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Roule galette #40 : PLACEBO , re created (2026 , Elevator)
Saison 1 · Épisode 40
vendredi 3 juillet 2026 • Durée 29:52
Salut a toutes et tous .
Pour ce dernier roule galette de la saison , nous vous proposons un disque récent puisque sorti ce mois-ci . Comment , que se passe t il ? C’est l’approche des vacances qui lui fait enfin prendre conscience que le monde n’était pas mieux avant ? Il a engagé un stagiaire qui va enfin nous vanter les mérites du dernier maître Gims ? La canicule lui a replacé les neurones dans le bon sens ?
Rien de tout cela ! Quand je parle d’un disque effectivement sorti en juin 2026 , il ne s’agit pas pour autant d’une nouveauté ! En juin 1996 , débarque le premier album de Placebo , précédé par Come home quelque mois auparavant . Une vrai déflagration , pour beaucoup . Dire que Placebo était important pour moi à l’époque , est un doux euphémisme . Je pense que mes élèves ont du entendre parler du groupe tous les jours , mais ils commençaient à comprendre le doux dingue que je pouvais être . Nous avons interviewé avec Manu de Radio C et maintenant de Sound of Violence, le groupe un nombre impressionnant de fois entre 1996 à 1998 . Notre intérêt pour le groupe virait à l’obsession .
Notre première rencontre a eu lieu à notre première route du Rock en 1996 alors que le premier album était sorti depuis à peine 2 mois et restait une affaire d’initiés pour quelques happy few . Je me souviens encore de la fébrilité qui nous habitait avant l’interview et le rapide soulagement lorsque nous avions découvert que Molko mais aussi Robert Schutzberg présents à l’interview parlaient français tous les deux . Une agréable surprise , car nous avions préparé nos questions en anglais, avec la crainte de passer à côté de certaines réponses.
A partir de cette rencontre , notre intérêt pour le groupe a été grandissant . Placebo a été le premier artiste que j’ai diffusé dans ma première émission de radio en octobre 1996 , on parlait placebo, on mangeait placebo , on dormait placebo … tout gravitait autour de cela . Ce premier album , je l’ai sans doute écouté jusqu’à l’écoeurement , tant et si bien qu’il ne m’est plus possible de l’écouter depuis 25 ans . L’intérêt pour le groupe a décru dès Black market music au point de ne pas avoir écouté les dernières productions plus de 5 minutes .
C’est donc avec beaucoup de suspicion que j’ai vu apparaître la sortie de Placebo Recreated pour le trentième anniversaire de l’original . Le projet apparaît un peu opportuniste , comme plein d’autres artistes ont su le faire . Re-issue! Re-package! Re-package! Re-evaluate the songs Double-pack with a photograph Extra track (and a tacky badge)
Clamait Morrissey dans paint a vulgar picture sur le dernier album des Smiths , lui qui ne s’est jamais privé de faire l’extrême opposé dans sa carrière future . C’est un peu l’image que j’avais lorsque j’ai pris connaissance du projet . Par acquis de conscience, par nostalgie , par curiosité , je ne saurais dire, j’ai donc lancé l’écoute de ce disque sur une plateforme de streaming pour tenter de le juger objectivement , si tant est que l’objectivité existe . Le relifting est plutôt soft, quelques guitares ajoutées par ci par là , quelques notes de claviers venant souligner les mélodies , l’ensemble est très fidèle à l’original . Dans des interviews récentes le chanteur décrit le projet comme un besoin de se réconcilier avec un disque qui lui paraissait inachevé , et ne pas prendre en compte l’évolution des titres lors des concerts . Il voulait ressortir le disque en gardant l’ADN de celui-ci et tirer profit de l’expérience acquise . En ce sens, le projet est réussi . Au niveau de la réception personnelle , le plus étonnant n’est pas que je passe mon temps à jouer au jeu des 7 différences . Le plus étonnant, c'est qu'elle m'ait donné envie de réécouter à plusieurs reprises , un disque que je croyais avoir définitivement épuisé .
Teenage Angst résume assez bien l'univers du premier Placebo. Brian Molko y chante une jeunesse en décalage, tiraillée entre le désir d'être acceptée et le refus de se conformer. Trente ans plus tard, ces paroles ont sans doute perdu leur pouvoir de provocation, mais elles conservent une étonnante justesse.
Bionic est la seconde chanson de la semaine . Ce titre où l’influence d’echo and the bunnymen est très palpable au niveau de la guitare , nous en avons découvert la signification en interview quand Molko nous a parlé d’un Robot fuck , soit d’un godemichet automatique qui s’emballe … Souvenir d’un gros fou rire , qui résume bien la connivence et la provocation du Molko de l’époque .
Hang on to your IQ est un morceau un peu plus lent mais toujours sulfureux . Il évoque la solitude , en dépit de nombreux partenaires , de la drogue , et le besoin de se rattacher à son intelligence pour survivre .
Nancy boy est sans conteste le titre qui a lancé la carrière du groupe , un. Titre agressif, volontairement provocateur , où Molko évoque des frasques sexuelles et la débauche. C’est aussi un texte qui évoque clairement l’homosexualité et la bisexualité à une époque où le sujet était assez peu médiatisé .
I Know est un morceau à part sur le premier album. Brian Molko y évoque une période de rupture et de solitude à New York, et un appel passé dans une cabine téléphonique qui a directement nourri le texte. Le morceau porte une charge très personnelle, presque confessionnelle, liée à la fin d’une relation et à la difficulté de continuer seul.
Roule galette #39 : Various SOUL JAZZ RECORDS , Venezuela 70 (2016, SOUL JAZZ RECORDS)
Saison 1 · Épisode 39
vendredi 26 juin 2026 • Durée 29:56
Roule Galette #39 s’intéresse cette semaine à la compilation Venezuela 70 – Cosmic Visions of a Latin American Earth, parue chez Soul Jazz Records. Soul Jazz est un label que j’ai beaucoup proposé au magasin. Il y avait une vraie diversité dans leur catalogue — Studio One, funk, punk, krautrock, scènes brésiliennes, nigérianes ou vénézuéliennes — mais avec un même fil conducteur : un travail de recherche, de sélection et de mise en contexte qui dépasse largement la simple logique de compilation. Les disque sont construits comme des objets documentaires autant que musicaux.
Plus que d’autres compilations de labels que j’ai découvert à l’époque du magasin , le label soul Jazz est sans aucun doute le plus représentatif de la diversité qui a petit à petit fait céder les barrières de mon confort musical . Une manière d’élargir progressivement la carte des écoutes, par zones successives : un pays, une scène, une période, un croisement inattendu.
Venezuela 70 est l’une de mes compilations favorites du label pour son côté déconcertant. La compilation rassemble des enregistrements réalisés dans les années 70 au Venezuela, à un moment où le pays connaît une forte croissance économique liée au pétrole et une intense activité culturelle. Dans ce contexte, une génération de musiciens développe des formes hybrides, mêlant rock, jazz, funk, débuts de l’électronique et musiques traditionnelles locales.
On retrouve des artistes comme Vytas Brenner, Angel Rada ou Pablo Schneider, qui participent à cette recherche d’un langage musical propre, entre influences anglo-américaines, héritages latino-américains et expérimentations plus ouvertes.
Ce qui frappe surtout, avec le recul, c’est la liberté de ces croisements. Une musique qui n’est pas encore stabilisée dans des genres, et qui circule entre plusieurs mondes sans chercher à les hiérarchiser.
Comme souvent chez Soul Jazz, il s’agit moins d’une compilation “thématique” que d’une relecture a posteriori d’un moment musical, recomposé à partir d’archives dispersées, et présenté comme une cartographie possible d’une scène.
Premier arrêt avec Pablo Schneider et « Amor en llamas ».
Roule galette #38- MOON ATE THE DARK : 1 (2012, SONIC PIECES )
Saison 1 · Épisode 38
vendredi 19 juin 2026 • Durée 44:48
Roule Galette #38 nous emmène cette semaine du côté du premier album de Moon Ate the Dark sobrement intitulé 1 .
Je n’ai plus souvenir exactement comment ce disque est entré dans ma vie, sans doute au moment de la réédition réunissant les deux albumsdu duo . En revanche, je sais que le label Sonic Pieces m'a accompagné pendant de nombreuses années. Monique Recknagel m'avait envoyé quelques disques promotionnels à l'époque. C'est ainsi que j'ai découvert une partie de ce catalogue singulier : Nils Frahm, le magnifique album de Takeshi Nishimoto , lavandula , ou encore Pino d'Otto A. Totland, un disque que j'ai énormément défendu au magasin, au point d'en vendre une bonne quinzaine d'exemplaires, ce qui représentait déjà beaucoup à notre échelle.
Au fil des années, plusieurs artistes liés à cet univers sont venus jouer à la maison. Erik Skodvin y est passé en 2013 avec Aidan Baker et Andrea Belfi lors du premier concert à Tincques alors que nous habitions les lieux depuis à peine 1 mois . Rauelsson est venu pour un concert magique , un peu plus tard , en compagnie de l’artiste néerlandaise Jessica Sligter . Nous avons même gouté au privilège de partager un thé avec Erik et Monique lors d'un séjour à Berlin et de visiter leur atelier de confection de leur disques « fait maison » . Si j'écoute moins activement cette scène aujourd'hui, par manque de moyens ou simplement par envie d'explorer d'autres univers, certains disques du label continuent de m'accompagner et Moon Ate the Dark est indéniablement de ceux-là.
Un disque associé à des climats , des périodes, que j'aime retrouver souvent à la tombée du jour, près d'un feu de cheminée ou à la lueur d’une bougie parfait compagnon d’un silence ou d’une lecture . Enregistré en deux jours d'août 2011, le disque réunit la pianiste galloise Anna Rose Carter et Christopher Bailey, chargé de capter, transformer et prolonger le son du piano. Entièrement improvisé, sans recours à des échantillons préexistants, l'album laisse entendre autant l'instrument lui-même que sa respiration, sa mécanique et les résonances qui l'entourent. Le disque a été masterisé par Nils Frahm , coutumier de cette technique d’enregistrement .
Nous avons eu la chance de voir l’un des rares concerts de Moon Ate the Dark en Hollande, en première partie d'Otto A. Totland , dans un voyage qui nous avait beaucoup marqué , autant par la qualité du concert que par l’inquiétante froideur de l’hôtel où nous avions séjourné pour une nuit, qui s’apparentait plus à l’hôtel désertique de Shining qu’à un luxueux palace . Le concert était absolument fascinant. Anna Rose Carter jouait pendant que Christopher Bailey transformait le son du piano à l'aide de ses pédales et de ses traitements électroniques dont je ne comprenais pas grand-chose. Ce qui était impressionnant surtout, c'était cette confiance entre les deux musiciens : voir Anna Rose Carter poursuivre son jeu sans jamais être déstabilisée par les transformations réalisées en temps réel par quelqu'un d'autre. Toute l'alchimie du duo semblait reposer sur cet équilibre fragile.
Roule galette #37 - ARESKI BELKACEM & BRIGITTE FONTAINE - vous et nous ( 1977 Saravah)
Saison 1 · Épisode 37
vendredi 12 juin 2026 • Durée 30:26
Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose un détour par l'un des objets les plus singuliers de la chanson française : Vous et nous de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem.
Le choix de ce disque est aussi une manière de rendre hommage à Areski Belkacem, dont la disparition récente m’a particulièrement attristé . Avec Brigitte Fontaine, il aura construit l'une des œuvres les plus libres et les plus inclassables de la musique française.
J'ai découvert Vous et nous à la fin des années 70 , début 1980, alors que j'avais une douzaine d’années, et il est resté mon disque préféré du duo.
A cette époque, je percevais surtout l'étrangeté des textes. Il y avait quelque chose de comique, parfois absurde, mais aussi beaucoup de tristesse et de mélancolie. J'en comprenais l'essentiel , sans forcément en percevoir l’aspect politique , tant cette manière d'écrire me semblait poétique et singulière.
C'est beaucoup plus tard que j'ai pris conscience de la singularité musicale du disque. Avec le recul, je me suis aperçu à quel point Vous et nous était hors format. Mélange de chanson, de folk, d'influences kabyles, d'expérimentations sonores et d'électronique artisanale, l'album dénotait dans un paysage musical déjà très formaté.
À sa sortie en 1977 chez Saravah, le disque existe sous plusieurs formes : une version simple et une version double, plus développée, qui accentue encore son caractère foisonnant et difficile à cadrer.
Dans sa fabrication même, le disque échappe aussi aux schémas habituels. On raconte qu’il devait à l’origine être un projet porté principalement par Areski Belkacem, avant que Brigitte Fontaine n’intervienne progressivement, ajoutant textes, voix et fragments d’idées, parfois dans des sessions tardives. Le disque se construit alors par couches successives , voire comme un ping pong , plutôt que comme une œuvre figée dès le départ. Cette idée de dualité , est omniprésente dans la discographie d’Areski - Fontaine .
Un autre élément frappe immédiatement à l’écoute : les durées. Le disque alterne entre des morceaux de quelques secondes et des titres beaucoup plus développés. Cette coexistence de miniatures et de chansons plus longues casse complètement les formats habituels de la chanson, et contribue à donner au disque son aspect fragmenté, presque kaléidoscopique.
Roule galette #36 - LOVE AND ROCKETS , seventh dream of teenage heaven (1985, Beggar's Banquet)
Saison 1 · Épisode 36
vendredi 5 juin 2026 • Durée 42:04
En 1983, après cinq années qui auront profondément marqué le post-punk britannique, Bauhaus se sépare. Le groupe laisse derrière lui quelques-uns des disques les plus singuliers de son époque et une influence considérable sur ce que l'on appellera plus tard le rock gothique. Mais plutôt que de chercher à prolonger cette formule, trois de ses membres – Daniel Ash, David J et Kevin Haskins – choisissent rapidement d'emprunter un autre chemin sous un nouveau nom : Love and Rockets.
Daniel Ash et Kevin Haskins avaient déjà commencé à explorer une autre direction avec Tones on Tail, projet fondé dès 1982 avec Glenn Campling alors même que Bauhaus existait encore . Tones on Tail est en quelque sorte le véritable laboratoire de ce qui deviendra Love and Rockets : une musique moins austère, plus joueuse, davantage tournée vers les textures, les rythmes et les expérimentations de studio.
Publié en 1985, Seventh Dream of Teenage Heaven est leur premier véritable album ; paru après la sortie du cover des temptations Ball of confusion , première sortie du groupe . Dès les premières minutes, il apparaît clairement que l'objectif n'est pas de refaire Bauhaus. Les tensions et les atmosphères qui caractérisaient leur ancien groupe sont encore présentes, mais elles sont désormais intégrées dans un univers beaucoup plus ouvert, où le psychédélisme occupe une place centrale.
Car si Love and Rockets est souvent rattaché à la famille post-punk, ce disque regarde tout autant vers la fin des années 60. On y retrouve le goût des textures sonores, des climats flottants, des effets de studio, des répétitions hypnotiques et de cette idée très psychédélique selon laquelle une chanson peut devenir un espace à explorer plutôt qu'un simple véhicule mélodique.
Le titre de l'album résume assez bien cette démarche. Seventh Dream of Teenage Heaven évoque moins une narration précise qu'un état de conscience particulier, quelque part entre le rêve, le souvenir et l'illusion. Cette sensation traverse l'ensemble du disque. Les morceaux semblent souvent avancer par vagues successives, privilégiant l'atmosphère à la démonstration et la suggestion à l'évidence.
Les guitares se couvrent de réverbération et d'échos, les lignes de basse dessinent des trajectoires circulaires, tandis que les rythmes installent une forme de mouvement continu. L'ensemble produit une musique qui paraît à la fois familière et étrange, accessible mais constamment traversée par des éléments plus insaisissables.
Roule galette #35 - Various ROUGH TRADE POST PUNK , volume 01 (2003 , rough trade shops)
Saison 1 · Épisode 35
vendredi 29 mai 2026 • Durée 29:13
Cette semaine dans roule galette , je vous propose un détour par une compilation : Post Punk Volume 01, publiée par Rough Trade .
Les compilations de ce type occupent une place un peu particulière dans les milieux musicaux. Elles sont souvent regardées avec méfiance par les puristes, qui leur reprochent de simplifier des scènes complexes, de transformer des contextes historiques en simple esthétique ou en musique d’ambiance, voire de fabriquer des récits un peu artificiels. Pourtant, ce sont aussi souvent ces compilations qui permettent réellement à la musique de circuler, de passer d’une génération à une autre, et parfois même d’ouvrir des portes vers des groupes ou des labels qu’on n’aurait jamais découverts autrement.
Par ailleurs , cette compilation est réalisée par un label dont on ne met plus en doute les capacités à repérer les artistes et chansons importantes . Les magasins Rough trade de Londres, de Tokyo ou à une époque révolue de Paris, restent ou restaient des passages obligés pour tous fans de musiques indépendantes . J’ai pu subrepticement , prendre des photos de Paul Weller au rough trade Portobello , voire des showcases au rough trade east ou encore croiser un jeune Ivan Smagghe derrière le comptoir rue de Charonne .
Dans le cas de Post Punk Volume 01, l’intérêt est justement de ne pas réduire le post-punk à quelques clichés : la noirceur, les guitares froides ou l’héritage direct de Joy Division. Ici, le post-punk apparaît surtout comme une zone de frottement entre plusieurs musiques : le funk, le dub, le disco mutant, les percussions africaines, l’expérimentation électronique ou encore certaines formes très minimales de musique de danse.
On y retrouve évidemment des groupes historiques comme Liquid Liquid, The Pop Group, A Certain Ratio ou ESG, mais aussi des groupes beaucoup plus récents pour l’époque, comme The Rapture, The Futureheads, Gramme ou Les Georges Leningrad.
Et finalement, cette cohabitation fonctionne assez naturellement. Elle montre surtout que le post-punk n’a jamais complètement disparu. Ses formes rythmiques, son goût pour les lignes de basse répétitives, les tensions dissonantes, les grooves bancals ou les structures déconstruites ont continué à réapparaître régulièrement sous d’autres formes.
Roule galette #34 - A CERTAIN RATIO, Sextet (1982, FACTORY)
Saison 1 · Épisode 34
vendredi 22 mai 2026 • Durée 33:10
Après le ralentissement et les textures dilatées de Kruder & Dorfmeister, je vous propose cette semaine un retour à quelque chose de beaucoup plus sec, plus instable, presque rugueux : Sextet d’A Certain Ratio.
Au début des années 80, A Certain Ratio évolue dans l’orbite de Factory Records à Manchester, au même moment que Joy Division et toute une scène post-punk en mutation. Mais très vite, le groupe prend une direction différente : moins tournée vers la noirceur et la frontalité, beaucoup plus attirée par le rythme, le corps et la danse.
Avec A Certain Ratio, on est finalement bien plus proche des expérimentations de 23 Skidoo, du funk tendu de Gang of Four, des explorations rythmiques de Liquid Liquid, ou encore du mutant disco de l’écurie ZE Records.
Publié en 1982, Sextet prolonge une transition déjà amorcée sur To Each..., album enregistré dans le New Jersey et lié, au moins symboliquement, à l’ouverture du groupe vers la scène new-yorkaise. Mais là où To Each... restait encore relativement peu marqué par cette expérience, Sextet semble cette fois en avoir pleinement absorbé les influences.
Pour ce disque, Simon Topping abandonne en grande partie le chant au profit de Martha Tilson, rencontrée à New York et qui donnera son nom à l’album. Le groupe poursuit également sa route sans Martin Hannett à la production, estimant qu’il les faisait encore trop sonner comme Joy Division.
À première écoute, on pourrait presque parler de funk ou de musique de club : basse très en avant, percussions, cuivres, groove omniprésent. Les influences jazz et afro-cubaines s’affirment davantage. Mais, comme souvent chez A Certain Ratio à cette période, quelque chose résiste.
Le point central du disque tient dans cette contradiction permanente : tout semble vouloir fonctionner comme une musique de danse, mais rien ne se met réellement en place de façon confortable. Les grooves sont serrés, précis, mais constamment perturbés par des éléments dissonants, des interventions imprévues, des décalages entre les instruments.
La basse joue un rôle structurant, mais elle ne crée pas de stabilité. Les percussions invitent au mouvement, mais dans un cadre instable. Les voix apparaissent souvent distantes, fragmentées, presque fantomatiques, comme si elles refusaient de s’intégrer pleinement au flux rythmique.
Roule galette #33 - KRUDER & DORFMEISTER , the K& D sessions (1998, !K7)
Saison 1 · Épisode 33
vendredi 15 mai 2026 • Durée 01:10:05
À la fin des années 90, Kruder & Dorfmeister sont déjà un cas étrange dans la musique électronique.
Ils n’ont toujours pas d’album au sens classique du terme, mais leur nom circule depuis plusieurs années dans toute une partie de la scène européenne. Leur apparition s’est faite par étapes : d’abord des productions locales à Vienne, puis l’EP G-Stoned en 1993, qui attire l’attention avec une esthétique déjà très identifiable, jusque dans son détournement de la pochette de Bookends de Simon & Garfunkel. Ensuite viennent les mixes, dont leur passage remarqué dans la série DJ-Kicks en 1996, qui élargit encore leur audience.
Mais c’est en 1998 que leur trajectoire se cristallise avec The K&D Sessions.
Officiellement, il s’agit d’une compilation de remixes réalisés sur plusieurs années. En réalité, le disque va rapidement dépasser ce statut administratif pour devenir un objet autonome, identifié comme une œuvre à part entière. Et c’est là que se joue une ambiguïté centrale dans leur travail : ils ne produisent pas des morceaux originaux au sens traditionnel, mais ils finissent par produire quelque chose qui est perçu comme un album.
Leur méthode est assez caractéristique. Dans la plupart des cas, ils partent de morceaux existants — issus de scènes très différentes, allant du hip-hop au drum’n’bass en passant par la pop ou la musique électronique — et ils les déconstruisent radicalement. Le principe n’est pas d’ajouter des éléments, mais de retirer, d’isoler, de recomposer. Dans certains cas, ils ne conservent qu’une voix ou un fragment mélodique, autour duquel ils reconstruisent entièrement la structure sonore.
Le résultat est reconnaissable : des morceaux ralentis, épaissis, souvent débarrassés de leur tension initiale, avec un travail important sur les basses, les résonances, et les espaces laissés entre les éléments. Une forme de musique qui n’est ni vraiment ambient, ni vraiment dub, ni vraiment trip-hop, mais qui emprunte à chacun de ces territoires sans s’y fixer.
Ce positionnement devient d’autant plus visible dans le contexte de la fin des années 90. La musique électronique est alors fragmentée : la techno continue de se durcir ou de se fonctionnaliser, la french touch domine une partie du paysage club, et le trip-hop a déjà installé ses codes plus sombres et cinématographiques. Kruder & Dorfmeister se situent à côté de ces dynamiques. Ils ne cherchent ni la tension maximale, ni le choc, ni même la construction de morceaux au sens classique.
Cette semaine , dans roule galette , je vous propose un disque pour rouler vers le soleil. Je sais, ça peut sembler un peu paradoxal quand le prix de l’essence atteint des sommets que nous n’aurions jamais imaginé dans nos pires cauchemars, et que le groupe vient de Norvège, pas exactement le pays le plus connu pour ses plages tropicales.
Mais peu importe, Kings of convenience des Kings of Convenience , vous apportera forcément un sentiment de bien être et rendra votre trajet si agréable que vous en oublierez les embouteillages, les kékés se prenant pour K 2000 dans leur golf Bon Jovi , vous pourriez même sourire en allant à la pompe à essence . Pour un peu , cette experience pourrait être utilisée pour relancer les ventes de véhicules .
Ce disque regroupe en réalité une série de titres issus de leurs premiers 45 tours norvégiens. Des morceaux enregistrés à la fin des années 90, diffusés de manière assez confidentielle, puis rassemblés ici dans une forme d’album de transition. Certains de ces titres réapparaîtront ensuite, légèrement retravaillés, sur Quiet Is the New Loud, qui les fera connaître internationalement l’année suivante.
À l’époque, cette compilation sort notamment via des circuits indépendants, avec une circulation assez fragmentée selon les territoires. Ces versions originales restent aujourd’hui INTROUVABLES en streaming, et les premières éditions physiques se vendent à prix d’or .
Kings of Convenience est un duo formé à Bergen par Eirik Glambek Bøe et Erlend Øye. Tous deux chantent et jouent de la guitare, même si la plupart des morceaux sont portés par la voix d’Eirik. Ils se connaissent depuis longtemps, ayant joué ensemble dans des groupes plus électriques, avant de réduire progressivement leur musique à l’essentiel : deux guitares, deux voix, presque rien d’autre.
Cette évolution se fait lentement, par étapes, jusqu’à cette esthétique entièrement acoustique, fondée sur l’épure et l’équilibre. Tout repose sur la respiration entre les voix, sur la précision des accords, sur une forme de fragilité assumée.
Le disque s’inscrit dans une idée simple mais radicale : faire de la sobriété un choix esthétique total. À contre-courant de beaucoup de productions de l’époque, il installe un calme durable comme position musicale.
Roule galette #31- THE DURUTTI COLUMN , lc (1981, Factory)
Saison 1 · Épisode 31
vendredi 1 mai 2026 • Durée 34:37
Comme une grande partie de mes découvertes musicales, j’ai connu The Durutti Column par l’intermédiaire du Hit du Snob, cette émission présentée par Patrick Félix sur RVN, Radio Voix du Nord, vers 1985.
Je dis “vers”, car j’ai de plus en plus de difficulté à dater précisément ces moments d’écoute, l’oreille collée au transistor pour ne pas faire trop de bruit. Si les souvenirs deviennent plus flous, l’impact de Durutti Column, lui, est resté intact.
Chaque jour, du lundi au vendredi, Patrick Félix égrainait l’actualité musicale en provenance d’Angleterre, de Belgique ou des États-Unis, pour un classement bien plus proche de ceux de John Peel que de ceux de Marc Toesca. Aucun risque d’y entendre Peter et Sloane ou Jean-Jacques Goldman. Un véritable havre de paix. Un refuge anti -beauf .
Je découvre donc, par cet intermédiaire, l’EP Tomorrow, sorti début 1986. À l’époque, j’ai peu d’argent : les disques sont comptés, pesés, mesurés, avec parfois quelques écarts dus à l’impulsivité. Mais pour Durutti Column, je suis sûr de mon coup. J’avais déjà entendu ce morceau dans l’émission et j’en appréciais la mélancolie, ce chant fragile, presque susurré.
Une nuit, alors que je m’étais endormi, comme souvent, la radio allumée — ce qui impliquait un achat régulier de piles — je fus réveillé par cette chanson. Pas brutalement, mais comme par une présence singulière et douce. Une sensation étrange, entre présence et absence, une forme de saudade, entre rêve et réalité, qui s’est installée en moi toute la journée suivante, malgré un ciel D’hiver parfaitement radieux.
Quelques jours plus tard, j’allais acheter le disque à la Boucherie Moderne. Un disque que j’ai épuisé, sans jamais parvenir à l’écœurement.
Bien avant les mails, j’avais même écrit à Patrick Félix pour obtenir des informations sur la discographie. Il me répondit quelques semaines plus tard en me citant The Return of the Durutti Column, LC, Another Setting et Without Mercy. Parmi ceux-ci, le premier sur lequel je suis tombé fut LC.
LC reste, sans conteste, mon album préféré du groupe. Le premier album, souvent cité, notamment pour sa pochette en papier de verre et la production de Martin Hannett, trouve moins grâce à mes yeux.
Né en 1949 dans l'est du Venezuela, Pablo Schneider débute sa carrière à la fin des années 60. Au cours des années 70, il mène plusieurs activités de front : auteur-compositeur, producteur, animateur de radio et de télévision, tout en travaillant également pour Polygram entre 1971 et 1974. Son premier album paraît en 1972 et sera suivi de plusieurs autres au cours de la décennie. « Amor en llamas » illustre une facette plus mélodique de cette scène vénézuélienne. Derrière son apparente simplicité, on retrouve ce mélange d'influences pop, rock et latino qui caractérise une grande partie des artistes réunis sur Venezuela 70.
On poursuit avec Grupo C.I.M. et « Joropo n°1 ». C.I.M. signifie Grupo de Investigación Musical. Le groupe se forme au début des années 70 autour du chanteur et guitariste Elmar Leal, dans le quartier de La Cuarta Calle. Malgré une discographie très réduite — cinq singles seulement — le groupe laisse quelques enregistrements particulièrement singuliers, dont ce « Joropo n°1 » aux accents très psychédéliques. Le titre emprunte son nom au joropo, l'une des formes musicales les plus emblématiques du Venezuela, mais l'aborde de manière très libre, en mêlant tradition populaire et sonorités plus contemporaines. Une démarche qui résume assez bien l'esprit de toute cette compilation.
On poursuit avec Ángel Rada et « Pánico a las 5 A.M. ». Né à Cuba en 1948 et arrivé au Venezuela alors qu'il n'avait qu'un an, Ángel Rada est l'une des figures majeures de cette scène expérimentale. Après avoir joué au début des années 70 au sein du groupe The Gas Light, il se passionne pour les possibilités offertes par la musique électronique et poursuit une partie de sa formation en Allemagne, notamment à Munich. Au fil des décennies, il développera une œuvre considérable, composée de plusieurs dizaines d'albums, devenant l'un des pionniers de la musique électronique vénézuélienne. Avec « Pánico a las 5 A.M. », on entend déjà cette curiosité pour les sons nouveaux et cette volonté de faire dialoguer modernité technologique et sensibilité latino-américaine.
On poursuit avec Un Dos Tres Y Fuera et « Son de Tambor y San Juan ». Le groupe est formé au début des années 70 par Néstor et Eudis Blanco, originaires de l’est du Venezuela. Installés ensuite dans la région de Guatire, ils fondent avec le musicien Carlos Jugo le trio Un Dos Tres y… Fuera. Leur approche part d’un répertoire de joropo central, musique traditionnelle généralement interprétée de manière très réduite — harpe, voix et maracas — avant d’évoluer vers une instrumentation plus large intégrant batterie, basse, claviers et saxophone. Le groupe élargit également son répertoire vers d’autres formes populaires vénézuéliennes comme le calypso, le merengue de Caracas ou la parranda. « Son de Tambor y San Juan » s’inscrit dans cette continuité. Le morceau renvoie aux traditions afro-vénézuéliennes associées aux fêtes de San Juan, où les tambours structurent une musique à la fois rituelle et collective, très présente dans certaines régions du pays.
Dernier morceau avec Vytas Brenner et « Caracas Para Locos ». Né en 1946 à Tübingen en Allemagne, Vytas Brenner arrive au Venezuela en 1949. Il devient ensuite l’une des figures importantes du rock progressif et de la musique expérimentale vénézuélienne à partir du début des années 70. Formé dans un environnement musical très ouvert, il développe une approche où se mêlent instruments électriques, synthétiseurs, éléments de musique symphonique et références aux musiques traditionnelles de son pays d’adoption. Il fait partie de ces musiciens qui contribuent à définir une forme d’identité musicale moderne au Venezuela durant cette période. « Caracas Para Locos » s’inscrit dans cette logique d’hybridation permanente entre rock, expérimentations électroniques et ancrage local, caractéristique de l’ensemble de la compilation Venezuela 70.
Plus qu'un disque de piano solo, Moon Ate the Dark propose un espace sonore dans lequel chaque note semble apparaître puis disparaître dans un halo de drones, de souffles et de réverbérations. Une musique discrète, mais profondément habitée, qui continue de m'accompagner plus de dix ans après sa découverte. Bien que n’ayant jamais joué ici ,Moon ate the dark 1 , est un disque qui a le pouvoir de convoquer des fantômes bienveillants dans cette maison , webradio que nous habitons , emplis de rencontres, de rires , d’échanges , d’amitiés , de concerts et de repas partagés
« Explosions in a Four Chambered Heart » ouvre le disque en installant immédiatement le dispositif : un piano très présent, travaillé en direct par des traitements électroniques qui élargissent l’espace sonore autour de lui.
« Bellés Jar » se place dans un registre plus sombre et plus ramassé, avec des lignes qui semblent descendre et se figer progressivement.
« Capsules 11 » introduit davantage de tensions, entre répétitions et passages plus dissonants.
« Messy Hearts » pousse le système vers quelque chose de plus instable, où le piano semble parfois déformé par les traitements électroniques. Le timbre devient plus métallique, légèrement grincé, comme un piano isolé dans un espace vide, presque un instrument de saloon déserté qui continuerait à jouer seul.
« Sleepwalk » clôt l’ensemble dans un mouvement lent et flottant. Le titre lui-même évoque cet état de déplacement sans conscience, entre veille et sommeil, comme si la musique avançait dans une zone de rêve, sans intention claire ni contrôle, mais sans jamais rompre complètement le fil sonore.
Ce qui est étonnant , c’est qu’on constate qu’avec le temps , leur discographie des années 70 garde toujours sa singularité et son côté ovniesque .En dehors du temps , en dehors des modes . Je ne comprenais pas trop pourquoi on n’entendait pas ces artistes sur les radios comme RTL ou Europe 1 , naïf que j’étais . Il est d'ailleurs assez amusant de se souvenir qu'au cours des années 1980, pendant la longue traversée du désert de Brigitte Fontaine, l’évocation du duo était devenu presque hors sujet. Avant sa remise en selle par Higelin de la fin des années 1990, Brigitte Fontaine appartenait surtout au domaine des souvenirs et des disques que l'on se transmettait entre passionnés.
C'est aussi un disque qui a traversé le temps alors que je ne l’ai pas possédé pendant très longtemps. Je l'avais d'abord emprunté au foyer Laïque pour l'enregistrer sur cassette. Cette copie m'a accompagné pendant plus de 15 ans , avant que je ne finisse enfin par acheter le CD au moment de sa sortie. Et ce n'est que depuis une dizaine d'années que je possède un pressage vinyle d'origine offert par un client du magasin qui connaîssais mon amour pour Areski -Fontaine . Je viens d'ailleurs de commander la réédition de Kythibong qui corrige quelques coquilles du pressage original avec une nouvelle pochette très minimale. J'en avais vendu un certain nombre au magasin, sans jamais m'autoriser à en mettre un de côté pour moi-même.
Près de cinquante ans après sa sortie, Vous et nous conserve toujours la même liberté et la même étrangeté.
Patriarcat est sans doute le morceau le plus remarquable de Vous et nous. Aujourd'hui encore, on retient souvent sa phrase épitaphe : « Il n'y a pas d'homme de gauche quand il s'agit des femmes, il n’y a que des hommes de droite ». Mais le texte de Brigitte Fontaine va bien au-delà de cette formule. Par collages successifs, elle mêle slogan publicitaire, commentaires sportifs, poésie, langage politique et images du quotidien dans une sorte de grand flux de paroles où l'humour côtoie la colère. Ce qui frappe aussi, c'est que ce texte de dénonciation n'oppose jamais simplement les uns aux autres. « Geôlier tu es prisonnier aussi », dit-elle à un moment, dénonçant le patriarcat comme une prison pour tout le monde. Enfant, j'étais surtout sensible aux paroles. Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai pris conscience de la modernité de la musique d'Areski. Derrière ce texte foisonnant, il choisit une trame électronique minimaliste avec un Moog et une boîte à rythmes dont l'audace me frappe peut-être encore davantage aujourd'hui qu'à l'époque.
Vent d’automne d’Areski Belkacem est l’un des morceaux qui résume le plus directement la manière dont Vous et nous semble s’être construit. La chanson repose sur une écriture mélancolique très simple. Quelques phrases reviennent comme un refrain intérieur : « Ce n’est rien », « À quoi bon », « Il paraît ». Une forme de résignation douce traverse le morceau, sans véritable résolution. Mais surtout, les interventions de Brigitte Fontaine viennent se greffer sur cette base comme une seconde strate. Elle ne s’installe pas à distance : elle semble enregistrer par dessus le morceau , réagissant à la chanson en train de se faire. Elle commente, propose des violons, juge le musicien, suggère des directions, comme une fausse écoute critique intégrée au morceau lui-même. Ce dispositif produit un effet très particulier. D’un côté, il rend audible le processus de fabrication ; de l’autre, il brouille complètement la place du commentaire. La “critique” est absorbée dans la musique, rejouée de l’intérieur, jusqu’à perdre toute position d’autorité. Il y a là quelque chose qui relève presque du détournement, voire d’un geste de moquerie à l’égard des discours extérieurs qui viendraient expliquer ou juger la chanson. En ce sens, Vent d’automne est à la fois une chanson, une séance d’enregistrement et une mise en scène du regard critique lui-même. Finalement, quelque chose de très punk , sans doute bien plus que l’artificiel défilé de mode qui sévissait à l’époque.
Dans ma rue d’Areski Belkacem est un texte qui parle du vivre-ensemble, et de ce qu’il implique concrètement : la tolérance, la place de l’autre, et la façon dont une société réagit à ce qui la dérange. Le point de départ est simple : un oiseau qui chante, entendu depuis un immeuble. À partir de là, la chanson met en scène plusieurs réactions de voisins, tous gênés par ce bruit dans leur quotidien. Ce qui apparaît progressivement, c’est une forme de violence très ordinaire : celle qui consiste à rejeter ce qui n’entre pas dans le cadre, ce qui perturbe le confort ou les habitudes. Derrière cette suite de réactions, on peut lire une forme de rapport de force implicite entre l’humain et le vivant, comme si l’un se donnait naturellement le droit de faire disparaître ce qui le dérange. Le basculement vers l’enfant qui pleure rend cette logique encore plus inquiétante.
Un soleil est sans conteste l’une de mes chansons favorites d’Areski Belkacem, pour sa simplicité, son minimalisme et sa poésie. Le morceau repose sur une orchestration réduite à l’essentiel : une guitare acoustique et une voix, très proche, presque directe. Cette proximité du chant donne l’impression d’une chanson naturelle, comme si elle avait été enregistrée dans un cadre intime, autour d’un feu. Le texte lui-même est construit sur des images simples et des phrases courtes, sans recherche de démonstration. Quelques mots suffisent : « embrasse le vent », « écoute-toi bien », « il ne faut rien ». Dans cette économie générale, la chanson semble porter une forme de refus du “toujours plus”, et affirme au contraire une simplicité assumée, à la fois musicale et poétique.
Ce n'est pas un ennemi est sans doute l'un des textes les plus simples et les plus bouleversants d'Areski Belkacem. En quelques phrases très courtes, il invite à dépasser la peur et la méfiance pour regarder l'autre autrement. « Regarde bien ses yeux sourient », « il a deux mains », « à voir ses pieds il vient de loin » : quelques mots suffisent pour rappeler ce qui rapproche davantage que ce qui sépare. Près de cinquante ans après sa parution, cette chanson résonne avec une force particulière dans une époque où la peur de l'autre et les discours de division occupent une place grandissante. Sans jamais donner de leçon, Areski propose au contraire un geste d'accueil et de confiance. On pourrait presque y voir un programme politique, ou même spirituel, tant le morceau ramène tout à une évidence élémentaire : avant d'être une menace, l'autre est d'abord un être humain.
Ce qui frappe également, c'est la liberté avec laquelle le groupe puise dans différentes traditions musicales. On y entend aussi bien l'héritage du post-punk que des influences psychédéliques, des échos du dub jamaïcain ou encore certaines approches plus expérimentales du rock. Pourtant, le disque ne donne jamais l'impression d'un assemblage disparate. Toutes ces influences convergent vers une même recherche : créer des paysages sonores immersifs, capables d'envelopper l'auditeur plutôt que de simplement attirer son attention.
Avec le recul, Seventh Dream of Teenage Heaven apparaît comme l'un des albums qui ont accompagné la transformation du rock indépendant britannique au milieu des années 80. Moins anguleux que le post-punk des débuts, moins formaté que la pop qui s'impose alors dans les classements, il occupe une position intermédiaire particulièrement féconde. Une œuvre de transition, mais aussi un disque qui conserve aujourd'hui encore une identité singulière.
A Private Future est le premier titre que nous écoutons. Avec sa guitare 12 cordes, Daniel Ash renvoie ici à Slice of Life de Bauhaus ou à Real Life de Tones on Tail. Un morceau solaire, largement porté par la réverbération, qui installe une forme de rêverie.
Les paroles évoquent un rapport au temps, au destin personnel, avec cette idée centrale : “your life is just a game”. La fin du morceau ouvre sur une montée plus dramatique avant de s’apaiser.
Le titre se conclut sur une forme de recommandation : “live the life you love, use the god you trust and don’t take it all too seriously”.
The Dog-End of a Day Gone By
Très centré sur la batterie, surtout les toms, avec un jeu tribal noyé dans la réverbération. La guitare tourne en boucle, et les chœurs donnent une couleur psychédélique.
Le morceau est assez solaire dans le son, avec des claviers après le refrain, type Farfisa, qui renforcent un côté presque sixties.
Les paroles décrivent une ville sans âme et une forme de lassitude du quotidien, avec cette idée de “stub out the dog-end of a day gone by” : éteindre la journée comme un mégot.
The Game
Les paroles décrivent un jeu sans issue claire, où l’on continue à jouer même en perdant, avec l’idée que gagner et perdre s’inversent en permanence (“to win is to lose, to lose is to win”).
On peut l’entendre comme un jeu de foire : on continue à participer, sans vraie sortie possible, dans un mouvement qui alterne entre gain et perte.
La guitare prend une couleur de comptine ancienne, et les claviers de fin renforcent cette impression de foire, presque décalée.
Seventh Dream of a Teenage Heaven
Le morceau s’ouvre sur une logique très physique, presque viscérale, autour de la chimie, de la chaleur et du rythme (“chemistry”, “heat”, “beat”), avec une idée de pulsion qui traverse tout le texte.
On passe ensuite à une ambiance de nuit urbaine, entre magie et quelque chose de plus trouble, avec des images à la fois lumineuses et légèrement inquiétantes (“magic in the air on a Saturday night”, “tragic on the street”).
Le texte évoque aussi une forme de bascule, de sortie des cadres établis, avec des éléments de rupture sociale et de découverte de l’étrange (“old school tie”, “fascination found in strangeness”).
La fin revient sur l’idée centrale du morceau, répétée comme une incantation : “It’s the seventh dream of teenage heaven”, qui donne au tout une dimension de boucle mentale, entre exaltation et flottement.
Haunted When the Minutes Drag
Le texte repose sur une obsession simple autour du mot “haunted”, répété comme une présence persistante liée aux souvenirs et aux traces laissées par l’autre.
Musicalement, la basse est particulièrement inventive et mise en avant, portée par une guitare 12 cordes très solaire et des chœurs dreamy qui donnent une couleur assez psychédélique au morceau.
Cette idée de présence absente, très concrète ici, s’inscrit aussi dans un fil plus large du disque : une forme de “fantôme” récurrent, moins inquiétant que mélancolique, presque aimable, qui traverse les morceaux sans jamais les alourdir complètement. Le disque se termine d’ailleurs sur le mélancolique et instrumental saudade que nous vous laisserons découvrir par vous même …
Il paraît d’ailleurs difficile de nier à quel point le paysage rock actuel reste marqué par cet héritage, parfois jusqu’à transformer certains de ses codes en véritable formule. Depuis une bonne dizaine d’années, toute une partie de la scène indépendante continue de réactiver cet héritage, de Fontaines D.C. à Viagra Boys, en passant par Black midi , qui reprennent cette idée d’une musique à la fois tendue, physique, répétitive et volontairement instable.
Plus qu’un simple style identifiable, le post-punk apparaît alors peut-être comme une méthode : prendre les structures du rock, les ouvrir aux rythmes, au dub, à la danse, au bruit, à la répétition, et faire cohabiter tout cela dans quelque chose qui reste volontairement déséquilibré.
C’est cette circulation-là que propose finalement cette compilation : non pas une archive figée du début des années 80, mais une cartographie beaucoup plus mouvante, où différentes générations continuent de dialoguer entre elles.
On commence avec Delta 5 – Mind Your Own Business, qui cristallise une dimension essentielle du post-punk : l’émergence de groupes où les femmes occupent une place centrale, non seulement comme présence mais comme prise de parole directe. Le morceau fonctionne à la fois comme geste musical sec et comme déclaration, avec une dimension féministe explicite portée par le texte et l’attitude .
On poursuit avec les Georges Leningrad , et leur imparable George 5 . Groupe montréalais du début des années 2000 , , le groupe proposait des performances hilarantes ou l’absurde se mêlait à une énergie sauvage , bien avant que l’imagerie ne soit reprise par les très hype Angine de poitrine .
Avec Public Image Ltd – Careering, on est dans une logique différente : chaque élément suit sa propre trajectoire. La basse, la batterie, la voix et les guitares ne cherchent pas à fusionner mais à coexister dans un système fragmenté, typique de cet album imparable qu’est le monstrueux METAL BOX , où la tension vient justement de la séparation des éléments.
The Rapture – Out of the Races and Onto the Tracks marque ensuite la réactivation du post-punk au début des années 2000 dans sa dimension la plus physique et dansante. L’énergie est frontale, immédiate, construite sur une logique de tension rythmique et de répétition directement héritée des formes post punk initiales
Enfin, Scritti Politti – Skank Bloc Bologna renvoie à une période encore expérimentale du groupe, très éloignée de leur évolution ultérieure. Ici, la structure reste éclatée, dub, et volontairement instable, loin de toute forme pop stabilisée.
Ce qui en ressort n’est pas une fusion entre funk et post-punk, mais plutôt une friction constante entre ces deux logiques. Le funk apporte le corps, le post-punk impose la contrainte. Et entre les deux, aucune résolution.
Même dans ses moments les plus “dansants”, Sextet ne produit jamais de relâchement. Le disque maintient une forme de tension continue, où le mouvement existe sans jamais devenir fluide.
C’est sans doute ce qui le rend encore aujourd’hui difficile à classer : une musique qui emprunte au dancefloor ses outils, mais en refuse systématiquement la détente.
On ouvre avec Lucinda, qui pose d’emblée presque tous les éléments du disque : basse très en avant, groove sec, tension permanente, et la voix de Martha Tilson, à la fois distante et presque désincarnée. Une excellente entrée en matière pour comprendre comment A Certain Ratio fait glisser le funk vers quelque chose de beaucoup plus étrange.
Sur Knife Slits Water, ce qui frappe surtout, c’est cette impression de forces contraires. La basse semble pousser le morceau vers l’avant, avec quelque chose d’assez rapide et mobile, tandis que la batterie, portée par un delay très présent, agit presque comme un frein, en étirant constamment le rythme. C’est sans doute ce qui donne au morceau son caractère aussi hypnotique et instable.
Day One apporte une respiration relative dans le disque. Son plus clair, piano plus présent, guitare funk légèrement psychédélique, percussions scintillantes : on entend déjà apparaître une couleur plus jazz et plus ouverte. Les cuivres n’arrivent que plus tard, presque comme une perturbation, pour venir troubler cet équilibre avec quelque chose de beaucoup plus étonnant .
Avec Rialto, l’album bascule vers une zone plus flottante et plus sombre. Le groove se relâche légèrement, les textures deviennent plus étirées, et on entend apparaître une influence dub plus marquée, dans la manière de traiter l’espace et les résonances. C’estun morceau plus diffus, presque en suspension. Ce type de traitement annonce le maxi suivant qui sortira sur le nom de Sir Horatio 1 mois plus tard .
Below the Canal termine le disque dans quelque chose de beaucoup plus vaporeux. La basse se dénude, la batterie s’allège, et l’ensemble perd en tension pour devenir plus diffus. Les cuivres et la voix traitée participent à une impression plus urbaine et déformée, comme un paysage sonore de ville perçu à distance, entre sirènes et circulation lointaine.
The K&D Sessions va pourtant rencontrer un succès important. Le disque circule largement en dehors des circuits strictement club : cafés, bars, appartements, espaces d’écoute domestiques. Il devient rapidement associé à des contextes très précis, souvent liés à la fin d’activité plutôt qu’à son déclenchement. Une musique que l’on met quand les choses ralentissent déjà.
Ce glissement va aussi produire une lecture dominante du disque. Très vite, il est rangé dans une catégorie floue — downtempo, lounge, chill-out — qui tend à lisser la nature réelle du travail effectué. Car si l’écoute peut donner une impression de continuité fluide, presque décorative, la construction interne est beaucoup plus précise. Chaque remix repose sur des choix de réduction et de recomposition très contrôlés, où l’espace sonore est travaillé autant que les éléments eux-mêmes.
Avec le temps, cette tension entre sophistication de production et usage “d’arrière-plan” va définir la réception du disque. Il est à la fois très reconnu et souvent sous-écouté dans ses détails.
C’est probablement ce qui explique sa persistance. The K&D Sessions n’est pas un disque qui impose une trajectoire d’écoute stricte. Il s’inscrit dans des situations. Il accompagne des états déjà amorcés : une journée qui se termine, un déplacement qui s’arrête, une activité qui se relâche.
Le disque a souvent été rangé dans la catégorie des musiques d’ambiance, utilisées dans les cafés ou les après-midis sans urgence. Mais cette fonction d’arrière-plan rejoint, d’une certaine manière, une idée plus ancienne de la musique comme environnement — celle que Brian Eno formulait déjà avec Music for Airports : une musique qui ne demande pas d’attention frontale, mais qui modifie la perception du lieu où elle se trouve.
Je vous propose une formule un peu différente cette semaine , avec d’abord, l’écoute du morceau original , puis la version remixée de Kruger & Dorfmeister , bien plus parlant pour comprendre le travail des autrichiens . On démarre avec Roni Size Reprazent et son classique drum and bass heroes revisité ensuite en version Long Loose bossa par les autrichiens
on écoute spechless du duo autrichien Count basics , extrait de leur deuxième album moving in the right direction , puis la version Drum and Bass de Kruder & Dorfmeister
le titre Going Under des anglais de Birmingham rockers hi fi , extrait de leur second album Miss mash , puis la version remixé , le main mix , du duo autrichien
le très énergique Bug powder dust de Bomb the bass, qui apparaît sur le 3 eme album du projet de TOm Simenon , Clear, puis la version totalement revisité de Kruger & Drofmeister
Pour cloturer cette semaine , le Rollin On Chrome d’aphrodelics . Groupe de hip hop autrichien . Ici , on part dans une mise en abîme complète puisque le titre d’aphrodelics est déjà un remix de Being boiled de Human League , dont Kruder & drofmeister on complètement enlevé toute référence dans leur wild motherfucker dub .
Dans cet univers, les influences affleurent sans être mimées : on pense parfois à Simon & Garfunkel, parfois à certaines formes de folk britannique, notamment à Belle & Sebastian mais sans jamais que cela devienne une imitation. C’est une musique qui regarde ailleurs, mais qui avance à très petite vitesse , parfait pour partir vers le soleil et économiser en carburant .
Kings of convenience, la compilation éponyme paru chez Kindercore, c’est le disque de la semaine dans roule galette .
Pour démarrer cette semaine , je vous propose Failure, un titre sorti en single . Faiseur apparait ici , donc dans une version amputée de trompettes ou de violoncelle comme sur les versions ultérieures . Il n’en garde pas moins son efficacité , avec cette batterie assez rare chez les Norvégiens . Un titre presque épitaphe, l’échec est toujours la meilleure façon d’apprendre , gardons cela en tête , pour des lendemains qui chantent.
Aujourd’hui, Brave New World, un titre qui n’apparaît pas sur Quiet Is the New Loud. On est sur quelque chose de plus frontal que d’habitude. Le duo joue sur une séparation des voix : l’une porte le récit, l’autre incarne une forme de voix intérieure. Et cette voix intérieure est dure, elle attaque : menteur, lâche, incapable de saisir ce qui est là.
Le “brave new world” n’a rien d’utopique ici. C’est plutôt une ironie froide : le monde est présent, mais inaccessible. Trop de vitesse, trop de brouillard mental pour y entrer vraiment.
I Don’t Know What I Can Save You From revient dans une autre version. Ici, tout est dans l’arrivée de quelqu’un après des années de silence. Pas de grande reconstruction narrative : juste une porte qu’on ouvre, et une proximité qui réapparaît sans explication.Ce qui domine, c’est l’incapacité à se positionner : pas de rôle clair, pas de solution. Juste une présence. Et cette phrase simple, presque neutre, qui dit l’essentiel : aucune idée de ce qu’il est possible de réparer ou d’aider.
English House est un morceau à part, presque hors du temps dans l’ensemble. On y entend une écriture plus proche de Simon & Garfunkel dans l’esprit, notamment dans certains passages a cappella. L’image est simple : une maison anglaise froide, traversée par l’hiver, où le dedans ne protège jamais complètement du dehors.Le regard reste fixé sur l’extérieur : oiseaux, avions, sons du soir. Tout passe, tout circule, et le narrateur reste dans cet entre-deux, attiré par ce qui est dehors sans jamais vraiment en sortir.
Enfin, Parallel Lines clôt la semaine. Une version épurée, sans les éléments de piano présents sur la version album. Il reste une structure très légère, portée par les voix et une mélancolie stable. Une cymbale vient ponctuer l’ensemble, sans jamais le rompre.
J’apprendrai beaucoup plus tard que LC figure parmi les albums favoris de Brian Eno. ce qui , en soi-même est un argument bien plus convaincant qu’une tentative de chronique balbutiante d’un adulescent attardé.
Pour cet album, Vini Reilly s’éloigne volontairement de la production de Hannett . C’est aussi le premier disque sur lequel il travaille avec celui qui deviendra son acolyte pour le restant de sa carrière, le batteur Bruce Mitchell , issue du jazz . La pochette est réalisée par l’épouse de celui-ci , Jackie Mitchell.
La majorité des titres sont issus d’ une cassette enregistrée sur un 4 pistes , dans la chambre de Vini Reilly, une nuit où il se sentait inspiré , en une prise, solo . Le lendemain , l’inénarrable Tony Wilson , boss de Factory , écoute cette cassette et ne veut pas la rendre à son auteur , il juge qu’il faut en faire un album . L’album est enregistré en 2 jours et demi , mixage compris . Bruce Mitchell dit qu’il s’agit généralement des secondes prises , la première servant à une courte répétition . Viny Reilly y voit principalement les défauts, notamment le souffle du Roland space echo .
Bien que l’album soit en grande partie instrumental , ce qui était plutôt inhabituel pour moi à l’époque , il s’est subtilement installé dans mon imaginaire musical , façonnant mes écoutes ultérieures , comme une espèce de mètre étalon . Ce n’est évidemment pas quelque chose que j’ai conscientisé immédiatement , mais bien plus tard, quand j’ai été capable d’y voir des réminiscences de son jeu de guitare si particulier , chez des groupes de post rock , ou quand encore plus tard, dans mon magasin de disques on me demandait de faire découvrir un disque , il n’était pas rare que je propose ce LC de Durutti Column .
Je n’ai rien à vendre aujourd’hui , je garde précieusement les différentes versions de cet album qui a été réédité , agrémentés de nombreux titres bonus , j’ai juste à vous partager un de mes disques favoris , dans Roule Galette LC par the Durutti Column .
Pour démarrer, je vous propose Sketch for dawn version 1 , nous écouterons la version II demain .
Le titre ouvre l’album et permet immédiatement de se familiariser avec le jeu de batterie de Bruce Mitchell et les guitares cristallines Vini Reilly . Il fait partie des rares titres chantés de sa discographie , Tony Wilson de Factory ayant deux objectifs , persuader Simon Topping d’A certain ratio de reprendre le chant avec son groupe , et inversement , demander à Vini Reilly d’arrêter de le faire . Sa voix , pourtant noyée dans le mix , fait partie intégrante de la fragilité du tire , même si celui-ci représente l’un des morceaux les plus uptempo de l’album .
L’autre version de Sketch for dawn , bien plus sombre et introspective que celle d’ouverture . L’ensemble est assez étouffé, le piano électrique, venant toutefois contrebalancer la mélancolie inhérente à la basse .
Nous poursuivons avec Jaqueline , morceau instrumental dédié à l’épouse de Bruce Mitchell , peintre , qui a réalisé la pochette de l’album , et celle du ep Deux triangles . Sorti à la même période .
Aujourd’hui, Never known , un de mes titres favoris , celui qui, avec Tomorrow a déclenché mon amour pour Durutti Column , celui-là même que je jouais aux clients qui me demandaient d’écouter l’album . Un titre à écouter en roulant , lunettes de soleil , pour se protéger à la fois des rayons du soleil et des larmes qui pourraient révéler l’ irrépressible mélancolie qui s’emparera de vous à l’écoute de celui-ci .
Pour terminer , l’impeccable The missing boy , un des classiques de The durutti Column . Avec lips that would kiss et sleep will come il s’agit du troisième titre de Vini Reilly dédié à Ian Curtis , le chanteur de Joy Division , dont on dit que Vini Reilly serait l’une des dernières personnes à l’avoir vu avant son suicide .