En 1981, Michel Petrucciani a dix-huit ans, pas un sou, et il mesure moins d'un mètre. Né à Orange avec la maladie des os de verre, porté jusqu'au piano par son père qui lui a bricolé une rallonge de pédales, il part pour la Californie et frappe à la porte de Charles Lloyd, le saxophoniste de « Forest Flower », retiré à Big Sur depuis le début des années 70. Lloyd l'écoute, et reprend la route pour lui. Montreux, 1982.
Ce n'est pas le vétéran qui va chercher le jeune prodige : c'est un gamin handicapé et fauché qui tire une légende de sa retraite. Sur scène, la première chose que voit le public, c'est son corps. Petrucciani en joue, avec son humour et son accent du Midi, puis il pose les mains sur le clavier. À la fin, c'est le son qui reste.
En 1985, Bruce Lundvall ressuscite Blue Note et en fait l'une de ses toutes premières signatures : le premier Européen de l'histoire du label. Suivent « Pianism », les duos avec Jim Hall et Wayne Shorter à Montreux, Gary Peacock, Roy Haynes, Eddie Gomez et Al Foster sur « Michel Plays Petrucciani », et en 1989 « Looking Up », son morceau le plus célèbre. Regarder vers le haut : pour un homme de sa taille, le titre ne manque pas de panache.
L'épisode se termine par « The Prayer » dans son intégralité (« Pianism », Blue Note, 1986), avec Michel Petrucciani au piano, Palle Danielsson à la contrebasse et Eliot Zigmund à la batterie.
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