Semillas Latinas est une émission dédiée à la célébration des cultures d’Amérique latine et à l’analyse des enjeux socio-politiques qui s’y déploient. Un pays spécifique et une thématique centrale, en lien avec l'histoire, les traditions et les défis contemporains de la région concernée, sont mis à l'honneur pendant une heure, un samedi soir par mois, à 20h.
Nous offrons à nos auditeur·ices des approches variées - actualité politique, chroniques littéraires, artistiques et archéologiques, analyses urbanistiques et environnementales, critiques et recommandations culturelles - auxquelles vient s'ajouter l’éclairage d’expert·e·s, d’activistes et d’étudiant·e·s invité·es dans le studio. Une attention particulière est accordée à la mise en lumière des multiples combats pour la défense des droits humains en ce premier quart du XXIe siècle.
Avec Semillas Latinas, nous espérons réussir à semer de petites graines (“semillas”) dans les esprits, graines vouées à germer et à faire mûrir les intérêts, voire les passions que peuvent susciter les pays latino-américains en France, depuis le Mexique jusqu’au Cône Sud.
Page instagram : semillaslatinasradio
Nous contacter par mail : semillaslatinas@radiocampusparis.fr
Une émission de Sylvie Argibay, Manon Méziat, Anael Michel, Paloma Petrich, Pauline Rossano et Astrée Toupiol, avec Mickael Adarve à la réalisation.
L'habillage sonore de Semillas Latinas a été réalisé par Iñaki Modrego, Emilio Rossano et Pauline Rossano, que nous remercions chaleureusement.
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MigrArt - Comment poursuivre une pratique artistique après l'exil ?
jeudi 23 avril 2026 • Durée
Avec la soirée Parcours de migrations, Radio Campus Paris investit la Gaîté lyrique, un espace de rencontre, de croisement et d'art en mouvement.
Le mouvement est aussi le fil rouge de ce deuxième plateau de la soirée. Le mouvement des corps bien sûr, mais aussi le mouvement de l’histoire et des cultures. L’histoire de ce lieu a inspiré cette émission spéciale, parce que les questions de migrations, d’artivisme et de communauté font littéralement partie de ses murs. Elles habitent le lieu, tant par les artistes et les militant·es qui les ont fait résonner de leurs voix, que par les 400 jeunes migrants sans abri qui l’ont habité durant 100 jours.
On sait que l’art peut faire tenir dans des situations de détresse, et la communauté scientifique le documente : les pratiques artistiques réduisent les symptômes de stress post-traumatique, d'anxiété et de dépression et renforcent la résilience, le lien social, l'estime de soi.
Ce soir, on ne s’intéresse pas à ce que l’art fait à l’exil, mais à ce que l’exil fait à l’art, comment ce vécu se traduit concrètement dans les pratiques artistiques.
Pour explorer cette question, nous recevons :
Cleve Nitoumbi, chorégraphe et danseur ukrainien, membre de l'atelier des artistes en exil et du collectif international DIVIN0
Señora Serpiente, artiste textile chilienne dont la pratique se situe à la croisée de l'art et de l’engagement éco-féministe
Paula Forteza, dessinatrice, fondatrice de la galerie Artivistas, une galerie d'art engagé à Paris qui expose des artistes latino-américain·e·s
María Fernanda de Caracas, chanteuse, auteure et compositrice, membre du groupe Insólito UniVerso
Une émission spéciale imaginée par trois émissions de Radio Campus Paris : Semillas Latinas, Sound Power et Des Lendemains qui chantent
Équipe de production :
Animation : Astrée Toupiol & Paloma Petrich // Interviews : Bahia Bricaud & Manon Méziat// Chronique : Marion Barbé // Réalisation : Sylvie Argibay // Technique : Pierre Nguyen Tri & Bettina Lormeau // Coordination : Philipp Fischer
Croire en Amérique latine. Des religions en mutation
samedi 11 avril 2026 • Durée
Le catholicisme est-il encore hégémonique en Amérique latine ? Saviez-vous qu’au Brésil, sur 513 élu·es de la Chambre des député·es, 215 sont des fidèles et militant·es pentecôtistes et qu’iels ont eu une grande influence sur les élections présidentielles ? Connaissez-vous la théologie de la libération, ce courant de pensée et mouvement socio-politique chrétien qui a soulevé des foules révolutionnaires dans les années 1960, pour défendre les pauvres et les opprimé·es ?
Dans cet épisode consacré aux religions, l'équipe de Semillas Latinas reçoit la spécialiste Ana Carla Rocha da Oliveira, qui nous éclaire sur la puissante vague évangélique au Brésil et sur les enjeux socio-politiques qu'elle soulève. Elle aborde notamment, au cours de cet entretien, le rôle que jouent les religions dans des sociétés de plus en plus néolibérales, notamment auprès des oublié·es des politiques publiques.
Mais la question des cultes en Amérique latine dépasse largement la seule religion chrétienne, aussi importante, diversifiée et contradictoire soit-elle ! Comme vous le découvrirez au fil des chroniques, les héritages sont eux-mêmes riches et variés, soulevant d'autres questions...
Quels héritages africains irriguent toute la région ? Connaissiez-vous les terreiros, ces temples où se déroulent les cultes afro-brésiliens du candomblé ou de l’umbanda ?
Quelle est la place des traditions et spiritualités amérindiennes aujourd'hui ? Aviez-vous entendu parler du phénomène religieux, mais aussi politique et économique du « néo-indianisme », un revival des cultures d’époque précoloniale ?
Tant de questions et de dynamiques que nous avons tenté de débunker pour vous, alors installez-vous confortablement pour parler d’un sujet crucial pour appréhender les cultures du continent !
Et comme d'habitude, l’épisode est rythmé par des sons engagés qui ont accompagné nos réflexions : ce soir, vous écouterez le chanteur et auteur-compositeur Tim Maia, considéré comme le père du soul brésilien, avec son single "Bom Senso", enregistré pendant une phase de sa vie marquée par une forte quête spirituelle, et le célèbre duo Celina et Reutilio avec leur titre "Qué viva Chango", un classique de la musique afro-religieuse cubaine !
Équipe de production :
Présentation : Paloma Petrich et Anael Michel
Chroniques : Paloma Petrich, Manon Méziat, Sylvie Argibay, Anael Michel
Interview : Manon Méziat
Réalisation : Mickaël Adarve
Faire communauté : la diaspora latino-américaine à Paris
samedi 14 mars 2026 • Durée
Pour ce dernier épisode de notre série sur les mobilités latino-américaines, ce sont les diasporas latino-américaines en France qui sont mises à l'honneur.
La présence des Latinxs dans notre pays est historique. Dès le XIXème siècle, la France est perçue comme un idéal dans son système de valeurs et ses institutions. Au moment des indépendances latino-américaines, la Révolution française inspire grandement les nouvelles républiques. La capitale française devient le Paris de la bohème, de l'Université, des arts et de la politique. Une génération d'artistes en fait une étape initiatique ou un refuge face à l'étouffement généré par les régimes de leurs pays.
Cependant, un tournant s'opère dans les années 1970. Après le coup d'État de la junte militaire dirigée par Augusto Pinochet au Chili, environ 7 000 Chilien·nes fuyant la dictature obtiennent en France le statut de réfugié·e. Depuis le milieu des années 1980, la France voit arriver de nouvelles·aux immigré·es en provenance d'Amérique latine. L’image de l'intellectuel·le et l'exilé·e politique chilien·ne ou argentin·e laisse la place à celle des personnes colombiennes, équatoriennes, ou péruviennes en quête de meilleures conditions de vie. Aujourd'hui, la population latino-américaine en France est estimée à 250 000 personnes selon l'Institut français d'études démographiques.
L’épisode s’ouvre, comme à son habitude, avec un tour de l'actualité du dernier mois :
En Argentine, c’est la guerre contre les droits des travailleurs, la Chambre des députés a voté la réforme du travail de Javier Milei. Journées de travail qui peuvent atteindre 12 heures sans rémunération des heures supplémentaires, réduction drastique des indemnités de licenciement, et limitation du droit de grève. De grandes manifestations se sont organisées dans tout le pays pour s’y opposer.
En Équateur, c'est le gouvernement de Daniel Noboa qui fait passer le bulldozer. Le 26 février, l'Assemblée nationale a voté une loi qui supprime les exigences clés en matière de licences environnementales pour les projets miniers.
Le 6 mars, la Cour interaméricaine des droits de l'homme a condamné le Pérou à verser 340 000 dollars à la famille de Celia Ramos, décédée à la suite d'une stérilisation forcée en 1997. Entre 1996 et 2000, jusqu'à 314 000 femmes et 24 000 hommes ont été stérilisé·es de force sous le gouvernement d'Alberto Fujimori, principalement des populations indigènes et pauvres des Andes.
En Colombie, le Pacto Histórico continue son chemin de transformation sociale malgré l'opposition. Il se positionne comme première force politique du pays suite aux dernières législatives.
Au Brésil, double victoire : les populations indigènes ont remporté une bataille majeure contre la multinationale Cargill qui voulait exploiter leurs terres. Et huit ans après l’assassinat de Marielle Franco, femme politique noire et LGBT, et de son chauffeur, en 2018, les commanditaires, un député et un conseiller au tribunal des comptes de Rio, ont finalement été condamnés à l’unanimité par les juges du Tribunal suprême fédéral.
L’épisode se poursuit avec une fiction sonore réalisée par Mickaël Adarve et Paloma Petrich. Quatre Colombien·nes du village de Santuario, situé dans le département de Risaralda au centre du pays, s'installent à Paris, dans l'appartement d'un proche, à la recherche d'un travail et d'un autre futur…
La chronique de Manon Méziat approfondit l’histoire coloniale entre Haïti et la France. À travers la rencontre d’un poète haïtien installé à Paris, elle évoque notamment l’exil de nombreux·ses Haïtien·nes en France.
S’ensuit un reportage autour de deux collectifs féministes latino-américains, Alerta Feminista et Juntanza Feminista et leurs préparatifs pour la Journée internationale des droits des femmes. Sylvie Argibay, Manon Méziat et Astrée Toupiol se sont rendues à la manifestation du 8 mars pour capturer les ambiances et les revendications de cette journée.
L’épisode se termine avec une interview menée par Sylvie Argibay sur le collectif queer d’Abya Yala, Las Semillas.
Comme d'habitude, des intermèdes musicaux rythment l'épisode. Vous écouterez Ayiti Chéri de Jean D’Amérique poète et dramaturge haïtien ; Perreo en Paris de l’artiste équatorienne La Coya, dont les sons mêlent rythmes traditionnels, électro et urbain, en français comme en espagnol ; et Asimétricas de Yemaya la Banda, un orchestre de salsa 100% féminin et engagé.
Cet épisode a été réalisé par Sylvie Argibay.
Equipe de production :
Présentation : Astrée Toupiol
Chroniques : Mickaël Adarve, Paloma Petrich et Manon Méziat
Reportage : Sylvie Argibay, Manon Méziat et Astrée Toupiol
Interview : Sylvie Argibay
Réalisation : Sylvie Argibay
L’Amérique latine, carrefour migratoire d’hier et d’aujourd’hui
samedi 14 février 2026 • Durée
La rédaction de Semillas Latinas poursuit son cycle sur les migrations et les diasporas latino-américaines et se penche, ce mois-ci, sur les migrations Sud - Sud : les mobilités internes au continent latino-américain, mais aussi les migrations africaines en Amérique latine. Notre duo d’animatrices Sylvie Argibay et Anael Michel vous accompagne tout au long de cette traversée radiophonique.
Notre duo d’animatrices Sylvie Argibay et Anael Michel vous propose un tour d’horizon de l’actualité : une montée en puissance de la droite qui ne fait que se renforcer avec les élections présidentielles au Costa Rica ; Cuba en pleine crise énergétique en raison des restrictions états-uniennes ; au Venezuela, malgré le maintien du régime chaviste, la libération de centaines de prisonniers politiques et l'ouverture au privé du secteur pétrolier, sous la pression de Washington… Dont l'impérialisme réaffirmé est en train de rebattre les cartes migratoires, géopolitiques et énergétiques en Amérique latine, et contre lequel la superstar mondiale Bad Bunny s’est insurgée lors de son show au Super Bowl ! Du soft power latino qui fait du bien !
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
Depuis la colonisation, les mobilités humaines – choisies ou contraintes – ont profondément transformé les sociétés et les territoires latino-américains. Les grandes villes se sont construites au rythme de vagues migratoires successives venues d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie et d’autres pays latino-américains. Dès le début du XXe siècle, l’essor des productions agricoles d’exportation et les traités commerciaux ont intensifié les migrations intracontinentales, souvent motivées par les inégalités, la pauvreté et la violence. De nos jours, outre le couloir migratoire vers les États-Unis, de nouveaux flux relient les régions andines aux pays du Cône Sud, tandis que des personnes africaines et asiatiques traversent également le continent, passant notamment par la dangereuse jungle du Darién. Parallèlement, loin de l’esprit de la Déclaration de Carthagène (1984) sur la protection internationale des réfugié·es, plusieurs États restreignent aujourd’hui l’accès à leurs frontières, allongeant et précarisant les parcours migratoires.
La population vénézuélienne est au cœur de ces violences migratoires : son exode reconfigure ces flux et met en lumière l’évolution des politiques d’accueil des pays d’Amérique latine depuis une décennie. Pour en parler, Manon Méziat reçoit au micro de Semillas Latinas Lucie Laplace, doctorante en science politique à l’Université Lyon 2 et experte des migrations forcées en Amérique latine.
Cet épisode se poursuit avec Sylvie Argibay, qui analyse la question des déplacements forcés internes. Elle nous emmène en Colombie, où ce sont près de 8 millions de personnes qui ont été déplacées du fait du conflit armé qui se poursuit depuis les années 1960 entre l'État colombien et différents groupes armés, puis en Haïti, où les populations fuient leurs quartiers et territoires face à la violence des gangs.
La chronique cinéma de Pauline Rossano nous plonge dans une série de films qui abordent de façon plurielle mais toujours incarnée le sujet des mobilités continentales, nous rappelant que derrière les routes, les flux migratoires et les chiffres, se trouvent des visages, des noms et des subjectivités.
Ces dynamiques migratoires sont également transcontinentales, comme le montre Anael Michel dans sa chronique sur la présence africaine en Amérique latine. Depuis la traite atlantique au XVIe siècle, jusqu'à l'intensification et la diversification des parcours migratoires de ressortissants africains au cours des trente dernières années, l'accent est mis sur l'impact des populations africaines et afro-descendantes dans la construction du tissu social, culturel, urbain et économique des États latino-américains, ainsi que sur la vulnérabilité et le racisme auquel ces personnes continuent d'être confrontées.
Pour clôturer cet épisode, Astrée Toupiol nous embarque dans une immersion sonore entre les fleuves nigérians et les côtes nordestines du Brésil, à la rencontre de la Yemanjá, déesse des mobilités forcées qui a voyagé avec les populations esclavagées. Les humains migrent, leurs cultures et traditions aussi, et des transformations s'opèrent. De part et d'autre de l'Atlantique, la reine du monde aquatique continue d'inspirer prières, poèmes et chants.
Comme d'habitude, l’épisode est ponctué de pauses musicales savoureuses et engagées, avec Movimiento du musicien et compositeur uruguayen Jorge Drexler, chez qui la relativité et l’insignifiance des nationalités et des frontières comptent parmi les thèmes de prédilection, et Somos Sur de l’artiste chilienne Ana Tijoux et de la rappeuse palestinienne Shadia Mansour, un hymne à la solidarité et à la résistance des peuples du Sud. Leur morceau dénonce l’intervention étrangère états-unienne en Amérique latine et au Moyen-Orient.
Et pour finir, cet épisode a été réalisé par le maestro Mickaël Adarve !
Bonne écoute sur les ondes latines !
Mobilités latino-américaines et impérialisme gringo
samedi 17 janvier 2026 • Durée
Ce mois-ci, nous inaugurons un cycle de trois épisodes consacrés aux migrations et aux diasporas latino-américaines. Et c'est par un sujet brûlant en ce début d'année 2026 que nous commençons : les mobilités latino-américaines face à l’impérialisme des États-Unis.
Dans ce pays, les "Hispaniques et Latino-Américain·es” constituent la première minorité ethnique, devant les Afro-Américain·es. 40 millions d’entre elleux sont Mexicain·es. Cependant, les personnes migrantes ont été et continuent d'être exposées à une grande violence, et ce à toutes les étapes du parcours migratoire. On dénombre plus de 7 000 décès à la frontière États-Unis/Mexique, entre 1998 et 2018. Ces chiffres sont le produit d’une longue histoire d’ingérence politique et économique des États-Unis, qui a durablement fragilisé l’Amérique latine, créant les conditions de ces départs massifs que les Donald Trump cherche aujourd’hui à empêcher.
Notre duo d’animatrices Paloma Petrich et Manon Méziat vous invite d'abord à découvrir l’essentiel de l’actualité de ce début d'année 2026. Difficile de faire l’impasse sur l’intervention de Donald Trump au Venezuela. La lutte contre le narcotrafic est l’argument mobilisé par l’administration états-unienne pour se justifier. Dans les faits, les appétits pétroliers du président sont évidents et la mainmise sur l’or noir prévaut sur la stabilisation démocratique.
Au Chili, trente-cinq ans après la fin de la dictature de Pinochet, l’extrême droite est de retour au pouvoir, depuis l’élection de José Antonio Kast le 14 décembre 2025. Sécurité et fermeture des frontières sont au menu de son programme politique.
L’accord entre le Mercosur et l’Union Européenne, qui vise à établir la plus vaste zone de libre-échange au monde, en liant le marché commun européen à celui existant entre les pays sud-américains (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay), a été signé mi-janvier. En négociation depuis les années 1990, ce traité est très controversé, et pour cause. Il fait de l’Amérique du sud “l’arrière-cour” des firmes multinationales chimiques et pharmaceutiques qui y écoulent les produits phytosanitaires interdits en Europe.
En Puelmapu, la Patagonie argentine, connue pour ses lacs glaciaires et ses forêts primaires, est en train de brûler. Plus de 15 000 hectares ont été détruits par les flammes en onze jours.
Enfin, l’Amérique latine se lance dans l’intelligence artificielle. Développée par le Brésil et le Chili, Latam-GPT se veut être une IA plus au fait des réalités sociales locales.
L’épisode se poursuit avec une interview menée par Astrée Toupiol et Sylvie Argibay avec Cléa Fortuné, politiste et américaniste, maîtresse de conférences à l’Université Savoie Mont Blanc et spécialiste de la frontière Etats-Unis/Mexique. Elle nous parle de l’ICE, la police états-unienne de l’immigration, renforcée par l’administration Trump, depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, et accusée de nombreuses dérives.
De l'autre côté de la frontière, focus sur le Mexique avec Sylvie Argibay qui nous présente Las Patronas, un groupe de femmes qui, dans l’État de Veracruz, vient en aide aux personnes migrantes qui se dirigent vers les États-Unis.
Manon Méziat et Mickaël Adarve nous emmènent plus avant dans cette frontière États-Unis/Mexique, avec une chronique historique au croisement de la fiction et de la réalité. Cette région entre deux pôles est le théâtre de nombreux échanges culturels, incarnés par les Chicanos et Chicanas.
Pour clôturer cet épisode, Astrée Toupiol nous parle du concept d'"urbanisme latino-américain", qui référence à l’ensemble des pratiques spatiales par lesquelles les communautés latino-américaines installées aux États-Unis ont créé et transformé le paysage urbain.
Tout au long de l’épisode, vous écouterez une musique engagée. Tout d'abord, le son “Tierra Zanta” mélange le style urbain du rappeur argentin Trueno avec la voix emblématique du chanteur traditionnel Víctor Heredia. La collaboration entre ces deux artistes de générations et de genres différents donne naissance à un morceau puissant qui parle de l'histoire des luttes latino-americaines contre les dictatures militaires et les injustices sociales. Ensuite, dans le morceau “Frijolero” du groupe mexicain Molotov, deux personnages s'échangent des insultes à caractère raciste à la frontière entre le Mexique et les États-Unis : une belle mise en musique des discriminations raciales… Enfin, vous écouterez Ángel Canales, un chanteur portoricain qui a su imposer, dès les années 1970, un nouveau style aux accents jazzy dans l’univers de la salsa, nourri par ses déambulations dans les quartiers de New York. Il a fondé un orchestre rassemblant divers musiciens, dont est né l'album El Sentimiento Del Latino En Nueva York, dont nous vous diffuserons le morceau éponyme.
Cet épisode a été réalisé par notre chef d'orchestre bien à nous, Mickaël Adarve !
Prisons et populisme pénal en Amérique latine
samedi 20 décembre 2025 • Durée
Ce mois-ci, l’équipe de Semillas Latinas s'intéresse au populisme pénal en Amérique latine. Élaboré par le magistrat et chercheur Denis Salas, ce concept désigne l’utilisation stratégique du droit pénal par les acteurs politiques afin de renforcer leur popularité ou de capter l’attention médiatique.
Le Salvador, présidé par Nayib Bukele, est devenu emblématique de cette dynamique. La prison constitue l’un des piliers de sa politique sécuritaire. Depuis qu’il est au pouvoir, l’incarcération massive et arbitraire des personnes est rendue possible par l’instauration d’un état d’urgence permanent, renouvelé plus de vingt fois, au mépris de l’État de droit. Aujourd’hui, au Salvador, 2 % de la population se trouve derrière les barreaux : un triste record mondial… Pour en parler, nous avons reçu au micro de Semillas Latinas, Thierry Maire, sociologue, affilié au centre Maurice Halbwachs, et professeur invité permanent à l’École supérieure d’économie et de commerce de San Salvador.
Une revue de presse est l'occasion de faire le point sur l’actualité latino-américaine de ces dernières semaines. Les tensions entre les États-Unis et le Venezuela se sont intensifiées, Washington renforçant sa pression militaire et politique au nom de la lutte contre le trafic de drogue, une justification que Caracas considère comme un prétexte à une nouvelle forme d’interventionnisme en Amérique latine. Au Brésil, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après l’élection de 2022, Jair Bolsonaro purge désormais sa peine à Brasilia. Arrivée en tête du premier tour de la présidentielle chilienne, la candidate de gauche Jeannette Jara, affrontera son rival d’extrême-droite, José Antonio Kast, lors du second tour prévu le 14 décembre. La campagne électorale a été centrée sur l’insécurité liée au crime organisé et sur le rejet de l’immigration.
Ces réflexions sont poursuivies par une série de chroniques-reportages. Après une analyse approfondie de la politique carcérale menée au Salvador, Anael Michel vous parle d’une autre facette, plus silencieuse mais non moins alarmante, de la stratégie punitive de l’État salvadorien : la répression du corps des femmes à travers la criminalisation de l’avortement. Ensuite, Sylvie Argibay et Anael Michel vous présentent deux collectifs anti-carcéraux mexicains. No Estamos Todxs accompagne des prisonniers politiques dans l'État du Chiapas, dans le sud du Mexique, tandis que Hermanas en la Sombra promeut la défense des droits des femmes privées de liberté, à travers l’écriture et l’art comme outils de transformation.
Féminisme et abolitionnisme carcéral vont-ils toujours de pair ? Le féminisme abolitionniste critique le recours à la punition comme forme de dissuasion et l’appareil policier et judiciaire tout entier, marqué par le racisme et le classisme. À l'opposé, le féminisme carcéral revendique un pouvoir punitif accru pour combattre les violences de genre. Selon cette perspective, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles passe par la sanction pénale des auteurs et par l’extension et le durcissement des peines données aux agresseurs. Un tour d'horizon de ce débat épineux est proposé par Sylvie Argibay.
Tout au long de l’épisode, une musique engagée accompagne ces récits de lutte avec le titre « Gimme tha Power » du groupe de groupe de rock mexicain Molotov, un tube contestataire sorti en 1997 et « Un Movimiento Social » de Sara Hebe, une voix anticapitaliste, féministe et antifasciste.
Équipe de production : Sylvie Argibay, Anael Michel
Luttes environnementales et perspectives indigènes
samedi 22 novembre 2025 • Durée
L’équipe de Semillas Latinas consacre ce mois-ci un épisode entier à un enjeu qui lui est cher : décoloniser et indigéniser la lutte pour l’environnement. Alors que les catastrophes climatiques s’intensifient et que la transition énergétique dite « verte » révèle ses contradictions, l’émission met en lumière les voix, les savoirs et les résistances des peuples autochtones d’Abya Yala, au cœur des luttes territoriales.
L’épisode s’ouvre sur une réflexion sur la nécessité d’aborder l’écologie à partir de perspectives décoloniales et indigènes. Combien les récits dominants sur l’environnement restent ancrés dans une vision occidentale qui considère la nature comme une ressource exploitable, occultant les enjeux de racisme environnemental et les héritages coloniaux encore à l’œuvre. Dans de nombreuses régions rurales de la région, les communautés autochtones mènent une lutte quotidienne contre l’extractivisme qui couvre différents domaines : la déforestation, l’exploitation minière et pétrolière, les mégaprojets éoliens, entre autres. La transition énergétique annoncée par les pays du Nord, pour sortir des énergies fossiles, renforce le modèle extractiviste tout en créant de nouvelles formes de domination coloniale. L'urgence climatique et les grands projets d'énergie verte finissent donc par nuire aux peuples autochtones historiquement marginalisés et victimes de racisme.
Pour ouvrir cet épisode, Manon Méziat, Paloma Petrich et Astrée Toupiol nous parlent d’un sujet au cœur de l’actualité internationale : la COP30, qui s’est déroulée à Belém, en Amazonie brésilienne, du 10 au 21 novembre 2025. Pour cette édition, 1 770 lobbyistes des énergies fossiles ont été accrédités et sans surprise, la COP30 s’est clôturée sans accord sur la sortie des énergies fossiles, signal d’un backlash écologique à l’échelle internationale. L’équipe de Semillas Latinas a eu l’honneur d’interviewer Livia Kalil de Jesus, doctorante en sciences politiques à l'Université Sorbonne Nouvelle et à l'Université de São Paulo, et présente à cette COP, elle travaille sur l’influence que le multilatéralisme climatique a sur les politiques agricoles brésiliennes.
Manon Méziat et Paloma Petrich reviennent ensuite sur l’événement Decolonize, organisé à la Parole Errante à Montreuil, les 11 et 12 octobre 2025, où se sont rencontré·e·s des représentant·e·s de luttes décoloniales et environnementales, notamment l'activiste et sociologue zoque Josefa Sánchez Contreras. Le 12 octobre, date marquant le début du génocide colonial, est ici réinvesti par des espaces d’échange, de solidarité et de résistance.
Côté chroniques, l’épisode se poursuit avec Sylvie Argibay, qui nous plonge au cœur du territoire mapuche en présentant Terricide. Sagesse ancestrale pour un monde alternatif, ouvrage de l’activiste Moira Millán. Elle revient également sur sa rencontre avec sa fille, Lianka Millán, pour évoquer la lutte de sa mère pour la récupération des territoires appartenant aux peuples autochtones et son combat contre les violences de genre, dans les territoires occupés par l’État argentin.
Astrée Toupiol propose ensuite une chronique sonore, retraçant l’histoire de l’invisibilisation des peuples autochtones d’Abya Yala et l’intensité de leurs résistances à travers des archives sonores.
Enfin, Manon Méziat nous raconte les chroniques d’une lutte gagnée contre le mythe colonial de l’El Dorado en Guyane. Le mythe de l’El Dorado correspond à l’un des principes coloniaux fondateurs des puissances occidentales : la doctrine de la Terra nullius, la « terre qui n’appartient à personne », qui a justifié la prise de possession de territoires habités par des peuples autochtones par des Européens.
Tout au long de l’épisode, la musique accompagne ces récits de lutte : « Amazonia » du duo péruvien de musique électronique Dengue Dengue Dengue, et « Xangô » de Magalhães e sua Guitarra, un hommage à l’orixá afro-brésilien du tonnerre et de la justice.
L’épisode se termine sur des recommandations : l’exposition « Amazonia. Créations et futurs autochtones » au Musée du Quai Branly, et des lectures d’activistes écoféministes d’Abya Yala comme Terricide de Moira Millán ou Despojos racistas de Josefa Sánchez Contreras.
Equipe de production :
Présentation : Pauline Rossano et Sylvie Argibay
Reportages : Paloma Petrich, Manon Méziat et Astrée Toupiol
Chroniques : Astrée Toupiol, Manon Méziat et Sylvie Argibay
Réalisation : Mickaël Adarve
Transidentités : vécus et luttes collectives
samedi 25 octobre 2025 • Durée
Comment les transidentités s’inscrivent-elles dans l’histoire politique et culturelle de la région latino-américaine ? C'est la question qui nous occupe ce mois-ci !
Pour mieux comprendre les enjeux politiques actuels du continent, nous commençons par un tour d"horizon de l'actualité. En Bolivie, l’élection du libéral Rodrigo Paz, qui promet un “capitalisme pour tous”, a mis fin à deux décennies de gouvernements socialistes. Au Venezuela, le Prix Nobel de la paix a été attribué à Maria Corina Machado, figuro d'opposition face à Maduro, et membre de l’aile radicale de la droite vénézuélienne. Au Pérou, la colère gronde : des manifestations massives sont organisées par la Gen Z depuis plusieurs semaines pour exiger la démission du gouvernement, incapable régler la crise sécuritaire en cours.
L’équipe de Semillas Latinas vous propose ensuite une reportage sur la 13e édition du Panorama du Cinéma Colombien, un festival créé par l’association El Perro que ladra - Le chien qui aboie. Depuis 2013, ce festival s’attache à visibiliser le cinéma colombien et latino-américain en Europe et à faire entendre des récits qui ne trouvent pas toujours d’écho dans les circuits professionnels officiels.
Nos chroniqueuses sont également de la partie pour cet épisode ! Pauline Rossano nous parle du film Cassandro, du réalisateur mexicain Roger Ross Williams, qui nous plonge dans l’univers de la lucha libre, un sport mexicain très populaire où se rejouent les rapports de force et d’identité entre sueur, paillettes et résistance.
Astrée Toupiol vous invite à explorer les Andes par le prisme de la transidentité. Elle analyse l’existence d’un troisième genre dans la cosmologie andine et nous montre comment cette acceptation est entrée en collusion frontale avec la vision binaire cis-hétérosexuelle imposée par les colons catholiques.
Sylvie Argibay met ensuite le cap sur un paradis insolite et un symbole de tolérance pour la communauté LGBTQIA+ mexicaine. Elle vous emmène dans la région indigène de l’Isthme de Tehuantepec, dans l'État de Oaxaca, connue pour l’existence d’un troisième genre : les muxes. Cette catégorie est reconnue et célébrée par les Zapotèques depuis l'époque préhispanique.
Manon Méziat vous parle, quant à elle, de la question du travail du sexe à travers la littérature et des portraits de militantes trans. Dans le parcours de vie des femmes trans latino-américaines, exclues du système éducatif formel et du marché du travail, mais aussi souvent du foyer familial, le travail du sexe apparaît presque comme un passage obligé.
Enfin, Astrée Toupiol et Sylvie Argibay nous racontent une histoire d’amour insolite : la rencontre passionnelle entre une femme trans et un ex-guérillero des FARC en prison. Un récit qui nous plonge dans une réalité difficile à imaginer, où s'entrecroisent les enjeux de la transidentité, le milieu carcéral hostile à toute marginalité, et le contexte de la lutte armée colombienne.
Laissez-vous bercer, tout au long de l’émission, par de la musique queer latino-américaine. Dans “El Diablo y la Bruja”, La Bruja de Texcoco, artiste et performeuse mexicaine trans, inverse les rôles : les figures du diable et de la sorcière, longtemps craintes ou rejetées, deviennent des symboles d’émancipation. “Anda Trava”, de Susy Shock, figure du mouvement travesti en Argentine, est un manifeste musical, emblématique de la lutte pour la reconnaissance et la dignité. Enfin, cette célébration des identités et de la diversité se termine par le morceau “Bixa Preta” de Linn da Quebrada, artiste et militante trans brésilienne.
Équipe de production :
Présentation : Paloma Petrich et Manon Méziat
Reportage : Paloma Petrich, Manon Méziat, Mickaël Adarve, Pauline Rossano, Astrée Toupiol et Sylvie Argibay
Chroniques : Pauline Rossano, Astrée Toupiol, Sylvie Argibay et Manon Méziat
Réalisation : Mickaël Adarve
Graines de l'été
samedi 27 septembre 2025 • Durée
Dans ce premier épisode de la deuxième saison de Semillas Latinas, chaque membre de l’équipe vous propose de revenir sur un événement, une œuvre artistique, musicale ou littéraire qui l’a le plus marqué cet été ! L’occasion parfaite de naviguer entre différentes régions, à la découverte de nos coups de cœur culturels pour cette première partie d’émission.
Astrée Toupiol ouvre cet épisode avec une chronique sur Bad Bunny, la super star mondiale du reggaeton ! Ce jeune artiste, très populaire, a généré 200 millions de dollars de retombées économiques en trois mois, mais refuse délibérément de se produire aux États-Unis. Derrière ce geste artistique se cache un geste politique fort.
Manon Méziat revient, dans sa chronique, sur la 56e édition des Rencontres de la Photographie d’Arles, placée sous le signe des « Images indociles », un thème fort pensé comme “outil de résistance, de témoignage et de transformation sociale” selon le directeur Christoph Wiesner. De nombreuses expositions ont été présentées dans le cadre de la saison Brésil-France 2025, qui célèbrent la richesse culturelle de ce pays. Cette chronique culturelle revient notamment sur l’exposition Futurs Ancestraux, un portrait sur les luttes indigènes, afro-brésiliennes et LGBTQIA+ au Brésil et sur la photographe et militante Claudia Andujar, connue pour son soutien au peuple Yanomami au Brésil.
Sylvie Argibay nous parle des rencontres internationales « Rébellions et Résistances » qui se sont déroulées en août, dans le caracol de Morelia, en territoire zapatiste. Cette chronique politique retrace la naissance du zapatisme, un mouvement indigène qui construit l’autonomie dans l’État du Chiapas, le sud du Mexique. Au-delà du Mexique, le projet zapatiste est source d’inspiration pour les intellectuels et activistes internationalistes, qui trouvent espoir dans la construction de l’autonomie face aux dérives productivistes.
Mickaël Adarve, pour cet épisode de rentrée, se lance dans une chronique littéraire et nous parle du roman de l’écrivain colombien Santiago Gamboa, Le syndrome d’Ulysse. Ce livre raconte la dérive d’un jeune migrant, étudiant en littérature, ancré dans les trottoirs des rues de la capitale parisienne ! La salsa prend une place importante, où la danse est le lieu de tous les possibles et d’une catharsis des plus bienvenues dans un Paris aussi froid.
Anael Michel revient sur une nouvelle réjouissante de début d’été : l’identification du Nieto 140 en Argentine ! Début juillet, l'organisation des Grands-mères de la Place de Mai, mouvement de résistance non violente qui a vu le jour dès l’année 1977 de façon spontanée et qui a pour but de retrouver et de rendre à leurs familles légitimes tous les enfants et bébés volés lors de la dernière dictature militaire (1976-1983), a annoncé avoir retrouvé le 140e enfant volé durant les plus sombres heures du terrorisme d’État.
En deuxième partie d’émission, un petit tour d’horizon de l’actualité de l’été est proposé par l’équipe Semillas Latinas. Sylvie Argibay nous emmène au Salvador dans ces méga-prisons où sont détenues les personnes migrantes, puis nous rapporte une recrudescence de la violence politique en Colombie. Astrée Toupiol se réjouit, quant à elle, des déboires judiciaires de Bolsonaro, et plus au sud, c'est l'autoritaire Javier Milei qui essuie un revers aux élections législatives de la province de Buenos Aires. Pour finir, Mickaël Adarve évoque un tournant inquiétant à droite en Bolivie et s’interroge sur la durabilité de l’État pluriethnique.
Et pour clôturer cet épisode, l’équipe Semillas Latinas vous propose deux belles découvertes cinématographiques et musicales. Astrée Toupiol est partie à la rencontre des membres de l’équipe Le Chien qui Aboie - El Perro que Ladra, une association qui diffuse et promeut le cinéma latino-américain en Europe. Sylvie Argibay reçoit quant à elle en studio Sonora de Luchar, un groupe de cumbia queer, rebelle et internationale, emblématique de la scène latina parisienne.
Excellente écoute sur les ondes latines !
Équipe de production :
- Présentation : Anael Michel et Astrée Toupiol
- Interviews : Astrée Toupiol et Sylvie Argibay
- Chroniques : Astrée Toupiol, Manon Méziat, Sylvie Argibay et Mickaël Adarve
- Traduction : Pierre Lefebvre
- Réalisation : Mickaël Adarve
Ni folklore ni carte postale : décoloniser le regard sur le Pérou
samedi 7 juin 2025 • Durée
Pour ce dernier épisode de la saison, les Semillas Latinas explorent les héritages coloniaux qui perdurent dans la société péruvienne contemporaine. Loin des clichés folkloriques et des représentations touristiques, cette émission adopte une démarche décoloniale pour analyser les traces persistantes de plus de trois siècles de domination coloniale : génocide de 90% de la population autochtone, imposition d'un système féodal, et mise en place de l'Inquisition.
Le paradigme décolonial, pensée critique qui émerge dans les années 1990 en Amérique latine, analyse comment les logiques coloniales survivent aux indépendances politiques. Cette approche examine la persistance des rapports de pouvoir coloniaux dans trois domaines fondamentaux : les structures de pouvoir économique et politique; la hiérarchisation des savoirs considérés comme "légitimes", la marginalisation systématique de certains corps, langues et cultures.
José Carlos Mariátegui, intellectuel marxiste péruvien, avait déjà observé que l'indépendance politique n'avait pas démantelé l'ordre colonial. Les structures économiques, l'accès à la terre et l'exploitation des ressources continuaient de reproduire les inégalités héritées de la période coloniale. Cette analyse sera approfondie par d'autres penseurs péruviens comme Aníbal Quijano avec sa notion de "colonialité du pouvoir".
Astrée Toupiol et Paloma Petrich analysent le racisme structurel péruvien, héritage direct des hiérarchies raciales coloniales. Ce système produit de véritables fractures géographiques, sociales et politiques, où les plus marginalisé·e·s demeurent invisibilisé·e·s. Cette situation génère une "schizophrénie sociale" paradoxale : d'un côté, on célèbre le poncho pour attirer les touristes, de l'autre, on méprise le quechua dans les espaces éducatifs et professionnels. À l'ère numérique, cette violence se double d'un phénomène de bashing régional, où les Péruvien·ne·s subissent une double discrimination: un racisme interne profondément enraciné ; et des représentations péjoratives relayées à l'échelle latino-américaine… créant une forme de "concours de mépris” entre peuples frères. Face à cette violence, de nouvelles voix émergent sur les réseaux sociaux comme la chanteuse de pop andine Milena Warthon ou l'artiste franco-péruvienne Claudia Rivera invitent à décoloniser les corps, les voix et les imaginaires.
Sylvie Argibay s'entretient avec Lissell Quiroz autour de son ouvrage Pensées décoloniales. Une introduction aux théories critiques d'Amérique latine, co-écrit avec Philippe Colin (La Découverte, 2023). L'entretien explore la théorie décoloniale qui prend l'invasion de l'Amérique en 1492 comme point de départ pour déconstruire le paradigme de la modernité et questionner la colonialité du pouvoir. Au Pérou, cette colonialité divise les populations : les plus précaires sont les personnes racisées, les indigènes "acculturé·e·s" en ville (cholos), et les afrodescendant·e·s. Cependant, la colonialité génère aussi des résistances multiformes avec les communautés préservant leurs modes de vie et cosmovisions traditionnelles ou les révolutions historiques comme celle de Tupac Amaru…
Manon Méziat décortique les biais coloniaux du tourisme au Machu Picchu. Le tourisme, majoritairement occidental et blanc, transforme Cusco en "laboratoire de classification raciale". Cette mise en tourisme ressemble à une appropriation sociale du patrimoine, monopolisant les services au profit des élites et créant une division sociale du travail. Ce processus d'exotisation transforme les destinations en "paradis" fantasmés par l'imagination occidentale, essentialisant les rapports de pouvoir de genre, de race et de classe.
Pauline Rossano nous emmène dans un voyage sonore à travers les Andes précolombiennes, où le fil transcende sa fonction matérielle pour devenir mémoire et langage vivant. Sous l'Empire inca, le tissage devient affaire d'État. On tisse même les données avec les quipus, ces cordes nouées servant à enregistrer histoires et naissances. L'arrivée des Espagnols bouleverse cette tradition : importation du coton, création d'ateliers coloniaux (obrajes), industrialisation de l'art du fil. Malgré cette colonisation textile, les femmes andines perpétuent leur art dans le secret des foyers, forme de résistance silencieuse. À l'ère de la mondialisation, hommes et femmes d'ailleurs apportent leurs motifs et symboles. Le tissage devient ainsi miroir culturel vivant et métaphore d'un pays aux mille visages.
Anael Michel analyse l'expression du racisme dans les arts coloniaux. Après le Traité de Tordesillas qui octroie l'influence péruvienne à l'Espagne, se crée le vice-royaume du Pérou avec ses hiérarchies raciales complexes. Malgré l'interdiction officielle, les métissages créent de nouvelles catégories socio-ethniques, et sous l'influence des Lumières hispaniques, se développe un goût pour la classification rationaliste des catégories humaines basée sur la couleur de peau. Cette obsession classificatoire trouve son expression artistique dans les "tableaux de castes", œuvres coloniales destinées à montrer la diversité humaine des colonies selon une grille de lecture raciale rigide.
Vous écouterez, dans cet épisode, de la cumbia péruvienne,avec le groupe Agua Marina et son morceau "El Casorio" et la chanteuse Rossy War avec "Nunca pensé llorar". Un poème de l'artiste afro-péruvienne Victoria Santa Cruz, inspiré d'une blessure d'enfance liée au racisme, couronnera cet épisode.
Un épisode réalisé par encore une fois grâce au génie de Mickaël Adarve.
Excellente écoute sur Semillas Latinas !
Équipe de production :
Présentation : Mickaël Adarve et Astrée Toupiol
Interview : Sylvie Argibay
Chroniques : Anael Michel, Manon Méziat, Paloma Petrich, Pauline Rossano, Astrée Toupiol
Réalisation : Mickaël Adarve