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Explorez tous les épisodes du podcast À vos arts, prêts... Partez ! - Radio Campus Paris

Plongez dans la liste complète des épisodes de À vos arts, prêts... Partez ! - Radio Campus Paris. Chaque épisode est catalogué accompagné de descriptions détaillées, ce qui facilite la recherche et l'exploration de sujets spécifiques. Suivez tous les épisodes de votre podcast préféré et ne manquez aucun contenu pertinent.

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TitreDateDurée
Lenaïg Laot – Au But, Alfred Boucher26 Jul 2024
Je m’appelle Lenaïg et aujourd’hui, je vais vous parler de sculpture, de mouvement, et d’athlétisme. L’objet que je vais vous décrire est une sculpture représentant un groupe d’athlètes.   Imaginez les derniers mètres d’une course, où trois athlètes se battent pour décrocher la victoire. Chacun des muscles de leurs corps tendus par l’effort est saillant. L’équilibre fragile de leurs postures repose sur leurs jambes d’appui. Leurs bustes sont projetés vers l’avant. Leurs visages trahissent leur épuisement.   Le premier coureur a le regard fixe. Il est concentré, déterminé. La ligne d’arrivée est proche, il le sait. Les paumes de ses mains sont grandes ouvertes, tendues vers la victoire. À sa droite se trouve le deuxième coureur. Sa bouche est ouverte, il crie. Ses sourcils sont froncés et les traits de son visage sont tirés par la colère. Il a les poings serrés. Tout son corps exprime la rage. Son bras gauche repousse le troisième coureur derrière lui. La stupeur et la crainte se lisent sur le visage de ce dernier. Le regard tourné vers son adversaire, il tente de conserver son sang-froid.   Pour saisir les différents mouvements de la course et les décomposer, l’artiste s’est inspiré de la technique de la chronophotographie. Les trois coureurs répètent le même mouvement, mais à quelques secondes d’intervalle. Pourtant, un élément de la sculpture trouble notre esprit : les positions en extension des trois coureurs ne sont pas tenables dans la réalité. La sculpture suggère la course plus qu’elle ne la représente. Cette liberté prise par l’artiste contribue à magnifier l’effort physique.   Ce que j’aime dans cette sculpture, c’est qu’elle incarne le moment de la course où l’émotion est la plus intense : lorsque les coureurs franchissent la ligne d’arrivée et qu’ils arrivent au but. Ce court instant est le plus beau, mais c’est aussi le plus dur. Car les sportifs doivent se dépasser pour aller au bout d’eux-mêmes. Ils cherchent à repousser les limites de leurs corps pour aller toujours plus loin dans l’effort.  Intitulé Au But, cette sculpture d’Alfred Boucher a été réalisée en 1886, l’année de naissance de l’athlétisme en France, à l’occasion du premier championnat à la Croix-Catelan au Bois de Boulogne. Connu depuis l’Antiquité, l’athlétisme figure au programme des premiers Jeux Olympiques modernes de 1896. C’est d’ailleurs cette existence longue de plusieurs siècles qui lui confère le statut de « sport roi » des Jeux Olympiques.   Au But, Alfred Boucher, 1886, Paris, Réduction en bronze de l’œuvre monumentale, 46 cm de hauteur pour 69 cm de long, Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel.   Texte et voix : Lenaïg Laot Enregistrement : Philipp Fischer Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Sophia Drobysheva - Le Chalet du Cycle au bois de Boulogne, Jean Béraud25 Jul 2024
Bonjour, je m'appelle Sophia, et aujourd'hui je voudrais vous parler d'une toile de Jean Béraud, du cyclisme et de la Belle époque. Imaginez-vous, une journée d'été au bois de Boulogne, en 1900. Il fait beau, les membres de la société mondaine se trouvent dans un café, près du chalet du cycle : un des hauts lieux de rencontre de la haute société à l´époque. Le peintre a laissé une chaise vide au premier plan, comme pour nous inviter à rejoindre cette société oisive. Pourtant, ce tableau, peint avec sa palette vive et fraîche, n'est pas une simple scène de fête en plein air, le sujet typique de l'époque. Il s'agit ici d’évoquer le cyclisme.   Derrière les tables s'ouvre un chemin sablé, sur lequel s'avance une cycliste. Derrière elle, une autre s’apprête à monter en selle. En face, un couple vient de terminer sa course et rapporte les bicyclettes au point de location du chalet.  Le vélocipède a conquis les cœurs des Français en 1818, suite à son exposition publique au Jardin du Luxembourg, un an après son invention en Allemagne. Au milieu du siècle, il se transforme en bicyclette, plus confortable, avec ses deux roues de même taille. Le cyclisme devient alors un loisir à la mode, qui se démocratise progressivement vers la fin du siècle. Ainsi, en 1900, à la date de la réalisation de la toile, le cyclisme est déjà ancré dans le paysage sportif français, il ne faudra attendre que trois ans pour voir apparaître le premier Tour de France.  Chroniqueur de la vie parisienne, le peintre Jean Béraud accorde un grand soin à la représentation des détails comme ceux des vêtements. Au premier plan, deux élégantes femmes, portant des culottes de cycliste, attirent votre attention. La culotte du cyclisme, spécialement inventée pour la pratique de ce sport, n'a intégré la garde-robe féminine que dans les années 1890 et a longtemps fait l'objet de débat, étant jugée comme une tenue indécente. C'est donc grâce au cyclisme, que le pantalon est entré dans le vestiaire féminin, permettant aux femmes d'acquérir la liberté du mouvement.  Ainsi, Béraud livre ici un témoignage d'une possible émancipation des femmes par le cyclisme.  J'ai choisi cette œuvre étant sensible à l'esthétique de la Belle Époque, et parce que Jean Béraud est né dans ma ville natale, à Saint-Pétersbourg.  Le Chalet du Cycle au bois de Boulogne, Jean Béraud, 1900, huile sur bois, 186 cm de hauteur sur 153 cm de largeur, Paris, musée Carnavalet.  Texte et voix : Sophia Drobysheva Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Yasmine Aïfi - Action Escalade non-anesthésiée, Gina Pane16 Jul 2024
Je m’appelle Yasmine et je vais vous parler d’escalade, de douleur et du corps. Paris, avril 1971. Nous sommes dans l’atelier de Gina Pane. Soyez discrets, la performance commence. Je vous laisse imaginer l’artiste vêtue d’une chemise à carreaux et d’un pantalon noir, gravir, mains et pieds nus, une échelle de trois mètres de haut, sur laquelle elle a positionné des pics métalliques qui la blessent au fil d’une ascension éprouvante.   Ce volet éphémère de l’œuvre est étoffé d’une partie photographique qui conserve et prolonge le souvenir de la performance. La photographe Françoise Masson est la seule à avoir le droit d’utiliser son appareil. Gina Pane élabore un montage, imbriquant gros plans sur ses éraflures et plans d’ensemble.  J’aime l’aspect intemporel de cette œuvre qui intègre trois formes d’art bien que seules deux subsistent au musée : une échelle en métal symétrique au montage photo noir et blanc. Les deux, liés par la performance.   Dans une lettre-manifeste, Gina Pane écrit sur la douleur qu’elle s’inflige.   Elle la déploie d’abord contre ce qu’elle considère comme une anesthésie des consciences. Quand elle met au point cette performance, la guerre du Vietnam s’éternise. Elle est partout. Photos de presse et télévisions participent à anesthésier les sensibilités. L’artiste grimpe en écho à une autre escalade, celle de la violence au Vietnam. Par les gros plans photographiques sur son corps en mouvement, elle nous rappelle que nous sommes vivants.   Cette expression de la douleur sur son propre corps devient un moyen de gagner l’empathie du corps social. Dans les clichés, elle ne montre jamais son visage de face. On s’identifie ainsi à l’artiste. Dans le sport, cette empathie est encore plus démocratisée. On grimpe aux côtés de notre athlète favori. On croit ressentir sa douleur.   L’artiste partage la douleur de son corps tout en testant ses limites. Un concept du dépassement de soi partagé avec le sport de haut niveau. Ce n’est pas un hasard si, dans le dictionnaire le Robert, le mot « performance » désigne tant « une œuvre artistique conçue comme un événement » que le « résultat obtenu dans une compétition ». Le grimpeur olympique est lui aussi un performer.   Gina Pane met l’accent sur le corps et sa réappropriation. Un corps qui sera vedette des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 à Paris.   Action Escalade non-anesthésiée, Gina Pane, 1971, photographies noir et blanc sur panneau en bois, acier doux, Musée national d’art moderne de Paris, Centre Pompidou.   Texte et voix : Yasmine Aîfi Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Jaedyn Bord - Cratère en cloche15 Jul 2024
Bonjour, je suis Jaedyn et je viens vous parler de sport, de céramique grecque et d’aristocratie. Imaginez-vous en 430 avant J.-C. en Grèce, vous êtes un citoyen athénien et vous vous rendez à un banquet. À cette époque, seuls les hommes y ont accès. Vous y retrouvez toute la haute société qui festoie et discute, dans le banquet grec, dans le symposium, le vin est la boisson principale. Mais il nécessite d’être coupé d’eau et d’épices tant il est fort. Selon combien est dilué le vin, il en résultera la qualité des conversations.   Alors, pour couper ce vin, un cratère en terre cuite est sorti de presque trente centimètres de haut, c’est-à-dire un vase en forme de cloche renversé. Il présente un fond noir d’où se détachent des figures de la couleur de l’argile rouge : c’est une céramique dite à figure rouge.   Sur une des deux faces de ce cratère nous observons deux jeunes hommes en nudité typique des sportifs qui pratiquent la lutte. À leur gauche, un homme âgé les entraîne, il illustre la transmission de l’expérience.   C'est une céramique typique de l’art grec classique athénien. Notamment par la représentation de figures rouges sur fond noir, technique inventée à Athènes par Andokides en 530 avant J.-C. Cela a pour effet de rendre les figures représentées plus vivantes et permet les traits à l’intérieur des formes. Comme pour nos lutteurs avec une musculature détaillée pour montrer l’effort.   Ce qui me plait le plus à travers cet objet, c’est sa fonction, quand on voit ce cratère on peut vraiment voyager dans le temps. Il met en valeur l’excellence sportive à la grecque avec des héros pour modèle comme Achille par exemple. L’excellence du corps va aussi de pair avec l’intellect et la perfection est l’objectif idéal à atteindre. Le sport en Grèce antique fait partie de la vie militaire et citoyenne, il est purement social, ce qui confirme le caractère aristocratique de cet objet. Puisque les athlètes sont souvent des aristocrates de sang ou plus tard d’argent. La lutte en particulier est un des sports les plus anciens, présente dès les premiers Jeux Olympiques antiques. Cette tradition est encore perpétuée dans les Jeux Olympiques modernes depuis les premiers à Athènes en 1896. Pratique historiquement masculine, il faut attendre 2004 pour voir la lutte féminine aux JO.   Cratère en cloche, 430-420 avant J.-C, céramique à figure rouge, production athénienne, provenance inconnue, hauteur 26cm, collection Dutuit, Paris, Petit Palais.  Texte et voix : Jaedyn Bord Enregistrement : Philipp Fischer Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Samuel Hulin - Joueurs de football, Raymond Duchamp-Villon14 Jul 2024
Bonjour, je m’appelle Samuel et je vais vous parler de rugby, de dynamisme, et d’émotion. Notre œuvre est une sculpture, Joueurs de football, réalisée par Raymond Duchamp-Villon en 1906.  Un ballon ovale attire immédiatement votre regard, qui court ensuite sur le corps d’un homme nu se tordant pour l’attraper, en une spirale dont le centre est le ballon. Sur la base de l’œuvre, vous distinguez deux autres hommes nus, presque écrasés, cherchant à retenir leur adversaire en l’agrippant. Ils reposent tous trois sur une base dont le côté brut contraste avec le poli des corps nus, dont on distingue les moindres détails.  Cette sculpture est un arrêt sur image, comme sur un ralenti passé 1000 fois après une action d’exception, comme le point culminant d’un travail d’équipe.   En la regardant, vous ressentez peut-être l’attention du joueur tenant la balle et son regard intense, peut-être aussi son futur bonheur et la volonté farouche des autres joueurs d’empêcher son geste.   Malgré le titre de l’œuvre, Joueurs de football, il s’agit de joueurs de rugby, car ces deux sports partageaient le même nom au début du XXe siècle, alors qu’ils venaient d’être créés. Ce sport a connu deux vies olympiques.  Le rugby à XV est quatre fois un sport olympique entre 1900 et 1924 dans des tournois uniquement masculins qui se résument souvent à un ou deux matchs. Le rugby disparaît ensuite des JO mais réapparaît à Rio, en 2016, avec le rugby à VII. Pour chaque genre, 12 équipes s’affrontent, et, en 2021, les Fidji conservent leurs titres chez les hommes, tandis que la Nouvelle-Zélande bat la France en finale chez les femmes. S’il vous arrive d’être fasciné par la vitesse du jeu, c’est que le sport est propice à la recherche du mouvement et du dynamisme. Duchamp-Villon les recherchera toute sa carrière, ce qui le pousse à sculpter ce groupe, encore très naturaliste, car il s’agit d’une œuvre de jeunesse. Il présente le plâtre de cette œuvre au premier salon auquel il participe à Paris en 1905.   Par l’anatomie naturaliste des corps et la recherche de représentation du mouvement, elle s’inspire des sculptures de Rodin, déjà très connu. Le dynamisme de cette composition annonce pourtant déjà la sculpture cubiste dont Raymond Duchamp-Villon sera, par ses sculptures et ses relations, un des précurseurs.  J’aime cette œuvre pour l’impression de mouvement qu’elle dégage, et parce qu’elle me procure par ce mouvement une émotion similaire à celle d’un essai de l’équipe de France. Je vous encourage d’ailleurs, à regarder au moins un match cet été en gardant cette sculpture en tête.  Joueurs de football, Raymond Duchamp-Villon, fonte en 1906 à Paris par Andro sur un plâtre perdu de 1905, 68 x 68 x 55 cm, Rouen, musée des Beaux-Arts.   Texte et voix : Samuel Hulin Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Jade Loiselle - Les Coureurs, Robert Delaunay13 Jul 2024
Je m’appelle Jade et je vais vous parler de couleurs, de mouvement et de course à pied. Les Coureurs de Robert Delaunay est un tableau peint au cours de l’été 1924, durant les VIIIe Jeux olympiques d’été. On y voit un peloton de cinq coureurs à pied aux maillots colorés. Ils se trouvent dans le virage d’une piste d’athlétisme, devant les tribunes d’un stade vide.  La couleur ! Voici la première chose qui frappe en regardant la scène. Composée de touches d’orange, de jaune, de rouge, ou encore de vert, on est ébloui par tant de couleurs. Pour créer cet effet, Delaunay s'est inspiré de la loi du contraste simultanée des couleurs du chimiste Michel Eugène Chevreul. En opposant les couleurs complémentaires entre elles, comme l’orange de la piste de course avec le bleu du maillot d’un coureur, il rend alors la toile vibrante et dynamique.   Qui dit course, dit vitesse ! Le nez, la bouche et les sourcils sont les seuls éléments du visage visibles chez ces athlètes. De même, aucune présence de leurs pieds, comme si la vitesse de la course nous les rendait invisibles. Les maillots colorés des athlètes sont l’unique moyen de les différencier.  La course à pied est l’une des épreuves les plus anciennes des jeux olympiques. Appelée le stadion, elle consistait à courir sur une longueur de stade, 193 mètres, plus précisément pour celui d’Olympie. Il s’agissait de la distance que le héros Hercule pouvait, selon la légende, courir sans reprendre son souffle. Pourtant, Delaunay utilise ici l’iconographie de ce sport pour témoigner de l’évolution de la société et de sa modernité. Modernité, par exemple, à l’œuvre dans le stade de Colombes où une piste de 500 mètres est la grande nouveauté.    Première d’une série de huit toiles réalisées entre 1924 et 1926, cette œuvre témoigne aussi de l’évolution du style de Delaunay qui oscille entre figuration et abstraction. Dans les dernières versions, les sportifs ne se résument plus qu’à des formes colorées. Enfin, le tableau ne nous présente que des coureurs, mais qu'en est-il des athlètes féminines ? Uniquement accessibles aux hommes lors des premiers jeux modernes en 1896, les épreuves d’athlétisme sont ouvertes aux femmes à partir des jeux de 1928 à Amsterdam.   J’ai choisi ce tableau car j’apprécie cet artiste qui fut l’une de mes premières découvertes en arrivant à Paris. Sa toile L'équipe de Cardiff au Musée d’Art Moderne de Paris représentant des rugbymen m’avait notamment fortement marqué, par sa taille et sa modernité.  Les Coureurs, Robert Delaunay, 1924, huile sur toile, 1,14 x 1,46 m, Troyes, musée d’Art Moderne.  Texte et voix : Jade Loiselle Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Agathe Bonin - Zidane, un portrait du XXIe siècle, Douglas Gordon & Philippe Parreno12 Jul 2024
Bonjour, je m’appelle Agathe et je vais vous parler portrait, vidéo et football. Zidane, un portrait du XXIe siècle est une installation vidéo des artistes contemporains Douglas Gordon et Philippe Parreno, filmée pendant un match en 2005 opposant le Real Madrid et le club Villarreal. Vous naviguez dans le noir entre dix-sept écrans retransmettant simultanément dix-sept versions du footballeur Zinedine Zidane pendant le match, le bruit diminue, la vidéo ralentit et vous n’entendez alors plus que sa respiration, le bruit sourd de ses crampons sur le gazon.   Un match de foot on connait mais qu’est ce qui en fait une œuvre d’art ?  C’est qu’ici les caméras sont braquées sur Zidane, selon les écrans et les bandes son, il est comme seul sur le terrain, puis parmi les autres joueurs ou encore sur fond du stade. On le voit courir, réfléchir, communiquer avec ses coéquipiers, c’est un portrait diffracté, comme la matérialisation de tant de facettes qui composent l’identité jamais fixe ni fixée, toujours mouvante comme ces mouvements sur le terrain. C’est le portrait d’un homme iconisé dont le son tente de restituer l’intériorité, la concentration, tout comme son être est relié à un stade bruyant composé lui-même d’une myriade de personnes venues assister au match.  Qui est vraiment Zidane ? Ce joueur concentré, adulé, seul et en équipe, icône de plusieurs générations qui incarne la réussite sociale. Le portrait a longtemps été le privilège des élites royales et bourgeoises qui montrent leur statut, leur puissance. À la veille de sa fin de carrière de joueur, chacun a son image de Zizou.   L’œuvre faite par ces nombreux écrans nous montre leur diversité. Plus qu’un portrait de l’icône ou de l’homme derrière, c’est aussi celui d’un siècle avec ses loisirs, son mode de consommation du sport qui starifie les joueurs en les affichant partout. Ce portrait en mouvement pose des questions sur le genre même du portrait. Qu’est-ce qui en fait sa réussite ? Ce que l’on pense devoir capter, ce qui doit être restitué de quelqu’un ?  L’œuvre sous-tend ces questions tout en mettant à nu ses procédés, les caméras filment parfois d’autres caméras ou le caméraman derrière. Elle capte les outils avec lesquels elle a été élaborée et avec lesquels elle rivalise.   J’ai été happée par le dispositif, à déambuler entre dix-sept écrans et points de vue, du feutré d’un pas à la liesse de la foule, pour découvrir Zidane autrement.   Zidane, un portrait du XXIe siècle, Douglas Gordon & Philippe Parreno, 2006.  Texte et voix : Agathe Bonin Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Philippe Aregba - Nausicaa, jeu de balle, Maurice Denis11 Jul 2024
Bonjour, je m’appelle Philippe et aujourd’hui je vais vous parler de tennis, de peinture et de mythologie. Nausicaa, jeu de balle est une peinture de Maurice Denis réalisée en 1913.  Imaginez-vous au bord d’un étang bleu, dans une campagne au sol ocre, aux arbres jaunes, aux montagnes violettes. Du ciel jusqu’au sol, le premier plan est occupé par deux jeunes femmes debout, chacune raquette à la main.  L’une est vue de dos en longue robe blanche échancrée, et l’autre porte une longue robe rouge, tournée de profil. Elles scrutent dans le ciel vert pâle la retombée d’une balle, encore trop haute pour qu’on la voit entrer dans le cadre. Si la première, en blanc, a déjà abandonné l’idée de pouvoir l’attraper, son amie en robe pourpre, plus confiante et souriante dresse fièrement sa raquette pour récupérer le tir.   Le titre Nausicaa, jeu de balle est curieux ; bien que nos protagonistes soient habillées à la mode du début du XXe siècle. Il suggère que nous ayons ici affaire à une œuvre d’inspiration mythologique. En effet, dans l’Odyssée, Ulysse se trouve naufragé sur les rivages légendaires de Phéacie où il est recueilli par la princesse locale Nausicaa qui tombe sur lui par hasard alors qu’elle jouait à la balle avec ses amies.  Vous vous en doutez, le tennis n’existait pas à l’époque d’Ulysse. L’artiste, né en 1870, est en réalité plutôt influencé par son époque qui voit la réglementation du tennis moderne en 1870 et la création du tournoi de Roland-Garros en 1891.   L'iconographie est caractéristique du goût de Maurice Denis pour les sujets sacrés ou issus de l’imaginaire. Durant sa formation artistique à l’Académie Julian, ce dernier s’était associé à d’autres jeunes peintres, réunis sous l’influence de Paul Gauguin et s’auto-proclamant “Nabis”, littéralement des prophètes, en hébreu.    Entre 1888 et les années trente, ce groupe d’avant-garde prône un retour à un art dit “primitif”, privilégiant un style épuré dans lequel les couleurs seraient au service de la vérité des formes et de l’émotion. Cette attention particulière des Nabis au traitement des couleurs est sensible dans Nausicaa, on la retrouve dans la gamme chromatique chaude avec l’emploi de jaunes vibrant et irréels pour représenter la végétation.   Ce qui me touche dans ce tableau, c’est l’élégance qui se dégage de ces jeunes femmes saisies dans l’instant du jeu, habillées paradoxalement de longues et belles robes très peu pratiques pour faire du sport.   Nausicaa, jeu de balle, 1913, peinture à l’huile, 160,5 par 106 cm, conservée à Nice au Musée National du Sport.  Texte et voix : Philippe Aregba Enregistrement : Sibylle Buloup Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Marion Desramaut - Compression, César10 Jul 2024
Bonjour ! Je m’appelle Marion et je vais vous parler de bicyclettes, de presse industrielle et de liberté. Je vous présente aujourd’hui une œuvre réalisée en 1995 par l’artiste César, de son vrai nom César Baldaccini et intitulée Compression. Il est fort possible que vous ayez déjà une petite idée de la forme de cette œuvre. Si je vous dis cinéma et cérémonie des Césars, est-ce que vous l’avez ? Les fameux Césars, trophées décernés chaque année par l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma aux meilleurs films et artistes, sont des compressions du sculpteur qui leur a donné son nom.   La compression dont je vais vous parler est en revanche d’un tout autre format. Bien plus monumentale que les élégants prix que nous venons d’évoquer. Figurez-vous un volume parallélépipédique, bloc régulier et dense, d’un mètre soixante-dix de haut, puis un enchevêtrement de guidons rouges, bleus ou rouillés, de fins pneus de vélos de ville ou de pneus plus larges, de pédaliers, de plateaux, de chaînes. Le tout écrasé, tordu, imbriqué à tel point qu’il devient difficile de reconnaître les bicyclettes qui ont servi de matériaux de base à l’artiste.    Le titre de l’œuvre fait ici directement écho à sa nature, pour réaliser ses compressions César utilise une presse industrielle qui lui permet de compresser ensemble des matériaux industriels : des épaves automobiles ou encore des bicyclettes, les agençant ainsi de manière aléatoire.   Lors de la présentation de ses premières compressions, le fait qu’il ne sculpte pas lui-même le métal fait réagir : provocation, coup d’éclat, coup de pub, ou gigantesque bluff, c’est selon. Il justifie son geste en disant « J'ai beau être fainéant, je n'ai fait que laisser faire à la machine ce que mes mains ne pouvaient pas faire ».  Pour comprendre cette démarche artistique, il nous faut d’abord revenir en 1960. Cette année-là, des artistes parmi lesquels Yves Klein, Arman, Jean Tinguely signent le manifeste d’un nouveau courant artistique : le Nouveau Réalisme. Prenant un rapport direct au réel et à la beauté du quotidien, ils incluent dans leur art des objets ordinaires, la ville, la rue, même les déchets deviennent un réservoir d’inspiration et de création. César s’inscrit donc dans ce courant en utilisant des objets de la vie de tous les jours ou trouvés dans les rues.   Alors justement ici, pourquoi des vélos ? César souhaite modifier notre regard sur les objets manufacturés et interroge la société de consommation de son époque. Dans cette œuvre, il transforme en matière première et de fait anobli, un objet lourd de symboles : le vélo. Le vélo, c’est le moyen de transport qui reçoit les faveurs du public depuis le XIXe siècle. Il joue un rôle majeur dans l’émergence de la presse sportive avec la création en 1903 du Tour de France par Henri Desgranges, directeur du journal l’Auto. Le vélo incarne aussi la liberté individuelle en permettant à tout un chacun de voyager alors que l'automobile restait un moyen de transport onéreux.  C’est également un nouveau rapport au sport, plus ludique, personnel, loin des institutions officielles. Fédérateur, le cyclisme se classe en 2005 au rang des trois premières pratiques sportives des Français, toute catégorie sociale confondue.   Je trouve intéressant de présenter cette œuvre d’art contemporain car bien qu’au attrait simple, elle incarne un moment de la pensée artistique particulièrement riche.   Compression, César, 1995, sculpture de bicyclettes compressées, 174 x 88 x 70 cm, Musée d'Art Contemporain du Val-de-Marne à Vitry sur Seine.   Texte et voix : Marion Desramaut Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Clémentine Rejeaunier - La Piscine, Musée d'Art et d'Industrie de Roubaix, Albert Baert09 Jul 2024
Bonjour à tous ! Je m'appelle Clémentine, et je vais vous parler piscine, musée et Art déco. Pas le temps d'aller au musée ? Vous avez piscine ? Ah mais aucun souci. Vous savez quoi ? Je vous emmène dans les deux en même temps !  Direction Roubaix et son musée, La Piscine. Pour l'extérieur, un long mur de briques rouges : aucun doute possible, on est bien dans le Nord. À l'intérieur, je vous propose directement de nous immerger dans la nef principale. Elle est toute en longueur, sur trois niveaux, sous une vaste voûte. Aux extrémités, deux beaux vitraux en demi-cercle, qui représentent un soleil levant et couchant, tout en rayons rouges, oranges et jaunes. S'il n'y a plus de quoi piquer une tête, on a quand même gardé un miroir d’eau au centre, dans lequel se reflètent les statues exposées autour.  La Piscine est construite entre 1927 et 1932 par l'architecte Albert Baert, originaire de Lille : le spécialiste des piscines dans le Nord. Ce bâtiment va aider à améliorer la situation sanitaire et puis fournir une piscine olympique pour permettre de faire du sport ; c'était l’une des rares en France à ce moment. Il ne faudrait pas oublier les compétitions de water-polo ainsi que la natation classique et les ballets nautiques.  La Piscine s'inscrit aussi dans le concept de l'hygiénisme, un courant de pensée qui consiste à vouloir améliorer les conditions de vie des hommes pour améliorer leur santé. On a donc un lieu pour faire du sport, avec des bains, accessible à tous, notamment aux classes ouvrières et vraiment très beau ! Tout le bâtiment est réalisé dans le style Art déco. C'est un courant artistique de l'entre-deux-guerres, que personnellement j'adore, tout en formes géométriques, très épuré. Les vitraux dont je vous ai parlé sont parfaitement représentatifs, avec des rayons exécutés en lignes droites régulières, finies par des pointes, déployées dans un demi-cercle parfait.  La Piscine ferme en 1985 mais elle n'est pas détruite. Mais qu'en faire ? En 1994, on décide d'y créer un musée d'Art et d'Industrie, qui ouvre en 2001 et l’idée est vraiment géniale. Ce type de musée qui allie Beaux-Arts et Industrie permet d'aller voir ce qui touche au plus près de l’histoire d’une ville et de sa population. Et c’est d’autant plus intéressant lorsqu’on est comme ici dans un bâtiment emblématique de la ville.   J'espère vous avoir convaincu de venir visiter ce musée et ce très beau bâtiment au surnom assez avantageux, rien de moins que de « la plus belle piscine de France ».  La Piscine, Musée d'Art et d'Industrie André Diligent de Roubaix, construite par Albert Baert, 1927-1932, musée ouvert en 2001.  Texte et voix : Clémentine Rejeaunier Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Solène Roy - Homme nu sautant à la perche, Eadweard Muybridge08 Jul 2024
Salut, je m’appelle Solène, et aujourd’hui je vais vous parler instantané, saut à la perche et image mentale. Les photographies en question ont été prises dans une université américaine par Eadweard Muybridge à la fin du XIXe siècle. Sur un papier épais sont imprimées deux séries de 11 clichés en noir et blanc. Elles montrent chacune un homme, nu, sautant à la perche de points de vue différents. Il prend de l’élan, se tend, passe, et se réceptionne.  Ce genre de photos peut paraître banal. Vous savez, les différentes phases de la Lune, qu’on a tous dû apprendre en cours ? Là, c’est le même principe, mais en plus rapide. Et à la fin du XIXe siècle, c’est une révolution. Les photographes étaient alors incapables de produire des photos nettes de sujets en mouvement, autrement dit des instantanés. Ce problème est résolu en 1871, avec l’élaboration d’une substance photographique réagissant plus vite à la lumière.  Contrairement à la technique de la chronophotographie inventée plus tard par Étienne-Jules Marey, 22 appareils photo ont été utilisés au lieu d’un seul. Chacun d’eux est relié par courant électrique à un fil. La prise de vue est déclenchée lorsque le perchiste le brise pendant son saut.  La première fois, je n’ai pas tout de suite compris que la série montrait du saut à la perche car le sportif est nu et la perche ne se plie pas. La nudité rappelle l’origine antique de la discipline, présente dès les premiers JO modernes. Mais pourquoi la tige paraît-elle aussi rigide ? La perche est en bois, pas en fibre de carbone ! Pour vous donner une idée, de 3,30 mètres en 1930, le record passe à 6,22 mètres en 2023 grâce à Armand Duplantis. Les progrès techniques font donc sauter toujours plus haut, comme les avancées en photographie permettent de prendre des sujets toujours plus variés.  Finalement, je trouve cette œuvre particulièrement intéressante. Elle inaugure quand même les premières photos de mouvements instantanés. À l’époque, l’image mentale que les gens ont de leurs mouvements s’en trouve bouleversée : la marche, l’eau en mouvement, la course du cheval. Je trouve fascinant que l’effet de surprise fonctionne même encore aujourd’hui.  Homme nu sautant à la perche, Eadweard Muybridge, 1887, héliogravure, Paris, musée d’Orsay.  Texte et voix : Solène Roy Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Margot Faucon - Passage de haie, Demetre Chiparus07 Jul 2024
Je m’appelle Margot et je vais vous parler de jambes, d'obstacles et d’athlétisme. L'œuvre que je vais vous présenter est une petite sculpture en alliage métallique, intitulée Passage de haie, réalisée dans les années 1920 par le sculpteur franco-roumain Demetre Chiparus. Nous sommes alors dans l’entre-deux-guerres, et notre artiste bat tous les records de popularité avec ses sculptures de bronze et d’ivoire, représentant des danseuses aux tenues orientalisantes.  Pourtant notre œuvre se place à contre-courant de cette production en saisissant le thème du sport. Le sujet : un athlète, simplement vêtu d’un short et chaussé de crampons, s’élançant avec détermination par-dessus une barrière. Une jambe tendue par-devant l’obstacle, l’autre encore en flexion, la sculpture immortalise l’instant du saut de haies. Après la Grande Guerre, le goût du sport se renforce, et avec lui se diffuse la pratique de l’athlétisme, la plus ancienne des disciplines olympiques. Néanmoins, l’épreuve du saut de haies n’a rien d’antique. Elle est inventée en Angleterre par des étudiants d’Oxford au XIXe siècle, peut-être inspirée des courses d’obstacles hippiques. La pratique traverse la Manche, et la France standardise définitivement le parcours à 110 m de long pour des haies de 1,06 m de haut. L’épreuve est disputée dès les premiers JO modernes de 1896.  La forme de l’obstacle est ici étonnante. Sorte de barrière massive, aux piliers en forme de “T” inversés, la haie n’a rien de léger et ne peut être percutée par le coureur. C’est l'ancêtre des haies modernes, aux piliers en forme de “L”, facilement renversables en toute sécurité.  Notre athlète déploie son corps dans l’espace : sa tête et sa jambe droite sont projetées vers l’avant, sa jambe gauche est repliée en arrière, et ses bras sont à l’horizontale. Cela vous semble familier ? Les sportifs d’aujourd’hui utilisent toujours cette technique ! Elle est inventée en 1898 par l’Américain Alvin Kraenzlein. Alors que les coureurs sautaient “empaquetés”, c’est-à-dire les deux jambes repliées sous le corps, Alvin franchit la haie une jambe tendue pour se réceptionner : utile pour reprendre sa foulée. Il établit même un nouveau record du monde resté inégalé jusqu’au JO de Paris en 1924.  Je suis fascinée par ce choix de l'instant fatidique du saut de haies. Non pas le moment de l’impulsion, ni celui de l’amortissement du corps, mais bien l’instant, ô combien insaisissable, du vol de l’athlète. Le regard vers la victoire, son corps tendu propulsant ses espoirs, voilà qu’il anticipe déjà le prochain obstacle.  Passage de haie, Demetre Chiparus, vers 1920, régule, 42 x 45,5 cm, Roubaix, La Piscine, Musée d’Art et d’Industrie André Diligent.   Texte et voix : Margot Faucon Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Elinor Bailly – Discobole en bronze, Alfred Janniot24 Jul 2024
Je m'appelle Elinor, et aujourd'hui nous allons entrer au stade Chaban-Delmas à Bordeaux pour parler de corps musclés, d’antique et d'Art déco. L'œuvre que nous allons découvrir est une sculpture en bronze de 2m60 de haut. Elle représente un athlète masculin debout nu. Le sportif tient un disque, attribut du discobole, terme employé dès l'Antiquité pour désigner le lanceur de disque.  Elle a été réalisée en 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, par le sculpteur Alfred Janniot. Ce dernier s'inscrit dans le style Art déco, des années 1920 à 1940. Bien que cette sculpture trône dans le stade Chaban-Delmas de Bordeaux au côté d'une statue féminine de Marcel Damboise, elle était originellement destinée à une piscine de la ville.  Alors pourquoi cette sculpture évoque l'Antiquité ? Tout d’abord, parce que le lancer de disque est une épreuve mère des Jeux Olympiques au VIIIe siècle avant notre ère et a été réintroduite dans la version moderne dès 1896.  Ensuite, Alfred Janniot récupère plusieurs caractéristiques aux sculptures antiques : il représente de larges épaules, des bras musculeux, des emprunts faits à l'une des plus célèbres représentations antiques d'athlètes : le Discobole de Myron.  Il va aussi emprunter un positionnement du corps issu de la Grèce Antique : le contrapposto. C'est une inclinaison inverse des hanches par rapport aux épaules, ce qui va créer des lignes qui se répondent les unes aux autres. Mais attention, essayez chez vous, vous verrez que ce n'est pas du tout une pause naturelle !  Pourquoi Alfred Janniot aime-t-il autant l’antique ? Car c'est un sculpteur du style Art déco et ce courant artistique se définit notamment par un retour à une sensibilité classique : il fait référence au culte du corps antique et aussi à l’usage du bronze, une matière considérée comme l'une des plus nobles pendant l'Antiquité.  Cette musculature développée est aussi en vogue dans les années 1940. Les costumes de l'époque sont rembourrés au niveau des épaules et même les stars de ces années-là sont des sportifs comme le nageur olympique Johnny Weissmuller qui joue Tarzan au cinéma.  Cette œuvre me touche beaucoup parce qu'elle allie parfaitement le sport et l'art dans un lieu comme un stade, tout en mettant en valeur la pratique sportive et le bien-être physique. Elle me donne à la fois envie d'aller courir un marathon et de visiter un musée !  Discobole en bronze, 1941, Alfred Janniot, bronze, 2m60 de haut, stade Chaban-Delmas, collection du Musée des Beaux-arts de Bordeaux.  Texte et voix : Elinor Bailly Enregistrement : Suzanne Saint-Cast Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Marie-Charlotte Mille - Tennis, Le Filet, Henry Valensi06 Jul 2024
Je m’appelle Marie-Charlotte et aujourd’hui je vais vous parler de coup droit, de revers, et surtout de couleurs. L’œuvre que je vous présente se nomme Tennis, Le Filet. Il s’agit d’une aquarelle peinte par Henry Valensi en 1930. L’unique personnage est un joueur de tennis. Vêtue de blanc et placée au centre de la toile, sa silhouette se détache nettement du fond uni de couleur vert émeraude.  Peut-être que vous vous demandez où se trouve son adversaire ? Il n’y en a pas. Le joueur est seul face au filet, à la fois devant et derrière. Telle une créature fantastique, il a plusieurs bras, et autant de raquettes qui percutent avec force toute une multitude de balles. Autour, c’est le vide. Il n’y a pas de sol, le personnage et le filet semblent flotter dans les airs.  Dans son aquarelle, l’artiste utilise la couleur pour représenter le mouvement. Les bras sont matérialisés par des lignes et des hachures de couleurs chaudes. Frappant frénétiquement les balles, les raquettes semblent déchirer le fond uniforme, laissant dans leur sillage des trainés rouges et oranges.   Comme le joueur de tennis qui joue d’appuis et d’enjambées pour saisir les volées, qui casse le rythme de ses courses et feinte ses coups pour déstabiliser l’adversaire, le peintre joue avec les formes et surtout les couleurs.   Henry Valensi est un artiste d’avant-garde. Son art repose sur la révélation du potentiel émotif de la couleur. Deux ans après avoir réalisé cette peinture, il fonde le mouvement musicaliste. Ce mouvement original à la particularité de réaliser des œuvres artistiques selon des lois jusqu’ici musicales, où la toile se lit, comme elle s’écoute. Dès lors, il ne s’agit pas d’adopter une approche purement figurative, mais bien de mobiliser formes et couleurs au service d’une impression dynamique, capable de restituer l’énergie de la scène. Entendez-vous le rebond des balles sur le court ?  Ce qui me touche particulièrement dans cette œuvre, c’est l’intensité qui s’en dégage. Par les oppositions de couleurs et le rythme des formes, on ressent le mouvement du joueur, on ressent sa force, et la précision de ses coups.   Et si, finalement, le secret de cette aquarelle résidait non pas dans la forme mais dans le son ?    Tennis, Le Filet, Henry Valensi, Aquarelle sur papier, 53,5 x 36,5 cm, Paris, Centre Pompidou.  Texte et voix : Marie-Charlotte Mille Enregistrement : Sibylle Buloup Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Mathilde Bertholon - L'Haltérophile, Paul Richer05 Jul 2024
Bonjour je m’appelle Mathilde et aujourd’hui je vais vous parler de plâtre, de science et de virilité. L’objet en question est une sculpture d’une cinquantaine de centimètres réalisée par Paul Richer en 1898. Celle-ci représente un homme musclé, debout sur un socle. Chauve, moustachu, nu, il porte seulement une fine ceinture en tissu. Cet athlète se tient légèrement cambré tout en bombant le torse. Il tend son bras droit dans lequel il tient un poids, et pose sa main gauche sur sa taille. Il regarde son propre effort et semble satisfait.   Cette œuvre est celle de Paul Richer, sculpteur, illustrateur, neurologue et médecin ayant vécu entre le XIXe et le XXe siècle. Professeur d’anatomie à l’École des Beaux-Arts de Paris, il étudie les proportions du corps humain pour construire un canon physique parfait par des calculs scientifiques. Il utilise pour cela des inventions technologiques récentes comme la chronophotographie.   Sa volonté de définir ce qu’il appelle « le type le plus parfait de la nature humaine » n’est pas nouvelle : on la retrouve en Grèce antique, et durant la Renaissance. La notion de progrès est très importante au XIXe siècle : donc pour Richer, l’union de l’art et de la science permet le progrès artistique. Mais Richer écrit que « tout dans la réalité n’est pas bon à prendre » ; il met donc de côté, pour reprendre les termes employés au XIXe siècle, les infirmes, les malades, les « races inférieures », dans un contexte d’émergence de l’anthropologie raciale.   Finalement, qui sont ses modèles ? Les paysans et les sportifs blancs dans la force de l’âge, qui incarnent selon l’artiste, la puissance, la force et la beauté. Il véhicule une vision de l’athlète maître de lui-même qui doit certainement vous rappeler l’adage « un esprit sain dans un corps sain ». Ce discours est repris dans la politique de l’époque et par Pierre de Coubertin, créateur des JO modernes, qui souhaitait construire une élite virile et morale par le culte du sport. Cet idéal sportif masculin a malheureusement longtemps persisté dans les JO, jusqu’à la création des Jeux féminins en 1922 et des Jeux paralympiques en 1960.   Malgré les motivations pleinement artistiques de Richer, je n’adhère pas du tout aux idées véhiculées par cette œuvre. Mais je la trouve très intéressante pour comprendre l’évolution de la place du sport dans nos sociétés, le rôle qu’il joue sur notre vision du corps et le discours politique qu’il peut parfois porter.  L’Haltérophile, Paul Richer, 1898-1899, plâtre patiné, École des Beaux-Arts, Paris.   Texte et voix : Mathilde Bertholon Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Lia Touzé - Les quatre cyclistes, Fernand Léger04 Jul 2024
Je m’appelle Lia et je vais vous parler de bicyclettes, de couleurs et de vacances. Dans son huile sur toile, peinte entre 1943 et 1948, intitulée Les quatre cyclistes, Fernand Léger dépeint un environnement vivement coloré au centre duquel quatre femmes accompagnées de deux bicyclettes s’offrent à notre regard. Dans une pose frontale, elles nous observent, figées comme si elles attendaient d’être prises en photo. Mais ce qui vous frappe au premier coup d’œil ce sont ces grandes tâches de couleurs bleues, jaunes, rouges et vertes qui se faufilent entre le premier et l’arrière-plan et ne respectent pas les contours du dessin.   Fernand Léger peint ici une scène heureuse, à l’image du contexte historique à la fin des années trente marqué par l’utilisation de la bicyclette par les Français. Cet intérêt pour le vélo est à mettre en lien avec les congés payés qui permettent aux travailleurs de partir en vacances, lesquels s’empressent de grimper à vélo pour gagner leurs destinations. Mais aussi, cela a à voir avec la popularité des compétitions sportives comme le tour de France, le Paris-Roubaix, ou bien le fameux Paris-Brest, qui se voit célébré avec la création d’une pâtisserie à son nom !  Alors que le cyclisme est une discipline connue du monde sportif, ici elle est déclinée dans son pendant récréatif. Le motif de la bicyclette est donc convoqué comme véritable emblème du loisir populaire et du plaisir avant tout !  Le traitement des couleurs lui est inspiré de ce que le peintre a connu lors de son exil aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Là-bas, il est fasciné par les vêtements aux couleurs criardes des Américaines, comme des projecteurs de Broadway ou bien encore des panneaux publicitaires qui s’amuse à changer les couleurs de la ville à toute allure. C’est de là que lui vient l’idée de ce procédé plastique de la dissociation du dessin et des couleurs. Cette technique dite de la “couleur en dehors” est ici expérimentée par Fernand Léger pour la première fois  C’est une œuvre qui selon moi prête à sourire. Je la regarde un peu comme une vieille carte postale qui me parlerait d’un temps que je n’ai pas connu. Et je me plais à imaginer derrière ce rideau de couleur tous une série de paysages de vacances.  Les quatre cyclistes, Fernand Léger, 1943 et 1948, huile sur toile, 129 x 161,5 cm, Biot, Musée national Fernand Léger. Texte et voix : Lia Touzé Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Camille Perroneau - Couronne de laurier d'André Favre03 Jul 2024
Je m’appelle Camille et je vais vous parler de Couronne, de Laurier et de mizuhiki. L’objet que je vous propose de découvrir est une couronne qui a été remise à André Favre, athlète médaillé d’or en paraski à l’occasion des Jeux Paralympiques de Nagano au Japon en 1998. Cette couronne est formée de branches de lauriers qui sont faites de papiers japonais, enroulés et qui brillent grâce à sa couleur dorée. Cette technique de travail du papier s’appelle le mizuhiki. Le mizuhiki provient d’une tradition de la ville d’Iida au Japon près de Nagano. Cela consiste à modeler le papier pour en faire des cordes très fines et les nouer ensemble, elles sont ensuite rigidifiées et colorées. Les Japonais ont fait du nœud tout un art.   Lorsque je vous parle de couronne de Laurier, la première image que vous avez sûrement en tête est celle d’empereur romain triomphant. Cette tradition d’honorer les vainqueurs avec une couronne végétale, nous vient de la Grèce antique. Il s’agissait alors de branches d’olivier, signe de paix. La couronne venait honorer les vainqueurs des Olympiades. On retrouve plus tard la couronne végétale chez les Romains, qui eux, utilisaient le laurier, élément lié au dieu de la guerre Jupiter. Vous pouvez la voir aujourd’hui dans de nombreuses représentations comme celle de Jules César dans les bandes dessinées d’Astérix.   Aujourd’hui, aux Jeux Olympiques, la couronne a laissé sa place aux médailles, sauf à Nagano où les vainqueurs des différentes épreuves recevaient cette couronne de laurier faite à partir du nœud mizuhiki. Au Japon, il est utilisé pour décorer un cadeau, il s’agit donc d’une marque de sympathie que l’on retrouve lors d’occasions spéciales. Pour l'événement exceptionnel que représente les Jeux Paralympiques à Nagano, la technique du mizuhiki est employée non pas pour créer un ornement mais pour créer un objet à la croisée des traditions gréco-romaines et japonaises.  Cette couronne est intéressante par le lien qu’elle établit entre les Jeux Paralympiques et la tradition romaine. Si la couronne de Laurier nous vient d’une longue tradition, les Jeux Paralympiques ont pour leur part vu le jour bien plus tard. Les Jeux Paralympiques ont commencé par une première édition non-officielle à Stoke Mandeville en Angleterre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La Couronne de Laurier vient donc honorer la performance physique des athlètes.   Ce qui me plaît particulièrement dans cette œuvre, c’est la représentation de la force qui malgré l’utilisation d’un matériel aussi fragile, permet de faire un lien avec une tradition aussi lointaine et le présent.   Couronne de laurier d’André Favre, papier japonais enroulé et doré, Jeux Paralympiques d’hiver, Nagano, 1998. Nice, Musée national du Sport.   Texte et voix : Camille Perronneau Enregistrement : Suzanne Saint-Cast Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Jannie Moreau - Lutteurs, Jules Dalou02 Jul 2024
Je m’appelle Jannie, laissez-moi vous parler d’un corps-à-corps, de lutte antique et de modernité. Nous allons parler d’une petite sculpture en terre cuite réalisée par Jules Dalou, vers la fin du XIXe siècle. Demeurée à l’état d’esquisse, elle représente deux hommes à bras-le-corps, emmêlés dans un affrontement intense. Sa qualité d’ébauche nous permet d’apprécier le travail de la matière argileuse par l’artiste qui vient rythmer et animer la lutte.  Cet enlacement se comprend par la position des corps et des bras qui révèlent des prises caractéristiques de la lutte gréco-romaine : la cravate qui immobilise l’adversaire en lui maintenant le cou, et le tour de bras autour des hanches de l’opposant. À ce sujet, saviez-vous que la lutte est un des sports de compétition les plus vieux du monde ? Elle était la dernière épreuve du pentathlon dans les Jeux Olympiques de l’Antiquité. Déjà populaire au XIXe siècle, la lutte dite gréco-romaine s’est professionnalisée en France avant de se diffuser en Europe et de faire partie des nouveaux Jeux Olympiques dès 1896.  Dans cette œuvre, Dalou s’est emparé de la matière sculpturale et y a laissé l’empreinte de sa main à la manière de ces lutteurs en prise avec la chair de leur adversaire et qui finissent par se confondre. Ainsi, elle évoque la puissance des gestes qui animent les lutteurs. Elle réconcilie un passé antique avec la modernité du sculpteur. Les figures, par la couleur de la terre cuite et les détails des musculatures dorsales, évoquent une nudité des corps qui fait référence aux épreuves antiques. En parallèle, l’anonymat des lutteurs et l’absence de détails nous permettent de nous concentrer sur la disposition des corps pris dans un effet d’instantanéité.   Dalou s’attache à donner l’impression d’un mouvement vif qui ne peut être retenu par l’œil et qui fait écho au monde de la vitesse et de l’éphémère qui se développe à la fin du XIXe siècle. Cette sculpture révèle ainsi la modernité du sculpteur. Les saillies et les creux dans l’argile causés par le travail manuel de Dalou peuvent se comprendre comme une approche des peaux meurtries des lutteurs. Cette œuvre pourrait-elle alors incarner une lutte moderne ? En effet, au lendemain de la défaite de 1870 face à la Prusse, la France retrouve son ardeur à travers la lutte. Dalou en défendrait alors les valeurs républicaines dans la représentation de ce duel à bras-le-corps.  Cette œuvre trouve, pour moi, sa force dans son inachèvement qui résonne avec son temps, et notamment avec Auguste Rodin. Les corps se confondent, s’absorbent, fusionnent dans cette étreinte. C’est le sentiment de la lutte que Dalou cherche à représenter.   Lutteurs, Jules Dalou, XIXe – XXe siècle, terre cuite, 19 cm de hauteur, 11 cm de largeur, acquise en 1905, Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-arts de la Ville.   Texte et voix : Jannie Moreau Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Tom Lecocq - Le Cercle de l'île de Puteaux, Henri Gervex01 Jul 2024
Bonjour, je m’appelle Tom et je vais vous parler de bourgeoisie, de tennis et de naturalisme. Vers 1907, le peintre français Henri Gervex réalise Le Cercle de l’île de Puteaux. Sur sa toile, l’artiste a disposé des femmes et des hommes attablés à une terrasse au cœur d’un parc boisé. L’ambiance mondaine qui règne y est parfaitement retranscrite. Les dames, vêtues de robes et d’élégantes coiffes aux couleurs pastelles, discutent avec des hommes, eux aussi, habillés de manière élégante.  Tous semblent passer un bon moment. Si on tend bien l’oreille, on peut entendre le bruit des couverts, des commérages, des rires entre les convives.  Quel est le lien avec le sport ? Il faut jeter un œil à l’arrière-plan du tableau. Entre les arbres, se cache un court de tennis. Les membres de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie parisienne viennent se réunir sur l’île de Puteaux pour pratiquer cette activité sportive.  Pourquoi à Puteaux ? C’est là que le vicomte Léon de Janzé fonde en 1886, la « Société sportive de l’île de Puteaux ». L’un des tout premiers « clubs » de tennis en France. Pour cette société mondaine, c’est l’occasion de faire des rencontres mais surtout de s’amuser.  Revenons-en au tennis. Ce sport est directement intégré lors des premiers Jeux Olympiques modernes à Athènes en 1896. Quatre ans après, à l’occasion des JO de Paris, c’est le court de tennis de Puteaux qui accueille les épreuves. On y voit concourir les premières femmes. Et, c’est sur ce terrain que la britannique Charlotte Cooper marque l’histoire. Elle sort victorieuse, devenant ainsi la première femme à remporter une médaille d’or olympique individuelle.  En 1907, quand Henri Gervex peint sa toile, l’île de Puteaux a déjà connu la gloire. C’est un lieu à la mode où toute la haute société se rend. Cette classe sociale, Henri Gervex la peint pendant toute sa carrière. Son œuvre est difficilement classable dans un seul et unique mouvement artistique. Ici, sa peinture se rapproche du naturalisme. Ce mouvement souhaite peindre la réalité sociale dans tous ses aspects. Henri Gervex représente ici un sujet mondain joyeux et insouciant.  Plus d’un siècle est passé et le tennis s’est démocratisé. Le court de tennis de l’île de Puteaux voit toujours les balles rebondir, les matchs s’affronter et les victoires avoir lieu. Comme les spectateurs des tableaux, asseyez-vous et profitez du match !   Je trouve cette œuvre particulièrement émouvante, le témoignage de cette vie insouciante du Paris de la belle époque m’a captivé, je n’ai qu’une seule envie : enfiler mes baskets et affronter les tennismen du tableau.   Le Cercle de l’île de Puteaux, Henri Gervex, vers 1907, peinture à l’huile, 88 x 127 cm, Paris, Musée Carnavalet.   Texte et voix : Tom Lecocq Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Nolwenn Polge Poulichet - L'Éclusée, Ferdinand Gueldry30 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Nolwenn et aujourd’hui je vais vous parler d’aviron, de peinture et des loisirs du XIXe siècle. En 1888, Ferdinand Gueldry peint l'Éclusée. Une très grande toile, dans laquelle il représente la société bourgeoise du XIXe siècle en train de pratiquer l’aviron. Nous nous trouvons ici dans l’écluse de Neuilly sur Marne. De nombreux bateaux attendent l’ouverture des portes afin de pouvoir continuer leur promenade sur la Marne. Vous sentez la fraîcheur de l’eau ? L’artiste nous place en tant que spectateur comme si nous étions également à bord d’une embarcation. Le peintre représente l’aviron avec beaucoup de réalisme car il pratique lui-même ce sport. Il participe à des compétitions avec la Société Nautique de la Marne, à Joinville-le-Pont et est également juge-arbitre international. Vous pouvez facilement reconnaître les différents bateaux de sports et de loisirs parmi lesquels une barque, un kayak, un huit de pointe ainsi qu’un bateau à vapeur destiné aux voyageurs.  L’aviron en tant que discipline sportive apparaît vers la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle. Les athlètes sont sur l’eau dans une embarcation, positionnés dos à la direction dans laquelle ils se déplacent, à la force de rames. C’est le cas dans le tableau, ce qui permet de voir les visages des personnages.  Né dans une famille aisée, Ferdinand Gueldry entre à l’école des beaux-arts où il devient l’élève du peintre Jean-Léon Gérôme. Vous voyez ce jeu de couleurs vives et ce camaïeu de vert ? L’artiste peint avec virtuosité la surface de l’eau. Grâce à un détail saisissant et une touche légère, on peut sentir la vibration des reflets et de la lumière.   L’artiste se plaît à représenter les bords de rivières et les canotiers qui naviguent pour faire le « Tour de Marne ». Il peint ici l’instantané d’une époque et ses loisirs. Au milieu du XIXe siècle, les canalisations et l’aménagement des rivières parisiennes permettent à l’aviron de devenir un nouveau loisir populaire. Ferdinand Gueldry observe les canotiers jusqu’à représenter en détails leurs costumes et maillots rayés. Son œuvre entière sur le thème des bords de Marne rend compte de la manière dont se pratique l’aviron, autant la préparation du bateau que la navigation.  J’apprécie particulièrement cette œuvre car j’ai moi-même pratiqué de l’aviron en club, sur la Marne au même endroit que le peintre. A toute allure j’aime le sentiment de voler à la surface de l’eau, et de part cette proximité sportive, je me plais alors à imaginer que Ferdinand Gueldry a ressenti ces mêmes sensations.   L'Éclusée, Ferdinand Gueldry, 1888, huile sur toile, 1,66 × 2,11 m, Reims, Musée des beaux-arts de Reims.  Texte et voix : Nolwenn Polge Poulichet Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Victoria Chiado-Orblin - Le cycliste, Aristide Maillol29 Jun 2024
Je suis Victoria et je vais vous parler de nudité, de Gaston Colin, et de modernité. Je suis face à une sculpture plus petite que nature. D’un peu moins d’un mètre de haut, elle représente un jeune homme dont le corps est d’un grand naturalisme, plutôt fin et osseux. Dans un léger déhanché, le jeune homme regarde le sol, la tête penchée vers la droite, son bras droit se déploie le long de son corps, dans un geste souple. Son autre bras est replié vers son épaule, comme si l’adolescent de bronze voudrait se dégourdir, à force de rester debout.  Avec cette sculpture, l’artiste, Aristide Maillol, joue avec nous. Cette sculpture représentant un jeune homme nu serait en réalité un cycliste. N’a-t-on jamais vu un cycliste nu ?  Ce titre surprenant vient du contexte de création de l’œuvre. C’est le comte Kessler, ami et mécène de Maillol, qui lui a proposé comme modèle Gaston Colin pour réaliser une sculpture sur le sujet de Narcisse, ce personnage d’Ovide amoureux de son propre reflet.   Le contexte mythologique permet ainsi de justifier la nudité de la sculpture. Gaston Colin était cycliste de métier, et son anatomie athlétique devint un défi technique pour Maillol. Au fur et à mesure du travail, le sujet de Narcisse a été légèrement oublié au profit de la représentation musculeuse du corps de Gaston Colin.   Ce que j’aime dans cette sculpture, c’est qu’ici, le modèle, un sportif contemporain, a pris le dessus sur le mythe, sans pour autant que toute référence à l’antiquité ait disparue. En effet, Maillol fait appel à notre culture visuelle, à nos souvenirs de représentation d’athlètes, traditionnellement représentés nus dans l’Antiquité. Lorsque l'on pense à ces sculptures antiques, généralement on pense aux figures de lanceurs de disques ou aux pugilistes. Ici, à l’aube du XXe siècle, Maillol fait de ce jeune cycliste un athlète moderne. Ainsi Maillol déclare : « Je n’ai pas voulu représenter une idée générale, c’est un portrait : c’est le portrait du jeune Colin. Les anciens ont bien fait des portraits d’athlètes. Donc c’est un portrait d’athlète. »  Le cycliste, Aristide Maillol, entre 1911 et 1914, bronze, 98,5 cm de hauteur, Paris, Musée d’Orsay.   Texte et voix : Victoria Chiado-Orblin Enregistrement : Sibylle Buloup Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Jade Bordages - Fernand Forgues, capitaine de l'Aviron Bayonnais, Eugène Pascau28 Jun 2024
Je m’appelle Jade et je vais vous parler de portrait, de masculinité et de rugby. Imaginez le portrait d’un homme. Il se tient devant vous, vêtu d'une tenue de sport bleu et blanche, une stature imposante et carrée, la moustache soigneusement taillée et des sourcils épais d'un noir profond. Perdu dans ses pensées, il fixe le spectateur. Dans sa main gauche, un ballon de cuir. Nous sommes en 1912 à Bayonne dans le Pays basque. Mais qui est cet homme qui nous fixe du regard ? Le titre du tableau, capitaine de l'Aviron Bayonnais, peut sembler déroutant, alors même qu’il tient contre lui ce qui est sans aucun doute un ballon de rugby. Le jeune homme est Fernand Forgues, joueur de rugby et garagiste âgé de 28 ans. Il fait partie du club de l’Aviron Bayonnais créé en 1904 par des rameurs de la Société Nautique de Bayonne. D’abord consacré à l’aviron, le club intègre en 1906 un nouveau sport appelé “football-rugby”, marquant ainsi le début du rugby à Bayonne. En 1913, devant un public de 20 000 personnes, Fernand Forgues mène son équipe à la victoire lors de la finale du Championnat de France.  Mais pour comprendre les origines de ce jeu aujourd’hui si populaire, il nous faut remonter le temps, près d’un siècle plus tôt, en Angleterre. C’est dans ce pays, où Shakespeare vit le jour, que le sport s’est développé. La légende raconte qu’en 1823 un certain William Webb Ellis, joueur de football rejetant avec mépris les règles du jeu, se mit à courir sur le terrain le ballon dans les bras. Le rugby était né ! Pratiqué d’abord par l’élite anglaise, il finit par se démocratiser et en 1895 la première ligue de rugby autonome est créée par la classe ouvrière. Le développement de ce sport apporte avec lui de nouvelles valeurs comme l'honnêteté, l’effort et l’esprit d’équipe.  Mais revenons-en à notre tableau. Le corps du jeune homme, avec son physique robuste, son torse velu et ses mains aux veines saillantes, incarne la virilité moderne de l’homme depuis la fin du XVIIIe siècle. C’est aussi le corps d’un homme doté d’aptitudes nécessaires à la pratique du rugby, telles que la force, la dextérité, la vitesse et l’endurance.   Impossible de ne pas s’arrêter devant ce tableau. Le réalisme incroyable dont fait preuve le peintre attire irrémédiablement notre regard vers cet homme. Avec ce portrait, Eugène Pascau ne dépeint pas seulement un sportif, il ébauche une histoire du sport.  Fernand Forgues, capitaine de l'Aviron Bayonnais, Eugène Pascau, 1912, huile sur toile, Musée Basque et de l’Histoire de Bayonne.   Texte et voix : Jade Bordages Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Justine Monsimer - Vitraux de la Piscine Molitor, Louis Barillet, Damon et Turlan27 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Justine et je vais vous parler de vacances, de bien-être et de bronzette. L’œuvre que nous allons découvrir est un ensemble de vitraux réalisés par Louis Barillet en 1929 pour la Piscine Molitor.   Embarquez avec moi sur “le paquebot blanc”. Surnommée ainsi dans les années 1930, juste après son achèvement en 1929, la piscine Molitor est un complexe nautique qui se situe dans le 16e arrondissement de Paris. Avant de pénétrer dans l’établissement, levez les yeux pour admirer la grande verrière qui couronne son entrée. Elle présente une succession de femmes qui nagent, jouent, se baignent et bronzent au soleil.   Avançons ensuite dans le bâtiment pour admirer les vitraux qui ornent l'entrée du bassin d'été. Nous apercevons alors un skieur descendre une piste à toute vitesse. Des patineurs artistiques, vêtus de bleu, dansent devant un majestueux paysage enneigé. Des femmes en bikini profitent également du beau temps pour sortir à la mer, bronzer et faire de la planche à voile.   Mais que nous montre véritablement ces vitraux ? Ces vitraux évoquent les sports nautiques, les sports de glace et les événements mondains des années folles.   Les verriers français de la période Art déco en vogue dans les années 1920 et 1940 produisent une variété de formes et de décors. En gravant, émaillant ou sablant le verre pour qu’il devienne transparent, Louis Barillet participe au renouveau du vitrail moderne en France. La verrerie d’art fût ainsi employée comme un moyen d’expression dans le mobilier et l’architecture. Ces matériaux luxueux étaient destinés à la bourgeoisie consommatrice de l’Entre-deux-Guerres.   Après la Première Guerre mondiale, les Parisiens éprouvent le besoin d’oublier le passé. Mais aussi et surtout de se décontracter en se livrant aux joies de la baignade et du sport. Ce phénomène s’inscrit dans l’héritage du XIXe siècle avec l’hygiénisme qui prône l’importance de l’hygiène et du sport dans une société rendue malade à cause des guerres et des épidémies.  L’eau était donc perçue comme un moyen de purification. Sur ces vitraux de la Piscine Molitor, les femmes sont majoritairement représentées car la figure féminine est l’un des sujets préférés du style Art déco. Elle porte désormais des vêtements qui épousent son corps, un maillot de bain lui offrant ainsi une liberté de mouvement. En 1946, la danseuse Micheline Bernardini dévoila au monde le premier bikini à la Piscine Molitor. Il souligne le nouvel idéal d’un corps mince, sportif et bronzé, synonyme à l’époque d’une bonne santé physique. Cette mode témoigne des nouvelles libertés acquises par la femme au sein d’une société patriarcale.   J’ai eu un véritable coup de cœur pour ces vitraux et les sports représentés comme le ski et la natation que j’adore pratiquer pendant mes vacances.   Vitraux de la Piscine Molitor, Louis Barillet, Damon et Turlan, 1929, produit dans les ateliers Barillet, Piscine Molitor, Paris.  Texte et voix : Justine Monsimer Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Lou Escariot - Lutteur au repos déposant son ceste, François Rude23 Jul 2024
Je m’appelle Lou, et aujourd’hui je vais vous parler de sculpture, de lutte et d’Antiquité. L'œuvre que nous regardons se nomme Lutteur au repos déposant son ceste. C’est une statuette en marbre, sculptée par François Rude entre 1832 et 1837. Un jeune athlète nu est assis, le buste penché vers l’avant, un bras appuyé sur sa jambe, il dépose lascivement son gant de lutte sur le sol. Ce gantelet, appelé “ceste” était constitué de bande de cuir et de plaque de fer, porté par les lutteurs pendant l’Antiquité. On aperçoit dans ses cheveux un bandeau qui retient les fines mèches qui tombent sur son front et protège ses oreilles. Le lutteur lève légèrement la tête, il vous regarde.   François Rude réalise en 1806 le modèle en plâtre du lutteur lors de ses études à Dijon. Il travaille alors sur des modèles antiques qui sont, au XIXe siècle, considérés comme un idéal artistique. Ce n’est que trente ans plus tard, que le sculpteur en réalisera un marbre, à la demande du futur Président Adolphe Thiers qui l’a aperçu dans son atelier.  Il sculpte le jeune athlète avec un réalisme marquant. Les muscles de ses bras ou de son dos sont doux et fins, mais semblent encore contractés après un long combat.   Mais de quel combat s’agit-il ? et contre qui ? Rien dans cette œuvre ne semble nous indiquer ce qui est arrivé à notre lutteur. Son visage est impassible. C’est tout ce qui fait la singularité de cette œuvre ! Ici, François Rude fait le choix de représenter un athlète au repos, plutôt qu’en plein cœur d’un combat de lutte. Étrange, n’est-ce pas ? En réalité, ce genre de représentation est assez courant au XIXe siècle. Imitant les artistes de l’Antiquité grecque et romaine, les artistes font le choix d’un sujet qui devient secondaire et n’est plus qu’un prétexte, un exercice à la création d’un corps parfait.  L'esthétique de cette œuvre est représentative de la jeunesse de l’artiste, dont le style évoluera plus tard vers des œuvres plus expressives dans la mouvance Romantique qui prône la représentation des sentiments à travers des œuvres mouvementées et pleines de contrastes.   J’aime cette œuvre d’abord pour sa finesse. Elle est très belle ! Mais ce qui me plait, c’est qu’elle m’intrigue. En particulier son regard dont on ne sait s’il laisse transparaître de la fatigue ou de la détermination.  Lutteur au repos déposant son ceste, François Rude, 1832-1837, H: 0,418m ; L: 0,468m ; P: 0,245 m, marbre, Musée du Louvre  Texte et voix : Lou Escariot Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Loïc Renavot - Le coureur, Germaine Richier26 Jun 2024
Salut, moi c’est Loïc, je vais vous parler de sculpture, de mouvement et d’émotions. L’œuvre dont nous allons parler est une sculpture en bronze qui s’appelle Le coureur et qui a été réalisée en 1955 par Germaine Richier. Fermez les yeux et pensez à une statue en bronze très grande mais d’une maigreur surprenante. Ce coureur est en équilibre sur une jambe, pris dans l’élan d’une course, le regard déterminé.  Cette œuvre est étonnante. Pour une sculpture de stade à Saint-Ouen, elle est assez loin du canon idéal du coureur de fond que l’on peut imaginer fort et musclé. Cette œuvre est représentative de l’artiste qui est derrière. Surnommée “l’Ouragane” et connue pour son caractère imprévisible, Germaine Richier est marquée par la violence de la Seconde Guerre mondiale. C’est à partir de ce moment-là que l’on voit sa manière évoluer : la noirceur de l’époque s’imprime sur les corps irréguliers, désaxés et écorchés. La matière n’est pas lisse. L’artiste étire, malaxe pour finalement déchirer la matière avec ses outils : elle veut la soumettre à un véritable supplice. Cet aspect ferait presque penser aux figures figées de Pompéi.   C’est justement ça qui est si spéciale dans notre œuvre : le corps du sportif n’est pas idéal. Il est banal, maigrichon. La statue semble en déséquilibre, la jambe en arrière et les bras en avant, prête à tomber. Le corps est étrange et hésitant. C’est un mouvement un peu paradoxal : donner l’impression que la statue est immobile mais qu’elle s’apprête à remuer, évoquer le mouvement sans le représenter.  Notre coureur donne l’impression de vouloir s’arracher de la terre. La figure du sportif semble presque un moyen pour l’artiste de représenter une sorte d’échappatoire de la réalité trop dure de l’époque qui s’achève, comme si la statue s’enfuyait.  Je trouve qu’il y a quelque chose de fragile, de vacillant dans cette œuvre qui est assez touchant. L’artiste dit vouloir des sculptures pleines de vie, et justement, les formes creusées et déchiquetées ne sont pas ici pour nous inspirer la mort ou la peur, mais bien pour nous montrer la vie. La matière est torturée et porteuse d’émotions. C’est une figure qui est au fond très humaine, Germaine Richier le dit elle-même « seul l’humain compte ».  Le coureur, Germaine Richier, 1955, bronze, 192 cm de haut, Pantin, Centre National d’Arts Plastiques.   Texte et voix : Loïc Renavot Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Feifei Li - Tir, Niki de Saint Phalle25 Jun 2024
Bonjour à tous, je suis Feifei, je vais vous parler de tir, d’art et de féminisme. Devant vous, se trouve un tableau-performance de Niki de Saint Phalle, réalisé en 1961. Il s’agit d’un panneau de bois rectangulaire à fond blanc, recouvert de traces de couleurs coulant vers le bas. Des trous de différentes tailles couvrent la totalité de sa surface.  Que sont ces trous ? Des impacts de balles. L’artiste a d’abord fixé des sachets de couleurs liquides et d’objets divers dans du plâtre, puis elle a tiré dessus. Sous l’impact des balles, les couleurs ont dégouliné en formant des traînées colorées.   Artiste féministe française, Niki cherche à assassiner la peinture. Elle déclare : “J’aimais voir le tableau saigner et mourir”. En réalité, c’est l’idée que l’artiste tire contre l’ordre établi et le patriarcat. Ce qui me fascine vraiment dans cette œuvre, c’est sa démarche avant-gardiste : l’art est créé par le geste destructeur !   En détournant l’usage habituel de la carabine, elle bouleverse avec humour les codes de la création artistique.    Savez-vous que plusieurs types de tir existent dans les Jeux Olympiques, dont le tir à la carabine ? Et c’est justement la carabine à 22 long rifle qui est utilisée pour cette œuvre. Intégré dans les disciplines olympiques depuis 1896, le tir à la carabine n’est ouvert aux femmes qu’en 1968, une date bien postérieure de l’œuvre concernée, en 1961 ! Comme dans beaucoup de ses œuvres, Niki casse les codes.  Depuis les premiers Jeux olympiques féminins à Paris en 1922, organisés à l’initiative de la féministe française Alice Milliat, il a fallu plus de quarante ans pour que la parité entre sportifs et sportives olympiques soit atteinte. Et voici une bonne nouvelle : un parfait équilibre est annoncé pour les Jeux de Paris 2024 !  Tir, Niki de Saint Phalle, plâtre, peinture, métal et objets divers, 1961, Musée national d’Art moderne Centre Pompidou (dimension 175 x 80 cm).   Texte et voix : Feifei Li Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Anne-Rose Sellier - Les Lutteurs, Ossip Zadkine24 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Anne-Rose et je vais vous parler de lutte, d’exil et de métaphore. L'œuvre que je vais vous décrire est une estampe nommée Les Lutteurs, réalisée par Ossip Zadkine en 1967. Plongez dans un monde sans couleur, plaqué sans profondeur sur un bout de papier, un homme essaie de s’extirper d'un piège. Le dos penché en arrière prêt à vaciller dans un précipice, il résiste à son adversaire qui lui fait face. Les deux corps en noir et blanc forment une diagonale. Ils dessinent un mouvement, tout en se fixant dans l’instant fatidique qui déterminera l’issue du combat. Ils s’opposent, se mêlent, s’entrecroisent : ils luttent.  La carrière du sculpteur d’origine russe, Ossip Zadkine commence en France et plus précisément à Paris où il affirme devenir “véritablement artiste”. Mais en 1941, au cœur de la Seconde Guerre mondiale, l’artiste juif est contraint de s’exiler. Cet événement bouleverse autant l’homme que sa création puisqu’il soutient ne plus être en mesure de sculpter. C’est ainsi, en 1943, que ces lutteurs sont pour la première fois esquissés dans son atelier états-unien de Greenwich Village.   C’est de ce dessin qu’il va tirer le motif pour son estampe vingt ans plus tard. Le fait de creuser pour créer le motif, qui sera par la suite imprimé avec la technique de l’estampe, rapproche l’artiste de son médium de prédilection, la sculpture. Zadkine exprime la violence de la lutte par des traits hachurés, il dépeint ses propres angoisses, ses tiraillements. Décontextualisés et dénudés, ces lutteurs sont des métaphores de nos conflits intérieurs. La lutte violente et féroce du contexte guerrier se métamorphose en une force maîtrisée et contrôlée à travers la pratique sportive de la lutte.  Ce sport ancestral faisait déjà partie des Jeux Olympiques antiques où il était concouru nu comme sur cette estampe. La discipline intègre les jeux modernes dès 1896 et se décline en deux versions. D’une part, la lutte gréco-romaine n’utilise que la partie supérieure du corps, et de l’autre la lutte libre permet d’user de tout son corps pour parvenir à coller les omoplates de l’adversaire au sol.   Ce qui me touche particulièrement dans cette œuvre, c’est la puissance cathartique qu’elle confère à la fois au sport et à l’art. L’acte créateur de Zadkine est un exutoire autant que l'activité physique peut être libératrice. Les Lutteurs, Ossip Zadkine, 1967, estampe, Paris, Musée Zadkine.  Texte et voix : Anne-Rose Sellier Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Clara Delettre - Les Sports, Jean Dunand23 Jun 2024
Bonjour ! Je suis Clara et aujourd’hui je vais vous parler de paquebot, d’art décoratif et d’athlétisme. Imaginez-vous voyageant à New York en 1935 à bord du célèbre et très luxueux paquebot le Normandie qui entreprend son voyage inaugural. Vous entrez dans le fumoir de la première classe et un grand bas-relief décore le mur.  Celui-ci, divisé en deux par une ligne d’horizon au tiers supérieur, représente des sportifs à la musculature développée s’adonnant à diverses disciplines de l’athlétisme liées au lancer telles que le javelot, le poids ou encore le disque.   Cinq athlètes forment une diagonale. Le geste du lancer se déploie dans l’espace à travers leurs corps successifs. On les distingue grâce à la couleur de leurs shorts : bleu pastel, puis gris ou encore blanc et l’objet qu’ils s’apprêtent à lancer ; trois javelots, puis un disque et enfin un poids.  L’ensemble de la composition se décline dans une omniprésence d’or et de bronze donnant un aspect surréaliste et précieux à l’ensemble. L’effet d’un relief très prononcé est dû à l’application des feuilles d’or et de laque qui donnent de la profondeur et de la transparence à un travail pourtant entièrement plat. L’artiste fut d’ailleurs obligé de déplacer une règle sur toutes les surfaces afin de prouver aux architectes que le décor ne présentait aucune saillie.  Il s’agit du panneau Les Sports, appartenant à la série Les joies et les jeux de l’homme, une des œuvres majeures de l’artiste Jean Dunand. Ce décorateur, sculpteur, ébéniste, laqueur et peintre est considéré comme une figure majeure du courant des arts décoratifs. Un courant artistique du début du XXe siècle concernant tous les arts et artisanats qui cherchent à retrouver la rigueur classique perdue par le style organique et ondulant des arts nouveaux.   Très célébré pour son travail autour de la laque, Jean Dunand est connu pour sa réalisation d’une partie des décors de paquebot luxueux dont le Normandie considéré comme « la référence absolue de l’art décoratif des grands paquebots ».  Les Sports évoque un jeu de l’homme qui en devient une joie lors des grands événements tels que les Jeux Olympiques. L’épreuve du lancer est d’ailleurs un rendez-vous majeur ! C’est ainsi en 708 av J.-C. que les jets du disque et du javelot, inventés par Héraklès ainsi que les sauts en longueur sont inscrits officiellement aux Jeux Olympiques.   Cette œuvre d’art me touche par son esthétique et sa technique qui en font un chef-d'œuvre mais surtout par son histoire et ses voyages à bord du paquebot Le Normandie.   Les Sports, Jean Dunand, 1935, 5,53 m de hauteur sur 5,40 m de longueur, Bas-relief constitué de 45 panneaux de stuc laqués or, cornières en métal, Musée d’Art moderne de la ville de Paris. Texte et voix : Clara Delettre Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Céleste Gely - Pugiliste22 Jun 2024
Je m’appelle Céleste et je vais aujourd'hui vous parler de sculpture antique, de boxe et d’idéalisation athlétique. L’œuvre d’art que je vais vous décrire est un marbre sculpté du IIe siècle, représentant un jeune pugiliste, c’est-à-dire un boxeur. Tout d’abord, imaginez-vous à Rome au XVIIIe siècle, du temps de la grande famille aristocratique des Borghèse, lorsque est découvert, enfoui dans le sol, un somptueux buste grandeur nature représentant peut-être un discobole, un athlète lanceur de disque.   Vous vous émerveillez devant sa posture conquérante, les courbes musclées de son corps nu et la finesse des traits de son visage. Un discobole ? Non, cette statue sera un pugiliste ! En effet, en 1781, une quarantaine d’années après sa découverte, le sculpteur italien Vincenzo Pacetti restaure l’athlète pour en faire un boxeur. Pour quelle raison ? Lors de la fouille, des mains de pugiliste entourées de lanières de cuir ont également été retrouvées, elles ont donc finalement été rendues à leur propriétaire.  Chez les Grecs et les Romains, le combat d’homme à homme, sans armes, était très prisé. Le pugilat est connu pour être le sport le plus rude et le plus violent, c’est l’ancêtre de la boxe. Il exigeait un haut niveau de maîtrise et de stratégie alliée à une bonne dose de courage et d’endurance. Le pugilat fait partie de l’une des trois épreuves de combat des Jeux Olympiques antiques grecs. Notre boxe moderne, quant à elle, est inscrite au programme des Jeux Olympiques contemporains sous sa forme anglaise depuis l’édition de 1904. Jugée trop dangereuse, son entrée aux JO a longtemps été retardée et n’a été ouverte aux femmes que depuis 2012.  Mais, le saviez-vous ? Dans la mythologie grecque, Apollon, que nous connaissons tous comme étant le dieu de la musique, est également celui des pugilistes après avoir vaincu à mains nues Arès lui-même, le dieu de la guerre.  Ce que j’aime dans cette œuvre, c’est sa pureté, l’athlète est vainqueur, mais son expression reste humble face à la souffrance de son adversaire, impassible, tout en exprimant avec son corps la gloire de ce beau sport qu’est la boxe.  Pugiliste, auteur inconnu, restauré par Vincenzo Pacetti, IIe siècle, marbre, découvert à Rome en 1739, 1m86 par 63 cm, Paris, Musée du Louvre, actuellement en dépôt au Musée National du Sport à Nice.  Texte et voix : Céleste Gely Enregistrement : Kélian Jeannez Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Julie Chamussy - Les Avirons, Vassily Kandinsky21 Jun 2024
Je m’appelle Julie et je vais vous parler de couleur, de ligne, et d’énigme. Nous sommes en présence d’Étude pour Improvisation 26, Les Avirons, une œuvre de petit format réalisée entre 1911 et 1912 par Vassily Kandinsky. Mais qu’est-ce que vous voyez, au juste ?   On repère tout de suite six longs traits noirs tracés à l’encre de Chine. Ils partent du côté inférieur droit de l’œuvre pour rejoindre son centre. A cet endroit, « des lignes brisées en arc » achèvent leur trajectoire. Le tracé défini de ces éléments et le noir profond de l’encre de chine s’opposent au fond de l’œuvre. L’arrière-plan se compose de formes sans contours, aux couleurs diaphanes, réalisées à l’aquarelle. On distingue des teintes froides, comme le bleu ou le vert, mais aussi des teintes chaudes, avec le rouge et le jaune.   Mais qu’est-ce que cela représente ? Kandinsky a laissé un indice dans le titre l’œuvre : avirons. C’est un sport qui consiste en la propulsion d’un bateau par la force des rames, qu’on appelle des avirons. Les rameurs sont assis en tournant le « dos à la direction du mouvement ».   Les lignes brisées, au centre, représentent les bateaux. On voit même les traces de leur passage qui sont incarnées par les diagonales noires. Le titre est un des rares indices que Kandinsky laissait parfois pour interpréter ses œuvres.   Finalement, même si on arrive à le distinguer, représenter ce sport n’est pas ce sur quoi se concentre Kandinsky. Ce sont plutôt les formes, les couleurs et leur rythme qui l’intéressent. Cette œuvre, bien que figurative, tend vers l’abstraction. D’ailleurs, son petit format et son titre principal rappellent qu’il s’agit d’une étude pour Improvisation 26, une peinture de grand format, et dont l’abstraction est encore plus marquée.  Cette œuvre peut sembler énigmatique et complexe. Pourtant, Kandinsky cherchait à créer un art qui s’adresse directement à notre âme par le biais des formes et des couleurs.  C'est pour cela qu’elle m’a interpellée car elle nous rappelle qu’à force de mobiliser notre esprit, nous ne savons pas contempler en ouvrant nos yeux et notre âme. Elle nous invite donc à prendre le temps d’observer et de se laisser transporter.   Les Avirons (Étude pour Improvisation 26), Vassily Kandinsky, 1911-1912, Aquarelle et encre de Chine sur papier, 25 x 32 cm, Paris, Centre Pompidou.  Texte et voix : Julie Chamussy Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Valentine Karrer - La piscine, Fernand Léger20 Jun 2024
Bonjour je m’appelle Valentine et je vais vous parler de modernité, de loisirs et de sport. Nous nous trouvons devant une lithographie tardive, c’est-à-dire une image imprimée sur papier à partir d’une matrice en pierre, réalisée par l’artiste Fernand Léger, en 1959. « A qui la tête, à qui les jambes, les bras, on ne savait plus, on ne distinguait plus ». Mais que veut nous dire l’artiste par cette phrase intrigante ? Approchons-nous et écoutons. Nous pouvons entendre le bruit de l’eau. Il ne s’agit pas du bruit calme d’un ruisseau ou d’un étang, ni celui puissant et bruyant d’un océan déchainé. Écoutons cette eau chahutée, éclaboussée, et les cris de joie qui l’accompagnent.   Regardons la scène : des corps dont on ne voit parfois émerger que le bras, le torse, la tête, le dos, plongés dans une eau qui occupe tout l’espace. Tout à gauche, un ballon à rayure flotte. Dans un dessin franc et précis, dont le trait noir est contrasté par quelques aplats de couleur bleu et orange, Fernand Léger offre une scène de loisir et de sport à La piscine, titre de l’œuvre.   La composition est éclatée, les corps larges sont représentés de façon simplifiée à l’aide de formes tubulaires propres au style de l’artiste. Les corps s’élancent, plongent, se redressent, saluent parfois, dans un enchevêtrement qui rappelle l’effusion du bassin et de la nage. Ce dynamisme est rendu possible par la dissociation entre forme et couleur selon une technique propre à l’artiste « la couleur en dehors ».   Né en 1881, Fernand Léger s’attache à représenter la vie moderne, dans son urbanité, et ses activités nouvelles. Avec l’avènement du Front Populaire en 1936, les Français se voient accorder deux semaines de congés payés leur permettant de s’adonner à un phénomène inédit : les loisirs, qui sont largement représentés par les avant-gardes.   Revenons à l’œuvre et observons ce personnage, en haut et au centre, qui semble nager le crawl. S’il pratique ici cette nage de façon récréative, il s’agit aussi d’un type de nage pratiqué aux épreuves de natation des Jeux Olympiques. La natation, présente depuis les premiers Jeux Olympiques modernes d’Athènes en 1896 et ouverte aux femmes à partir de 1912 a bien évoluée. Cet été, à Paris, les nageurs s’affronteront sur 16 épreuves de distance différentes, combinant plusieurs styles de nage.   Cette lithographie est une planche de l’album La Ville, débutée en 1954, interrompue par son décès en 1955 et finalement éditée en 1959. Elle présente l’effervescence de la nage et de l’atmosphère du lieu. Étant bonne nageuse, cette œuvre me rappelle la liberté ressentie une fois dans l’eau et la possibilité de se mouvoir dans un espace qui semble dépasser les trois dimensions habituelles.   La piscine, planche 25, album La Ville, Fernand Léger, 1959, lithographie, 66 x 51cm, Musée national Fernand Léger, Biot.  Texte et voix : Valentine Karrer Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Énora Vauterin - Les Jeux Pythiens, Antoine Bouzonnet-Stella19 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Énora, et je vais vous parler de Python, de musique et de sport. L’œuvre que je vais vous présenter est un dessin du XVIIe siècle intitulé Les Jeux Pythiens et qui donne à voir des athlètes dans un style inspiré de l’Antiquité.  Au premier plan, des personnages se préparent aux épreuves sportives, deux hommes s’exercent à la lutte devant un aurige, c'est-à-dire un conducteur de char. A leur côté, un lanceur de disque ou discobole est appuyé sur un nuage, sur lequel se trouvent des personnages mythiques autour d’un trépied. Ils tiennent des lyres et des couronnes de lauriers.  Il s’agit ici, non pas d’une représentation des Jeux Olympiques mais des Jeux Pythiques qui se déroulaient à Delphes et qui étaient les plus importants après ceux d’Olympie. Les Jeux Pythiques auraient été instaurés pour célébrer la victoire d’Apollon contre le monstre Python. Apollon étant dieu du chant et de la musique, il s’agissait à l’origine de concours musicaux. Ce n’est que progressivement que sont rajoutées des épreuves sportives telles que différentes courses de chars, la course à pied armé, la lutte. La plupart des épreuves des jeux pythiques se déroulaient sur le stade de Delphes, qui pouvait accueillir jusqu’à 6500 spectateurs. Les ruines de ce stade de 177 m de long sont visibles aujourd’hui encore.   Ce dessin ne se contente pas d’illustrer des jeux antiques, il lie également le monde des hommes et des dieux. Cette jonction se fait par le discobole, qui pourrait faire allusion à Hyacinthe, qui fut aimé et tué par Apollon alors qu’ils s’exerçaient ensemble au lancer de disque.   Mais pourquoi représenter au XVIIe siècle les Jeux Pythiens ? Pour comprendre cela, revenons ensemble à cette époque. Cette œuvre d’Antoine Bouzonnet-Stella est un dessin préparatoire pour la peinture qu’il veut présenter comme morceau de réception pour intégrer l’académie royale en 1666. Il paraît alors logique de réaliser une œuvre qui met à l’honneur Apollon et ses jeux car le roi Louis XIV avait choisi le Dieu Soleil comme emblème de son règne.   Si j’aime cette œuvre c’est parce qu'à première vue, il s’agit d’une des rares représentations des jeux Delphiques que j’affectionne particulièrement car ils lient musique et sport et qu’un second regard permet de découvrir des allusions mythologiques plus subtiles.   Les Jeux Pythiens, d’Antoine Bouzonnet dit Bouzonnet-Stella, XVIIe siècle, dessin au stylet, pierre noir, lavis gris et rehauts de gouache sur papier brun, 50 cm, Bayonne, Musée Bonnat-Helleu.  Texte et voix : Énora Vauterin Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Léa Detant - Volleyball, Niki de Saint Phalle18 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Léa et je vais vous parler de mouvement, de nanas, et de joie. Imaginez-vous une femme à la peau rouge, entièrement stylisée au point de réduire son visage à un ovale, vêtue d’un bustier aux multiples couleurs et dessins qui soulignent ses formes généreuses. Cette grande femme se contorsionne et s’élance pour recevoir ou lancer une balle de volleyball blanche sur un fond bleu électrique.  Ce qui est étrange dans cette œuvre, c’est qu’elle se fonde sur un paradoxe : l’artiste, Niki de Saint Phalle, cherche à saisir un mouvement ascendant, tout en le représentant de manière figée, ce qui peut rappeler le geste d’un smash. Il s’agit de capter la beauté du geste et l’énergie déployée, par les couleurs, mais aussi par cette contorsion du corps qui est un défi aux lois de l’anatomie.  D’autant plus paradoxal que la figure est représentée seule, alors même que le volley-ball est un sport collectif. Mais ce n’est pas la première fois que l’artiste représente un sport : elle s’est déjà consacrée à la danse et au football dans les années 1990. Cela dit bien son goût pour le dynamisme, dans un contexte qui prône l’optimisme face au dépassement de soi qui s’incarne dans le sport.   Mais cette femme est aussi caractéristique d’un motif qui a fait la signature de l’artiste : les nanas. Elles sont conçues comme des créatures joyeuses et fantasques, des guerrières qui dominent le monde, toujours très opulentes et légères à la fois. Suspendue au sol, décomplexée, notre nana peut incarner la célébration du volley-ball, né aux États-Unis en 1895. L’artiste franco-américaine transmet au travers de ses nanas un véritable message féministe, prônant la capacité des femmes, leur beauté, leur force, qu’elle élève au rang artistique.   Et c’est pour ça que notre œuvre déborde de joie de vivre, notamment grâce aux couleurs vives et ludiques sur son bustier orné de décors circulaires et sur sa poitrine; l'artiste y représente d’un côté une fleur et de l’autre un cœur. Cela peut être lié au courant du nouveau réalisme auquel l’artiste a appartenu, prônant une « appropriation positive du réel ».   Ce que j’aime dans cette œuvre, c’est l’impression de légèreté qui se dégage, par sa position qui en fait une figure aérienne, mais aussi grâce au caractère léger d’une énergie agréable et enjouée.  Volleyball, Niki de Saint Phalle, 1993, Estampe, 80 x 60 cm, Nice, Musée d’Art moderne et d’Art contemporain.   Texte et voix : Léa Detant Enregistrement : Suzanne Saint-Cast Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Théa Viret - Surf, Fabien Mérelle17 Jun 2024
Bonjour à tous. Je m’appelle Théa et aujourd’hui je vais vous parler de dessin, de surf, et de planche à repasser. Fermez les yeux et tentez de visualiser. J’ai devant moi un dessin en noir et blanc réalisé par Fabien Mérelle en 2007, intitulé Surf. On y voit un jeune homme qui tente de se mettre debout sur une planche. Sa posture évoque celle des surfeurs, les pieds l'un derrière l'autre, les genoux pliés, l'air concentré, les bras cherchant à trouver un équilibre qui semble instable. Le hic, c’est que sa planche à lui n'est pas une planche de surf, mais une planche à repasser. Autour de lui, pas de vague, que du vide. Comme tenue, pas de combinaison, mais un marcel blanc et un pantalon de pyjama. C'est ainsi qu'est toujours vêtu le personnage que Fabien Mérelle met en scène dans ses dessins, une sorte de double de lui-même. On le retrouve également dans les sculptures hyperréalistes de cet artiste contemporain pluridisciplinaire, dont le dessin reste néanmoins un des médias principaux.  Son style est réaliste et minutieux. Son fin trait d'encre est mis en valeur par l'absence de fond : ce vide apporte une grande respiration à l'œuvre, et participe à créer une atmosphère empreinte d'une certaine poésie. Un équilibre délicat se crée alors avec l'ironie du sujet, basée sur le jeu de mot de la planche. Le surf est pratiqué dans le monde entier par plus de trente-cinq millions d’adeptes, dont de nombreux jeunes. Il fut popularisé auprès du grand public dès les années 1950. Si des compétitions internationales existent depuis 1976, le surf n’est entré au programme des Jeux Olympiques que récemment, à l’occasion des Jeux de Tokyo 2020. En 2024, les épreuves se dérouleront non pas à Paris mais à Tahiti.  Alors, à l’occasion des JO, ce sport spectaculaire qui rime avec liberté risque de nous faire rêver, comme ce personnage sur sa planche à repasser, qui semble surpris au milieu d’un jeu un peu absurde. Il me paraît alors assez touchant.   Personnellement, je le projette dans le contexte du confinement, où la perspective de jouer dans les vagues, en plein air, devait en séduire plus d’un ; vous voyez certainement de quoi je veux parler. Peut-être alors que vous aussi, vous vous laisserez tenter, sur la mer, ou sur une planche à repasser, qui sait ?  Surf, Fabien Mérelle, 2007, dessin à l’encre sur papier, 28,2 sur 21 cm, Paris, Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou.   Texte et voix : Théa Viret Enregistrement : Kélian Jeannez Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Naïs Ollivier - Piscine Molitor, Lucien Pollet22 Jul 2024
Salut, je m’appelle Naïs, et aujourd’hui on va parler Art déco, natation, et années folles. Je vous emmène donc à la Piscine Molitor, un fameux complexe daté de 1929 qui jouxte encore aujourd’hui le Bois de Boulogne à Boulogne-Billancourt.   Mais pourquoi parler de complexe nautique ? Parce que la piscine est en réalité dotée de deux bassins, un d’hiver et un d’été. Le premier, le bassin d’hiver est couvert et entouré de galeries de cabines. Le deuxième, le bassin d’été est un bassin de plein air. Il fait aujourd’hui partie de l’hôtel Molitor.  En 1929, on est encore dans cette césure d’après-guerre, ce tournant appelé « Années folles », qui se caractérise notamment par le développement des loisirs. Une société qui s’intéresse à la santé mentale et physique des individus. Et c’est donc un moment où on dépasse l’idée des simples « bains », qui favorisaient l’hygiène pour s’orienter vers l’éducation et la compétition sportive.   Ce lieu s’inscrit dans le vaste programme de nouvelles piscines commandées en France, en raison du retard constaté lors des JO d’été de 1924. L’architecte Léon Pollet, ici mandaté, a réalisé 4 autres piscines similaires dans les mêmes années qui révèlent des dispositifs semblables. S’y retrouvent des coursives et l’usage de mosaïques décoratives.   La piscine Molitor témoigne du style « Paquebot » qu’on identifie par ses emblématiques fenêtres hublot qui donnent sur la rue. Le bâtiment frappe aussi par ses formes épurées, et le jaune égyptisant qui domine la façade. Une architecture qui s’inspire à la fois de l’antique et de l’industrie des transports de 1929-1930. Au portail sud d’entrée, des vitraux de Louis Barillet représentaient des baigneuses.   Ce lieu je l’affectionne tout particulièrement, puisqu’il a gardé son style d’origine, l’endroit a tout connu : des squats, des défilés de mode, des représentations théâtrales, de la révolution du « bikini » au « topless », à l'entraînement des champions français de patinage.    Piscine Molitor, Léon Pollet, 1929, Paris, XVIe arrondissement.   Texte et voix : Naïs Ollivier Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Jeanne Michel - Le serment des tournoyeurs, Barthélémy d'Eyck16 Jun 2024
Je m’appelle Jeanne et je vais vous parler d’enluminure, de tournois et de chevaliers. Je vais vous décrire une enluminure médiévale, intitulée Le serment des tournoyeurs, peinte par Barthélémy d’Eyck entre 1462 et 1465.  L’enluminure nous présente le face à face de deux groupes de tournoyeurs. Vous voyez, cette multitude d’hommes en armure brandissant leurs armes sur leurs destriers. Les étendards, les housses d’apparats des chevaux et les tenues permettent d’identifier le camp d’appartenance des chevaliers. Les porteurs de motifs de mouchetures d’hermines noires appartiennent au camp de Bretagne. Les chevaliers arborant des fleurs de lys sur fond bleu et des rayures rouges et blanches sont les Bourbons. Les combattants prennent place dans une lice, le champ clos où se déroulent les joutes. Derrière ces groupes, deux tribunes se dressent : la tribune des juges et la tribune des femmes.  Notre enluminure du Serment des Tournoyeurs est tirée du Livre des Tournois décoré par le peintre Barthélémy d’Eyck pour le roi René d’Anjou, qui a vécu au XVe siècle et qui fut un important organisateur de tournois.   Le tournoi au Moyen Âge prend ses racines dans le duel judiciaire mais reste une pratique codifiée et protégée. Il s’agit non pas d’une occasion pour déployer une violence martiale mais d’une mise en scène. Le cérémonial prime sur le combat.   Le tournoi permet aux combattants de montrer leur prestige et leur grandeur. La pratique des armes est nobiliaire, c’est-à-dire que c’est un principe propre à la noblesse. Cela se ressent dans la composition de notre enluminure : les nobles sont dans les tribunes, le peuple en contrebas.  Ce qui est tout à fait intéressant, certains codes des tournois trouvent des échos dans nos pratiques sportives actuelles. Les armoiries – c’est-à-dire les blasons – arborés par les chevaliers fonctionnent comme les maillots de nos sportifs : ils permettent de singulariser une équipe par des symboles et des couleurs. D’ailleurs, le saviez-vous ? Le terme « manche » pour désigner une partie nous vient tout droit du Moyen Âge : les femmes présentes offraient un morceau de la manche de leur robe aux chevaliers pour les remercier de leur bravoure !   Ce qui me plaît particulièrement dans cette œuvre, c’est l’importance accordée aux signes visuels. Il y a un foisonnement de détails, nous retranscrivant à nous, spectateur, l’ambiance qui devait régner au cours de ces tournois.   Le serment des tournoyeurs, Livre des tournois, Barthélémy d’Eyck, vers 1462-1465, encre et lavis sur papier, 38,5 x 60 cm, Paris, Bibliothèque nationale de France.  Texte et voix : Jeanne Michel Enregistrement : Suzanne Saint-Cast Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Marie-Éléonore Roux - Course de chevaux, dit Le Derby de 1821 à Epsom, Théodore Géricault15 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Marie-Éléonore et aujourd’hui je viens vous parler de chevaux, de lumière et de vitesse. Nous sommes en 1821, Théodore Géricault peint un tableau intitulé Le Derby d’Epsom. Pensez à un dimanche après-midi, sur un champ de course avec un ciel orageux à l’horizon. Vous entendez ce bruit retentissant ? Ce sont les galops des chevaux qui arrivent au loin. Nous assistons à une course hippique, quatre jockeys se battent pour obtenir la première place. Deux d’entre eux frappent avec une cravache le cheval. Aucune patte des chevaux ne touche le sol, tous élancés dans cette course effrénée. Ils paraissent en lévitation. Leurs couleurs marrons et noires contrastent sur un fond de ciel aux nuages menaçants et un gazon verdoyant. Les chevaux sont très détaillés alors qu’autour d’eux, tout apparaît flou donnant cette impression de vitesse.  C’est à l’occasion de son long séjour en Angleterre, en 1821, que Géricault peint cette toile pour le marchand de chevaux Adam Elmore. Géricault nous présente ici une des courses les plus prestigieuses et anciennes du monde : le Derby d’Epsom. Le peintre ne s’attache pas à décrire précisément la course de cette année-là mais plutôt une course imaginaire qui nous permet de ressentir la sensation de la course. Les silhouettes étirées et élancées des chevaux confèrent à la scène une impression à la fois de vitesse et d’immobilité, comme un ralenti cinématographique. Avec un jeu sur le clair-obscur et des ombres portées, le regard du spectateur est conduit vers le centre de la toile où les chevaux courent. S’exprime alors une tension dramatique qui restitue toute la dynamique de l’action.  Est-ce que vous savez comment s’appelle cette représentation du cheval semblant voler ? Il s’agit du galop volant, une position qui est en réalité impossible physiquement pour le cheval. C’est ce que Eadweard Muybridge démontre en 1877 grâce à la chronophotographie, ce procédé permet de décomposer le mouvement grâce à une série de photographies prises en rafale.   Si la course de chevaux n’est pas aux programmes des Jeux Olympiques, on retrouve d’autres épreuves hippiques comme l’épreuve de saut qui n'apparaît que durant l’édition de 1900.  Les femmes n’ont eu la possibilité d’y participer progressivement qu’à partir de 1952. L’équitation est aujourd'hui la seule discipline totalement mixte au sein des épreuves olympiques !   A travers ce tableau, j’ai l’impression de voir les chevaux dans un vol surnaturel, baigné d’une atmosphère étouffante. Je suis impressionnée par la capacité de Géricault à nous tenir en haleine en représentant un moment suspendu. Je n’ai qu’une envie, connaître l’issue de la course !  Course de Chevaux, dit traditionnellement Le Derby de 1821 à Epsom, Théodore Géricault, huile sur toile, 1821, 92cm sur 123 cm, Paris, Musée du Louvre.  Texte et voix : Marie-Éléonore Roux Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Annaëlle Rolland - Footballeur, Pablo Picasso14 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Annaëlle, aujourd’hui je vais vous parler d’une œuvre méconnue de sculpture, de football et de Picasso. Cette sculpture, haute comme deux ballons de foot, est faite de tôle découpée et pliée. Les lignes de pliage de la tôle soulignent habilement le mouvement sinueux du corps du joueur : la ligne des bras et la ligne du dos que prolonge la jambe d’appui. La tôle est recouverte de peinture blanche et figure au crayon gras bleu, noir et marron, à la manière d’un dessin d’enfant, le maillot et les crampons. Les détails anatomiques du visage et des mains sont dessinés au crayon gras, la figure semble figée dans un moment décisif du match. Notre joueur s’élance, il court, les bras tendus, la jambe prête à frapper la balle mais où est la balle ?   A l’origine du football, il n’y avait pas vraiment de ballon, enfin pas un ballon comme vous devez l’imaginer. Dès l’Antiquité, plusieurs jeux de balles utilisaient des vessies de porc gonflées ou encore des balles de foin en guise de ballon. Voilà de quoi s’amuser ! Chacun jouait selon ses propres règles, en équipe, parfois jusqu’au sang. Il faudra attendre 1863, en Angleterre, la création de la Football Association qui codifie les règles de ce sport. Quant au ballon, il se standardise, on obtient alors, à quelques variations près, le sport que l’on connait aujourd’hui : des matchs sur gazon en deux Mi-temps de 45 min, à onze contre onze.     Picasso est surtout connu pour ses tableaux, mais ses sculptures sont tout aussi révolutionnaires et novatrices.  Dans les années 1950 et 1960, il utilise la technique de la tôle pliée pour transposer ses recherches picturales dans l’espace. À l’aide de formes simples, schématiques, planes et pourtant courbes, il propose une vision simplifiée de la réalité. Vous cherchez notre footballeur ? Le voilà, figé au cœur de l’action : une silhouette, quelques détails signifiants comme le maillot de foot, de simples traits pour les yeux, le nez et la bouche et la figure prend vie. Par sa naïveté, elle nous ramène à l’enfance et à nos premiers souvenirs de dessin.   À la vue de cette œuvre, je trouve que l’on ressent l’énergie et l’intensité des matchs qui exaltent les foules. Elle ravive notre âme d’enfant mais aussi celle du supporter. Je ne sais pas vous, mais moi, ce footballeur-là, j’ai drôlement envie de le voir gagner.  Footballeur, Pablo Picasso, printemps 1961, produit à Cannes, tôle découpée, pliée, peinte et crayon gras, 61,5 cm de haut, 47 cm de large, Musée Picasso de Paris.   Texte et voix : Annaëlle Rolland Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Gauthier Schmitt - La Lutte, Émile Friant13 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Gauthier et je vais vous parler de lutte, de peinture et de naturalisme. Nous allons aujourd’hui nous intéresser à une peinture datant de 1889 qui s’intitule La Lutte. C’est une huile sur toile qui a été peinte par Émile Friant, un peintre lorrain qui a été formé à l’École des Beaux-Arts de Paris.   Pour bien visualiser la scène, un petit voyage s’impose. Nous voilà à la campagne, dans un pré. Le ciel est plutôt nuageux et on peut voir au loin un grand chêne à côté d’une maison. Face à vous, sur les bords d'un cours d'eau, deux jeunes garçons, en caleçon de natation, se prennent corps à corps et cherchent à se renverser. On ressent une certaine violence qui se manifeste dans la torsion de leurs bustes noués au-dessus de leurs jambes frêles. Leurs corps ploient et résistent, tandis qu’un peu plus loin derrière, sur la rive opposée, leurs camarades les observent.  Émile Friant choisit ici de représenter une scène de la vie quotidienne, une banale dispute et non pas un moment extraordinaire. Par le choix de ce sujet et car le paysage occupe plus de la moitié de la toile, on peut rapprocher Émile Friant du naturalisme, courant artistique de la fin du XIXe siècle qui veut représenter la nature telle qu'elle est, sans aucune exagération ni scénographie.  Ce courant a notamment été influencé par la photographie, grande nouveauté de l’époque. Émile Friant s’en servait pour peintre, lui permettant d’être au plus proche de la réalité. Il a su rendre avec une grande délicatesse les différentes teintes de la peau et il a accordé une grande importance aux détails. Il va même jusqu’à représenter la saleté des shorts des enfants. Cette attention portée au réel le rapproche, alors aussi du réalisme, un autre courant artistique du milieu du XIXe siècle.  Face à cette très grande peinture de plus de 1,80 m de haut, nous sommes réellement plongés au cœur de la scène. Que l’on soit en pleine nature, ou bien face à une compétition des Jeux Olympiques, on ressent toute la tension qui se joue dans ce moment décisif où d’une seconde à l’autre l’issue du duel peut changer.   En observant cette toile, j’ai l’impression que le temps s’arrête et que, Émile Friant a réussi, par sa touche, à créer une véritable image poétique de ce qui pourrait sembler au premier abord n’être qu’une simple dispute entre deux amis.  La Lutte, Émile Friant, 1889, Huile sur toile, 180 × 114 cm, Montpellier, Musée Fabre.  Texte et voix : Gauthier Schmitt Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Mona Jubert - Parc des Princes, Roger Taillibert12 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Mona et je vais vous parler de béton, de brutalisme et de stade. Nous allons visiter ensemble un lieu mythique, le Parc des Princes construit en 1972 par les architectes Roger Taillibert et Berdje Agopyan. Son allure massive détonne dans le paysage urbain de l’ouest de Paris à la porte de Saint-Cloud. Ce qui nous interpelle c’est cette forme ovoïde avec une ouverture dans le toit hérissée de cinquante portiques de béton. Tel un oursin qui protège les spectateurs répartis dans quatre tribunes.   Le premier Parc des Princes fut construit en 1897. A l’origine il s’agissait d’un stade vélodrome où l’on pratiquait du cyclisme, du rugby et du football. Mais le visage du Parc des Princes tel que nous le connaissons actuellement remonte aux années soixante avec de grands travaux de réhabilitations menés entre 1967 à 1972.   L’un de ses auteurs, Roger Taillibert, est un architecte reconnu dans le domaine des équipements sportifs. Il réalise par la suite le stade olympique de Montréal, ce qui lui permet de renforcer sa notoriété naissante.   Véritable prouesse architecturale, le parc des princes est issu d’un courant artistique des années 50 – 70. Le Brutalisme, ce mouvement prend racine dans les créations de l’architecte le Corbusier. Il se caractérise par l’économie des matériaux, par un usage brut du béton, une façade sans ornement, géométrique et un faible coût pour une réalisation rapide  Son design unique offre aux spectateurs un véritable confort. La visibilité est permise par une bonne inclinaison des gradins et aucun siège n’est à plus de 45 mètres de la pelouse. De plus, son système d’éclairage incorporé au toit est l’un des premiers exemples en Europe. Enfin l’acoustique est assurée par le rétrécissement du toit formant comme une caisse de résonance.   Menacé plusieurs fois de destruction, le parc est pourtant un haut lieu du sport français et un équipement associé dans les mémoires à de grandes manifestations festives. Il a été le théâtre de finales de football épiques comme celle de la Coupe de France en 1982 opposant le Paris-Saint-Germain à l’AS Saint-Etienne ou de concerts mythiques comme en 1990 avec les Rolling Stones.  Ce qui m’intéresse c’est d’attirer l’attention non pas seulement sur l'événement tel qu’un match de foot mais aussi sur un ensemble, l’écrin dans lequel il prend vie.  En écrivant ce podcast je me suis rendu compte de la prouesse architecturale du Parc des Princes, mais surtout des liens qui unissent le sport et l’art.   Parc des Princes, 1972, Roger Taillibert et Berdje Agopyan, Béton / Structure métallique, Paris.   Texte et voix : Mona Jubert Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Isaline Bernard - Athlète tenant un disque, dit le Discophore11 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Isaline et aujourd’hui, je vais vous parler d’archéologie, de marbre et de lancer de disque. L’œuvre en question est une statue en marbre. Imaginez un homme un peu plus petit que nature, nu et très musclé, debout sur un socle. Il est en appui sur sa jambe gauche. Son bras droit est replié, alors que son bras gauche est tendu et tient un disque. Il a la tête un peu penchée en avant et les yeux vers le sol comme s’il était en introspection.   Ce discophore, un lanceur de disque, est une copie romaine réalisée d’après un modèle de Naucydès, un sculpteur grec du IVe siècle avant notre ère. C’est une œuvre importante pour ses qualités plastiques comme la musculature qui se veut réaliste. Comme on peut le voir, elle nous renseigne aussi sur la nudité sportive à certaines époques de certains grecs.  Le lancer de disque est le sport de détente par excellence selon Homère, le poète. Mais alors, comment lancer le disque ? C’est très simple. On pratique à partir d'une aire étroite délimitée à l’avant et sur les côtés, mais pas à l’arrière. L'athlète effectue un mouvement de balancement du disque qui se trouvait donc dans un mouvement de plan oblique et qui entrainait une torsion du corps. Puis on a l’extension explosive des jambes et du tronc qui permettait de réaliser le lancer. Le record grec serait d’environ 95 pieds, soit 31,16m, et aurait été réalisé par Phayllos. Bien plus tard, cette discipline est entrée aux Jeux Olympiques, en 1886 pour les hommes et en 1928 pour les femmes. C’est une femme qui détient le record ! L’Allemande Gabriele Reinsch a effectué un lancer de 76,80 m, contre seulement 74,08 m pour les hommes, par l’Allemand Jürgen Schult.  Personnellement, j’apprécie le fait qu'on sente la puissance de l’athlète grâce au rendu naturaliste. J’ai l’impression de voir toute la concentration du sportif qui se prépare à l’épreuve. En la regardant, je ressens vraiment la difficulté que représente ce sport, c’est très impressionnant, et c’est toujours d’actualité !   Athlète tenant un disque dit Le Discophore, vers 130-150 av. J.-C., d’après Naucydès, copie romaine d’un original grec en bronze, marbre, H. : 167 cm, collection Borghèse, Louvre-Lens.  Texte et voix : Isaline Bernard Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Danièle Ruskin - Le nageur, Gustave Caillebotte10 Jun 2024
Bonjour ! Je m’appelle Danièle, et je vais vous parler de plongeon, de pastel et de sport. Il s’agit d’une œuvre qui s’appelle Le Nageur ou encore Le Baigneur, et elle a été réalisée par Gustave Caillebotte en 1877. Caillebotte est un peintre du XIXe siècle, contemporain de Claude Monet et Auguste Renoir. Au premier plan se trouve un jeune garçon et au second plan une rivière qui occupe les trois quarts de l’œuvre. Ce pastel représente le jeune garçon vu de dos, portant un costume de bain à rayures bleues et blanches, qui se tient immobile, debout sur un plongeoir fixé à la rive. On le voit courbé en avant avec les mains jointes, s’exerçant à plonger dans cette rivière de l'Yerres près de la propriété familiale du peintre, un jour d’été. Avez-vous déjà plongé dans l'Yerres ?  À droite un personnage en peignoir blanc observe. L’eau est limpide, palpable. Le ciel s’y reflète. Le plan d’eau et le feuillage se fondent dans un camaïeu de bleus et de verts. Cette œuvre de taille moyenne est un pastel sur papier qui se trouve au Musée d’Orsay de Paris. Il est rare pour Caillebotte d’utiliser le pastel qu’il réserve pour la représentation de scènes se déroulant dans le cadre familier de sa propriété. Ici, Caillebotte décrit son dernier été heureux et la fin d’une jeunesse insouciante.  L’artiste appartient à une génération qui commence à s’intéresser aux bénéfices et plaisirs du sport et du plein air. Caillebotte met en scène un geste suspendu, l’instant qui précède l’action de plonger. Il ne recherche ni la beauté du mouvement ou de l’anatomie ni l’expression d’un visage. Il invente « une poésie nouvelle dans la peinture » (selon Serge Lemoine). On est donc très loin du cadre et de l’atmosphère d’une compétition olympique au cours de laquelle le jury évalue les sauts en fonction de la beauté des mouvements, leur complexité, et la qualité de l’entrée dans l’eau. Aux jeux, on distingue deux épreuves de plongeon : l’un d'un tremplin à trois mètres qui permet de rebondir, et l’autre, de la plateforme de haut-vol, fixe et rigide à dix mètres de haut. Cette discipline a été intégrée aux JO pour les hommes en 1904 à Saint Louis aux États-Unis, puis pour les femmes en 1912. Les épreuves synchronisées ont été ajoutées en 2000.  Avant qu’il devienne un sport, on connaissait le plongeon depuis très longtemps, puisqu’on a retrouvé à Paestum en Italie, des fresques d’homme plongeant dans la mer, qui datent du Ve siècle avant notre ère.  Le Nageur ou Baigneur, Gustave Caillebotte, 1877, pastel sur papier, H. 69 cm ; L. 88 cm, Paris, Musée d’Orsay.  Texte et voix : Danièle Ruskin Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Maïa Fiori - Le Tennis, Raoul Dufy09 Jun 2024
Je m’appelle Maïa et je vais vous parler de graphisme, de tennis et de tenue de sport. L’œuvre dont je vais vous parler est un dessin du peintre et dessinateur Raoul Dufy, réalisé en 1918 et intitulé Le Tennis. Le dessin est en noir et blanc et n’occupe que les trois quarts de la feuille en bas à droite. Au centre du dessin se détache un terrain de tennis avec quatre personnages en train de jouer de part et d’autre du filet, des raquettes en main. La scène représentée en contre plongée est encadrée de larges feuilles stylisées et graphiques noires. La partie semble avoir commencé : la balle est lancée.   Une large bâtisse représentée à l’arrière-plan et l’élégance des tenues nous permettent de deviner le statut social des joueurs. En effet, le tennis est au départ un sport réservé à la bourgeoisie qui tarde à être pris au sérieux dans le monde du sport. Il entre en 1896 aux Jeux Olympiques modernes mais quitte le programme en 1924 parce que la professionnalisation de ce sport n’est pas encore évidente. Il ne revient qu’en 1988 à Séoul.  Les deux femmes représentées dans cette œuvre portent un long t-shirt à manches courtes rayé en col V sur une jupe trapèze qui arrive aux genoux parce que dans les années folles, on abandonne les jupes et robes longues qu’on mettait sur les terrains de tennis dans les années 1880 jusqu’en 1910. Le développement de la mode en France à cette époque contribue au développement de tenues plus adaptées à la pratique sportive.   Raoul Dufy domine la scène artistique au début du XXe siècle, au même plan que Matisse. Le jeu de contraste entre le noir et blanc et les formes graphiques sont caractéristiques de l’artiste qui se lance dans la création de motifs textiles dans les années 1910. Le dessin dont je vous parle est lui-même décliné en motifs textiles. Les formes géométriques et graphiques témoignent de l’influence de Paul Cézanne et du cubisme dans la production de Dufy. L’ensemble prime ici sur l’individualité du motif.  C’est l’aspect graphique de l’œuvre qui me plait beaucoup. Les larges feuilles stylisées débordantes sur le terrain de tennis donnent la sensation de regarder à travers une haie comme si nous étions cachés derrière.  Le Tennis, Raoul Dufy, vers 1918, dessin, gouache, crayon graphite sur papier vélin, 55 x 48 cm, conservé au musée d’Art Moderne de Paris.  Texte et voix : Maïa Fiori Enregistrement : Kélian Jeannez Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Valentine Brégeon - Femme à la raquette, Marcelle Cahn08 Jun 2024
Je m’appelle Valentine et je vais vous parler de raquette, de géométrie et de tennis. L’œuvre que je vais vous décrire est intitulée Femme à la raquette. Elle a été peinte par Marcelle Cahn en 1927.  Regardez. Une femme représentée en buste vous observe à travers la raquette de tennis qu’elle tient devant son œil droit. Le portrait est constitué de formes géométrisées. Admirez son large cou et sa petite tête ovale avec son nez droit. Sa peau jaune claire contraste avec la raquette marron et bleue. La peintre utilise des couleurs neutres ; beige, marron et gris, qu’elle pose en aplats lisses. Pas un seul coup de pinceau n’est visible.  Au milieu des années 1920, l’artiste Marcelle Cahn, d’origine strasbourgeoise, vit à Paris. Elle y rencontre le peintre Fernand Léger. Elle se rapproche aussi du purisme, un courant artistique créé par Charles-Édouard Jeanneret, que vous connaissez peut-être sous le nom de Le Corbusier, et Amédée Ozenfant. Mais qu’est-ce que le purisme ? Il consiste à peindre en partant d’une grille. Le peintre et critique d’art Michel Seuphor dit d’ailleurs de Marcelle Cahn qu’elle « regardait la vie à travers une raquette de tennis : cordes tendues horizontales et verticales cerclées d’une courbe ». Les sujets puristes sont souvent des natures mortes d’objets du quotidien, comme les raquettes de tennis peintes par Marcelle Cahn.  Elle aime représenter les symboles de la modernité : avion, dirigeable, raquette de tennis. Dans les années 1920, le tennis est à la mode. Des joueurs et joueuses français comme René Lacoste et Suzanne Lenglen remportent de nombreuses compétitions. Le tennis disparaît pourtant des Jeux Olympiques à cette époque, avant de faire son retour définitif en 1988 à Séoul.  Ce qui me touche dans cette œuvre c’est la façon dont le sujet de l’œuvre, la raquette de tennis, devient l’objet à travers lequel l’artiste regarde le monde. C’est comme si Marcelle Cahn avait peint à travers la grille de sa raquette. La peintre devient ici sportive de haut niveau.  Femme à la raquette, Marcelle Cahn, 1927, huile sur toile, 73 x 53 cm, Mâcon, musée des Ursulines.  Texte et voix : Valentine Brégeon Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Marianne Feix - Groupe de trois coureurs, Paul Richer07 Jun 2024
Je m’appelle Marianne, et je vais vous parler de course à pied, de médecine et de mouvement. Devant moi, un groupe de trois coureurs sculptés est engagé dans une course effrénée et essoufflante dont l’enjeu se lit sur leur visage déterminé. Cette course est celle de trois hommes figés dans le plâtre par Paul Richer à la fin du XIXe siècle. Ils sont à bout de souffle mais heureusement la victoire se profile, prête à être saisie de leurs bras tendus et de leurs corps projetés vers l’avant. Leurs corps d’athlète sont dévoilés par leur nudité et sublimés par le mouvement de la course qu’ils décomposent à eux trois. Chacun incarne un stade différent, je reconnais l’impulsion, la phase de suspension et l’appui.   Cette description scientifique des corps et cette analyse du mouvement nous la devons au médecin qu’est d’abord Paul Richer, l’art qu’il crée est au service de ses recherches sur l’anatomie. Matière qu’il enseigne d’ailleurs à l’École des Beaux-Arts de Paris. Dans les années 1890, il entreprend un travail sur les exercices physiques dont le groupe de trois coureurs est une traduction plastique. Il cherche à établir un type, une norme morphologique. Pour cela, il compare le corps humain des athlètes qu’il jugeait comme idéal aux corps altérés par la maladie et la vieillesse. Cette sévère opposition est à remettre dans le contexte de son époque, surtout qu’aujourd’hui il s’agit plutôt de dépasser cette quête d’un canon idéal.   Pour étudier l’activité du corps humain en mouvement, Richer s’aide d’une innovation récente : la chronophotographie, un procédé qui décompose les différentes phases du mouvement par des prises photographiques instantanées à intervalle régulier.   Mais alors, si la photographie se fait déjà l’image de cette mécanique, d’où vient sa volonté de traduire le résultat dans le plâtre ? J’aime penser qu’elle témoigne de l’activité artistique de Richer, il n’y a qu’à voir la maîtrise dont il fait preuve dans l’état de suspension du coureur central. Simplement maintenu par le drapé qui le lie à son concurrent. En mêlant art et science, le groupe offre un bel exemple des relations que les deux disciplines entretiennent. La science sert la justesse de la représentation tandis que l’art la sublime.   Cette démonstration du mouvement éveille mon âme de coureuse et me renvoie aux recherches que je mène sur la biomécanique en vue d’améliorer mes performances. C’est la science qui consiste à comprendre les causes et les effets d’un mouvement afin de l’adapter et d’en améliorer les résultats. Étude indispensable pour nos athlètes olympiques.   Groupe de trois coureurs, Paul Richer, fin du XIXe siècle, Plâtre, 51 x 75 x 29 cm, Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts.   Texte et voix : Marianne Feix Enregistrement : Margot Page Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Salomé Faury-Beurrier - Coupe Omnisports, Roger Vieillard21 Jul 2024
Bonjour, je m’appelle Salomé et aujourd’hui je vais vous parler de porcelaine, de couleur et de Tour de France. Imaginez tout d’abord une coupe en porcelaine d’environ 30 cm de haut que vous pouvez saisir par un pied conique où repose une large vasque ouverte.  Puis, visualisez une surface entièrement recouverte d’un émail bleu profond sur lequel court, en frises concentriques, un décor en or 24 carats. Localisées sur le pied, le bord extérieur et l’intérieur de la vasque, ces frises figurent de manière très stylisée de nombreuses disciplines sportives telles que l’équitation, la natation, le tennis ou encore le cyclisme. Vous comprenez pourquoi notre œuvre a été appelée « Coupe Omnisports ».  Mais méfiez-vous, car ce nom est trompeur sur l’épreuve qu’elle récompense. Peut-être l’avez-vous deviné grâce à l’un de mes trois mots-clés. Il s’agit effectivement du Tour de France. Et c’est depuis 1975 que notre Coupe Omnisports est offerte aux vainqueurs du Tour de France par le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing. Il perpétue une plus longue tradition, remontant à Napoléon III, de prix en porcelaines, offerts au nom de la République française, et qui sont réalisés par la manufacture de porcelaine de Sèvres, fondée au XVIIIe siècle sous le règne de Louis XV.  Cette coupe est le résultat d’une collaboration entre la manufacture de Sèvres et l’artiste Français Roger Vieillard en 1971.   Roger Vieillard est l’un des artistes graveurs les plus connus du XXe siècle. Grand sportif, passionné de tennis, qu’il pratiqua au plus haut niveau, il s’était spécialisé dans le travail du burin. C’est d’ailleurs par cette technique exigeante que le décor de notre coupe a été préalablement réalisé, puis, apposé par un travail de transfert sur sa surface. Mais plus encore que cette technique, c’est son style qui transparaît à travers les frises de sportifs : il s’agit d’un style très linéaire, épuré, et segmenté si bien que c’est notre œil qui recompose, par l’ensemble des traits, la forme.   Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une collaboration ! Ainsi, l’artiste a intégré à son travail deux grandes caractéristiques de la manufacture de Sèvres qui sont : son émail bleu profond, réalisé à partir de cobalt, appelé bleu de Sèvres et son décor en or pur 24 carats, puisque la manufacture, grâce à un privilège royal, était la seule autorisée à l’employer.  Personnellement j’apprécie beaucoup cette œuvre pour sa couleur très profonde, qui anime la surface par des jeux lumineux et donne une impression de mouvement.   Coupe Omnisports, Roger Vieillard, 1971, porcelaine, or, Manufacture de Sèvres.   Texte et voix : Salomé Faury-Beurrier Enregistrement : Suzanne Saint-Cast Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Aubin Maudeux - Le Lanceur de poids, Alexander Calder06 Jun 2024
Bonjour, moi c’est Aubin. Aujourd’hui, je vais vous parler de sculpture, de lancer de poids et de fil de fer. Notre œuvre s’intitule Le Lanceur de poids, c’est une sculpture d’Alexander Calder datée de 1929. Pour la reproduire, choisissez lors d’une compétition d’athlétisme un lanceur de poids au moment où il s’élance. Saisissez-vous d’un fil de fer, pliez-le, tordez-le, vous obtenez la silhouette de l’athlète : son bras droit est tendu et sa jambe droite lui sert d’appui. Et voilà, vous venez de réaliser Le lanceur de poids d’Alexander Calder.   La réalisation de cette œuvre débute assez traditionnellement. Alexander Calder se rend au stade Charléty, au sud de Paris, et réalise quelques croquis grâce à un modèle, le jeune lanceur de poids, Paul Poitevin. Et pourtant, cette œuvre constitue une petite révolution à elle seule dans le monde de la sculpture. L’artiste utilise un matériau qui n’a rien à voir avec le marbre, que l’on retrouve souvent en sculpture.  Alexander Calder a suivi une formation d’ingénieur et lorsqu’en 1923 il se tourne vers la sculpture, il choisit un matériau industriel en lien avec sa profession : le fil de fer, ce qui est inattendu. Notre œuvre illustre parfaitement ce qu’il recherche à faire. Comme Calder s’intéresse au mouvement, le fil de fer lui permet de sculpter de simples silhouettes. Avec ce matériau, il dessine d’un trait la structure et le modelé des corps. L’artiste obtient des œuvres dont la légèreté permet leur suspension, et une fois suspendues, l’air les met en mouvement, ce qui anime le métal. Ses œuvres sont ainsi de vraies sculptures en mouvement.  Ce qui est amusant, c’est qu’il représente avec légèreté un sport qui consiste à lancer un poids qui pèse entre 4 et 7 kg, environ 4 kg pour les femmes et 7 kg pour les hommes. Cette épreuve, au programme des JO depuis 1896 est ainsi détournée. On est très loin de la sculpture antique et de ses athlètes musclés !   Finalement, cette simplicité, c’est ce qui me plait le plus dans son travail. Les critiques de son époque réduisent ses sculptures à des « jouets » et je trouve que c’est particulièrement juste. C’est ce qui fait toute la force de son travail, ce traitement léger du sujet comme de la matière.   Le Lanceur de poids, Alexander Calder, 1929, fil de fer, 82 cm de hauteur sur 73 cm de largeur sur 13,3 cm de profondeur, Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne, Paris. Texte et voix : Aubin Maudeux Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Charlotte Cauchy Clerc - Georgette Gagneux, Chana Orloff05 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Charlotte et aujourd’hui nous allons parler d’émancipation féminine, de modernité et de vivacité. L’œuvre que j'ai le plaisir de vous présenter est une stèle rectangulaire blanche réalisée en 1931 par Chana Orloff. C'est la copie en plâtre de la pierre tombale de l’athlète Georgette Gagneux. De format vertical, elle mesure environ 1,20 m de hauteur. Dans un relief de plus en plus profond de la gauche vers la droite, Georgette Gagneux apparaît de profil en pleine course : les bras vers le ciel, les jambes pliées, la tête relevée, la bouche grande ouverte. Le style synthétique, peu modelé, nous mène à regarder l’essentiel : l’action.  Juive d’origine ukrainienne, Chana Orloff marque son temps. Elle se fait connaître en seulement deux ans dans le Montparnasse des années vingt, lieu d’émulation artistique. Elle fait partie de ce que l’on appelle l’École de Paris : les artistes ayant contribué à faire de Paris une capitale artistique inégalée entre 1900 et 1960. Ses œuvres rencontrent un franc succès lors des salons annuels et à l'occasion d'expositions personnelles notamment à l'international.  Cette œuvre entre dans ses sujets de prédilection : les femmes modernes. Georgette Gagneux, indépendante professionnellement, est une athlète brillante qui s'illustre en sprint, saut en hauteur et lancer de poids. Elle est six fois championne de France et atteint la quatrième position du 4x100m aux JO de 1928. Elle succombe de la tuberculose à seulement 23 ans. Sur sa stèle funéraire, Chana Orloff la dévoile en action : elle court, la bouche ouverte comme pour crier ou respirer. Elle semble contrainte par le cadre, vouloir en sortir. Pleine de vie, l'œuvre nous donne l'impression qu’elle ne s'arrêtera jamais.  Chana Orloff aime représenter les femmes de son temps. Indépendante, elle s’impose dans le domaine de la sculpture alors considéré très masculin car dépendant de la force physique. Elle encourage la lecture de ses œuvres par le genre. Ses portraits féminins restituent un caractère vivant aux modèles. Ici, elle choisit de représenter une femme dynamique, exerçant une activité physique. Elle bouscule les codes de la représentation des femmes. C'est une artiste éminemment moderne par son style influencé par l’Art déco, ses choix artistiques, sa façon de représenter les modèles féminins.  J'aime cette œuvre mais surtout ce qui l'entoure, les vies de l'artiste et de l'athlète sont passionnantes. Chana Orloff semble touchée par le destin tragique de Georgette Gagneux, je suis très sensible à sa façon de lui donner un dernier souffle, un dernier élan avec des traits d’une grande vivacité.  Georgette Gagneux, Chana Orloff, 1931, plâtre, environ 120 x 60 cm, Paris : Atelier-musée Chana Orloff. Texte et voix : Charlotte Cauchy Clerc Enregistrement : Kélian Jeannez Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Apolline Logre - Bol d'or, Raoul Larche04 Jun 2024
Bonjour à toutes et à tous, je m’appelle Apolline et je vais vous parler de trophée, de bronze et de cyclisme. Aujourd’hui, nous allons parler d’une œuvre réalisée en 1894, un trophée créé par le sculpteur François Raoul Larche et surnommé le Bol d’Or. Imaginez, devant vous, une coupe où deux figures sculptées en bronze doré, un homme et une femme se détachent de la coupe en haut-relief. L’homme est une allégorie du sportif idéal, il s’élance, un pied posé sur la roue ailée se dirigeant vers la femme, symbole de la Victoire.  Elle semble lui tendre la main, sur le haut de la coupe, une frise représentant des cyclistes en pleine course révèle la destination du trophée. La panse de la coupe est ornée de motifs végétaux.   Mais que récompense ce trophée ? Comme son nom l’indique, il récompense le vainqueur de la compétition du Bol d’Or ! C’est une course d’endurance de cyclisme créée en 1894 par Paul Decam, directeur du journal Paris-Pédale. Sa première édition a lieu le 23 juin de la même année au vélodrome Buffalo, à l’ouest de Paris. Le premier vainqueur, le Français Constant Huret, gagne la course en parcourant 756 kilomètres en 24h. Il reçoit le trophée qui donne son nom à la course et est alors décrit dans la presse comme « une magnifique œuvre d’art exécutée spécialement pour le Paris-Pédale par le sculpteur Larche, sortant des ateliers de Siot-Decauville, et d’une valeur de 5000 francs ».  En 1922, le nom de cette course mythique migre vers le monde du sport mécanique, le Bol d’Or devient en effet une course motocycliste mais elle reprend les mêmes règles, une course d’endurance courue sur 24h. Le sculpteur François-Raoul Larche est actif de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle.   Après des débuts plutôt classiques, il est surtout connu pour ses œuvres Art nouveau aux lignes fluides et sensuelles. Ce style est sensible ici dans les figures sculptées et avec le vocabulaire végétal utilisé pour le décor du vase. L’histoire de ce trophée n’est pas non plus anodine. En effet, on a longtemps perdu la trace de cet objet, sa soudaine réapparition en vente publique après cent ans de disparition a donc été un évènement. Acquis par le musée national du sport en 2022, il est aujourd’hui une des pièces les plus exceptionnelles du musée.   Ce que j’aime avec cette œuvre c’est que son sens ne se révèle pas immédiatement, on ne penserait pas qu’elle est un symbole aussi fort dans l’histoire du sport. De plus, comme elle est produite au début du mouvement de l’Art nouveau, un mouvement auquel je suis sensible, elle m’émerveille avec son savoir-faire complexe et sa virtuosité technique.  Trophée du Bol d’Or, Raoul Larche, 1894, Bronze à double patine brune et or, H. : 0,38 m ; p. : 15 kg, achat par préemption de l’État au titre du Fonds du Patrimoine.  Texte et voix : Apolline Logre Enregistrement : Colin Gruel Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
Anne-Hermine Cuignet - Grand bi, modèle « Le Français n° 1 », Peugeot03 Jun 2024
Bonjour, je m’appelle Anne-Hermine, et aujourd’hui, je vais vous parler de vélo, de vitesse et d’équilibre. Le musée de l’aventure Peugeot-Sochaux conserve un Grand bi, Modèle « Le Français n°1 », commercialisé pour la première fois en 1888. Le Grand bi c’est un vélo pas comme les autres, il n’a pas de chaine, pas de vitesses, et sa roue avant est beaucoup plus grande que la roue arrière, 1m45 pour le modèle dont on parle. Les pédales sont attachées à la roue avant directement et la selle est en bois. On se demande comment font les cyclistes pour se percher dessus et rester en équilibre. Son histoire est caractérisée par l’innovation technique et la recherche de vitesse.  La première course où un Grand bi concoure est en 1868. Imaginez-vous la scène, nous sommes à Enghien, en Belgique, au milieu du mois d’août, il fait beau et chaud, la foule se presse pour voir la course de vélocipèdes. À chaque course les fabricants de vélos testent leurs innovations, cela fait une bonne publicité. Soudain, les coureurs s’avancent avec leurs vélos, et l’un d’entre eux détone : son bicycle a une roue avant plus grande que la roue arrière, cela ne s’était jamais vu avant. C’est une innovation technique majeure, car la roue avant parcourt ainsi plus de terrain et le vélo avance plus vite.   Le Grand bicycle n’est pas une invention française, il vient d’Angleterre. La taille de la roue avant variait entre 1m20 et jusqu’à 2m20. Il pouvait aller jusqu’à 30 km/h. Le Grand bi est inventé pour la vitesse et nous montre combien l’histoire du vélo est intimement liée à celle du sport. Il est le roi des pistes entre 1870 et 1890.  Vous vous imaginez peut-être que les bourgeois de l’époque faisaient leur balade en Grand bi, mais c’était trop dangereux. C’était un vélo de sportifs. Et les femmes dans tout ça ? Une loi leur interdisait de porter des vêtements d’hommes, et leurs jupes ne leur permettaient pas de se percher sur le Grand bi. Elles utilisaient le tricycle, un vélo à trois roues, plus stable. Avec la bicyclette de sécurité, les femmes ont commencé à porter une sorte de pantalon bouffant court, le bloomer, qui est le premier pantalon féminin de l’histoire de la mode.   Le Grand bi est dans mon imaginaire le vélo que j’associe à la fin du XIXe siècle, à la Belle-Epoque. J’imagine des hommes en veste et chapeau melon, moustachus, perchés dessus comme des équilibristes.   Grand bi, modèle « Le Français n°1 », Anonyme, 1888, Musée de l’aventure Peugeot Sochaux.  Texte et voix : Anne-Hermine Cuignet Enregistrement : Hugo Passard Montage : Jean Foucaud-Jarno Musique & web : Philipp Fischer Coordination : Julia Martin & Grégoire Verprat
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