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Podcast « L’Œil écoute » #39 | Pierre Faure, au plus près des oubliés.
mercredi 26 février 2025 • Durée 43:30
Pour ce 39e épisode de « L’Œil écoute », Yannick Le Guillanton a rencontré le photographe Pierre Faure. Ce choix n’est pas anodin. Il arrive à un moment de notre actualité où toutes nos certitudes et croyances semblent s’évanouir. L’idée d’un monde éternellement prospère, avec la quête du bonheur comme fil conducteur de nos vies, n’est plus. La fragilité de cet espoir en un monde meilleur, le photographe la côtoie au plus près. Il la voit chez tous les invisibles sur qui son objectif s’arrête. Depuis plusieurs années, il rend compte, de l’intérieur, de ces franges de la société française qui restent « en marge ». Il va à la rencontre des déclassés, de ce fameux quart-monde que l’on avait identifié dès les années 1950 mais qui porte aujourd’hui le nom de France périphérique ou de « gilets jaunes ». Sa cartographie de la France du dénuement, qui est aussi celle des lieux abandonnés aux quatre coins du pays, ne peut pas nous laisser indifférents. Ses images nous obligent à nous questionner sur notre propre rapport à l’autre et sur la manière dont le partage des richesses doit impérativement se recomposer.
L’Œil écoute #38 | Tina Merandon, photographe animaliste ?
D’où vient la sensibilité d’un photographe ? Comme se forme son écriture ? L’entretien que le photographe portugais Paulo Nozolino a accordé à Yannick Le Guillanton donne sans doute quelques réponses. Ses images sont des formes poétiques, des formes symboliques, puissantes, radicales. Elles disent la brutalité de l’existence, elles montrent son effroyable banalité. Elles parlent de la même manière des vivants et des morts. Elles sont anguleuses. Elles sont la noirceur sous un soleil de plomb. Elles sont une fente dans laquelle s’engouffrer.
L’art photographique est un art du silence, et, dans la contemplation des choses simples, dans la verticalité de l’image, il n’offre aucune échappatoire, aucune ligne de fuite. Rien ne vient contrecarrer sa volonté d’aller à l’essentiel. Vous ne pourrez pas vous attarder sur l’inutile.
Inspiré de l’anticonformisme anglais de sa jeunesse à Londres, de la peinture d’un Francis Bacon, d’un Caravage ou du retable d'Issenheim, guidé par les mots d’un Stephan Sweig ou d’un Hugo von Hofmannsthal, et porté par la photographie de son ami Robert Frank, l’art de Paulo Nozolino, fait de noirs charbonneux et de blancs aveuglants, est une plongée vertigineuse vers ce qui nous rattache au monde d’après. La mort est là, qui rôde…
« J’ai horreur de ce qui est trop visible, trop évident. J’ai horreur de l’évidence. L’image doit me faire réfléchir, elle doit être ambiguë. Il faut qu’elle pose des questions, qu’elle donne un coup de poing. » — Paulo Nozolino
« Et pourquoi les couleurs ne seraient-elles pas soeurs des douleurs, puisque les unes et les autres nous attirent dans l'éternel ? » — Hugo von Hofmannsthal
« L’Œil écoute » #33 : Olivier Laban-Mattei, la photographie comme sentinelle du monde contemporain
jeudi 18 juillet 2024 • Durée 50:28
Avant de découvrir Neige noire, son travail sur le Groenland, qui sera présenté en septembre prochain au sein du festival MAP de Toulouse, le photographe documentaire Olivier Laban-Mattei revient avec Yannick Le Guillanton sur son parcours de photo-journaliste, d’abord à l’AFP puis en indépendant pour prendre le temps de mieux analyser le cours du monde. Des années à saisir les grands événements de l’actualité internationale, du Printemps arabe au Yémen, du tremblement de terre à Haïti en 2010 aux effets néfastes du boom minier en Mongolie.
Son enquête sur la nouvelle paysannerie française, dont certains clichés ont rejoint la rétrospective que la BNF a consacrée à « La France sous nos yeux », est représentative de sa volonté de s’inscrire dans le temps long, fidèle à une éthique tant à la prise de vue qu’à la post-production de ses images qui privilégie l’humain délesté de ses artifices.
Son utilisation de l’image en général et du noir et blanc en particulier sont les outils qu’il a choisis pour laisser la narration et la réflexion prendre le pas sur l’immédiateté du cliché-choc que la presse se plaît tant à mettre en avant.
Podcast « L’Œil écoute » #32 Une collection privée sous le signe d’Eros et Thanatos
vendredi 19 avril 2024 • Durée 39:46
Après avoir rencontré Marie-Ève Bouillon, responsable de la mission photographique des Archives nationales, Caroline Stein, en charge de la collection photographique de Neuflize OBC, et Fiammetta Horvat, responsable de la collection de son regretté père, Frank Horvat, décédé en octobre 2020, nous clôturons cette exploration de la collection avec, dans ce dernier numéro, une incursion au sein de la collection de deux collectionneurs privés qui ont accepté — et nous les en remercions chaleureusement — d’ouvrir leurs portes à Yannick Le Guillanton.
Liste non exhaustive des œuvres citées
- Jean-Michel Fauquet, Untitled ; 2009
- Joel-Peter Witkin, Waiting for de Chirico in the Artist's Section of Purgatory, New Mexico ; 1994
- Denis Dailleux, Deux frères chez le garagiste de Kom el-Dik, Egypte, Alexandrie ; juin 2002
- Denis Dailleux, Mères et Fils
- Raed Bawayah, Série « les veines de la terre », Palestine ; 2012
- Michael Ackerman, Napoli ; 2000
- Reza Aramesh, Action 68 South Vietnamese soldiers show of a Viet Cong prisoner captured near Tan Son Nhut Airbase, May 6; 2009
- Matt Collishaw, Série « Last Meal on Death Row », David Allen Castillo ; 2010
- Jean-Michel Pancin, Pelote P29T ; 2011
- Brian Hubble, Electric Love Seat (or the Love Destroyer)
- Bogdan Konopka, Sedletz-Ossarium
- Eva Koťátková, Out of Sight ; 2013
- Hicham Benohoud, Half Couple ; 2004
- Pierre Molinier, Série « Mon cul » ; Ca 1965
- Lea Crespi, Lieux
- Olivier Valsecchi, selfportrait with bubble ; 2009
- Markus Lupertz, Satyr + Nymphe 1, Mixed media on canvas ; 2014
- Alberto García-Alix, Mi un pelo en la cabeza ; 2007
- Luca Giordano, San Sebastiano curato da Sant'Irene, Huile sur toile ; 1670
- Dieter Appelt, Sans titre ; 1979
- Patrick Faigenbaum, Famille Pallavicini, Rome ; 1987
Podcast « L’Œil écoute » #31 | Des vies traversées | Marie Dorigny
lundi 26 février 2024 • Durée 34:42
Après le succès de son exposition à Arles cet été au sein de la galerie ISO, Marie Dorigny nous raconte comment elle a composé son nouvel accrochage au sein de la galerie Taylor, cette fois-ci à Paris. Si elle emprunte au photojournalisme sa rigueur intellectuelle et sa curiosité insatiable, elle inscrit surtout ses pas dans ceux des écrivains-voyageurs qu’elle admire tant. Ses images sont le reflet de son souhait d’aller vers l’autre, de s’approcher d’autres vies que la sienne. De ses rencontres aux quatre coins du monde, elle rapporte des images d’une immense sensibilité, à l’humanisme sans équivoque.
Avec Yannick Le Guillanton, elle revient sur ses 35 années d’une carrière de photo reporter commencée en Roumanie en 1989 et qui l’ont portée à documenter l’actualité chaude mais aussi des enquêtes personnelles au long cours, réalisées en noir & blanc pour la presse magazine. Des sujets sociaux tels que la condition des femmes, le travail des enfants, la spoliation des terres des petits paysans, la résistance des communautés autochtones ou le sort des réfugiés.
On l’écoute…