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Explorez tous les épisodes du podcast Religion, histoire et société dans le monde grec antique - Vinciane Pirenne-Delforge

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TitreDateDurée
11 - Déméter Thesmophoros : La Thesmophoros, entre global et local13 Apr 202301:02:57

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2022-2023

11 - Déméter Thesmophoros : La Thesmophoros, entre global et local

Le titre choisi pour cette dernière leçon fait écho aux raisons pour lesquelles l'étude des représentations et des pratiques autour de Déméter Thesmophoros a été privilégiée cette année : la première raison est la spécificité du titre cultuel pour la déesse, ce qui est une pierre de touche intéressante pour saisir un profil divin ; la deuxième raison est la présence de cette dénomination dans l'ensemble du monde grec. La spécificité de l'attribut onomastique et l'extension du culte sous ce nom devaient permettre de cerner le profil de la déesse dans l'ensemble polythéiste auquel elle appartenait. Il s'agissait également de saisir l'articulation entre niveau partagé des représentations et des pratiques, et déclinaisons locales, quand celles-ci affleuraient assez clairement de notre documentation. Une telle tension entre le général et le particulier se retrouve sur plusieurs plans, dont trois sont ici abordés. Premièrement, on analyse l'identité du dieu qui vient se greffer aux deux déesses thesmophores et dont le nom varie d'un endroit à l'autre, entre Zeus Bouleus, Zeus Eubouleus, Ploutôn, Klymenos, voire Zeus Chthonios si l'on intègre au dossier la prière de l'agriculteur d'Hésiode à la veille des semailles. Si toutes ces figures pointent vers l'époux de Perséphone, le choix du nom de Zeus et l'appariement ponctuel à la seule Déméter invitent à nuancer le caractère strictement infernal de la figure masculine du trio. Deuxièmement, c'est la récurrence d'un « paysage thesmophorique » qui retient l'attention. Depuis la Sicile jusqu'à l'Asie mineure, en passant par Cyrène en Afrique du Nord, nombre de sanctuaires voués à Déméter et à sa fille présentent une structure en terrasses, plus ou moins marquées, sur les pentes d'une éminence rocheuse, voire d'une acropole en bonne et due forme, à une distance plus ou moins importante du cœur de la ville. Troisièmement, et en forme de perspectives conclusives, c'est le profil spécifique de Déméter Thesmophoros qui est déployé, en repartant des éléments saillants qu'a mis au jour l'analyse de l'Hymne homérique à la déesse : l'omniprésence de l'élément féminin ; l'indissoluble relation entre la croissance des céréales et la trophie des enfants ; la compétence de Déméter sur tous les aspects de la chthōn, la terre des céréales et celle des morts, par l'intermédiaire de sa fille.

10 - Déméter Thesmophoros : Sacrifier au Thesmophorion13 Apr 202301:03:35

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2022-2023

10 - Déméter Thesmophoros : Sacrifier au Thesmophorion

Après une mise au point sur les différents sacrifices prévus au Thesmophorion de Délos, c'est la prédilection manifeste de Déméter pour les porcins qui est analysée, notamment mais pas seulement, quand elle est Thesmophoros. Que ce soit dans les données littéraires, épigraphiques, zooarchéologiques ou coroplastiques, l'association avec cette espèce animale, si elle n'est pas exclusive, est massivement représentée. En outre, si Déméter et sa fille ne sont pas, loin s'en faut, les seules divinités à recevoir ce type d'animal en offrande, leurs rituels et sanctuaires sont assurément en première ligne pour les sacrifices de ce type, à toutes les étapes du développement de l'espèce et, pour les femelles vouées à Déméter, quand elles sont pleines également. Lors des Thesmophories, des sacrifices de type thusia, suivis d'un banquet festif, impliquaient l'immolation de porcins. L'un ou l'autre holocauste pouvait également être accompli. Quant à la précipitation de porcelets dans les cavités appelées megara, en l'état actuel de notre documentation, il est particulièrement délicat de généraliser la pratique décrite par le texte de la scholie à Lucien et d'en saisir le détail (les porcelets étaient-ils toujours vivants ?) Les variations locales sont rarement apparentes, même si l'on sait, par exemple, que le deuxième jour des Thesmophories athéniennes s'appelait Nesteia (« le jeûne »), tandis que le jour correspondant à Thasos s'appelait Prostropè (« la supplication »). Les distinctions étaient sans doute plus importantes que ne le laissent paraître les fragments d'information dont nous disposons. Toutefois, partout où elle était honorée, la déesse Thesmophoros détenait quelques clés essentielles du devenir de la polis : l'obtention de la nourriture céréalière pour la communauté et la fécondité de ses citoyennes, deux éléments indispensables à sa continuité.

01 - Déméter Thesmophoros : Son nom est Déméter02 Feb 202300:57:10

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2022-2023

Déméter Thesmophoros

Son nom est Déméter

Après un rappel des principes méthodologiques de l'étude des dieux grecs, entre traditions et narratives et pratiques cultuelles, le nom de la déesse Déméter est interrogé. En effet, le mot mētēr, « mère », entre dans la composition du théonyme, tandis que le préfixe dē reste à ce jour inexpliqué. Le nom de Déméter se situe dès lors à mi-chemin entre la transparence des théonymes immédiatement signifiants pour une oreille grecque, comme Dikè, « Justice », ou Peitho, « Persuasion », et l'opacité d'autres noms divins, parmi lesquels ceux des Olympiens comme Aphrodite, Héra, Hermès ou Artémis. Si son nom fait de Déméter une mère, l'opacité du préfixe empêche de savoir à quel type de mère le théonyme faisait référence. Les Anciens se posaient déjà la question, et nombre de spéculations plus ou moins érudites, associaient dē à gē, et donc à la terre. Mais la figure globalisante – et souvent considérée comme « originelle » – d'une « Terre-mère » ou d'une « Déesse-mère », susceptible de ressortir de ces réflexions anciennes, reste vague. Un tel constat n'aide guère à comprendre les relations qui se nouent au sein du monde des dieux à la période historique, car d'autres déesses sont des « mères » ou sont rapprochées de la terre. Il convient dès lors d'affiner les outils d'analyse. Pour ce faire, une première approche de la figure de Déméter en explore les manifestations dans l'épopée homérique. Dans les interstices des intrigues de l'Iliade et de l'Odyssée dont, pas plus que Dionysos, elle n'est une protagoniste notable, Déméter affleure comme déesse de la terre cultivée, la terre des labours. On constate l'étroite relation qui s'opère entre l'action de la déesse, le travail accompli par les hommes au fil des saisons et l'alimentation spécifique qu'ils en obtiennent, à savoir le grain qui fait d'eux des mangeurs de pain.

11 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)14 Apr 202201:08:47

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

Depuis la publication des Leges graecorum sacrae de H. von Prott et L. Ziehen à l'entame du XXe siècle, les textes épigraphiques prescriptifs portant sur les affaires des dieux ont été qualifiés de « lois sacrées ». En ce début du XXIe siècle, une telle catégorie documentaire a été largement questionnée, remise en cause, et le projet de Collection of Greek Ritual Norms a proposé de lui substituer la notion moins problématique de « normes rituelles ». Mais de quels types de normes s'agit-il, en regard de ce que l'on a perçu jusqu'ici de la norme religieuse en pays grec ? Une inscription concernant la pureté du sanctuaire d'Alektrona à Ialysos sur l'île de Rhodes est convoquée pour affronter ce questionnement (CGRN 90). En effet, elle constitue un bel exemple de hiérarchie des normes en matière cultuelle et la difficulté de déterminer avec certitude ce que recouvre le terme nomos dans ses différentes occurrences. S'agit-il de la législation officielle de la cité, consignée par écrit ? S'agit-il de normes coutumières conservées oralement ? La référence aux patria, les « coutumes ancestrales » du groupe concerné atteste l'inscription – réelle ou fantasmée – de ces prescriptions dans la longueur du temps. Mais ce patrimoine n'était pas incompatible avec la nouveauté, qui était construite sur cet arrière-plan et en fonction de lui. Enfin, la notion de hieros nomos, qui semble valider le label de « loi sacrée », est examinée en quelques-unes de ses occurrences, qui s'avèrent tout aussi plurielles et tout aussi peu rigides que le système global dans lequel elles s'inscrivent.

10 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)07 Apr 202201:05:26

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

Depuis la publication des Leges graecorum sacrae de H. von Prott et L. Ziehen à l'entame du XXe siècle, les textes épigraphiques prescriptifs portant sur les affaires des dieux ont été qualifiés de « lois sacrées ». En ce début du XXIe siècle, une telle catégorie documentaire a été largement questionnée, remise en cause, et le projet de Collection of Greek Ritual Norms a proposé de lui substituer la notion moins problématique de « normes rituelles ». Mais de quels types de normes s'agit-il, en regard de ce que l'on a perçu jusqu'ici de la norme religieuse en pays grec ? Une inscription concernant la pureté du sanctuaire d'Alektrona à Ialysos sur l'île de Rhodes est convoquée pour affronter ce questionnement (CGRN 90). En effet, elle constitue un bel exemple de hiérarchie des normes en matière cultuelle et la difficulté de déterminer avec certitude ce que recouvre le terme nomos dans ses différentes occurrences. S'agit-il de la législation officielle de la cité, consignée par écrit ? S'agit-il de normes coutumières conservées oralement ? La référence aux patria, les « coutumes ancestrales » du groupe concerné atteste l'inscription – réelle ou fantasmée – de ces prescriptions dans la longueur du temps. Mais ce patrimoine n'était pas incompatible avec la nouveauté, qui était construite sur cet arrière-plan et en fonction de lui. Enfin, la notion de hieros nomos, qui semble valider le label de « loi sacrée », est examinée en quelques-unes de ses occurrences, qui s'avèrent tout aussi plurielles et tout aussi peu rigides que le système global dans lequel elles s'inscrivent.

09 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)31 Mar 202200:54:38

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

La formule hiera kai hosia est surtout attestée dans la documentation officielle athénienne et participe aussi de la définition de la citoyenneté : être citoyen, c'est notamment « avoir part aux hiera et aux hosia ». Une telle formule a pu être interprétée comme l'expression de la dichotomie « sacré/profane ». Et, de fait, des documents crétois offrent l'exemple d'une conjonction comparable en plaçant en regard les « choses divines » (theia) et les « choses humaines » (anthrōpina). Toutefois, l'analyse du champ sémantique de l'hosion menée lors du cours précédent laisse entendre que cette famille de mots n'a pas grand-chose à voir avec ce que nous qualifions de profane. En outre, rabattre les « choses humaines » sur ce qui serait « profane » est assurément réducteur. Dès lors, en s'appuyant sur les usages de l'adjectif hosios par l'historien Thucydide, la présente leçon circonscrit d'une manière plus précise encore la dimension régulatrice des comportements ainsi qualifiés, leur insertion dans un cadre normatif conçu comme divin et, en conséquence, leur étroite relation à la notion de piété. Ce que désigne la formule hiera kai hosia recouvre au sein de la collectivité une dimension que nous divisons, nous modernes, en conscience sociale, morale, religieuse, voire politique, mais qui, dans les cités grecques, est un tout indissociable ou, à tout le moins, fait l'objet d'intersections rendant invalide toute dichotomie stricte de type « sacré/profane ».

08 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)24 Mar 2022

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

Dans le registre de la piété en tant que norme, la famille de hosiē, hosios, hosiotēs occupe une place importante. Les diverses occurrences du substantif hosiē dans l'Odyssée et les Hymnes homériquessont intimement liées aux honneurs que les hommes doivent rendre au monde supra-humain. Le terme désigne également les attitudes adéquates à l'égard d'autres humains, sous le regard des dieux qui sanctionnent ces gestes et ces paroles. L'expression négative ouk hosiē est de ce point de vue très proche de l'expression ou themis dans sa portée régulatrice. Mais si themis est un vaste filet régulateur qui englobe l'ordre du monde dont Zeus est le garant, la portée de l'hosiē se limite aux normes de comportement qui forment les obligations des hommes à l'égard des dieux. Après la fin de la période archaïque, le substantif n'est plus guère en usage, mais l'adjectif hosios prend le relais pour désigner ce type de norme, au même moment où le substantif eusebeia et les mots de sa famille se développent eux aussi. Le Socrate de Platon, dans l'Euthyphron, usera de l'une et l'autre famille de mots de façon interchangeable et précisera en outre que l'hosion est une partie du dikaion, et donc inséparable de la justice. En conséquence, l'eusebeia est la piété vue sous l'angle du respect scrupuleux suscité par les dieux, tandis que l'hosion est la piété vue sous l'angle de la norme que ces derniers produisent. Ces deux regards sur la piété les incluent l'une et l'autre dans le registre de ce qui est juste.

07 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)17 Mar 202201:02:29

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

La présente leçon continue de repérer les attestations de nomos en tant qu'ordonnancement voulu par les dieux. Chez Héraclite d'Éphèse, on trouve (fr. 144 D-K6) une intéressante comparaison entre le socle commun des logoi qu'est le logos (cf. fr. 2 D-K6) et le socle commun des nomoi humains qu'est le nomos divin, dont il est dit qu'« il domine autant qu'il veut, [qu']il les protège tous et l'emporte (sur eux) ». Le caractère fragmentaire et l'obscurité de l'œuvre de l'Éphésien rendent difficiles l'analyse et la compréhension fine de ces assertions. En outre, Héraclite se démarque clairement de ses devanciers et de leurs manières de décrire le monde, au premier rang desquels Homère et Hésiode. Toutefois, il continue de s'exprimer dans une langue traditionnelle, et ce travail sur la tradition laisse (comme dans le cas de Solon) percevoir des représentations partagées, fussent-elles repensées et recomposées dans un projet spécifique. En l'occurrence, l'articulation entre norme divine et normes humaines résonne avec ce que laissent apparaître les auteurs antérieurs.

06 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)10 Mar 202201:00:52

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

La présente leçon continue de repérer les attestations de nomos en tant qu'ordonnancement voulu par les dieux. Chez Héraclite d'Éphèse, on trouve (fr. 144 D-K6) une intéressante comparaison entre le socle commun des logoi qu'est le logos (cf. fr. 2 D-K6) et le socle commun des nomoi humains qu'est le nomos divin, dont il est dit qu'« il domine autant qu'il veut, [qu']il les protège tous et l'emporte (sur eux) ». Le caractère fragmentaire et l'obscurité de l'œuvre de l'Éphésien rendent difficiles l'analyse et la compréhension fine de ces assertions. En outre, Héraclite se démarque clairement de ses devanciers et de leurs manières de décrire le monde, au premier rang desquels Homère et Hésiode. Toutefois, il continue de s'exprimer dans une langue traditionnelle, et ce travail sur la tradition laisse (comme dans le cas de Solon) percevoir des représentations partagées, fussent-elles repensées et recomposées dans un projet spécifique. En l'occurrence, l'articulation entre norme divine et normes humaines résonne avec ce que laissent apparaître les auteurs antérieurs.

05 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)03 Mar 202200:59:08

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

La présente leçon continue de repérer les attestations de nomos en tant qu'ordonnancement voulu par les dieux. Chez Héraclite d'Éphèse, on trouve (fr. 144 D-K6) une intéressante comparaison entre le socle commun des logoi qu'est le logos (cf. fr. 2 D-K6) et le socle commun des nomoi humains qu'est le nomos divin, dont il est dit qu'« il domine autant qu'il veut, [qu']il les protège tous et l'emporte (sur eux) ». Le caractère fragmentaire et l'obscurité de l'œuvre de l'Éphésien rendent difficiles l'analyse et la compréhension fine de ces assertions. En outre, Héraclite se démarque clairement de ses devanciers et de leurs manières de décrire le monde, au premier rang desquels Homère et Hésiode. Toutefois, il continue de s'exprimer dans une langue traditionnelle, et ce travail sur la tradition laisse (comme dans le cas de Solon) percevoir des représentations partagées, fussent-elles repensées et recomposées dans un projet spécifique. En l'occurrence, l'articulation entre norme divine et normes humaines résonne avec ce que laissent apparaître les auteurs antérieurs.

04 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)24 Feb 202201:07:01

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

Engagée dans le cadre des enseignements de l'année 2020-2021, la réflexion sur la norme grecque et l'autorité en matière religieuse se poursuivra en cette année 2021-2022, toujours dans la lignée d'une étude du lexique attentive aux nuances et à l'évolution de l'emploi des mots, de la période archaïque à la période classique (eunomia, nomos, isonomia, hosiē et eusebeia). L'arrière-plan de cette investigation lexicale est une interrogation sur la place des dieux dans la structuration des normes au sein des poleis, avant que ne s'impose le « règne de la loi » tel qu'en témoigne un penseur comme Aristote.

C'est enfin par le biais des prescriptions épigraphiques en matière rituelle aux périodes classique et hellénistique que l'on tentera de mieux comprendre la portée de « la norme » ou « des normes » dans la pratique de ceux et celles qui honoraient les divinités dans leurs multiples sanctuaires, ainsi que les interventions des différentes autorités susceptibles d'en assurer l'application.

03 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)17 Feb 202200:53:35

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

Engagée dans le cadre des enseignements de l'année 2020-2021, la réflexion sur la norme grecque et l'autorité en matière religieuse se poursuivra en cette année 2021-2022, toujours dans la lignée d'une étude du lexique attentive aux nuances et à l'évolution de l'emploi des mots, de la période archaïque à la période classique (eunomia, nomos, isonomia, hosiē et eusebeia). L'arrière-plan de cette investigation lexicale est une interrogation sur la place des dieux dans la structuration des normes au sein des poleis, avant que ne s'impose le « règne de la loi » tel qu'en témoigne un penseur comme Aristote.

C'est enfin par le biais des prescriptions épigraphiques en matière rituelle aux périodes classique et hellénistique que l'on tentera de mieux comprendre la portée de « la norme » ou « des normes » dans la pratique de ceux et celles qui honoraient les divinités dans leurs multiples sanctuaires, ainsi que les interventions des différentes autorités susceptibles d'en assurer l'application.

09 - Déméter Thesmophoros : Megaron et porcelets31 Mar 202310:12:52

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2022-2023

Déméter Thesmophoros

02 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)10 Feb 202201:00:59

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

Engagée dans le cadre des enseignements de l'année 2020-2021, la réflexion sur la norme grecque et l'autorité en matière religieuse se poursuivra en cette année 2021-2022, toujours dans la lignée d'une étude du lexique attentive aux nuances et à l'évolution de l'emploi des mots, de la période archaïque à la période classique (eunomia, nomos, isonomia, hosiē et eusebeia). L'arrière-plan de cette investigation lexicale est une interrogation sur la place des dieux dans la structuration des normes au sein des poleis, avant que ne s'impose le « règne de la loi » tel qu'en témoigne un penseur comme Aristote.

C'est enfin par le biais des prescriptions épigraphiques en matière rituelle aux périodes classique et hellénistique que l'on tentera de mieux comprendre la portée de « la norme » ou « des normes » dans la pratique de ceux et celles qui honoraient les divinités dans leurs multiples sanctuaires, ainsi que les interventions des différentes autorités susceptibles d'en assurer l'application.

01 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)03 Feb 202200:58:35

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2021-2022

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

Engagée dans le cadre des enseignements de l'année 2020-2021, la réflexion sur la norme grecque et l'autorité en matière religieuse se poursuivra en cette année 2021-2022, toujours dans la lignée d'une étude du lexique attentive aux nuances et à l'évolution de l'emploi des mots, de la période archaïque à la période classique (eunomia, nomos, isonomia, hosiē et eusebeia). L'arrière-plan de cette investigation lexicale est une interrogation sur la place des dieux dans la structuration des normes au sein des poleis, avant que ne s'impose le « règne de la loi » tel qu'en témoigne un penseur comme Aristote.

C'est enfin par le biais des prescriptions épigraphiques en matière rituelle aux périodes classique et hellénistique que l'on tentera de mieux comprendre la portée de « la norme » ou « des normes » dans la pratique de ceux et celles qui honoraient les divinités dans leurs multiples sanctuaires, ainsi que les interventions des différentes autorités susceptibles d'en assurer l'application.

11 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec15 Apr 202100:56:13

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

La dernière leçon de l'année propose quelques conclusions d'étape, puisque la thématique de la norme religieuse et des questions d'autorité est loin d'être épuisée. Après avoir synthétisé les éléments abordés au fil des semaines sur les champs sémantiques de hieros, themis (avec thesmos) et nomos, on convoque la tragédie de la norme par excellence que sont Les Euménides d'Eschyle. Présentée à Athènes en 458, la trilogie de l'Orestie, dont Les Euménides forment le troisième élément, met en scène l'enchaînement des meurtres qui ensanglantent le palais de Mycènes dès le retour du roi Agamemnon après la chute de Troie. Oreste venge le meurtre de son père en mettant ses assassins à mort, à savoir sa propre mère et l'amant de celle-ci. Poursuivi par les Érinyes vengeresses, mais soutenu par l'Apollon delphique, Oreste se rend à Athènes où Athéna fonde le tribunal de l'Aréopage pour le juger. Le verdict absout le jeune homme et les Érinyes se transforment en déesses bienveillantes pour Athènes où elles ont désormais une place. Tissée des entrelacs de thesmos et de nomos que l'on a abordés précédemment, la tragédie ne témoigne guère d'un ordre humain qui se serait substitué à un ordre divin, mais bien de l'importance des notions de répartition et d'honneur, au double sens de la timê que les hommes doivent aux dieux et de celle que les dieux accordent aux hommes. Ce « contrat » implicite dans le cadre de toute polis deviendra plus clair encore avec la mise en place d'autres champs sémantiques que l'on abordera l'an prochain.

10 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec08 Apr 202101:58:25

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Après l'exploration du champ sémantique de la « sacralité », c'est le champ de la « régulation » et, avec lui, le registre de la themis qu'ouvre la présente leçon. Sur cet arrière-plan se dessine, en négatif, le monde des Cyclopes de l'Odyssée, des monstres enfermés dans un état asocial et apolitique. En positif, la themis induit, toujours chez Homère, les comportements attendus et adéquats dans le cadre rituel, ainsi que dans les domaines de la vie affective et sociale. Dans la Théogonie d'Hésiode, la conformité à la themis s'applique également au monde des dieux, avec la nécessité qui s'impose à Zeus d'assurer une bonne répartition des honneurs entre ses pairs. Comme Homère, Hésiode évoque les themistes (themis au pluriel) en tant que préceptes qui commandent à des décisions de type politique, au sens large des conditions de la vie en société. De telles décisions sont des dikai (dikē au pluriel) qui doivent être « droites ». En tant qu'exigence d'équilibre divinisée, Themis apparaît aussi dans l'ordre généalogique structuré par la Théogonie. Unie à Zeus, elle enfante Eunomia, « Juste répartition », Dikē, « Justice », et Eirēnē, « Paix », qui en déploient les potentialités de régulation et d'ordonnancement sous l'autorité du roi de l'Olympe. L'exercice adéquat de la themis est associé à la prospérité et à la paix dans les micro-sociétés du face-à-face et de tradition orale que sont les poleis naissantes de la poésie archaïque. Le « droit coutumier » (themistes et dikai) qui transparaît des vers d'Homère et d'Hésiode est arrimé aux espaces de délibération collective, comme le « cercle hieros » du chant XVIII de l'Iliade, qui sont voisins des autels des dieux, le tout conduisant à qualifier une cité de hiera.

09 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec01 Apr 202100:59:31

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Après l'exploration du champ sémantique de la « sacralité », c'est le champ de la « régulation » et, avec lui, le registre de la themis qu'ouvre la présente leçon. Sur cet arrière-plan se dessine, en négatif, le monde des Cyclopes de l'Odyssée, des monstres enfermés dans un état asocial et apolitique. En positif, la themis induit, toujours chez Homère, les comportements attendus et adéquats dans le cadre rituel, ainsi que dans les domaines de la vie affective et sociale. Dans la Théogonie d'Hésiode, la conformité à la themis s'applique également au monde des dieux, avec la nécessité qui s'impose à Zeus d'assurer une bonne répartition des honneurs entre ses pairs. Comme Homère, Hésiode évoque les themistes (themis au pluriel) en tant que préceptes qui commandent à des décisions de type politique, au sens large des conditions de la vie en société. De telles décisions sont des dikai (dikē au pluriel) qui doivent être « droites ». En tant qu'exigence d'équilibre divinisée, Themis apparaît aussi dans l'ordre généalogique structuré par la Théogonie. Unie à Zeus, elle enfante Eunomia, « Juste répartition », Dikē, « Justice », et Eirēnē, « Paix », qui en déploient les potentialités de régulation et d'ordonnancement sous l'autorité du roi de l'Olympe. L'exercice adéquat de la themis est associé à la prospérité et à la paix dans les micro-sociétés du face-à-face et de tradition orale que sont les poleis naissantes de la poésie archaïque. Le « droit coutumier » (themistes et dikai) qui transparaît des vers d'Homère et d'Hésiode est arrimé aux espaces de délibération collective, comme le « cercle hieros » du chant XVIII de l'Iliade, qui sont voisins des autels des dieux, le tout conduisant à qualifier une cité de hiera.

08 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec25 Mar 202101:02:32

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Après l'exploration du champ sémantique de la « sacralité », c'est le champ de la « régulation » et, avec lui, le registre de la themis qu'ouvre la présente leçon. Sur cet arrière-plan se dessine, en négatif, le monde des Cyclopes de l'Odyssée, des monstres enfermés dans un état asocial et apolitique. En positif, la themis induit, toujours chez Homère, les comportements attendus et adéquats dans le cadre rituel, ainsi que dans les domaines de la vie affective et sociale. Dans la Théogonie d'Hésiode, la conformité à la themis s'applique également au monde des dieux, avec la nécessité qui s'impose à Zeus d'assurer une bonne répartition des honneurs entre ses pairs. Comme Homère, Hésiode évoque les themistes (themis au pluriel) en tant que préceptes qui commandent à des décisions de type politique, au sens large des conditions de la vie en société. De telles décisions sont des dikai (dikē au pluriel) qui doivent être « droites ». En tant qu'exigence d'équilibre divinisée, Themis apparaît aussi dans l'ordre généalogique structuré par la Théogonie. Unie à Zeus, elle enfante Eunomia, « Juste répartition », Dikē, « Justice », et Eirēnē, « Paix », qui en déploient les potentialités de régulation et d'ordonnancement sous l'autorité du roi de l'Olympe. L'exercice adéquat de la themis est associé à la prospérité et à la paix dans les micro-sociétés du face-à-face et de tradition orale que sont les poleis naissantes de la poésie archaïque. Le « droit coutumier » (themistes et dikai) qui transparaît des vers d'Homère et d'Hésiode est arrimé aux espaces de délibération collective, comme le « cercle hieros » du chant XVIII de l'Iliade, qui sont voisins des autels des dieux, le tout conduisant à qualifier une cité de hiera.

07 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec18 Mar 202101:01:46

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Quittant le corpus de la poésie hexamétrique et la période archaïque, l'enquête autour de hieros se penche sur deux cas où l'adjectif, en pleine époque classique, atteste la continuité de l'idée de la protection de la polis repérée dans l'épopée. Il s'agit respectivement du « Bataillon sacré » de Thèbes (hieros lochos) et des « armes sacrées » (ta hopla hiera) du serment des éphèbes athéniens. Ensuite, deux dossiers sont appelés à la barre. Le premier est celui des biens sacrés, que ce soient des terrains, du numéraire ou des biens mobiliers. Le second est celui des affranchissements par consécration. Dans l'un et l'autre cas, la notion de « protection » est à nouveau essentielle et ses implications sont explorées.

06 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec11 Mar 202101:09:09

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Les réflexions étymologiques de Jacques Duchesne-Guillemin sur le grec hieros et le sanskrit iṣirá permettent de circonscrire un champ sémantique où se croisent les notions de puissance, de vigueur et de sacralité au sens d'un « certain rapport aux dieux », pour reprendre le titre de la leçon précédente. L'analyse des occurrences épiques de l'adjectif hieros dans le monde des dieux s'en trouve enrichie : ses usages dans la sphère divine, illustrés par les vers d'Homère et surtout d'Hésiode, attestent qu'il s'agit à chaque fois de qualifier, ou le creuset de la puissance d'une divinité (le ventre de Rhéa, la tête de Zeus), ou son vecteur (le lit, la flamme, la balance), ou encore le spectacle de la puissance que traduit la multiplicité des dieux elle-même (leur genos). Si hieros s'attache tout particulièrement à l'expression de la vitalité divine et à la manifestation de puissance qu'elle induit dans le monde des dieux, certaines connotations de l'adjectif, appliqué au monde des hommes, en offrent un parallèle en mode mineur en s'attachant, comme on l'a vu, au blé de Déméter et au cours des fleuves, mais aussi aux cycles cosmiques qui encadrent l'existence humaine. Une incursion dans la poésie de Pindare supporte l'analyse de hieros comme indice d'un épanouissement vital soutenu par les dieux.

05 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec04 Mar 202100:46:26

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Les réflexions étymologiques de Jacques Duchesne-Guillemin sur le grec hieros et le sanskrit iṣirá permettent de circonscrire un champ sémantique où se croisent les notions de puissance, de vigueur et de sacralité au sens d'un « certain rapport aux dieux », pour reprendre le titre de la leçon précédente. L'analyse des occurrences épiques de l'adjectif hieros dans le monde des dieux s'en trouve enrichie : ses usages dans la sphère divine, illustrés par les vers d'Homère et surtout d'Hésiode, attestent qu'il s'agit à chaque fois de qualifier, ou le creuset de la puissance d'une divinité (le ventre de Rhéa, la tête de Zeus), ou son vecteur (le lit, la flamme, la balance), ou encore le spectacle de la puissance que traduit la multiplicité des dieux elle-même (leur genos). Si hieros s'attache tout particulièrement à l'expression de la vitalité divine et à la manifestation de puissance qu'elle induit dans le monde des dieux, certaines connotations de l'adjectif, appliqué au monde des hommes, en offrent un parallèle en mode mineur en s'attachant, comme on l'a vu, au blé de Déméter et au cours des fleuves, mais aussi aux cycles cosmiques qui encadrent l'existence humaine. Une incursion dans la poésie de Pindare supporte l'analyse de hieros comme indice d'un épanouissement vital soutenu par les dieux.

04 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec25 Feb 202100:52:01

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Entrant résolument dans le matériau grec, cette leçon entame l'analyse de l'adjectif ἱερός (hieros) et s'ouvre sur les réflexions essentielles de Jean Rudhardt sur les « notions fondamentales de la pensée religieuse » des Grecs, qui sert de titre à sa thèse de 1958. Après un aperçu du dossier des dédicaces archaïques et du sens de l'usage du terme dans ce cadre particulièrement concret, il s'agit d'analyser divers emplois de l'adjectif dans la poésie homérique et hésiodique. On y voit sans surprise émerger les sanctuaires voués aux divinités, mais aussi les éléments constitutifs des nécessités de l'existence humaine : le cadre temporel de l'alternance des jours et des nuits, ainsi que l'alimentation qui soutient la vie, le tout en relation avec la sphère suprahumaine.

08 - Déméter Thesmophoros : Thesmophories athéniennes29 Mar 202301:04:40

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2022-2023

Déméter Thesmophoros

Une scholie aux Dialogues des courtisanes du satiriste Lucien de Samosate décrit avec un degré de détail inusité des manipulations rituelles accomplies pendant les Thesmophories. Cette glose byzantine est probablement fondée sur un texte d'érudit de la période hellénistique, qui a également inspiré, dans le Protreptique, Clément d'Alexandrie et ses diatribes contre les mystères païens. Elle décrit la précipitation de porcelet dans des cavités appelées megara, avec des branches de pin et des symboles sexuels en pâte à pain, que des « puiseuses » remontent quand le tout s'est décomposé. Ce compost est ensuite sacralisé sur des autels et mélangé aux semences de l'année pour l'obtention de bonnes récoltes. Toute l'opération est vue comme « symbole de la naissance des fruits de la terre et de celle des humains, en action de grâce pour Déméter ». L'analyse de cette réflexion érudite atteste l'origine probablement athénienne de la description et pose le problème du dévoilement du secret féminin normalement indicible.

Dans un autre registre documentaire, c'est aussi la question de l'entre-soi féminin du rituel qui est exploitée par la comédie d'Aristophane intitulée Femmes aux Thesmophories. Les indices proprement rituels qui traversent la pièce font surgir l'usage de torches allumées, la mise en place d'abris provisoires pour accueillir les femmes par petits groupes, l'offrande sacrificielle de gâteaux et de pains, des prières dont les destinataires divins dessinent la portée de la fête, le dévoilement de rites secrets successifs, jusqu'à l'épiphanie attendue des deux déesses Thesmophores. Quant aux participantes responsables de la fête, d'autres volets de la documentation attique – décret d'un dème et discours d'orateurs – atteste qu'au IVe siècle avant notre ère deux femmes par dème étaient responsables de la célébration au titre d'archousai, avec la prêtresse, et que les maris nantis étaient supposés, à cette occasion, régaler les participantes au nom de leur femme légitime. Des bonnes récoltes aux beaux enfants, en passant par l'affirmation du statut des épouses de citoyens, on voit se dessiner autant d'éléments constitutifs des Thesmophories athéniennes.

03 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec18 Feb 202100:05:06

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Le parcours historiographique entamé la semaine dernière se poursuit avec le travail de Christian Meier sur La Naissance du politique (1995, or. all. 1980) et sa réflexion sur « l'émergence d'une intelligence autonome parmi les Grecs ». Une question affleure de ce parcours : que devient la problématique du politique et de la loi – et donc de la norme et de l'autorité – si l'on se place du point de vue du polythéisme grec tel qu'il se donne à connaître et des représentations du monde qui le caractérisent, plutôt que de la vision passablement standardisée de l'irrationalité de toute religion que la raison et la science seraient amenées à dépasser ? Une voie dans cette direction a été ouverte par la thèse de François de Polignac sur La Naissance de la cité grecque (1995² [1984]). Il a replacé la religion au cœur de la réflexion sur la cité archaïque par l'analyse des espaces sacralisés et des rituels documentés par l'archéologie, orientant l'attention davantage sur les pratiques et les représentations sociales que sur les représentations du monde. Dès lors, dans le cadre des cours de cette année, on appellera à la barre les destinataires divins de ces rituels et les représentations qui sous-tendent les relations instaurées avec eux, par le biais d'une analyse du lexique grec de la sacralité et de la norme. L'arrière-plan théorique et méthodologique de cette approche est évoqué, avec les travaux de Jean Rudhardt du côté grec et, sur le plan plus large de la Begriffsgeschichte, avec ceux de Reinhardt Kosseleck.

02 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec11 Feb 202100:38:50

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Le parcours historiographique entamé la semaine dernière se poursuit avec le travail de Christian Meier sur La Naissance du politique (1995, or. all. 1980) et sa réflexion sur « l'émergence d'une intelligence autonome parmi les Grecs ». Une question affleure de ce parcours : que devient la problématique du politique et de la loi – et donc de la norme et de l'autorité – si l'on se place du point de vue du polythéisme grec tel qu'il se donne à connaître et des représentations du monde qui le caractérisent, plutôt que de la vision passablement standardisée de l'irrationalité de toute religion que la raison et la science seraient amenées à dépasser ? Une voie dans cette direction a été ouverte par la thèse de François de Polignac sur La Naissance de la cité grecque (1995² [1984]). Il a replacé la religion au cœur de la réflexion sur la cité archaïque par l'analyse des espaces sacralisés et des rituels documentés par l'archéologie, orientant l'attention davantage sur les pratiques et les représentations sociales que sur les représentations du monde. Dès lors, dans le cadre des cours de cette année, on appellera à la barre les destinataires divins de ces rituels et les représentations qui sous-tendent les relations instaurées avec eux, par le biais d'une analyse du lexique grec de la sacralité et de la norme. L'arrière-plan théorique et méthodologique de cette approche est évoqué, avec les travaux de Jean Rudhardt du côté grec et, sur le plan plus large de la Begriffsgeschichte, avec ceux de Reinhardt Kosseleck.

01 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec04 Feb 202100:56:07

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2020-2021

Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec

Le monde grec antique n'a connu ni révélation, ni livres sacrés, ni classe sacerdotale, comme l'écrasante majorité des cultures humaines avant l'émergence des religions à vocation universelle et l'ère commune qui marque désormais le calcul du temps. Cette définition « par défaut » du système religieux des Grecs est le passage presque obligé de toute étude à ce sujet. Partant, la question de la norme religieuse se pose moins en fonction des caractéristiques propres au polythéisme grec qu'en regard de ce qu'il n'est pas ou de ce qu'il n'a pas. Quand l'interrogation s'infléchit pour le saisir positivement, c'est la notion d'« encastrement » (embeddedness en anglais) qui prévaut, comme dans la plupart des sociétés dites « traditionnelles », neutralisant en quelque sorte les spécificités de l'objet qui se dilue dans les différents aspects de la culture grecque. Mais, comme l'écrivait Marcel Detienne, « les Grecs ne sont pas une tribu ni une ethnie tout à fait comme les autres », et la pérennité d'une religion « encastrée » heurte de front le grand récit civilisationnel qui fait de la Grèce le creuset de la rationalité, de la philosophie, de la politique, des sciences. On a dès lors parlé d'une forme de « laïcisation » qui aurait fait refluer l'emprise de la religion.

Plutôt que d'associer la « raison grecque » au reflux d'une irrationalité qui serait le propre de toute religion, il s'agira d'interroger la place des puissances divines, des représentations du monde qui s'y attachent et des pratiques qu'elles induisent dans la structuration de la norme et de l'autorité dans les cités. Le cours de cette année ouvrira la réflexion sur ce thème par le biais d'une étude du vocabulaire de la sacralité et du lexique du comportement juste dans la poésie archaïque.

11 - Dieux, daimones, héros (II)15 Jun 202000:59:21

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

La Théogonie d'Hésiode présente l'acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d'Ouranos par Kronos. Ce crime fait s'engouffrer dans le monde une myriade d'entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l'apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n'être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l'émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d'autres modalités que celles dessinées par l'épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d'entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s'ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l'Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d'un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d'intégration.

10 - Dieux, daimones, héros (II)15 Jun 202001:16:14

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

La Théogonie d'Hésiode présente l'acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d'Ouranos par Kronos. Ce crime fait s'engouffrer dans le monde une myriade d'entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l'apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n'être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l'émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d'autres modalités que celles dessinées par l'épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d'entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s'ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l'Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d'un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d'intégration.

09 - Dieux, daimones, héros (II)15 Jun 202001:06:55

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

La Théogonie d'Hésiode présente l'acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d'Ouranos par Kronos. Ce crime fait s'engouffrer dans le monde une myriade d'entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l'apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n'être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l'émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d'autres modalités que celles dessinées par l'épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d'entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s'ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l'Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d'un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d'intégration.

08 - Dieux, daimones, héros (II)12 Mar 202001:07:26

Vinciane Pirenne-Delforge

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Année 2019-2020

La Théogonie d'Hésiode présente l'acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d'Ouranos par Kronos. Ce crime fait s'engouffrer dans le monde une myriade d'entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l'apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n'être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l'émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d'autres modalités que celles dessinées par l'épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d'entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s'ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l'Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d'un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d'intégration.

07 - Dieux, daimones, héros (II)05 Mar 202001:00:43

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

La Théogonie d'Hésiode présente l'acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d'Ouranos par Kronos. Ce crime fait s'engouffrer dans le monde une myriade d'entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l'apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n'être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l'émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d'autres modalités que celles dessinées par l'épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d'entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s'ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l'Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d'un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d'intégration.

06 - Dieux, daimones, héros (II)27 Feb 202001:05:29

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

La Théogonie d'Hésiode présente l'acte de naissance des Nymphes dans le cosmos en tant que Nymphes méliennes (« des frênes »), à la suite de la castration d'Ouranos par Kronos. Ce crime fait s'engouffrer dans le monde une myriade d'entités ambivalentes et de maux, dont la vieillesse et la mort, qui sont l'apanage des humains. Ces Nymphes méliennes pourraient dès lors n'être pas seulement des entités liées à la guerre par le biais des lances faites en bois de frêne, mais aussi des figures associées à l'émergence des premiers humains, ainsi évoquée en creux par le poète. Selon d'autres modalités que celles dessinées par l'épopée homérique, les Nymphes y apparaissent une fois comme des entités supra-humaines d'entre-deux. Quant aux cultes qui leur étaient réservés, des exemples athéniens de la période classique, tant publics que privés, montrent des Nymphes locales au sein de groupes de destinataires divins aux fonctions courotrophiques étendues. À cela s'ajoute leur aptitude à intégrer sur le territoire des éléments étrangers comme le « nympholepte » Archedamos de Théra qui a aménagé la célèbre grotte de Vari dans le massif de l'Hymette. Tant les numphai humaines que les Nymphes divines sont porteuses des espoirs d'un groupe humain et pourvoyeuses de vie. À des titres divers, ce sont des figures de transition et d'intégration.

05 - Dieux, daimones, héros (II)20 Feb 202000:56:19

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

Un dossier de dédicaces provenant de Thespies en Béotie permet d'enrichir les perspectives ouvertes par les documents athéniens. Agathos daimōn y fait l'objet de démarches dédicatoires depuis la fin de la période classique au moins et ces démarches s'inscrivaient dans le cadre d'un sanctuaire où les reliefs étaient dédiés. Le dieu y assume une apparence anthropomorphe, dont les attributs sont puisés au registre des éléments associés à la figure de Zeus. Toujours en Béotie, à Lébadée, des piliers sont offerts au daimōn Meilichios, à Meilichios et à Zeus Meilichios, ce qui atteste une équivalence structurelle entre daimōn et Zeus pareillement qualifiés sur un ensemble cohérent d'objets. Cette association ouvre une série de réflexions sur la portée du culte de Zeus Meilichios, notamment à Athènes, au Pirée, là d'où provient le relief étudié au cours précédent et qui est alors replacé dans son contexte topographique et fonctionnel.

07 - Déméter Thesmophoros : Les erga de Déméter16 Mar 202301:03:01

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2022-2023

Déméter Thesmophoros

Les erga de Déméter

Au fil des cours précédents s'est affirmée toujours davantage la relation entre l'action de Déméter parmi les humains et la croissance des céréales. En conséquence, il est de bonne méthode de poser, au moins à titre d'hypothèse préliminaire, que les fêtes célébrées en son honneur ont un lien avec cette action spécifique de la déesse dans le monde, même si la compréhension des rituels qui scandent le cycle agraire ne peut que s'enrichir de l'intégration d'autres dimensions, qu'elles soient anthropologiques, sociologiques, politiques.

Les karpoi de Déméter sont avant tout les fruits « secs » de la production agricole, à savoir les céréales et les légumineuses. Entre la culture des semis et celle des plantations qui caractérisent l'agriculture grecque, c'est la première que Déméter prend en charge, quand Dionysos est davantage concerné par la seconde. L'« usage des champs » dont témoignent Les Travaux et les Jours d'Hésiode est centré sur les erga de Déméter à accomplir au fil des saisons. Mais à ce cycle des travaux – qui est de la responsabilité des hommes sous l'égide de Déméter – s'ajoute le cycle végétatif lui-même – dont les dieux ont la maîtrise. L'ambivalence de l'expression Δημήτερος ἔργα réside dans la double portée du génitif : il s'agit à la fois des travaux agricoles, mais aussi des actions de la déesse elle-même sur la vie végétale. C'est dès lors le cercle vertueux de l'échange entre hommes et dieux que dessinent les fêtes liées à la terre des semences. Sont ici analysées les données issues de documents attiques, brièvement comparées au calendrier des fêtes agraires de l'île de Mykonos.

04 - Dieux, daimones, héros (II)13 Feb 202000:54:27

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

Un dossier de dédicaces provenant de Thespies en Béotie permet d'enrichir les perspectives ouvertes par les documents athéniens. Agathos daimōn y fait l'objet de démarches dédicatoires depuis la fin de la période classique au moins et ces démarches s'inscrivaient dans le cadre d'un sanctuaire où les reliefs étaient dédiés. Le dieu y assume une apparence anthropomorphe, dont les attributs sont puisés au registre des éléments associés à la figure de Zeus. Toujours en Béotie, à Lébadée, des piliers sont offerts au daimōn Meilichios, à Meilichios et à Zeus Meilichios, ce qui atteste une équivalence structurelle entre daimōn et Zeus pareillement qualifiés sur un ensemble cohérent d'objets. Cette association ouvre une série de réflexions sur la portée du culte de Zeus Meilichios, notamment à Athènes, au Pirée, là d'où provient le relief étudié au cours précédent et qui est alors replacé dans son contexte topographique et fonctionnel.

03 - Dieux, daimones, héros (II)06 Feb 202000:58:56

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

Un dossier de dédicaces provenant de Thespies en Béotie permet d'enrichir les perspectives ouvertes par les documents athéniens. Agathos daimōn y fait l'objet de démarches dédicatoires depuis la fin de la période classique au moins et ces démarches s'inscrivaient dans le cadre d'un sanctuaire où les reliefs étaient dédiés. Le dieu y assume une apparence anthropomorphe, dont les attributs sont puisés au registre des éléments associés à la figure de Zeus. Toujours en Béotie, à Lébadée, des piliers sont offerts au daimōn Meilichios, à Meilichios et à Zeus Meilichios, ce qui atteste une équivalence structurelle entre daimōn et Zeus pareillement qualifiés sur un ensemble cohérent d'objets. Cette association ouvre une série de réflexions sur la portée du culte de Zeus Meilichios, notamment à Athènes, au Pirée, là d'où provient le relief étudié au cours précédent et qui est alors replacé dans son contexte topographique et fonctionnel.

02 - Dieux, daimones, héros (II)30 Jan 202001:00:36

Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

Dieux, daimones, héros (II)

La pluralité du monde suprahumain des Grecs se définit par une multiplicité de figures divines et héroïques. Mais qu'est-ce qui fait le dieu ou le héros ? Comment circonscrire ces catégories générales attestées dans la documentation antique et dont les chercheurs modernes usent largement ? Comment comprendre, en outre, le terme de daimōn qui apparaît dans la poésie en lien avec l'action divine ? Poursuivant l'investigation ouverte l'an dernier, nous tenterons de comprendre la dimension cultuelle du daimōn quand il est qualifié de « bon daimōn » (Agathos daimōn) en relation avec Dionysos, la Bonne Fortune (Agathē Tychē) et un Zeus local, voire familial, pourvoyeur de bienfaits. Sur un tel plan cultuel seront également convoquées les Nymphes, dont le nom commun renvoie à la jeune fille en âge de se marier. Le statut intermédiaire de ces dernières, dont plusieurs textes font des entités mortelles, permet d'enrichir et d'affiner l'interrogation sur le statut divin. Enfin, le statut de « héros » ajoute à ce paysage suprahumain une autre déclinaison de l'ambiguïté des destinataires cultuels, sur le large spectre qui va de la mortalité des hommes, limités dans leur action, à l'immortalité des dieux, caractérisés par leur puissance.

01 - Dieux, daimones, héros (II)23 Jan 202000:57:06

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2019-2020

Dieux, daimones, héros (II)

La pluralité du monde suprahumain des Grecs se définit par une multiplicité de figures divines et héroïques. Mais qu'est-ce qui fait le dieu ou le héros ? Comment circonscrire ces catégories générales attestées dans la documentation antique et dont les chercheurs modernes usent largement ? Comment comprendre, en outre, le terme de daimōn qui apparaît dans la poésie en lien avec l'action divine ? Poursuivant l'investigation ouverte l'an dernier, nous tenterons de comprendre la dimension cultuelle du daimōn quand il est qualifié de « bon daimōn » (Agathos daimōn) en relation avec Dionysos, la Bonne Fortune (Agathē Tychē) et un Zeus local, voire familial, pourvoyeur de bienfaits. Sur un tel plan cultuel seront également convoquées les Nymphes, dont le nom commun renvoie à la jeune fille en âge de se marier. Le statut intermédiaire de ces dernières, dont plusieurs textes font des entités mortelles, permet d'enrichir et d'affiner l'interrogation sur le statut divin. Enfin, le statut de « héros » ajoute à ce paysage suprahumain une autre déclinaison de l'ambiguïté des destinataires cultuels, sur le large spectre qui va de la mortalité des hommes, limités dans leur action, à l'immortalité des dieux, caractérisés par leur puissance.

11 - Dieux, daimones, héros18 Apr 201900:58:48

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

10 - Dieux, daimones, héros11 Apr 201900:57:15

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Le célèbre passage du livre II (53) d'Hérodote où il affirme que les poètes ont « fabriqué pour les dieux une généalogie, leur ont donné leurs surnoms, ont réparti entre eux honneurs et compétences, et signifié leurs figures » est précédé d'une étymologie fantaisiste du mot theos. Les dieux sont ainsi appelés (theoi), selon l'historien, car, « ayant mis en ordre (thentes) toutes choses, ils président à toutes les répartitions » (II, 52). Cette vision émique des dieux les fait apparaître comme des instances dispensatrices, distributrices, régulatrices. Or, l'étymologie de daimôn qui, pour sa part, n'a rien de fantaisiste en fait un agent dispensateur, distributeur. La résonance entre la conception de l'action des dieux dans le monde telle que la dessine Hérodote et l'étymologie de daimôn invite à creuser ce sillon sémantique selon trois axes. Le premier tient à la répartition des biens et des maux qui est inhérente à l'emprise des dieux sur la condition humaine. S'y rattache également l'idée de « sort » et de « destinée ». Le deuxième axe tient à la distribution de la puissance divine elle-même dans un système polythéiste où les dieux sont nombreux et associés à des honneurs et des compétences spécifiques : le daimôn est une notion qui permet de « cristalliser » ces compétences particulières en leur donnant un nom. Le troisième axe tient à la distribution des dieux dans l'espace. Dans l'économie générale du monde telle que l'évoquent les poèmes archaïques, tous les dieux ne sont pas situés en un même lieu, et cette localisation plus ou moins spécifique exprime une facette de leur timè respective. Dans cette perspective, les daimones deviennent des dieux « épichtoniens », situés sur terre, parmi les hommes. C'est leur caractère topique qui explique pourquoi Platon opère une classification des entités supra-humaines à honorer dans sa cité idéale en trois ensembles : dieux – daimones – héros, à savoir les divinités « olympiennes » – voire panhelléniques –, les divinités du terroir et les héros.

09 - Dieux, daimones, héros04 Apr 201901:10:48

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Diverses orientations sémantiques traversent les tragédies complètes que nous avons conservées. La première est celle de la synonymie entre theos et daimôn, telle qu'on l'a rencontrée déjà, tant au pluriel qu'au singulier. Certaines occurrences qui relèvent d'une telle alternance semblent toutefois la dépasser en ajoutant l'aspect « marqué » d'une action divine dans le monde, comme le cas de Dionysos qualifié de daimôn « manifeste » dans les Bacchantes. La deuxième orientation sémantique concerne la « cristallisation » d'une action divine qui prend une consistance propre, dans le bien comme dans le mal attribué aux humains. La troisième voie fait passer d'une action divine conjoncturelle, que l'on pourra parfois traduire par « le sort », à une situation structurelle où les actions s'enchainent dans une suite que l'on peut alors désigner sous le terme de « destinée ». La quatrième orientation est étroitement liée à la précédente et concerne ce que l'on peut appeler brièvement « le daimôn familial ». Il évoque la récurrence, de génération en génération dans une même lignée, du bonheur ou du malheur, la matière tragique faisant plutôt droit au daimôn négatif, par exemple dans la famille des Atrides ou celle des Labdacides. Enfin, en cinquième et dernière instance, on s'interroge sur l'attribution du nom daimôn à des défunts comme Darius dans les Perses d'Eschyle, Alceste dans la pièce éponyme d'Euripide, ou encore Rhésos qualifié d'anthrôpodaimôn dans la pièce éponyme du pseudo-Euripide. Dans ce dernier cas, le contexte de l'existence post-mortem de Rhésos invite à rapprocher l'hapax anthrôpodaimôn du daimôn dios que devient Phaéthon à la fin de la Théogonie.

08 - Dieux, daimones, héros28 Mar 201900:56:51

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Un humain eudaimôn est « aimé des dieux immortels », ainsi que l'affirme Théognis. Dans ses Élégies qui font se succéder des sentences gnomiques et moralisantes où le terme daimôn a sa place, on perçoit clairement la valeur distributive des actions de daimones à qui est rapportée la répartition des biens et des maux dans la vie humaine. Cependant, quand il s'agit de prier pour obtenir un sort favorable, c'est à un dieu spécifique que l'on s'adresse, quitte à solliciter l'envoi d'un daimôn. Cette hiérarchisation crée les conditions de la cristallisation de la puissance d'une dieu sous forme d'un agent telle qu'on l'a déjà perçue dans l'Odyssée et chez Sappho. Il arrive, comme dans le cas de Phaéthon, qu'un daimôn reçoive un nom propre. C'est ce que l'on trouve chez Théognis, où eris, l'espoir, et kindunos, le danger, sont considérés comme « des daimones redoutables » (v. 637-638). Mais, par ailleurs, eris est « la seule divinité bénéfique parmi les hommes », ce qui montre une fois de plus la participation du daimôn à la divinité et la fluidité des catégories. La comparaison de ces affirmations élégiaques et gnomiques avec l'expression de la condition humaine telle que la mettent en scène la Théogonie et Les Travaux et les Jours permet de voir à l'œuvre ces glissements entre statut divin et action démonique rapportée à un dieu. Les Épinicies de Pindare élargissent encore le champ en plaçant la distinction entre dieux et mortels dans le registre de la puissance et de l'action des premiers sur le cours de la vie des seconds. Cette action, qu'elle soit positive ou négative, passe à nouveau par le biais de l'action démonique. Et quand elle est positive, l'humain est bel et bien eudaimôn.

07 - Dieux, daimones, héros21 Mar 201900:58:08

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Les daimones des Travaux sont collectifs et mandatés par Zeus. La seule attestation du mot dans la Théogonie apparaît quant à elle au singulier. Elle concerne Phaéthon, « le lumineux », fils d'Éos, la déesse Aurore, et de Képhalos, un humain mortel. Enlevé par Aphrodite dans la fleur de sa jeunesse, la déesse en fait un daimôn divin, « desservant de l'intérieur dans ses temples divins » (986-991). D'autres cas d'enlèvements d'humains par une déesse sont énumérés par la même Aphrodite dans l'Hymne pseudo-homérique en son honneur, quand elle dit à Anchise que sa famille a connu au moins deux événements de ce type, avec Ganymède enlevé par Zeus et Tithonos enlevé par Éos. Ces humains « s'approchent le plus des dieux par l'apparence et la prestance ». De telles comparaisons permettent de considérer à la fois les ressemblances et les distinctions avec le cas de Phaéthon tel que le dessine la Théogonie. Car, s'il bénéficie lui aussi d'une complexion proche des dieux et de la fleur de la jeunesse, la destinée que lui réserve Aphrodite se situe dans ses sanctuaires, et donc parmi les hommes. Ce statut de « gardien du temple » permet d'affiner la notion de « puissance d'action d'une divinité parmi les hommes » que nous avons décelée jusqu'ici. Une ouverture vers certains profils sacerdotaux attestés dans l'Iliade et, bien plus tard, par Pausanias, permet également de confirmer la proximité potentielle entre prêtre/prêtresse et divinité desservie, et de comprendre l'association entre le statut de nêopolos et de daimôn de Phaéthon dans la Théogonie.

06 - Dieux, daimones, héros14 Mar 201901:00:39

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Les deux œuvres intégralement conservées et attribuées à Hésiode poursuivent des objectifs différents. La Théogonie raconte sur le mode généalogique la naissance du monde et des dieux, jusqu'à l'installation ferme de la souveraineté de Zeus. Le point de vue adopté est un regard panoramique et surplombant sur l'ordre de Zeus et la stabilisation du cosmos. Les Travaux et les Jours déploient un point de vue davantage humain qui s'applique à une petite communauté paysanne devant assurer sa survie par un labeur informé de la qualité divine des « Jours » pour que ses « Travaux » soient efficaces. Un tel succès est subordonné à l'exercice de la justice, qui permet de profiter de ce labeur. Parmi les trois récits qui soutiennent le propos initial sur la condition humaine, le « mythe des races » que l'on appellera plus volontiers « récit des cinq espèces humaines » offre une représentation des daimones en tant que « gardiens des humains mortels ». En effet, les humains de l'âge d'or ne se distinguent des dieux que par leur mortalité qui les mène au statut post-mortem d'immortels sous la forme de daimones « gardiens » par la volonté de Zeus. L'Iliade offre, avec le daimôn,l'image d'une puissance divine en action, tandis que l'Odyssée atteste aussi la cristallisation potentielle d'agents divins envoyés par les dieux. En comparaison de ces œuvres, Les Travaux et les Jours n'offrent pas d'intrigue, mais une leçon de justice et une exhortation au travail qui placent l'une et l'autre Zeus en position dominante : il est maître de justice et pourvoyeur de prospérité, et c'est à son action dans le monde que se rapportent les daimones de l'âge d'or. D'Homère à Hésiode, on voit se dessiner une notion de daimôn qui sert à exprimer le « ressenti » subjectif d'une action divine tout en assumant potentiellement le profil d'une entité objectivée qui participe de la divinité qui l'envoie.

06 - Déméter Thesmophoros : Que signifie Thesmophoros ?09 Mar 202301:01:15

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2022-2023

Déméter Thesmophoros

Que signifie Thesmophoros ?

Les composés en –phoros sont nombreux dans la langue grecque et renvoient au fait de « porter » ou d'« apporter » quelque chose. Dans le cadre des cultes, des titres sacerdotaux ou de desservants sur ce thème sont légion : porteurs de rameaux, porteurs de paniers, etc. Les dieux ne sont pas en reste : Apollon est Daphnēphoros en Eubée, Dionysos est Thyllophoros à Cos, Athéna est Nikēphoros à Pergame, et Déméter est Thesmophoros partout dans le monde grec.

À partir de la période classique, le mot thesmos est surtout compris en tant qu'« institution », « règle », « loi ». Et c'est en ce sens que Callimaque, au IIIe siècle avant notre ère, définit l'épiclèse divine de Déméter dans l'hymne qu'il lui consacre : elle aurait apporté aux hommes les principes de la culture des céréales. Cette vision civilisatrice de la déesse remonte au moins au Ve siècle, dans la vision athénocentrée de son action, par l'enseignement de l'agriculture et des mystères aux mortels. Les interprètes modernes se sont divisés sur le sens à donner à l'épiclèse de Déméter, les uns adoptant la vision antique de « pourvoyeuse de lois », les autres considérant que les thesmoi étaient les restes putréfiés de porcelets que, lors de la fête, des « puiseuses » remontaient des fosses où ils avaient été précipités. Mais ce sont les desservantes du culte dont cette interprétation fait des thesmophoroi, et non la déesse elle-même.

Pour tenter d'éclaircir ce point discuté depuis plus d'un siècle, ce sont les usages les plus anciens du terme thesmos qui sont envisagés. La portée concrète du mot transparaît dans les (rares) usages dont témoigne la poésie archaïque, mais il ne s'agit pas de « ce qui est déposé ». Le terme semble bien désigner un artéfact soigneusement assemblé et conservant quelque chose de précieux. Il est dès lors probable qu'aux périodes les plus anciennes, la Thesmophoros n'est ni « celle qui apporte les lois », ni « celle qui apporte "ce qui est déposé" », mais bien celle qui a confié aux femmes le contenant sécurisé abritant ses orgia.

05 - Dieux, daimones, héros07 Mar 201900:57:01

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d'une manière ou d'une autre, du statut divin. Quant à l'expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu'une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l'Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l'action d'Athéna, Patrocle portant les armes d'Achille ou Achille lui-même. L'expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d'esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l'effet d'une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l'action d'un dieu, traduite par daimôn, peut s'inscrire dans le registre de la persuasion, de l'audace, de la ruse ou de l'aveuglement, mais dépasser aussi le registre d'une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c'est par exemple le cas quand la corde d'un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n'arrive pas. En conséquence, le daimôn n'est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l'ignorance de l'identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d'un daimôn dont l'identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l'emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d'une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l'hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d'être toujours identifiée.

04 - Dieux, daimones, héros28 Feb 201900:54:22

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d'une manière ou d'une autre, du statut divin. Quant à l'expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu'une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l'Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l'action d'Athéna, Patrocle portant les armes d'Achille ou Achille lui-même. L'expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d'esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l'effet d'une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l'action d'un dieu, traduite par daimôn, peut s'inscrire dans le registre de la persuasion, de l'audace, de la ruse ou de l'aveuglement, mais dépasser aussi le registre d'une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c'est par exemple le cas quand la corde d'un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n'arrive pas. En conséquence, le daimôn n'est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l'ignorance de l'identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d'un daimôn dont l'identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l'emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d'une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l'hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d'être toujours identifiée.

03 - Dieux, daimones, héros21 Feb 201900:57:22

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu'il n'a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C'est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s'avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l'identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l'un ou l'autre bienfait. La majorité de ces tentatives d'identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l'alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d'exploration oraculaire du destinataire d'un acte rituel à venir. L'une d'entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l'alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n'est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l'intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l'oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d'actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l'échelle des collectivités ou des particuliers.

02 - Dieux, daimones, héros14 Feb 201900:55:30

Vinciane Pirenne-Delforge

Collège de France

Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Année 2018-2019

Dieux, daimones, héros

Le daimôn le plus célèbre de l'historiographie de la religion grecque est assurément l'eniautos daimôn de J.E. Harrison, un artefact interprétatif forgé pour rendre compte, en contexte grec, de l'esprit de la végétation tel que J.G. Frazer l'avait conçu dans son célèbre Rameau d'or. Dans cette perspective, où transparaissent aussi les réflexions de Durkheim sur l'effervescence collective des rituels, les daimones sont censés appartenir aux strates « primitives » de la religion grecque, avant de devenir des theoi. Ce type de reconstruction crée une sorte de « roman des origines » où le daimôn émerge de temps primordiaux qui ne sont jamais datés. Pour sa part, L. Gernet, lui aussi profondément influencé par l'école sociologique française, ainsi que par les Götternamen de Usener, fait du daimôn une réalité divine impersonnelle, qui semble relever du mana cher à Durkheim. Le xxe siècle accordera davantage d'attention aux interprétations philosophiques, voire astrologiques, du daimôn. C'est ainsi que M. Detienne a étudié le daimôn dans le pythagorisme ancien. En introduction de son ouvrage sur le thème (1963), il épouse certaines des intuitions de Gernet en les exprimant dans le langage de C. Lévi-Strauss. Le daimôn devient alors un « signifiant flottant », ce qui veut dire qu'il n'a pas une valeur fixe.

En regard de ces différentes interprétations qui ont couru sur un bon siècle, c'est une grille d'analyse « polythéiste » que l'on tentera d'appliquer au daimôn dans les semaines qui viennent, afin d'aborder la question importante de la représentation, par les Grecs, de l'action divine dans le monde.

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