Un combat ultime se prépare dans le monde fantastique de Maldereve. Les pièces du puzzle se mettent en place pour mener à une issue que personne ne peut prévoir. Suivez les aventures de la Mapurna, de Randt et Axelle, du roi Fermat, du peuple Hallouis ou des créatures O'guf'n au travers de cette vaste saga.
Site
RSS
Apple
Données mises à jour le 04/07/2026
Classements récents
Dernières positions dans les classements Apple Podcasts et Spotify.
Liens partagés entre épisodes et podcasts
Liens présents dans les descriptions d'épisodes et autres podcasts les utilisant également.
Découvrez des podcasts liées à Maldereve. Explorez des podcasts avec des thèmes, sujets, et formats similaires. Ces similarités sont calculées grâce à des données tangibles, pas d'extrapolations !
Les jours ont passé. La déesse est repartie chez elle et les O’guf’n sont retournés dans leur village, avec la satisfaction d’avoir trouvé une fois encore la solution à un problème inextricable.
Fermat, accompagné de Randt et Axelle, visitent une dernière fois la salle des stèles, avant de la sceller définitivement. Ils parcourent la grande salle et constatent que l’image s’est transformée. Désormais, elle représente Hel Talek, vaincu, agenouillé et en larmes devant ses vainqueurs et sous un ciel de fleurs blanches.
Vraiment, vraiment, c’était un moment très émouvant et très épique, je dois dire ! Et très beau ! Affirme le collectionneur derrière eux en tapant dans ses mains.
Vous êtes le fameux collectionneur. Je dois dire que j’étais curieux de vous connaitre ! Lance Randt.
Avouez que vous l’aviez prévu, n’est-ce pas ? demande Fermat, suspicieux.
Prévu…non, il y a toujours des aléas, le libre-arbitre…mais j’ai bien aimé cette version, cela change un peu !
D’où ces petits coups de pouce, hein ? interroge Axelle.
Je ne…un coup de pouce ? Je ne vois pas…non, vous avez agi comme il fallait, voilà tout ! Il ricane doucement.
Même pas une petite prophétie ou un miracle ? insiste Randt.
D’accord, d’accord, reconnaît le petit homme en souriant. J’ai bien mis quelques indices par-ci par-là, mais je ne savais pas si vous pourriez les trouver, ce n’était pas une quête facile vous savez ! Vous avez du mérite ! Déjà, pour délivrer la déesse, quel parcours ! Et puis, c’était moins une ! Non, franchement vous avez été grandiose…grandiose ! Bon, vous, Fermat, au début, j’ai eu des doutes. Mais après…grandiose aussi ! Toutes ces armées, cette furie, la tension dramatique, le suspens ! C’est un épisode qui marquera l’humanité !
L’enthousiasme du collectionneur est à son comble.
Et maintenant que vous avez eu ce que vous vouliez, ça s’arrête là ? Demande Fermat.
Qui sait ? Vous savez, l’Histoire est un mouvement sans fin…
29. Le combat (3/3)
Épisode 29
mardi 19 juillet 2022 • Durée 05:42
Elderoden, mon ami ! dit Randt.
Vous avez mis le temps, Randt…je n’en peux plus. L’épée de terre…
Déesse, prenez l’épée, je vous prie !
Mais…dit la déesse, je ne sais pas combattre, je…
Au même moment, les immenses vaisseaux de guerre de Talek apparaissent à l’horizon. Hel se retourne et constate avec satisfaction que son plan a fonctionné. Les généraux, devant la crainte que leur inspire leur souverain, emportés par une dynamique guerrière, sont rentrés dans le rang quand ils ont compris son plan. Le commandant du Koltrex lance aux autres généraux : « Débarquez vos soldats et attendez les ordres ». A présent, toutes ses forces sont réunies. Hel est certain que le combat va prendre fin avec une belle victoire.
Sans attendre, Axelle est descendue à toutes jambes de la colline en direction du géant. Elle prend son élan, saute sur une machine cassée et fond sur Talek, qui, surpris par l’agilité et la rapidité de la jeune femme, ne trouve pas la parade appropriée. Il donne un coup d’épée dans le vide mais la fille est déjà posée derrière lui. Elle lui assène un coup de lance dans la jambe qui met Talek à terre. Elle se prépare à lu iassèner le coup fatal. Derrière elle, un soldat lui tire dans la hanche. Elle s’effondre de douleur.
Talek utilise l’épée de feu comme d’une canne, pour se redresser. Il se prépare à frapper de nouveau le sol, mais l’épée semble vidée de tout pouvoir. Il envoie l’armée au corps-à-corps et avance en boitant vers la déesse.
Randt, dit Elderoden, nous avons fait ce que nous pouvions, mais notre l’épée de terre protège, elle ne peut tuer. Leur armée est plus forte et mieux outillée. Que pouvons-nous faire ?
Les épées ont des pouvoirs spécifiques, lui répond Kak. Vous devez l’utiliser à bon escient !
Randt s’adresse à La Mapurna :
Déesse, je vous en conjure, utilisez vos pouvoirs pour créer la vie, non pour la détruire !
Mais…ils sont trop puissants, comment lutter contre cette armée ?
Déesse, que les cendres redeviennent des fleurs, des arbres. La vie reprendra ses droits face à ceux qui veulent la détruire !
Une pensée envahit Elderoden. Il imagine Safinéia adulte, qui se lève pour l’accueillir les bras ouverts. Cela lui donne la volonté de se redresser et de rassembler ses dernières forces.
28. Le combat (2/3)
Épisode 28
mardi 19 juillet 2022 • Durée 03:12
Le dragon décolle et rejoint l’armée volante. Ils se dirigent vers la citadelle et commencent l’attaque. C’est un cataclysme. Les Kartaks propulsent des flammes sur les bâtiments. Ils entourent la cité et se dispersent dans chaque quartier. Les habitants sortent en hurlant. La chaleur est plus intense que dans un volcan, le feu dévore tout. Les survivants courent en panique pour fuir le danger mais ils sont rattrapés par les monstres volants. Les soldats sont réduits en cendre avant de pouvoir armer leurs engins. La reine apparaît en tenue militaire : « Crétin de Fermat, il a échoué ! Soldats, soyez fiers de votre réputation, luttez avec moi ! ». Mais la reine n’a pas le temps d’agir. Talek se jette de son dragon devant elle et lui assène un coup au ventre. Elle ne tombe pas immédiatement. Elle le regarde, comme interloquée par sa fin proche. Il fait jaillir la puissance de l’épée en frappant lourdement sur le sol. Comme embrasée par un soleil, la ville s’enflamme. La reine tombe carbonisée à ses pieds.
A ce moment, Talek reçoit un coup dans le dos, qui le fait trébucher. Il se redresse, furieux. C’est un rocher, envoyé par un homme encapuchonné qui se tient au loin sur une des collines qui surplombent la ville. Des projectiles commencent à tomber autour de lui. Des rochers, des morceaux de terre, des racines d’arbre, de la boue. Talek reçoit un nouveau coup en plein visage, qui arrache un large lambeau et fait couler son sang. Il remonte sur sa monture et ordonne à tous de se diriger vers cet ennemi.
Debout, sur la colline, se tient Elderoden. Il manie l’épée de terre que lui avait confié Randt. Talek comprend que la partie sera plus rude que prévu. En contrebas, toutes les armées réunies s’animent pour livrer le combat contre les dragons. Des projectiles sont lancés contre eux. Certains Kartaks s’effondrent dans un cri rauque sur le sol qui tremble sous le poids des monstres. L’armée volante arrive au-dessus des soldats et crachent des flammes, mais sans les atteindre. Les soldats semblent abrités derrière un bouclier infranchissable.
Hel Talek se pose devant l’armée géante. D’un coup sec il abat son épée de feu. Les flammes surgissent au point de le rendre aveugle provisoirement. Quand les flammes et la fumée disparaissent il constate qu’elles n’ont pas eu l’effet désiré. Les soldats sont toujours debout. Cependant, au loin, le sorcier montre quelques signes de fatigue. Il a un genoux à terre, épuisé par la lutte. L’épée de Terre exige une énergie épuisante. Autour de lui, de petits êtres s’agitent pour le remettre sur pied. Il reconnaît les conseillers O’guf’n qui semblent bien impuissants dans cette situation, loin de leur base.
27. Le combat (1/3)
Épisode 27
dimanche 25 octobre 2020 • Durée 04:35
Plusieurs semaines ont passé depuis le voyage d’Hervel. Il est rentré chez lui et a repris ses activités normalement. Mais une nouvelle s’est répandue dans tous les royaumes. La guerre fait rage dans les régions du sud. Un ennemi inconnu détruit tout sur son passage. Accompagné d’une armée de Kartaks, il ne montre aucune pitié. Ni la magie des vieux sorciers, ni les armes sophistiquées sortant des manufactures d’Eliade, ni les montagnes escarpées des Valteurs n’ont pu freiner sa progression.
Fermat, qui réside toujours dans les Conquars, apprend la nouvelle sans surprise et avec dépit. Il sait ce que l’avenir lui réserve et il ignore toujours comment éviter l’inéluctable. Il pense au collectionneur qui doit attendre avec impatience cet épisode historique. Celui où, malgré une lutte acharnée, les rois et reines sont balayés d’un souffle. La reine Fathrage entre à ce moment dans ses appartements :
Sir Fermat, nous devons agir, réunir nos troupes et nous préparer pour la bataille. Ce diable de Talek approche par ici. Dans moins d’une semaine il sera à nos portes. Nous saurons le recevoir !
Reine Fathrage, j’estime votre courage et votre bravoure, mais il n’est pas d’issue favorable dans ce scénario. Comme je vous l’ai dit, la suite de l’histoire est déjà écrite. Nous serons réduits en cendres en quelques instants. Il nous faut agir différemment de ce que la stèle nous montre. Sinon nous serons éliminés.
Voulez-vous ne rien faire ? Dans ce cas, ce sera peut-être une autre histoire mais le résultat sera identique ! dit la reine dans un hurlement qui raisonne dans les couloirs du château.
Ce n’est pas ce que je dis. Vous m’avez fait venir ici. J’ai délaissé mes terres pour vous aider, alors ne prenez pas ce ton avec moi. Nous devons raisonner et éviter de nous trouver dans la configuration attendue.
Comment faire ? Comment combattre et en même temps ne pas combattre pour ne pas craindre d’être battus ?
Le collectionneur m’a laissé penser qu’il pouvait exister une version de l’histoire qui l’intéresse moins. C’est peut-être une version où le combat n’est pas mené, car si nous sommes victorieux, cela restera aussi intéressant pour lui que si nous perdons. Tant que c’est spectaculaire. Il nous faut trouver une issue pacifique et, disons-le, sans aucun intérêt pour lui.
J’espère que vous avez une idée plus précise. Je serai en ce qui me concerne, sur le pied de guerre.
26. Les Kartaks
Épisode 26
mercredi 21 octobre 2020 • Durée 03:49
Les conseillers se tiennent sur l’un des pontons, face à l’embarcation dans laquelle Hel Talek s’apprête à monter.
Hel, nous vous sommes reconnaissants de prendre en charge cette dangereuse mission. Tous les conseillers vous ont choisi, compte tenu de vos talents et de votre résistance physique. Nous savons que vous la mènerez à bien. Cette épée ne doit pas être découverte, ni tomber dans de mauvaises mains. Votre navire lui servira de cachette le temps du voyage, mais l’onguent protecteur que nous avons disposé autour de cet étui, qui la rend indécelable, ne durera pas longtemps.
J’irai la placer au plus profond d’un volcan, au milieu de l’océan, ainsi elle se perdra à jamais dans la mémoire des hommes.
Il est heureux que vous ayez eu cette initiative, Hel. Prenez bien soin de cacher l’épée avec son étui fermé. Il y a beaucoup de mystères actuellement, ne prenons pas de risque.
Hel Talek monte dans le navire spécialement préparé pour cette mission. Kak ressent que l’ancien guerrier souhaite démontrer au conseil son implication dans la vie des O’guf’n et son désintérêt. L’étui, une sorte de boîte noire, lui est confiée. Il la range à l’abri, dans l’habitacle et met en marche le bateau qui file droit devant. Il parviendra à destination dans deux ou trois jours.
Au même moment, Hervel grimpe dans un véhicule prêté par les O’guf’n, accompagné par quelques savants désireux de se rendre chez les Hallouis pour se procurer de la Rosat pour leurs préparations.
Le lendemain, alors qu’il est déjà très loin du continent, Talek peut commencer à relâcher sa concentration. Quelques jours plus tôt, il a pris connaissance de l’arrivée des Hallouis et de cette épée surpuissante. Il a compris tout le bénéfice qu’il pouvait en tirer. Sa prise de distance avec le village atténue la connexion aux autres conseillers et à la source du savoir commun. « Il s’agit donc bien d’un savoir lié à la proximité avec une sorte de bibliothèque marine et non quelque chose que l’on garde en soi », se dit-il. Mais peu importe puisque son plan s’est déroulé comme prévu. Il se retrouve détenteur d’une arme fantastique. Ses idées de conquête pacifique ont désormais disparu. Avec cette arme, il fera couler le sang.
Il pose l’étui sur le pont, fait sauter le verrou et sort l’épée. Il la manie quelques instants, ivre du pouvoir qu’elle dégage et dont lui, souverain de Talek, est désormais le possesseur.
25. Hervel et Elderoden
Épisode 25
lundi 19 octobre 2020 • Durée 07:16
Il ralentit, rendu prudent par les récents événements. Il observe les O’guf’n de loin, puis il reprend sa marche. Arrivé à leur niveau, les autochtones entament la conversation :
Soit le bienvenu Hervel. Nous sommes heureux que tu aies réussi à nous rejoindre malgré les embûches que tu as rencontrées. Nous pleurons la perte de Hartel, le sage. Nous le regretterons longtemps.
Merci…vous êtes au courant de ce qui s’est passé et de la raison de ce voyage ?
Oui, Hartel nous en a informés, à notre grand étonnement. Nous avons su que le sorcier Elderoden avait voulu s’emparer de l’épée. Ces événements sont très mystérieux. Ici, tu seras à l’abri et nous allons prendre soin de cette arme.
L’ O’guf’n tend alors la main vers Hervel. Celui-ci hésite un instant. Il ignore pourquoi, mais ses pensées sont dans un brouillard. A qui faire confiance désormais ? Il commence à envisager l’éventualité de garder l’épée avec lui, jusqu’à ce qu’il y voit plus clair.
Et pourquoi serait-ce à moi de prendre cette décision après tout ? pense-t-il. Ce n’est ni mon fardeau, ni ma mission, et j’ai déjà beaucoup donné…
Se rappelant les souhaits d’Hartel, il décide de se débarrasser de l’épée et la donne au conseiller. Chose faite, il se sent plus léger et n’aspire qu’à repartir pour reprendre une vie normale.
Merci, nous allons la mettre à l’abri immédiatement et te fournir un logement. Tu peux rester ici aussi longtemps que tu le souhaites.
Plus tard, le conseil se réunit. L’épée a été posée au centre de la salle. Les O’guf’n ont les yeux fixés sur elle, mêlant admiration et crainte. Le conseiller Kak prend la parole en premier.
Conseillers, cet événement imprévu me laisse perplexe. Hartel devait garder l’épée, protégée de tout sortilège, hors de la portée de ceux qui veulent s’en emparer. La cachette était parfaite et hors d’atteinte. S’il a choisi de l’extraire, c’est que quelque chose a changé. Il y a beaucoup de mouvements actuellement, je crains que l’essentiel nous échappe.
Et pourquoi nous l’apporter ? Nous pouvons la dissimuler un moment, mais nous prenons un risque énorme de cacher un artefact si recherché parmi nous. Il pourrait être découvert et nous porter préjudice. Ce n’est pas notre rôle de la posséder !
24. Le feu de l’épée
Épisode 24
samedi 17 octobre 2020 • Durée 05:39
Hervel et le maître Hartel sont partis du village aux premières heures de la matinée. Quelques armes, des provisions, un véhicule léger et une réserve de Rosat. Hartel a prévenu leur dirigeant qu’ils partaient pour une mission de la plus haute importance. Ce dernier leur a souhaité bonne route, sans demander plus d’explication.
Ils ont pris la direction du village des O’guf’n, une route assez longue mais qui ne présente pas de danger particulier. Cette partie du continent est peu habitée et peu empruntée en cette période de l’année. Il en va différemment quand arrive la période des Réponses, car tous les peuples se rendent chez les O’guf’n pour obtenir leurs lumières sur de nombreux sujets.
Leur véhicule, mû de façon autonome par l’énergie du Rosat, avance maintenant depuis 3 jours à grande vitesse à travers la prairie. La jambe d’Hervel ne le fait plus souffrir, c’était en définitive une blessure anodine qui cicatrise rapidement.
Le véhicule franchit les herbes hautes sans montrer le moindre effort, glissant au-dessus du sol irrégulier. Le voyage est peu éprouvant pour les passagers, mais ils doivent rester attentifs, pour ne pas heurter un troupeau de balancelles effrayées ou une motte saillante.
Hartel est perdu dans ses pensées. Depuis le début du voyage, il n’a pas beaucoup parlé. Hervel ne lui a pas posé de questions sur les raisons de ce voyage, ni sur les demandes qu’il compte faire auprès des O’guf’n, ni sur les raisons qui l’ont amené à l’inviter à ce voyage. Il le sent préoccupé et peu enclin aux discussions futiles.
Soudain, le véhicule est soulevé et se retourne en pleine vitesse. Les deux Hallouis sont projetés hors de celui-ci. Ils retombent lourdement sur le sol, dans un cri de douleur. Hervel ne parvient pas à reprendre ses esprits immédiatement. Un voile noir l’empêche de voir et de comprendre ce qui vient d’arriver. Après un moment d’attente, il se redresse et commence à entrevoir le véhicule au loin, totalement détruit. Il en déduit qu’ils ont fait une erreur de pilotage. Il cherche du regard son maître, en espérant qu’il en soit sorti sain et sauf. Il tourne sur lui-même, regarde autour de lui pour le trouver. « Il doit être allongé au-milieu des herbes », se dit-il. Il faut à tout prix qu’il le retrouve. Il commence à courir, puis à l’appeler « Maître, où êtes-vous ? ». Dans sa course, il butte sur un paquet qu’Hartel avait soigneusement rangé parmi ses affaires. Éventré, il laisse apparaître le pommeau d’une épée. Il n’y a aucun doute : il s’agit de l’épée qu’il avait trouvée enfouie dans la terre. Il devine que ce voyage est lié à sa découverte. Il la ramasse, conscient de l’importance qu’elle doit avoir pour lui. En se redressant, il entend une voix au loin « Donne-la-moi immédiatement ! Elle doit y rester ! ». De l’autre côté, derrière la carcasse du véhicule, un homme vêtu de noir et mesurant près de deux mètres soulève Hartel par le cou en l’étranglant.
23. Les Hallouis
Épisode 23
samedi 17 octobre 2020 • Durée 06:39
Les tribus du nord de la région de l’Hallouis ne connaissent ni l’élevage, ni la pêche. Ils se procurent l’essentiel de leur nourriture dans les Bulles de Naïcho. Les bénéfices de ces bulles expliquent pourquoi, depuis la nuit des temps, ils n’ont jamais eu besoin de développer un autre savoir-faire que leur capture.
Dès leur plus jeune âge, les enfants s’entraînent à les saisir, lors de leur mouvement ascensionnel, sans les toucher. Mais rares sont ceux qui développent une maîtrise telle qu’elle leur permettra d’en faire leur métier. Les Bulles proviennent de failles gigantesques situées dans les collines des Espartes. Des trous béants sur un vide sans fond, d’où montent lentement les bulles qui contiennent une matière rose odorante, la Rosat, qui fournit à celui qui la mange une énergie durable.
Pour s’en saisir, les récolteurs, appelés les « funambulles », se déplacent au centre de la faille, sur une corde mince (pour ne pas prendre le risque d’abîmer les bulles ascendantes) fixée à deux poteaux. Une sorte de filet à papillon géant, au bout d’une tige, permet de les attraper. Après quoi, le funambulle doit délicatement l’ouvrir et déverser son contenu dans un panier.
Les funambulles constituent une caste à part dans la société des Hallouis. Ils ne participent à aucune autre tâche, ni ne font la guerre. La survie du peuple, pour l’alimentation ou le commerce, repose entièrement sur leur savoir-faire. Ils vivent dans un confort particulier puisque, chaque mois, tous les habitants doivent leur faire honneur par des offrandes, pour mériter de recevoir la Rosat. Par ailleurs, si certains Hallouis ont tenté de développer l’agriculture, la chasse ou la pêche, ceci reste encore marginal dans leur économie. Dans certains cas, on combine la Rosat avec certaines plantes aromatiques pour créer des plats qui ont fait la réputation des Hallouis. L’accoutumance de la population est telle que ceux qui ont tenté de s’en passer devinrent si faibles qu’ils finirent par en mourir. D’un autre côté, un humain qui n’en aurait jamais absorbé prendrait un grand risque à en consommer en quantité sans préparation.
Parmi ce peuple sans histoire, Hartel, le grand maître des funambulles transmet son savoir aux apprentis depuis des générations. C’est un personnage mystérieux qui conserve jalousement l’histoire des origines des Hallouis et du Rosat. C’est comme s’il avait toujours été vivant, d’aussi loin que remonte la mémoire des plus anciens. Parfois, il part des semaines entières pour revenir sans un mot et sans explications. Il ne détient aucun pouvoir formel, aucune fonction politique. Mais on lui reconnaît un autorité naturelle conférée par son importance dans la vie de la société.
22. L’attaque
Épisode 22
vendredi 16 octobre 2020 • Durée 13:05
L’attaque a été foudroyante. Comme apparus de nulle part, les aéronefs se sont positionnés au-dessus de la ville et ont abattu les rares navires ennemis en quelques minutes. Les soldats ont rapidement déposé les armes, suivant les ordres du conseil. Un bain de sang a été évité. Le peuple O’guf’n, après des siècles de paix et de liberté, s’est retrouvé envahi par une puissance étrangère, les Talek. La ville est à présent sous contrôle de l’armée. Le couvre-feu a été instauré.
Escorté par sa garde rapprochée, Hel Talek, souverain des Taleks, se dresse en conquérant devant les membres du conseil. Humiliés, ils ont été placés à même le sol d’une grande bâtisse, entourés de gardes armés. Leur défaite fut instantanée, surpassés par la puissance militaire et technologique de l’ennemi. Leurs pouvoirs télépathiques n’ont eu aucun effet sur eux, ni la peur des représailles d’une autre armée alliée. La victoire est foudroyante et totale. Hel Talek n’en tire aucune satisfaction particulière. C’est la première étape dans son plan, qu’il mènera patiemment à son terme. Après un moment de silence, il s’adresse aux conseillers :
Ainsi, les voilà les fameux conseillers. Les pêcheurs-savants », dit-il avec une pointe d’ironie. On m’a parlé de votre savoir, enfermé quelque part, accessible par télépathie uniquement, et dont vous refusez le partage depuis toujours. Cette époque a cessé, j’en serai désormais l’unique bénéficiaire. Il se trouve que nous avons dans notre lignée quelques facultés dans ce domaine, qui nous a en particulier protégé de votre émissaire ridicule, qui pourrit au fond de la mer à l’heure qu’il est. Votre secret doit être révélé immédiatement. Sinon, à chaque minute qui s’écoule, nous tuerons dix O’guf’n. C’est aussi simple que cela. Je vous écoute.
L’un des conseillers se lève et prend la parole.
Je parlerai au nom de tous. Vous êtes victorieux, en effet. Nos faibles armes ne pouvaient rien contre votre puissance de feu. Nous sommes un peuple pacifique, qui n’a jamais souhaité que partager son savoir avec le plus grand nombre. Notre rôle de conseiller est aussi de protéger notre peuple. Ce que vous appelez un secret n’en est pas un. Nous pouvons vous en faire profiter immédiatement. Il n’est pas accessible au reste du monde, d’un côté pour le protéger, et de l’autre car il faut des capacités cérébrales particulières. C’est manifestement votre cas. Si vous le souhaitez, vous pouvez bien volontiers entrer dans notre communauté de savoirs.
21. Le navigateur
Épisode 21
mercredi 14 octobre 2020 • Durée 08:00
Il est arrivé de l’horizon, au large du village des O’guf’n, sur un maigre voilier. A la vue des étranges demeures cubiques en escalier, posées sur la mer, comme en équilibre au milieu des vaguelettes, il a orienté le gouvernail pour contourner l’obstacle. Puis il s’est échoué sur une plage de sable de fin, devant l’orée de la forêt déserte. Il a observé les bâtiments au milieu des vagues et s’est étonné que les autochtones ne profitent pas de cet endroit paradisiaque sur le rivage, au lieu de s’entasser dans ces petites batisses inconfortables.
Il tire son navire sur la plage et commence à marcher sur le sable à la recherche de nourriture. Quelqu’un l’aperçoit au loin, dans le village, et lui fait signe. Il répond machinalement d’un geste du bras. Il comprend que ce geste, qui lui semblait amical, est une mise en garde, contre une proche menace. Mais quelle menace ? Il se retourne, regarde en l’air, autour de lui, puis décide de se protéger pour y faire face et revient vers son bateau d’un pas rapide.
Pendant sa course, le sable s’effondre devant lui. Une mâchoire géante en sort. Il saute par-dessus l’étrange créature pour éviter de finir broyé dans sa gueule. Il accélère sa course. Arrivé à son bateau, il agrippe une corde et grimpe en un éclair pour y monter, alors que l’animal vorace sort de nouveau du sol pour tenter de l’engloutir. Il brandit une arme et tire dans sa direction, la faisant exploser au premier rayon, puis il tombe, sonné par la scène éprouvante qu’il vient de vivre. Il regarde de nouveau vers les cubes, où des centaines de spectateurs ont assisté à la scène.
Un navire se dirige alors vers lui à toute vitesse. Il comprend qu’il va devoir donner quelques explications.
Les autochtones l’ont conduit dans une salle fermée au coeur du village.
Etranger, nous avons besoin de comprendre, de savoir qui tu es et d’où tu viens. Peux-tu nous éclairer sur ce sujet ? dit le Gardien, responsable des forces armées, avec une amabilité inattendue.
Je suis un voyageur. Je passe d’île en île en quête de savoir et de sagesse. Je viens d’un continent lointain, que ma mémoire a hélas effacé au fil des jours.
Les réponses que nous attendons de toi devront nous être fournies. Je vois que tu ne connais pas notre peuple et que tu viens d’ailleurs. L’arme dont tu as fait usage démontre un savoir technologique. Nul être n’en possède de tel par ici, mais nous en avons d’autres, différentes. Nous devons déterminer si toi, ou tes semblables, représentent une menace pour notre vie. Peux-tu nous y aider ?
Talek et ses soldats sont presque sur eux. Le guerrier massacre d’un coup bref les derniers hommes qui tentent de le freiner. La déesse tend les bras et commence à faire tourner ses mains dans une sorte de danse lente.
Je ne peux pas, ce n’est pas mon monde, je ne suis pas la déesse de ce monde, je ne suis qu’une femme ici, rien de plus, s’attriste La Mapurna
Vous avez l’épée…plantez-là. Elle est la terre, vous êtes la mère de toute vie.
Elle plante l’épée dans le sol et sent le contact de la planète à travers elle. La vie renaît là où elle avait été effacée. La déesse se sent immédiatement en harmonie, comme sur sa propre planète. Elle oublie la guerre en cours, les destructions, la menace. Dans un fracas, la citadelle se redresse, pierre par pierre. Talek arrive devant la déesse. Il regarde derrière lui ce prodige. Devant les murs qui se reconstituent, au loin, un homme seul marche, comme égaré. C’est Fermat, dont il a pourtant tranché la tête quelques heures plus tôt. Ce dernier tient dans sa main un pétale blanc unique, léger, fragile. Il le dépose délicatement à ses pieds. Par la volonté de la déesse, le pétale devient tige, puis arbuste. Elle fait pousser l’arbuste qui se change en arbre d’où grandissent de nombreuses branches qui s’étendent dans le ciel. Des fleurs blanches poussent sur cet arbre et constituent une canopée qui recouvre la plaine, la ville et les collines.
Les soldats sont fascinés par le spectacle de cet arbre géant. ils sont submergés par un sentiment d’insignifiance. Ils laissent tomber leurs armes. Les dragons s’enfuient à tire d’aile retrouver le secret des fonds marins. Fou de rage, Hel se précipite vers la déesse pour la transpercer. Elderoden se place devant elle et reçoit l’épée dans l’abdomen. Talek retire son épée puis s’apprête à renouveler le coup. Il regarde alors la déesse, sa peau blanche, sa chevelure flamboyante, ses yeux clairs, la finesse de ses mains et la grâce de leurs mouvements. Il sait qu’il ne pourra jamais lutter contre sa pureté, sa beauté, la source de toute vie. Il éprouve un amour éperdu. Un amour impossible. Il est paralyzé par son incapacité à l’aimer comme il le devrait et son insignifiance. Il laisse tomber son épée, puis s’agenouille, le visage baissé, les yeux en pleurs. Sa douleur n’aura jamais d’issue.
Les soldats rejoignent leurs vaisseaux. Puis les Talek viennent chercher leur souverain pour le ramener à bord, avant de repartir vers leurs terres.
La Mapurna conduit jusqu’au bout la résurrection des soldats, des villes et des habitants. La reine Fathrage se retrouve face à Fermat, sous l’arbre géant, sans comprendre ce qui s’est réellement passé. Elderoden est toujours étendu, mais sa blessure ne saigne plus.
Lorsque sa tâche est terminée, la déesse tend à Randt l’épée de terre. Axelle parvient au sommet de la colline, l’épée de feu à la main.
C’est peut-être ça que vous chercher ? Ca trainait dans le coin…
Nous voici avec les deux épées réunies, dit Randt. Cela ne s’est pas produit depuis des millénaires. Tant de pouvoir, que nous ne pouvons pas conserver.
Ou bien qu’on garde bien au chaud pour pouvoir les réutiliser. Ca pourrait servir ! répond la jeune femme. Qu’en dites-vous, les marins ? Demande-t-elle aux O’guf’n.
C’est une bonne question, répond Kak. Gardez-les pour le moment, nous vous donnerons une réponse très bientôt.
Il profite de l’occasion pour provoquer une nouvelle explosion de flammes. Cette fois-ci, l’armée est frappée de plein fouet et réduite en poussière. Il jubile intérieurement. La victoire est proche. Il se précipite vers la colline. Alors qu’il est sur le point d’y arriver, il voit apparaitre trois nouveaux personnages aux côtés du sorcier. Il ignore qu’il s’agit de Randt et Axelle, accompagnés de La Mapurna.
Talek arrive devant les grandes falaises des Conquars, qui a si souvent mis en échec plus d’un ennemi. Il sait qu’il conduira ici l’ultime bataille de sa conquête. Déjà, le royaume de la reine a été coupé de ses sources d’approvisionnement. Elle est isolée. Il chevauche un Kartak, l’épée à la main, accompagné de son armée ailée qui vole au-dessus de lui.
Fermat, sur la falaise, se présente seul devant lui, sans la reine ni aucune armée. Bien qu’il soupçonne un piège, le guerrier atterrit face à lui, sans descendre de sa monture.
Tu es donc Fermat, le sorcier ! Et tu défends la reine Fathrage ?
Je protège mes royaumes, qui sont nombreux.
Acceptes-tu de devenir mon vassal, ou préfères-tu périr comme tous ceux qui ont essayé de me résister ? Est-ce une reddition ? Où sont tes armées ? Parle donc !
Talek, c’est beaucoup plus simple. J’aimerais que nous soyons amis.
Fermat souffle dans ses mains un pétale de fleur blanc qui monte et se dirige vers Talek. C’est un reste de Gorf, la plante psychotrope surpuissante, qu’il cultive en secret. Talek reste prudent et, regardant la scène lui demande :
Qu’est-ce que c’est ? Oublie ta magie, Fermat, tes pouvoirs de sorcier ne m’atteignent pas !
Il descend lourdement du Kartak, avance vers lui et d’un coup d’épée lui tranche la tête, qui roule sur la roche. Le pétale retombe sur le sol. Talek l’écrase de sa botte.
Adieu…mon nouvel ami ! Dit-il avec sarcasme.
Devant le spectacle de l’homme décapité, Talek sent soudain sa gorge se nouer. Il ressent un profond regret, comme s’il avait tué un frère. Les yeux embués, il fait demi-tour et remonte sur le Kartak. Le Kartak crache un feu qui réduit le pétale en cendres.
Ce jeune Hervel en avait usé de façon bien sommaire, ignorant les secrets qu’elle renferme. Dans une main experte, elle me rendra invincible.
Il s’approche du bord du bateau et ferme les yeux. Les vagues commencent à se faire plus agitées et plus hautes. Des formes sombres tournent autour de lui dans les profondeurs. Le bateau est secoué par les mouvements de l’eau. Talek sourit à l’idée de ce qu’il verra bientôt devant lui. Soudain, des Kartaks aquatiques géants surgissent des flots, s’envolent en battant leurs larges ailes. Ces dragons, cachés depuis toujours dans les entrailles de l’océan, répondent à l’invitation de l’épée en crachant des gerbes de flammes en signe de soumission. Ils sont dix, puis vingt, puis cent à faire allégeance à leur nouveau maître. Hel Talek se retrouve entouré d’une armée de dragons.
Pendant, ce temps, dans la salle du conseil :
Conseiller Kak, notre plan se déroule comme prévu, mais je m’interroge toujours. Etait-il sage d’agir de la sorte ?
Un ennemi plus fort augmente le nombre de ses ennemis, voyez-vous. Les pièces se mettent en place. Dès l’origine, c’est un pari risqué mais avions-nous le choix ? Notre meilleure arme est l’imprévu.
Nous avons fait prendre le même risque aux Hallouis depuis fort longtemps ! s’exclame un jeune conseiller.
Non, c’est très différent. Nous avons donné une réponse à leur question. C’était en effet la meilleure option possible. Rappelez-vous que cette épée ne peut être détruite, mais à proximité d’une source incandescente elle n’est pas facile à déceler. C’est pourquoi Hartel l’avait cachée à cet endroit.
Hel Talek observe sans prononcer un mot. Le conseiller Vak, qui n’était pas intervenu, commence à parler lentement en regardant chacun.
Il y a de nombreux mystères en effet. Le comportement d’Hartel est difficile à comprendre, sauf s’il avait compris que cette découverte fortuite par le jeune Hervel changeait la donne. Il a anticipé la réaction des siens et les effets prévisibles si des étrangers venaient à l’apprendre. C’est sans doute pourquoi il a emmené Hervel avec lui avant qu’il ne divulgue ce qu’il avait trouvé.
Il aurait pu simplement l’abattre, cela aurait résolu le problème…
Hel Talek, vient de parler. Les conseillers se regardent, surpris de la réaction de l’ancien guerrier. En général, l’adoption d’un nouveau membre dans la communauté de savoir permet d’augmenter le niveau de sagesse, mais cette réaction du nouveau venu est inhabituelle. Néanmoins, Kak répond posément à la remarque.
C’était en effet une option, Hel. Hartel a certainement pensé que le meurtre du jeune Hervel, s’il se justifiait théoriquement, était contre ses principes moraux et n’aurait pas manqué de susciter l’interrogation parmi son peuple. Sans compter qu’un funambulle est un personnage essentiel et très précieux chez les Hallouis.
Je comprends, chers conseillers, répond Talek. Cette option n’était pas parfaite. Cependant, nous devons nous interroger sur ce que nous allons faire de lui à présent. S’il repart et qu’il raconte son histoire, nous aurons bientôt beaucoup de visites inamicales !
Je crains que ce soit déjà trop tard, intervient Lezorte. La façon dont il a été libéré lors du dernier combat ne provient pas de l’épée, ni de sa volonté. Il n’avait pas le pouvoir de le faire. Je suspecte une intervention extérieure, dont je n’arrive pas à déceler l’origine. Quelqu’un voulait que l’épée nous revienne. Je crois qu’un grand danger nous guette.
Le conseiller Kak, reprend la parole :
Nous devons agir sur le psychisme du jeune homme pour lui faire oublier cet épisode et dissimuler l’arme de nouveau. Si nous y parvenons, Hartel aura eu raison d’entreprendre ce voyage.
Kak partage avec ses condisciples le plan échafaudé. Il reçoit leur approbation immédiate. Ils se lèvent et ressortent de la grande salle pour se diriger vers leurs habitations.
Machinalement, Hervel pousse un cri et brandit son épée d’un air menaçant « Lâche-le ! ». L’homme se retourne brusquement et lâche Hartel. « La voici donc ! Merci, jeune homme ! ». Hartel, découvrant son apprenti muni de l’épée comprend le danger qu’il encourt « Non, Elderoden, laisse-le ! »
Sans répondre, le sorcier se dirige rapidement vers l’apprenti, qui prend conscience du danger auquel il s’expose. Ne sachant quelle attitude adopter, il fait d’abord un pas en arrière puis se prépare au combat. Il brandit l’épée au-dessus de sa tête, alors que le sorcier est à sa portée, puis tente de lui donner un coup. Hélas, au moment où l’épée doit entrer en contact avec Elderoden, celui-ci disparaît et se retrouve derrière lui. Il reçoit alors un violent coup dans le dos qui le projette en avant. Propulsé par cet élan, il reprend l’équilibre et court aux côtés de son maître. Hartel est allongé et semble blessé.
Je vais vous sortir de là, maître
Non, répond Hartel dans un souffle. Hervel…l’épée…frappe…le sol… »
Le sorcier se tient debout, au loin, mais ne semble pas vouloir s’approcher. Autour de lui le rejoignent deux êtres ailés, mi-humains mi-chauve-souris aux crocs aiguisés, qui s’envolent en direction des deux Hallouis.
Hervel saisit la lourde épée à deux mains, la soulève puis l’abat violemment sur le sol, comme s’il voulait déchiqueter le ventre d’un ennemi à terre. Au même instant, Elderoden lève un bras comme pour tenter de dissuader le jeune homme, sans qu’aucun mot ne puisse sortir de sa bouche. Une gerbe de flammes jaillit autour du jeune homme et se répand en cercles successifs. Elle brûle les herbes, atteint le véhicule et fait exploser le Rosat éventré sur le sol dans des gerbes violacées.
Hervel aperçoit les deux créatures au-dessus d’eux partir en fumée. Avant que les flammes ne l’atteignent, le sorcier disparaît, ne laissant derrière lui qu’un nuage de fumée opaque. La destruction est totale et les flammes se propagent sans obstacle. Les deux hallouis demeurent saufs, comme protégés dans un cocon au milieu du feu. Hervel soulève l’épée et les flammes disparaissent instantanément. Il se retourne vers Hartel. Il ne respire plus. Hervel est effondré. Il met un genou à terre et laisser couler ses larmes.
Il reste longtemps à veiller sur la dépouille de son maître, à tenter de comprendre la succession des événements, mais sans y parvenir. Il hésite sur la marche à suivre, puis décide d’aller au bout de la mission. Visiblement, l’objectif pour Hartel était de confier cette arme puissante au seul peuple qui saurait l’utiliser à bon escient : les O’guf’n. Ils ne sont qu’à deux jours de marche. Bien sûr, il y a toujours le danger de voir Elderoden revenir, mais avec cette épée, il ne craint pas son retour.
Hervel, un jeune funambulle, se trouve au-dessus d’une faille d’où montent lentement les Bulles de Naïcho. Malgré son jeune âge, il maîtrise parfaitement la technique de la capture. Il œuvre déjà depuis plusieurs heures, d’un pas assuré, et n’en laisse échapper aucun. Ses assistants, de chaque côté de la corde, l’observent respectueusement et récupèrent les bulles qu’il a déjà attrapées. C’est un travail qui exige concentration et délicatesse. Hervel ne s’applique pas chaque jour à cette tâche, car le risque d’un faux pas est omniprésent. Un repos régulier est nécessaire pour être pleinement opérationnel.
Alors qu’il vient de faire quelques sauts en direction d’une bulle particulièrement volumineuse, un vent fort surgit et le déstabilise pendant la capture. Il glisse, manque de tomber, mais il se rattrape immédiatement au filin qui se brise sous le poids du jeune homme. Il le prend solidement en main pendant la chute vers les profondeurs de la faille, ce qui lui permet de basculer contre la paroi dans l’ouverture béante. De sa main libre, il cherche une prise dans la terre, pour s’assurer. Il agrippe ce qu’il croit être une racine et prend le temps de visualiser sa position. Il se trouve plusieurs dizaines de mètres en contrebas, mais assez en amont de la lave d’où continuent de monter le Rosat dans une lenteur indifférente. Ses esprits retrouvés, il évalue la difficulté pour remonter à la surface. Dans sa chute, il a heurté une pierre qui l’a blessé à la jambe. Il se rend compte que sans une aide rapide il ne pourra pas tenir longtemps dans cette position. Une telle situation s’est déjà produite pour d’autres Hallouis. Il vérifie que la racine qui lui sert d’appui est solidement ancrée dans la terre. Ce n’est pas une racine ; c’est la poignée d’une épée.
Ses assistants ont couru dans le village pour appeler de l’aide. Hartel est sorti de sa demeure et les a accompagnés aussitôt. Il a fait tendre d’autres cordes autour de la faille, attachés aux pylônes, et a fait descendre des compagnons le long du précipice. Arrivés à la hauteur de Hervel, ils lui ont attaché un harnais et l’ont fait remonter lentement jusqu’à la surface.
Plus tard, Hervel se repose chez lui, un pansement sur la jambe. Hartel, le maître des funambulles, est venu le voir personnellement pour prendre de ses nouvelles.
Je me remets, je suis tombé à cause d’un coup de vent violent. Mon fil s’est rompu…pas de chance aujourd’hui !
C’est notre devoir de nourrir notre peuple. Cela présente des risques. Tu t’en es bien sorti et tu t’en remettras rapidement. Ton parcours ne fait que commencer.
Oui maître, j’ai quand même eu de la chance qu’il y ait eu cette épée sortant de la terre, sinon je n’aurais pas su à quoi me raccrocher sur cette paroi !
Une épée, dis-tu ? Il hésite quelques instants et ajoute : As-tu vu comment elle était, s’il y avait des marques particulières ?
Non, elle était pleine de terre…mais la poignée était richement décorée, je l’ai senti en la serrant pour ne pas tomber ! Croyez-vous qu’elle puisse avoir été posée là avant l’arrivée des fondateurs Hallouis ? C’est étrange que personne ne l’ai découverte avant !
Le maître semble gêné de la question, qu’il élude rapidement
Je ne crois pas, dit-il, quelqu’un l’a certainement perdue sur un champ de bataille il y a fort longtemps, voilà tout ! Mieux vaut l’oublier. Et puis, il faut éviter qu’un fou ne se tue à essayer de la récupérer !
Hervel a appris à ne pas le contredire et il approuve ses propos. Le soir venu, un homme recouvert d’une cape se tient au-dessus de la fosse. Il s’agit de Hartel, qui s’est glissé discrètement à l’extérieur à la faveur de la nuit. Il évalue la meilleure façon de descendre chercher cette arme, sans prendre trop de risques. Il doit agir seul. Il s’attache au filin, resté provisoirement en place à la suite de l’incident, et commence à descendre doucement le long de la paroi. Sa dextérité, malgré son grand âge, lui permet de trouver une prise à chaque mouvement. Après dix minutes de descente dans l’obscurité, il parvient à l’endroit où l’épée est enterrée. Il saisit le couteau à sa ceinture et entaille la terre pour libérer l’arme. Il tire la poignée et, après quelques efforts, sent le métal glisser vers lui. Il l’extrait entièrement et l’observe. En dehors des traces de terre, elle ne semble pas abîmée. Une flamme géante est dessinée sur la lame.
Hel Talek se méfie d’un piège tendu par le conseil, mais il ne distingue aucune tromperie dans le psychisme de son interlocuteur. Il souhaite sincèrement ce qu’il a exprimé, ou bien ses facultés de dissimulation sont au-delà de ce qu’il a pu anticiper.
Parfait, je vois que vous êtes sages. Je vous préviens que s’il m’arrive quoi que ce soit, mes généraux ont l’ordre de raser la ville. Conduisez-moi à votre sanctuaire !
Les conseillers se lèvent et passent devant le souverain, qui leur cède le passage. Everin, son second, qui s’est fait discret jusqu’à présent, le prévient :
Il se trame quelque chose, majesté. Il n’y a aucun doute qu’ils partageront leur savoir avec vous, sans risque pour votre santé, mais ils ne nous disent pas tout.
Hel Talek prend note sans répondre et emboîte le pas des conseillers. Après quelques minutes, ils ouvrent la lourde porte d’une bâtisse située au ras de l’eau, certainement l’une des plus anciennes. Le bois au sol est encore humide d’inondations passées dues à la montée des eaux en hiver. Ils se placent contre le mur et demandent à Hel de se positionner face à eux. Aussitôt fait, ils se retrouvent transportés dans une sorte de conduit caverneux, dont les murs sont parcourus des minces filets rouge-sang. Il emprunte ce chemin et arrive dans une grande salle, au croisement de plusieurs de ces tunnels. Les filets montent jusqu’au plafond et s’y regroupent au centre. De cet endroit tombe, goutte à goutte, un liquide vermeil qui disparaît dans une cavité rocheuse.
Le savoir s’écoule ici, précise un conseiller. Chaque goutte contient notre savoir universel. Vous devez verser votre sang pour vous unir aux savoirs ancestraux et entrer dans la communauté des conseillers.
Excité par la perspective de voler les informations qui dorment ici, il prend un couteau et s’ouvre la main. Il laisse couler une goutte de sang, qui vient rejoindre les autres dans la cavité. Il ne ressent aucun effet particulier et sent sa colère monter. Il est sur le point de lancer un ordre pour les abattre, mais il remarque que sa réflexion est soudain plus profonde, plus rapide. Il n’est pas plus intelligent, mais il évalue d’autres options, anticipe les réactions à plus longue échéance, à plus grande échelle. Il parvient à une conclusion équilibrée, juste, en conformité avec ses intentions. En un mot, plus raisonnée. Il sourit en comprenant qu’il a obtenu ce qu’il était venu chercher. Il se retrouve de nouveau dans la maison humide, face aux conseillers, qui ajoutent :
La cérémonie est achevée. Bienvenue dans notre communauté de savoirs, conseiller Hel
A présent, il est temps pour lui d’éliminer ces parasites comme prévu puis de continuer ses conquêtes. Mais il s’interroge : « Ne serait-il pas plus malin de les laisser en vie et d’user de leur influence sur les autres peuples pour conquérir pacifiquement ? Ainsi, nous pourrions profiter de leurs richesses dans la durée, plutôt que de les massacrer pour prendre ce qui existe actuellement. Nous pourrions devenir leurs maîtres, agrandir notre domination, régner sur leurs esprits, profiter de ce qu’ils produisent, les punir à notre volonté, sans même lever une arme ou perdre un soldat. Je serai adulé, respecté, craint, je serai plus qu’un empereur, je serai un dieu vivant ! Nous construirons un temple géant à ma gloire. Ce monde m’appartiendra ! Pour le moment, il faut que les O’guf’n continuent de vivre sans être inquiétés, puis, sans qu’ils le sachent, nous tisserons notre toile. »
Il sent une ambition nouvelle le posséder, comme une force qu’il avait toujours gardée en lui mais qui ne s’était pas encore révéler. Son nouveau plan lui semble d’une intense clarté. Il compte bien l’appliquer jusqu’au bout.
Il répond : « Merci conseillers, j’accepte avec plaisir d’en faire partie. Conformément à mes engagements, je vous laisse la vie sauve et je m’installe ici.». Puis, devant le visage surpris de son Second, qui l’accompagne, il lui précise en aparté : « Je t’expliquerai ce soir… »
Le soir venu, Everin se promène dans les rues de la ville, l’esprit chargé de questions. Il y croise l’un des conseillers, qui était resté silencieux toute cette journée.
« Bonsoir, conseiller », dit-il avec un air suffisant.
« Bonsoir, vous profitez de la douceur de l’air marin ? Ce fut une journée mémorable, n’est-ce pas, telle que nous n’en avions pas eues depuis fort longtemps. » répond-il avec nonchalance, comme si aucune guerre n’avait eu lieu, comme si cette journée avait surtout été l’occasion de festivités attendues.
« En effet…je me demandais : avez-vous déjà été attaqués ou votre savoir vous a-t-il toujours protégés ? Pourquoi aucun autre peuple n’a tenté de vous envahir ?», demande le second.
« Les O’guf’n ont régulièrement été l’attaque de tribus, de sociétés, en quête de savoir. Mais nous savons qu’il y a plusieurs manières de gagner. Ce fut chaque fois une source d’enrichissements et de progrès pour nous, car en rejoignant la communauté de savoir, chacun apporte aussi ses connaissances à cette communauté. Et les Talek en sont très riches ! »
Everin reçoit cette révélation comme un choc. Ainsi, leur savoir, leur technologie, serait désormais dans les mains de ce peuple ? Comment avait-il pu être aussi naïf ? Cela changeait tous l...
Je serais heureux de le faire, mais je ne sais plus vraiment. Cette arme était dans mon bateau quand je me suis réveillé, un jour, au milieu de l’océan. Je sais l’utiliser, mais je ne sais pas pourquoi. J’ai déjà remarqué qu’elle suscitait beaucoup de curiosité. J’essaie en général de la cacher ! Mais cette fois le danger était trop grand.
En effet, les créatures des sables ne laissent que rarement des survivants. Bien, merci, je vais en délibérer avec le conseil.
Il sort de la pièce et longe la passerelle, face à la grande plage. Le voyageur regarde autour de lui et se dit que la pièce ressemble plus à une maison qu’à une cellule. Il attend une heure, sans chercher à fuir, puis l’autochtone revient, accompagné d’un individu visiblement plus vieux qui s’assoit devant lui. Il lui dit :
Nous te croyons mais nous avons besoin de réponses. Aussi, nous allons de nouveau t’interroger, de façon plus poussée. Nous voulons savoir qui tu es et si ton peuple représente une menace.
Calmement, le navigateur répète ses propos au nouveau visiteur qui ne semble pas l’écouter. Il le regarde dans les yeux sans bouger, puis sort de la pièce en silence. Il détient les informations qu’il était venu chercher. Il rejoint un ponton, descend quelques marches et entre dans une embarcation qui l’emmène vers un autre bâtiment. Il pénètre dans une vaste pièce et s’assied au milieu des autres conseillers qui l’attendent. La conversation s’engage entre les conseillers.
Maintenant que nous savons, il nous reste à décider. Leur arrivée est une menace non seulement pour nous mais pour tous les royaumes. Nous n’avons pas pour rôle de les protéger. Notre générosité à leur égard ne signifie pas que nous devons agir dans le sens de leurs bénéfices. Nous devons laisser s’appliquer le destin et protéger nos intérêts propres.
Ces êtres ont compris les avantages de venir nous massacrer en premier lieu. Tous ceux qui nous prennent pour des référents inattaquables en seront bouleversés, affaiblis. Il sera plus simple pour eux de conquérir le continent.
Avec leurs armes et leur détermination, ils bénéficient d’un avantage évident, mais nous avons un atout. L’équilibre bâti depuis des siècles risque de s’effondrer. Nous avons cette avance, nous connaissons leurs plans. Comment l’utiliser au mieux ?
Le Gardien, qui les a rejoints, lui répond.
Notre armée ne peut les vaincre. Nous pouvons alerter nos alliés ou utiliser nos talents psychiques, mais ceux-ci ne s’exercent qu’à courte distance, or nous ne savons même pas où se trouvent nos ennemis à l’heure actuelle ! Nous connaissons seulement leurs intentions de conquête. Nous pourrions aussi tenter de fuir, mais c’est trop risqué pour nous de nous éloigner de la mer, comme vous le savez.
Les autres conseillers acquiescent.
Nous avons la réputation de toujours trouver la réponse aux questions. La voici donc résumée : comment pouvons-nous survivre à l’attaque d’un ennemi lointain, inconnu et mieux armé ?
Le lendemain, le navigateur reprend la mer. Il s’éloigne de la ville marine, en direction de l’horizon. Un nouveau passager l’accompagne. Un conseiller qui s’est présenté comme « chargé des relations diplomatiques », qui l’a prié de le prendre à bord pour nouer des liens avec son peuple. Le marin l’a prévenu : il ne sait pas s’il pourra les rejoindre puisqu’il a perdu son chemin. Un tel voyage peut être éprouvant ! Lui-même, bien que robuste, a été souvent secoué par des tempêtes particulièrement violentes.
Les jours suivants sur le navire s’écoulent sans tempête, en toute tranquillité. Rien ne vient modifier le cours de leur voyage, où chaque jour ressemble au précédent. Mais, un matin, un rayon bleuâtre provenant du ciel s’abat sur le bateau et traverse les deux équipiers, qui disparaissent instantanément. Il se retrouvent soudain au centre d’une grande pièce sombre et ronde. Perdu quelques instants par le voyage inattendu, le conseiller tente de se redresser. Il sent un coup au cœur qui le foudroie. Il s’effondre aussitôt dans un rictus de douleur.
Le marin se lève à son tour et, voyant le conseiller agoniser sur le sol, fait un pas en arrière.
Qui est là, que voulez-vous ?
Deux hommes s’approchent de lui.
Suis-nous, éclaireur, nous allons te rendre ce qui t’appartient. Et pour commencer ta mémoire. Tu as fait ce qu’il fallait.
Ils le conduisent à l’extérieur de la pièce, sans résistance de sa part.
Hel Talek sort de l’obscurité. C’est un homme imposant, revêtu de l’armure traditionnelle des rois de Talek. Il s’approche du corps inerte de la victime et le saisit par les cheveux pour mieux le regarder.
Voici donc l’allure d’un O’guf’n ! Ce pauvre télépathe qui voulait nous convaincre de partir !
Il ajoute, en rejetant la tête du conseiller en arrière :
Débarrassez-moi de ça
Il se tourne vers un homme, resté dans l’ombre.
Tu avais raison, c’est un continent très riche, mais assez mal défendu. Une fois débarrassé des O’guf’n, nous pourrons engager la conquête. Tu m’avais parlé d’une arme puissante, où est-elle ?