Elle a passé presque dix ans dans les couloirs de la justice, posture assurée, dossiers empilés, arguments affûtés. Nathalie était tout ce que ses parents, immigrés roumains ayant fui le régime, l'avaient élevée à être : rigoureuse, disciplinée, en sécurité. Le genre de carrière dont on ne s'échappe pas.
Et puis son père est décédé pendant qu'elle était enceinte de sa deuxième fille. Quelque chose a basculé discrètement, irrémédiablement.
Il lui faudra encore cinq ans pour démissionner. Cinq ans à vivre avec une dissonance intérieure impossible à nommer à voix haute, des regards de l'entourage qu'elle préférait ne plus croiser, et un rêve qui existait dans sa poitrine bien avant d'avoir un nom. Ce rêve est devenu Bikkou, une marque de chaussures genevoise fabriquée à partir de matières innovantes : cuir de cactus, fibres de feuilles d'ananas, bouteilles PET recyclées, mycélium de champignons. Et dont le nom est le diminutif roumain que sa famille donnait à son père durant ses dernières années.
Dans cet épisode, Nathalie ne nous livre pas une belle histoire de pivot. Elle nous donne la vraie, le salon en désordre, les artisans de Porto qu'il lui a fallu dix mois pour trouver, les premiers prototypes "catastrophiques", la journaliste de Gala qui l'appelle depuis Barcelone pour lui proposer un quart de page à 2 500 euros. Elle nous parle de la solitude que personne ne t'annonce, du mari qui lui a appris à savourer les petites victoires, et des filles qui comptent le stock et donnent leur avis sur les couleurs.
« Je dis souvent que cette première année de construction de la marque était en fait la construction de Nathalie parce que je me suis vraiment retrouvée. Ou trouvée. »
« Je voulais montrer à mes filles qu'on pouvait changer, bifurquer. Si tu travailles sérieusement, que t'as de la résilience, de la constance et de la persévérance toutes les routes sont ouvertes. »
« Je ne voulais pas faire une marque militante ou moralisatrice. Le but, c'était d'apporter du beau dans ces matières innovantes et prouver qu'on pouvait vouloir faire les choses différemment tout en gardant le désir. »
« Pour moi, les choses ne sont belles que s'il y a de l'émotion. »
Ce que Bikkou représente vraiment sous les talons fuchsia et les semelles en cactus, c'est une femme qui sort de la case qu'on a construite pour elle, pour en créer une à elle.
Retrouver Nathalie :
📱Linkedin
📱Instagram
🌐 Site web
Retrouver Viridiana:
📱 Instagram
🌐 Site web