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Explorez tous les épisodes du podcast 🎙Po Na Biso

Plongez dans la liste complète des épisodes de 🎙Po Na Biso. Chaque épisode est catalogué accompagné de descriptions détaillées, ce qui facilite la recherche et l'exploration de sujets spécifiques. Suivez tous les épisodes de votre podcast préféré et ne manquez aucun contenu pertinent.

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TitreDateDurée
Campagne controversée de la nouvelle plaque minéralogique en RDC16 Jan 202600:04:08

Le 2 janvier, le directeur général de la Direction générale des impôts (DGI) a publié un communiqué invitant les propriétaires des véhicules à se procurer de nouvelles plaques minéralogiques sécurisées à partir du 6 janvier 2026, en vue de se conformer à la nouvelle réglementation. Cette plaque présenterait l’avantage d’améliorer la sécurité des automobilistes, d’harmoniser le système national d’immatriculation des véhicules, et de faciliter le contrôle routier par les services de la police. Depuis lors, la campagne annoncée suscite des interrogations, tant sur la crédibilité que sur la légitimité de ce type d’ initiative, dans un contexte où l’Etat demeure, dans une large mesure, incapable de faire respecter sa régulation dans le secteur du transport routier.

Bonjour et bienvenue dans ce deuxième épisode de la saison 6 de Po Na Biso, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC). Ce podcast analyse chaque semaine un sujet de l’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 16 janvier 2026. Je suis Jolino Malukisa, directeur du pilier gouvernance d’Ebuteli.


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Doha, Washington, Luanda… D’où viendra la paix ?09 Jan 202600:04:44

Cette semaine, le président Tshisekedi a effectué deux visites à Luanda où il a eu des entretiens avec son homologue angolais. Une nouvelle initiative de paix est-elle en gestation sous l'égide de l'Angola ?


Bonjour et bienvenue dans ce premier épisode de la saison 6 de Po Na Biso, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo. Nous sommes le vendredi 9 janvier 2026. Je suis Fred Bauma, directeur exécutif d’Ebuteli. 


L’année 2025 s’est terminée sur un sentiment contrarié. Alors que la grandiloquente cérémonie de signature des accords de paix entre la RDC, le Rwanda et les États-Unis d’Amérique à Washington faisait naître les espoirs d’une fin de guerre, la réalité du terrain   est rapidement  venue rappeler la profondeur de l’enlisement violent du conflit. Les lignes de front ont brutalement contredit les promesses diplomatiques.


Uvira, capitale de refuge de la province du Sud-Kivu et importante frontière commerciale avec le Burundi, tombait entre les mains des rebelles. L’armée congolaise, une nouvelle fois, a été forcée de reculer. De même que les Wazalendo, qui faisaient la loi dans la cité. Et le Burundi, fragile plus que jamais, a fini par retirer une partie de ses troupes déployées en RDC. La guerre semblait alors s'approcher de la province du Tanganyika dans l’ex-Katanga. Un point de non-retour qu’il conviendrait d’éviter. 


Les réactions verbales n’ont pas tardé. Et elles ont été aussi fortes les unes que les autres. Les USA, par la bouche du représentant permanent aux Nations Unies et du secrétaire d’État, ont condamné le Rwanda et enjoint le M23 de se retirer d’Uvira. L’Union européenne, la Belgique, la France, l’Angleterre ont aussi critiqué cette attaque. Et évidemment, pour le gouvernement congolais, il s’agit d’un énième acte d’agression rwandaise. Sous pression, l’AFC/M23 a annoncé se retirer d’Uvira, tout en demandant le déploiement d’une force neutre. Un mois plus tard, selon plusieurs sources, la ville d’Uvira est toujours sous le contrôle de la rébellion, et les actions de la communauté internationale se font toujours attendre.


La chute d’Uvira a confirmé plusieurs failles que la progression du M23 n’a cessé de révéler.  D’une part, elle cristallise l’incapacité persistante du gouvernement congolais à résoudre cette crise militairement. D’autre part,  elle montre aussi les limites des processus de paix en cours, ainsi que des mécanismes de suivi qui en découlent.


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Braquage de la Rawbank à Kinshasa : une intervention, mille défaillances24 Oct 202500:03:46

Le jeudi 16 octobre, Kinshasa s’est figée. La place Victoire, habituellement bouillante et animée, s’est transformée en théâtre d’un désordre inédit. Une tentative de braquage à l’agence Rawbank a suffi pour paralyser l’un des points chauds de la capitale : tirs nourris, cris, circulation bloquée, véhicules blindés, militaires et policiers déployés dans la panique. En quelques minutes, ce lieu emblématique a sombré dans le chaos, exposant les failles sécuritaires où la précipitation tient lieu de stratégie. Mais que retenir d’un tel événement ? Plus que le braquage lui-même, c’est la manière dont l'intervention a été menée qui interroge.


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La SADC réussira-t-elle à mettre fin à la crise du M23 ?19 Jan 202400:04:13

Après une année de déploiement, les forces de la Communauté  de l’Afrique de l’Est (EAC) ont quitté le territoire congolais suite au non renouvellement de leur mandat par le gouvernement congolais. Ce dernier reprochait à ces forces de n’être pas assez offensives contre  le Mouvement du 23 mars (M23). Le président congolais, Félix Tshisekedi, les a même accusés de cohabiter avec les rebelles du M23.


C’est pour remplacer ces forces que Kinshasa a négocié le déploiement de la force de la communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) dont le premier contingent est arrivé à Goma le 27 décembre 2023. Cette force s’ajoute aux  sociétés militaires privées et aux groupes armés locaux communément appelés Wazalendo (traduisez en français patriote) qui sont en appui aux Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).


Le remplacement de la force de l’EAC par celle de la SADC va-t-il mettre fin à la crise sécuritaire liée à l’activisme du M23 ? 


Bonjour et bienvenue dans ce deuxième  épisode de la saison 4 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Agenonga Chober, chercheur principal pour les Uélé au sein du pilier violence d’Ebuteli. Nous sommes le vendredi 19 janvier 2024.


Début décembre 2023, les contingents de la force régionale de l’EAC se sont retirés. Ils devraient être remplacés par la mission  de la SADC en RDC – (SAMIDRC) – qui, à terme, devrait être composée de contingents sud-africain, malawite et tanzanien.


Pour l’instant, seule l’Afrique du Sud a déployé un contingent de 200 militaires environ, un déploiement qui ne fait pourtant pas consensus dans ce pays.  À ce contingent, d’autres pourraient s’ajouter d’ici fin janvier

Ayant un mandat offensif, selon les autorités militaires du Nord-Kivu, la force de la SADC est appelée à combattre les rebelles du M23 comme souhaité par le gouvernement de Kinshasa qui a exclu toute négociation avec le M23. 


La SAMIDRC réussira-t-elle à démanteler le M23 et à restaurer la paix à l’est de la RDC  ? 

En 2013, c’est avec l’appui de la SADC à travers la brigade d’intervention de la Monusco que le M23 fut maîtrisé. Mais la donne  a changé .Pour l’instant, la force de la SADC ne bénéficie ni du mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies, ni de ses moyens.


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RDC : comment évaluer les élections ?12 Jan 202400:04:54

Ce premier épisode de Po Na GEC de 2024 est une bonne occasion de commenter les élections qui viennent de se dérouler. Quelle a été leur crédibilité et quels en ont été les principaux résultats ?


C'est le début de la quatrième saison de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) et d'Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente chaque semaine d'éclairer un sujet d'actualité en RDC. Je suis Jason Stearns, directeur du GEC. Nous sommes le vendredi 12 janvier 2024.


Il y a eu aussi des aspects positifs de ce processus électoral : il n'y a pas eu de coupure d'Internet, comme lors des élections précédentes, et les candidats de tous bords ont pu se déplacer et tenir des meetings relativement librement pendant la campagne électorale proprement dite – mais beaucoup moins pendant la période qui l'a précédée. La commission électorale nationale indépendante (Ceni) a publié les résultats des élections présidentielles sur son site web jusqu'au niveau des bureaux de vote, ce qui n'avait pas été fait lors des dernières élections, et elle a retransmis des mises à jours régulières des décomptes des voix sur un écran géant pour l'élection présidentielle dans son centre Bosolo à Kinshasa.  


Cependant, ces élections ont aussi exposé de nombreuses lacunes logistiques. Elles ont en outre été entachées d'irrégularités et des graves allégations de fraude, de bourrage d’urne en particulier dans certaines parties du pays. La Ceni n'a pas déployé à temps les matériels sensibles y compris les machines à voter et les PV dans chacun des 75 000 bureaux de vote, ce qui a entraîné la confusion et le désordre dans certains endroits. La plus grande mission d'observation des élections, envoyée par l'Église catholique et l'Église du Christ au Congo, a rapporté que dans 551 bureaux de vote (6 % des bureaux observés), des bagarres ont éclaté, souvent parce que les électeurs étaient fatigués d'avoir attendu pendant des heures ou parce qu'ils ne trouvaient pas leurs noms sur les listes électorales. Dans 3 % des cas, des bourrages d'urnes ou des achats de voix ont été observés, et dans environ un quart des endroits, les dispositifs électroniques de vote, anciennes machines à voter, sont tombées en panne. SYMOCEL, une mission d'observation, a rapporté que 58 % des bureaux de vote ont ouvert tardivement et 13% n'ont simplement pas ouvert du tout. En fin de compte, cette confusion a probablement contribué à une faible participation : seuls 43 % des électeurs inscrits ont pu voter, le taux le plus bas jamais atteint. 


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Élections de 2023 en RDC : quand le respect des délais prime sur la qualité22 Dec 202300:04:08

Si les élections ont effectivement eu lieu le 20 décembre malgré les incertitudes, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et la classe politique congolaise ont manqué une occasion cruciale de renforcer la confiance des citoyens dans le processus électoral. Après trois scrutins controversés, ces élections, les premières depuis la passation pacifique du pouvoir de 2019, devaient symboliser un progrès démocratique majeur pour les Congolais. Cependant, elles ont été entachées par de nombreuses irrégularités, soulevant des doutes quant à leur intégrité. Quelles leçons en tirer?


Bonjour et bienvenue dans ce 50e et dernier épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New York et d’Ebuteli, qui cherche à éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Jacques Mukena, chercheur principal en gouvernance à Ebuteli. 


Nous sommes le vendredi 22 décembre 2023.


Le 20 décembre, dès l’aube, les électeurs ont afflué en masse dans les centres de vote à travers le pays, déterminés à exercer leur droit de vote malgré les incertitudes persistantes, jusqu’à la veille, sur un éventuel report du scrutin. La Ceni, présidée par Denis Kadima, a ignoré les appels à un audit indépendant du fichier électoral, une démarche qui aurait pu renforcer la confiance dans le processus. De même, la Ceni n’a pas suffisamment pris en compte les enjeux logistiques, refusant de reporter, même brièvement, les élections pour permettre une meilleure préparation et un déploiement adéquat du matériel de vote. Cette décision rigide de s’en tenir strictement à son calendrier a entraîné une série de complications inattendues pour les électeurs : les retards dans l’ouverture des bureaux de votes, absence d’équipements dans les bureaux de votes ou, dans d’autres cas, présence du personnel de la Ceni mais sans matériel nécessaire, des dispositifs de vote dysfonctionnels et des listes électorales incomplètes. Bien consciente des défis logistiques, la Ceni a maintenu la date des élections, tout en précisant que le déploiement du matériel se poursuivrait même le jour du vote. 


Normalement dans une logique dictée par la crédibilité du processus, ces contraintes auraient objectivement justifié un report des élections, mais, malgré la brèche ouverte de certains candidats à la présidentielle concernant les irrégularités du processus électoral en cours,  la date du 20 décembre a été maintenue. Cette décision reflète un choix assumé de privilégier le respect du calendrier électoral établi, quitte à négliger les aspects qualitatifs et les exigences de fiabilité du processus électoral.


Après le scrutin, une série de déclarations politiques, à la fois prévisibles et familières, a été entendue. Dès la nuit du 20 décembre, cinq candidats présidentiels, dont Martin Fayulu et Denis Mukwege, ont appelé à la réorganisation des élections. De son côté, Moïse Katumbi appelle à une mobilisation générale en cas de proclamation d’un autre vainqueur que lui. Le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, bien qu’ayant boycotté le scrutin, accuse le président sortant Tshisekedi d’être responsable des irrégularités et appelle à la mobilisation populaire. Pendant ce temps, le gouvernement se félicite du respect des délais constitutionnels, minimisant les irrégularités observées comme faisant partie intégrante de tout processus électoral.


Mais qu’en est-il du peuple au milieu de ces controverses politiques ? En dépit des imperfections et des retards, une grande partie des électeurs a montré un engagement remarquable, certains restant dans les files d’attente jusqu’à tard dans la nuit, voire jusqu’au lendemain, pour exercer leur droit de vote. Ceci souligne non seulement leur désir de participer activement au processus démocratique, mais aussi leur souhait de voir les acquis démocratiques préservés et renforcés.

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Défis et solitude : l’unique candidature féminine à la présidentielle de la RDC15 Dec 202300:04:36

En RDC, l’élection présidentielle doit se tenir mercredi prochain, le 20 décembre. Aujourd’hui moins d’une semaine avant le scrutin, Joëlle Bile, l’une des deux seules femmes à s’être présentée, se retire et annonce son soutien au candidat président, Félix Tshisekedi. Sur les 20 candidatures restantes, seulement une femme, Marie-Josée Ifoku, résiste. Mais, quels sont les défis pour une femme candidate à l’élection présidentielle en RDC ?

Bonjour et bienvenue dans ce 49e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New York et d’Ebuteli, qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Alice Viollet, responsable de programme du Groupe d’étude sur le Congo. Nous sommes le vendredi 15 décembre 2023. Aujourd’hui, nous faisons une rétrospective des candidatures féminines à la présidentielle en RDC.

Tout d’abord, qui est Joëlle Bile, deuxième femme inscrite sur la liste de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qui vient de se retirer ? Joëlle Bile a travaillé comme journaliste pour plusieurs médias internationaux pendant 15 ans. Elle s’est ensuite tournée vers la communication. Candidate à l'investiture de la plateforme de la société civile Alternative pour un Congo nouveau, elle est battue par Floribert Anzuluni. Joëlle Bile se présente néanmoins à l'élection présidentielle. Sa candidature n’a pas été réceptionnée par la Ceni dans un premier temps, mais la décision a été retournée par la Cour constitutionnelle, le 30 octobre. Ce vendredi, le 15 décembre, elle se retire de la course à la présidentielle au profit du président sortant, Félix Tshisekedi afin de « consolider les acquis » « tout en préservant [la] souveraineté nationale ».

L’unique candidate désormais en lice, c’est Marie-Josée Ifoku. Elle a poursuivi des études universitaires en administration en France et au Canada. Elle retourne en RDC en 2004. En 2018, elle se présente une première fois à l’élection présidentielle en RDC. Elle préside le parti Alliance des élites pour un nouveau Congo. Son programme s'articule autour du concept de la « kombolisation » (du lingala kombo, le balai en français), qui vise le nettoyage du pays des antivaleurs qui le gangrènent.

Les nombreux obstacles rencontrés pour une femme candidate ont été abordés lors d'une discussion sur la participation des femmes dans les processus électoraux en RDC, organisée en octobre dernier par Ebuteli et le GEC, réunissant près d’une vingtaine de femmes et d’hommes activistes des droits de femmes, candidats, chercheurs, journalistes, bloggeuses, membres de la société civile spécialisés dans l’éducation civique et électorale. D'abord, la question de la maturité politique des femmes est soulevée, certains doutant de leur capacité à s'engager en politique. De plus, la prédominance des hommes au sein des partis politiques pose un défi, ces derniers occupant principalement des postes de décision, laissant souvent les femmes limitées à des rôles de mobilisation. Le défi financier pour mener une campagne électorale est également important, avec des coûts très élevés pour la précampagne et la campagne électorale. Cela a incité certaines candidates à se retirer de la course. Enfin, la conciliation entre les responsabilités personnelles et politiques est un défi supplémentaire pour les femmes candidates.

Les chiffres confirment les doutes des congolais sur les candidatures féminines. Selon un sondage mené entre avril et mai 2022 par le GEC et Ebuteli, avec le Bureau d’études, de recherche et de consulting international (Berci), même si près de deux Congolais sur trois estiment qu'il faudrait que le gouvernement mette en œuvre la 

parité entre hommes et femmes dans les institutions de la République à tous les niveaux, à la question « Jusqu’à quel point soutenez-vous les femmes qui servent l’État au poste de Présidente de la République », seuls 32% ont répondu par l'affirmative.


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Processus électoral en RDC : quels enseignements tirer du retrait des observateurs de l’Union européenne ?08 Dec 202300:05:13

Le 29 novembre 2023, l’Union européenne a décidé d’annuler sa mission d’observation électorale en raison d’un désaccord avec le gouvernement congolais autour du déploiement des équipements de communication de la mission. Cet incident vient s’ajouter à une série de controverses qui entourent un processus électoral déjà fortement critiqué. Que nous inspire cette décision de l’UE et quel impact aura-t-elle sur le déroulement des élections ?

Bonjour ! Je m’appelle Chimène Popoli. Je suis fellow à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Nous sommes le vendredi 8 décembre 2023. Vous écoutez le 48e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui éclaire, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise.

La dernière mission d’observation électorale en RDC remonte à 2011. Lors des élections de 2018, le régime de Joseph Kabila n’avait pas autorisé le déploiement des missions internationales d’observation électorale, dans un contexte de détérioration des relations avec l’UE.  L’ambassadeur de l’UE avait été expulsé et la Maison Schengen fermée sur décision du gouvernement congolais.

Aujourd’hui, les relations entre le pouvoir de Félix Tshisekedi et l’UE ne sont pas non plus au beau fixe. La Délégation de l’UE en RDC n’a pas toujours de nouvel ambassadeur depuis le départ, il y a quatre mois, de Jean-Marc Châtaigner. Ce dernier était longtemps soupçonné par l’entourage du chef de l’État d’être trop proche de l’opposant Moïse Katumbi. Nicolas Berlanga Martinez, successeur de Châtaigner, vient à peine d’arriver à Kinshasa et attend désormais de présenter ses lettres de créances au chef de l’État congolais, après avoir obtenu, enfin, l’agrément du ministère des Affaires étrangères.

Malgré tout, Kinshasa a invité la mission d’observation électorale de l’UE. Mais les services de sécurité ont intercepté certains matériels et équipements de communication nécessaires à la mission pour son déploiement en provinces. Après l’échéance de trois ultimatums, Bruxelles a alors estimé, le mercredi 29 novembre, que « ce n’est désormais plus possible de déployer ses 42 observateurs à long terme ». En coulisses, cette décision vient conforter la position du cabinet de Josep Borell, chef de la diplomatie de l’UE, dont la conseillère Afrique, Maud Arnould, « n’a jamais voulu » de cette mission d’observation européenne en RDC, croit savoir une source diplomatique occidentale basée à Kinshasa. De l’autre côté, les autorités congolaises, loin des regrets officiels, ont prétendu que certaines machines de la mission d’observation de l’UE pouvaient favoriser « le piratage d’un système informatique existant ». Ce qui aurait fait craindre aux services une éventuelle « infiltration » du système informatique de la Commission électorale nationale indépendante.

Ces craintes ne sont cependant pas nouvelles face aux initiatives extérieures destinées à contribuer à la transparence des élections en cours. En mai de cette année, invitée pour auditer le fichier électoral, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) avait également renoncé à cette mission sur fond de suspicions de connivence, alimentées par Kinshasa, entre les experts de l’OIF et la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’organisation.

L’audit du fichier finalement réalisé par les experts choisis par la Ceni continue d'être l’objet de controverse. Et il n’est pas mal indiqué de penser que ce couac entre le gouvernement et l’UE renforce la méfiance autour de ce processus électoral dont la transparence est déjà critiquée par une partie de la société civile et de l’opposition.

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Force régionale de l’EAC : une fin de mandat à hauts risques01 Dec 202300:03:46

Sur les 18 points du communiqué final du sommet de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), le 24 novembre dernier, un seul concernait sa force régionale, présente dans l’est de la RDC. Sur ce point, on apprenait que Kinshasa avait refusé de renouveler le mandat de cette force, qui expire le 8 décembre. Cependant, ce refus soulève plus de questions qu’il n’en résout. Le plus grand flou demeure, en effet, sur le calendrier de ce départ, et l’impact qu’il pourrait avoir sur le terrain.


Bonjour et bienvenue dans ce 47e épisode de la saison 3 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence à l’Institut Ebuteli, et cette semaine, nous nous intéressons au départ de la force régionale de l’EAC. 


À peine plus d’un an après l’arrivée de ses premières troupes, cette force d’intervention, la première jamais mise sur pied par l’EAC, va donc bientôt se retrouver sans mandat. C’est ce qu’a fermement soutenu le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Jean-Pierre Bemba, lors du sommet d’Arusha auquel il représentait la RDC. Aux yeux du gouvernement congolais, cette force est en fait rapidement devenue indésirable, notamment pour n’avoir jamais mis en œuvre son mandat initial, à savoir de forcer les groupes armés présents dans l’est de la RDC, dont le M23, à déposer les armes. La Force régionale de l’EAC a plutôt agi en tant que force d’interposition, gelant le conflit entre l’armée congolaise et le M23 en attendant d’éventuelles négociations avec celui-ci. Or ce dialogue n’a en réalité jamais été voulu par Kinshasa, pour qui le véritable responsable de cette situation est le Rwanda. L’approche de la Force régionale de l’EAC l’a en tout cas rapidement rendue impopulaire, en RDC. En pleine campagne électorale, son renouvellement aurait donc été politiquement délicat à gérer.


Mais ce non-renouvellement du mandat n’a pas été véritablement programmé. L’EAC ne sera notamment pas en mesure, sur le plan logistique, de retirer toutes ses troupes d’ici le 8 décembre. 

Surtout, la Communauté de développement de l’Afrique australe, ou SADC, en qui Kinshasa voit une alternative mieux à même de défendre ses intérêts, n’est pas prête à prendre le relai à cette date. On connaît certes les pays contributeurs de troupes pressentis pour cette mission : l’Afrique du Sud, le Malawi, et la Tanzanie. Mais pas encore son format précis. Surtout, le financement de cette nouvelle force, dont le budget est estimé par certaines sources à plus de 400 millions de dollars par an, n’est pas assuré. Ce point est particulièrement important alors que l’autre force de la SADC, déjà déployée au Mozambique, rencontre précisément de sérieuses difficultés financières.


Signe de ces questions non résolues, les dirigeants de l’EAC, eux-mêmes divisés, n’ont pas totalement clarifié les prochaines étapes. Ils ont « décidé » d’une concertation entre les chefs d’État-major de l’EAC et de la SADC avant le 8 décembre. Le produit de cette réunion devrait être remis au prochain sommet de l’EAC pour considération. Toutefois, les dirigeants d’Afrique de l’Est n’ont pas qualité pour décider d’une réunion impliquant la SADC. Et pour l’instant, aucune date n’a été annoncée pour ce nouveau sommet. 


Le flou demeure donc sur ce qu’il se passera, sur le terrain, après le 8 décembre. Les troupes kényanes et ougandaises, dont l’action est vue comme inefficace, voire ambigüe par Kinshasa, amorceront-elles un retrait ? Mais qui occupera leurs positions laissées vacantes, dont celles de Bunagana, Rutshuru-centre et Kibumba ? Le M23 semble en bonne posture pour occuper certaines d’entre elles. Le front, gelé à d’autres endroits, pourrait-il redevenir actif entre l’armée congolaise et le M23 ?


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Élections en RDC : l'opposition face au défi de l’unité24 Nov 202300:03:36

Réunis à Pretoria sous l’égide de l’ONG sud-africaine In Transformation Initiative (ITI), les représentants de cinq candidats de l’opposition politique sont parvenus, le 17 novembre, à mettre sur pied une feuille de route pour la constitution d’une plateforme électorale dénommée « Congo ya makasi ». Cette feuille de route comprend un programme commun de gouvernance et dégage les critères d’une candidature commune à la présidentielle de décembre. Une semaine plus tard, l’unité espérée semble incertaine. Quelle en serait l’incidence sur la présidentielle du 20 décembre ?

Bonjour ! Je m’appelle Jean-Baptiste Bagula. Je suis fellow à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Nous sommes le vendredi 24 novembre 2023. Vous écoutez le 46e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio d'Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui éclaire, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise.

Les travaux de Prétoria auraient pu constituer une bonne base pour l’opposition de proposer une candidature commune à la présidentielle. D’autant que, dans un contexte électoral à tour unique, le président de la République est élu à la majorité simple des suffrages exprimés. La désignation d’un candidat commun de l’opposition pouvait alors éviter la dispersion des voix et fédérer les forces en faveur du candidat désigné. Bien plus, elle pouvait permettre de mutualiser les moyens afin de mener une campagne électorale optimale dans un pays réputé continent.

Les écueils de la classe politique congolaise n’ont pas permis d’atteindre cet objectif.  Les événements qui ont suivi les travaux de Pretoria le démontrent. Dès la clôture de ces discussions, la feuille de route conçue n’a pas reçu l’aval du candidat Martin Fayulu. Celui-ci a soutenu que  « ce qui prime, c’est d’abord la mise en place d’une large coalition afin de lutter contre les fraudes électorales et garantir la transparence des élections, préalablement à la question de candidature unique ».

À l’heure où nous enregistrons cette capsule audio, seuls les candidats Matata Ponyo, Franck Diongo et Seth Kikuni se sont retirés de la course au profit de Moïse Katumbi, reconnaissant que « l'urgence d'une candidature unique de l'opposition s'impose comme la meilleure stratégie » pour faire face à ce qu’ils qualifient de « plan macabre [du pouvoir] contre l’avenir de notre nation ». Ils se regroupent ainsi derrière Moïse Katumbi qui, selon eux, est apparu, lors des tractations de Pretoria, comme le « candidat capable de conduire l’opposition vers la victoire ».

Pour l’instant, le candidat Delly Sesanga poursuit l’élan de sa campagne électorale, sans se prononcer sur la question. Martin Fayulu et Denis Mukwege, dont les délégués ont pris part aux travaux de Pretoria, quant à eux, se sont montrés ensemble jeudi lors de la publication d’un communiqué conjoint annonçant une plainte contre le président de la Commission électorale nationale indépendante.

Il semble acquis que l'opposition n'a pas réussi à concrétiser l'unité en vue de l'élection présidentielle imminente. Cependant, l'absence d'une candidature commune, bien que susceptible de fragmenter les votes de l'opposition, ne signifie pas nécessairement une défaite inévitable. Les résultats de l'élection précédente en 2018 ont démontré que l'opposition avait réussi à remporter la victoire contre le pouvoir sans présenter de candidature unique. À l'inverse, bien que l'unité autour d'une candidature commune puisse accroître les chances de succès, elle ne garantit pas automatiquement la victoire. La dynamique de la campagne électorale et la capacité des acteurs impliqués à surveiller le déroulement du processus de vote joueront un rôle tout aussi crucial.

D’ici là, vous pouvez recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, en envoyant « GEC »  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientôt !

Tshisekedi devant le Parlement : l’heure du bilan17 Nov 202300:04:34

Contrairement à son premier discours sur l’état de la nation, c’est devant un congrès acquis que Félix Tshisekedi s’est acquitté de son devoir constitutionnel. Durant près de deux heures et demie, le président candidat a dressé un bilan plutôt positif de ses réalisations durant son premier mandat. Est-ce justifié ?

Bonjour ! Je m’appelle Fred Bauma. Je suis directeur exécutif de Ebuteli. Nous sommes le vendredi 17 novembre 2023. Vous écoutez le 45e épisode de la saison 3 de Po Na GEC.

Dans son discours de prestation de serment le 24 février 2019, Félix Tshisekedi, l’opposant devenu président, annonçait huit grandes priorités de son gouvernement. Ces priorités allaient de la pacification du pays, à la lutte contre la pauvreté, en passant par la lutte contre la corruption, la refondation de l’État de droit, la promotion d’une presse libre, et la construction d’infrastructures.

Cinq ans plus tard, et alors que la campagne électorale débute dans 48 heures, le dernier discours sur l’état de la nation du président revient sur ces différentes priorités. Pendant près de la moitié de son discours, Félix Tshisekedi a abordé les actions entreprises pour résoudre les conflits dans plusieurs parties du pays, réformer la justice et promouvoir la décentralisation. Trois thèmes importants pour lesquels le président a consacré des efforts importants mais où les résultats se font encore attendre.

Le président est revenu avec raison sur ses efforts dans la réforme de l’armée. Sous Tshisekedi, la République s’est dotée d’une politique de défense, d’une loi sur la réserve armée de la défense et d’une loi de programmation militaire. Les dépenses de l’armée ont augmenté significativement, atteignant près d’un milliard de dollar américain en 2022. Plusieurs milliers des jeunes recrues au sein de l’armée ont été formées ou sont en cours de formation. L’état de siège a été proclamé dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Le président a, en outre, mis en place du Programme de démobilisation, désarmement et relèvement communautaire et stabilisation, PDDRC-S. Enfin, plusieurs efforts régionaux ont été entrepris pour faciliter la fin des conflits dans la région.

Cependant, à la veille des élections, ces différentes initiatives peinent à montrer leurs effets. La crise sécuritaire s’est étendue dans des cités jadis relativement pacifiées tandis que le nombre de déplacés internes a augmenté drastiquement atteignant des pics historiques jamais atteint depuis 2006. Aussi, malgré l’investissement dans l’armée, cette dernière reste dépendante de l’intervention extérieure, comme le démontre la présence des contractants militaires privés dans l’est de la RDC, ou encore le recours répétitif aux missions régionales comme la force régionale est-africaine, et la force de la SADC  annoncée par Félix Tshisekedi. Enfin, le PDDRC-S, porteur d’espoir pour la démobilisation, tarde encore à être fonctionnel. Les dynamiques de démobilisation massive des groupes armés observées au début du mandat de Félix Tshisekedi ont cédé la place à une forte militarisation des milices locales sous forme « patriotes résistants », autrement appelé « wazalendo ».

Les résultats de la réforme de la justice et la a dans le bilan de Félix Tshisekedi ne semblent pas aussi éclatants que le suggère le discours de Félix Tshisekedi. Sur la justice, sous Tshisekedi, 5000 magistrats ont effectivement été recrutés et des actions disciplinaires ont été entreprises contre d’autres magistrats. Cependant, les traitements de nombreux procès symboliques donnent l’impression d’une mainmise du politique sur la justice,  pratique pourtant décriée par le président. Dans un échange avec les Congolais en juillet de cette année, le président reconnaissait lui-même les limites de ses actions sur la justice : « S’il y a un bémol à mettre sur mon bilan, je ne suis pas satisfait du bilan dans le domaine de la justice

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Est-il possible d’éviter la violence électorale pendant cette campagne ?10 Nov 202300:04:51

À moins de deux semaines du lancement officiel de la campagne électorale, le cortège de Martin Fayulu, opposant au régime de Félix Tshisekedi et candidat à la présidentielle du 20 décembre, a essuyé des jets de pierres à Tshikapa, dans la province du Kasaï. Ce nouvel incident dans la région du grand Kasaï, fief du président Tshisekedi, s'inscrit dans une série d'actes similaires. Fin juillet, Delly Sesanga, opposant et candidat à la présidentielle de décembre 2023, avait déjà subi le même sort à Kananga. Que faire pour que ces actes de violence ne dégénèrent et n'embrasent le pays durant la campagne électorale ?

Bonjour ! Je m’appelle Gamée Manzia. Je suis fellow à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Nous sommes le vendredi 10 novembre 2023. Vous écoutez le 44e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio d'Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui éclaire, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise.

Depuis le début, le processus électoral en cours connaît des frictions.  D’abord, entre acteurs politiques de premiers plans, ensuite, entre les sympathisants des formations politiques et des organisations de la société civile adversaires. Il y a eu en effet des tensions autour de la désignation des membres de la Cour constitutionnelle, de la Ceni, voire autour des réformes électorales. Et plus on approche de la tenue des élections, plus ces tensions augmentent.

Depuis la répression de la marche de l’opposition du 20 mai 2023, les actes et discours violents n'ont cessé de se multiplier dans plusieurs coins du pays. Arrestations de journalistes, restrictions de mouvements des candidats, jets de pierres, discours de haine, propos incendiaires sur les médias et réseaux sociaux, … Tout ceci corrobore de nombreuses études qui ont alerté sur les risques de violence au cours de ce processus électoral.

Les acteurs de cette violence sont divers et se retrouvent dans tous les états majors des partis politiques. À plusieurs reprises, certaines prises de position du président Tshisekedi pouvaient être interprétées comme susceptibles d’encourager la violence. Par exemple, à Mbuji Mayi le 24 juin, il a déclaré qu’il s’« m'attaquerai[t]sans hésitation et sans remords, à tout Congolais qui mettrait en danger la sécurité et la stabilité de notre pays.» Et il a ajouté : « Peu importe ce qu’on en dira, violation des droits de l’homme ou privation de liberté (...)». 

Le 23 octobre 2023, à Lubumbashi, l’opposant Moïse Katumbi a, lors d’un meeting, menacé de donner un « butshetshe » (Traduisez coup de tête) à ceux qui « tenteront de freiner l’élan démocratique ». Du côté de la société civile, au mois de septembre, lors de son passage sur la radio Top Congo, Monseigneur Donatien Nshole a soutenu que « la Ceni crée un environnement favorable à une révolution (...) ». Et d’ajouter : « Je ne serai pas surpris qu'après la publication des résultats, nous puissions vivre une crise que tout le pays regrettera. » Propos qui ont été interprétés par le camp Tshisekedi comme une incitation à un coup d’État militaire.

Alors, comment arriver à la désescalade ? Tous les acteurs politiques et sociaux doivent être conscients que leurs discours peuvent, selon les cas, embraser le pays ou prévenir les violences. Ainsi, ils doivent s’abstenir d’inciter à la violence et, en même temps, la condamner. La condamnation des récentes attaques contre Fayulu par le président Tshisekedi via sa porte-parole va dans la bonne direction.

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La nouvelle coordination nationale du P-DDRCS va -t-elle relever les multiples défis du désarmement ?03 Nov 202300:04:01

Le 19 octobre dernier, le chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, a remplacé  les animateurs de la coordination nationale du Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS). L’abbé Jean-Bosco Bahala prend   désormais la tête de ce programme en remplacement de Tommy Tambwe, nommé en  août 2021. Cette décision est intervenue dans le contexte marqué par une crise de confiance des bailleurs de fonds et des parties prenantes au processus de désarmement vis-à-vis des responsables du P-DDRCS et le dysfonctionnement au sein de ce programme. Le remaniement opéré par le chef de l’ État suffira-t-il à redorer son blason ?


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Pourquoi Félix Tshisekedi refuse-t-il la main que lui tend l'opposition ?17 Oct 202500:06:21

À l’occasion de la deuxième édition du Global Gateway Forum, le 9 octobre à Bruxelles, le président Félix Tshisekedi a improvisé, durant son discours, un appel à une « paix des braves » à son homologue rwandais Paul Kagame, présent dans la salle. Le rejet de cette « main tendue » ne s’est pas fait attendre. Deux jours plus tard, s’adressant à la diaspora congolaise dans la même ville, le chef de l’État  a, à son tour, rejeté la main que lui tendent certains acteurs politiques congolais réclamant un dialogue interne et inclusif. Parallèlement, l’ancien président Joseph Kabila a réuni à Nairobi, les 14 et 15 octobre, autour de lui une frange des forces socio-politiques et mis sur pied le « Mouvement sauvons la RDC ». Kabila sollicite de nouveau un dialogue national.



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Budget 2024 : vers une prise en charge accrue des services sociaux de base ?27 Oct 202300:05:04

Cette semaine, l’Assemblée nationale a adopté, en première lecture, le projet de loi des finances 2024. Ce projet fixe le budget de la RDC à 16 milliards de dollars américains, avec une hausse de 24,7 % par rapport à celui de 2023, selon Sama Lukonde, Premier ministre congolais. Est-ce un budget qui améliorera les conditions socio-économiques de la population ?

Bonjour et bienvenue à ce 42e épisode de saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio d’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’université de New York. Je suis Ange Makadi Ngoy, chercheuse au sein d‘Ebuteli. Nous sommes le vendredi 27 octobre 2023.

Lors de son examen et adoption, les députés nationaux ont voté, en bloc, de manière rituelle le budget de l'exercice 2024. Cette année, il se chiffre à 16 milliards de dollars américains. Les dépenses prévues seront accordées en priorité à la sécurisation du pays et aux secteurs sociaux et porteurs de croissance en vue de la diversification de l’économie nationale. Qu'en est-il dans les faits ?

Le constat est simple. Le budget de la RDC a connu une augmentation significative entre 2019 et 2023. En 2020, le pays avait un budget de près de 10 milliards de dollars américains et de 14 milliards en 2023. Ce qui matérialise le discours du président de la République Félix Tshisekedi du 13 décembre 2019 sur l’état de la nation : « Comment les gens peuvent-ils s’étonner que le gouvernement propose un budget de 10 milliards de dollars avec 80 millions de Congolais ? » s'interrogeait-il.

Dans le projet de budget 2024, les prévisions adoptées sont relativement bien réparties entre les dépenses de fonctionnement (49,7 %) et celles d’investissement (50,3 %) sachant tout de même que les frais de fonctionnement sont majoritairement consommés par les responsables de services. Les dépenses des équipements englobent une bonne partie du budget 2024 (34,4 %) tandis que celles du personnel sont de 23,6 % qui prennent en charge les nouvelles recrues de l’armée, de la police et de la magistrature. Une tendance inverse par rapport au budget 2023. 

Le reste est partagé entre la dette publique (3,1 %), les frais financiers (0,6 %), les biens et matériels (1,2 %), les transferts et interventions de l’État (18,8 %), les constructions, réfections et réhabilitations (15,3 %).

Pour le programme de développement local des 145 territoires, qui vise à enclencher le développement à la base, près de 755 milliards de francs congolais sont alloués. Ce qui équivaut à environ 299 millions de dollars américains, soit 2,7 % du budget global alloué à ce programme. En comparaison avec le budget de 2023, on constate que ce programme a reçu moins de fonds. Un exemple marquant de cette disparité budgétaire se trouve dans le territoire de Kazumba.

Dans le budget de 2024, ce territoire n'a reçu que moins de 5 milliards de francs congolais contre 6 milliards de francs congolais alloués en 2023, selon les crédits alloués aux projets dans l’ annexe XXI. Une situation similaire prévaut dans les territoires de Bumba et Punia.

Cette situation met en évidence une allocation budgétaire insuffisante pour soutenir le développement local dans certains territoires.

Quelle est la part du secteur de la santé, de l'agriculture et de l'enseignement ?

Sur papier, on constate une part plus ou moins importante dans le budget de la santé publique et de l’enseignement primaire de cinq mille milliards et six mille milliards de francs congolais, respectivement. Cela peut s’expliquer par la volonté de continuer de mettre en  œuvre le programme ambitieux comme celui de la gratuité de l'enseignement et de la maternité.  

L‘agriculture reçoit, quant à elle, des crédits de près de deux mille milliards  de francs congolais. Cela dépasse le budget de la présidence de la République, de l’Assemblée nationale pris séparément.

Pourquoi le Président Félix Tshisekedi a-t-il annoncé l’« allègement » de l’état de siège ?20 Oct 202300:04:20


« J’ai pris la ferme résolution de conduire, ‘sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée’, les populations des provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu vers un allégement progressif et graduel du régime de restriction de l’état de siège ». C’est ce qu’a déclaré le président Félix-Antoine Tshisekedi le jeudi 12 octobre, lors de son adresse à la nation.

Après deux ans d’état de siège, qui n’ont pas permis de rétablir la sécurité dans l’est de la RDC, le chef de l’État a donc annoncé une requalification de sa mesure.

En quoi consiste exactement sa décision ? À deux mois du scrutin présidentiel, peut-il espérer en tirer un bénéfice électoral ?

Bonjour ! Je m’appelle Henry-Pacifique Mayala. Je suis le coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Vous écoutez le 41e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New-York. Nous sommes le vendredi 20 octobre 2023 et cette semaine, nous analysons l’annonce de l’allègement de l’état de siège par le président de la République.

Cette mesure d’exception, inédite depuis au moins deux décennies, avait été décidée par le chef de l’État lui-même en mai 2021. Elle était supposée rétablir la paix dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, les plus touchées par les violences des groupes armés dans le pays.

L’état de siège consistait essentiellement en une restriction de certaines libertés fondamentales et un remplacement des autorités civiles par des autorités militaires et policières. Mais cela n’a pas permis d’améliorer la situation sécuritaire. Pire : au fil du temps, la mesure est devenue de moins en moins populaire, en particulier dans les provinces concernées.

Conscient de cette défiance grandissante, le président a décidé de la tenue d’une table ronde réunissant les élus des provinces concernées et des forces vives de la nation, mi-août. Les participants ont recommandé une levée de l’état de siège.

Cette exhortation pouvait représenter un désaveu pour cette mesure emblématique de la présidence Tshisekedi. Le chef de l’État n’a en tout cas pas suivi cette recommandation.

Après deux mois de réflexion, il a finalement annoncé une mesure présentée comme intermédiaire : celle d’une requalification de l’état de siège.

Mais, il est difficile de voir en quoi cette décision consiste exactement. La levée du couvre-feu, ou encore le rétablissement partiel des juridictions civiles, annoncées comme des nouveautés, avaient en réalité été déjà décrétées depuis plus d’un an. La remise en place des autorités civiles qui a été annoncée, ne sera que graduelle et aucun calendrier n’a été précisé.


Au-delà de l’effet d’annonce, qui pourrait viser obtenir un regain de sympathie auprès des populations, une des rares mesures réellement nouvelles est la décision de payer immédiatement les deux années d’arriérés des émoluments aux élus provinciaux, qui avaient été suspendus par l’état de siège. Les arriérés des émoluments pour les députés provinciaux ne sont d’ailleurs pas spécifiques aux seuls élus du Nord-Kivu et de l’Ituri. Ceux des 24 autres provinces continuent de faire de sit in à Kinshasa pour réclamer paiements.

Ces décaissements devraient permettre aux élus de ces provinces d’investir dans leur campagne électorale, qui doit commencer le mois prochain. Le chef de l’État, qui remettra également en jeu son mandat, espère, peut-être, que les élus lui seront reconnaissants.

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Listes provisoires des électeurs : nouvelle occasion ratée par la Ceni pour un processus électoral crédible ?13 Oct 202300:03:55

« En lieu et place d’un affichage, la consultation des listes provisoires des électeurs se fera auprès d’un agent appelé « préposé à l’affichage » affecté à cette tâche au niveau de chaque antenne de la Ceni ». C’est la décision prise par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et rendue publique le lundi 9 octobre. 

Comment comprendre cette mesure dans un contexte pré-électoral marqué par le manque de confiance envers la Ceni et le processus électoral en général ?


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Présidentielle 2023 : l’opposition arrivera-t-elle à trouver un candidat commun ?06 Oct 202300:05:24


Il ne reste plus que deux jours avant la clôture du dépôt des candidatures à l'élection présidentielle, prévue le 20 décembre de cette année. À l’heure de l’enregistrement, le vendredi 6 octobre à 17 heures de Kinshasa, 13 candidats avaient déjà déposé leurs candidatures. Celle du chef de l’État, Félix Tshisekedi, est encore attendue. Comment le paysage politique se dessine-t-il à travers les candidats désormais en lice pour la présidence ?

Bonjour ! Je m’appelle Joshua Walker. Je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo. Nous sommes le vendredi 6 octobre. Vous écoutez le 39e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise.

Les contours de l'élection présidentielle de cette année commencent finalement à se dessiner. Si le président Félix Tshisekedi n’a pas encore officiellement déposé sa candidature, il a déjà été investi le 1er octobre comme candidat officiel de l’Union sacrée de la nation (USN). Qui sont les autres candidats importants ?

Il y a d’abord Moïse Katumbi, homme d’affaires et ancien gouverneur de l’ex province du Katanga. En 2018, il a été exclu de la présidentielle. Cette année, la proposition de loi dite « Tshiani » –qui vise à interdire à tout Congolais pas né d’un père et d’une mère congolais de devenir président, qui pourrait l'exclure –n’a toujours pas été examinée par l’Assemblée nationale. Bien qu’il ait multiplié récemment des tournées de redynamisation de son parti politique, Ensemble pour la République, Katumbi pourrait surtout s'appuyer sur des relais au sein des regroupements politiques dont il est proche pour essayer de rivaliser avec la grosse machine électorale de l'USN.

La présence du docteur Denis Mukwege, désormais aussi candidat, risque de changer les calculs. D’abord, il n’a jamais formellement participé à la politique, à la différence des autres candidats majeurs. Inscrit comme candidat indépendant, il bénéficie toutefois du soutien du regroupement politique Alliance des Congolais pour la refondation de la nation (ACRN). Réputé mondialement grâce à son activisme contre les violences sexuelles et ses nombreux prix et distinctions dont le prix Nobel de la paix de 2018, le docteur Mukwege attirera nécessairement une attention de l’étranger sur la transparence et la crédibilité du processus électoral en RDC. Ceci a déjà commencé avec la forte médiatisation à l’échelle internationale de sa candidature. Si sa renommée internationale pourrait constituer un atout pour sa candidature, son défi sera de pouvoir monter une mobilisation en RDC à la même échelle que sa réputation à l’étranger.

Pour sa part, l’ancien candidat malheureux de 2018, Martin Fayulu, a aussi déposé sa candidature pour le scrutin de 2023. Mais son entrée semble contredire sa position de ne pas déposer les candidatures de ses partisans aux législatives, provinciales et municipales suite au refus de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de procéder à un audit crédible, selon lui, du fichier électoral. Il compte sur sa popularité à Kinshasa et dans certaines autres provinces, mais sa posture sur le processus électoral semble avoir fragilisé sa coalition. Martin Fayulu n’est pas le seul à candidater à la présidentielle sans candidats aux autres élections. Le parti de Marie-José Ifoku, la seule femme jusque là dans cette course, n’a pas non plus présenté de listes à ces autres élections.

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Pourquoi un nouveau gouverneur militaire au Nord-Kivu29 Sep 202300:04:00

Le 16 septembre, le général Peter Cirimwami a été nommé gouverneur intérimaire du Nord-Kivu. Cette décision est intervenue après le rappel à Kinshasa du général Constant Ndima qui occupait ce poste depuis plus de deux ans. Comment comprendre cette nomination au moment où une décision du président de la République est attendue sur une possible levée de l’état de siège ?

Bonjour et bienvenue dans ce 38e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), centre de recherche de l’Université de New-York, et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Je suis Reagan Miviri, analyste sur la violence à Ebuteli.

Deux raisons peuvent expliquer la nomination d’un nouveau gouverneur au Nord-Kivu : le massacre de plus de cinquante civils par les militaires à Goma le 30 août dernier et la volonté de donner un nouveau souffle aux opérations militaires.

En effet, avec le tollé qu’a suscité le massacre, il était politiquement risqué de maintenir le gouverneur Ndima à son poste. Il a été rappelé à Kinshasa à l’issue de l'enquête  menée à Goma par la délégation conduite par le ministre de l'intérieur, Peter Kazadi. Sa possible responsabilité dans cet événement a été mentionnée pendant ladite enquête . En plus d’être gouverneur, il était en charge des opérations militaires au Nord-Kivu. Dans le procès en flagrance sur la tuerie qui se poursuit devant le tribunal militaire et la cour militaire du Nord-Kivu, certaines parties ont demandé sa comparution en tant que témoin ou renseignant à défaut de le voir comparaître comme prévenu.  

Pour éviter un vide à la tête de la province, le gouvernement avait deux options : soit un intérim assuré par le vice-gouverneur policier, aux côtés de qui il aurait fallu nommer un militaire chef des opérations. Soit nommer un nouveau gouverneur militaire cumulant la fonction administrative et les opérations militaires. La première option a été envisagée avec la nomination du général Ychaligonza à la tête des opérations. Cependant, le gouvernement ne semblait pas satisfait.. 

C’est finalement le général Peter Cirimwami qui a été nommé  gouverneur militaire ad interim. Cet officier supérieur originaire du Sud-Kivu a commandé plusieurs opérations au Nord-Kivu depuis des années. Il était notamment commandant des Opérations Sokola I contre les ADF. Il a aussi combattu le M23 en 2012 et lors de la prise de Bunagana en 2022.

L’une des premières actions du nouveau gouverneur a été de se rendre sur la ligne de front vers Kibumba puis à Mushaki dans le territoire de Masisi d’où il a annoncé le redéploiement des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) dans cette zone, où elles n’étaient plus présentes depuis le cessez-le-feu de février et l'arrivée du contingent burundais de la force régionale. De retour à Mushaki, les FARDC n’ont pas encore été impliquées dans des affrontements. Cependant, le M23 n’est pas loin et les risques d’accrochages ont augmenté.

Le gouverneur Cirimwami a, de plus, réuni les leaders de plusieurs groupes armés à Mubambiro. Officiellement, il les a appelés à rejoindre le programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS). Néanmoins ces mêmes groupes ont combattu aux côtés des FARDC contre le M23 et l’armée rwandaise. Cela rend leur démobilisation incertaine tant que ce conflit est en cours.

Au final, une reprise des affrontements directs entre FARDC et M23 paraît de plus en plus probable. Dans son discours à l’assemblée générale des Nations unies, le président Tshisekedi a écarté toute possibilité de dialoguer avec le M23. Ce mouvement rebelle pourrait essayer de perturber le déroulement des élections pour se faire entendre. Le ministre des Affaires étrangères a enfoncé le clou : si le M23 ne quitte pas Bunagana pour se pré-cantonner, il y aura des actions militaires, a-t-il affirmé.

Ituri : pourquoi les dialogues de paix ne suffisent pas22 Sep 202300:04:56

À l'issue du sommet de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), le 21 avril 2022, les chefs d’États présents avaient décidé de la mise en place de pourparlers de paix entre le gouvernement de Kinshasa et les groupes armés actifs dans l’est du pays. À la suite de cette recommandation, une série de dialogues ont été organisés en 2022 à Nairobi sous les auspices d’Uhuru Kenyatta, l’ancien président kényan.


Fin mai et début juin 2023, un autre dialogue réunissant quatre groupes armés de l’Ituri a été organisé sous la supervision du général Peter Cirimwami, alors commandant de la 32e région militaire de l’Ituri.

À  la fin de chacun de ces pourparlers, les groupes armés ont non seulement accepté de renoncer aux violences, mais aussi d’adhérer au Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS). En dépit de ces engagements, sur le terrain, les violences se poursuivent. 

Bonjour et bienvenue dans ce 37e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo, qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Agenonga Chober, chercheur principal pour les Uélé. Nous sommes le vendredi 22 septembre 2023.

Il faut rappeler que le processus de Nairobi a été organisé sur fond de la reprise des hostilités du Mouvement du 23 mars (M23).


Mais, le gouvernement congolais a exclu des négociations directes avec le M23, tout en décidant de poursuivre le dialogue avec d’autres groupes armés. Lors de la troisième session de pourparlers, fin novembre -et début décembre 2022, une feuille de route pour ramener la paix dans l’est de la RDC et mettre en œuvre le PDDRC-S a été adoptée. Parmi les groupes armés représentés à ces pourparlers, trois venaient d’Ituri : la Force de résistance pacifique en Ituri (FRPI), la Force patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC) et la Coopérative pour le développement économique au Congo (Codeco).

Ces trois groupes armés se sont engagés dans un autre dialogue de paix à Aru en Ituri fin mai 2023 où ils ont été rejoints par le Mouvement d’autodéfense populaire en Ituri (MAPI).

Au terme de ce nouveau dialogue, ces groupes armés ont encore une fois accepté de cesser avec les hostilités, d’adhérer au processus DDR, de faciliter la libre circulation des personnes, de leurs biens, et le retour des personnes déplacées.

Pourtant, quelques jours plus tard, au moins 46 déplacés du site de Lala en territoire de Djugu ont été massacrés par les rebelles de la Codeco qui poursuivaient les combattants de la milice rivale, Zaïre, qui s’y étaient retranchés. S’en ai suivi des représailles et contre représailles meurtrières de ces deux milices contre les civils.  

Pourquoi, alors, les violences continuent-elles malgré les différents dialogues de paix ? 

On peut d’abord relever que la crise du M23 a poussé le gouvernement congolais à dégarnir des positions militaires à Djugu pour renforcer les unités des FARDC au Nord-Kivu. Ceci semble avoir créé un vide sécuritaire que les rebelles actifs en Ituri ont cherché à combler pour à la fois percevoir des taxes et exploiter l’or, ce qui explique leur présence dans la zone minière située au Nord de Bunia en territoire de Djugu.


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Descente turbulente de Congo Airways : quelles leçons apprendre ?15 Sep 202300:03:32

Depuis le 11 septembre, le dernier avion opérationnel de Congo Airways est cloué au sol. Désormais, pour relier Kinshasa aux autres provinces du pays, les voyageurs se voient souvent contraints d’emprunter des itinéraires passant par d’autres villes internationales. Pour reprendre ses activités, la seule compagnie aérienne nationale aurait besoin de plus de 30 millions de dollars. L’effondrement de Congo Airways, en à peine huit ans d’existence, reflète les dysfonctionnements de la gouvernance en République démocratique du Congo (RDC): gestion défaillante, absence de vision et de priorités claires, et corruption omniprésente.

Bonjour ! Je m’appelle Jacques Mukena. Je suis chercheur principal en gouvernance à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 36e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New-York.

Nous sommes le vendredi 15 septembre 2023

Il y a tout juste un an, Chérubin Okende, ancien ministre des Transports de la RDC, aujourd’hui décédé, décrivait la situation de Congo Airways comme « une faillite qui ne dit pas son nom ». Ses paroles, loin d’être exagérées, évoquaient les multiples défis auxquels la compagnie était confrontée, que ce soit financièrement, techniquement ou en termes de ressources humaines. À titre d’exemple, en 2017, deux ans seulement après sa création, Congo Airways employait près de 400 personnes - un nombre d’employés disproportionné par rapport à sa flotte de trois avions. En 2021, une enquête de l’Inspection générale des finances (IGF) avait également révélé des irrégularités marquantes : paiements injustifiés s’élevant à des millions de dollars en faveur de fournisseurs et d’autres entités publiques, détournements de fonds publics, mauvaise allocation des ressources, et une série d’autres problèmes financiers et de gestion.

Les multiples tentatives pour corriger le cap de Congo Airways, et plus largement du secteur aérien congolais, ont échoué. Il y a d’abord celle de créer une nouvelle compagnie, Air Congo, qui a finalement été mise de côté car ne faisant pas l’unanimité au sein du gouvernement.

D’autres efforts, tels que des partenariats envisagés avec Kenya Airways puis la société américaine A&M Development, n’ont pas abouti. L’un des motifs principaux de ces échecs est le lourd passif financier de Congo Airways. À cela s’ajoute une décision gouvernementale de plafonnement des tarifs aériens. Bien que louable en théorie, cette mesure a davantage entravé la rentabilité de Congo Airways, surtout après la suspension des vols réguliers pendant trois mois à cause du Covid-19.

Mais, au-delà de ces défis managériaux et opérationnels se cachait un problème plus profond et plus corrosif, qui caractérise la grande majorité des entreprises publiques congolaises : la corruption. Les révélations de malversations reconnues par Pascale Mwema, ancien directeur général de Congo Airways, concernant des détournements massifs, ont illustré  la dégradation interne. Il ne s’agissait pas simplement d’une entreprise confrontée à des défis opérationnels et financiers conjoncturels ; c’était surtout une entité où la corruption s’était inscrite comme mode de gestion.

Lorsque les annulations de vols par Congo Airways devenaient répétitifs, il était évident que la compagnie était à bout de souffle. Le reste de sa flotte, déjà clouée au sol pour des raisons techniques, était un signe palpable de la paralysie dans laquelle se trouvait la compagnie aérienne.
 

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Goma : un massacre et des questions brûlantes08 Sep 202300:04:39

Sur les vidéos, des soldats de la garde républicaine, surarmés, déplacent plus d’une dizaine de corps ensanglantés de civils. Ce sont eux-mêmes qui viennent de les tuer, avec leurs armes de guerre. Les scènes qui se sont produites à Goma, le mercredi 30 août, dépassent l’entendement. Elles illustrent les profondes défaillances de l’armée congolaise, et de son leadership politique, qui devraient amener à un sursaut.


Bonjour et bienvenue dans le 35e  épisode de la saison 3 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence à l’Institut Ebuteli, et cette semaine, nous nous intéressons au massacre de civils par des membres de l’armée congolaise à Goma.


Au centre de cette tragédie, il y a un mouvement politico-religieux présent depuis quelques mois dans la capitale du Nord-Kivu, la Foi naturelle judaïque et messianique vers les nations. Son message, teinté de mysticisme, est ultra-nationaliste. Il appelle notamment au départ de la Monusco, ainsi qu’à celui de tous les étrangers, y compris la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est et des ONGs internationales. 


Cette secte avait déjà organisé des manifestations à Goma, comme le 30 juin dernier. Des chèvres y avaient été sacrifiées. Certains de ses membres portaient des bâtons et autres armes contondantes. Néanmoins, aucun incident violent n’avait été rapporté.


Son leader, Ephraim Bisimwa, avait appelé à une nouvelle manifestation, le 30 août, visant notamment les emprises de la Monusco et qui avait été interdite par le maire de la ville. La veille du jour J, il avait réitéré son appel au rassemblement. Le message était à nouveau étrange. Il y évoque le sacrifice de ses adeptes. Mais il ne contenait pas d’appel direct à la violence.

Pourtant, selon la chronologie que nous avons pu établir, la tuerie de ses partisans a débuté dès 4 heures du matin environ, lorsque la garde républicaine est intervenue à la radio de la secte, pour procéder à des arrestations. Dès cet instant, la répression paraît disproportionnée : au moins six fidèles sont tués.


Après ce premier incident, un policier, qui ne participait apparemment pas à l’opération, est appréhendé par des fidèles, qui le lynchent. L’essentiel du massacre a eu lieu plus tard, à l’église de la secte, lorsque les soldats de la garde républicaine ouvrent le feu sur les fidèles, incendient l’église, et déplacent les corps des victimes dans ce qui ressemble à une tentative de dissimuler leur forfait.


Au total, 56 personnes ont été tuées et 75 blessées selon le bilan communiqué par l’auditeur supérieur du Nord-Kivu le 5 septembre. Ce bilan diverge toutefois encore de celui du ministre de l’Intérieur, Peter Kazadi, qui a avancé le nombre de  51 personnes tuées en conférence de presse le lendemain. 


C’est, quoi qu’il en soit, le massacre de civils le plus important perpétré par les services de sécurité dans l’Est de la RDC sous Félix Tshisekedi.

Cette ampleur a pourtant tardé à être reconnue par les autorités, ainsi que par la Monusco. Leurs communications ont dans un premier temps minimisé, justifié, voir attribué la responsabilité du massacre à la secte, ou à sa supposée manipulation par le Rwanda. Pourtant, aucune arme de guerre n’a été retrouvée parmi les fidèles. Cela souligne que l’exécutif et la mission de l’ONU se sont laissés, à minima, manipuler par les informations fournies par les FARDC.


Il a fallu attendre que des vidéos de l’incident soient diffusées sur les réseaux sociaux, remettant radicalement en cause la crédibilité de cette version, pour que le président Tshisekedi décide, à partir du 1er septembre, de l’envoi d’une délégation ministérielle à Goma pour éclaircir l’affaire, et que des militaires soient jugés.


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Nouvelles mises en place de Tshisekedi dans la magistrature : purge ou calcul électoraliste ?01 Sep 202300:05:14

Six magistrats révoqués, plus de 40 autres démis d’office de leurs fonctions, sans compter les deux cas de démission volontaire et plusieurs mises à la retraite. La série des ordonnances présidentielles lues à la Radiotélévision nationale congolaise, le lundi 28 août, ressemble à un véritable coup de balai dans la magistrature. Est-ce une manifestation de la volonté du président Félix Tshisekedi d’extirper de la justice ses brebis galeuses ? Ou s’agit-il d’une manœuvre politicienne à quatre mois des élections générales ?

Bonjour,

Je m’appelle Trésor Kibangula. Je suis analyste et directeur du pilier politique à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 34e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche indépendant basé à l’Université de New-York, et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Chaque semaine, ce podcast donne notre point de vue sur une question d’actualité en RDC.

Nous sommes le vendredi 1er septembre 2023.

La révocation récente de six magistrats et la démission d’office de plus de 40 autres de leurs fonctions par Félix Tshisekedi peuvent interroger quant à leurs motivations profondes. Cette série de mesures apparaît comme une réponse à l'urgence de lutter contre la corruption et de rétablir la confiance dans un système judiciaire, très souvent décrié. D'ailleurs, dans ces différentes allocutions, Tshisekedi n’a cessé de clamer son insatisfaction à l’égard du travail de la justice. Dans son discours sur l'état de la nation de 2021 par exemple, le chef de l’État s'est même indigné du fait que la justice n’a pas été à mesure de poursuivre efficacement le travail de l’Inspection générale des finances. Il a même soutenu que la justice « détruit notre nation » dans un entretien avec sa porte-parole.

Il est cependant difficile d'ignorer le contexte politique dans lequel ces ordonnances présidentielles interviennent. À quatre mois des élections générales, la nomination de nouveaux magistrats dans les cours et tribunaux pourrait avoir des implications majeures sur les contentieux électoraux à venir. Cette dualité soulève la question complexe de savoir si ces décisions sont guidées par une volonté sincère de purification du système judiciaire ou si elles servent d'outil politique pour consolider le pouvoir du président Tshisekedi et influencer les décisions judiciaires à des fins politiques.

D'un côté, la lutte contre la corruption au sein de la magistrature est une démarche nécessaire pour rétablir l'intégrité et l'efficacité de la justice congolaise. Les efforts pour éradiquer les pratiques illicites et restaurer la confiance du public sont essentiels pour renforcer l'état de droit et promouvoir une société équitable. La révocation des magistrats impliqués dans des affaires de corruption - à l’instar du cas d’un conseiller à la cour d’appel condamné définitivement pour faux en écriture -, ou dans les affaires de viol - cas d’un juge de tribunal de paix - pourrait ainsi être considérée comme un signal fort en faveur d'une justice indépendante et éthique.

D'un autre côté, la question de savoir si certaines de ces mesures sont également motivées par des considérations politiques doit être prise en compte. Le renforcement de l'appareil judiciaire à l'approche des élections peut être perçu comme une tentative d'influencer le processus électoral en contrôlant les organes chargés de trancher les contestations électorales aux niveaux national, provincial et local. Déjà la composition de la Cour constitutionnelle - juridiction chargée de trancher les contentieux de la présidentielle et des législatives - est contestée par l'opposition politique qui réclame, depuis 2020, sa restructuration. 


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Avons-nous besoin d’une nouvelle Constitution en RDC ?25 Aug 202300:04:38

Samedi dernier, le professeur Isidore Ndaywel a présenté le projet d’une nouvelle Constitution de la République démocratique du Congo. Cet historien, aussi connu pour son rôle à la tête du comité laïc de coordination dans les mobilisations pour le respect de la Constitution, justifie sa proposition par le constat de la crise démocratique persistante, « le pillage sauvage des ressources » et la menace à l'intégrité du pays. Pour Ndaywel, cette nouvelle Constitution répond au besoin « d’assurer la sauvegarde de la Nation et marquer un tournant décisif dans le cheminement [des Congolais]». Mais est-ce opportun aujourd’hui de faire cette proposition ?

Bonjour! Je m’appelle Fred Bauma. Je suis analyste et directeur exécutif d'Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 33e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New-York.

Ce n’est pas la première fois que le professeur Ndaywel se livre à cet exercice. En février 2020, il avait déjà avancé l’idée d’une révision constitutionnelle sans pour autant mettre l’accent sur le mandat du président de la République qui suscite beaucoup d’attention en RDC, comme dans d’autres pays africains.

En fait, cette nouvelle proposition de Ndaywel a deux mérites : elle ramène l’intellectuel congolais au centre de l’animation du débat politique, dans un pays où le débat public est dominé par des querelles politiciennes. Ndaywel propose aussi des solutions claires, quoique discutables. En effet, dans l’introduction qui accompagne la proposition et qui est publiée dans la revue Congo-Afrique, Isidore Ndaywel revient sur les défis politiques, économiques et sécuritaires auxquels fait face la RDC depuis plusieurs années. En proposant une nouvelle constitution, il offre une opportunité de débattre sur la structure de l'État congolais et son objet ultime. Ndaywel s'inscrit ainsi dans la même ligne que Delly Sesanga, qui, au lendemain des élections contestées de 2018, introduisit une pétition de révision constitutionnelle. « Il y a des faiblesses, nous souhaitons les corriger, pas détricoter les textes », déclarait Sesanga en 2019.

Cependant, la question de la révision constitutionnelle et a fortiori celle d’une nouvelle constitution est un tabou au sein de l’opinion congolaise et de la classe politique. Pas par désaccord sur la réalité des dysfonctionnements de l'État et nécessité de grandes réformes des institutions, mais par crainte que le débat constitutionnel ne soit instrumentalisé au bénéfice d’un camp politique et contre l’intérêt général. Cette crainte est d'autant plus grande lorsque le débat constitutionnel survient en période électorale. Comme le reconnaissent les éditeurs de la revue Congo-Afrique, la proposition Ndaywel « coïncide hélas avec une certaine rumeur au sujet d’une éventuelle Constitution en cours d’élaboration par le parti au pouvoir ». Plutôt que de renforcer la cohésion nationale et de conduire à un débat republicain sur l’avenir de notre commune patrie, la proposition Ndaywel risque donc d’être perçue, à tort ou à raison, comme une proposition partisane, dont le but est de servir les intérêts d’un camp politique. La proposition d’instaurer un double et unique mandat présidentiel de neuf ans risque de renforcer cette perception et cristallise toute l'attention. Ceci pourrait être vu comme une manière d’offrir au président actuel un troisième ou même un quatrième mandat.

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RDC : controverses autour de l’appréciation du franc congolais10 Oct 202500:05:01

Depuis septembre, le franc congolais s’est fortement apprécié face au dollar américain, passant d’un taux de 2 800 FC pour 1 USD à 2 400, voire 2 350 FC. Cependant, cette appréciation ne se traduit pas, ou très peu, par un réajustement des prix sur le marché, ce qui soulève de nombreuses controverses. En même temps, le Comité de politique monétaire invite et encourage les opérateurs économiques à réaliser leurs transactions en franc congolais. Dans l’opinion, une question fondamentale se pose : pourquoi cette appréciation n’a-t-elle pas un impact significatif  sur les prix des biens ?


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RDC : le début de la fin de l'état de siège ?18 Aug 202300:03:57

Ce mercredi, une table ronde réunissant des représentants de l'Ituri et du Nord-Kivu a annoncé une proposition unanime : la levée de l'état de siège. Ils ont transmis ce message au président Félix Tshisekedi, qui décidera alors de la voie à suivre. Que faut-il penser de cette réunion et de son résultat ?

Bonjour et bienvenue dans ce 32e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) et d'Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente chaque semaine d'éclairer un sujet d'actualité en RDC. Je suis Jason Stearns, directeur du GEC. Nous sommes le vendredi 18 août 2023.

La table-ronde sur l'évaluation de l'état de siège, qui était attendu depuis longtemps, a été convoquée par le président Tshisekedi et animée par son premier ministre Sama Lukonde. L'état de siège est impopulaire, en particulier dans ces deux provinces - dans un sondage GEC/Ebuteli/BERCI de janvier de cette année, 86 % des répondants de l'Ituri et 74 % de ceux du Nord-Kivu ont déclaré que la situation n'avait pas changé ou s'était aggravée depuis la proclamation de l'état de siège en mai 2021. Face à ce mécontentement, il est clair que le gouvernement a pris l’initiative de cette table ronde parce qu'il est prêt à envisager l'abandon de l'une de ses initiatives phares. Il avait initialement justifié cette situation exceptionnelle  en disant qu'il ne faisait que répondre aux demandes des élus  de ces provinces.  Il est probable que ces assises serviront également de couverture au changement de cette mesure.

Est-ce que l'état de siège a donc été un échec ?

Selon le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), un projet du GEC et d’Ebuteli, les niveaux de violence dans ces deux provinces sont aussi élevés qu'ils l'ont été depuis le début du projet en 2017. Au Nord-Kivu, en grande partie à cause de l'émergence du M23, le nombre d'assassinats de civils a été 46 % plus élevé au dernier trimestre 2022 que la moyenne de 2020, qui était déjà une année violente. En Ituri, où le Baromètre a commencé son travail juste avant l’instauration de l'état de siège, la violence a connu une escalade spectaculaire au cours de la première année du régime militaire, suivie d'un déclin puis d'une recrudescence au début de l'année 2023. Quelles que soient les causes complexes et multiples de ces tendances, il est clair que l'état de siège n'a pas pu arrêter cette spirale. Au vu des rapports faisant état de détournements massifs de fonds et du soutien apporté par les FARDC aux groupes armés, il semble que le gouvernement ait même aggravé le problème.

L'état de siège était une réponse inadaptée au problème de la violence dans l’est. Il a consisté principalement à restreindre les libertés civiles et à remplacer les administrateurs par des militaires. Mais la violence à l'Est n'a jamais été causée par un excès de libertés, ni par des autorités civiles nuisibles. L'un des principaux moteurs de la violence – la corruption rampante et les rackets au sein des forces armées - n'a été qu'exacerbé par le manque de redevabilité et de transparence qui a accompagné le régime militaire dans les deux provinces.

Au contraire, il est probable que Tshisekedi ait pris ces mesures spectaculaires en partie comme un geste symbolique, pour signaler qu'il est prêt à prendre des mesures radicales pour faire face au conflit. C'était également un moyen de s'attirer les faveurs des hauts gradés de l'armée, un groupe qui devait ses positions et ses rangs en grande partie à son prédécesseur et rival, Joseph Kabila.

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RDC : la guerre du M23 se poursuit entre groupes armés11 Aug 202300:04:20

Depuis le déploiement des contingents de la force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est  (EAC) dans le petit-nord de la province du Nord-Kivu au mois de février 2023, il y a eu très peu d’affrontements directs entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et le Mouvement du 23 mars (M23).
Mais cela ne veut pas dire que le conflit est à l’arrêt. Désormais, l’essentiel des combats a lieu entre les rebelles du M23 et d’autres groupes armés.

Pourquoi ce choix tactique ?

Bonjour et bienvenue dans ce 31e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ébuli institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente chaque semaine d’éclairer un sujet d’actualité en RDC. Je suis Henry-Pacifique Mayala, coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Nous sommes le vendredi 11 août 2023.

Depuis le mois d’avril, le M23 concentre la majorité de ses troupes dans les chefferies de Bwito et Bashali à plus de 70 kilomètres au nord-ouest de la ville de Goma, près des territoires de Walikale et Lubero. Cette zone apparaît comme un nouvel épicentre de violences alimentées par le M23. Sa principale position est établie à Kibarizo, dans le territoire de Masisi. A 4 heures de marche de là, à Miyanja, les FDLR ont récemment établi un de leurs nouveaux bastions.

Le plus récent incident est survenu le matin du dimanche 6 août lorsque les combattants M23 ont attaqué le village de Katsuba en encerclant les sous villages de Marangara et Runzenze dans la chefferie de Bwito où ils ont tué onze personnes dont neuf civils et deux combattants FDLR.

Cette nouvelle dynamique semble démontrer que la principale cible du M23 est désormais les FDLR,  et les groupes armés alliés issus de la communauté hutu. Depuis le déploiement des forces de l’EAC en février, le KST a documenté au moins 42 attaques lancées par le M23  contre des Nyatura CMC  tandis que les groupes armés hostiles au M23 l’ont attaqué à 23 reprises. Au total, au moins 111 civils ont été tués dans la zone.

Pourquoi ce revirement dans les dynamiques de conflit à l'est de la RDC ?

Alors que les confrontations directes entre les FARDC et le M23 sont très peu envisageables, au moins pour l’instant, du fait de l’interposition de la force régionale de l’EAC, le conflit semble se poursuivre entre groupes armés.

Ceci interpelle sur la  pertinence du mandat et l'efficacité des forces de l’EAC dans la résolution de ce conflit.

Il est possible que le M23 mène cette campagne contre les FDLR et ses alliés à la demande de son parrain rwandais.

On peut aussi se demander si, en l’absence de perspective de règlement politique du conflit, le M23 n’a pas pris le parti de défendre directement ses intérêts.

À l’instar de Miyanja, plusieurs autres villages proches des zones de déploiement du M23 revêtent une importance historique pour la communauté tutsie qui y a vécu. Certains des réfugiés tutsis congolais actuellement au Rwanda affirment être originaire de cette zone. Si leur retour était envisagé, ils pourraient vouloir y revenir, dans le cas où les FDLR en seraient chassés.

La réponse exacte à ces questions demeure dans la tête de Sultani Makenga, le chef militaire de cette rébellion.

En attendant la suite, vous pouvez recevoir Po Na GEC sur votre téléphone, chaque vendredi, en envoyant « GEC » ou « Ebuteli » au +243 894 110 542.  À la semaine prochaine.


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Commémoration officielle du « Genocost » : est-ce le début d’une construction de la mémoire collective en RDC ?04 Aug 202300:04:05

Cette année, le président de la République, Félix Tshisekedi a présidé, pour la première fois, à la cité de l’Union africaine, la cérémonie de commémoration officielle du « Genocost », le génocide pour des gains économiques, organisée par le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes de crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, un organisme étatique. Est-ce le début d’une construction de la mémoire collective autour des crimes graves commis en RDC ?


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Persistance de la suppléance familiale à l’Assemblée nationale en RDC - népotisme ou stratégie politique ?28 Jul 202300:04:19

Chaque député est élu avec deux suppléants. Comme pour les cycles électoraux précédents, certains candidats désignent leurs membres de famille comme suppléants. Comment comprendre la portée d’une telle pratique de « suppléance familiale » en RDC ? 


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Pourquoi la RDC hésite à revendiquer les blocs pétroliers exploités par l'Angola21 Jul 202300:03:56

Le 13 juillet, Didier Budimbu, ministre des Hydrocarbures de la République démocratique du Congo (RDC), a signé un protocole d'accord avec son homologue angolais pour mettre en œuvre la Zone maritime d'intérêt commun (Zic). Créée il y a plus de 15 ans, la Zic vise à permettre une exploitation commune du pétrole entre les deux pays. À termes, les deux pays partageront environ 115 000 barils de pétrole par jour. Cependant, la RDC pourrait prétendre à en produire davantage, car d'énormes réserves de pétrole actuellement exploitées par l'Angola se trouvent à l’intérieur des frontières maritimes du pays. Alors, pourquoi la RDC n’a-t-elle pas accès à ces blocs malgré ses revendications ?


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Assassinat de Chérubin Okende : quel impact sur les élections de décembre en RDC ?14 Jul 202300:04:10

Dans la matinée du jeudi 13 juillet, le corps du député national Chérubin Okende est retrouvé sans vie à bord de son véhicule sur la route des Poids-Lourds, dans le nord-est de Kinshasa. Ce meurtre survient au lendemain de son enlèvement signalé par son entourage. Quelle sera l’incidence de cette mort tragique sur le processus électoral en cours en République démocratique du Congo ?

Bonjour et bienvenue dans ce 27e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et de Ebuteli,  institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente chaque semaine d’éclairer un sujet d’actualité en RDC. Je suis Gregoire Kilosho, fellow au pilier politique d'Ebuteli. Nous sommes le vendredi 14 juillet 2023.

La mort de Chérubin Okende suscite une vague d’émotion, d’indignation et de condamnation au sein de l’opinion publique et de la classe politique. C’est un « assassinat politique », dénonce par exemple l’opposant Moïse Katumbi qui a perdu le porte-parole de son parti Ensemble pour la République. Un « crime odieux » pour le prix Nobel de la paix Denis Mukwege. Dans un message de condoléance sur Twitter, le chef de l’État Félix Tshisekedi « enjoint la justice à faire toute la lumière sur ce dossier afin de sanctionner les coupables de cet acte ignoble ». La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) dit, elle, craindre que ce « crime inadmissible » ne puisse 

« exaspérer le climat politique à la veille des élections ».

Cette mort tragique d’une personnalité politique survient en effet dans un contexte politique très agité : arrestations des acteurs politiques de l’opposition, restrictions de liberté publique, discours d’intimidation.

Elle soulève la question de la sécurisation des acteurs politiques au cours du processus électoral déjà enclenché. Et risque de renforcer la méfiance entre parties prenantes envers le processus électoral en cours. Hier après l’annonce de l’assassinat de l’honorable Chérubin Okende, le député national Claudel Lubaya, par exemple, a écrit sur son compte Twitter qu’en « pleine période pré-électorale, marquée par de vives tensions sur fond d’intolérance politique, ce meurtre qui sème la panique est un mauvais signal pour le processus électoral ». Plusieurs leaders de l’opposition voient en fait en ce meurtre un acte de muselement de l’opposition à cinq mois seulement des élections. Cela aura forcément une incidence sur le caractère apaisé des scrutins à venir.

Ce crime interroge aussi sur la sécurité collective de la population kinoise et, en particulier, celle des acteurs sociopolitiques en cette période pré-électorale. Depuis plusieurs mois, la ville de Kinshasa connaît une montée de la criminalité urbaine. En plus du phénomène « Kuluna », la capitale congolaise est secouée par des kidnappings qui créent la psychose. Récemment, les auteurs présumés de ces enlèvements ont été arrêtés, jugés en procédure de flagrance et même condamnés à de lourdes peines allant jusqu’à la peine de mort.

En fait, cette montée de la criminalité urbaine à Kinshasa vient s’ajouter à la situation sécuritaire déjà préoccupante dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Kwango ou du Maï-Ndombe. Elle pose une sérieuse question de la capacité des gouvernants à sécuriser le processus électoral en cours en vue des élections crédibles et apaisées. D’ailleurs, Denis Kadima, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), ne cesse de pointer les contraintes sécuritaires  qui pèsent sur ce processus électoral. La campagne électorale ne saurait nullement se dérouler sereinement dans un tel climat.

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Angola : nouveau lieu d’exportation des minerais congolais ?07 Jul 202300:04:19

Le 4 juillet, le président Félix Tshisekedi a participé à la cérémonie de signature d’un accord, avec ses homologues angolais et zambien, pour un nouveau corridor ferroviaire entre Kolwezi et le port de Lobito, en Angola. Celui-ci permettrait d’évacuer les minerais du Lualaba et de la Copperbelt zambienne par train, au lieu de passer par la route vers les ports de Dar-es-Salaam ou Durban comme cela se fait actuellement. Quelles pourraient être les conséquences économiques et politiques de ce projet ?

 

Bonjour et bienvenue dans ce 26e épisode de la saison 3 de Po Na GEC. Je m’appelle Joshua Walker. Je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basé à l’Université de New-York et partenaire d’Ebuteli, institut de recherche en RDC. Nous sommes le vendredi 7 juillet.

 

Le chemin de fer qui va de Kolwezi vers le poste frontalier de Dilolo et ensuite en Angola jusqu'à l'Atlantique n’est pas nouveau–il date de l'époque coloniale. Mais, depuis des décennies, il ne fonctionne plus. Résultat : le cuivre et le cobalt congolais sont évacués par route vers l’Afrique australe, et toute une économie de transport routier s’est développée autour. Cependant, l’axe ferroviaire vers Lobito serait, en principe, plus court, moins coûteux, et moins pollueur en termes d’émissions de carbone.

 

C’est sur ces points que misent la RDC, la Zambie et l’Angola, en partenariat avec un consortium de trois sociétés européennes. Dirigé par le géant suisse Trafigura, ce consortium, appelé « Lobito Atlantic Railway », comprend également une société portugaise et une autre, belge. Il compte investir environ 455 millions de dollars sur le corridor Lobito en Angola, long de plus de 1 300 km, et jusqu’à 100 millions de dollars sur le tronçon d'environ 400 km entre Dilolo et Kolwezi en RDC. Cependant, très peu de détails concrets sont sortis de cet accord.

 

Pourquoi ce projet se dessine-t-il maintenant ? Premièrement, les relations entre les trois pays partenaires ont changé avec les changements de leurs chefs d’État. Félix Tshisekedi, João Lourenço et Hakainde Hichilema entretiennent de meilleures relations entre eux que leurs prédécesseurs. Deuxièmement, la donne politique en RDC a changé. Sous le régime Kabila, par exemple, les taxes de péage sur la route Lubumbashi-Kasumbalesa revenaient à des sociétés liées à l’ancien président.

 

Au-delà de l’intérêt environnemental et en termes de coût, ce projet pourrait, s'il se réalisait, permettre aux sociétés minières en RDC de diversifier les voies de sortie des minerais congolais, pour éviter à la fois le congestionnement des voies routières vers l’Afrique australe et leurs risques. En 2022, par exemple, le port de Durban a connu une grève qui avait ralenti les exportations.

 

À première vue, ce projet a l’air d’être gagnant-gagnant. Mais rien n’est moins sûr. Les ports de Dar-es-Salaam et Durban pourraient connaître une baisse importante du trafic en provenance de la RDC–chose qui ne plairait certainement pas aux gouvernements tanzanien et sud-africain. De surcroît, il pourrait bousculer le commerce des minerais et équipements connexes à leur exploitation, bien établi, entre la RDC, l'Afrique du Sud et la Tanzanie. Sur le plan domestique, l’exportation des minerais par Dilolo plutôt  que par le poste frontalier de Kasumbalesa, dans le Haut-Katanga, augmenterait sensiblement les recettes douanières dans la province de Lualaba et les emplois qui y sont liés.


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RDC : 63 ans après l'indépendance, la dépendance ?30 Jun 202300:03:43

« Maintenant que se confirme la montée en puissance de nos forces de défense et de sécurité, j’encourage une fois de plus le gouvernement de la République de continuer à maintenir cet effort pour que toute aventure belliqueuse sur la terre de nos ancêtres, soit suicidaire pour quiconque la tenterait ». C’est par ces mots forts que le président Félix Tshisekedi a marqué le chapitre sécuritaire de son discours anniversaire de l'Indépendance de la RDC. 


Mais cette évaluation optimiste du président reflète-elle la réalité sur terrain ? Comment expliquer, par exemple, que le gouvernement congolais souhaite le déploiement rapide de troupes de  la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), en plus de celles de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et de la Monusco ?


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Le boycott des élections en RDC peut-il être une stratégie efficace ?23 Jun 202300:03:55

« Nous avons décidé de ne pas déposer les candidatures de nos membres à tous les niveaux des élections, tant que le fichier électoral, c’est-à-dire, la liste des électeurs ne sera pas refaite dans la transparence et auditée par un cabinet extérieur compétent en la manière», a menacé, le lundi 19 juin, Martin Fayulu, président de l’Écidé et candidat déclaré à la présidentielle du 20 décembre prochain en RDC. La politique de la chaise vide est-elle vraiment le meilleur moyen de protester ?

Bonjour et bienvenue dans ce 24e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente d’éclairer l’actualité congolaise. Je suis Queen Bugandwa, Fellow au pilier politique d'Ebuteli. Nous sommes le vendredi 23 juin 2023.

Martin Fayulu menace de se retirer du processus électoral. Cette décision intervient six jours seulement avant le début, ce 26 juin, de la réception des candidatures pour la députation nationale. Après avoir dénoncé depuis plusieurs mois, sans être entendu, avec l’opposition et une partie de la société civile, les différents problèmes de transparence dans le processus électoral en cours, le président de l’Écidé tente ici un dernier coup de pression pour obliger la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) à rectifier le tir.

Si la Ceni ne recule pas, Fayulu peut-il mettre sa menace en exécution ? Rappelons que la stratégie de boycott a déjà été utilisée par Étienne Tshisekedi en 2006, quand il avait demandé à ses partisans, d’abord, de ne pas se faire inscrire sur les listes électorales, ensuite, de ne pas aller voter au référendum constitutionnel et, enfin, de ne pas se présenter dans les bureaux de vote le jour des scrutins.

À l’époque, d’autres leaders de l’opposition, à l’instar de Jean-Pierre Bemba, n’avaient pas suivi Tshisekedi père dans cette démarche. Le boycott du processus électoral n’avait alors pas permis à l’opposition de se regrouper pour mieux peser et revendiquer ensemble. L’Histoire risque de se répéter aujourd’hui. D’autant que la démarche qu’entreprend Martin Fayulu crée déjà une première scission avec les trois autres leaders de l’opposition : Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Delly Sesanga. Même si elle se rapproche de celle de l’ancien président Joseph Kabila dont la formation politique se dit « pas concernée » par le processus électoral en cours.

En fait, si la menace de boycott n’atteint pas le pari de renforcer la mobilisation politique, elle risque d’accroître les chances du président sortant, Félix Tshisekedi, de décrocher un second mandat. D’ailleurs, le sondage réalisé mi-janvier par le Bureau d’études, de recherche et de consulting international (Berci), avec Ebuteli et le GEC faisait état du risque d’une forte abstention à la prochaine présidentielle qui pourrait profiter à Tshisekedi.

Comme on le voit, le boycott est certes une stratégie politique légitime pour protester contre un processus électoral jugé « mal engagé », il n’en demeure pas moins un pari risqué. Il exposerait ses défenseurs à une perte d’influence politique. Au sein du camp de Fayulu par exemple, certains députés et cadres demandent déjà à leur champion de « revenir sur [sa] décision », craignant de ne pas conserver leur siège au Parlement ou de ne pas pouvoir en gagner d’autres. Autre conséquence : s’il se retire du processus électoral, Martin Fayulu perdra toute légitimité et toute légalité pour contester plus tard les résultats.

Enfin, à six mois des élections, la menace de boycott ne laisse-t-elle pas transparaître une autre question importante ? Celle de la préparation des formations politiques aux élections. Des partis de tous bords politiques sont-ils aujourd’hui prêts, techniquement et financièrement, pour les scrutins à venir ? Combien ont déjà formalisé leur regroupement politique pour anticiper le double seuil de recevabilité et de représentativité ?

RDC : pourquoi il faut auditer à nouveau le fichier électoral16 Jun 202300:03:47

« C’est la dernière ligne droite, parce qu’avec cela, nous concluons tout ce qui est enrôlement des électeurs, tout ce qui est fichier électoral. Et là, nous sommes complètement prêts à commencer à recevoir les candidatures »,   a affirmé Denis Kadima, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) sur RFI, le 14 juin, au sujet de l’adoption du projet de loi sur la répartition des sièges. Pourtant, il nous semble encore indispensable d'auditer une nouvelle fois le fichier électoral.

Bonjour et bienvenue dans ce 23e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente d’éclairer l’actualité congolaise. Je suis Ithiel Batumike, chercheur et analyste des questions politiques et électorales à Ebuteli. Nous sommes le vendredi 16 juin 2023.

Après l’adoption du projet de loi portant répartition des sièges par circonscription électorale pour les élections législatives, provinciales, municipales, urbaines et locales par l’Assemblée nationale le 5 juin, le Sénat a, sans surprise, également adopté ce texte le 14 juin.

L’examen et l’adoption de ce texte par le Parlement ont été boycottés par l’opposition politique qui conteste l’audit externe réalisé par l’équipe des experts choisis par la Ceni après le retrait de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les quatre leaders de l’opposition, Martin Fayulu, Moise Katumbi, Matata Ponyo et Delly Sesanga, réclament un audit par un « cabinet international dont l’expertise en la matière et l’indépendance sont avérées ». Certains élus membres de l’Union sacrée de la nation (USN), eux, n’ont pas manqué de soulever de nombreuses questions concernant le mode d’attribution des sièges aux circonscriptions par la Ceni :  le quotient électoral, la décimale la plus élevée, le sort des élus actuels des territoires où l'enrôlement des électeurs n’a pas eu lieu ou encore l’exclusion de certaines entités territoriales comme circonscriptions électorales.

Pour ce dernier cas, Papy Kalend, élu du territoire de Musthastha, dans la province de Lualaba, observe par exemple que « Kasanji, deuxième ville de [sa] province n’a pas été retenue comme circonscription électorale pour les législatives et les provinciales mais bien uniquement pour les élections communales ». De nombreuses entités comme Uvira, Kamituga ou Lumumba ville, qui ont pourtant le statut de ville selon les décrets pris par le Premier ministre entre 2013 et 2015, n’ont pas obtenu de sièges de députés.

Les Congolais de l’étranger sont également exclus de cette répartition de sièges en dépit de leur enrôlement pour la première fois depuis 2006 et l’engagement du président Félix Tshisekedi de créer pour eux des sièges à l’Assemblée nationale. Pour cause, la loi électorale en vigueur ne prévoit leur participation qu’à l’élection présidentielle.  

Malgré ces critiques, la Ceni semble s’engager dans un sprint électoral. Elle a déjà annoncé la convocation de l’électorat dès ce 25 juin pour les élections des députés nationaux, avec la réception des candidatures qui débutera le lendemain. La Ceni a également annoncé l’ouverture pour le 26 juin des centres d’inscriptions des électeurs dans le territoire de Kwamouth après le retour de l’accalmie. Il devient alors possible d’envisager un audit externe du fichier électoral en vue de rassurer toutes les parties prenantes sur la crédibilité et la fiabilité du fichier électoral et de gagner au minimum la confiance du public dans le processus électoral en cours. 



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Le procès Kabila, entre justice et instrumentalisation politique03 Oct 202500:05:13

Le « procès Kabila » a eu lieu. L’ancien président de la République a été reconnu coupable de toutes les charges retenues contre lui, notamment trahison, viol, crime de guerre.  Il risquait la peine capitale ; il a été condamné à mort. « Procès historique », selon le pouvoir de Kinshasa.  Événement nauséabond , « dernier acte de la tragi-comédie qui se jouait depuis quelques mois à la Haute cour militaire », selon les soutiens de Joseph Kabila. Et la justice dans tout ça ?



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Crise du M23 : des processus régionaux impuissants à enrayer la remontée des tensions09 Jun 202300:03:53

Le 31 mai, lors du sommet de l’EAC, la communauté d’Afrique de l’Est, à Bujumbura, le président kényan William Ruto a délivré un véritable satisfecit à sa force régionale. Selon lui, cette intervention a permis des progrès remarquables. Cependant, il était assez seul à se réjouir. Aucun autre chef d’État n’a fait le déplacement. Le gouvernement congolais, représenté par son ministre de l’Intégration régionale, a consenti avec réticence à une prolongation de trois mois de son mandat, mais n’a pas fait mystère de son souhait de voir cette force partir dès que possible. Sur le terrain, les signes d’une remontée des tensions se multiplient…


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Le processus du désarmement est-il mal embarqué en Ituri ?02 Jun 202300:05:20

Le 17 avril, le gouverneur militaire de l’Ituri a donné le go  au désarmement des groupes armés à Diango, un site pilote situé à 10 km de Bunia ayant une capacité d’accueil de 1 000 combattants environ. Sur plus de vingt-mille combattants attendus à ce processus,  une centaine se serait rendue avec 14 armes selon le programme de désarmement, démobilisation, réinsertion communautaire et stabilisation (P-DDRCS). Un mois plus tard, ce processus piétine car aucun des principaux groupes armés qui alimentent les violences dans cette province ne s’est rendu. Entre-temps, les violences se poursuivent sur le terrain. Qu’est-ce qui explique les faibles progrès réalisés depuis le début du  processus DDR en Ituri ?


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Élections en RDC : circulez, tout va bien26 May 202300:05:23

Publication du rapport d’audit du fichier électoral, adoption de l’avant-projet de loi de répartition des sièges, publication des statistiques générales des électeurs par province… Ce lundi 22 mai-là, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a réalisé trois activités de son chronogramme en une journée. À ceux qui lui reprochent un empressement inquiétant, la Ceni répond qu’elle ne fait que respecter la loi et le calendrier électoral. Surtout, tout va bien. « Ceux qui parlaient du glissement peuvent se rendre compte que nous avançons », soutient même son président, Dénis Kadima. Alors, pourquoi les autres parties prenantes ne sont-elles pas toujours rassurées ?


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La SADC peut-elle résoudre la crise du M23 ?19 May 202300:03:55

Le 8 mai, lors de la réunion extraordinaire de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) tenue à Windhoek en Namibie, il a été décidé du déploiement d'une force régionale pour rétablir la paix et la sécurité dans l’est de la RDC. Cette mesure résulte d'une tournée entamée par le président congolais, Félix Tshisekedi, après l'échec du sommet de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) tenu à Bujumbura le 6 février.  Déçu de la permissivité de la Force régionale de l'EAC, qu’il accuse de cohabiter avec le M23, Félix Tshisekedi voit en la SADC une alternative à l’EAC pour la résolution de la crise. Mais, mesure-t-il le risque que pourrait constituer la superposition de forces ayant des ambitions divergentes ?


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SOS Kalehe : le drame et le vide12 May 202300:03:34

C’était un jeudi, le jour de marché, un rendez-vous important pour les hommes et femmes de plusieurs villages qui s’assemblent pour le commerce. Et puis la pluie, les rivières qui débordent de leurs lits et le deuil. 438 morts, des centaines de blessés et plusieurs centaines de disparus. Un drame immense à Kalehe ! Que nous apprend-il ?


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Audit du fichier électoral en RDC : quelle alternative à l’OIF ?05 May 202300:05:30

« L’OIF ne sera malheureusement pas en mesure de répondre favorablement à votre demande visant à accompagner la Ceni dans l’audit du fichier électoral. » C’est ce qu’a signifié, le 3 mai, à travers une lettre fuitée, le directeur de cabinet de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) au président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Comment comprendre cette décision ? Quelles en sont les conséquences possibles sur la suite du processus électoral ? 


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Budget 2023, quel est l'état actuel des finances en RDC ?28 Apr 202300:03:34

Cette semaine, une histoire a commencé à être partagée sur les médias sociaux congolais, suggérant que le Fonds monétaire international (FMI) aurait demandé au gouvernement de Kinshasa de revoir son budget de 16 milliards à 3 milliards de dollars pour être réaliste. Dans le même temps, depuis trois mois, les fonctionnaires de  l'État reçoivent leurs salaires en retard. En plus, malgré l’accroissement des réserves de change à niveau exceptionnel, le gouvernement et la Banque centrale du Congo (BCC) n’arrivent pas à stabiliser le franc congolais, qui continue à se déprécier face au dollars américains.Tout cela nous amène à nous poser la question suivante : quel est l'état des finances en RDC ?


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RDC : quel scénario pour la délivrance des cartes d’identité nationale en juin 2023 ?21 Apr 202300:04:50

Le 14 avril, le Premier ministre Sama Lukonde a annoncé, lors du conseil des ministres, la délivrance des premières cartes nationales d'identité d'ici mi-2023. Comment compte-t-il s’y prendre en si peu de temps ? Le processus  de recensement ne va-t-il pas suivre l’exemple décrié de l’enrôlement ?


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Malgré l’opération ougandaise, les massacres des ADF se poursuivent14 Apr 202300:03:17

Le 7 avril, 21 civils ont été tués par les Forces démocratiques  alliés (ADF), dans le village de Musandaba en territoire de Beni. Les corps des victimes ont été retrouvés le lendemain. Depuis 16 mois, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les Forces ougandaises (UPDF) mènent des opérations contre les ADF. Mais selon le Baromètre sécuritaire du Kivu, les ADF ont tué plus de 1400 civils pendant la même période. Comment expliquer la poursuite des ces massacres malgré ces opérations ?


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Comment l’Union sacrée pour la nation compte-t-elle s’organiser avant les élections prévues à la fin de cette année ?07 Apr 202300:04:37

Le mercredi 5 avril, l’Union sacrée pour la nation (USN) a formalisé son existence : les chefs des partis et regroupements politiques ayant adhéré à cette plate-forme politique de Félix Tshisekedi ont signé une charte qui structure désormais la coalition présidentielle. Comment l’USN compte-t-elle s’organiser avant les élections prévues à la fin de cette année ?

Bonjour ! Je m’appelle Joshua Walker. Je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), centre de recherche indépendant basé à l’Université de New-York. Vous écoutez le 13e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du GEC et de son partenaire de recherche en RDC, Ebuteli, qui résume et analyse, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 7 avril.

À l’hôtel Pullman, ils ont été nombreux à venir adhérer formellement à la coalition qui soutiendra la candidature du président Félix Tshisekedi aux prochaines élections. Discours, applaudissements, et présentation du présidium de l’USN : le Premier ministre Sama Lukonde ; le vice-Premier ministre de la défense et chef du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba ; le vice-Premier ministre de l’économie nationale et chef de l’Union pour la nation congolaise (UNC), Vital Kamerhe ; le président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso ; le président du Sénat, Modeste Bahati ; et Augustin Kabuya, secrétaire-général de l’Union pour le développement et le progrès social (UDPS), parti du président.

Dans un premier temps, l’annonce des membres de ce présidium confirme une partie de la stratégie électorale de Tshisekedi : ranger des rivaux potentiels tels que Bemba ou Kamerhe derrière lui en les intégrant non seulement au gouvernement, mais également à la direction de la plate-forme présidentielle.

Mais la charte de l’USN, tout comme la charte constitutive du Front commun pour le Congo (FCC) de 2018, reflète également une double tendance dans la politique congolaise : d’un côté, une fixation sur des individus comme facteurs rassembleurs plutôt que des projets de société ou idéologies et de l’autre, une masse énorme de partis et de regroupements politiques hétéroclites qui, collectivement, engendrent l’instabilité au sein du parlement et du gouvernement. Car l’USN a vu le jour grâce, en partie, à des grandes défections du FCC : pourquoi ce même risque ne serait-il pas encore présent ?

Si Joseph Kabila était l’autorité morale du FCC, Félix Tshisekedi, lui, devient la « haute autorité politique » de l’USN. S’en suit pour tout membre de l’USN une série d’obligations et d’interdits autour de cette haute autorité : « Soutenir et défendre son leadership » et « s’abstenir de toute initiative susceptible de compromettre la réalisation » de sa vision (article 7). Parmi les fautes disciplinaires, on compte « tout comportement ou acte de nature à nuire à l’USN ou à sa haute autorité politique » (article 62). Le fait que cette haute autorité politique soit omniprésente dans la hiérarchie de l’USN remet en question son caractère démocratique.

Si la politique congolaise est caractérisée par des cultes de personnalité, cela ne se traduit pas dans une centralisation des structures politiques. Avec environ 600 partis politiques, la nécessité de créer  de grandes coalitions présidentielles comme le FCC ou l’USN est le symptôme de la faiblesse des partis et de l'instabilité du système politique. La nouvelle charte de l’USN semble essayer de remédier à cette instabilité structurelle : hormis le fait de déclarer qu’elle compte assurer au président Tshisekedi une « majorité parlementaire stable et cohérente » (article 6), elle indique également que les signataires devront « accepter la liste des candidats retenus par les organes compétents de l’USN, et la soutenir » (article 7).


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La campagne pour faire reconnaître un « génocide congolais »26 Sep 202500:04:43

Dans son discours à l’Assemblée générale de l’Organisation des nations unies, le 23 septembre à New-York, le président congolais Félix Tshisekedi a demandé aux responsables des différents pays de reconnaître le « génocide congolais ». Cette qualification controversée est adoptée depuis longtemps à Kinshasa. Mais la campagne pour obtenir sa reconnaissance internationale est relativement nouvelle. Cette stratégie est-elle efficace ?



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Pourquoi l'échec du contrat sino-congolais cache plusieurs maux31 Mar 202300:02:58

Le 22 mars, Guylain Nyembo, directeur de cabinet du chef de l'État, a entamé  les travaux de réévaluation du contrat sino-congolais signé en 2008. Selon les premières informations communiquées, seuls 300 millions sur les 822 millions de dollars américains libérés par la Sicomines ont été retrouvés. Le problème est plus profond et ne se limite pas au seul contrat sino-congolais. Il trouve sa source dans un modèle économique inadéquat, dans la corruption structurelle généralisée et dans un État de droit inefficace. 


Bonjour et bienvenue dans ce douzième épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche de l’Université de New-York, et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Je suis Jacques Mukena, chercheur principal en gouvernance à Ebuteli. Nous sommes le vendredi 31 mars 2023.


Les problèmes soulevés dans le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) vont au-delà de la Sicomines et touchent à l’ensemble du secteur extractif congolais. Plusieurs investigations, notamment celles de Congo Hold Up, notent, par exemple, que la corruption et la mauvaise gestion au sein des sociétés minières privent la RDC d’une grande partie de ses recettes budgétaires. 


À titre d’exemple, un rapport de la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) estime qu’entre 2003 et 2021, la RDC aurait perdu 1,95 milliard de dollars américains à cause de la prédation dans le secteur extractif. Ce montant aurait pu financer la construction de plus de 8 000 kilomètres de routes asphaltées, plus de 10 000 écoles et de financer l’accès de 21 millions de personnes aux soins de santé de base.

Mais ceci n'est qu'une simple illustration des maux qui privent la RDC d’un développement durable et inclusif. 


Le modèle économique congolais est resté en effet inchangé depuis l’époque coloniale. Son économie extravertie est caractérisée par les voies de communication orientées vers l’extérieur et qui ont pour principal rôle l’acheminement des matières premières brutes à l’extérieur du pays et l’importation des produits finis.


Naturellement, cette dépendance excessive sur les exportations rend le Congo vulnérable aux fluctuations des prix des matières premières. Donc, la santé macro-économique du pays dépend de facteurs que la RDC ne peut pas contrôler. Pire encore, bien que le secteur extractif congolais contribue à 46 % au budget national, les retombées économiques échappent au trésor public à cause de la prédation, la mégestion et les détournements par certaines élites politiques congolaises, mais aussi par des hommes d’affaires étrangers et des multinationales.


En outre, en dépit de la patrouille financière menée par l’IGF qui a non seulement permis aux régies financières de mobiliser les recettes au-delà de leurs assignations, et de  révéler l’ampleur de la corruption structurelle généralisée en RDC, la justice congolaise semble être dépourvue de ses capacités pour véritablement punir les corrompus et les corrupteurs. Plusieurs politiques inculpés par le passé dans les cas de corruption sont libres aujourd’hui et certains continuent d’occuper des postes à responsabilités dans les institutions du pays.


En conclusion, si des efforts significatifs ne sont pas fournis pour mettre le modèle économique du pays à jour et, surtout, dépolitiser la justice pour qu’elle puisse enrayer la machine de détournement, les travaux de réévaluation en cours n’auront qu’un effet mineur sur le développement économique du pays.


Vous pouvez rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant « GEC » ou « Ebuteli » au +243 894 110 542 pour recevoir le “Po Na GEC” chaque vendredi sur votre téléphone. À bientôt !

Le déploiement du contingent angolais relèvera-t-il le défi du désarmement du M23 ?24 Mar 202300:04:50

Le 17 mars, le parlement angolais a autorisé le déploiement d’un contingent de 500 militaires au Nord-Kivu, province en proie à de violents conflits opposant les Forces armées de la RDC et le Mouvement du 23 mars (M23) soutenu par le Rwanda. Cette province accueille déjà les troupes burundaises et kényanes de la Force régionale de la Communauté Est-Africaine (EACRF), en plus des contingents ougandais et sud-soudanais attendus. Cette décision consacre une évolution dans le rôle joué par l’Angola dont le président, Joao Lourenço, assume la mission de médiation dans la crise du M23, mission qui lui a été confiée l’année dernière par l’Union africaine.


Cette initiative pourrait-elle changer la donne sécuritaire sur un terrain où s'enlise la force régionale de la Communauté d’Afrique de l’est (EAC) ?


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Quels enjeux politiques pour la session de mars 2023 ?17 Mar 202300:04:13

« Cette session s’annonce éminemment politique car, (...), elle s’ouvre à quelques mois du début de dépôt des candidatures en prévision des élections générales prévues au 20 décembre 2023 » a déclaré, le 15 mars, Christophe Mboso, président de l’Assemblée nationale, lors de l’ouverture de la session de mars. Alors, pourquoi cette session est-elle hautement politique ? 


Bonjour, je m’appelle Ange Makadi Ngoy. Je suis chercheuse à Ebuteli. Vous écoutez le dixième épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New York et de son partenaire de recherche en RDC, Ebuteli, qui résume et analyse, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise.


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