvrir sa gueule jour et nuit

Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit, Et qu’il voudrait rugir, sous l’ouragan qui vole,

Si son rugissement n’était une parole ?

Crois-tu que le tombeau, d’herbe et de nuit vêtu,

Ne soit rien qu’un silence ? et te figures-tu

Que la création profonde, qui compose

Sa rumeur des frissons du lys et de la rose,

De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,

Ne sait ce qu’elle dit quand elle parle à Dieu ?

Crois-tu qu’elle ne soit qu’une langue épaissie ?

Crois-tu que la nature énorme balbutie,

Et que Dieu se serait, dans son immensité,

Donné pour tout plaisir, pendant l’éternité,

D’entendre bégayer une sourde-muette ?

Non, l’abîme est un prêtre et l’ombre est un poëte ;

Non, tout est une voix et tout est un parfum ;

Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un ;

Une pensée emplit le tumulte superbe.

Dieu n’a pas fait un bruit sans y mêler le verbe.

Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ;

Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi

Tout parle ? Écoute bien. C’est que vents, ondes, flammes

Arbres, roseaux, rochers, tout vit !


Tout est plein d’âmes.


Victor Hugo, Les contemplations, 1911


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"A travers l'Europe (Calligrammes)", de Guillaume Apollinaire03 Mar 202300:02:22

André lit "A travers l'Europe (Calligrammes)" de Guillaume Apollinaire


Rotsoge

Ton visage écarlate ton biplan transformable en hydroplan

Ta maison ronde où il nage un hareng saur

Il me faut la clef des paupières

Heureusement que nous avons vu M. Panado

Et nous sommes tranquilles de ce côté-là

Qu’est-ce que tu vois mon vieux M. D…

90 ou 324 un homme en l’air un veau qui regarde à travers le ventre de sa mère


J’ai cherché longtemps sur les routes

Tant d’yeux sont clos au bord des routes

Le vent fait pleurer les saussaies

Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre

Regarde mais regarde donc

Le vieux se lave les pieds dans la cuvette

Una volta ho inteso dire Chè vuoi

Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances

Et toi tu me montres un violet épouvantable

Ce petit tableau où il y a une voiture m’a rappelé le jour

Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et rouges

Où je m’en allais à la campagne avec une charmante cheminée tenant sa chienne en laisse

Il n’y en a plus tu n’as plus ton petit mirliton

La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes

La chienne aboie contre les lilas

La veilleuse est consumée

Sur la robe ont chu des pétales

Deux anneaux d’or près des sandales

Au soleil se sont allumés

Mais tes cheveux sont le trolley

À travers l’Europe vêtue de petits feux multicolores


Guillaume Apollinaire, Poèmes de la paix et de la guerre, 1918



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"L'albatros" de Charles Baudelaire02 Mar 202300:01:26

Timothee lit "L'albatros" de Charles Baudelaire


Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.


Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1861


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"L'abeille", de Paul Valéry01 Mar 202300:01:23

Lucas lit "L'abeille", de Paul Valéry


Quelle, et si fine, et si mortelle,

Que soit ta pointe, blonde abeille,

Je n’ai, sur ma tendre corbeille,

Jeté qu’un songe de dentelle.

Pique du sein la gourde belle

Sur qui l’Amour meurt ou sommeille,

Qu’un peu de moi même vermeille

Vienne à la chair ronde et rebelle !

J’ai grand besoin d’un prompt tourment :

Un mal vif et bien terminé

Vaut mieux qu’un supplice dormant !

Soit donc mon sens illuminé

Par cette infime alerte d’or

Sans qui l’Amour meurt ou s’endort !


Paul Valéry, Œuvres de Paul Valéry, 1933



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"Luisant soleil", de Louise Labé24 Mar 202300:00:55

Alexiane lit le poème de Louise Labé, "Luisant Soleil"


"Luisant Soleil, que tu es bienheureux

De voir toujours de t'Amie la face !

Et toi, sa soeur, qu'Endymion embrasse,

Tant te repais de miel amoureux !


Mars voit Vénus ; Mercure aventureux

De Ciel en Ciel, de lieu en lieu se glace ;

Et Jupiter remarque en mainte place

Ses premiers ans plus gais et chaleureux.


Voilà du Ciel la puissante harmonie,

Qui les esprits divins ensemble lie ;

Mais, s'ils avaient ce qu'ils aiment lointain,


Leur harmonie et ordre irrévocable

Se tournerait en erreur variable,

Et comme moi travailleraient en vain."


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"Les dicts d'amour à Linda", de Apollinaire28 Feb 202300:02:14

Thomas lit "Les dicts d'amour à Linda", de Apollinaire


Votre nom très païen, un peu prétentieux,

Parce que c'est le vôtre en est délicieux ;

Il veut dire « jolie » en espagnol, et comme

Vous l'êtes, on dit vrai chaque fois qu'on vous nomme.

   

Ce nom devient mélancolique en allemand,

Aux brises de l'Avril, il bruisse doucement,

C'est le tilleul lyrique, un arbre de légende,

D'où, chaque nuit, des lutins fous sortent en bande.

  

Enfin, ce rare nom qui dit votre beauté,

Ce fut aussi le nom d'une antique cité

Qui florissait jadis parmi les roses belles

Dans Rhodes, l'île où roucoulent les colombelles.


Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou, 1969


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"Far-niente", de Théophile Gautier27 Feb 202300:01:38

Emeline lit le poème de Théophile Gautier, "Far-niente"


"Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage

Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,

J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,

Loin des chemins poudreux, à demeurer assis

Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,

Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.

Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi

Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,

Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,

Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,

La chenille traînant ses anneaux veloutés,

La limace baveuse aux sillons argentés,

Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.

Ensuite je regarde, amusement frivole,

La lumière brisant dans chacun de mes cils,

Palissade opposée à ses rayons subtils,

Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte

En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;

Et lorsque je suis las je me laisse endormir,

Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,

Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,

Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette."

Théophile Gautier, Premières Poésies


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"Rêver pour l'hiver", d'Arthur Rimbaud24 Feb 202300:01:03

Delphine lit "rêver pour l'hiver", d'Arthur Rimbaud


"L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose

Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le cou…

Et tu me diras : » Cherche ! » en inclinant la tête,

– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

– Qui voyage beaucoup…"

Arthur Rimbaud

En wagon, le 7 octobre 1870


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"La Courbe de tes yeux" de Paul Eluard23 Feb 202300:01:08

Marion lit "La Courbe de tes yeux", de Paul Eluard


"La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

Un rond de danse et de douceur,

Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu

C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.


Feuilles de jour et mousse de rosée,

Roseaux du vent, sourires parfumés,

Ailes couvrant le monde de lumière,

Bateaux chargés du ciel et de la mer,

Chasseurs des bruits et sources des couleurs,


Parfums éclos d’une couvée d’aurores

Qui gît toujours sur la paille des astres,

Comme le jour dépend de l’innocence

Le monde entier dépend de tes yeux purs

Et tout mon sang coule dans leurs regards."


Paul Eluard, Capitale de la douleur, 1926


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"Spleen", de Charles Baudelaire22 Feb 202300:01:39

Nathan lit Spleen de Charles Baudelaire


"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

Et que de l'horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;


Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l'Espérance, comme une chauve-souris,

S'en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;


Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D'une vaste prison imite les barreaux,

Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,


Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.


- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,

Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir."


Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal


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"A l'ennemie aimée", de Renée Vivien21 Feb 202300:01:09

Anne lit "A L'Ennemie aimée", de Renée Vivien


"Tes mains ont saccagé mes trésors les plus rares,

Et mon cœur est captif entre tes mains barbares.

Tu secouas au vent du nord tes longs cheveux

Et j’ai dit aussitôt : Je veux ce que tu veux.

Mais je te hais pourtant d’être ainsi ton domaine,

Ta serve… Mais je sens que ma révolte est vaine.

Je te hais cependant d’avoir subi tes lois,

D’avoir senti mon cœur près de ton cœur sournois…

Et parfois je regrette, en cette splendeur rare

Qu’est pour moi ton amour, la liberté barbare…"

Renée Vivien, Dans un coin de violettes, 1910


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"Quand l'amour sera mort", d'Angélique Danigo20 Feb 202300:00:56

Angélique lit son poème, "Quand l'amour sera mort".


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"Tu seras un homme, mon fils" de Rudyard Kipling17 Feb 202300:02:36

Noémie lit le texte de Kipling, "Tu seras un homme mon fils"


"Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire

Tu seras un homme, mon fils."

 

Rudyard Kipling (Adaptation d’André Maurois)



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"Le Dormeur du val", d'Arthur Rimbaud16 Feb 202300:01:38

Timothée lit le poème de Rimbaud, le Dormeur du val


"C’est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."


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"Le Poison", de Charles Baudelaire15 Feb 202300:02:00

Thomas lit "Le Poison" de Charles Baudelaire


"Le vin sait revêtir le plus sordide bouge

D'un luxe miraculeux,

Et fait surgir plus d'un portique fabuleux

Dans l'or de sa vapeur rouge,

Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.


L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,

Allonge l'illimité,

Approfondit le temps, creuse la volupté,

Et de plaisirs noirs et mornes

Remplit l'âme au delà de sa capacité.


Tout cela ne vaut pas le poison qui découle

De tes yeux, de tes yeux verts,

Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...

Mes songes viennent en foule

Pour se désaltérer à ces gouffres amers.


Tout cela ne vaut pas le terrible prodige

De ta salive qui mord,

Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord,

Et, charriant le vertige,

La roule défaillante aux rives de la mort !"


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"Demain dès l'aube", de Victor Hugo23 Mar 202300:01:36

Sabri récite le poème de Victor Hugo, Demain dès l'aube.


Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.


Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.


Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Victor Hugo, extrait du recueil «Les Contemplations» (1856)


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"Sensation", d'Arthur Rimbaud14 Feb 202300:01:15

Florence lit "Sensation" d'Arthur Rimbaud


"Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, – heureux comme avec une femme."


Mars 1870

Arthur Rimbaud, Poésies


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"Quand je peignais la Tour Eiffel", d'Angélique Danigo13 Feb 202300:01:10

Angélique lit son poème, quand je peignais la Tour Eiffel.


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Phèdre, acte II scène 5, de Jean Racine10 Feb 202300:03:00

Marion lit la scène 5 de l'acte II du Phèdre de Jean Racine.


"Ah, cruel ! tu m’as trop entendue !

Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.

Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :

J’aime ! Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,

Innocente à mes yeux, je m’approuve moi-même ;

Ni que du fol amour qui trouble ma raison

Ma lâche complaisance ait nourri le poison ;

Objet infortuné des vengeances célestes,

Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les dieux m’en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;

Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle

De séduire le cœur d’une faible mortelle.

Toi-même en ton esprit rappelle le passé :

C’est peu de t’avoir fui, cruel, je t’ai chassé ;

J’ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ;

Pour mieux te résister, j’ai recherché ta haine.

De quoi m’ont profité mes inutiles soins ?

Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins ;

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.

J’ai langui, j’ai séché dans les feux, dans les larmes :

Il suffit de tes yeux pour t’en persuader,

Si tes yeux un moment pouvaient me regarder…

Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?

Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,

Je te venais prier de ne le point haïr :

Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !

Hélas ! je ne t’ai pu parler que de toi-même !

Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour :

Digne fils du héros qui t’a donné le jour,

Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t’échapper ;

Voilà mon cœur : c’est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d’expier son offense,

Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.

Frappe : ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m’envie un supplice si doux,

Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée,

Au défaut de ton bras prête-moi ton épée ;

Donne."


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"Nuit Rhénane", de Guillaume Apollinaire09 Feb 202300:01:16

Anna lit le poème de Guillaume Apollinaire, "Nuit Rhénane"


"Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme

Écoutez la chanson lente d’un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds


Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n’entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées


Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été


Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire"


Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913


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"Notre-Dame de Paris", de Gérard de Nerval08 Feb 202300:01:15

Marine lit "Notre-Dame de Paris", de Gérard de Nerval.


"Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être

Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;

Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher

Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,

Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde

Rongera tristement ses vieux os de rocher !


Bien des hommes, de tous les pays de la terre

Viendront, pour contempler cette ruine austère,

Rêveurs, et relisant le livre de Victor :

— Alors ils croiront voir la vieille basilique,

Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,

Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !"


Gérard de Nerval, Odelettes (1834)


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"Mes Vers fuiraient", de Victor Hugo07 Feb 202300:00:56

Noémie Morgen lit le poème de Victor Hugo, "Mes Vers fuiraient"


"Mes vers fuiraient, doux et frêles,

Vers votre jardin si beau,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'oiseau.


Il voleraient, étincelles,

Vers votre foyer qui rit,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'esprit.


Près de vous, purs et fidèles,

Ils accourraient nuit et jour,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'amour."



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Les Lettres de mon moulin : "Les trois messes basses", d'Alphonse Daudet06 Feb 202300:02:03

Anne-Laure lit dans cet épisode une partie des Lettres de mon moulin, d'Alphonse Daudet, intitulée "Les trois messes basses"


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"Le Voyage", de Charles Baudelaire03 Feb 202300:07:22

Léa lit le poème de Charles Baudelaire, "Le Voyage"


"À Maxime Du Camp

I

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,

L’univers est égal à son vaste appétit.

Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !

Aux yeux du souvenir que le monde est petit !


Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,

Le cœur gros de rancune et de désirs amers,

Et nous allons, suivant le rythme de la lame,

Berçant notre infini sur le fini des mers :


Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;

D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,

Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,

La Circé tyrannique aux dangereux parfums.


Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent

D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;

La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,

Effacent lentement la marque des baisers.


Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent

Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,

De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,

Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !


Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,

Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,

De vastes voluptés, changeantes, inconnues,

Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !


II

Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule

Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils

La Curiosité nous tourmente et nous roule,

Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.


Singulière fortune où le but se déplace,

Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où !

Où l’Homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,

Pour trouver le repos court toujours comme un fou !


Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;

Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l’œil ! »

Une voix de la hune, ardente et folle, crie :

« Amour… gloire… bonheur ! » Enfer ! c’est un écueil !


Chaque îlot signalé par l’homme de vigie

Est un Eldorado promis par le Destin ;

L’Imagination qui dresse son orgie

Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.


Ô le pauvre amoureux des pays chimériques !

Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,

Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques


Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,

Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis ;

Son œil ensorcelé découvre une Capoue


Partout où la chandelle illumine un taudis.


III


Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires

Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !

Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,

Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.


Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !

Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,

Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,

Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.


Dites, qu’avez-vous vu ?


IV


« Nous avons vu des astres

Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;

Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,

Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.


La gloire du soleil sur la mer violette,

La gloire des cités dans le soleil couchant,

Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète

De plonger dans un ciel au reflet alléchant.


Les plus riches cités, les plus beaux paysages,

Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux

De ceux que le hasard fait avec les nuages.

Et toujours le désir nous rendait soucieux !


– La jouissance ajoute au désir de la force.

Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,

Cependant que grossit et durcit ton écorce,

Tes branches veulent voir le soleil de plus près !


Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace

Que le cyprès ? – Pourtant nous avons, avec soin,

Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,

Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !


Nous avons salué des idoles à trompe ;

Des trônes constellés de joyaux lumineux ;

Des palais ouvragés dont la féerique pompe

Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;


Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;

Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,

Et des jongleurs savants que le serpent caresse. »


V


Et puis, et puis encore ?


VI

« Ô cerveaux enfantins !

Pour ne pas oublier la chose capitale,

Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,

Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,


Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché :

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,

Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;

L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,


Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;

La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;

Le poison du pouvoir énervant le despote,


Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,

Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,

Comme en un lit de plume un délicat se vautre,


Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,

Et, folle maintenant comme elle était jadis,

Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :


« Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! »

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,

Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,

Et se réfugiant dans l’opium immense !


– Tel est du globe entier l’éternel bulletin. »


VII


Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !

Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,

Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :

Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !


Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;

Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit

Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,

Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,


Comme le Juif errant et comme les apôtres,

À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,

Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d’autres

Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.


Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,

Nous pourrons espérer et crier : En avant !

De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,

Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,


Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres

Avec le cœur joyeux d’un jeune passager.

Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,

Qui chantent : « Par ici ! vous qui voulez manger


Le Lotus parfumé ! c’est ici qu’on vendange

Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim ;

Venez vous enivrer de la douceur étrange

De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! »


À l’accent familier nous devinons le spectre ;

Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.

« Pour rafraîchir ton cœur nage vers ton Électre ! »

Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.


VIII


Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !

Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !

Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,

Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !


Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !

Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !


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"Le Vin perdu", de Paul Valery02 Feb 202300:01:08

Ambre Rouvière lit "Le Vin perdu", le poème de Paul Valéry


"J’ai, quelque jour, dans l’Océan,

(Mais je ne sais plus sous quels cieux),

Jeté, comme offrande au néant,

Tout un peu de vin précieux…


Qui voulut ta perte, ô liqueur ?

J’obéis peut-être au devin ?

Peut-être au souci de mon cœur,

Songeant au sang, versant le vin,


Sa transparence accoutumée

Après une rose fumée

Reprit aussi pure la mer…


Perdu ce vin, ivres les ondes !…

J’ai vu bondir dans l’air amer

Les figures les plus profondes…"


Charmes, 1922




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"Le Serment", de Marceline Desborde-Valmore01 Feb 202300:01:24

Anne-Sophie lit le poème de Marceline Desborde-Valmore, "Le Serment"


"Idole de ma vie,

Mon tourment, mon plaisir,

Dis-moi si ton envie

S'accorde à mon désir ?

Comme je t'aime en mes beaux jours,

Je veux t'aimer toujours.


Donne-moi l'espérance ;

Je te l'offre en retour.

Apprends-moi la constance ;

Je t'apprendrai l'amour.

Comme je t'aime en mes beaux jours,

Je veux t'aimer toujours.


Sois d'un cœur qui t'adore

L'unique souvenir ;

Je te promets encore

Ce que j'ai d'avenir.

Comme je t'aime en mes beaux jours,

Je veux t'aimer toujours.


Vers ton âme attirée

Par le plus doux transport,

Sur ta bouche adorée

Laisse-moi dire encor :

Comme je t'aime en mes beaux jours,

Je veux t'aimer toujours."


Romances (1830)


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"Je vis, je meurs", de Louise Labé22 Mar 202300:01:32

Manon lit le poème de Louise Labé, "Je vis, je meurs"


"Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;

J’ai chaud extrême en endurant froidure :

La vie m’est et trop molle et trop dure.

J’ai grands ennuis entremêlés de joie.


Tout à un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;

Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;

Tout en un coup je sèche et je verdoie.


Ainsi Amour inconstamment me mène ;

Et, quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me trouve hors de peine.


Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur."


Louise Labé, Sonnets


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"Le Mot", de Victor Hugo31 Jan 202300:02:34

Jean-Marc lit "Le Mot", un poème de Victor Hugo


"Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !

Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;

TOUT, la haine et le deuil !

Et ne m’objectez pas que vos amis sont sûrs

Et que vous parlez bas.

Ecoutez bien ceci :

Tête-à-tête, en pantoufle,

Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,

Vous dites à l’oreille du plus mystérieux

De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,

Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,

Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,

Un mot désagréable à quelque individu.

Ce MOT — que vous croyez que l’on n’a pas entendu,

Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —

Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;

Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;

Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;

Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !

Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;

Il suit le quai, franchit la place, et cætera

Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,

Et va, tout à travers un dédale de rues,

Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.

Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,

Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive

Et railleur, regardant l’homme en face dit :

“Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel.”

Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel."


Victor Hugo, Toute la Lyre, 1888


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"L'Albatros", de Charles Baudelaire30 Jan 202300:01:30

Claire lit le poème de Charles Baudelaire, "L'Albatros"


"Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !


Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher."


Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1861


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"Femme et chatte", de Paul Verlaine27 Jan 202300:01:02

Anne-Laure lit le poème de Paul Verlaine, "Femme et chatte"


"Elle jouait avec sa chatte,

Et c’était merveille de voir

La main blanche et la blanche patte

S’ébattre dans l’ombre du soir.


Elle cachait – la scélérate ! –

Sous ces mitaines de fil noir

Ses meurtriers ongles d’agate,

Coupants et clairs comme un rasoir.


L’autre aussi faisait la sucrée

Et rentrait sa griffe acérée,

Mais le diable n’y perdait rien…


Et dans le boudoir où, sonore,

Tintait son rire aérien,

Brillaient quatre points de phosphore."


Paul Verlaine, Poèmes saturniens


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"Aux Femmes", de Louise Ackermann26 Jan 202300:02:26

Margaux lit le poème de Louise Ackermann, "Aux Femmes"


"S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,

Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère,

Si, dans le sentier rude avançant lentement,

Cette âme s’arrêtait à quelque dévouement,

Si c’était la Bonté sous les cieux descendue,

Vers tous les malheureux la main toujours tendue,

Si l’époux, si l’enfant à ce cœur ont puisé,

Si l’espoir de plusieurs sur Elle est déposé,

Femmes, enviez-la. Tandis que dans la foule

Votre vie inutile en vains plaisirs s’écoule,

Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,

Elle a sa foi, son but et son labeur donné.

Enviez-la. Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle

Que l’homme à son secours incessamment appelle,

Sa joie et son appui, son trésor sous les cieux,

Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,

La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène

Vers cette arche en danger de la famille humaine,

Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,

Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.

Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,

Elle a sa foi, son but et son labeur donné.

Enviez-la ! Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle

Que l’homme à son secours incessamment appelle,

Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,

Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,

La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène

Vers cette arche en danger de la famille humaine,

Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,

Pour branche d’olivier a rapporté l’amour."


Paris, 1835

Louise Ackermann, Premières poésies, 1871


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"La Géante", de Charles Baudelaire25 Jan 202300:01:51

Thomas lit le poème de Baudelaire, "La Géante"


"Du temps que la Nature en sa verve puissante

Concevait chaque jour des enfants monstrueux,

J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,

Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.


J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme

Et grandir librement dans ses terribles jeux ;

Deviner si son cœur couve une sombre flamme

Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;


Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;

Ramper sur le versant de ses genoux énormes,

Et parfois en été, quand les soleils malsains,


Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,

Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,

Comme un hameau paisible au pied d’une montagne."


"La Géante", Les Fleurs du mal, 1857




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"L'Amour", d'Adélaïde Dufrénoy24 Jan 202300:01:47

Céline lit le poème d'Adélaïde Dufrénoy, "L'Amour"


"Passer ses jours à désirer,

Sans trop savoir ce qu’on désire ;

Au même instant rire et pleurer,

Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;

Redouter le matin et le soir souhaiter

D’avoir toujours droit de se plaindre ;

Craindre quand on doit se flatter,

Et se flatter quand on doit craindre ;

Adorer, haïr son tourment ;

À la fois s’effrayer, se jouer des entraves ;

Glisser légèrement sur les affaires graves,

Pour traiter un rien gravement ;

Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,

Timide, audacieux, crédule, méfiant ;

Trembler, en tout sacrifiant,

De n’en point encore assez faire ;

Soupçonner les amis qu’on devrait estimer ;

Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ;

Voilà ce qu’on se plaint de sentir quand on aime,

Et de ne plus sentir quand on cesse d’aimer."

Adélaïde Dufrénoy, Élégies et poésies diverses (1813)


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"La cigale et la fourmi", de Jean de La Fontaine23 Jan 202300:01:19

Laura lit le poème de Jean de La Fontaine, "La cigale et la fourmi"


"La Cigale, ayant chanté

Tout l'été,

Se trouva fort dépourvue

Quand la bise fut venue :

Pas un seul petit morceau

De mouche ou de vermisseau.

Elle alla crier famine

Chez la Fourmi sa voisine,

La priant de lui prêter

Quelque grain pour subsister

Jusqu'à la saison nouvelle.

« Je vous paierai, lui dit-elle,

Avant l'Oût, foi d'animal,

Intérêt et principal. »

La Fourmi n'est pas prêteuse :

C'est là son moindre défaut.

« Que faisiez-vous au temps chaud ?

Dit-elle à cette emprunteuse.

— Nuit et jour à tout venant

Je chantais, ne vous déplaise.

— Vous chantiez ? J’en suis fort aise.

Eh bien ! Dansez maintenant."


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"Janvier", de François Coppée20 Jan 202300:01:34

Philipp lit "Janvier", de François Coppée.


"Janvier


Songes-tu parfois, bien-aimée,

Assise près du foyer clair,

Lorsque sous la porte fermée

Gémit la bise de l’hiver,


Qu’après cette automne clémente,

Les oiseaux, cher peuple étourdi,

Trop tard, par un jour de tourmente,

Ont pris leur vol vers le Midi ;


Que leurs ailes, blanches de givre,

Sont lasses d’avoir voyagé ;

Que sur le long chemin à suivre

Il a neigé, neigé, neigé ;


Et que, perdus dans la rafale,

Ils sont là, transis et sans voix,

Eux dont la chanson triomphale

Charmait nos courses dans les bois ?


Hélas ! comme il faut qu’il en meure

De ces émigrés grelottants !

Y songes-tu ? Moi, je les pleure,

Nos chanteurs du dernier printemps.


Tu parles, ce soir où tu m’aimes,

Des oiseaux du prochain Avril ;

Mais ce ne seront plus les mêmes,

Et ton amour attendra-t-il ?"


François Coppée, Les mois, 1878


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"Il pleure dans mon coeur", de Paul Verlaine19 Jan 202300:01:15

Lucyle lit le poème de Paul Verlaine, "Il pleure dans mon coeur"


"Il pleure dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon coeur ?


Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un coeur qui s’ennuie,

Ô le chant de la pluie !


Il pleure sans raison

Dans ce coeur qui s’écoeure.

Quoi ! nulle trahison ?…

Ce deuil est sans raison.


C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon coeur a tant de peine !"


Paul Verlaine, Romances sans paroles (1874)


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"Le Temps qui passe", d'Angélique Danigo18 Jan 202300:00:50

Angélique Danigo récite son poème, "Le Temps qui passe"


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"L'égalité des sexes", de Paul Eluard21 Mar 202300:01:39

Thomas lit le poème de Paul Eluard, "L'Egalité des sexes"


"Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire

Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard

Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,

Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,


Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue.

Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir

Et s’il semble obéir aux puissance du soir

C’est que ma tête est close, ô statue abattue


Par mon amour et par mes ruses de sauvage.

Mon désir immobile est ton dernier soutien

Et je t’emporte sans bataille, ô mon image,

Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens."


Mourir de ne pas mourir


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"Enivrez-vous", de Charles Baudelaire17 Jan 202300:01:35

Sandrine récite le poème de Charles Baudelaire, "Enivrez-vous".

"Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise."

Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose, 1869


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"Hier au soir", de Victor Hugo16 Jan 202300:01:23

Cornelia lit "Hier au soir" de Victor Hugo.

"Hier Au Soir


Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,

Nous apportait l’odeur des fleurs qui s’ouvrent tard.

La nuit tombait ; l’oiseau dormait dans l’ombre épaisse.

Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ;

Les astres rayonnaient, moins que votre regard.


Moi, je parlais tout bas. C’est l’heure solennelle

Où l’âme aime à chanter son hymne le plus doux.

Voyant la nuit si pure, et vous voyant si belle,

J’ai dit aux astres d’or : Versez le ciel sur elle !

Et j’ai dit à vos yeux : Versez l’amour sur nous !"


Victor Hugo, Les Contemplations, 1856


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"Elan mystique", de Louise Ackermann13 Jan 202300:03:33

Julie récite le poème de Louise Ackermann, Elan mystique.


Alors j’avais quinze ans. Au sein des nuits sans voiles,

Je m’arrêtais pour voir voyager les étoiles

Et contemplais trembler, à l’horizon lointain,

Des flots où leur clarté jouait jusqu’au matin.

Un immense besoin de divine harmonie

M’entraînait malgré moi vers la sphère infinie,

Tant il est vrai qu’ici cet autre astre immortel,

L’âme, gravite aussi vers un centre éternel.


Mais, tandis-que la nuit marchait au fond des cieux,

Des pensers me venaient, graves, silencieux,

D’avenir large et beau, de grande destinée,

D’amour à naître encor, de mission donnée,

Vague image, pour moi, pareille aux flots lointains

De la brume où nageaient mes regards incertains.

— Aujourd’hui tout est su ; la destinée austère

N’a plus devant mes yeux d’ombre ni de mystère,

Et la vie, avant même un lustre révolu,

Garde à peine un feuillet qui n’ait pas été lu.

Humble et fragile enfant, cachant en moi ma flamme,

J’ai tout interrogé dans les choses de l’âme.

L’amour, d’abord. Jamais, le cœur endolori,

Je n’ai dit ce beau nom sans en avoir souri.


Puis j’ai soudé la gloire, autre rêve enchanté,

Dans l’être d’un moment instinct d’éternité !

Mais pour moi sur la terre, où l’âme s’est ternie,

Tout s’imprégnait d’un goût d’amertume infinie.

Alors, vers le Seigneur me retournant d’effroi,

Comme un enfant en pleurs, j’osai crier : « Prends-moi !

Prends-moi, car j’ai besoin, par delà toute chose,

D’un grand et saint espoir où mon cœur se repose,

D’une idée où mon âme, à qui l’avenir ment,

S’enferme et trouve enfin un terme à son tourment. »


Paris, 1832.


Louise Ackermann, Premières poésies, 1871


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"El Desdichado", de Gérard de Nerval12 Jan 202300:01:28

Léa récite le poème de Gérard de Nerval, El Desdichado.


Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.


Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.


Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…


Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


Gérard de Nerval


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